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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 05:32
Héritage - 11 
 

                           12
 

- Tu imagines la tronche des policiers entrant ici ?

- Oui, et pourtant j'ai l'impression de ne pas être dans la maison.

- Ici mais pas maintenant, si j'ose dire, cet endroit semble si ancien.

- Surtout cette pierre, j’aimerai savoir d’où elle vient.

- D’ailleurs me dit mon père.

- Un météorite.

- Disons que cette explication est la bonne.

- Ces dieux, ces représentations valent un prix fou.

- Leur valeur n’est pas là.

- Je m’en doute. Si nous sortions, la visite continue ?

- Juste.

Le policier referma la porte, sans se concerter ils écoutèrent, en vain, la pièce pour être vide n'était pas inoccupée pour autant.

Un long couloir jusqu’au palier, le policier s’arrête, fait signe à son ami de rester à l’écart et d’observer, cela fait il appuya sur un motif mural avant d'en faire autant de l’autre côté. Morton nota que son ami comptait, un dispositif pour imposer un laps de temps entre les deux pressions, trop d’écart, ou pas assez, et rien ne se produirait.

D’un coup s’escamota un large morceau de parquet, une trappe épousant la forme alternée des lattes.

- Nous traverserons le mur du dessous, tu vois que c'est étroit.

- Y a-t-il un risque que nous restions enfermés ?

- Oui.

- C’est rassurant.

- Je fais ce que je peux. Nous verrons, mais tu peux rester là.

- Et ta sœur ?

- Mon père l’a mangé quand elle avait un an !

Morton ne trouva rien à dire, il préféra penser que c'était une blague.

Il compta les marches, estima leur hauteur, arriva à un ensemble de dix mètres au moins à partir du premier étage, correct.

Devant eux s’ouvrait une salle creusée de trois passages.

- Pour les constructeurs cet endroit est un abri anti-atomique.

- Avec des plus qui surprendraient la police.

- Mon père m’affirma qu'arrivée là elle ne pourrait repartir.

- Il te dit pourquoi ?

- Non.

- Tu l’as cru ?

- Oui.

- Moi aussi, je ne suis pas de la police, une chance.

- N’est-ce pas ?

- C’est coquet.

- Si tu veux visiter je te laisse quartier libre.

- Pour que je me perde ou tombe dans je ne sais quel piège ?

- Bon, moi j’ai quelque chose à voir.

Diatek glissa dans l'ombre, le chemin naissait au rythme de ses pas.

- La lumière vient d’où ?

- Des fibres optiques captent le soleil sur le toit.

- Elle baisse, l'écho trahit une pièce immense.

- Reste calme, tout ira bien.

Morton fit effort pour s’en convaincre.

- Allons, le puits nous attend.

- Nous ?

- Surtout moi ! Ici pas de reproductions de déités dans les murs mais des trophées, n'y fait pas attention. C’est par-là, le froid est chez lui et pourtant tu percevra une intense énergie comme si ce lieu était une sorte de batterie.

- Dans quel but ?

- Je l’ignore.

- Est-ce qu'elle est employée ?

Le policier hésita.

- Oui… Je me sens comme une mère en route pour la salle de travail, à ceci près que j’accouche et nais simultanément.

- Tu ne fais jamais rien comme les autres.

- Le puits est derrière cette porte, je…

La main hésite sur la poignée d’argent, volontaire elle tourne, pousse le battant. Le policier fait un pas en avant.

Les ténèbres sont en lui. Il respire profondément, cherche à avaler une salive qu’il ne trouve pas et rouvre les yeux.

Une surface brillante dans l’obscurité au niveau du sol et un souvenir, inattendu, un conte quand il se voyait écrivain, une maison, une pièce secrète ; l’inconscient de l’inconscient ; un seul objet, un miroir.

C’était évident et il n’a rien compris, il cherchait le reflet de sa vérité et celui qui se terrait derrière l'image de ce qu'il croyait être.

Par mille regards morts l'observe le vrai maître des lieux.

Se jeter au sol, implorer machin ou truc, n’importe quoi susceptible de tout effacer. Pourquoi a-t-il suivi le chemin, les formes sombres étaient amicales, il n’avait pas compris. Il se voudrait martyr, que la lucidité le quitte mais elle ne l’entend pas ainsi.

Des centaines de visages à l’abri du temps, un masque de plus vient d’être arraché, le sien !

Le froid n’est pas extérieur, ce n’est pas celui, salvateur, du vide, c’est la peur qui disparaît, qui l’abandonne.

Un papillon est aussi une forme temporaire, comme l’humain.

L’image d’un garçonnet s’estompe, une illusion dont il s’allège. Il voit son père roulant, ignorant sa destination, découvrant cet endroit et décidant d’y construire sa maison, les ouvriers travaillant d’arrache-pied autant pour les primes que par envie d'être loin. Ils creusent les fondations, une pelle heurte un mur, le travail cesse, son père accourt, fait dégager la roche, les pierres, le cercle, l’évidence est là, les travaux le confirmeront, un puits apparaît avec l’escalier pour en atteindre la base, le système de contrepoids est si simple qu’il fonctionne encore.

De mémoire d'homme, cette région n'abrita jamais aucun peuple. De mémoire d'homme ! De gros billets étouffent les questions presque autant que la crainte d'avoir une réponse. Reste-t-il même un seul des ouvriers à disposer encore de son esprit, sinon de sa vie ?

Les indiens… Avant eux il n’y avait rien dit l’Histoire officielle.

Certes ! Mais avant rien ?

Il assiste au baptême du puits. Quatre sœurs qui s'y réveillant se mettent à pleureur, à crier, personne ne viendra les secourir. Plus tard c’est un homme qui reprend ses esprits le visage contre la pierre, il se redresse péniblement, regarde autour de lui, la lumière est faible mais il distingue le décor malgré tout, il se souvient. Marchant dans la rue, il sentit une piqûre, dix secondes plus tard il eut un malaise, heureusement quelqu’un se proposa pour l’aider. Heureusement ?

Un piège, où est-il, pourquoi ? Qu’y a-t-il sur le sol ?

Des corps d’enfants blotties les unes contre les autres, maigreur avouant de quoi elles moururent, visages révélant une souffrance défiant les mots.

Il hurle.

Tant d’autres. Le premier refusant de mourir de faim. Cherchant un moyen il le trouva, d’autres s’en inspirèrent, ne gagnant qu’un sursis.

Court, si court !

Diatek est emporté par les images, les bruits s’amplifient, les gémissements, les hurlements de rage et de haine, les mâchoires… Il titube, gémit, hurle à son tour, des centaines d'yeux vides sourient.

                                        * * *

- Ça va mieux ?

- Oui. C’était…

- Nous en parlerons plus tard.

- Ce puits, indicible, le temps qui gît là est inimaginable et ce qu'il abrite... J’ai vu des choses, les ai vécues, savourées, bourreau et victime à la fois, j’ai senti ma bouche mordre et mon bras être mordu, j’ai mâché la chair que je venais d’arracher et hurlé en regardant ma blessure. Je suis mort mille fois, mes forces me quittèrent, mon corps pourrit et préserva mon esprit aussi longtemps que possible, plus qu’il aurait dû. J’étais mon père et plus, ce qu’il y a derrière est monstrueux… Et je n’en ai pas peur !

Sans parler Morton soutint son ami dans leur sortie du sous-sol, derrière eux le mécanisme se referma de lui-même

Ils poursuivirent jusqu’à se trouver à cent mètres de la maison, le soleil ne les réchauffa pas mais l’air leur fit du bien.

- Nous pouvons tout détruire.

- Pas le puits ! Rien n'est terminé, loin de là.

Morton opina. Il prit le volant, son compagnon lisant le quotidien acheté à l’aller.

- Où allons-nous ?

Le policier prit son temps avant de répondre :
- Vers l’ouest, mais en avion ce sera plus confortable.

Il tendit le journal plié à son ami, indiquant un article.

- À Los Angeles un cadavre a été retrouvé à moitié dévoré, des traces de dents humaines, ou apparentées.

- La suite ?

Diatek hocha la tête.


Ils laissèrent la maison derrière eux, ce n’était qu’un au revoir !

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 05:28

Héritage - 10 
 

                                                 11


Cherchant sur une butte une maison solitaire, haute et inquiétante, il ne voit qu’un grand panneau publicitaire.

Nuit courte, la tension monte à mesure de leur progression dans le temps et la géographie. Ils découvrent l’Amérique profonde, comme si ces deux mots pouvaient coexister ! Creuse siérait davantage !

La nature à perte de vue avec, ici et là, des poteaux signant la présence humaine. Connetry dans toutes les radios interrompant des pages de pubs épaisses comme des bottins.

Conduire lentement, because les limitations, aide à la réflexion, il anticipe les heures à venir, esquisse un plan plausible, mais les images sont floues, les dessins se diluent dans l’attente, parler est difficile, un comédien avant une audition aurait ces symptômes, lui n’aura droit qu’à une scène. Pour se distraire il essaie de deviner l'attitude des policiers découvrant les corps, leurs interrogations, elles courent encore et son intention n’est pas de les résoudre. Qu’est devenu le maître des lieux, est-il une victime ou un coupable ? A-t-il été enlevé ou s’est-il enfui, sain d’esprit ou dément ? Des doutes qui rempliraient la saison entière d’une série policière. Il aurait de quoi écrire mille épisodes, tous à diffuser le soir, tard, très tard.

La maison a été perquisitionnée sans avoir livré ses secrets, la presse se serait emparé d’une telle découverte, en aurait fait ses choux gras, le cadavre est un excellent engrais, il fait pousser les tirages.

L’héritage ? Il fera peut-être valoir ses droits, plus tard. A chaque jour suffit sa peine pensa-t-il avant de regarder le paysage autour de lui.

Soleil écrasant, à côté de lui Morton s’éventait avec le journal acheté avant de partir, rien de mieux pour être malade que la climatisation. Partis en hiver, ils arrivaient au milieu de records de température.

Hasard ?

Le temps lime les barreaux les plus épais, use les masques les plus solides, rien ne lui est inaccessible. La maison attend ses invités.

- On arrive ?

- Bientôt.

- Tu peux aller plus vite.

- Les flics ne laissent rien passer. Cool, dans quelques minutes nous quitterons la nationale pour une route plus discrète.

- Il me semble que nous sommes bien seuls.

- Ce que je me dis la première fois, nous avons passé une frontière invisible qui incite les esprits trop sensibles à passer leur chemin.

- Depuis quand ?

- Longtemps, rares furent les vivants à entendre l'appel de ce lieu.

- Civilisation est un terme inepte ici.

- On ne saurait mieux dire.

- Aucune curiosité médiatique, pourtant l'étrange attire.

- S'il sonne faux, ici les simples sapiens se perdraient.

- Moqueur ?

- Lucide.

- Méfie-toi de cette façon de voir, on commence par traiter les autres de sous-hommes… On sait comment cela finit.

- Ni sous-hommes, ni l'inverse. Pré-humain d'accord ! Ni supérieur, ni inférieur, le loup ne méprise pas les moutons, encore que je ne sois pas, ou plus, un simple prédateur.

- Descendrais-tu de Friedrich ?

- Non, mais nous sommes cousins d'âmes !

- Sa fin...

- Mon début ! Nous arrivons, tu es sûr de vouloir continuer ?

- Tu es sûr de ne pas vouloir ma main sur la figure ?

- Enfin une tendre parole. Je disais cela pour toi. Il est des rencontres troublantes de ce qu’elles réveillent en soi ? Cette maison incite les esprits à se délester des voiles qu’ils se sont imposés pour aller, nu, vers la fange qui leur sourit.

- Que n'avons-nous pas vu ensemble ?

- Éprouver est pire que voir, qu'imaginer.

- Je n’ai pas peur de ma nudité, s’il s’agissait de révéler mon corps je serais gêné, mon esprit ne risque rien devant moi, ni devant toi.

- Et de voir le mien ?

- L’avenir le dira.

- Il connaît les réponses aux questions que nous évitons.

- Ou pas encore.

Diatek opina "C’est par-là !" Chemin damé, s’engageant dans une forêt d'une inquiétante normalité.

- Une image me vient. Un flambeau, le père le refile à son fils et se dépêche de mourir comme si de le conserver sans postérité pouvait être dangereux. Je suis le dernier, pas d’enfant, personne après moi.

- Une torche de quel genre ?

- Une flamme qui éclairerait autant qu’elle protège.

- Malédiction positive.

- Des mots dissonants mais éclairants.

- La vérité sera...

- Pire.

- Possibilité à vérifier.

- C’est encourageant.

Le froid leur tomba dessus alors que la voiture s’engageait entre les conifères, les frondaisons s'entrecroisant repoussaient le soleil. Était-ce la vraie raison expliquant la chute de la température.

Route sinueuse, les matériaux pour la maison avaient été livrés par hélicoptère, un caprice coûteux qui semblait n’être que cela.

Retrouver la lumière leur fit du bien. Sur le moment, elle leur apparut vite différente, diffuse, comme au travers d'un voile imperceptible.

Le silence était oppressant et moqueur, Morton ne trouva aucun repère rassurant auquel accrocher son regard, son ombre même paraissait l'épier.

- Mon père n’eut aucune difficulté pour l’acheter.

- Tu m'étonne, du seuil on dirait le Paradis, de l'intérieur il me semble avoir franchi le porche de l’Enfer.

- Ce n’est que l'entrée, attend la suite.

Un vallonnement passé la maison apparut, en photo elle aurait parue massive, réelle elle inquiétait sans que rien n’étaye cette impression.

Les ailes avançaient par rapport à l’entrée, le corps principal s’étirait en profondeur, une fourche prête à embrocher l’imprudent.

A commencer par son propriétaire !

Une pierre claire, un toit d’ardoise, de hautes cheminées rouges, des fenêtres à petits carreaux sans volet ni barreaux, sobriété.

- Ton père fit construire cela ?

- Oui.

- Pour qui ?

- Pour… Je vois ce que tu veux dire, je vois très bien.

Sans poursuivre le policier gara la voiture, son cœur battit plus vite, il savait pour qui avait été édifier cette demeure.

Mais pourquoi ?

- Tout est impeccable, pas d’herbe folle, de saleté.

- Allons voir l’intérieur.

La porte s’ouvrit aisément, il n'y avait pas de serrure !

Aucun bruit, Diatek à aucun moment ne pensa à la présence de gardiens. La maison n’en aurait pas voulu, il n’aurait pas été surpris de l’entendre ronronner de satisfaction, peut-être ne l’avait-il pas caressé où il fallait, pas encore.

Morton referma, ni leur pas, ni la clenche n’éveillèrent d'échos, les bruits semblaient non pas étouffés mais refusés. Oui, refusés.

Le silence est un piège, l’oreille fonctionne toujours, faute de tentation l’attention se porte sur l’intérieur, le sang, la respiration, chaque articulation, tout devient audible, d’une réalité corporelle qui se découvre et devient rapidement insoutenable.

Un sol de marbre, des colonnes permettaient l'ouverture du hall sur les pièces adjacentes. L’escalier lambrissé, le lustre scintillant, les meubles, pas une poussière, pas une empreinte, rien.

Ensemble ils prirent une profonde inspiration, l’impression avait été si forte qu’ils s’étaient mis en apnée. Une minute pour se reprendre.

Décrire la maison n’apporterait rien, meublée avec un goût parfait, des œuvres d’art aux endroits stratégiques, des salons, une grande bibliothèques au rez-de-chaussée, les chambres au premier, un fumoir, des bureaux, les logements des domestiques, des appartements pour des invités particuliers, rien de spécial, rien de choquant, sinon l’impression que la demeure n’était pas vide, mais existait par elle-même. L’un et l’autre perçurent l’attention dont ils étaient l’objet, curiosité amusée, certitude d’une puissance sereine.

Premier étage, tout au bout du couloir une porte plus haute que les autres mélangeant habilement bois et argent, magnifique travail.

- Le bureau de mon père, tu vas voir.

Il ouvrit la porte, s’effaça.

Le scientifique fit un pas, sursauta, n’aurait-il pas entendu... Ses yeux cherchèrent il ne savait quoi, rien n'expliquait la sensation qui l’avait assailli, rien étant une façon de parler, en fait, tout l’expliquait.

La pièce avait la structure d’une église, nef, chœur, absides, le bureau placé au centre du transept. Le plafond allait jusqu’au toit alors qu’il y avait un autre étage. Une coupole surplombait une table de pierre qui reposait sur une dalle noire prise dans un parquet de teck. Morton s’approcha du meuble, roche lisse, posée sur quatre pieds d’argent massif. Il s’attendait à des rainures destinées à drainer un liquide. Rien, un rectangle parfait d’une matière identique à celle du sol. Il tend une main, hésite, recule… Pas de risque, pas de risque ! Se tournant il observe les murs nus, seulement des niches abritant les statues de dieux de différentes mythologies, trop pour qu’il cherche l’origine de chacun. Un attire son attention, il est plus important et représente la dualité du dieu Thot : ibis et babouin.

La coupole est d’un quartz bleu, le moment de remarquer qu’il n’y a en ce lieu aucun moyen de s’éclairer, il faut que son ami lui montre des cavités habilement dissimulées, mais vides. Pas de fauteuil, l’unique moyen d’être à la hauteur pour écrire est de se mettre à genoux, pour autant que cet endroit soit destiné à cet usage.


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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 06:00

Héritage - 9 
 

                                                 10

"Foutaises ! "

- Pardon ? Tu me parles ou tu penses si fort que ta bouche fuit ?

- C’était intérieur.

- Le début de la fin.

- Promesse de renouveau. Avec le printemps les bourgeons vont éclater, la sève circulera dans de vieilles branches noueuses, l’herbe ornera de jolies mottes surplombant de doux ruisseaux chantant.

- Joli.

- C’est nerveux.

- De quelles foutaises parlais-tu ?

- De vieilles idées. Je me voudrais enfant, pour une fois qu’une main prenne la mienne, qu’une volonté me libère du devoir de réflexion.

- Que l’on fasse pour toi.

- Impossible, qui ne fait pas soi-même en souffre de bien des façons.

- Attention à ce que tu dis.

- Rien de grave, tu n’es pas gastroentérologue mais il fallait que ça sorte, nous avons quitté la terre, le monde, un saut de puce loin de nos responsabilités, je lâche l’élastique, c’est bon.

- Profites-en.

- L’opportunité de dire des conneries ne reviendra pas de sitôt.

- Je sais, le meilleur des cétacés a besoin de respirer pour replonger. Je me veux implacable, avançant sans peur ni doute. Il y a un gouffre au-dessous de moi, l’air glacé en montant m’entoure, je sais sa promesse. Paix murmure-t-il, j’ai envie de le croire.

- Mais tu ne peux pas, croire n’est pas un verbe fait pour toi.

- Croire n’est pas Verbe. La maison est une étape pour apprendre en me débarrassant du superflu, de me simplifier pour aller vite et loin.

- Tu connais la destination ?

- La maison la dissimule, le principe de la chasse aux trésors, une énigme donne le lieu d’une nouvelle énigme qui donne le lieu d’une… jusqu’à l’ultime. Arriver à la fin sera hors de ma portée.

- Souhait ou constat ?

- Le premier.

- Alors il ne se vérifiera pas !

- C’est ce qui m’effraie, à chaque pensée surgit un nouveau motif de crainte, pas moyen de m’en débarrasser.

- Tes peurs disparaîtront dans l’action, c’est ce qui te manque.

- Ces jours sont lourds de réflexions, d’attente, la prise d’élan. Un seul essai avant l’inconnu dont nous parlions. Tu vois, cette discussion est vivace dans mon esprit alors qu’elle me paraît lointaine quand des souvenirs lointains me paraissent proches.

- La mémoire est mal connue, attendons l’autopsie.

- Gentil de me prévenir, tu crois que je donnerai mon corps à la science pour qu'elle le découpe en tranches ultra fines au laser. Si je meurs ce serait dans des conditions le rendant inexploitable.

- Si ? Ce n’est pas une certitude ?

- Je voulais dire, bientôt.

- C’est mieux pour rester dans les mémoires, ses mécanismes se révèlent lentement, comme si nous avions peur.

- J’en suis sûr, l’émotion terrifie. Je n’ai plus envie de rire, par instant me vient celle de pleurer comme l’enfant que j’aurais dû être.

- Le passé se comprend, se revit mais ne change pas. Ton enfance fut un calvaire, un Golgotha, sache en voir le bon côté, la résurrection.

- Comment revenir d’entre les morts et se sentir proche des vivants ? Que veulent dire ces mots, qui est mort ou ne l’est pas ? Ces gens autour de nous, ils sont animés, c’est tout ! Le supplice qui m'attend est celui de mon renoncement, pouvoir dire : « Père je te pardonne car tu ne sus pas ce que tu faisais ! ». Belle formule non ?

- En parlant, tu creuses, tu cherches, tu trouves.

- Ce n’est pas fini. L’image reste, symbolique, l’homme face à l’infini et ses interrogations. Ressusciter m'est impossible, naître, qui sait...

- Des paroles riches et nourrissantes.

- Je ne risque pas l’indigestion.

Un pantin peut-il être celui qui manipule ?

Les psychopathes savent mener les autres, dire la vérité en mentant. Il a touché la folie, l’a aimé, furieusement, et absorbée !

- Sais-tu à quoi je pense ?

- Pas encore.

- Nourri de démence, me saisissant elle se prit elle-même au piège.

Morton approuva conscient de devoir laisser son ami s'exprimer.

Un flux de pensées grandissait en son esprit, l’image du père tenant une corde traversant le temps, le lien de la vie qu’il veut saisir, qu’il empoigne… Les premiers effets se font sentir.

Un cadavre attend en souriant, figure parcheminée, corps détendu acceptant l’étreinte de la souffrance comme une délivrance.

Que restera-t-il de son expérience, comment l'utiliser ? Sous couvert de littérature, donner à ses personnages les mots qu’il ne pourrait employer officiellement. Peut-être, envisager l’avenir est distrayant.

Il sent sous ses pensées les traces de ses prédécesseurs que le temps ne put effacer si l’histoire n'en retint pas les noms. Une réflexion perdure sans affichage médiatique par les esprits en percevant l'écho. Le nom est une invention amusant les formes du néant, ces choses s’agitant sur fond de nuit éternelle redoutant qu'il ne soit cause de leur annihilation. Simple, comme tout ce qui est ardu à découvrir.

Atteindre la lumière, ranimer l’univers. L’éclair déchirera ce cocon généré par la crainte pour survivre à l’absolu glacé.

Est-ce lui qui gravira les marches d’argent ? Peu importe, la vie réussira, son existence individuelle est limitée.

- Ton sourire en dit long sur tes pensées.

- J’avance Morton, j’avance. Les images s'affinent à chaque pensée les affine, la vie sait ce qu’elle fait si elle ignore ce qu’elle va faire.

- C’est clair.

- La maison, l’action, la violence aiguise ses crocs.

- Ça n’a pas l’air de te déplaire ?

- Le jeu continu mais je comprends le sens des pièces utilisées.

- J’en accepte l’augure.

- Il n’est pas destiné à toutes les oreilles, nul habitant des cavernes n’est capable de l’entendre, même si ces grottes semblent des palais, l’extérieur seul a changé, ni l’intérieur, ni le locataire.

- Ça t’amuse ?

- Beaucoup, c’est nerveux, la tension mène au rire.

- A ressembler à la mort.

- Celle des autres !

- La plus amusante.

- J’accepte d’être leur mort, ou, plus justement, de leur dévoiler ce qu’est la vie, réalisant quelle illusion ils adulèrent, peu résisteront. Le Golgotha est une colline de souffrance et de folie. Je l’ai gravi, pas à pas. Je comprends mon père d’avoir rejeté sur autrui d'insoutenables affres. J’ai vu ses trophées, des visages arrachés, délicatement, peau préservée, traitée, des dizaines de bocaux, des yeux semblant avoir piégés un reste de vie. L’impression de ces regards est indicible, ils sont là, partout. Se répète l’idée que savoir est préférable au contraire. Imagine la réaction de parents apprenant quel supplice leur enfant endura, si on leur dit que sa face fut ôtée alors qu’il vivait encore ? L’ignorance ouvre la porte à l’imaginaire lequel ne dépasse pas le pire connu. Peu devineraient les tortures que mon père conçut. Folie et souffrance, bien sûr, mort également. Un charnier, la pourriture fait le liant et sur l’ensemble je progresse. Mes pieds glissent sur la sanie, se blessent sur des esquilles d’os, le vent soulève des lambeaux de peaux venant se coller sur moi, j’avance malgré tout. Ne pas hurler, ne pas implorer, ne jamais renoncer. M’arrêter ? Je l’ai fait plusieurs fois, reprendre mon souffle dans une atmosphère corrompue, rester debout. Autour de moi plus rien n’était solide, m'assoyant j’aurais disparu dans la fange comme d’autres qui crurent que la vitesse serait leur complice. Je ne renie rien, ne rejette rien, mon âme est souillée à jamais, rien ne la lavera. Elle absorbe, intègre, savoure le dégoût, l’abjection, pour en tirer la moelle la plus nourrissante. Admettre ces paroles est désagréable, choquant, peu importe, je vais, je vis.

- Mieux vaut pour moi entendre sans comprendre.

- Je sais. La vie est sortie d’un bouillon infâme, condition nécessaire à son apparition, la conscience n’a pas émergée de sa fange originelle, elle flotte dans un milieu amniotique difficile à imaginer, la naissance est proche Morton, je sens déjà les contractions, le fourmillement des combinaisons chimiques, des essais innombrables qui s’opèrent depuis des milliards d’années. L’œuf se fendille, le Big-bang physique eut lieu il y a longtemps, un autre se prépare, que dis-je, il a déjà commencé. La différence entre le son et la lumière, départ simultané, la seconde arrive avant alors que le premier sera plus violent.

Morton ne trouva rien à dire, les paroles du policier le heurtaient. Tenant du savoir il n’avait rien compris. Le parcours de son ami était l’inverse, le bon. Il se refusa à mettre en images les mots de Diatek. Le passé récent indiquait la véracité de ces murmures, la peur conduit au pire, à détruire pour payer un tribut à une déité floue masquant une vérité insaisissable. La force à l’œuvre ne s’achète pas, inutile de s’offrir à ce qui prend ce dont elle a besoin.

Tout !

- J’ai le trac Morton, réfléchir effraie.

Morton approuva, laissa glisser la panique, se taire. Son ami était loin devant, bientôt il serait imperceptible, alors la solitude viendrait, et avec elle…

Mourir n’est rien, rien !

                                        * * *

Le ruban d’asphalte se déroule sous la voiture de location, Ford modèle récent nanti des derniers gadgets. Ils auraient pu prendre un autre vol, gagner du temps, pourquoi se presser se demandèrent-ils avant d’opter pour un moyen de déplacement lent mais intéressant. A rouler ainsi ils se sentaient dans un parc animalier mais sans ouvrir la portière pour jeter des cacahuètes. On ne nourrit pas les bêtes qui s’en chargent elles-mêmes.

Ils traversèrent New York, les vers étaient à la mesure de la Grosse Pomme, dans quelle poubelle jeter le trognon ?

Une autoroute vers le sud, un voyage de plus de mille kilomètres plus lassant qu’excitant. Rien à découvrir d’autres que des voitures, des camions, des individus louches longeant les routes, des moins louches dont ils se méfièrent davantage, chez Diatek le policier n’était jamais loin, il se demandait si celui-ci n’était pas un tueur ou si celui-là ferait une proie facile. Ce pouvait être l’inverse.

Un motel pour la nuit, des bungalows aux jolies façades roses, un intérieur conçu pour être insupportable au bout d’une journée, une merveille de technologie. Une Bible dans un tiroir. Manquait le fusil à pompe dans un autre. Équilibre non respecté, il est vrai que ça ferait double emploi.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 05:20
Héritage - 8 

 

                                                 09


Le silence qui suivit bruissait de questions, de doutes et de curiosités. Morton avait beaucoup étudié, avec ce policier il découvrit que le su est parfois moins important que le ressenti. L’expérimentateur agit sur l’expérience mais que peut-il apprendre de lui même au travers de sa perception des résultats obtenus ? Il découvrit un univers de mystères, en résoudre un en révélait deux, le combat était perdu d’avance, son ami lui affirma que c’était mieux ainsi.

- J’en connais qui verraient dans ta vie une volonté à l’œuvre.

- En regrettant qu’elle ne le fut pas avec eux. Logique chaotique ! Ne me demande pas ce que je veux dire. J'esquisse ma pensée.

- C’est toi qui passas ces épreuves, un chemin riche en découvertes que tant prirent, beaucoup chutèrent au premier obstacle, d'autres au deuxième, et ainsi de suite. Tu as réussi parce qu’il est logique, ton mot, qu'une expérience réussisse si elle est répétée le nombre de fois suffisant, le chaos ignore la lassitude.

- Tes mots sont rassurants, pendant si longtemps j’ai parlé beaucoup sans rien dire que j’ai crains être incompréhensible.

- Un diapason ne crie qu'avec deux tiges.

- J'adopte la comparaison. Des obstacles pour faire le tri.

- Nous nous comprenons.

- Trop bien, c’est inquiétant.

- Avant, timidité ! Être lâches serait fuir le combat hantamé.

- Inquiétant messie vrai. Esprits parallèles, l'un artiste-scientifique, l'autre, l'inverse ; chacun prend et donne, apprend et enseigne.

- La science considérée comme un art et l’art comme une science.

- L’intuition, le rêve, l’approche du délire, l’approche seulement, la science créant la chair manquant au squelette pour incarner le réel. Ce chemin, ces empreintes, un corps, deux jambes, l’équilibre.

- Où conduit ce chemin ?

- Par-delà l’illusion voilant la peur. Où exactement, ça...

- Nous sommes ignorants, avons-nous passé l'effroi, l'image est-elle superflue ? Pouvons-nous supporter l’inconnu ?

- Les mots sont flous, limités par mon vocabulaire, Le test s'affina à force d'échecs. Apprenons !

- C’est fort ce que tu dis, troublant et émotionnellement riche.

- L’émotionnel par l’artistifique ?

- Des capacités, inutilisées génèrent une souffrance, et employées... aussi. La précocité tue, l’enfant souffre, ignore pourquoi et personne ne sait l’aider, sa situation est particulière, ignorée de ses parents et d’un système éducatif normalisateur et meurtrier. Précoce est inutile si c'est pour arriver plus tôt au niveau des autres, tu sus gérer le courant et survivre, maintenant tu peux l'utiliser.

- L'épreuve imposée par mon père lui offrit quelques dérivations opportunes, comme programmées, nous pouvons le dire puisque cela ne s’est pas passé autrement. Quelque impression de choix, de libre-arbitre que nous ayons, nous ne suivons qu’une route, les autres se perdent dans des si, cailloux spectraux jetés sur d'improbables chemins. Intelligent est un qualificatif dont on m'affubla, comme une contrainte, pas un avantage. Kah prononça celui de génie, un terme qui ne saurait s'employer avec être ! Quelqu’un dit qu’il est affaire de patience, de résistance plutôt, à ce courant intérieur, à sa violence, aux visions qu’il charrie. Sais-tu bouger les oreilles ? Non ? L’ayant appris jeune tu saurais le faire, des terminaison nerveuses se forment dans les premières années de la vie, ensuite il est trop tard. La précocité est l’aptitude à encaisser un ampérage plus grand. La question se pose parfois de la différence entre un surdoué et un génie tant celui qui part tôt finit dans la banalité. L'important est d'aller loin, même lentement.

- Je ne fus pas précoce et ne suis pas un génie.

- Je rentrai dans le rang. Le choc de cette nuit de septembre créa une liaison nouvelle, sans cela l’installation aurait sauté quelque part, cela commençait, mon attitude parfois autistique fut une protection avant cette nuit, davantage après, le système avait besoin de s’installer, un arbre ne naît pas en un jour, un arbuste peut aller plus vite et je ne parle pas du brin d’herbe.

- Ainsi peux-tu aller plus loin, c’est le lièvre et la tortue.

- Un lièvre folâtrant, prenant son temps pour une longue course mais passant l’arrivée une seconde avant la tortue pour ne plus s’arrêter.

- Et nous partîmes d’une volonté à l’œuvre, de ta vie.

- Ma vie est la Vie, je suis un essai.

- Le bon ?

- Ça...

- Nous aviserons, parlons du voyage qui nous attend.

- L’avion, la maison, du tourisme.

- Presque.

Morton avait raison, presque !

                                        * * *

Taxi ! Diatek donne le nom de l’aéroport.

- Vous prenez l’avion ? Finit par demander le chauffeur.

- En principe, répondit le policier, en ayant envie de nier pour souligner qu’ils allaient prendre le train.

- Tourisme ?

- Études.

- C’est moins bien.

- On fera les deux en même temps.

- L’idéal. Savoir ça sert mais ce sont pas les études qui aident à vivre.

" C’est l’ignorance " murmura Morton.

- Sûr, ça occupe.

- Pourquoi pas, si vous pouvez. Moi je critique pas, je suis mal placé, taxi, hein, c’est pas un métier facile.

- Je veux bien vous croire.

- Moi j’apprécie la discrétion, faire chier personne, et l’inverse.

- Surtout l’inverse.

- Si vous voulez.

" Le client a toujours raison."

- Remarquez j'me plains pas, j’en vois de toutes les couleurs, si vous saviez ce qu’on charge, ce qu’on décharge "Ce con décharge…" c’est à se taper le cul par terre. Je parle de ce que j’entends mais y’a c'que je vois. Les couples qui se tripotent, ceux qui s’enfilent discrètement, qu'ils le croient. Ça me vaut un pourboire royal. C’est le bon côté, l’autre jour un type a coulé un bronze sur ma moquette, j’ai rien vu, il a baissé son froc discrètement, a posé son affaire, au feu rouge, il s’est barré fissa, je pouvais pas laisser la bagnole au milieu de la route, ce fumier avait bien calculé, un habitué de la chose.

- Un vrai chieur.

- C’est le mot, putain, et le bon. Si je le retrouve celui-là je me sers de sa langue pour me torcher, cela dit sans vouloir vous ennuyer.

- Les gens sont sans gêne parfois.

- Je vous le fais pas dire, z’avez une tête de pas con vous.

- On ne choisit pas.

- C’est sûr, encore que… La plupart seraient content d’être cons s’ils avaient un moment de lucidité. Seriez pas prof par hasard ?

- Non.

- Ça, m’aurait plus, enseigner " En saigner… " faire le savant. La science, un truc comme ça.

- Mon ami ici présent est truc-comme-ça, je ne suis que commissaire.

- Ah bon !

- Y’a pas de mal, je ne m’occupe pas de la circulation.

- Je respecte pas toujours le code, les autres non plus, et puis moi c’est professionnel, les clients sont toujours pressés.

- Pas nous, ça va, je connais bien votre profession.

- Des fois je rencontre des fl… des policiers, on discute, copains quoi.

- Vous avez raison, mieux vaux être du côté du manche, si j’ose dire.

- Je vous approuve, à fond.

- J’en suis certain.

- Et c’était vrai, le manche, à fond, certain !

- sympa de parler, souvent c’est l’inverse, les clients parlent, comme avec une pute, en moins cher et y consomment pas, c’est la voiture, l’isolement, l’inconnu, ça fait confessionnal, comme qui dirait.

- Jolie comparaison.

- Policier aussi ça m’aurait plu, les interrogatoires, le show-biz.

- Les camés, les tueurs qui sifflent, les balles qui rôdent..

- Finalement taxi c’est mieux.

- Oui, hein ?

- Livrés dans les temps.

Diatek ne releva pas, Morton sourit.

Un signe de la main, une amitié mort-née, triste.

Diatek retrouva l’agitation des gens allant et venant, le bruit des annonces, des valises posées au milieu du chemin, un coup de pied, un regard amical au propriétaire, une distraction.

Un minimum d’attente pour le billet, rien à dire.

- Mon premier voyage pour le nouveau monde.

- Beau comme une morgue aux tiroirs béants, la chaleur en plus.

- Et les mouches, j’adore les mouches.

                                        * * *

Plus près du ciel comme pour y trouver une solution, n’importe laquelle pour peu qu’elle fasse vrai. L’ailleurs est impossible, Diatek sait qu'il est interdit de quitter le chemin.

Un voyage vers soi est le plus difficile, le seul nécessaire.

Les hôtesses, jadis… La vie ne s’épargne pas, elle s’utilise ou se perd.

Le plaisir ? il connut, empruntant maintes voies, laissant explorer les siennes à l’occasion, copulant à tour de bras, si cette expression a un sens, auquel cas il a sa place ici !

L’instinct parlait, la fuite dans l’animalité avait sa raison d’être.

Fini ! Une collection complète est fade. Le plaisir est dans la quête.

Son père collectionna les victimes jusqu’à avoir des doubles. Annonce amusante : échange petite fille égorgée contre vieillard brûlé vif.

Hilarant non ?

Non ?

Des morts ? Ses mains tuèrent, souvent, n’hésitant jamais, par besoin d’abord, sûres de leur bon droit ensuite, le plus mauvais des alibis, s’il en est un bon.

Quels plans forma-t-il dans sa jeunesse ? Tuer… L'excitant est d’aller contre soi, de savoure la honte, la culpabilité, de s’entendre hurler de souffrance mais d’agir malgré tout. S’enfoncer dans le dégoût de soi, rassuré de se découvrir le méritant, un processus psychologiquement compliqué mais évident pour celui qui le vit qu’il évite les questions.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 06:08
Héritage - 7 
 

                                                 08


A son habitude il ne se presse pas, si pour monter il préfère être le premier pour descendre c’est l’inverse. Le quai, la foule, les cris, les odeurs, une agitation au cœur de laquelle il se fond pour trouver la sortie. Jadis supporter la promiscuité lui était intolérable, il dut parfois descendre d’un car pour retrouver son calme.

La journée touche à sa fin quand il retrouve l’air libre, petit à petit pourtant les nuits raccourcissent, en sera-t-il de même pour lui ?

Marcher sera plaisant dans ces rues qui furent longtemps son terrain de chasse. Gens et chiens, lumières et bruits, le monde réel dans lequel il ne peut plus disparaître, le fond est trop haut. Profitant de la situation son estomac se manifeste à nouveau, un sandwich sous blister l'occupera. Un vieux banc dans un petit square accueille son fessier avec indifférence, quelques arbres luttent pour se maintenir sachant qu’à leur mort il se trouvera un promoteur pour imposer à cet emplacement un étron de béton puant le pot de vin.

Avant de mordre il regarde la viande… celle du sapiens aurait un goût de porc ; logique. À titre personnel… Mais ce n’est pas le sujet.

Il est repu, pour un peu il s’allongerait sur le banc. Autant laisser la place à ceux qui n’ont de couvertures que quelques cartons. A l’instar des tueurs les SDF sont utile. Le danger que l’on nie est celui que l’on désire, le tueur et le clochard exorcisent des peurs sociales.

Dormir, un homme, allongé, pépé ? Une pièce de plus. Jeune il pensait que l'hypnose pourrait arracher son passé de sa cangue mais s'en remettre à une autre volonté le retint. Il fit confiance au temps pour éroder cette coquille.

Le père, le grand-père... chaque enfant a un géniteur, n’importe qui peut remonter jusqu’au début de la vie. Pourquoi s’y arrêter ?

Le commissaire se pose la question mettant la réponse en délibéré. Comprendre avant de savoir, ouvrir la porte en sachant ce qu’il y a derrière, constater qu’elle était ouverte en l’entendant claquer dans son dos, ce chemin est à sens unique. Les créatures du néant ne sont pas hostiles, elles promettent la paix et le silence. Renoncer est le seul péché qu’il reconnaisse.

- Vous auriez un euro, cela me dépannerait ?

Diatek quitte sans regret ses réflexions.

- Je vous réveille ?

- Non, je pensais. En quoi un euro dans ma poche vous aiderait-il ?

- Amusant, je comprends, vous l’avez mais préférez le garder.

- Je n'en fais pas l’élevage, je l'utiliserai suivant mon envie.

- Égoïsme.

- Oui, en plus vous ne savez pas demander.

- Pourtant j’ai l’habitude.

- Un ouvrier peut apprendre un mauvais geste et l’utiliser toute sa vie, laquelle vaut plus qu’une pièce. Proposer aux interpellés de participer à votre existence serait mieux.

- Je vois. Voulez-vous participer à mon existence ?

- Non ! Vous donner de l’argent achèterais mon égoïsme, il vaut plus. Tout le monde ne raisonne pas ainsi.

- Heureusement.

- Pourquoi ? Votre situation vous plaît ! L’argent que vous recevez est un achat, vous êtes un encaisseur. Tenez, asseyez-vous, pensez, ça ne vous fera pas de mal, ou alors si, au début.

Laissant le regard perplexe l’accompagner jusqu’au tournant Diatek reprit la direction de l’appartement de Morton, mentalement il se frottait les mains. La perversion est douce pour qui en connaît le bon côté. Mais y en a-t-il un mauvais ?

Les rues se suivent et se ressemblent, il arrive, immeuble bourgeois, une porte cochère qu'aucun équipage ne prit depuis... La place du cheval en ville se limite aux boucheries spécialisées.

La bignole a été remplacée par un code, il pianote, entend le système se déclencher et pousse le battant.

L’allée pavée mène à une vaste cour, de part et d’autre s’ouvrent les montées d’escaliers. Gauche, troisième, on ne frappe pas, celui qui vit là a perdu sa clé. L’appartement occupe tout l’étage, avoir des moyens ça aide, Morton n’en manque pas, dans le cas contraire il eut dû obéir à une autorité, respecter des horaires, des contraintes. Le policier referme derrière lui, tend l’oreille sans percevoir le plus petit bruit, il s’aventure dans le dédale de pièces et de couloirs en faisant attention à ne rien bousculer, partout s’entassent livres et revues, des cartons aux contenus improbables, certains portant l’inscription : À jeter ! Sans avoir rien renversé il parvient au salon principal, le lieu de vie, presque à l’abri des invasions diverses.

Il revoit ses amis, l’un occupait le fauteuil où il s’enfonçait, l'autre, la petite chaise aux pieds si fins que Diatek se demandait comment elle résistait à un derrière aussi imposant. Morton prenait un tabouret, lui restait debout. Héritier des péripatéticiens réfléchissait en marchant. Il s’attendait à des changements, à sentir le passage d’un temps immense, un an, à peine s’était écoulé, pas les siècles qu’il imaginait.

Une table ronde à pied central trônait au cœur de la pièce, une bibliothèque occupait tout un mur, des ouvrages anciens, de grande valeur. Il aimait la sérénité de cet endroit. Ici pourtant furent évoqués des sujets difficiles, la table reçut des photos insupportables, les murs frémirent, heureusement, ils n’ont pas d’oreilles, comment se les boucheraient-ils avec de si petits bras.

L’un disait ceci, un autre rajoutait cela, les opinions divergeaient avant de se coaliser pour la victoire de la vérité.

Le commissaire prenait la parole en dernier, lentement ses mots dessinaient les traits de la proie qu’ils convoitaient. Son esprit traversait les murs, entendait les pensées les plus secrètes, les souvenirs les plus confus. Des instants hors du temps, magiques.

Des rires, des insultes, des moments de rage devant certains actes, rituels confinant à l’invocation de forces étranges. Et maintenant, voit-il plus clair dans ce besoin ? Un paiement pour apaiser l’animalité et la dépasser, un os pour Cerbère afin de continuer.

Comparaison juste, à la fin la Bête, les connaissant, remuait la queue.

Les volets intérieurs sont ouverts, par la fenêtre il observe la rue, les gens qui circulent, un instant d’envie pour une sérénité inaccessible. Le verre renvoie une image déformée de lui-même en surimpression avec celle du dehors.

Avec le temps c’est celle qui se précisera.

Boire, cuisine, l’évier débordant de couverts en attente d’un jour meilleur, sur le moment lui vient l’envie de faire la vaisselle, il aimait bien, à condition de ne pas l’essuyer. Il réprima son désir pour utiliser un verre semblant propre.

Un couloir, des pièces sombres, son ami est là, quelque part, son instinct ne peut le tromper, pris par de profondes réflexions il aura oublié l’heure et le visiteur attendu. Des bruits, le plancher craque, c’est l’âge, et puis autre chose, régulier, un bruit qu’il reconnaît en souriant, celui de doigts courant sur un clavier d’ordinateur. Personne n’est à l’abri du progrès ! Laissant le chercheur chercher il part en quête d’un lieu de repos, une chambre par exemple.

Un lit vide, habillé il se laisse aller, le sommeil ne tarde pas.

Un rêve ? Bien sûr, dormir sert à cela, oublier les censures du jour, à affronter les situations mises de côté, à puiser dans la réserve de souvenirs celui qui sera utile.

Une maison, celle de son père, l’entrée de marbre blanc, les colonnes par couple, le large escalier menant à l’étage, les lambris d’un bois si doux qu’ils semblent couverts de peau humaine. Les tableaux judicieusement choisis, tous d’un peintre connus et mort, surtout mort, dans un tel lieu cette particularité s’imposait. Le silence grouille de cris affleurant le réel sans l’atteindre, il tend les mains, veut en saisir un qui explose entre les doigts, écouter, compatir, apprendre, ils glissent autour de lui emportés par un vent irrésistible.

Une belle maison à évoquer, inquiétante à fréquenter, une de ces bâtisses habitée même, et surtout, quand elle est vide, au point de choisir qui, y résidant deviendra son complice, à l’image du chat élisant celui qui croira être son maître.

Diatek aime les félins, noirs, le meilleur ami de sa jeunesse en fut un.

La mémoire est une demeure accueillante, d'abord, elle incite à l’exploration, pièces vastes, claires, sans secrets, et le sous-sol, la lumière vient difficilement jusque-là, les recoins pullulent, les ombres glissent, l’esprit sent qu’elles ne lui sont pas étrangères.

Bientôt il sera temps de descendre. L’œil sera dans la tombe. Câlin ?

Papa ? Non, ou le vrai ? Yeux à facettes, peau écailleuse, bouche sans dents et bras se terminant par des pinces. Une image venant d’anciennes lectures utilisées pour voiler une réalité pire encore.

La maison l’attend, pas elle seulement !

Une ombre viendra, plus tard… Pas maintenant, non, pas…

- Hein ?

Diatek regarde autour de lui, le rêve vibre encore quand il reconnaît le visage amusé de son ami.

- Y’en a qui font la grasse matinée à ce que je vois.

- Tu parles de moi ?

- Un peu mon neveu, sais-tu l’heure qu’il est ?

- Je vais l’apprendre de ta bouche.

- Dix heures.

- Je viens de m’allonger.

- Du matin, comique.

- Ah j’aime mieux ça.

- Pas moi, tu as pris mon lit, la prochaine fois utilise le fauteuil du salon, il ne convient plus à une personne âgée.

- C’est vrai, tu as pris un coup de vieux, tu fais presque ton âge.

- Merci ! Dire que je suis allé chercher le pain pour les tartines.

- Tu es une mère pour moi.

- L’amer de la tranquillité !

- Je note. Fais les tartines en question, je vais me repoudrer, après quoi je me tape la cloche à ta santé.

- Tu n’as pas changé.

- Je suis toujours ce jeune homme étranger ?

- Oui, bis ! Je vais œuvrer, allez Lazare, lève-toi et mâche.

Le commissaire éclate de rire, le bon temps revenait.

Presque !

Lavage, rasage, clin d’œil dans un miroir amical avant de retrouver la cuisine pour remplir un estomac trouvant le repos bien long.

- Il y a la queue devant la boulangerie, et pas pour la boulangère.

- C’est gentil. J’ai vu ton sac dans l’entrée tu vas quelque part ?

- Avec toi. Tss tss, pas de bêtise, je m’ennuie comme un rat mort, plus d’aventure, de plaisir, tu n’es pas venu me voir pour me dire bonjour, ne fais pas l’hypocrite, l’informatique, bof, Internet et les sites pour adultes, c’est amusant un moment mais je me lasse vite.

Diatek ne répondit pas, l’amitié se passe de mot ou n’est pas.

Il engouffra une nouvelle tartine.

La dernière bouchée avalée le commissaire entama son récit.

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 05:42
Héritage - 6 
 

                                                 07


Du temps à perdre, ultimes grains du sablier. Est venu le moment de se retourner sur un chemin à sens inique. Souffrances, joies et émotions marquent le temps. Malédiction dirait un esprit simple, mot inadéquat s'il en est. Être victime n’est pas un signe d’élection, le martyr un test imposé par une déité improbable pour choisir son esclave préféré, l'unique souhait de ce dernier pour s’accrocher à ses chaînes quand bien même seraient-elles reliées au néant.

Au bord de son monde il est seul, seul avec tout.

Dans les rues celui qu'il est devenu semble suivre l'enfant qu'il aurait dû être et que le soleil dévore. Il referme l'album de souvenirs qui ne lui apporteraient rien. Même se remémorer les poèmes qu'il rédigeât pour une image aux yeux de ciel. La seule qui le retint au bord du gouffre. Il lui reste un carnet, de quoi écrire, facile de remonter, de s’asseoir, de chercher dans le passé l’oubli qui ne s’y trouve plus.

La différence entre l’amour et la mort est petite, une histoire de u !

La fatigue purge son esprit des pensées superflues, l’énergie est limitée, autant l’employer positivement.

Retour, une hésitation avant de pousser la porte en fer forgé donnant sur la rue, la seconde, bois et verre, un hall refait depuis son départ. Montant les marches il pense que maudit vaut toujours mieux que le contraire... Une phrase pour l’avenir, une de plus. Le temps palpite au cœur du vivant mais l’éternité ?

Son appartement, carreaux inégaux, tapisserie à grosses fleurs, des miroirs un peu partout, le plancher trahissant ses pas sans que jamais il fasse rien pour l'en empêcher. Des meubles sombres qu'il serait difficile de déménager depuis l'installation de l'ascenseur. Dans ses récits le décor autour de ses personnages fut longtemps flou, eux-mêmes n'avaient pas de nom, ni date, ni lieu, le moindre repère semblait un piège. Sur la large table il fracassa un jour une chaise, un moment de fureur comme il n’en veut plus. Le dit siège rode dans un coin, reconnaissable à la ficelle qui le tient. A une époque cette table devint le centre de l’univers, il tournait autour d’elle, dix fois dans un sens, dix dans l’autre, des heures durant, manège désenchanté d’une vie insupportable. Autant de révolutions pour que rien ne change.

Fermant les yeux au moment d’entrer dans la chambre il la revoit au temps de ses grands-parents. Les lits, l’armoire, le linoléum, le paravent près de la fenêtre, la table de chevet au dessus de marbre.

Rêver était agréable ; refuser le réveil, impossible. La lumière est proche, le néant reflète ses peurs, ses refus, le bureau de sa jeunesse semble un caveau, un ventre également, l’un puis l’autre. PuiTs ? Un tunnel entre deux mondes, deux lumières ainsi une nouvelle l’attend, il la distingue déjà.

La balance s’équilibre, une plume suffit pour l’incliner d’un côté.

En souriant il se dit que les deux sont mauvais.

Des papiers de famille dans un tiroir, une langue étrangère qu’il ne comprend pas, la carte d’identité de l'aïeul qu’il vit mourir. Maintenant le souvenir échappe à une terreur s’affaiblissant. Et la tombe, cet espace vide guettant son nom. L’idée fut-elle spontanée ou suggérée par une remarque qu'il aurait interprétée ? Qu’importe les réponses, l’illusion psychanalytique qui voudrait imposer de tout savoir de son passé. Le jeu compte plus que la victoire.

Il secoue la tête. Penser est la malédiction. Quel est ce con d’ancêtre qui s’y risquât le premier et s'en découvrit capable ? À quand un voyage dans le temps pour le supprimer ? Il se voit lac de montagne, une vallée étroite protégée par de hauts sommets, surface lisse renvoyant la pureté d’un ciel sans nuage. Mais derrière le calme qu'y a-t-il ? Ce remous, qui le crée ? Ce sillage, qui le génère ? Ces ombres, que signifient-elles ? Cet homme qui vient, que veut-il ? La nuit est claire, pleine lune, regard de l’univers, et il marche en cette nuit de Walpurgis, sourire de l’Enfer et des yeux bleus.

Il aime les deux, ensemble.

Le lac bouillonne, il est proche du débordement. Les montagnes ne sont pas là pour le protéger mais pour l’enfermer !

Toutes les portes étaient closes dans son enfance, la tante gardait les clés, il jouait dans le couloir, sur le carrelage froid mais son univers était illimité, finalement l’absence de frontière est rassurante.

Les chiffres verts du radio réveil lui tiennent compagnie, regarder l’heure est une ancienne habitude. Jadis le réveil, mécanique, était sur une étagère dans la cuisine, surplombant le poêle à charbon près duquel le grand-père restait assis, longtemps cette image fut la seule qu’il en eut, longtemps.

Des souvenirs traînent, partout, de la cave au grenier, un contact répugnant sur le coup, amical ensuite, comme toujours.

Le moment est mal choisi pour farfouiller, sortir les albums de photos, des visages inconnus, des prénoms oubliés, une famille dissoute dans la lucidité. Il est allé plus loin que ces ridicules racines.

Trop loin ?

Le couloir, le vieux buffet, le téléphone. Ses doigts se souviennent.

                                        * * *

La sonnerie officie dans l’indifférence, il sait que le combiné ne sera pas décroché sur-le-champ, d’abord avoir envie de répondre, ensuite retrouver le téléphone dans un fouillis défiant les descriptions.

- Oui… Non, vous avait fait un faux numéro, bonsoir.

- Une minute nute !

- ... entendit le policier.

- C’est toi ?

- Après vérification il paraît.

- Tu es où ?

- Chez moi.

- Gentil de te souvenir d’un ami, ton appel est une demi-surprise.

- L’actualité t’aurait-elle atteint ?

- Ai-je l'air d'une autruche, j’ai tilté sur ton nom, tu penses. Voilà ce que c’est que de retourner sur ses terres en quête de discrétion.

- D'autres profitèrent de l'occasion pour se montrer.

- Ça te ressemble. Une question : la vérité officielle est la bonne ?

- Non !

- C’est ce que je pensais, c’est mieux comme ça.

- Je partage cette opinion. Et toi, ça va ?

- Ça baigne, mais dans quoi... Mon petit doigt qui te connait insinue que pour t’enquérir de mes nouvelles tu aurais écrit.

- Il a raison.

- Tu connais le chemin, pour parler rien de mieux que de se voir.

- D’accord, à bientôt.

- Je t’attends.

Diatek sourit. Que d’aventures avec Morton, le professeur Morton, bien qu’il n’enseigne pas, quelle horreur ! Que de moments étranges, de découvertes violentes et savoureuses.

Allons, la vie n’attend pas. Tout fermer, débrancher les appareils électriques, couper le compteur, ouvrir le réfrigérateur, habitude.

Il se pressa pour atteindre la rue, le soleil lui fit un clin d’œil, le bleu du ciel l’égaya un instant, serein il prit la direction de la gare. Une longue ligne droite, au bout le bâtiment de verre multicolore, la porte s’ouvre, guichet, billet, une heure d’attente avant le prochain train, de quoi jeter un dernier coup d’œil sur cette ville. La gare routière, coïncidence, un car pour une destination qu’il connaissait bien. Facile de le... mais le temps de l’illusion a disparu. Elle a entendu parler de lui, connu son retour, si elle avait voulu… C’est qu’elle est heureuse ! Il se force à le croire, un peu, la moins mauvaise des solutions.

Sur le quai des gens attendent, qui pour s’en aller, qui pour accueillir un parent, un ami. Ce n’est pas son premier départ mais l’impression demeure d’abandonner quelque chose, son choix est fait, définitif.

Interrompant ses pensées le train glisse devant lui dans un bruit strident, entraîné il s’est placé au niveau de la porte, premier arrivé premier servi ! La place près de la vitre, dans le sens de la marche, un compartiment tranquille bientôt troublé par un jeune couple, pas un regard, le paysage l'attire davantage. Sa mémoire retrouve un conte ancien, l’action débutait dans un train, liaison logique plus que ferroviaire. Un puzzle, déjà, venant du passé pour permettre le retour d'un être maléfique, son héros intervenait, le bien triomphait, non sans en payer le prix. Pinçant les lèvres il se dit qu’il lui faudra relire ce qu’il se disait sans avoir la lucidité pour l'interpréter.

Maintenant il est grand, il peut savoir.

Le rail figure une espèce de fil d’Ariane, un déplacement en soi, l’extérieur contente un moment, ensuite la curiosité revient sur soi. Milieu clos du wagon, non, de la voiture, la wagon contient le fret pas les voyageurs, même si la distinction est difficile parfois.

Souvent ?

Bref !

Il se revoit dans son bureau, caveau ventre maternant plus que maternel. La poche du kangourou puisque le petit naît avant terme et achève sa gestation ensuite. Son esprit grandit hors du monde, dans un placard. Pour quelques-uns, qu’il a bien connus, ce fut la poche revolver ! Ressurgit la sensation de la mort s’approchant de lui fœtus, il se défend, lutte, finalement elle s’éloigne non sans laisser sur lui, en lui, des empreintes que le temps rend de plus en plus précises. Des empreintes que son père ne put distinguer, encore moins dominer, auxquelles il céda pour survivre alors que lui... Mais qui peut comprendre cela, qui peut admettre la possibilité même d’un tel phénomène ? L’esprit se sert d’un minimum pour terminer la scène. La mort l'effleura sans le saisir, un test, déjà ? Par analogie il pense aux mites, les petits naissent dans le ventre de leur mère et s'entre dévorent, parfois ils mangent leur génitrice, c’est beau la nature. L’homo sapiens copie, il n’invente pas.

Survivre est-ce un droit ou une obligation ? Les premiers sont à la mode, murs tentant de soutenir un esprit en décomposition. Il n’aime pas cette société accusatrice, d’un côté ceux qui lèvent le bras, tendu, paume vers le bas ou poing fermé, de l’autre, ceux qui montrent du doigt en récriminant. Hurlements et plaintes, cris puérils de nouveaux-nés frustrés ! Il sourit de son raisonnement, spécieux dirait-on, sophistiqué, pire répondrait-il : Vrai !

Le train part, l’esprit ronge sa matrice à chaque pensée.

Son père sourit. Les chairs absorbées par le temps reste un visage ayant quitté la vie sans atteindre la mort pour témoigner de ceux qui passent et indiquer le vrai chemin à qui osera le lui demander.

" Tu me ressembles ! Mais non, je suis plus, tu l’as dit, et pire. "

Le regard qu’échangent les tourtereaux indique qu’il a murmuré, il leur sourit, tendrement, histoire d’accroître leur inquiétude.

Finira-t-il ainsi, coincé, porteur d’un flambeau à refiler, et vite ? Le chemin ? Il n’est pas le premier à le prendre, il sent les empreintes de ses prédécesseurs, bientôt il n’en percevra plus, le pas qu’il fera sera un de plus pour la conscience sur le chemin de la compréhension.

Une main l'arrache à ses réflexions.

- Billet monsieur.

Par discrétion il a prit un billet, un petit trou pas cher. Un de plus.

Il s’étire, baille, sourit à ses vis-à-vis ravis de bientôt descendre.

Manger ? Depuis la veille son estomac reste inactif, quelques bruits pour qu’il n’oublie pas ses organes, penser aux sandwichs présentés sous cellophane le tranquillise. Faim, oui, envie de se suicider, non.

Pas encore, et pas comme ça.

Se suicider… Encore ? Non, quand il s’automutila c’était pour briser la cangue l’étouffant. Pourtant ce terme éveille des échos en lui, une lumière violente, intense et la nuit… Il l’espérait définitive, et puis le jour revint...

Quelle imagination aimerait-il pouvoir se dire !

Nouveaux visages en face de lui, charmants, accompagnés de corps qui en une autre époque l’aurait attiré, lui qui adore prendre le train… Mais non, autant imaginer l’action. Le voyage s’éternise, ni journal, ni radio pour passer le temps, cogiter distrait.

Enfin l’arrivée !

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 06:06
Héritage - 5 
 

                                                  06


L’enfant voulait courir vers les autres, se joindre aux enfants passant devant lui, un jour il essaya, pour ne plus s’y risquer de nouveau.

Seul dans son lit il rouvrait la porte de son univers, la nuit le protégeait, les monstres accouraient, se penchaient sur lui, ses seuls amis. Leur aspect eut terrorisé n’importe qui, lui savait distinguer derrière l’apparence la vérité de l’âme. Un défaut ! Connaître les autres amène à se détourner d’eux, le pire c’est quand ils le sentent, quand ils perçoivent le regard les dénudant.

Un sourire est plus effrayant qu’une grimace, un coup de poing plus sournois qu’une caresse.

Certitudes !

Partout il se cherchait, un enfant identique ne pouvait exister.

La preuve ? La vie le rejeta, tentatrice, proposant puis retirant l’autre qui aurait été soi.

Elle fit bien.

La bleu du ciel fait écran, le gamin s’approche, cette couleur ne peut rien proposer de répugnant, voulant être séduit sa méfiance s’endort.

Où est la beauté d’une enfant morte, les os brisés, la peau lacérée, les muscles arrachés ? Quel est le plaisir d’agir ainsi ? Il apprend la haine, le mépris, le dégoût, vrais noms des compagnons de ses nuit. Le temps vient de les appeler, d'employer les termes réels, les images véritables, la force de la destruction. Une main est Vie, l’autre est Mort, tout, entre elles est matière, et le diable murmure.

Manque un miroir, s’y découvrir, s’y aimer peut-être.

                                        * * *

Les images et les mots dansent autour de Diatek, les pièces volent et prennent leurs places l’une après l’autre. Les policiers s’engagent dans le jardin, empruntent l’allée goudronnée, s’arrêtent au premier niveau. Autour du bassin aucun garçonnet ne courre. Seuls le vent et la nuit s’amusent, plus haut ce furent les pseudo tipis, vides, les cercles de pierre… Il tiqua, entre eux et des margelles la similitude le frappa. Ce totem coloré planté au milieu de l’aire de jeu, n’attend-t-il pas de se jeter sur les enfants pour s’en repaître ?

Il aurait raison !

Le temps des larmes est passé, il en versa tant que le puits déborda, il s’y jeta, glissant au fond sans trouver la paix. Il creusa, découvrit de vieilles souffrances dont il apprit à se nourrir.

Avec le jour le soleil enjambera le ciel avant de disparaître à nouveau insouciant des fils le manipulant. Le froid est moins vif, tout va bien.

- Des souvenirs ?

Diatek rejoignit le convoi poussif du tangible.

- Des images, des impressions, les fantômes ne manquent pas. Parler file le temps, si peu en reste, de lui ou de nous qui est Pénélope. Si tu avais envie de rentrer chez toi je le comprendrais. Que de mots, d’atrocités avant de pouvoir conclure. Je suis las de mon décor, des pierres qui n’oublient rien. Le minéral est le socle de la vie, le sapiens n’en est qu'un rameau. Bref ! En revenant des États-Unis je suis allé voir mes partenaires. Devant leurs tombes accolées je suis resté un long moment, les autres visiteurs pensèrent que je priais, et, peut-être, n’en étais-je pas loin. Je sais, cela est vain, je ne crois pas à une survivance de l’âme après la mort ! Ils vivent dans mon esprit, sons et images inoubliables, rire et drames qui jalonnèrent notre amitié. Je dois y retourner. Comme les cétacés après une exploration des profondeurs j’avais besoin de respirer l'air gorgé d'oubli du passé.

- Le roc en toi te permit de résister ?

- Voulant me durcir j'aurais explosé, j’ai été souple, flou, dans le vent pour me redresser ensuite. Des métaux sont ainsi, la chaleur leur rend l'aspect qu'un choc altéra ; le minéral singe l’esprit. L’instinct me dirigea, le délire me permit de surnager. Maintenant je suis calme, presque content, la fatigue produit de curieux effets.

- Elle muselle la censure.

- Tu n’aimes pas ce risque ?

- J’ai ma vie, mes habitudes, les criminels ne me dérangent pas, j’ai grandi avec eux mais cette nuit entrouvrit d'étranges portes.

- Tu oublieras, considérant ces instants comme une illusion. La route qui rejoint l’horizon est longue… Mais pas assez !

- Tes limites se fendillent, vers quel monde vas-tu ?

- Le nôtre Kah, le nôtre.

- C’est le problème.

- Je sais.

- Il me reste des jours de vacance à prendre.

- Part en famille, en Asie par exemple, vers l’est. De nouveaux jours se profilent, une perception autre du réel. Une odeur de sang me vient du futur, plusieurs fois dans mes contes je décrivis plusieurs fois la Terre comme un champ de bataille, des milliards de victimes, morts et agonisants. Passe le temps, s’impose la vie, de chaque carcasse naît une fleur, un arbre, la vie.

- Ambition ou prémonition ?

- Les deux mon commissaire, les deux ! Maintenant…

- Maintenant ?

- L’avenir se moque de mes interrogations. J’ai envie de me réveiller, de constater que tout cela ne fut qu’un rêve, que je suis seul dans le fond du dortoir et d’entendre le clocher. Me rendormir ensuite et ne plus jamais retrouver le chemin de la conscience, plus jamais.

- Quelque chose te fit peur ?

- Peur a plusieurs sens et le pire n’est pas celui que l’on croit.

- As-tu renoncé à l’écriture ? Avec tes idées tu pourrais t’imposer.

- M'imposer me ferait taxer de trop de noms divers... J’ai dû écrire mais la science m’attirait. Comprendre pour tisser le support capable de recevoir le savoir. Fais attention à oublier ça.

- C'est fait.

- Tant mieux.

- Je m’en souviendrai quand tu auras le prix Nobel.

- Celui du rêve ! Joli diplôme.

- Ta réputation d’intelligence se vérifie.

- N’est-ce pas ? Tu peux aller jusqu’au génie.

- C'est bien ce qui t’effraie.

Diatek se tut, admirant le paysage de montagnes sur fond de nuit.

- C’est une révolution que tu proposes ?

- Bernard Shaw disait : La révolution n’ôte pas le fardeau, elle le change d’épaule. Un soulagement temporaire mais rien n’est changé, tiens, révolution, un mot à double sens, double tranchant !

- Comme un satellite ayant fait le tour de la Terre.

- Il revient à son point de départ. Une révolution n'est qu'un tour de manège, pour rien.

- Je te suis, de loin, mais je te suis.

Les heures ont passé, le soleil caresse l’horizon, lui sait ce qu’il y a de l’autre côté. La journée sera douce. Diatek contemplant son passé découvre qu’il crut fuir mais ne fit que se précipiter vers l’unique but possible. Le désir sexuel s’est émoussé, trop de plaisirs si intenses qu’en retrouver de semblables est impossible. Pas de manque, il est soulagé d’être libéré d’une chaîne d’instincts superflus Le besoin de voyager pour dissoudre le temps va en faire autant. Alors il affrontera ses vraies obligations. Toujours il eut des idées, ses carnets regorgent de notes, d'idées, de pensées. Comprendre avant de savoir ! Paroles de vérité sur un air de boutade. Cela ne se décrète pas et arrive à n’importe qui sans qu’il l’ait désiré. Il voudrait associer littérature et sciences, un conglomérat bizarre qui le fait sourire, pour commencer une nouvelle journée, entamer une nouvelle vie, l’idéal !

Les marches d’argent du donjon flottent sur le vide, il hésite.

Prix Nobel de lâcheté, ça existe ?

Curieusement Osiris l'accompagna, dieu découpé reconstitué par Isis.

Puzzle d’un esprit qu’il reforme pièce après pièce, image à venir d’une vérité pénible et lumineuse. Elle est rarement l’un sans l’autre.

Ils continuèrent à monter pour dominer la ville. Les murailles de la citadelle les entourent, les protègent, la certitude sereine de la pierre, une sagesse à envier mais à ne surtout jamais atteindre.

- Tu n’as jamais essayé le dessin ?

- Je détestai ça, pas de chance pour les cours qui étaient en début de journée, ils me virent peu. Sauf à une époque, une œuvre qui attira les encouragements de la prof, ce fut suffisant pour me dégoûter. Si elle avait été jolie je me serais forcé. Depuis j’ai fait une tentative de cours, ça m’est sorti par les yeux, un comble.

- Raison de plus pour réessayer.

- Chaque chose en son temps, j’ai de quoi m’occuper un moment.

- Tu as dû avoir une scolarité facile, moi pas, j’ai bûché comme un malade, pas de regret, la place est bonne et la retraite confortable.

- De chevet ! Il faut y arriver, une balle met vite fin à cette ambition.

- Je ferai attention, toi un bel héritage qui t’attend.

- J'y penserai le moment venu, la maison me plait, tu te souviens, le conte du rêveur, le chemin, le château, bien, il hérite d’une demeure, en s’y installant il oublie ses chaînes. Précision, il se voulait écrivain.

- Point commun.

- N’est-ce pas ? Elle m’attend. La particularité du lieu dut conserver le cadavre de mon père. Jolie momie que je laisserai à sa place.

La maison, l’horreur qui rode, la mort circulant dans les couloirs, ce contact glacé qu’il connaît bien, qui lui fait peur et l’excite.

                                        * * *

La ville reprend son activité, les piétons sont peu nombreux, les voitures circulent encore aisément. Les brumes matinales brillent par leur absence. Le temps leur fait une fleur, en plein hiver c’est rare. Après tant de mots ils se gênent, chacun désire se retrouver seul, marcher pour tasser les découvertes de la nuit.

- L’année est jeune, le temps des résolutions court.

- J’ai pris celle de n’en plus jamais prendre, je m’y suis tenu.

- Bravo.

Chaque mot soulignait ce qu’ils taisaient. Si l’un ou l’autre eut l’idée d’un p'tit dej' il n'en dit rien. Ne pas tenter le diable, c'est son job.

- Il est temps de rentrer, peut-être pas pour dormir mais une douche et un coup de rasoir me feront le plus grand bien.

L’autre opina, ils se serrèrent la main rapidement. Le temps conserverait ces instants, au sortir d’une rencontre aussi intime se revoir est souvent pénible.

S’éloignant de son côté Diatek se dit qu’il ne reverrait jamais son confident d’une nuit, il poussa un petit soupir de soulagement.

Mais n’en perçut pas l’écho !

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 07:01
Héritage - 4 
 

                                                  05


- Il doit être gay, il n’y a pas de tante ; Si j’ose dire. Bref ! L’avion jusqu’à New York, puis pour un état du Sud. Paysages superbes, tranquillité dépassant les bornes de l’ennui, heureusement que la bière existe, et que ce mot a deux significations. Une voiture nous attendait, nous devisâmes de choses et d’autres. Dément et cultivé, ça existe. Une maison magnifique, vraiment. Isolée dans un cadre enchanteur, vu de loin. Solide bâtisse, inquiétante vue de près. Mais je suis subjectif. Un personnel trié sur le volet, prêt à tout pour lui. Le regard qu’ils me jettent en dit long ; j’ai bien fait de les tuer tous ceux-là. Je ne fais pas le guide pour entrer dans le vif du sujet : Le sous-sol. La police ne trouva rien en visitant la maison. Le passage y menant part du premier étage, il fallait y penser. Mon père était un monstre, pas un con, flatteur pour moi. Ses actes me dispensèrent d’agir, j’en suis certain, s’il avait résisté ou cédé à la folie totale j’aurais eu plus de difficultés à trouver mon chemin entre l’autisme et la folie homicide. J’ai embrassé les deux mais lui céda à la seconde.

- Vraiment ?

-Dans le cadre professionnel je pus faire quelques sacrifices à celle-ci.

Par peur d’obtenir une réponse Kah se retint de poser une question.

- Un chevalier défend le bien.

- Mon armure est noire de lumière.

- Belle image.

- Claire ! J’ai envie de parler de ce qui s’est produit dans cette maison mais les mots m’emportent. quand j’écrivais cela se passait de cette façon, venait ce qui voulait. Longtemps après, de retour dans cette ville je voulu me pencher sur mes textes, les comprendre et ôter le superflu. Dans cette conversation aucune coupure possible. L’horizon est une ligne imaginaire vers laquelle j’avance. C’est impossible, la distance est immuable ? Pourtant elle s'approche, le bord du monde, le bord de l’étoile, comprenne qui peut cette comparaison. L’inconnu attend, souriant de mes efforts pour retarder l’inéluctable. Mais j’étais dans la maison, le sous-sol. De suite l’horreur imbiba mon âme. Elle rodait partout, dans les cellules, les couloirs, la salle des tortures, s’étirait comme un chat guettant une souris croyant qu’il dort. Un four crématoire individuel, l’extermination démocratisée, le progrès. Un détail me parut curieux, un vide dans la visite, une salle qu’il omit de me montrer, le cœur de l’épouvante, le point névralgique. Quel terme est-il adéquat, s'il en est un ! La nuit suivante je ne trouvai pas le sommeil, sous cette maison une force attendait, maintenant encore je ne peux dire qu’elle fut jamais mauvaise en elle-même tant je la sais dépassant nos médiocres définitions humaines. J’attendis le sommeil. Par le passé c’était entre rêve et réalité que mon esprit se mettait à l’écoute des autres, courant le monde en quête de ma proie, un chien de chasse à l’efficacité redoutable. Cette nuit-là rien ne vint, un trou noir, un voile recouvrait mon esprit. L’unique certitude que j'eus au matin fut que tuer mon père était nécessaire. Le petit déjeuner se passa bien, nous blablatâmes de tout, du reste, de la maison dont il avait dessiné les plans, des environs, un calme mortel entre deux ennemis, chacun guettant l’attaque de l’autre. J’attendis la première occasion pour lui poser la question, il ne fut pas surpris, la nuit était un nouveau test en rapport avec ce qu’il allait me révéler.

- A ton avis, qu’ai-je dissimulé ?

- Le plus important ! Ce lieu est un iceberg.

- Qu’as-tu deviné de précis ?

- Une attente, ce mot est le meilleur que j’ai trouvé.

- Tu as raison, viens, allons voir, tu me donneras ton avis.

Nous descendîmes comme la veille, mon impression fut différente, un plaisir était là, un appétit souriant.

- C’est là, une simple porte.

Il l’ouvrit, j’entrai derrière lui.

- Que vois-tu ?

- Une vitre, un puits surmonté d’une vitre.

- Seulement cela.

- Non, Il paraît vide mais je perçois le danger, la souffrance, des cris, des pleurs… Cet endroit en est rempli.

- Comment sert-il ?

- Des victimes y sont jetées pour y mourir, les plus faibles de faim, les autres, aussi, mais après avoir tout tenté pour survivre. Je devine leurs regards quand une nouvelle victime leur est offerte. Mon métier me fit croiser nombre de monstruosités, un endroit comme celui-ci, jamais… Me revient le souvenir d’un conte que j’écrivis, un des premiers, une vengeance. Pas de puits, juste une salle vitrée. Un homme s’y réveille, réalise où il se trouve, veut s’échapper… Je passe les détails inutiles. Le but était de le pousser vers la folie en lui offrant en nourriture le cadavre de son enfant, ou son propre bras proprement tranché. Il refuse, avant de céder, il mourra de faim. Le responsable se pendra ensuite. Tout est mal qui finit mal.

- Les grands esprits se rencontrent, viens, allons y faire un tour, de l’intérieur l’impression est plus forte.

Un escalier descendait autour du puits, nous y pénétrâmes, la porte était une pierre déplacée par un contrepoids, facile de bloquer le système, impossible de sortir. L’impression d’étouffement me saisit, le puits était vide et cependant gorgés d’angoisses, prières ou menaces que je dus ressortir. Mon père souriant en attendant que je retrouve mon calme, il savait ce que j'éprouvai.

- Étonnant non ? Cet endroit me ressemble, j’y suis chez moi. La première fois que j’y descendis fut une révélation. J’aime pourtant rester là-haut contemplant ces êtres abandonnant leur humanité ; ce masque si facile à déposer ; pour se battre, se dévorer, régresser, redevenir ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. Beaucoup se trouvent des excuses, j’ai vu un couple se faire une scène, l’homme accusait sa femme, lui faisant porter la responsabilité de leur présence ici afin de justifier qu’il la tue.

- La chasser de son cœur pour la mettre dans son estomac.

- Belle image. Ici, la vérité s’impose, dans des conditions aussi extrêmes tricher est impossible.

- J’entendais des centaines de voix se mêler, des rires et des larmes, dansaient devant moi un ballet d’ombres, des formes se ruant les unes sur les autres, se déchirant pour survivre quelques heures de plus, un nid de haine, une sauvagerie sans nom. L’image de certains camps me revint, ce puits les dépasse largement. L’encrier du pire. J’ai vu des femmes serrer le cadavre de leur enfant, une charogne dont elles se nourrissaient pourtant, j’ai vu des hommes rire en contemplant leurs viscères et qu’ils tentaient de dévorer, j’ai vu des enfants ronger des restes pourris. Un éblouissement qui m’emporta, une force contenue qui trouve enfin la voie de la libération… Un cri résonna, un cri libérant des centaines d’âmes maudites par une seule bouche acceptant de hurler. La mienne, l'âme hyène ! J’ai titubé, frémit quand une vague de froid passa sur moi. Fondu au noir ! Rouvrant les yeux je découvris mon père sur le sol, assommé. J’ai parlé de bord du monde, je l'avais atteint et m'était penché. Mes yeux ont vu trop loin et ce qu’ils découvrirent est en moi, attendant que j’ose comprendre. Je suis resté debout, le silence était absolu, l’épouvante s’était éloignée. Mon père haletait, luttant contre la violence du coup que je lui avais porté. S’il n’avait pas été un athlète je l’aurais tué. L’action fut un soulagement, après quoi je me suis détourné pour quitter cette antichambre de l’Enfer. Bloquant la porte derrière moi. Ainsi puis-je penser que mon père est mort bien que je n’en ai pas la preuve. Restaient les domestiques. Ils se méfiaient, pas assez, prendre un revolver fut facile, les tuer aussi, mes sens fonctionnaient mieux qu’ils le firent jamais, une balle, un mort, économique. Le vide Kah, la frontière que l’esprit s’impose pour se développer tranquillement. Vient le moment où il ne peut aller plus loin. La chenille se fait chrysalide puis papillon, avant de naître celui-ci se dégage difficilement de sa protection, il l’abandonne ou s’en nourrit. N’existe-t-il pas un papillon capable de s’enfermer à nouveau pour renaître sous une autre forme ? Je caresse mes limites et plus loin le réel existe encore. Le pire est la peur du meilleur. La barrière cède Kah et j’ai peur. Une autre histoire me revient, j’en commis des centaines. Une maison dont la pièce la plus importante est sombre et secrète. L’écrivant je pensais à la conscience, ce qui se voit ; à l’inconscient, ce qui se cache, et cette partie de l’inconscient faite d’ombre et d'omnipotence. Il est facile de tout lui mettre sur le dos, je m'accroche à la poignée pour croire la porte close. J’ai souvent depuis, deux puits, évoqué cet endroit, ce pas dans le minéral, dans le passé. Les racines sont à la mode, les retrouver… Quelle bêtise ! Elles plongent vers le passé et l'absence d’esprit. Lâcheté, satisfaction facile, suffisante pour les médiocres, aller plus loin est difficile, jusqu’à comprendre. Ce n’est pas ton cas. Mes mots sont sibyllins ? Pour moi aussi, comprendre Kah, comprendre ce que nous sommes pour progresser. Je ne peux être moins obscur. Tiens ! Obscurité, un autre conte : Un homme rêve qu’il marche sur un chemin, de chaque côté grouillent des formes étranges qu’il sait être les hordes du néant à l’assaut de l’ultime réalité qu'il incarne. C’est moins simple ? Bien ! Il avance puis s’interroge, est-ce la bonne direction ? Il se retourne mais d’évidence le chemin n’a qu’un sens, comme le temps, pour nous. Tu me suis ? Bravo ! Il arrive jusqu’à une forteresse prodigieuse constituée principalement d’un donjon semblant toucher le ciel. Je passe sur les péripéties, finalement il arrivera au sommet de ce donjon, de là il apercevra l’ultime lumière présente dans l’univers et par cette seule action vaincra les forces du néant. Amen ! Mon héros se réveille prêt à changer de vie. Résultat rapide pour ce qui fut mon texte le plus long, 5500 pages. C’est beaucoup, mon personnage, et moi à travers lui, prolongeait le rêve car il savait qu’au réveil sa vie changerait, comme moi en concluant ce récit j’ai modifié ma façon d’écrire et les thèmes de mes récits.

- C’est moi qui suis pantois, en un seul mot, ce n’est pas une illusion.

- Gentil de le préciser. L’histoire continue, le passé n’a pas tout dit, par exemple mon père, j’ai croisé son regard avant de partir, je le crus plein de surprise, maintenant je me demande si ce n'était pas de la satisfaction. Une conclusion logique à une vie où la mort portait un manteau de sang. Voir venir la fin doit être intense, sentir son corps se détruire lentement et la conscience luttant jusqu'au bout comme pour avoir le temps de jeter un œil par dessus l'épaule de la Camarde. J’ai pris sa succession, bien que je ne sache pas laquelle.

- Il aurait pu se dévorer ?

- Non, l’avenir confirmera cette opinion. Avant de partir j’ai averti la police, elle a dû se poser des questions.

- Pas seulement elle.

- Vrai, il me faudra apporter les réponses, et pas qu'aux flics.

- J’avais compris. L’angoisse est le début de la pénitence.

Diatek hocha la tête. Pardon ? S’ils connaissaient ce mot, lui-même…

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 05:53
Héritage - 3 
 

                                                 04


- Dois-je dire bonjour papa ?

- Ravi que tu aies compris.

- J’ai mis le temps, c’était difficile, tu fus si peu présent, dans ma vie.

- Pas de curiosité ?

- Mon instinct me soufflait qu'elle serait assouvie sans que j'aie rien à faire et que plus tard je saurais mieux ce serait. Il semble que nous ayons un faible écart d'âge.

- Vingt ans !

- Le hasard, ou le destin, mis en scène ta rencontre avec ma mère.

- Je préfère le premier, le second impliquerait un inquiétant calcul.

- Une préméditation ?

- C'est le mot. Mais c'est un domaine où ton intelligence trouvera à s'exprimer mieux que la mienne. Tes qualités dépassent les miennes.

- La différence est surtout dans leur emploi.

- L'héritage engendre parfois un conflit de générations.

- Des choix opposés comme cela arrive rarement.

- C’est une façon de voir.

- Voir ? Mais je sais ce que j’ai vu.

- Un test qui ne s’est pas terminé comme prévu.

- Un test ?

- J’avais envie de savoir ce que tu valais, la nature de notre lien, notre proximité. L'épreuve aurait pu te détruire, je pressentais qu'elle ne le ferait pas. J'aimerai disposer des moyens de m'exprimer clairement mais je manque de ton aptitude à la réflexion, je ressens, j'agis, l'animalité est puissante en moi, elle me dit que nous étions semblables, trop pour que je reste ou que je t'abandonne. Me basant sur ma vie je prévoyais tes difficultés, les risques que tu courrais, l'enfermement, la dislocation... Je fis au mieux pour protéger ton esprit. Ton cerveau traduira mes piètres phrases. Il me fallait intervenir. La chance que tu survives était infime, elle suffit. Ton silence est une approbation J’ai partagé tes sentiments, tes affects, ton incompréhension devant ce que tu percevais de ta nature et de ses différences de celle des autres. Tu aurais pu te replier dans un renfermement autistique, conservé le minimum social, un suaire à l’image de la norme. - J’ai opiné ! C’était vrai Kah, vrai. - Le choc te scinda sans te briser, chacune des parties évolua jusqu’à… Mais tu sais cela aussi bien que moi. Elles sont en voie de se réunir, c’est parfait. Ce qui se produisit fut différent de ce que j’avais prévu, je voulais te dire, t’expliquer, te montrer... Quand tu t’enfuis je sus que c’était la meilleure solution, j’aurais pu te découvrir aisément, pour moi pas de cachette introuvable. Les circonstances furent favorables.

– Il avait raison, les parois se rapprochaient, le choc me força à me réduire au minimum pour survivre dans l'espace qu'elles laissaient, ainsi j'ai eu le temps de les éprouver, de les comprendre pour les traverser. L’imaginaire s’ouvrait sur l'infini, la mort de cette enfant me montra l'en-dessous de l'être, le seul abri accessible, infime espace entre les crocs du destin. Trop littéraire, mais comment m'exprimer autrement ? L’hérédité ? lui-même parla d’héritage comme s'il en était débarrassé en me le confiant ! Ce qui est étrange est que j'ai peur de savoir mais que cette peur ne m'effraie pas... - J’ai suivi ta carrière, la comprenant mieux que quiconque, les médias ne se sont pas intéressés à toi, non par ignorance mais par crainte, l’instinct qui hurle de regarder ailleurs, d’éviter ce chemin car la maison de l’ogre est au bout, un ogre ne dévorant que l’illusion pour relâcher l’âme nue dans un monde devenu insoutenable. La comparaison est bonne, valable pour toi aussi. Tu as retrouvé le passé. Lien ai-je dit ? Désirs violents, pervers, tu n’osais pas les accepter en toi avant cette fameuse nuit, je t’ai permis de les rencontrer, le temps, lui, t’aida à les admettre. Leur message est simple : Tu es un individu, pas un pantin social rêvant d’une inaccessible conscience. Enfant moi aussi, j’ai accepté ma nature, mes désirs. Tu me comprends. Regarde mes mains, elles sont propres mais couverte d’un sang que je vois, que je sens, indélébile. Je me suis accroché à la réalité comme j’ai pu, par le crime. Peu de chose en regard de l’actualité, des morts sur les routes qui troublent si peu de consciences. Un nom qui ne leur convient pas. Nous sommes les plateaux indissociables d’une unique balance. Les journaux seraient ravis de découvrir que le père du meilleur policier du pays est un tueur, la situation ne manque pas de sel.

- Le conflit dégénération ! Les liens du sang !

- Le fils peut dépasser le père.

- Il a souri, tu vois Kah, j’évoque ce moment et ce faisant je distingue ce que je veux dire. Bien sûr le fils dépasse le père, c’est son rôle, parfois d'une façon que le géniteur n'attendait pas, lui voulait se prolonger sans soupçonner un changement possible. Rares sont les pantins osant lever les yeux. Je revis mon enfance, les images qui me venaient, le plaisir qu’elles m’apportaient, le devoir de les graver dans le réel pour survivre. Les voix murmuraient, mille souffles brulants, l’Enfer me tendait ses lèvres. Maintenant il le connaît !

- Jadis les villes étaient parsemées de terrains vagues et vielles bâtisses, ensuite les immeubles poussèrent n’importe où, n’importe comment. Un vieil immeuble, un terrain de jeux pour nous, je n’étais pas solitaire, au milieu du troupeau je passais inaperçu. La démolition se faisait attendre, nous glissions entre les murs branlants, montions dans les étages pour regarder au travers des planchers crevés, l’occasion s’est présentée ; un copain, nous tenant à la rampe nous avions conquis le dernier étage, en nous penchant nous pouvions voir l’enfilade des étages dévastés, je l’ai frappé avec une force que je ne connaissais pas, sa main a quitté sa prise, il a basculé en avant, j’aurais pu le rattraper, il l’attendait, croyait à un jeu. Il a compris ce que je voulais, son cri couvrit mon rire. Je l’ai vu tomber quinze mètres plus bas, un bruit sourd suivi d’un silence qui m’emplit d’aise. L’immeuble fut vite détruit, je ne fus pas soupçonné, comment un enfant tuerait-il un de ses compagnons d’amusement ? Et pourquoi ? Oui, surtout, pourquoi ?

- Je doute qu’il ait jamais su pourquoi. A cette question il aurait répondu : Par plaisir, cruelle erreur !

- Le premier d’une longue série, elle court encore. J’ai appris à faire durer le plaisir. Une vie que je ne peux ta raconter ici, cela viendra en un autre lieu. Je fis des disciples, tu l’as vu, j’eus du mal à en trouver de dignes de moi, la plupart imaginaient un plaisir nouveau, de l’avoir vécu les tuait. Avec le temps je pus choisir.

- Il attendait que je prenne ma place parmi ses disciples, que je le suive sur un chemin en spirale, croyant avancer mais tournant en rond sur une voie de plus en plus étroite. Il se voyait si fort, maître de ses désirs comme de ses actes, il ne fut jamais qu’un esclave ! D’un côté j’enviais les plaisirs qu’il avait connus ! Tuer pour sa propre satisfaction, illusoire ! Jouir d’un massacre qui n'apporte qu’un instant d’oubli. J’ai ressenti ce désir, m’en prendre à n’importe qui, n’importe où. Cet homme qui avance… L’image s’imposa un après-midi en moi, comme un ordre, ou presque. J’ai résisté et le plaisir ressenti, je le compris plus tard, fut plus important que celui que j’aurais connu en cédant à cette pulsion. J’ai approché des esprits possédés par le goût du sang. Mon enfance fut peuplée de fantasmes macabre… Fruits vénéneux de l’impression laissée par une certaine nuit mais aussi murmures de ma véritable nature. La même que mon père ! Le vertige me prit quand je me penchai sur l’abîme sans que jamais je puisse tomber, me retenant au dernier moment. Me retenant… Quelle fut ma responsabilité ? Maintenant je contemple le chemin parcouru et m’y vois agir manipulé par des désirs, des ambitions, des craintes et des espoirs dont je ne suis que l’émergence. La réalité n’est pas ce que nous en voyons, tous les physiciens te le diront, n’en va-t-il pas de même pour nous, notre vérité n’est-elle pas en deçà de notre réalité matérielle ? Ce que nous voyons du monde physique est une adaptation à nos sens, ce que nous savons de nous-même est soumis à la même évidence. Bien sûr il y a l’inconscient mais je me demande s’il n’est pas qu’un masque posé sur une imperceptible Vérité ? Imperceptible… De moins en moins peut-être, comme si la trame de notre esprit rejoignait celle de la matière, comme si la Création était Une et notre conscience soumise aux même lois qu’une galaxie ou qu’un atome ! La tentation du pire m’a offert l’univers illimité de la folie pour courir après un apaisement introuvable. Un geste suffisait, sans le vouloir mon père m’aida à résister. Le choc qu’il causa me fit dépasser les murs et leur ombre rassurante, effleurer la démence sans avoir la force, occupée ailleurs, de lui céder. Merci papa ! Fuite ai-je dit, les portes de sortie furent nombreuses, je suis passé trop rapidement, j’ai pu les ouvrir, regarder, désirer… Je m'égare, une vieille manie, je reviens à mon géniteur. Disciples… Il fonda une association à but non lucratif : Le Club des Atroces ! Joli nom n’est-ce pas ? Je passe les détails de cette rencontre et des autres, il me raconta sa vie, ses expériences… J’écoutais, entendant ce qu’il ne me révélait pas, ce qu’il ignorait.

- Difficile de suivre, la situation est compliquée, ces retrouvailles se produisirent après le décès de tes partenaires ?

- Oui, et tu te demandes comment ils trouvèrent la mort ? En service commandé, lors d’une mission dangereuse, pour cela ils reçurent une jolie médaille, à titre posthume, et leurs familles une rente suffisante.

- Ce qui n’explique rien.

- Il les a pris par surprise, et pour cause…

- La ressemblance ?

- Oui… Chacun eut un moment de surprise, croyant me voir sans en être sûr, un temps qui lui suffit pour frapper. Il m’apporta leurs têtes, ainsi voulait-il trancher ce qui en moi désirait la réalité des autres, il n’avait pas compris que par cet acte il signait son arrêt de mort. Pas compris… Maintenant je me demande ce qu’il voulut vraiment. Je suis resté calme quand il a retiré les voiles noirs, les têtes de mes amis étaient sur la table, yeux écarquillés d’incompréhension. Le test fut réussi, mais pas comme il l’espérait. Je l'ai suivi aux États-Unis, son quartier général. Dans la sauvagerie ambiante il avait fait son nid. Je savais que j'allais le tuer avant d'éliminer ses partenaires, ce qui ne saurait tarder. Eux doivent savoir que je suis cause de la disparition de leur maître. Ils ont peur, redoutent le coup qui les tuera, le temps les fragilise. J’ai pensé, brièvement, aller voir des collègues du FBI, j’imagine leurs têtes ! Intervenir m’incombait. Ils classifient les tueurs en série en trois catégories, j'ai rajouté : les "tueurs polymorphes" changeant leur mode opératoire, ayant assez de recul sur eux-mêmes et leurs actes pour les modifier et échapper à la détection. Quand le moment sera favorable je me ferais une joie d’argumenter, de développer mon sujet plus tard. Ils jouissent, outre de leurs forfaits, d’assez d’intelligence pour réussir socialement. Ils ne cèdent pas à la facilité qui perd l’assassin qui, réussissant ses premiers crimes se croit invincible. Tous sont inattaquables, responsables et influents, insoupçonnables ; leurs vies ne sont opaques que où il faut pour dissimuler la vraie obscurité. Rien de plus inquiétant pour un policier que des gens sans zone d’ombre. La vertu est le masque du vice !

- Antiaméricanisme primaire ?

- Secondaire ! J’étais favorable à ce pays jusque dans les années 80, après quoi mon opinion s’est inversée. Maintenant je m’en méfie, le pire danger n’était pas à l’Est, l’Histoire l’a prouvé ! L’intelligence détruit, elle a raison. Je m’étonne de dire cela, si le monde n’est pas œuvre de la démence est celle de la connerie. L’intelligence devient folle d’être inutilisée. A s’imaginer supérieur on se révèle le contraire. Les tueurs libèrent la sauvagerie de tous, ainsi la société continue, pourrissant en regardant ailleurs. Ce ne sont pas les paroles que la bouche d’un policier doit proférer n’est-ce pas ? Je me sens loin des autres, à un stade différent. Il en existe trois, buccal, anal, génital, j’en rajoute un : Social !

- Et un autre, si tu dépasses le quatrième.

- Juste, il n’est pas encore baptisé, nous y reviendrons.

- Tu parlais d’un voyage au pays de l’oncle Sam.

 

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 06:50
Héritage - 2 
 

                               03


- Il manque un détail. Nous étions six, je suis là, quatre moururent, qu'est-ce qui reste ? Personne. J'ai causé la mort du dernier.

Nouveau silence, si dense qu’aucun ange ne trouve de passage.

- Ce n’était pas un hasard kah. Cette nuit faisant écho à une solitude venue de loin. Cet homme savait où me trouver, que je sortirai cette nuit-là, entre lui et moi un lien existait, normal, c’était mon père.

- Ton père ?

- Et je l’ai tué ! Combien de vies connurent-elles les épreuves qui jalonnèrent la mienne ? Y en eut-il une ? J’en doute. Celles qui furent dans ce cas ne purent jamais en parler, leur esprit n’y survécut pas. Le mien si ! J’ai eu l’occasion de le déplorer sans pouvoir rien y faire. Mes agressions n’étaient qu’un besoin de confirmation, comme une administration demandant x fois un même document. Parler ne fut jamais mon fort, écrire était plus facile. s'exprimer est utile. J’ai rêvé d’une vie banale, un travail routinier sans interrogation. La logique de ma vie fut la plus forte. J’ai connu une femme, non loin d’ici, pour elle j'eus l'idée de changer de voie, elle refusa, devinant que ma vie ne pouvait être ainsi, elle m’aimait. Elle fut la seule. Je te parle d’une autre vie, la mienne ! De la mort je passe à l’amour, le second me fit supporter la première, à croire qu’il n’existe que pour cela. Allons faire quelque pas, nous rafraîchir, mes souvenirs sont brulants, si je ne me refroidis pas ils vont me consumer.

Diatek s'interrompit, marre de parler dans ce décor oppressant, des mots heurtant les parois pour lui revenir avec plus de force évocatrice d’un passé terrifiant. Sortir, prendre l’air… Être ailleurs, simplement.

Il passa le premier, ce n’était pas un sursis qu’il recherchait mais un cadre différent, loin de ce contexte débordant de souvenirs. Kah ne dit rien, lentement il se faisait à ce qu’il venait d’entendre. D’un autre il aurait cru au discours d’un dément, pas du commissaire qu’il avait appris à connaître.

La réalité lui parut une photo sous laquelle est placée une flamme, d’abord rien, puis l’image se déforme, une tache brune apparaît qui noircit avant que les flammes surgissent. L'ancien monde fondait, le faux. Maudite curiosité, ce n’était pas une porte ouverte qui avait attiré son attention, l’effet ne serait pas différent.

                                        * * *

Le vent leur fit du bien, une rue tranquille entre deux boulevards. Une place sur la gauche, un pont, l’eau moqueuse les regarde passer.

- Combien de milliers de fois suis-je passé pour là pour rejoindre l’école maternelle, puis primaire. Des raisons familiales me la firent fréquenter plutôt que celle de mon quartier. Situation ayant pour effet d’accroître ma solitude, mes copains habitant de l'autre côté de la rivière, je ne connaissais pas les gamins de mon côté... Maintenant je sais quelles raisons m'y conduisirent !

Il désigna une construction récente :

- Regarde cette merde de béton, si le sol pouvait l’engloutir je serais ravi, sans que quiconque ait le temps de s’échapper pour faire un exemple. Aujourd'hui le bâtiment abrite des activités ludique et non plus studieuses. Tu me parais songeur, voir dubitatif ?

- J’attendais un récit corsé, je suis pas déçu, la mort est terrifiante.

- Regarde mieux, elle sourit, le crâne a perdu sa parure d’inutile, il sait la valeur des choses, il se gausse de nous, de nos illusions.

Ils longèrent le quai bordé de marronniers, enfant Diatek s’y amusait, courait observait l'eau sur laquelle il faisait des ricochets ; avec les marrons, il remplissait son cartable pour les distribuer sournoisement en classe provoquant une bataille qui l’amusait beaucoup.

La jeunesse est insouciante.

- Les souvenirs se ramassent à la pelle mécanique, regarde, le pont suspendu là-bas ; accoudé à la rambarde j'imaginai le voyage d'un crâne charrié par le courant. Une enfant halluciné me retint alors que je me penchais sur un vide si attirant qu’il faillit m’engloutir, un abîme intérieur… J'ignorais alors d'où elle venait. Un sujet de roman. J’y étais la nuit du premier crime.

- Un bel endroit, la nuit chasse les badauds, l’idéal pour profiter de la ville si ce raisonnement d’autres ne l’ont pas.

- L’endroit pour évoquer la mort ?

- Elle est partout chez elle, à commencer à où se trouve la vie.

- C’est juste, la mort… Mon père donc ! Officiellement je ne l’ai pas connu, lui ne m’a pas reconnu, maintenant...

- Ta voix laisse planer le doute.

- Je l’ai abandonné, vivant, dans une situation, disons, difficile.

- Un trou perdu.

- Pile poil ! Une fosse dans le sous-sol de sa propre maison. Une expérience pour lui, l’ultime qu’il pouvait connaître. Ce qu’il attendait de moi, le moyen de me confier un témoin dont j’ignore encore ce que je devrai en faire… enfer !

- Tu ne seras pas surpris que je te suive difficilement.

- Autant pour moi. Comment résumer ma vie, ses heurs et bizarreries ? Elle diffère de la norme mais ne la pouvant changer je fais avec. La raconter est malaisé puisque certains faits doivent rester secrets. Les souvenirs sont parfois des épaves flottant entre deux eaux remontant à l'occasion d'une tempête mentale. Il y a un certain temps je pris le pont que nous venons de passer, à l’autre bout un homme en fait autant, un vrai duel de western, chacun à une extrémité allant vers l'autre. J'ai senti un regard, sortant de mes pensées je l’ai vu se rapprocher, étrange trouble quand je le croisais, sans l’avoir reconnu j’eus le désir de me retourner. J’allai jusqu’au bout, traversai la route, pris la montée du jardin, mécaniquement. Je me suis arrêté, deux visages se superposèrent, non, trois, deux du même homme à vingt ans d’écart, plus le mien, comprendre fut rapide, admettre un peu moins. Précision : la différence d’âge entre mon père et moi est d’une vingtaine damnée. Moi ? Je tique sur ce mot tant ma personnalité me semble floue, à édifier, à compléter. J’habite un château immense que je crains d’explorer. Les pièces sont pleines de vampires, de raisons de refuser un objectif indistinct mais redoutable. Et je ne parle pas des oubliettes… Celles-là j’aimerais les oublier. En considérant mon existence et les obstacles qui la jalonnèrent je me reconnais une extraordinaire force de vie. Pour mon père la vie se nourrissait de la mort. Il incarne les circonstances qui me façonnèrent à mon insu. Une main de chacune. Elles me créèrent Kah, impression mal rendue par les mots, peu importe, je ne suis pas là pour faire joli mais pour me dire. Je retrouve la dualité/complémentarité vie/mort dans la chambre que nous venons de quitter, mon grand-père y mourut. J’avais sept ans a son décès, l’âge de raison, celui de ne pas la perdre. Partant de mon père, j’arrive à mon grand-père maternel, logique. Je fus façonné par un vécu in utero, ainsi ma sensibilité fut-elle sélective par la suite, plus grande pour ceci, moins pour cela, un enchaînement logique de circonstances et d’effets. Finalement il se peut que la face décharnée et souriante de la mort soit le reflet de qui la regarde, un miroir lui renvoyant sa plus intime réalité. Force de vie, folie peut-être, suis-je vraiment là, es-tu réel ? Je ne vais pas te demander de me pincer pour le prouver, cela ne signifierait rien. Je voulus affronter la folie dans son cadre : une cellule capitonnée. Une nuit j’ai attendu une rencontre qui n’eut pas lieu. Qui sait si je ne suis pas resté dans cette cage imaginant en être sorti ainsi que le déroulement de la suite jusqu’à cet instant. Ce lieu ? La réponse est en moi. J’ai espéré en la folie, en vain, tant pis, tant mieux. Je me souviens de cette nuit, des ombres croisées, des cris, comment aimer rire après avoir entendu, et vu, un dément s’esclaffer ? Je restai un moment debout, autour de moi des gens circulaient, certains me jetaient un coup d’œil, j’étais seul. Je me suis repris, les doigts de la démence allumèrent en moi un feu dont les effets furent bénéfiques et le seront dans l’avenir plus encore. Je me sens nettoyé, curieux à dire, plus encore à ressentir. Cette rencontre était un entraînement, une autre devait venir, elle ne se fit pas attendre, cette fois je ne fus pas surpris. Même motif, même punition ; même lieu, même heure ! Je l’ai reconnu de loin, m’approchant je sentis une violente agressivité m'envahir, l’envie de le détruire, de le... n’importe quoi pour me soulager, un vent de fureur qui retomba brusquement, pas de haine, l’instinct qui a envie de s’imposer sans y parvenir, la haine est différente, humaine, j’en reste à l’animalité, elle est confortable ! Un instant de calme, l’œil du cyclone. Ma réaction fut celle qu'il attendait. Moi qui percevais mes proies n’avais rien vu venir, à l’instar des voyants qui ne distinguent rien pour eux. Peut-on se voir autrement qu'en reflet ? J’effleure un secret, un côté médium que j’appris à domestiquer en lui proposant les conditions qu’il aimait, ainsi je pus mener à bien des enquêtes qui autrement eussent été insolubles. Nous connaissons si peu de cerveaux, la censure est grande, en revanche je sais sortir du sujet, digresser… Nouvelle rencontre donc, la troisième ! Il s’arrête devant moi, les grands mâles se jaugent ainsi, semblant s’interroger sur l’utilité de l’affrontement. - Viens ! - Dit-il. J’étais là pour ça. Un café sur la place, tu vois que le décor sert à tout, nous pourrions faire une pièce de théâtre de ma vie sans beaucoup d’investissements, financiers. Sa sûreté m'indiquait qu’il connaissait l’endroit, l’habitude de préparer sa fuite, on ne sait jamais. Nous nous assîmes dans le fond, près de la sortie de secours. Chacun utilisa le temps nécessaire au service pour ranger ses idées. Je pris la parole.

                                                                     Héritage - 4

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Publié par Lee Rony - dans Roman.5 Héritage
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