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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 06:00

1954/1955 Traduction de Michel Bourgeot et Jacques Sergine.

Gimpei est fasciné par les très jeunes filles, leur beauté que le temps va dévorer. professeur il fut renvoyé pour avoir été trop proche d'une de ses élèves. Il est vieux et solitaire, comme souvent les héros de Kawabata, rêveur au point que le lecteur peut se demander si ce qu'il lit est ce qu'il vit ou imagine, mais quelle importance, de notre point de vue tout se mêle.

Habitué de la filature de jeunes femmes il tombe un jour sur Mizuki Miyako, par ailleurs maîtresse d'un homme beaucoup plus âgé qu'elle et qui ne s'offusque pas d'être ainsi observée, jusqu'à ce qu'elle prenne peur et le frappe violemment avec son sac. Que celui-ci fut plein d'argent est secondaire, c'est la brutalité qui secoue Gimpei

À-t-on le droit d'être attiré par les adolescentes ? Non disent les mœurs actuelles, mais de droit ici il n'est pas question puisque Gimpei n'a pas choisi ce qu'il est. Pervers, soit, et alors ?

Quel rapport avec l'horreur de ses pieds ? Peut-être une telle honte qu'il ne peut les montrer, qu'il ne peut que fantasmer des relations avec l'autre sexe. Est-il pour autant question d'excuse, d'équilibre... Finalement sa compagne est celle avec laquelle il se promenait le long du lac alors qu'ils s'y reflétaient, ces moments d'un bonheur disparu dont il cherche l'image à la surface encore lisse d'une jeunesse qui à son tour va s'éloigner. La femme avec laquelle il marche au terme du livre est bien loin de celle qu'il voudrait, qu'il voudrait oser vouloir pour user d'une formulation aussi boîteuse que lui. L'inaccessible est plus excitant pour qui veut garder la tête hors de la routine.

Trop difficile pour vous ?

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 06:07

1955. Traduit par Bunkichi Fujimori et Armel Guerne. 

Shimamura, aristocrate friqué, vit dans l'insouciance et le luxe, publiant à ses frais des ouvrages médiocres sur la danse moderne occidentale (nous sommes au début du vingtième siècle). Dans le village où il se rend il connut jadis une femme qu'il aima une femme, avant de l'abandonner.

Dans un premier temps nous suivons la première rencontre entre Shimamura et Komoko, une passion intense qui ne l'empêchera pas de rentrer à Tokyo où l'attendent sa femme et ses enfants.

Deuxième époque : Il revient sur les lieux du ''crime'' et retrouve Komoko, de maîtresse de musique elle est devenue geisha et l'accueille sans trop de réticences, comme si elle l'attendait. Mais Shimamura s'il apprécie les escapades ne semble pas pouvoir se détacher de sa famille. Il n'est pas seul à descendre dans cette gare, une jeune femme dont nous savons qu'elle s'appelle Yoko en fait autant en compagnie d'un homme malade.

La preuve de sa versatilité est qu'il ne peut s'empêcher de revenir au village, cette fois en plein hiver. La neige est-elle cette pureté qu'il voudrait retrouver et qu'il lui sait inaccessible. Du dominant qu'il fut il se retrouve dominé, enfin ! Serais-je tenté de dire tant cette position lui convient. Qu'importe que la geisha accompagne ses clients jusque dans leurs chambres, chacun alourdit la chaîne qui le retient au village et à ses habitants si loin de son monde qu'il semble s'y reconnaître, comme celle qui nous relie aux personnages de ce roman. Derrière eux n'y a-t-il pas nos propres aspirations, envies, peurs ? N'avez-vous jamais eu envie de quitter la vacuité de votre existence ? Consulter un blog, ou l'écrire, ne l'emplit pas, elle est ce tonneau des Danaïdes que nous tentons de remplir avant de devoir, soulagés, y renoncer ?

Fichier:Matsuei.jpg

La neige est une gomme, temporaire, un masque fragile, comme ces mots.  

Pays de neige est connu (si, si!) pour l'étrangeté de sa fin, Kawabata lui-même avouait que la plupart de ses textes n'étaient pas terminés et que celui-ci l'illustre parfaitement, au lecteur de rajouter, de compléter, bref : d'utiliser son imagination pour une suite de sa convenance. Kawabata l'écrivit d'abord sous forme d'une suite de nouvelles, entre 1935 et 1947. En 1971 l'auteur lui donna sa forme définitive. Visitez ce pays, marchez dans cette neige, rencontrez ces personnages, vous vous rendrez compte que, passé le point final, votre lecture n'est pas terminée.

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 06:07

Nouvelles traduites par Anne Bayard-Sakai et Cécile Sakai.

Tout au long de sa vie Kawabata Yasunari écrivit de courts textes. Idées saisies au vol, souvenirs vécus et figés par l'art immatériel de Kawabata. Entre 1921 et 1964 il rédigea cent soixante-quinze nouvelles dans diverses publications qui furent réunies dans plusieurs recueils. L'auteur n'en retint que cent douze pour l'édition ''intégrale'' de son œuvre. Ici nous en avons soixante seulement.

On le sait, les Japonais ont l'art du bouquet, non seulement avec des fleurs mais avec des textes. Inutile de produire mille pages pour générer un univers, quelques pages, quelques lignes et le quotidien s'efface.

Personnellement une gorgée de bière me fait roter.

Ramasser des ossements(骨拾い) est le premier texte, autant dire que je me suis senti en pays de connaissance, d'autant que l'action se passe en juillet et qu'il s'agit d'enterrer pépé...

Autres textes :

Au Soleil (日向), La Scie et la naissance (鋸と出産), Un Vase fragile (弱き器), Celle qui va au feu (火に行く彼女), La Bague (指環), Une Fleur blanche (白い花), Soleil couchant (落日), Le Visage de la morte (死顔の出来事), La Mer (), Le Culte d'O-Nobu (お信地蔵), Hourra ! (万歳), Merci (有難う),La Voleuse d'éléagnes (胡頽子盗人), L'Incident du chapeau (帽子事件), La Mère (), Un Double suicide (心中), La Princesse du palais des mers (龍宮の乙姫),Joindre les mains (合掌), Poissons rouges sur le toit (屋上の金魚), Les Ongles du matin (朝の爪), Le Chemin de l'argent (金銭の道), Les Ossements d'un dieu (神の骨), Le Lys (百合), L'Homme qui ne rit pas (笑わぬ男), L'Aveugle et la jeune fille (盲目と少女), Prière en langue maternelle (母国語の祈祷), L'Enfant qui frappe (叩く子), Tonnerre d'automne (秋の雷), La Fiancée des pauvres (貧者の恋人), Anna la Japonaise (日本人アンナ), La Poule et la danseuse (鶏と踊子), Un Mari entravé (縛られた夫), Maquillage (化粧), Le Parapluie (雨傘), Masque mortuaire (死面), Visages (), Les Gestes du sommeil (眠り癖), L'Epouse dans le vent d'automne (秋風の女房), Les Mises bas de mes chiennes (愛犬安産), Maison natale (さと), L'Eau (), Les Coupons (小切), La Grenade (ざくろ), Les Camélias sasanqua (さざん花), Le Prunier rouge (紅梅), Les Tabi (足袋), Le Geai (かけす), L'Eté et l'hiver (夏と冬), Barques en bambou (笹舟), Les Serpents (), Les Oeufs (), Pluie d'automne (秋の雨), Les Voisins (隣人), Sur l'arbre (木の上), Les Pies (かささぎ), Immortalité (不死), Tubéreuse (月下美人), La Terre (), Neige ().

 

Un temps j'ambitionnai d'utiliser tous les titres pour en faire un seul texte mais j'ai eu la flemme, il n'eut pas été à la hauteur.

Pouvoir faire long est facile, savoir faire court est un art, la preuve !

 

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 06:07

Avril 1954, traduit en 1969 par Sylvie Regnault-Gatier et Hisasha Suematsu.

Adapté au cinéma par Mikio Naruse.

Ogata Shingo a entendu la montagne ! Il en est sûr, comme qu'il s'agit du signe de sa mort imminente et qu'il est temps pour lui de s'y préparer. Depuis quelques temps sa vie semble lui échapper, son quotidien s'efface alors que son attention est attirée par des petites choses, sa mémoire même lui fait défaut, à moins qu'il n'ait pas envie de se souvenir. A quoi bon le passé... mais le présent n'est pas si attirant, sa femme, plus âgée que lui d'un an, n'est pas une beauté, de plus elle ronfle plus fort que lui. Ses enfants ? Sa fille, Fusako, ressemble à sa mère, que son mari soit parti ne fut pas une surprise, que pouvait-elle faire d'autre que revenir à la maison parentale avec ses deux filles ? Son fils, Suichi, préfère sa maîtresse à Kikuko, son épouse légitime, une toute jeune fille d'une fraicheur détonnant, une goutte de lumière dans la pénombre de la banalité.

Il est le témoin de sa vie, de la leur, aucune ne le retient.

Shingo est seul, avec l'ombre de la mort qui s'approche sans qu'il en soit inquiet, n'a-t-il pas craché du sang l'an dernier ? Au fil des pages le héros s'éloigne de sa famille pour se rapprocher de Kikuko, son fils et sa fille ont chacun une double vie sans parvenir à en connaître une seule digne de ce nom, mais quelle importance pour le vieil homme, il n'a plus de temps, les couples ne sont qu'apparences, conventions et habitudes sans qu'il soit possible de leur échapper, autant faire comme si. Le seul qui vaille la peine est celui que ne forme pas Kikuko et Shingo, ne ressemble-t-elle pas à un amour de jeunesse que la mort vint lui arracher ?

La montagne gronde, comme la vie, leurs vies, mais ni l'une ni les autres n'explosera.

Souvent l'imaginaire aide à traverser sa propre vie, à en supporter la médiocrité, heureusement certains rêves restent irréalisables. Leur amertume devenant acidité permet de conserver la saveur de l'existence.

N'est-ce pas ?

 

Un roman kawabatien sur la vieillesse et la mort qui s'approchent en donnant encore plus de reliefs à ces moments de vie qui permettent de les affronter sans crainte ni abrutissement !

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 06:07

Utajima est une petite île de 1400 habitants. Shinji vit avec son frère cadet et sa mère, leur père et époux a trouvé la mort pendant la guerre, pour faire vivre sa famille il travaille comme marin. Hatsue est la fille d'un notable que son père fait revenir sur l'île. Aussitôt Shiniji en tombe amoureux, mais Yasuo aussi, et celui-ci est d'une famille aussi aisée que celle de Hatsue.

Terukichi, le notable voudrait que sa fille préfère Yasuo, qui ne demande pas mieux puisqu'il croit que tout lui est dû, mais la jeune fille est prête à affronter son père autant que les deux jeunes hommes entament un duel qui pour être sans arme n'en est pas moins violent autant que classique.

 

Bien qu'il s'agissent d'un village de pêcheurs ce roman est dépaysant au possible, surtout si l'on apprécie les noms japonais : La baise d'Ise, le temps de Yashiro dédié à Watatsumi no mikado le dieu de la mer, la presqu'île de Chita, celle d'Atsumi et à l'ouest on aperçoît la côte entre les portes d'Uji-Yamada et de Yokkaichi en Tsu.

 

Deux cent marches de pierre montent au temple, jadis, là, deux pins aux branches curieusement enchevêtrées formaient un semblant de torii, ilsl sont morts depuis longtemps mais un torii les remplace, encadré par une paire de lions de pierre. Mishima peint avec des mots des décors dans lesquels on entre et des émotions que l'on partage. Une belle histoire qui n'innove pas dans le fond mais qui, pour qui cherche un cadre différent, est des plus agréable, rafraîchissante et même, si si, optimiste.

 

Allez faire un tour au sommet du phare, la vue y est saisissante.

Traduction de G. Renondeau

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 06:07

Taéko Asano tient un magasin de couture, Kawamoto Suzuko un restaurant et Matsui Nobuko s'occupe de cinéma et de mode, elles font partie de la plus haute société japonaise.

Depuis la fin de la guerre les changement intervenus leur permirent de divorcer de maris qu'elles n'aimaient pas. Raison de plus pour se retrouver une fois par mois histoire de parler de tout, sauf de leurs ex-époux.

Ce 26 janvier elles doivent se retrouver dans un restaurant, auparavant Taéko est convié à un cocktail par une de ses clientes, épouse de l'ambassadeur d'un pays qu'il est inutile de connaître. Pour Taéko c'est l'occasion d'un safari aux clients pour son magasin, depuis longtemps elle sait activer les leviers psychologiques pour qu'une femme se sente mieux en sortant de chez elle, après avoir dépensé plus que nécessaire. Acte rassurant, même si cela ne dure pas, il faut recommencer mais il faut bien faire marcher le commerce n'est-ce pas ?

Quoi que...

Les trois amies ne sont plus de la première jeunesse, le savent et tentent de le dissimuler par la magie d'un poudrier, elles adorent se raconter leurs vies amoureuses. Elles aussi aiment consommer pour oublier, mais cela ne dure guère...

 

Après le repas elle se retrouvent au ''Hyacinthe'', bar gay dirait-on aujourd'hui, où Taéno va faire la connaissance de ''petit Sen'', très beau jeune homme dont elle apprend vite que pour cinq mille yens il devient complaisant avec n'importe qui tant son goût pour l'argent est grand.

Tanéo a tout pour elle alors pourquoi ne pas s'offrir quelque chose ''contre'' elle, un détour différent de ceux dont elle a l'habitude, qu'importe un amant supplémentaire, non, ce qu'elle cherche ce sont des émotions inhabituelles, amères peut-être, acides sans doute, mais lui donnant l'impression d'être encore en vie.

 

Mishima recycle sa vie, sinon à quoi lui servirait-elle ? Il a l'âge de Taéko, Téruko est à l'image de Akihiro Miwa qui fut son amant. Dans un Japon en pleine mutation l'auteur exprime sa préférence pour un ''avant'' qui ne reviendra plus et son dépit face au ''futur'' qui s'annonce dont Tanéo, elle, sortira triomphante et transformée, pour Mishima ce sera différent...

Benoît Jacquot en fit un film en 1998 avec Isabelle Huppert et Vincent Martinez. Je ne l'ai pas vu et doute que cela arrive un jour, j'image mal I H dans le rôle de Taéko après avoir lu le roman.

 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 06:07

La beauté peut-elle devenir une obsession au point que vouloir la détruire devient l'unique chemin possible ?

Mizoguchi est un jeune moine bouddhiste, laid et affligé d'un bégaiement qu'il ne peut dominer. Fils d'un prête il vit avec son oncle dans les environs de tokyo. Depuis sa prime enfance il entend son père lui vanter la beauté du Pavillon d'Or de Kyoto au point qu'il en devient obsédé sans jamais l'avoir vu, isolé par son physique, son handicap et sa pauvreté il n'a de vie que dans l'imaginaire et le Pavillon est un fantôme idéalisé d'être invisible.

En 1944 lorsque son père l'emmène le voir pour la première fois il est déçu, comme si la réalité pouvait ressembler à l'idée que l'on s'en fait ! Présenté par son père au supérieur du Pavillon il y deviendra novice à la disparition de son géniteur. Mais cela ne calmera pas son obsession, au contraire. Il veut en devenir le maître faute de quoi il ambitionne de le détruire.

L'amitié qu'il put développer avec un autre novice, qu'il jalouse, se terminera par ce qui semblera le suicide de celui-ci. Postéieurement il rencontre Kashiwagi, étudiant cynique et désabusé qui va modifier sa perception de ses propres ambitions.

 

Mizoguchi finira par admettre qu'il ne sera pas choisi par Tayama Dosen, le supérieur du temple, pour lui succéder, dès lors que lui reste-t-il que la destruction du Pavillon d'Or et sa propre mort, comme si cela pouvait en aller autrement. Installé au sommet du Pavillon, le Kukyôchô, il regarde le mont sacré Hiei, et si la mission qu'il croyait avoir était, par le feu, de ranimer la flamme d'un bouddhisme étouffé par le confort ?

 

Début juillet 1950 le Japon est consterné par l'incendie criminel qui vient de réduire en cendres le Pavillon d'Or du temple Rokuonji, vieux de cinq siècles il avait survécu à toutes les catastrophes pour finir sous l'allumette d'un simple moine. L'événement est d'importance et un auteur de 20 ans, Yukio Mishima en fera onze ans plus tard un roman à succès qui sera traduit en Français en 1960 par Marc Mécréant pour les éditions Gallimard.

Si dans le roman c'est son attirance pour son contraire : la beauté, qui pousse Mizoguchi au crime dans la réalité c'est son dépit, sa jalousie et une médiocrité crasse qui le pousseront à mettre fin à ses jours. Mishima aura sérieusement étudié l'affaire avant d'écrire son texte. Un simple fait divers ainsi se transforme en roman pour, littéralement en ce cas, renaître de ses cendres. Du reste le Pavillon d'Or fut reconstruit à l'identique, la patine des siècles manque mais nous savons que ce n'est qu'un détail.

 

Au passage Mishima trace finement le portrait du Japon de l'après-guerre et les changements qui, lentement, s'imposent ; la campagne où sèche le riz, le temple proche physiquement de la ville mais en semblant si loin.

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 06:10

La vie ne fait pas que des cadeaux à Tom, sa dernière rencontre avec sa mère a lieu dans le pénitencier où elle va être exécutée.

Plusieurs décennies plus tard son fils risque de connaître le même sort. Entre les deux une existence pénible que l'auteur sait nous raconter sans pathos, ce qui est une qualité, et sans en rajouter dans les effets larmoyants ou complaisants. La quatrième de couverture évoque une parenté avec Dickens (même origine anglaise), avec moins misérabiliste et plus d'optimisme, de fraicheur dans le style qui font d'une vie difficile un bout de chemin que l'on a envie de faire avec son héros. Savoir qu'il ne s'agit que d'un livre aide, si nous avions à vivre une telle vie... Le temps n'est pas encore venu d'une technique permettant de partager les sensations et émotions d'un personnage. Cela viendra, je ne me fais pas de soucis, une connexion entre le cerveau et la tablette. Après tout lire c'est opter pour une autre vie, pourquoi ne pas la ressentir encore plus intensément ?

Mais je m'égare.

Tommy est en pension, il survit en rêvant des grands espaces, cet Ouest imaginaire où s'affrontent cowboys et Indiens, le lieu des possibles, d'une vie repartant de zéro. Mais combien qui le voulurent y parvinrent-elles ?

Le pensionnat, presque un orphelinat en fait, est austère, c'est un euphémisme, comme il se doit, l'ambiance pesante, les souvenirs étouffants et les autres enfants de vrais tortionnaires alors que les enseignants ne valent guère mieux, leur violence est moins physique mais pas moins efficace. Quand sa sœur, Diane, épouse Ray Montane, alors vedette d'une feuillleton western à succès, nous sommes dans les années 50, Tom pense qu'il va faire de l'illusion une réalité.

 

Nous ne serons pas surpris qu'il n'en soit rien, loin de là. Le rêve américain porte bien son nom et Hollywood pourrait se nommer Cursewood.

 

Le problème est que Diane n'est pas sa sœur mais sa mère, et nous savons dès les premières pages ce qui va lui arriver.

 

Pourquoi, comment... À vous de le lire, et de suivre la vie de Tom, ses difficultés avec son épouse, son fils. Les pages sur la relation entre eux furent instructives pour moi. L'enfance nous façonne et nous oriente. Les blessures invisibles ne le restent pas toujours, dommage !

Celui-ci opte pour l'alcool, celui-là pour l'encre. Ce n'est jamais un vrai choix.

 

Durant l'été 2008, alors qu'il écrivait ce roman, puisant dans son expérience des pensions anglaises, Evans et sa famille faillirent mourir de l'ingestion de champignons vénéneux, il s'en sortirent avec l'obligation de se faire dyaliser en attendant une greffe salvatrice, ainsi dans le récit... mais découvrez-le vous-même.

 

J'ai toujours détesté les champignons !

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 06:07

Dojoji & Autres Nouvelles (extraites de La Mort en été)

4 nouvelles comme les 4 points cardinaux (Dojoji, Les 7 Ponts, Patriotisme, La Perle) décrivant une société japonaise en quelques pages.

Pour commencer Dojoji n'est pas une nouvelle mais une pièce de théâtre mettant en scène Kiyoko la danseuse, l'antiquaire, un gérant d'immeuble, trois hommes et deux femmes. Elle s'inspire d'un classique du Nô sur la jalousie mais en diffère par le traitement qu'en fait l'auteur. Kiyoko n'est pas la méchante, au contraire, quittée par Yasushi, devenu par intérêt l'amant de Mme Sakurayama, elle apprend que celui-ci a été tué dans une armoire, classique pour un amant n'est-ce pas ? Impossible donc de le récupérer, sa beauté lui semble désormais inutile.

Le vitriol qu'elle vole dans une pharmacie est une gomme on ne peut plus efficace mais voilà qu'ouvrant une armoire elle voit son visage dans les miroirs que celle-ci contient multiplié comme à l'infini, l'imaginer rongé par l'acide lui est insupportable, et elle rebouche le flacon. Voyant l'heure elle se saisit de son rouge à lèvres et quitte la scène, ne vient-elle pas de se souvenir qu'elle avait un rendez-vous ?

 

Trois geishas de la Maisons des Lauriers et Masako, la fille de la tenancière, décident pour la réalisation de leur vœu de passer 7 ponts de la ville en s'arrêtant sur chacun pour prier. Une condition toutefois : au long de leur pérégrination elle ne peuvent adresser la parole à quiconque. De quatre au départ elles se retrouvent cinq, la patronne leur ayant adjoint Mina, nouvelle venue chargée de surveiller sa fille. Finalement cette dernière sera la seule à parvenir au but, toutes les autres ayant failli à un moment ou à un autre.

Quel aura été son vœu, cela nous n'en saurons rien !

 

En 1936 nous rencontrons un jeune officier japonais, qui vient de se marier. Il apprend que la plupart de ses compagnons d'armes sont mélés à l'Incident de 26 février 二・二六事件 Ni-niroku jiken, une tentative de coup d'état menée par une faction ultra-nationaliste, peut être dirigée par un frère cadet de Hiro Hito, voire par l'Empereur lui-même histoire de s'autoriser une petite répression, tint le centre de Tokyo avant d'être réprimée. Il sait qu'il sera commis à l'exécution de ses camarades et dans l'incapacité de refuser, ne voulant pas trahir son amitié ni son pays et conserver son honneur il décide de faire seppuku, son épouse lui servira de témoin avant de se faire jigai (seppuku c'est pour les hommes). Une histoire tragique et magnifique sur l'amour et l'honneur. Vivre c'est souvent être déçu par le premier et décevoir la seconde, si on peut conserver les deux... l'emballage de souffrance est vite ouvert. Ne vous en faites pas, pour vous il est trop tard.

 

Autant finir sur une note humoristique, ce qui n'est pas ce que l'on attend de l'auteur, reconnaissons-le. Ou comment la disparition d'une perle lors d'un goûter entre amies, Mmes Kasuga, Matsumara, Azuma et Sasaki (propriétaire de la perle) est prétexte à se dire ses 4 vérités avec verve et drôlerie.

A-t-elle été volée, par qui, aurait-elle roulé quelque part, le mystère est angoissant... 

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 06:10

S'il est un personnage emblématique de l'œuvre de William H. Hodgson, histoire de glisser un œil sur cette dernière, c'est bien Thomas Carnacki, le chasseur de fantômes dont les aventures sont publiées régulièrement en Angleterre, peu aux États-Unis et encore moins en France. Là aussi je dois aux défuntes éditions NéO de l'avoir rencontré.

Ceux qui connaissent Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain, trouveront un cousinage, pour ne pas dire une filiation, entre les deux spécialistes du mystère.

On ne prête qu'aux riches, Hodgson, aurait non seulement influencé Jean Ray mais aussi Lovecraft, je pourrais donc voir en lui une sorte de grand-père, après tout pourquoi pas, il en fut de pire...

Élémentaire mon cher Dodgson pourrait-on dire, puisque c'est le nom du narrateur des aventures de Carnacki, cela vous fera probablement penser à quelqu'un d'autre... L'ouverture de chaque narration est l'invitation faite par le détective chez lui, au 472 Cheyne Walke, à des amis, Arkright, Jessop et Taylor, pour un repas à la suite duquel il relate une de ses enquêtes. Aucune crainte à avoir puisque le héros est là : rassuré le lecteur peut se confronter à des créatures énigmatiques dans des situations semblant insolubles. Carnacki doute, cherche une solution semblant introuvable mais qu'il va découvrir, ouf ! Nous avons eu peur, juste ce qu'il faut. Heureusement le 'Pentacle électrique' de Carnacki est là pour le, et nous, protéger.

 

Sa spécificité est de chercher une solution rationnelle plutôt que surnaturelle, y parvenant souvent mais pas systématiquement, jusqu'à la fin il ignore ce qu'il va découvrir, et nous aussi. William maîtrise l'art de la narration, sait frôler l'invraisemblable sans atteindre le ridicule, même plus de cent ans après alors que nous avons vu et lu tellement de choses qui dépassent le second et se fichent du premier ! La science de l'époque était balbutiante, prometteuse autant que menaçante, Carnacki se fait savant autant qu'exorciste, à cheval entre la connaissance et la crédulité dans une époque chargée d'interrogations et de menaces.

Il semble que les difficultés financières de l'auteur aient contraint celui-ci à donner naissance à Thomas en 1910, surfant sur le succès de Sherlock Holmes et de ses épigones. Est-ce la raison qui lui fit l'utiliser si peu ? Sans doute, dommage qu'il l'ait si peu développé, le décès, en 1918, de Hodgson étant une bonne excuse pour ne pas l'avoir fait.

Pour paraphraser le détective terminant ses narrations : ''Allez, dehors !''.

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