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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 07:20

- Howard, est-ce un succès pour vous de faire partie de l'actualité 8 décennies après votre décès ?

- Succès ? Surprise peut-être, écrire n'était pour moi qu'un divertissement. Être connu, populaire comme disent certains, ne fut jamais mon ambition. Posture peuvent-ils penser. Mais non, quelle importance, quelle utilité, peut avoir la célébrité, sinon des contraintes à supporter, des compromissions à accepter, bref, tout ce que j'ai toujours détesté, pour ne pas dire méprisé. Je viens d'un autre temps, d'un autre siècle, d'un lieu hanté, non de figures fantastiques mais de notions que beaucoup taxeraient, à raison probablement, d'archaïques. J'étais déjà vieux de mon vivant, alors maintenant...

- Néanmoins votre œuvre a survécu.

- Combien d'auteurs qui le voulurent n'y parvinrent jamais, alors moi qui n'y pensais pas, faute de temps peut-être, en profite, c'est l'ironie, si j'ose dire, de la chose, et la démonstration qu'il est impossible de planifier un avenir sur lequel nous n'avons pas de prise.

- Votre œuvre est disséquée par des ''spécialistes'', des hommes, depuis Derleth et Wandrei, ont fait le maximum pour lui donner la place qu'ils estimaient, et je les rejoins, lui revenir de par sa qualité.

- En regard de celles de beaucoup je veux bien le croire.

- On dirait que ça vous amuse ?

- Nous en revenons à cette notion de succès, à mon époque les vedettes littéraires de mon domaine trustaient les illustrations et les couvertures. Qui s'en souvient aujourd'hui. C'est la relativité de l'ambition.

- La vôtre fut seulement de produire des textes de qualité.

- Ce qu'ils ne sont pas tous, je le reconnais. Mes débuts sont pleins des exemples que j'aie suivi, j'espère que les suivants, quelques-uns au moins, ont une touche personnelle.

- Dommage que vous n'ayez pu continuer votre travail.

- Les regrets ne servent à rien et peut-être cela se serait-il retourné contre moi.

- J'en reviens à ces commentateurs qui analysent chacun de vos mots dans vos textes et lettres, qui étudient vos faits et gestes, vos déplacement, votre régime alimentaire, votre famille, votre éducation et ses conséquences sur vos récits, votre mariage, vos pensées...

- Cela fait partie du ''jeu''. Mes textes me reflètent mais des réflexions esquissent les portraits de ceux qui les font. Comme ces mots sont plus vôtres que miens.

- J'essaie au moins de vous trahir un minimum, et en vous animant ainsi de mieux vous comprendre pour vous approchez.

- Vous êtes meilleur juge que moi. Se voir, honnêtement, est difficile ; pour ne pas dire impossible.

- Quelle représentation pourrait avoir Cthulhu aujourd'hui, dans notre monde moderne et connecté ?

- Votre monde est justement le Sien, Ses tentacules qui s'étendent partout, des millions d'êtres qui se tournent vers Lui chaque jour... Qu'importe la représentation physique, celle que j'ai pu donner était fonction de mes références, de l'époque, et de celles de mes contemporains. Ceux qui L'ont cherché ne pouvaient Le trouver, Il transcende les dimensions. Nos mots, sens et capacités sont trop faibles et doivent se contenter d'approximations lointaines. Lesquelles sont déjà dangereuses. Il est des créatures, des formes de vies qui nous dépassent comme nous dépassons les bactéries, et que nous ne savons pas remarquer. Sauf rares exceptions qui voient s'ouvrir une porte par l'entrebâillement de laquelle ils distinguent des formes qu'ils n'oublieront jamais, la plupart deviennent fou, quelques-uns finissent artistes, mais ils appartiennent à la première catégorie.

- Être à la mode vous convient ? Et votre anniversaire aujourd'hui ?

- Où je suis cela ne m'importune pas le moins du monde. J'ai, comme vous je pense, oublié ces rituels obsolètes et fabriqués. Le hasard, le destin, ou pire encore, pourtant fit bien les choses si je ne me trompe.

- Et où êtes vous Howard.

- Approchez-vous, je vais vous le dire à l'oreille...

     

    À suivre. Peut-être !

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    Publié par Lee Rony - dans Lovecraft
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    18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 08:00

    Le Double lovecraftien – William SchnabelLa Clef d'Argent

    2002

     

    Les qualificatifs associés à Lovecraft sont nombreux, solitaire, asexué, pathologique, raciste, fasciste, névrosé, étrange... certains évoquèrent son homosexualité latente. Ceux qui le connaissaient le décrivent comme un ''gentleman'', un ''ami fascinant'', non pas bizarre mais ''différent''. Ambiguïté pimentant la lecture de Lovecraft et invitant le lecteur à éclaircir certains aspects de ses récits.

    Impossible d'évoquer Lovecraft sans parler de sa ville natale ''Je suis Providence'' aimait-il à répéter. Sa famille eut une grosse influence sur lui, son père d'abord, mort des suites de la syphilis dans l'hôpital psychiatrique où il résidait depuis plusieurs années. Une source de honte pour la famille Phillips, de vieille souche du Rhode Island dont certains membres semblent s'être mariés entre eux. Évoquant ses recherches généalogiques Howard parle souvent de pureté raciale. Un motif qui reviendra dans ses contes, associé à celui de la dégénérescence héréditaire et de l'inceste.

    Lovecraft préférait son grand-père maternel, Whipple Van Buren Phillips. Inutile de résumer ici la biographie de Howard, l'auteur ne peut y renoncer puisque justement c'est cette vie qui l'amène à imaginer le besoin de l'auteur d'avancer masqué, aussi bien dans son œuvre que dans sa vie. Chez un auteur la création s'appuie, plus ou moins, sur sa vie, celle-ci pouvant expliquer ses choix, ses orientations, les chemins suivis. Il est patent que les personnages de Lovecraft sont ses incarnations, ceux qui sont confrontés à une pénible réalité, chez eux ce sont des créatures cosmiques et implacables, chez HPL c'était... autre chose, mais déjà, encore, toujours, une menace. Comment ne pas voir dans ses contes l'expression d'angoisses, de fantasmes, de frustrations, comme chez la plupart, sinon tous, les écrivains. Pour autant ceux-ci ne suffisent pas à expliquer une énergie créatrice si puissante bien que cette dernière s'en nourrît.

    Oscar Wilde, Stevenson, et combien d'autres, exploitèrent ce thème en rédigeant des textes remarquables par le fond comme par la forme. N'est-il pas possible de regarder plus loin que ses géniteurs pour trouver dans un passé plus ancien des visages, des ombres, des formes fascinantes et inquiétantes dont il peut être dangereux de s'approcher mais plus encore de les reconnaître.

    Pourquoi ne pas souligner ce que recherche de lui-même le lecteur de Lovecraft, ce que l'un et l'autre partagent d'expériences communes faisant que le premier se retrouve dans les expressions du second, qu'il cherche également à distinguer une forme dans un miroir ? Mais la première reste flou alors que le second demeure obscur. L'homme-œuvre est un Janus dont il est impossible d'arracher un visage sans le décapiter.

    Si je vous parlais de moi, de ce que je peux comprendre au travers des personnages de Lovecraft... le problème, mais en est-ce vraiment un, étant que je me sens plus proche de Nyarlatothep, et autres, que des pauvres sapiens cherchant à intégrer une réalité qui les dépasse.

    Si je... mais ce n'est pas le sujet. Lisez donc ce livre, qui sait si au travers des pages vous ne distinguerait pas quelqu'un, ou quelque chose, qui vous ressemble.

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 08:00

    Fantastique, mythe et modernitéColloque de Cerisy

    Éditions Dervy 2002

    Ce colloque qui a lieu chaque année à Cerisy-la-Salle réunit pendant l'été, artistes, chercheurs (en quoi?) étudiants... dans le but de confronter idées et points de vues sur des sujets culturels et scientifiques. En 1995 Lovecraft était le principal sujet d'intérêt des intervenants avec pour ambition de faire le point sur cet auteur, 30 ans après la parution du Cahier de l'Herne qui lui fut consacré, à la lumière des travaux les plus récents. Étudiant les divers aspects d'une œuvre située à la confluence de traditions diverses, d'époques en mutations, d'idées nouvelles devant s'imposer au début du vingtième siècle.

    HPL se revendiquait l'héritier de divers auteurs, Poe, Machen, Lord Dunsany... s'opposait à la littérature réaliste de son temps et cherchait à retrouver le style du XVIII ème siècle.

    L'intérêt de ce volume est de regrouper des points de vue divers sur Lovecraft, ses relations avec la mythologie comme avec une science ouvrant de nouvelles voies.

    Cinq parties peuvent regrouper les angles d'approches, d'abord le texte, inaugural, de Maurice Lévy, qui ne craint pas d'en évoquer les limites et défauts, d'y trouver dérives et délires, tout en en soulignant l'importance et l'originalité ; Donald Burleson en rappelle les thématiques principales et comment elles peuvent être placées dans la mouvance de Jacques Derrida et de la théorie de la déconstruction (!). Gilles Menegaldo met en lumière la figure tutélaire de Poe sans que Howard en soit l'héritier ou le continuateur.

    Alain Chareyre-Méjan est philosophe et spécialiste d'esthétique, il montre l'importance du son, du cri, dans la fiction de Lovecraft. Roger Bezzoto postule que le monstrueux, non seulement renvoie à l’effroi, mais fonctionne comme discours articulé à une rhétorique. Le montre lovecraftien induit une originalité dans sa prolifération même.

    Denis Mellier remet en cause les reproches d'excès souvent fait au natif de Providence, lesquels ont pour but de provoquer une véritable peur cosmique chez le lecteur. Excès et visibilité étant les signes d'une poétique.

    Max Duperray met ses pas dans ceux de Randolph Carter, héros du cycle de Kadath, observe l'esthétique et le sublime du texte, plaçant en évidence le motif du visage, et du masque, comme but ultime de la quête. Pour Michel Graux la plupart des textes de HPL ne sont que des récits de meurtres déguisés en récits fantastiques. Le ''monstre'' justifiant la mort du narrateur.

    Michel Meurger analyse un corpus de nouvelles et propose un renversement de perspective en regardant non vers le futur mais vers le passé lointain de notre planète. Il repère des motifs récurrents : civilisations anciennes, architecture gigantesque, immensité du savoir, régression et décadence. William Schnabel examine différentes modalité du double en se fondant sur l'analyse de plusieurs textes, ''L'Affaire Charles Dexter Ward'' ou ''L'Abomination de Dunwich'', éclairant la hantise de l'écrivain comme si le double répondait à un besoin inconscient.

    La quatrième partie est centré sur le rapport entre ésotérisme et fiction, étudiant d'autres écrivains, tels C. A. Smith ou R. E. Howard prouvant que dans les années 1920 et 1930 un contexte favorisant l'exploitation littéraire d'un savoir ésotérique. De multiples intervenant explorent cette voie, quand à la cinquième et dernière partie elle est consacrée à la relation entre les contes de Lovecraft et le cinéma

    21 spécialistes éclairent d'un nouveau jour les créations du Maître de Providence au fil d'interventions passionnantes réunies dans ce livre dont la couverture est due à Philippe Druillet.

    Rien n'étant parfait, dans le monde de l'édition comme dans tous les autres, il est amusant de noter la faute, grossière, commise sur la tranche.

     

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 08:00

    Le 01 septembre 1978 la revue Métal Hurlant édita un numéro 33 bis Spécial Lovecraft sous la direction de Philippe Manœuvre qui signe un édito triste et un édito gai. Le premier reprenant une improbable rencontre entre Abdul Alhazred et l'éditorialiste qui finit par se sentir minable (qui en doutait?) et n'ose plus signer de son nom un texte auquel il contribua si peu et se contente d'écrire : ABDUL FERNAND ALHAZRED arabe fou ; le second narrant la genèse de ce numéro, né du désir commun de Manœuvre et de Jean-Pierre Dionnet d'éditer des numéros de Métal Hurlant pleins de récits complets axés autour d'un thème central et unique.

    Lovecraft était tout indiqué, l'homme qui marqua de son sceau les normes de l'épouvante en leur donnant une dimension cosmique tout en ramenant l'Homme à sa taille véritable par rapport à elle.

    Suivent donc des récits complets illustrant l'univers du Maître de Providence, des témoignages d'une terreur que les mots ne peuvent décrire, que les images sont incapables, heureusement, de montrer. Sont présentées, comme je le fis précédemment, le recueil des lettres de Lovecraft, une bibliographie, choix de lectures indispensables, mais toutes le sont bien sûr, y compris d'autres auteurs qui déjà s'inspirèrent des contes de HPL. Vous y découvrirez des cartes de la Recherche de Kadath (réalisées sous la direction de François Truchaud par M Perron) et même une biographie illustrée par George Kucher.

    Je n'oublie pas les pages du Nécronomicon retrouvées par Philippe Druillet ainsi que divers articles, tous nécessaires (ou presque).

    Ont participé à ce numéro Souchu, Voss, Truchaud, Martens, Goimard, Breccia, Clerc, Bonux, Mendez, Ceppi, Margerin, Setbon, Vepy, Caro, Chaland, Cornillon, Perron, Kucher, Dank, Druillet, , Claveloux, Nicollet, Moebius, Cornillon, Ninon. Détail amusant, le sommaire présente en page 130 une bibliographie qui se trouve par 40, il s'agit en réalité d'une filmographie !

    La couverture est de H.R. Giger.

    Tout admirateur de Lovecraft se doit de posséder un exemplaire de cette revue, de même que le numéro 12 des Cahiers de l'Herne ou une édition originale des Fungi de Yuggoth. Je peux d'autant plus l'affirmer que c'est mon cas.

    On ne sait jamais...

     

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 08:09

    En 1986 les Nouvelles éditions Oswald inaugurent ''Arkham'', à côté de leurs autres séries. Elle était ambitieuse et présentait sous un format un une impression de haute qualité, des œuvres bilingues. Deux numéros virent le jour, le second permettait de découvrir poèmes et contes de R. E. Howard, le premier, celui qui nous intéresse ici, présente un choix de poèmes de Lovecraft, illustrés, et de quelle manière, par Jean-Michel Nicollet.

    L'ambition était haute, trop sans doute pour le lectorat,  limité, de l'époque puisque dès la parution de ''Chants de Guerre et de Mort'' la pagination s'était réduite.

    Reste un ouvrage extraordinaire, dont j'ai la chance de posséder un exemplaire signé de Nicollet et de François Truchaud, le maître d'œuvre. Manque le paraphe du Maître de Providence, retenu par les sombres tentacules de Cthulhu probablement.

    Il n'y eut jamais de numéro 3, dommage car étaient attendus Clark Ashton Smith, Ambrose Bierce, Walter de la Mare, Abraham Merritt, William Hope Hodgson. Remercions malgré tout les éditons Neo pour leur travail, François Truchaud pour sa traduction, et pour toutes les autres, et Jean-Michel Nicollet pour son travail et son talent, et réciproquement.

    Si vous avez l'opportunité de vous procurer un exemplaire de cette édition, ne vous en privez pas. Peut-être vous sauvera-t-elle quand les Grands Anciens reviendront.

    Mais peut-être pas !
     

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 08:07

    ''La plus ancienne et la plus forte émotion de l'humanité est la peur, et la plus ancienne et la plus forte des peurs est celle de l'inconnu''.

    C'est avec la première phrase de Épouvante et surnaturel en littérature que Robert Bloch entame sa présentation de celui qui fut son mentor et son correspondant pendant les premières années de sa vie littéraire. 

    Faute d'être connu, et reconnu, de son vivant, Lovecraft attira autour de lui un cercle d'auteurs qu'il conseillait et qui utilisèrent et prolongèrent son univers. Tous les critiques ne reconnaissent pas le talent, ou le génie de HPL, ainsi Edmund Wilson dans le New Yorker en 1945 l'accusait de ''mauvais goût et de mauvais art''. Ted White, ancien rédacteur-en-chef de Amazing et Fantastic affirma que son type d'écriture était ''maladif'' et ne pouvait provenir que d'un esprit ''malade'', suggérant que cette affection se prolongeait dans les textes de Howard.

    Allusion probable au style de vie de l'auteur et Bloch s'interroge sur l'utilité de regarder une vie avant de juger une œuvre. Faut-il chasser de nos bibliothèques les livres de drogués, d'alcooliques, d'obsédés sexuels et autres victimes de psychoses ? Auquel cas nous perdrions Poe, Hawthorne, Maupassant, Kafka... la liste des auteurs et de leurs ouvrages condamnés sous prétexte de non respect des bonnes mœurs serait longue.

    Pour en revenir à Lovecraft, il ne buvait pas, ne fumait pas, ne se droguait pas et sa vie sexuelle se résuma en un bref mariage.

    La beauté est dans l’œil du spectateur, dit-on, la maladie aussi, l'observateur ne comprend pas qu'il a devant lui un prisme d'idées reçues et de convictions réductrices qui l'amènent à condamner ce qui diverge de ses dogmes et certitudes.

    Que faudrait-il penser des mondes d'Alice, du Pays d'Oz, du mondes des Hobbits ? Leurs créateurs devraient-ils être honnis pour les avoir engendrés ? Cela sans évoquer Mary Shelley ou R.L. Stevenson, faut-il souffrir d'une maladie mentale pour imaginer une invasion extraterrestre comme HG Wells ou concevoir un futur aussi sombre que Aldous Huxley ? Encore que pour ce cas il s'agissait plus d'anticipation que d'imagination !

    ''Malade'' ou saine, une activité créatrice est le produit d'une imagination individuelle, colorée par un point de vue unique, une attitude personnelle envers la vie. Et elle semble générée par un intense désir ou un besoin de communication avec les autres. La plupart d'entre nous satisfont ce besoin de manière simple. Ceux qui ont n physique agréable et les gens ''agressivement'' énergies éprouvent rarement le besoin de venir ''créatifs'' pur se procurer les récompenses de notre société.

    Si personne ne répondait au besoin d'un enfant d'attirer l'attention – si personne ne répondait au cri de ''Regardez-moi ! '' – alors peut-être celles-ci devaient-elles être remodelées. ''Regarde mes dessins'', ''écoute ma musique, écoute mon histoire''. Dans ce contexte tous les auteurs peuvent être qualifiés de ''malades'', y compris ceux qui assument le rôle supérieur de critiques. Les artistes créateurs ne sont pas tous dénués de beauté ni de charme mais pour une raison ou une autre la plupart possède ce sentiment d'inadaptation ou d'insécurité, depuis ceux qui décorèrent les murs des cavernes pendant la préhistoire, jouaient sur des instruments primitifs ou s'accroupissaient pour raconter des histoires.

    Printemps Lovecraft

    Lovecraft était un enfant maladif et studieux, un adolescent dont la propre mère lui répéter qu'il était laid, il devint un jeune homme incapable de plonger dans ce monde de féroce compétition économique avec ses pairs. L'écriture résolut son problème de communication en lui permettant de se faire remarquer.

    Longtemps il rédigea pour des journaux locaux des essais scientifiques et littéraires avant d'en venir à sa propre fiction et s'il ne connut pas le succès mérité il put affirmer, jusqu'à y croire, qu'il méprisait la réussite commerciale.

    Les récits de HPL sont pleines de ses goûts et aversion, pour la seconde, le froid, les odeurs de poissons, la musique abstraire, pour les premiers, les chats, particulièrement, et l’Angleterre.

    Son auto représentation en vieil homme peut traduire une interrogation vis-à-vis du vieillissement de la dégénérescence. Son œuvre est pleine de vieilles demeures, d'antiques tombeaux, tous hantés de secrets terrifiants. Si son amour de la science l'amena à rédiger des contes de ''fiction spéculative'' pour être publié dans des revues de science-fiction il le fut davantage dans Weird Tales, dédiée au fantastique alors que nombre d'histoires s'appuient sur la science mais avec une forme de terreur ou d'angoisse. Chez Lovecraft pourtant il est plus question d'ignorance de certaines lois de la physique, de mutations biologiques, que de sorcelleries ou d'invocation diabolique.

    Politiquement Lovecraft peut être qualifié de raciste, un terme qui n'était pas péjoratif à l'époque, encore moins dans son milieu et pour quelqu'un ayant eu son éducation. Il dénonça longtemps l'invasion d'étrangers menaçant un style de vie ''purement'' américain. Pourtant à sortir de chez lui, à avoir des amis, une épouse, il en vint à moduler son point de vue, un décès précoce l'empêcha d'évoluer plus encore et de réagir aux exactions du national-socialisme.

    Son œuvre doit autant à d'autres auteurs, Arthur Machen par exemple, qu'à ses propres rêves mais le Mythe de Cthulhu est une création dépassant toutes les autres, générant une descendance qui se poursuit aujourd'hui.

    L'univers de Lovecraft eut pu disparaître avec lui, mais le ''cercle lovecraftien'' était là, actif. Faute d'être entendus par des éditeurs August Derleth et Donald Wandrei créèrent Arkham House et annoncèrent la publication de The Outsider and Others. Ce ne fut pas un succès immédiat... ce qui n'empêcha pas la parution d'un deuxième volume Beyond the Wall of Sleep, suivi d'autres incluant de nouveaux écrivains.

    Derleth était connu pour ses pastiches de Conan Doyle, il en fit de même pour Lovecraft avec moins de réussite. Il avait les notes, il ne sut pas écrire la musique.
     

                                     HPL en compagnie de Frank Belknap Long - 11 juillet 1931

    La peur est donc l'émotion la plus ancienne et la plus fort. Au début du XXème siècle le monde semblait dominé par le matérialisme et la certitude que la science savait tout expliquer. Les avancées de la physiques et la Première Guerre mondiale prouvèrent qu'il n'en était rien. La peur ne faisait que dormir, tel Cthulhu, n'attendant pour revenir qu'une position favorable des étoiles. Vinrent ensuite la grande crise de 29, puis la Seconde Guerre mondiale. Non, la science n'est pas salvatrice, elle n'est qu'un moyen, tout dépend des esprits qui l'utilisent, et ceux qui en ont la compétence ne sont pas forcément amicaux envers des humains qu'ils ne considèrent pas tous comme des frères.


    Les écrivains d'horreur le font, en général, pour exorciser leurs peurs. Dans l'enfance ils sont souvent dotés d'une imagination hyper-active et traduisent leurs effrois enfantins sous forme de fiction écrite, souvent de manière superlative. Lovecraft n'échappa pas à ce tropisme et ses premiers textes se veulent descriptifs par l'usage exagéré d'adjectifs au lieu d'être suggestif. Heureusement son style changea pour gagner en simplicité, et en efficacité. Ses histoires montrent souvent un homme disposant d'un savoir qu'il veut partager, sachant celui-ci mortel pour lui mais qu'il est trop tard pour modifier son destin. Le rédacteur d'abord doute de ce qu'il raconte, de ce qu'il a vu, vécu, et puis, la narration avançant il doit accepter que son expérience est réelle.

    Écrire c'est souvent s'inspirer de ce qu'on lut dans ses enfance et jeunesse, c'est reproduire des situations violentes, primaires, riches en sérial-killer sanguinaires mais intelligents.(?) Nourri de littérature classique Lovecraft put produire une œuvre se dégageant des habitudes de son temps, du goût d'un lectorat nourri de brutalité et de simplicité. Ainsi, incompris de celui-ci put-il s'inscrire dans le temps pour en trouver un autre, plus réceptif.

    Au moment où Lovecraft l'a créé, le Mythe de Cthulhu et sa menace des Anciens Dieux revenant conquérir la Terre pouvait aisément être considéré comme une fable paranoïaque sur l'avenir. Aujourd'hui une suspicion grandissante mène à croire que cet avenir deviendra peut-être notre présent.

    Si tel est le cas HPL nous a vraiment légué un héritage d'horreur. 

    Ce n'est là qu'une brève (si,si!) présentation du préambule rédigé par Robert Bloch en 1986 au livre de Frank Belknap Long. Il est court et passionnant mais je dois m'arrêter pour vous laisser le plaisir de le découvrir.

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 07:46

    Sonia Greene fut l'unique épouse, au moins au sens légal du mot, de Howard Phillips Lovecraft avec qui elle vécu quelques temps à New York. Elle était donc en mesure de donner son opinion sur le maître de Providence, du moins sa vision de l'homme tel qu'elle le connût. En quelques lignes elle présente les ancêtres de son époux tel que celui-ci les lui présenta, insistant sur son hérédité maternelle composée de juges, ministres, philanthropes ou enseignants. Il aurait même eu un officier de marine pendant la Guerre d'Indépendance, Abraham Whipple, et un autre parmi les signataires de la Déclaration d'Indépendance : Stephen Hopkins, gouverneur du Rhode Island.   Lee Moyer Design

    De l'ancienne fortune de la famille Phillips ne restait que vingt mille dollars, partagés entre les trois membres restants de la famille. Le foyer familial avait dû être vendu et pour le petit Howard c'était un tel déchirement qu'il y retournait souvent pour s'asseoir sur l'escalier du porche. Dans cette maison, la nuit de Noël, les domestiques venaient dans le salon et entonnaient des chants avec la famille. Le jeune Lovecraft fut bien forcé de s'habituer à sa nouvelle demeure d'Angell Street.

    Howard ressemblait à sa mère, tous les membres de la famille avaient cette mâchoire large et proéminente, plus petite chez les femmes qui, elles aussi, présentaient une lèvre supérieur fine. Il n'alla pas à l'école, sa mère se chargeant de lui apprendre à lire et à écrire. Fragile il ne participait pas aux jeux des autres enfants, et dut quitter l'école pour profiter d'un précepteur, circonstance qui favorisa son repli sur soi. D'autant qu'il fit montre d'une intelligence précoce et d'un goût pour la rêverie. Sa solitude l'amena à se tourner vers les livres, la maison n'en manquait pas.

    À ce détail près voilà une enfance qui m'en rappelle une autre.

    Il entra néanmoins au lycée mais ne put fréquenter l'université bien que ses connaissances dépassassent celles de la majorité des étudiants. Les chiens n'avaient pas sa faveur, il leur préférait les chats, pour tout dire la gent féline avait sa préférence face à l'humanité. (là nous divergeons sur notre espèce préférée !)

    Abstraitement, selon Sonia, HPL haïssait l'humanité. Il avait déclaré une fois ''il est plus important de savoir ce que l'on hait que de savoir ce que l'on aime'', il vaut mieux être mort que vivant, l'idéal étant de n'être pas né du tout. Qu'il est bon d'être dans cet heureux état d'inconscience qui précède la naissance. 

    Leur vie commune à New York fut possible grâce au travail de Sonia. Considérant qu'il était un génie et qu'elle avait la chance de le décharger de toute responsabilité. Son travail rapportait peu à Lovecraft, pourtant quand il vendit un bon prix son travail pour Houdini il insista pour que cet argent fut consacré à l'achat de l'alliance de sa future femme. Celle-ci fit le maximum pour le mettre à l'aise, qu'il se sente le ''maître de maison''. Elle souligne combien il avait fini par détester New York et ses hordes d'étrangers.

    Lors de leur union Howard était maigre et Sonia fit le maximum pour qu'il se remplume, ce fut facile tant il appréciait le sucre, et le citron, ne buvant du thé que pour eux. Par la suite il est probable qu'il en revint à ses privations habituelles, et pas toujours pour raison financière.

    Sonia évoque sa vie, son origine russe, blanc, son arrivée aux états-unis en passant par l'Angleterre, puis son mariage avec monsieur Greene, lequel mourut en 1916, la laissant donc veuve, jusqu'à sa rencontre avec HPL.

    Leur rencontre avait eu lieu en 1921 à Boston lors d'une réunion de journalistes amateurs, bien vite elle fut attiré par Howard et constata rapidement quels complexes entravaient celui-ci. Elle décida donc de tenter de les réduire tout en lui permettant d'affirmer son talent littéraire. C'est elle qui fit le premier pas, s'ouvrant de ses sentiments, par lettre interposée. Howard lui répondit favorablement et leur relation prit un nouveau tour. Ils en vinrent à envisager de vivre ensemble, même de se marier, et plusieurs de leurs amis voyaient leur relation d'un bon œil. En 1924 Lovecraft vint s'installer à New York et ils se marièrent, civilement puis religieusement à l'église Saint Paul.

    Finalement Howard dut quitter Brooklyn qu'il ne supportait plus et retourner à Providence, leur relation se distendit et quand Sonia souligna qu'un mariage impliquait une certaine proximité physique il voulut la convaincre du contraire, la correspondance pouvait maintenir le lien selon son point de vue.

    Que son épouse ne partageât pas. 

    Finalement le divorce survint en 1929, mais leur correspondance se poursuivit, bien que se raréfiant. Ils se retrouvèrent quelques temps plus tard quand elle l'invita à le rejoindre dans la splendide cité de Farmington, dans le Connecticut, où elle était en convalescence. La Nouvelle Angleterre plaisait beaucoup à Lovecraft et ils passèrent d'excellents moments à visiter les nombreux monuments de la région. Le soir Howard refusa de l'embrasser...

    Pour se présenter à la jeune femme il lui avait suggéré de lire les Private Papers of Henry Ryecroft, de George Robert Gissing. Ryecroft s'y présente ainsi : ''Je ne suis pas un ami du peuple'', ''En tant que force qui donne le ton de notre époque, il m'inspire de l'inquiétude et de la peur ; en tant que multitude, il provoque en moi un mouvement de recul , et finit même par m'être odieux […] que ce soit bien ou mal c'est ainsi que je le ressens.'' Il poursuit : ''Mentalement et physiquement je me sens plus vieux que mon âge'', ''Le mieux est peut-être de lire sans arrêt afin que notre futile personnalité finisse par se fondre dans l'activité d'autres esprits''. Quelques citations convenant à HPL.

    Howard, sans qu'il eut un esprit religieux, possédait un code moral élevé, sauf en ce qui concernait ses semblables bien que dans une lettre à sa future épouse il expliquait les raisons pour lesquelles il fallait se montrer bienveillant, humain, juste et charitable.

    Malheureusement SG brûla une malle pleine des lettres que son mari lui avait écrit au fil des années, que de renseignements se sont irrémédiablement partis en fumée qui nous eussent renseignés utilement sur lui, ses états d'esprits et opinions.

    Les opinions xénophobes et/ou antisémites, les juifs avaient substitué une religion insipide à la belle civilisation païenne, sont aussi rapportés par Sonia qui rappelait à son futur mari qu'elle même était juive, comme quelques-uns de ses amis qu'il appréciait beaucoup et aidait autant qu'il pouvait, que ce soit Samuel Loveman ou Robert Bloch. Sans doute est-ce de ne pouvoir supporter les ''autres'' qui convainquit Howard de rentrer chez lui, de retrouver le cocon protecteur de son monde, et qui mit fin à son mariage, alors qu'il e le souhaitait pas et aurait préféré que Sonia vint s'installer dans sa ville.

    Elle conclut ainsi le portrait de son mari : Je ne pense pas exagérer en disant que Howard possédait les capacités et la personnalité d'un génie bien supérieur à celui qu'il a effectivement laissé se manifester au cours de sa vie. 

                                         Florence Greene

    Maintenant que les ans ont passé, je suis persuadée qu'il va devenir, pour de nouvelles générations de lecteurs, une figure légendaire et mystérieuse. L'ironie du sort a voulu que Lovecraft ne puise pas de son vivant profiter des fruits de son travail , pas plus sur le plan financier que sur celui de la célébrité littéraire.

    Je fus à l'origine de cette image de ''Socrate et Xanthippe'' que l'on nous accola car, au fur et à mesure que notre correspondance devenait de plus en plus intime, je trouvais en Howard un certain génie et une sagesse socratique, alors  que je me reconnaissais plutôt dans le côté badin de Xanthippe.

    C'est cela que j'avais senti en lui et j'espérais alors développer davantage ses qualités humaines en le poussant sur le chemin du véritable amour. J'ai peur d'avoir été trop optimiste et trop sûr de moi, comme lui, d'ailleurs. J'ai toujours admiré les capacités intellectuelles plus que n'importe quoi d'autre (peut- être parce que j'en manque moi-même) et j'espérais aussi sortir Howard des profondeurs abyssales faites de solitude et de complexes au fond desquelles il était plongé. Malgré le grand nombre de ses correspondants et des personnes qu'il rencontrait, c'était quelqu'un d'extrêmement solitaire. J'avais espéré, peut être trop présomptueusement, que mon affection ferait de non non seulement un grand génie, mais aussi un amant et un mari. Alors que son génie se développa et sortit de sa chrysalide, l'amant et le mari restèrent toujours à l'arrière plan et leur image s'estompa petit à petit pour finir par disparaître.

    Bien que je ne sois pas sa veuve, c'est avec tristesse et respect que je déplore la mort prématurée d'un grand génie et d'un esprit remarquable.

    Puisse Dieu, auquel il croyait si peu, lui accorder le repos de son âme. 

    Pour ajouter une précision que Sonia ignorait, c'est qu'elle fut bien la veuve de Lovecraft, leur mariage ne fut jamais dissous, Howard n'ayant pas signé les papiers nécessaires. Il n'en reste pas moins que son témoignage est indispensable à tout lecteur du Maître de Providence. Si vous n'en avez pas eu la possibilité j'ai tenté ici de le condenser. Une trentaine de pages résumées en moins de quatre, il y a donc des pertes mais j'ai essayé de conserver le plus important. Pour répondre à Sonia, c'est vrai qu'elle voulut, un tropisme féminin dirais-je, changer son époux, et n'y parvint pas, auquel cas il n'est pas dit non plus que leur union eut put être pérenne. Le succès aurait-il aidé Lovecraft à se faire à sa nouvelle vie dans un nouvel endroit ? La question restera sans réponse.

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:17

    ARNAUD DELALANDEBERNARD GRASSET - 2014

    Tout commence par un mail du patient X, de l'asile d'Arkham, à Michel Houellebecq. L'interné reconnaît la passion du célèbre romancier pour HPL et s'adresse à lui comme au seul homme capable de saisir ce qu'il veut dire. Nul ne l'écoute, tous le croient fou, mais MH, lui, contempla les Sphères extérieures et jeta un œil au-delà de l'abîme pour Le contempler, Lui et Ses Semblables... Houellebeck seul peut leur dire qu'il n'est pas dément.

    Houellebecq répond : Avez-vous été en contact avec un ouvrage nommé Necronomicon ? La réponse, on s'y attendait, est positive mais le ''malade'' demande au romancier de venir le voir. Il sera déçu par un refus définitif et l'aveu de devoir cesser tout contact. Se pourrait-il que Michel fut lui aussi Leur pantin ?
     

    Quelle édition du Necronomicon avez-vous lu ? Le patient se contenta de l'exemplaire détenu par l'université Miskatonic, à Arkham, en regrettant que l'original, en arabe, ait disparu. Il le lut et depuis voit ses nuits envahies de cauchemars. Sa conclusion est une prière : brûlez ce livre, mais surtout, ne l'ouvrez pas. Dans cet ouvrage impie la logique, le cartésianisme rassurant sont mis à mal. Le piège est là, sous l'apparence d'une publication ironique et délirante, mais sans objet, se dissimule une réalité terrifiante, une puissance bien réelle, une fascination à laquelle il est impossible de résister, tout en s'affirmant protégé par l'ineptie apparente des textes et croquis. La partie visible d'un iceberg aspirant l'âme de qui le lit vers des profondeurs d'où il ne reviendra jamais.

    Bien sûr l'auteur, comme tant avant lui, se crut prévenu, se pensa plus fort. Lui résisterait, conserverait sa lucidité. Mais qui voit la première page ouverte, qui lit ses premiers mots s'amuse de ce qu'il découvre sans entendre la porte de la raison claquer derrière lui. Qu'il se retourne et c'est un mur qu'il découvre.

    Le rédacteur présente son parcours pour nous prévenir. Tout commença à Québec ou, au 801, rue de Bougainville, une plaque a été apposée rappelant le passage en ce lieu de Lovecraft en 1930. Il se présente, David Arnold Millow, anciennement Milaud, descendant d'une famille huguenote installé au Québec depuis le XVIe siècle. Inscrit dans un cercle littéraire Les Bateaux ivres, il y fit connaissance de Spencer Willet. Garçon secret, d'une sensibilité exacerbée dont les textes surpassaient ceux de ses compagnons. David et Spencer se rapprochent, partageant la même épreuve, la disparition anticipée de leurs mères. Mais Spencer abandonner le groupe rimbaldien pour un autre, curieusement nommé Le Cercle de Cthulhu. Association s'adonnant à une reprise de jeux de rôles en vogue dans les années 1980, en particulier L'Appel de Cthulhu, inspiré de H.P. Lovecraft. Internet avait amplifié le succès du jeu et créé une communauté à laquelle il était très difficile de s'intégrer. Quand David lui demanda la raison de ce changement Spencer lui dit simplement qu'il avait trouvé plus intéressant et que la poésie était morte. Finalement il s'éloigna aussi de ce groupe.

    Déborah, amoureuse de lui sans espoir semblait en savoir un peu plus, un peu trop.

    David se rend à la nouvelle adresse de son ami, 45 Chemin des Plants. Une grange de bois près de ruines d'un bâtiment de pierre. Il entre, découvre une grande pièce presque vide et sur un établi des livres, De Vermis Mysteriis, les Manuscrits Pnakotiques... un ordinateur éteint et de grandes feuilles de papier couvertes d'une écriture minuscule et irrégulière sur lesquelles était posé un petit carnet noir. Un mot revenait, Necronomicon, des dessins hideux accompagnaient des paragraphes ressemblant à des invocations. Plus étrange encore, ou inquiétant, des traces sur le sol, les empreintes de Spencer sans doute, celle de David probablement, et aussi d'autres. Trop grandes pour avoir été faites par des pieds humains sans ressembler aux traces d'animaux connus. Pire, elles menaient à un renfoncement, une espèce d'alcôve avec une trappe en son centre dont le verrou était ouvert.

    ''N'y va pas !'' avait dit Déborah, parlait-elle de cet endroit ?

    Un seul moyen de le savoir ! 
    Tout est là, dans un roman qui semble destiné à procurer une peur factice en accumulant adjectifs, lieux et ambiances comme autant d'artifices convenus que l'on affecte de craindre pour se procurer un petit frisson. Là est le vice, ne pas y croire mais s'intéresser, se passionner, ne plus pouvoir reculer.

    Difficile de résister à l'appel de l'obscurité n'est-ce pas ? Si vous m'avez lu jusque là, moi-même suivant Arnaud Delalande, c'est qu'il est déjà trop tard pour vous.

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 08:00

    Lovecraft, a Biography – Lyon Sprague de Camp - 1975 – traduction, notes additionnelles et annexes par Richard D. NolaneNeo

    Préface de François Truchaud.

     

    À la mémoire des Trois Mousquetaires de WEIRD TALES

    ROBERT E. HOWARD

    H.P. LOVECRAFT

    CLARK ASHTON SMITH


     

    Lyon Sprague de Camp est né le 37 novembre 1907 à New York, il est mort le 6 novembre 2000 à Plano, au Texas, le jour de l'anniversaire de son épouse défunte avec laquelle il avait été uni pendant 60 ans. Il est l'auteur d'une centaine de nouvelles de science-fiction et de biographies, de Robert E. Howard d'abord et de celle qui nous intéresse aujourd'hui. Il a aussi largement utilisé des brouillons du premier pour continuer le cycle du héros principal de celui-ci : Conan. August Derleth avait pour projet d'écrire la biographie du Maître de Providence, la mort l'en empêcha et Sprague de Camp reprit le flambeau.

    SdC, dès sa préface, précise ne pas avoir voulu écrire une hagiographie, mais, pire, il avoue avoir mal compris Lovecraft, ce qui est ennuyeux pour approcher un auteur et analyser son œuvre. Il a pourtant passé de longs mois à lire lettres et textes pour découvrir le sujet de son livre et livrer une somme de détails que tout admirateur de HPL se doit de connaître. Une biographie ''à l'Américaine'', allant dans le détail pour reconstituer une vie où réalité et fiction se mêlent, prouvant que l'imaginaire est la source de ses contes pour Lovecraft, celle aussi qui lui permet de supporter une vie par ailleurs en butte à de nombreuses difficultés.

    La chronologie est respectée, l'auteur présente la mère ''monstrueuse'' de Howard, ses tantes, son épouse, Sonia Greene qui fait vivre le couple quand il s'installe à New York. Il poursuit avec l’œuvre, jugeant avec condescendance, sinon mépris, l'incapacité de Lovecraft à se faire (re)connaître, éditer. SdC réussit davantage, il avait l'ambition, et les relations, pour cela, avec pour résultat une production que nous... j'allais dire : que nous connaissons, mais non, justement, nous ne la connaissons pas. Difficile en effet de comprendre ce qui nous dépasse ! Et continue en raillant la qualité littéraire de nombreux textes, HPL tapait avec deux doigts, ce qui vaux mieux qu'écrire avec ses dix doigts, de pieds. Du point de vue d'un homme attaché à la réussite, à la normalité bourgeoise, la vie de Lovecraft peut sembler ratée et SdeC pense visiblement que l’œuvre n'est que partiellement réussie non plus. HPL était vraiment (d')ailleurs, un monde que Lyon ne pouvait arpenter, mais nous, oui. Surtout moi !

    Il ne semble pas qu'une biographie du biographe ait été publiée.

    Reconnaissons pourtant l'honnêteté du biographe qui replace les idées ségrégationnistes ou racistes de Lovecraft dans le contexte de son époque et de sa famille. Il ne rencontra jamais le sujet de son livre, à l'époque où il l'écrivit celui-ci avait disparu depuis longtemps mais en 1932 il se trouvait à Boston, à 1h de chez lui.

    Howard n'est pas pour autant une idole à adorer, et n'eut pas voulu être ainsi traité, l’œuvre a-t-elle vampirisée l'homme où les deux formèrent-ils un couple indissociable ? Derleth eut-il produit un livre plus intéressant ? Ce n'est pas sûr, lui était un véritable fan, ce qui est rarement une qualité pour un travail de ce genre.

    Quel intérêt de lire ces 500 pages alors ? Il est dans tout ce qui est rapporté, du 454 Angell Street où Lovecraft arriva avec sa mère alors qu'il n'avait que 3 ans. Son père ayant perdu la raison et été enfermé c'était la seule solution. Susie devait prendre un chemin semblable, elle mourut 18 ans plus tard. Entre temps, obsédée par l'idée que Howard constituait son seul univers elle focalisa son attention sur lui, veillant au plus petit détail avec une minutie maniaque. S'ajoute à cela le fait qu'elle aurait voulu une fille et favorisa les aspects féminin de son fils au détriment des autres, au point que celui-ci affirma un temps être une petite fille.

    Pas étonnant qu'il ait connu plus tard des difficultés avec Sonia... Howard était intelligent, précoce et doté d'une mémoire étonnante. À 3 ans il savait lire, à 4, écrire. Arrivé dans la demeure d'un grand-père lui aussi spécial, il disposa de 2000 volumes, dont certains vieux de plusieurs siècles, pour nourrir sa curiosité.

    N'en lisez pas tant, oubliez les opinions de l'auteur et vous aurez une bien meilleure connaissance de la vie de Lovecraft. Pour cela, ce Roman d'une vie, vaut de figurer dans votre bibliothèque.
     

    Réédité chez Durante.

     

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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    26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 08:31

    En 1969 les éditions de L'Herne publient un cahier LOVECRAFT sous la direction de François Truchaud qui en rédige la préface : The dream-quest of Howard Phillips Lovecraft.

    Subtile présentation, la confrontation en même temps que l'intrication d'un homme et de son œuvre, les deux faces d'une seule pièce. Un homme qui rêve son univers sans que sa vie soit beaucoup plus réelle, sinon en de rares occasions qui ne lui donnèrent pas envie de quitter la première pour la seconde. Tant mieux, elle lui permit, et lui permet encore, d'exister. Preuve que ce verbe n'est pas le synonyme de vivre. Regardez autour de vous et voyez combien de personnes vivent sans exister.

    À moins que ce ne soit le contraire !

    Truchaud fait un parallèle entre Arkham et Providence, évoque l'enfance de l'auteur, sans savoir ce que l'on en connaît maintenant, note la rareté de l'alimentation, normale, dans ses récits, comme de celle des femmes, il doit y en avoir deux qui aient un véritable rôle.

    Pierre Versins évoque la rencontre entre Lovecraft et son public à travers Weird Tales. Aurait-elle eu lieu sinon ? Un auteur existe-t-il sans être lu ? Probablement pas, encore que Howard n'en aurait peut-être pas été perturbé davantage tant l'ambition n'était pas le trait dominant de sa personnalité. Il suffit de lire le courrier qu'adressa Lovecraft à Edwin Beard, premier rédacteur en chef de la revue, comment il se présente, pour le comprendre. En outre Versins scanne littéralement le corpus lovecraftien, dressant la liste des dieux, des lieux...

    Gérard Klein situe HPL au point de rencontre entre le fantastique et la science-fiction même si la forme littéraire de l'auteur s'inspire du fantastique, les contes débutent dans la normalité, c'est ensuite que les choses s'altèrent ou que reviennent des souvenirs qu'il eut mieux valu oublier. Pour autant il n'y a pas de surnature chez lui, ses thèmes relèvent davantage de la S-F tout en étant un critique de l'humain, de ses faiblesses et illusions. Visions pessimistes diront ceux qui croient en l'Homme, lucide diront ceux, avec Howard, et, modestement, moi, qui le voit comme un maillon perdu le long d'une chaîne dont il ne peut rien comprendre, qui l'effraie au point qu'il veuille lui, et se, trouver une raison d'être.

    Hannes Bok

    Comment ne pas évoquer la remarquable analyse par Claude Ertal de Démons et Merveilles, rapproché du rêve et de l’écriture, formant ainsi les points cardinaux d'un monde où se perd qui s'y trouve, se trouve qui le cherche.

    Tous les articles seraient à évoquer, tous les auteurs à citer, chacun ajoutant un trait au portrait du pseudo reclus de Providence.

    Virgil Finlay 

    S'y ajoutent des textes inédits, à l'époque, et, pour la réédition en 1984, une postface, toujours de François Truchaud qui constate le chemin parcouru, la meilleure compréhension de l’œuvre et la place prise par l'auteur, et l'opportunité de découvrir d'autres auteurs, ignorés en 1969.

    De l'eau a coulé sous les ponts d'Arkham depuis 1984. Le portrait

    d'Howard est de plus en plus précis, entre obscurité et zones plus sombres encore. Le mythe de Cthulhu a grandi pour autant qu'il ne soit pas devenu un culte. Qui sait si ce n'est pas ce que l'habitant de R'leyh voulait, ne plus être craint mais espéré, pour se réveiller et revenir.

    Si même la mort peut mourir, alors que va-t-il advenir des vivants ?

    S'il en reste !

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    Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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