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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 08:00

S&V786   

Masse manquante de l'Univers, énergie noire... le Higgs ouvre de nouvelles perspectives théoriques dans la compréhension de l'histoire du cosmos. S'il est prouvé que la particule découverte est la bonne il reste de nombreuses questions : par exemple, la diversité des masses particules. Pourrait-il rendre compte de la matière... et, aurait-il un lien avec l'ambition principale des physiciens, concilier la relativité générale et la physique quantique, les galaxies et le monde subatomique ?

Le Higgs explique pourquoi le photon, médiateur de la force électromagnétique, n'a pas de masse alors que le boson W en a une, bien que les deux forces soient les facttes de la même interaction. Il rendrait aussi compte de la masse des autres particules, des électrons jusqu'aux neutrinos.

Christophe Grojean, théoricien du Commissariat à l'énergie atomique précise : On considère qu'avant l'apparition du Higgs, aucune particule n'avait de masse. Puis il survint avec cette nouvelle propriété, interagissant de manière plus ou moins grande avec toutes les particules existantes pour apporter un panel de masses différentes. Sauf que... du point de vue mathématique, il n'y a aucune indication sur la valeur de ces couplages. Ce sont des paramètres libres du modèle, c'est-à-dire que leur valeur a été déterminée de façon ad hoc.

Autre faiblesse du modèle standard : il ne prédit rien au sujet de la masse cachée de l'Univers ? Les astronomes doivent supposer l'existence d'une grande quantité de matière invisible dont la force d'attraction gravitationnelle est indispensable à la bonne tenue des galaxies et des amas. Toute la matière des étoiles et planètes ne représenterait que 4% de la masse de l'Univers. Le reste serait invisible. La quête est lancée depuis un siècle mais aucune piste sérieuse n'a été retenue. La théorie de la supersymétrie, supposant que chaque particule possède son ''double supersymétrique'' a des énergies plus élevées qui seraient les constituants de la matière noire. Stables depuis les premiers instants de l'Univers, elles ne sont pas désintégrées et n'ont pas émis de radiations, ce pourquoi elles seraient indétectables. Le boson de Higgs ne contredit pas la supersymétrie mais ne renforce pas cette théorie.

Autre énigme, celle de l'énergie noire qui indique que l'expansion de l'Univers s'accélère au cours du temps sans qu'aucune cause en soit déterminée.

Pour l'heure le Higgs n'aide pas les théoriciens qui recherchent la gravité quantique pour concilier la relativité général et la physique subatomique et décrire l'Univers avant le temps de Planck. Deux théories sont au coude à coude, celle des cordes et celle des boucles. Si les particules supersymétriques étaient identiques, la première serait privilégiée qui suppose que l'espace

est continu avec des dimensions supplémentaires et enroulées sur elles-mêmes. La découverte du Higgs ferait pencher la balance vers la seconde pour laquelle l'Univers est discontinu, tel un tableau pointilliste.

La réponse viendra sûrement, serons-nous là pour la connaître, et la comprendre ?

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 08:00

S&V786

La découverte du boson de Higgs est aussi importante pour

l'histoire de la pensée humaine que la loi de la gravitation universelle de Newton ! S'enthousiasme Carlo Rovelli. Cela reste à prouver mais cette trouvaille signe le triomphe du ''modèle standard'' de la physique qui prédit les détails les plus infimes du monde et fut élaboré par les plus grands scientifiques de dernier siècle. Le Higgs devrait permettre l'exploration de la texture de l'espace-temps ou de plonger dans les premiers moments de l'univers. Ce ''modèle'', élaboré patiemment, prétend expliquer le monde par des raisonnements logiques, décrire de quoi est faite la matière et quelles forces agissent sur elle. Nombre de ses prédictions furent vérifiées, manquait cette particule, la dernière à se refuser à la curiosité avide des chercheurs. Elle trouve enfin sa place dans le tableau des particules élémentaires. Ainsi le monde fut-il expliqué par la seule force de la pensée et la logique des mathématiques.

Nombres de prix Nobel y participèrent, mettant à contributions les centres de recherches des plus grandes ville d'Europe, dans un premier temps, puis étasuniens du fait de la guerre. Ses

bases furent posées par Joseph John Thomson (Nobel 1906) qui mit en évidence les électrons. La théorie de John Dalton définissant l'atome comme l'ultime constituant de la matière était mise à bas. En 1911 Ernest Rutherford bombarde une feuille d'or avec des particules alpha devant la traverser. Or 1 sur 800 rebondit sur une structure inconnue. Il en déduit que l'atome contenait un noyau minuscule. Rutherford poursuit son raisonnement : si l'atome comporte des charges négatives par le biais de l'électron il postule qu'existent des charges positives pour que la matière soit neutre. En 1919 il découvre le proton, l'atome est donc bien neutre. En 1932 son élève, James Chadwick, observe un rayonnement inexpliqué qu'il interprète comme le signe de l'existence d'une particule neutre ayant la même masse que le proton : le neutron. Les physiciens savent alors que le noyau de l'atome comporte des neutrons et des protons, des nucléons, d'une taille d'environ 10-15 mètre. Ces découvertes bouleversent les théoriciens, ces particules sont-elles similaires à des billes où

assimilables à des ondes ? Peut-on les localiser avec précision ? À Berlin, Max Planck a l’intuition que les échanges d'énergie s'effectuent de manière discontinue, par paquets, qu'il appelle quanta. Ainsi naîtra la physique quantique. Niels Bohr modélise l'atome, faisant graviter les électrons autour du noyau comme les planètes autour du soleil. Erwin Schrödinger poursuit les travaux de Louis de Broglie pour les considérer comme des ondes : pour lui la matière est une monde, et la matière aussi. Werner Heisenberg définit le grain de matière comme un insaisissable nuage de points où chaque point constituerait une position probable du grain.

Une limite est pourtant atteinte, frapper sur la matière ne suffit plus à en obtenir des débris plus petits, il faut les accélérer, d'où la mise au point par Ernest Orlando Lawrence du premier accélérateur de particules, le Cyclotron. Wolfgang supposera l'existence du neutrino qui sera observé en 1958. le quark fut définit en 1964.

avant d'aller plus loin il faut rappeler les 4 interactions expliquent tous les phénomènes. À notre échelle : la gravitation et l'électromagnétisme, rendant compte de la chute des corps, des phrases de la Lune, de l'électricité, du magnétisme et de la lumière. À l'échelle du noyau : l'interaction ''faible'' explique certaines désintégrations, tandis que la ''forte'' assure la cohésion des nucléons au sein du noyau. L'électromagnétisme et l'interaction ''faible'' seraient les 2 facettes d'une même interaction qui quand l'Univers était bien plus chaud et dense à des énergies dépassant 100 GeV elle formaient l'interaction ''électrofaible''. Elles se découplèrent avec le refroidissement de l'Univers. Reste un problème : pourquoi la force électromagnétique aurait-elle des messagers sans masse (les photons) alors que les messagers de l'interaction faible sont massifs ?

Peter Higgs entre alors en scène, en 1965, avec ses collaborateurs il émet l'hypothèse d'une particule responsable de cette différence de masse, le ''boson de Higgs''. Restait à déterminer à quelle énergie cette particule existait. Les recherches durèrent longtemps, et durent attendre la naissance du LHC du Cern qui permit la détection de signaux autour de 125 GeV d'une ''particule compatible avec le boson de Higgs''. Ouf !

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26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 15:00

Sous la direction de Josiane Olff-Nathan – Éditions du Seuil – 1993

Introduction de Josiane Olff-Nathan

C'est la science qui est ici mise en cause [comme si elle avait une réalité individuelle, un peu comme la société qui serait responsable des maux de l'humanité!]. Ce livre montre la compromission nazis/scientifiques. L'enjeu n'en est autre que les rapports de la science et de la démocratie [déités laïques s'il en est].

Il pose un regard sur l'influence qu'eut le national socialisme sur la science, et inversement ; sur la légitimation des mathématiques dans l'Allemagne fasciste, l'existence d'une deutsche Physik initié par Philipp Lenard et Johannes Stark frustrés par la République de Weimar qui ne leur donna pas l'importance qu'ils pensaient avoir et tentèrent de l'obtenir dans l'arène politique sous le Reich. Dès 1924 l'un et l'autre soutinrent Hitler emprisonné après sa participation au putsch manqué de

Munich. Ils ne purent remplir le rôle qu'ils avaient ambitionnés sinon par leur influence sur la nouvelle génération bien qu'ils s'évertuèrent à rejeter la théorie de la relativité.

En 1937 Stark avait attaquer Werner Heisenberg dans la revue des SS Das Schwarze Korps, soulignant que celui-ci avait refusé de signer en 1934 un appel public de soutien à Hitler et l'accusant d'avoir soutenu des thèses prônés par des savants juifs. Heisenberg pensa émigrer, il est fort dommage qu'il ne l'ait pas fait. Une lettre de Himmler le convainquit mais le prix Nobel dut accepter de séparer une découverte de celui qui l'avait faite sans obtenir le poste qu'il voulait à Munich.

Bien que les SS le considéraient comme un ''intellectuel apolitique''. Par la suite Heisenberg dirigea à Berlin les recherches sur la bombe atomique sans les voir aboutir. À partir de 1945 la République fédérale d'Allemagne entreprit une dénazification de la science, de nombreux scientifiques furent jugés pour leur soutien au national-socialisme.

Recherche et enseignement scientifiques s'épanouissent mal dans une dictature tant celle-ci surveille chercheurs et publications. La communauté établie et apolitique de la physique mena une rude bataille contre la science politisée incarnée par la deutsche Physik.

Impossible ici, ce n'est pas mon propos, de faire le résumé de ce volume, vous y suivrez l'évolution de la science en Allemagne et comment elle pâtit du régime, ce qui n'est pas une surprise. La plupart des scientifiques adhérèrent par obligation au parti, peu manifestèrent une vraie approbations, sinon collaboration, au système.

Mein Kampf présente une vision pessimiste de l'évolution de l'humanité, pessimisme biologique fondé sur l'affirmation d'une loi que les hommes n'auraient cessé de violer : une espèce ne s'accouple qu'avec elle-même les peuples n'en tinrent pas compte, pas même l'Aryen supérieur avec pour conséquence sa fin en tant que porteur de culture. Autre aspect de ce pessimisme : se trouver dans un monde fini et la nécessité d'avoir un espace vital nécessaire à sa survie et son expansion. La décadence menace, mais s'il subsiste une minorité intacte qu'un génie la guide !

Il suffisait d'y penser.

Impossible de privilégier une contribution, chacun apporte un éclairage différent à une époque, en soulignant les traits marquants et spécificités qui permettent de mieux connaître ces heures sombres de l'Histoire en général et de la science qui ne pouvait rester à l'écart.

Certes sa lecture demande temps, calme et attention tant derrière son sujet, la science, transparaît la réalité mortifère du nazisme et comment elle fut mise en œuvre. L'histoire semblait devoir amener ce désir de retrouver une pureté originelle, si celle-ci existât jamais. De nombreux peuples furent présentés comme d'improbables hybridations, des hérétiques qu'il fallait éliminer comme le soulignait Bernard Gui : l'hérésie ne peut être détruite sans que les hérétiques le soient, et qu'importe si pour cela il faut éradiquer une ethnie entière. La science n'avait pas, l'aura-t-elle jamais, le dessus sur le fanatisme, elle ne fit que servir une nouvelle légalité ''scientifique'' (in)justifiant le génocide.

Toute une littérature hygiéniste du dix-neuvième siècle souligne la menace de certaines catégories de populations, l'idée naquit du criminel-né, la maladie mentale était incomprise, syphilis, tuberculose et alcoolisme faisait des ravages, la dégénérescence était inévitable sans une action efficace. En Allemagne elle alla jusqu'au pire. Il fallait éliminer le corps physique pour que meure le mal qu'il portait. La guérison imposait l'amputation des membres gangrenés et corrupteurs.

Quand à la science qui est au cœur de l'idéologie national-socialisme il s'agit sans doute de la ''biologie raciale''. De nombreux raciologues et eugénistes célébrèrent l'avènement du nouveau régime.

Jusqu'aux années 80 l'historiographie présentait pour la période 1933-1945 une communauté scientifique apolitique et passive face au pouvoir. La science était la victime d'une idéologie qui l'avait falsifiée. Après 1945 la tentation de disculper la biologie fut grande. En réalité comme l'affirment Horst Seidler et Andreas Rett dans La Biologie raciale sous la national-socialisme : à notre connaissance il n'y eut pas un seul anthropologue pour se dresser, en paroles ou en écrit contre l'idéologie raciale du national-socialisme. Les anthropologues les plus éminents de leur discipline fournirent une justification scientifique à la folie raciste du nazisme. Sur la petite centaine d'anthropologues allemands dans les années 30, une demi-douzaine seulement émigrèrent, résistèrent ou furent persécutés par le régime. Le national-socialisme désirait initier une ''révolution eugénico-raciale'' et initia pour cela une ''biocratie'' gouvernée par les médecins psychiatres, généticiens eugénistes et bio-anthropologues.

Il existait une véritable symbiose entre la communauté bio-anthropologique allemande et le nazisme. L'anthropologie biologique allemande a largement collaboré à la politique raciale nazie. Elle en fut, avec la médecine, la psychiatrie et la génétique humaine, la plus fidèle servante. On peut détecter cinq secteurs d'affinité : eugénisme, métissage racial, nordicisme, antisémitisme et primat de la race. Sous Weimar déjà la législation eugénique existait, le programme d'euthanasie en revanche fut l’œuvre des médecins psychiatres. Le premier rendit un immense service aux nazis en fournissant les ''critères d'évaluation, les catégories de classement et les règles d'efficacité'' qui permirent de définir et justifier l'ordre social traçant la ligne de démarcation entre les membres de la ''communauté du peuple allemand'' et les étrangers. L'hygiène raciale légitima la dichotomie entre le ''membre de la communauté'', utile, et ''l'étranger''. Il importe de préciser que l'enseignement de l'eugénisme est antérieur à la prise de pouvoir par les nazis. 

Fritz Lenz, influent et tapageur hygiéniste de l'époque, s'exprimait ainsi : il faut exiger absolument l'enseignement de l'hygiène, y compris raciale... C'est seulement quand les principes de bases de la vitalité raciale seront familiers à la majorité des gens cultivés que nous pourrons espérer mettre un terme à notre déclin et le transformer en ascension. 9 ans plus tard Depdolla affirmait : C'est en lui (l'enseignement de l'eugénisme) que se combinent l'instruction , la transmission de connaissances, et l'éducation, la formation intérieure de l'être humain. Hambourg fut, en 1928, la première ville à mettre en place un enseignement de l'eugénisme à côté de celui de la génétique.

Kaiser-wilhelm institut Berlin

J'espère avoir titillé votre curiosité encore qu'il faille rappeler que la science n'est qu'un instrument utilisé par le scientifique, c'est lui et lui seul qui est responsable de l'usage qu'il en fait, qu'il tente de se justifier par le contexte est rarement une excuse recevable.

Une lecture édifiante bien que ce livre soit déjà ancien qui dessine un tel portrait de l'homo sapiens que j'en viens à me demander si Adolf n'avait pas raison d'être pessimiste.

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25 avril 2019 4 25 /04 /avril /2019 14:50

Sous la direction de Josiane Olff-Nathan – Éditions du Seuil – 1993

Introduction de Josiane Olff-Nathan

Après la première guerre mondiale l’Allemagne collectionnait les prix Nobel. Malgré le boycott infligé par les Alliés l'Allemagne fut la patrie de la science où les jeunes physiciens américains venaient se former. L'allemand était la langue indispensable, après 1945, malheureusement c'est un autre idiome qui, profitant de la victoire, s'imposa. Après le succès des nazis, le départ de nombreux scientifiques juifs et la mise à l'écart de leurs amis elle connut une baisse catastrophique, David Hilbert put répondre au ministre de la Science, de l'Éducation et de la Culture populaire du Reich qui lui demandait si son institut avait souffert de ces absences ''Mais il n'a pas souffert monsieur le ministre ! Il n'existe plus !''

Les publications sur le nazisme sont innombrables mais peu portèrent leur attention sur la science, mis à part quelques polémiques, sur Heidegger par exemple ou le rôle de Heisenberg au moins jusqu'à la parution du livre de Benno Müller-Hill Science nazie, Science de mort. Ce livre s'organise autour de la question de la responsabilité de la science en tant que sous-système social en interaction constante avec le reste de la société.

La science et une technique de plus en plus omniprésente joue un rôle essentiel dans l'organisation et l'histoire de nos sociétés industrielle comme dans l'évolution de notre confort et la transformation de notre environnement, elle influence également notre perception du monde en influençant l'évolution des mentalités.

Le nazisme dû compter avec la science bien qu'il s'en méfiât, et s'évertua dans la pratique à exploiter l'efficacité scientifique par la voie du développement technique, exemple que suivit le gouvernement de Vichy qui réorganisa l'industrie française en y introduisant la notion de ''branche'' économique et créant de grand organismes d'état. En Allemagne la chimie joua un rôle essentiel dans le soutien au régime, IG-Farben se rallia dès 1933 à Hitler, licencia ses directeurs juifs et profita pleinement du plan de militarisation de l'industrie. Cette société prit une part active dans l'organisation et l'exploitation des camps de concentration, en particulier avec l'usine BUNA d'Auschwitz.

Quand Planck voulu intercéder en faveur des savants juifs, en particulier Fritz Haber, Hitler lui répondit que si la science pâtissait des mesures antisémites et bien il faudrait faire sans science !

Vingt prix Nobel s'expatrièrent au cours des premières années du régime, 25% des physiciens perdirent leurs postes. Les multiples interventions de ce livres tentent de répondre à quelques questions tout en gardant à l'esprit que l'avenir pourrait apporter davantage de précisions. Herbert Mehrtens s'interroge sur la confrontation avec ''la banalité du mal quand celui-ci se compose de millions de détails réunis'', Pierre Ayçoberry et Mechtild Rössler nous aident à retracer quelques contours de l'idéologie national-socialiste, le premier en proposant une image novatrice de ses concepts d'histoire et de temps, le second pour une analyse du leitmotiv ''d'espace vital'' et de son influence sur l'histoire de la géographie.

Après 1933 le personnel politique est remplacé, les opposants sont jetés en prisons, partis et syndicats sont interdits, les lois raciales promulguées et les valeurs soumises à l’idéologie officielle. La fusion en un éternel présent du Reich de mille ans avec l'esprit des Germains ancestraux marque la fin de l'histoire. Pour les nazis ''l'Histoire'' c'est ''la Mythologie''. L'histoire, comme nous l'entendons, existe par l'écriture quand l'oralité la réadapte en fonction du présent pour en préserver vérité et efficacité dans la structure des sociétés. L'écriture implique le découpe du temps en passé, présent, futur. La parole est sociale, l'écriture implique le développement d'une pensée individuelle, la confrontation de l'individu avec son psychique et son cortège de fantasmes, de souvenirs, de projets et de sentiments. Le nazisme voulait effacer l'histoire par les autodafés, la censure et l’apologie de romans exaltant héros positifs et valeurs paysannes. ''La littérature et les arts n'ont plus été qu'un reflet et un support du mythe'' souligna Lionel Richard, ''mythes de la Race, du Sang, du Sol, de la Supériorité de l'Homme aryen ou du Néo-paganisme, choses parlant à l'esprit sans que la raison intervienne''. Le nazisme c'est la parole, ainsi que le Führer l'affirmait dans son livre ''La force qui mit en branle les grandes avalanches historiques fut la puissance magique de la parole parlée. La grande masse d'un peuple se soumet toujours à la puissance de la parole.'' (Mein Kampf P111)

La parole ici est au service d'une volonté de puissance, tyrannique et à l'inverse d'une parole démocratique circulant librement ou celle, impersonnelle, des sociétés traditionnelles, vecteur de la permanence des sociétés démocratiques. La science est écriture, elle produit des textes dont les auteurs retrouvent l'anonymat quand leurs résultats sont intégrés dans le corpus évolutif de la science.

Les université s'adaptent aux exigences du nouveau pouvoir, les chercheurs cherchent, les étudiants étudient, la science progresse. Il faut voir là l'effet d'un idéalisme apolitique et le respect de lois votées légalement avec le désir de restaurer la grandeur du pays mise à mal par la défaite de 1918. Pour construire une nouvelle société l'idéologie était insuffisante, il fallait les techniciens spécialisés et des scientifiques compétents. La science devait être efficace et Göring exigeait des programmes réalisables en moins d'un an.

Au début du vingtième siècle se manifestaient inquiétude et pessimisme quand à l'évolution de l'espèce humaine, eugénistes et anthropologues européens et américains pensaient que le développement de l'hygiène et de la médecine contrecarrait la sélection naturelle. Malades et tarés n'étant plus éliminés l'espèce était vouée à une dégénération rapide accélérée par le déclin des classes ''supérieures'' dont le faible taux de natalité inquiétait. Bien des généticiens avaient la conviction que le potentiel génétique de l'humanité était menacé par la prolifération des gènes nocifs. La Société d'eugénisme britannique mettait en garde, en 1937, contre les métissages ''mauvais dans certaines circonstances''.

Le national-socialisme n'était-il pas ''de la biologie appliquée à la politique'' selon Hans Schemm ? Le Deutsche Biologen-Vergan, union des biologistes qui se place en 1939 sous la direction de Himmler en rejoignant en 1939 l'Ahnenerbe ne ménage pas ses efforts pour organiser des ''camps d'éducation en biologie'' et la diffusion des thèses racistes à tous les niveaux de la société. Quand au serment d'Hippocrate, à une prisonnière, médecin elle aussi, qui lui demandait s'il s'en souvenait, le docteur Klein, médecin à Auschwitz répondit ''Mon serment me dit de faire l'ablation d'un appendice gangreneux du corps humain. Les juifs sont l'appendice gangreneux de l'humanité, c'est pourquoi j'en fait l'ablation''.

 

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 14:19

Stanislas Dehaene – Leçons inaugurales du Collège de France / Fayard – oct 2006 

Après des décennies d'absence au Collège de France la psychologie cognitive faisait son retour dans ce centre de l'intelligence et de la culture (autant dire que vous n'y êtes jamais allé!) et Stanislas Dehaene était chargé d'en reprendre la chaire.

Par cette présentation inaugurale Dehaene fait, d'une part, le résumé de ce qu'est la psychologie cognitive puis, dans un second temps, le plan de ce que sera son enseignement.

Comment mieux commencer que par la définition de la psychologie que donna Williams James dès 1890 ''La psychologie est la science de la vie mentale''.

Depuis cette science a évolué pour finalement rejoindre les Science de la Vie en exploitant la panoplie des méthodes de la biologie à la génétique jusqu'à l'imagerie cérébrale. Ainsi naquit une science de la vie mentale visant à énoncer des lois générales de la pensées, un domaine que l'on pensait inaccessible à la méthode scientifique.

Ses visées sont larges : comment s'organise la chaîne de commande depuis la perception jusqu'à l'acte moteur ? Sous quelle forme sont stockés nos souvenirs (j'aimerais le savoir!) ? Qu'est-ce qu'un mot ? (j'aimerais le savoir aussi) un concept, une émotion, une intention, une décision, une introspection ? Parmi quelques interrogations, une réponse amenant deux questions.

Dans ces décennies d'absence des progrès sans précédents furent fait dans le domaine des sciences cognitives. Des laboratoires tentent de décrypter les opérations mentales, ils rassemblant psychologues, linguistes, anthropologues, éthologues, neurophysiologistes, médecins, physiciens, mathématiciens... s'affrontent d'anciennes questions philosophiques et technologies des sciences du comportement, neuro-imagerie et modélisation mathématique. En particulier au centre NeuroSpin que dirige Stanislas Dehaene 

La psychologie cognitive s'attache à l'étude de la nature des lois que la psychologie est susceptible de découvrir et la possibilité que certaines soient aussi solides et universelles que les lois de la physique. Elle s'attache à l'étude minutieuse des domaines de la cognition dont le fonctionnement répond à des contraintes particulières.

En premier lieu interviennent des lois physiques, chimiques et biologiques, la pensée étant ancrée dans la biologie cérébrale elle est contrainte par les principes d'organisation du vivant. Le cerveau de l'homme est une machine chimique où les retrouve les mêmes mécanismes moléculaires à l’œuvre chez la mouche drosophile ou le poisson torpille pouvait écrire Jean-Pierre Changeux. Une autre catégorie de lois de la psychologie peut être décrite, par analogie, avec des algorithmes. À l'instar de l'ordinateur le cerveau est un système de traitement de l'information qui doit résoudre efficacement divers problèmes usant pour cela d'une forme d'analyse algorithmique qui pourraient s'avérer universelles. Soulignons que l'architecture du cerveau ne ressemble pas à celle d'un ordinateur classique.

Il ne saurait y avoir de compartimentation entre biologie et psychologie, psychologue et neurobiologiste s'attachent à comprendre comment une fonction cognitive émerge de l'architecture hiérarchique et enchâssée du système nerveux dont l'imagerie vise à en décomposer l'architecture fonctionnelle des représentations mentales.

La troisième catégorie des lois psychologiques (ainsi trinitaire!) pourrait être des lois physiques internalisées. Les lois de notre environnement ne sauraient nous être entièrement étrangères. La permanence de l'organisme ne peut s'envisager sans un minimum d'intelligibilité du monde. Autant par son évolution que par son développement notre système nerveux apprend à comprendre son environnement. Pour Roger Shepard après Ernst Mach ces lois physiques internalisées nous permettraient par pure réflexion de tirer des conclusions profondes sur les lois de la nature.

Ainsi Galilée put-il déduire d'un raisonnement que deux corps de masse différentes tombent à la même vitesse avant d'en faire l'expérience. De telles expériences montrent que notre esprit incorpore certaines des lois de la physique. Celle-ci connut ses succès les plus éclatants lorsqu'un objet théorique, une pure vue de l'esprit, se voyait confirmer par l'expérience des années plus tard.

Dehaene étend cette conclusion aux mathématiques dont l'origine viendrait des représentations mentales structurées que nous héritons de notre évolution : le sens du nombre, de l'espace, du temps... La psychologie de l'arithmétique offre un beau prétexte à passer en revue certaines des lois les plus solides de la psychologie cognitive.

Au premier rang des questions qu'espère résoudre la psychologie cognitive figure celle de l'origine des concepts, plus particulièrement, des concepts abstraits. L'intuition approximative du nombre mais aussi de l'espace et du temps est répandue dans le monde animal parce qu'elle est essentielle à sa survie.

Le texte est court, mais dense et mon propos n'est pas de vous le résumer mais de le présenter, je ne peux prétendre à davantage et vous mâcher le travail serait dommage. Emparez-vous de ce texte, court et peu onéreux, plongez à l'intérieur et vous apprendre, découvrirez, vous interrogerez, quitte à être en désaccord, le propos est de vous inciter à la réflexion et pas à un bête apprentissage à ruminer sans l'avoir compris, il s'agit de science, pas de religion.

À ce jour je ne pus assister aux cours de SD au Collège de France, ni avoir accès à leur contenu, c'est une ambition. Est-elle au dessus de mes moyens ? Possible, mais incertain.

Quand aux vôtres ...

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22 mars 2019 5 22 /03 /mars /2019 08:43

André Klarsfeld, Frédéric Revah – EDITIONS ODILE JACOB – 2000

Vivre implique de mourir, et l'immense majorité des créatures vivantes sont condamnées à connaître cette fin quel que soit son environnement, les risques et dangers encourus, les maladies rencontrées et prédateurs croisés. Même quand aucun péril n'existe la mort intervient, programmée, semble-t-il, dès la naissance et consubstantielle à la vie.

Ce n'est qu'au début des années 1960 que Leonard Hayflick découvre la sénescence cellulaire, la limitation intrinsèque du pouvoir de division des cellules. Quelques siècles plus tôt Carl von Linné, fondateur de la classification des espèces vivantes, et ses élèves, tentèrent de rationaliser la mort, y voyant l'intervention de la sagesse divine imposant un ordre naturel reposant sur quatre phénomènes liés : propagation, distribution géographique, destruction et conservation. Ils soulignaient que ''même une seule plante que les animaux auraient respectée aurait pu recouvrir notre globe'', ''les prédateurs contribuant à conserver une juste proposition entre les espèces et empêchant qu'elles se multiplient au détriment des hommes et des animaux''. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas la proie qui a été créée pour le prédateur, c'est le contraire, ce dernier est au service de la première en lui permettant d'éviter une surpopulation qui conduirait à son extermination.

 

Buffon, contemporain de Linné, n'en partageait pas le finalisme et considérait que la vie n'était pas exempte de ratages, il en partageait pourtant la vision d'un équilibre fondamental :''le total de la quantité de vie est toujours le même, et la mort qui semble tout détruire ne fait aucun tort à la nature qui n'en brille que davantage, qui ne lui permet pas d'anéantir les espèces, mais la laisse moissonner les individus et les détruire avec le temps pour se montrer elle-même indépendante de la mort et du temps''.

Xavier Bichat, fondateur de l'histologie, définit ainsi la vie : ''C'est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort''. Ajoutant que l'issue est inévitable car ''il est de la nature des propriétés vitales de s'épuiser''. Bichat meurt en 1802, il a trente ans, l'année de la naissance du mot ''biologie'' sous la plume de

Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck. Lequel oppose l'organique ''nécessairement assujetti à la mort'', à l'inorganique, immortel à défaut d'être vivant.

En 1903 Elie Metchnikoff invente le terme de ''gérontologie'' pour désigner l'étude du vieillissement, et celui de ''thanatologie'', pour l'étude de la mort.

Cependant c'est August Weismann qui s'interrogea le plus sérieusement, à partir de 1881, sur l'origine de la mort si elle n'était pas inscrite à priori dans les structures du vivant et se demanda : Quelle est la signification biologique de la mort ?

Chacun sent que le passage du temps s'accompagne de changements allant dans le sens de la destruction. Les physiciens ont reliés le désordre à une grandeur précise, l'entropie. Le second principe e la thermodynamique énonce que l'entropie d'un système fermé ne peut que croitre, ou rester stable dans des conditions irréalistes.

Toute structure ordonnée finira par disparaître. C'est cela qui définit pour la physique classique, le sens d'écoulement du temps.

 

Ce n'est pas que la mort naturelle serve à quelque chose, c'est qu'il ne sert à rien de chercher à éviter la mort éternellement. La seule finalité biologique de l'organisme est d'assurer la continuité de la lignée germinale dont il est une émanation. L'efficacité avec laquelle il accomplit cette tâche est le principal critère de la sélection naturelle. Richard Dawkins décrivit les liens entre gènes et individus en parlant de ''gènes égoïstes''. Pour lui les organismes vivants sont des ''véhicules'' transitoires, des ''machines à survie'' pour les gènes qui y voyagent à travers les génération. Un égoïsme inconscient, tenant au mode d'action de la sélection naturelle. Un gène est immortel dans la mesure où il assure la transmission de copies de lui-même, de génération en génération. Pour voyager dans le futur les gènes doivent se construire des machines de survie performantes. Sa mission remplie le véhicule, l'individu, peut disparaître.

Les cellules cessent de se diviser et meurent après un nombre à peu près constant de divisions, environ 50. nombre appelé la limite de Hayflick.

Macfarlane Burnet, Nobel de médecine en 1960, considérait qu'évolution et immortalité sont des concepts incompatibles. Si les organismes doivent s'améliorer et se renouveler tous les ans, la mort est un phénomène aussi nécessaire que la reproduction''.

La nature est nettoyée par la prédation : d'où l'aspect à peu près toujours sain des troupes d'animaux sauvages. En éliminant les malades, le prédateur fait chuter les chances de contagion. Tout comme en supprimant les infirmes ou les vieux il allège le groupe d'un poids mort''.

 

La mort est-elle ''expliquée'' dans ce livre, ou simplement son rôle pour une nature (pro)créatrice. Aujourd'hui tout est fait pour que les sapiens vivent plus longtemps, avec une forme d'utilité sociale pour justifier ce désir et des ''droits humains'' comme arguments. D'un autre côté la quête de l'immortalité est toujours active, et la mort une ennemie comme une autre qu'il serait possible de vaincre. Qu'arriverait-il s'il advenait que cette victoire soit acquise ? La mort se laissera-t-elle faire, trouvera-t-elle un moyen de revenir, et la vie prendrait-elle son triomphe pour un succès ?

Autant de questions que vous pouvez vous posez, ça risque de vous occuper un petit moment.

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11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 09:00

01net Hors-Série – Juillet-Aout 2016

ROBOTS

Mon robot de héros

Jean-Philippe Pisanias

Ils sont au cinéma, dans la littérature jusqu'aux pulp magazines, publications illustrées à bon marché qui connurent leur âge d'or dans les années 40-50. ressemblant à une boîte de conserve sur pattes ou à Terminator. Ils se sont féminisés comme pour sembler plus empathiques, comme Mimi, dans Real Humains. Certains se rebellèrent, d'autres étaient gentils, comme Goldorak protecteur de l'humanité contre de vilains extraterrestres. Depuis un siècle les robots fascinent des générations de lecteurs et de spectateurs abreuvés de mangas, de blockbusters et de littérature.

Le robot contemporain ne naît pourtant pas au Japon mais sous la plume de l'écrivain français Austre de Villiers de L'isle-Adam. En 1886 celui-ci publie L'Ève future, l'histoire d'un scientifique qui pour consoler un ami fabrique sa réplique artificielle, un androïde femme, dotée d'un QI que ne possédait pas son original humain.

Cette Ève inspirera le personnage de Maria, dans Metropolis de Fritz Lang, chef-d’œuvre expressionniste, sombre et gothique réalisé en 1927. Créée par un savant fou sur ordre d'un patron dictateur elle sème la zizanie dans un groupe d'ouvriers non sans avoir une emprise sexuelle quasi démoniaque sur les hommes.

Le robot démoniaque naît en 1920 avec R.U.R. (Rossum's Universal Robots) la pièce de Karel Čapek, premier utilisateur du terme robot. L'auteur imagine des automates construits à partir d'une matière quasi organique ressemblant à des humains, comme dans Real Humans, réalisée presque un siècle plus tard. Les questions posées par cette pièce attendent toujours de vraies réponses. Quid de leur autonomie, de leur capacité de révolte, du danger de l'intelligence artificielle, de la nature de notre relation aux machines, de la distinction entre le vivant et l'inerte. Au cinéma, dans des productions de séries B, pour être généreux, les robots seront des choses métalliques et stupides aux actions limitées par les effets spéciaux de l'époque. Aujourd'hui bien sûr ceux-ci ont fait des progrès, il suffit de regarder un épisode des Transformers pour s'en convaincre.

En 1942 Asimov ne voit dans les robots que des esclaves promis à le rester, et si dans la relation maître/esclave le second n'est pas humain cela change-t-il les motivations du premier et le jugement moral que l'on peut porter sur elles ?

Les robots vont devenir des larbins, comme Robby dans Planète interdite ou les comiques, réincarnations de Laurel et Hardy, C-3PO et R2-D2 dans Star Wars. En même temps Goldorak se fait le défenseur de notre planète, ancêtre des Mechas dont l'animation nippone est tellement riche.

Heureusement Philip K. Dick va redonner esprit et personnalité aux androïdes avec Blade Runner, renvoyant le servage asimovien dans la poubelle de la littérature. Les Réplicants amèneraient-ils l'homme à s'interroger, sinon douter, de sa propre condition ?

Terminator leur succédera, plus violent, venu du futur pour tuer Sarah Connor et l'empêcher de procréer le ''sauveur'' du monde face aux démons de métal.

En 2012 la série suédoise Akta Manniskor posera de nombreuses questions sur l'intégration des machines et l'avènement de couples mixtes d'un nouveau genre, l'humain peu séduisant pouvant choisir un(e) partenaire synthétique à son goût, les biologiques lui tournant le dos pour préférer un mâle gentil et performant.

Ce qui est vraisemblable c'est que notre véritable avenir sera différent des images que les médias en donne.

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7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 09:10

01net Hors-Série – Juillet-Août 2016

ROBOTS

Transhumanisme : Tous cyborgs ?

Luc Allemand

L'homme réparé se prépare à voir lui succéder l'homme augmenté.

Si le pied droit est chaussé d'un escarpin acrobatique sans talon, le gauche est la pointe d'une pyramide noire effilée prenant son origine sous le genou. C'est la chanteuse Viktoria Modesta qui se présente ainsi dans une vidéo, elle qui choisit à 20 ans de se faire amputer une jambe atrophiée depuis la naissance. Faut-il penser qu'elle est, pour citer une de ses chansons ''I'm the prototype'' l'avant garde d'un nouveau comportement qui verrait tout un chacun, ou presque, demander le remplacement de telle ou telle partie de son corps afin d'acquérir de nouvelles caractéristiques esthétiques ou fonctionnelles ?

Avant elle, l'étasunienne Aimée Mullins, née sans péronés et amputée à un an, apprit à marcher sr des jambes artificielle, devint actrice, ambassadrice pour l'Oréal après avoir couru le 100 mètres et sauté en longueur aux JO de 1996. ''Je possède plus d'une douzaine de prothèses, chacune me donnant une expérience différente du sol sous mes pieds. Ceux qui jadis étaient handicapé aux yeux de la société peuvent dorénavant être architectes de leur propre identité, et même la réinventer en concevant leur corps comme un outil qui leur donne du pouvoir.''

Hugh Herr, directeur du groupe de biomécatronique au MIT revendique une certaine supériorité des prothèses. Lui-même amputé des deux jambes après un accident de montagne affirme que ses jambes artificielles lui permettent de grimper plus aisément qu'avant. Lui aussi change de modèle selon les circonstances. Néanmoins, souligne Nathanaël Jarrassé,

du CNRS, les deux passent sous silence les problèmes de transpiration, de rougeurs, de moignon douloureux. Le cinéma évoquant ce sujet oublient souvent l'apprentissage pour maîtriser des membres artificiels. Ce qui est possible pour les jambes l'est beaucoup moins pour les membres supérieurs, les mains en particulier sont d'une complexité impossible à reproduire.

Il n'y a pas que les membres qui soient améliorables, une expérience permit d'introduire dans des neurones de rats vivants, sans en perturber le fonctionnement, des nanofils en silicium, supports potentiels de dispositifs électroniques. Certains rats profitèrent ainsi de la capacité de distinguer les infrarouges grâce à des capteurs reliés à la zone cérébrale traitant les signaux en provenance des vibrisses.

La Darpa, l'organisme finançant la recherche militaire US a initié en 2014 le projet ElecRx visant la mise au point de dispositifs implantables suivant en permanence l'état physiologique d'un individu et stimulant ses défenses immunitaires, si besoin est. C'est le premier pas vers ''l'homme autoréparable'' sur lequel travaille la société Medtronic, spécialisée en stimulation électrique cérébrale.

L'armée, le handicap et l'industrie se rejoignent pour tirer le secteur. Cette dernière a mis au point d'exosquelettes pour aider les ouvriers dans des conditions difficiles. Certains peuvent aider à l'effort n'importe qui, pour la marche par exemple, avec des exochevilles équipées de moteurs électriques.

Plus simple, et accessible, la solution proposée par Hannes Sjöblad, du groupe suédois de biohackers BioNyfiken à laquelle ont déjà eu recours quelques milliers de personnes dans le monde. Il suffit de se faire implanter une puce NFC dans la main. Un cylindre de 2 mm de diamètre et de 12 de longueur qui ne coûte que quelques dizaines d'euros. Il peut remplacer le badge d'accès au bureau, la carte de bibliothèque, le code de déverrouillage du téléphone. Il permet aussi d'interagir avec les autres porteurs d'implant pour intégrer un nouveau type d'humain connecté.

 

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 08:41

01net Hors-Série – Juillet-Aout 2016

ROBOTS.

Éthique et robotique

Gabriel Siméon

Le 23 mars 2016 le robot Tay démontra que la bêtise peut être aussi artificielle. En quelques heures cette IA (sic) mise au point par Microsoft déversa un flot de tweets injurieux, misogynes, racistes et révisionnistes. L'adolescente lui servant d'avatar ne manifesta aucune émotion mais les ingénieurs n'eurent qu'à appuyer sur un bouton pour la faire taire.

Un jour viendra où les machines feront la différente entre le bien et le mal, suivant les définitions que les humains ont de ces mots. Pour parfaire (re-sic) la ressemblance avec l'intelligence humaine (bel oxymore) des scientifiques, philosophes et sociologues essaient de mettre au point une nouvelle discipline, la roboéthique : Comment initier les machines à la déontologie ?

Simple, puisqu'il ne s'agit pas de donner une conscience à une machine il est suffisant de lui interdire, par algorithmes interposés, certaines actions.

En 1942 Isaac Asimov énonça trois lois :

- Un robot ne peut porter atteinte à un humain, ni, en restant inactif, permettre qu'il soit blessé.

- Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un humain, sauf s'ils entrent en conflit avec la première loi.

- Un robot doit protéger son existence tant que cela n'entre pas en conflit avec les deux premières lois.

À cette époque il s'agissait de science fiction mais la cohabitation devenant possible l'établissement de règles de ''vie en commun'' devient nécessaire. La Corée du Sud a déjà adopté une charte éthique dérivée des dogmes ci-dessus.

Mark Riedl et Brent Harrison, chercheurs au Georgia Institute

of Technology pensent qu'il faut leur faire lire les contes pour enfants. Ceux qui comprendront ces histoires ne deviendront

jamais de dangereux psychopathes. Tout en accomplissant leurs tâches ils privilégieront les options qui ne blesseront pas les humains. Quixote, le logiciel qu'ils ont mis au point leur lit des fables pour leur apprendre à se comporter en société.

Le robot ''kantien'' n'est pas loin, défini par Thomas Powers, un philosophe américain dont les travaux s'inspire des théories émises par E. K. avec pour ambition de développer des algorithmes permettant aux robots de forger progressivement, leurs propres règles de morale. Le problème étant qu'une loi morale souffre parfois d'exceptions sans parler de dilemmes possibles. Par exemple, si la collision est inévitable, une voiture autonome doit-elle privilégier la survie de son unique passager ou celle des deux enfants qui courent sur la chaussée ?

Une voiture ainsi bridée se vendrait-elle ?

La roboéthique pose des questions techniques et nous invite à nous interroger sur nos propres questions morales et nos choix de société. Nous ne sommes pas infaillibles, les robots ne peuvent pas l'être. Impossible de supposer qu'ils ne se tromperont jamais.

Reste à imaginer des tribunaux pour robots à l'image de ceux pour humains.

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 09:00

01net Hors-Série – Juillet-Aout 2016

ROBOTS (Gabriel Siméon)

Est-ce une bonne idée de concevoir des robots à notre image ? Ce mimétisme pourrait-il avoir de néfastes répercussions ? 

Nadine pourrait se fondre dans la population et passer inaperçue pour peu que personne ne remarque son regard fixe, ses gestes saccadés et son élocution hachée.

Nadia Thalmann, la roboticienne du laboratoire de Nanyang Technological University, de Singapour, qui la conçu voulut qu'elle ressemble à n'importe qui et admet qu'il lui faudra encore beaucoup travailler pour améliorer ce prototype. Leur donner une apparence humaine est une chose, les rendre ressemblant en est une autre. Les faire se mouvoir sur deux jambes représente un vrai casse-tête, comme les doter de mains capable de saisir des objets, sans parler du visage et de l'incroyable complexité de nos mimiques.

Dans les années 70, Masahiro Mori, imaginait que nous

pourrions développer une aversion pour les humanoïdes. Sa théorie, la ''vallée de l'étrange'' veut que plus ils nous ressemble moins nous les acceptons. Nous n'éprouvons pas cette répulsion pour les robots industriels qui ne partagent aucune de nos caractéristiques physiques mais dès que la ressemblance progresse une petite lumière rouge s'allume dans notre cerveau qui la déclenche affirme l'informaticien nippon. Pour certains psychologues elle viendrait de ce que ces êtres ressemblant à une version moderne du zombie nous renverraient à notre inéluctable déchéance, d'autres imaginent notre gène, comme quand nous détournons le regard d'un enfant lourdement handicapé.

Pourquoi persister dans cette voie alors ? Parce que, affirme Horishi Ishiguro, la meilleure interface pour un humain est un autre humain, et, poursuit Nadia Thalman ''pour un robot de compagnie, l'apparence humaine est essentielle''. Avis que ne partage pas Véronique Aubergé, du Laboratoire d'informatique de Grenoble. Pour elle une machine comme Emox, un boitier monté sur 2 roue, est apte à devenir un compagnon pour les personnes en mal d'autonomie. Elle déplore que ''l'Homme ait une fâcheuse tendance à tout ramener à lui''.

Il n'est pas interdit d'éprouver de l'empathie envers nos cyber-compagnons mais, affirme Gabriel Siméon, il est temps de revenir aux fondamentaux (archaïsmes) en se rappelant que ce ne sont que des machines destinés à nous rendre des services comme notre voiture ou notre cafetière. L'oublier pourrait nous conduire à préférer les machines aux humains, ou à attendre de nos proches qu'ils se comportent comme des robots. Comme si ce n'était pas déjà le cas ! Gentils, serviables et sans ego. Ce serait très commode mais tellement ennuyeux...

Ce qui reste à prouver, combien ''d'experts'' se sont lourdement trompés sur des prédictions basées sur leurs opinions !

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