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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 06:20
L'Âme de l'Enfer - 15 
 

                                                 16

- Tu nous as fait peur !

L’air pur lui fait du bien, le paysage est magnifique, les arbres séculaires, les oiseaux dans le ciel, une nature qu’il connait mieux.

- Tu désires rester seul ?

- (un temps) Non, je le fus, et le resterai toujours. Depuis que j’ai rouvert les yeux je me pose des questions mais évite les réponses.

- Personne ne t’as dit ce qui s’est passé ?

- Non, je suppose que c’était fait pour.

- Oui, nous pensions qu’il te faudrait du temps pour récupérer et que j’étais le mieux placé pour en parler avec toi.

- Parfois il me semblait que tu me connaissais mieux que moi-même.

- C’est toujours vrai ?

- Non, et là encore je trouve une raison de cultiver les regrets, de regarder le passé avec envie. Le chemin est ouvert largement devant moi, je vois clair, loin, j’aimerais fermer les yeux, tout laisser tomber.

- Le cadre n’est-il pas magnifique ?

- Si ! Un cadre ! Que représente le tableau, sur quoi est-il est peint, cette toile sur laquelle le réel se forme avec une précision croissante.

- La réalité nous copie ?

- Nous sommes son chemin, elle s’affine, se précise, nous allons, cherchant le pourquoi, imaginant le comment et nous arrêtons. Tout cela est si complexe, trop pour moi.

- Tu te sous-estimes, rien de ce que tu ressens ne t’es insupportable. Un tribut à un fond de lâcheté, d’humanisme misérabiliste, un grain de poussière que le vent emporte, le désert n’est plus nu.

- Comparaison habile.

- Je le suis, l’avais-tu oublié ?

- Non. Pourtant, raconte-moi, j’ai joué mon rôle sans conscience, j’ai des images mais entendre les faits de ton point de vue m’importe.

- Où s’arrêtent tes souvenirs ?

- À la maison du dernier membre du club, celui qui m’attendait.

- Il t’attendait ?

- Oui ! Il m’a parlé en une langue oubliée que j'ai comprise. Je sais avoir hérité de la sauvagerie et des facultés de mon père.

- Tu es entré, j’ai attendu, écouté. Finalement j'ai appelé Wool, il m’a écouté sans rien dire ; je pense qu'il voudra en savoir plus. Tu aurais vu l'équipe d'intervention, comme à la télé, boucliers, masques, gilets pare-balles, tout l'attirail, disproportionné, après tout il n’y avait pas de crime commis, s’offrir aux dents de ses amis est-il condamnable ? Je suivais, cela m’a remis en mémoire certaines de nos enquêtes, l’ambiance était différente, trop d'incohérence entre les moyens et l’objectif, cent chasseurs pour un lapin. Un incident aurait pu dégénérer en tuerie, l’ambiance, d’étrangeté de cette maison, la nuit, les ombres, une mise en scène parfaite.

- Oh oui !

- Les fenêtres ont été brisées, les portes enfoncées, celle de devant n’était pas fermée, je t’avais vu l’emprunter mais ils craignaient un piège, quelle imagination pour ne rien comprendre. Bref ! Dans le hall un froid impossible nous saisit, comme l'empreinte d'un passé récent. Un silence surprenant malgré les hommes qui se précipitaient. La maison était vide, restait une porte bizarre, noire, elle semblait avoir été brûlée et d'une ancienneté improbable. Des micro ultrasensibles surprirent des murmures incompréhensibles.

- Le douzième personnage transvasait des souvenirs en moi, pas les siens. Il n'était qu'un intermédiaire... La mort était le seul moyen de me les donner, de me les rendre, être atomisé et reformé. Je ne vois pas d'autres façons d'expliquer ce que je ressens.

- Les sommations furent vaines, la voix continuait, imperturbable.

- Auriez-vous attendu que la porte se serait ouverte.

- C'est ce qui arriva, les haches furent sans effet. Elle s'entrebâilla seule, en fait aucun moyen ne permettait de la fermer. Nous sommes descendus, le silence était palpable, des caves, une pièce au fond, un puits comme celui que nous connaissons, en moins ancien.

- Une reproduction.

- C’est le mot… À l’intérieur, des cadavres carbonisés, les autopsies ont prouvé le suicide, ni traces de coups, ni violence, toi seul semblait intact, mais mort ! Un choc, je n’y ai pas cru, tu ne pouvais pas mourir ainsi. J’étais sûr que tu étais.. ailleurs, seulement ailleurs.

- Disons ça ! Vous m’avez emmené à l’hôpital, examens, et, surprise, si le corps était inerte, le cerveau, lui, fonctionnait mais sur une onde bizarre, l’activité en des zones cérébrales rarement employées. Ce n’est pas clair mais ça doit être près de la vérité.

- C’est ça, ce qui étonne tout le monde, sauf moi, je sais que tu es capable de tout pour te faire remarquer, pourquoi te satisfaire d’un comportement quelconque. Ton cerveau a repris une activité normale, et puis le cœur s’est remis à battre, le sang à circuler, impossible ! Les faits sont là, tu es vivant, un mystère devant la science.

- Loin devant.

- Elle ne pourrait expliquer ce qui arriva ?

- Oh si ! Mais elle n’est qu’un moyen, elle n’existe pas en soi, l’homme primitif parle encore en nous. Nous voyons des dieux partout, nous nous disons monothéistes, il n’en est rien. Le problème n’est pas la science mais l’esprit du scientifique qui se pose une question en l’adaptant par avance aux réponses qu’il possède et à celles qu’il ne veut pas trouver. Il a un chemin sur lequel il avance, regarder ailleurs le fait souffrir. Je comprends cela, trop bien.

Les deux hommes se turent, le plus âgé, le savant, tentant de faire le point, lui avait pu regarder hors du sentier des habitudes, avec son ami ils avaient découvert ce qui y rodait et qui, parfois, intervenait dans la réalité.

- Mes paroles sont sibyllines pour moi aussi, je voudrais qu’un silence définitif m'envahisse, il n’en est rien, tout est là, ricanant, sachant que je ne peux rien oublier. Repos, ensuite le chemin continu, le désert s’ouvre, la forteresse me tend les bras, celle de la peur, une frontière haute mais fragile. À la regarder elle paraît faite de lois insurpassables, un peu de volonté, d’aptitude à souffrir et tout vole en éclat. Des mots, toujours des mots, je gagne du temps moi aussi, comment traduire ce que je ressens avec d’aussi piètres moyens ? Restons-en à ce que nous disions. Les question se posent sur moi, et à travers moi sur la vie et ses mystères. Tout cela sera mis sur des circonstances particulières, un individu exceptionnel, je n’ai pour mériter ce mot qu’une capacité d’utilisation spécifique, que chacun pourrait posséder, de moyens qui sont en tous. Le problème n’est pas dans la force mais dans la capacité à l’utiliser, de surpasser les blocages empêchant l'harmonie de l’être et, plus, celle de chacun avec tous. Une voix n'est rien, toutes... À l’image de ces peuples vivant sur les flancs des volcans, lieux nourris par la puissance assoupie, temporairement. Souvent le réveil est lent, des signes l'annoncent, ça ne sera plus le cas, le choc qui vient sera d’une insigne violence et peu survivront. J’aime… Il me semble que nous nous sommes éloignés du sujet.

- En apparence, tu le sais bien. Symbole, ce que tu as vécu peut être vu ainsi, mais qu’est-ce que c’est ?

- Un masque posé sur une vérité indéfinissable autrement. Ils ont évolué, le désir d’aller voir dessous fit naître la science, et pourquoi pas un moyen plus précis, capable de dessiller les yeux quitte à leur imposer une lumière qui les détruirait.

- Si tu parlais de ce que tu as vécu, perçu ?

- Un voyage, un héritage, plus que seulement héréditaire. Je dois à mon père une béance intérieure laissant circuler une force primaire, une violence à laquelle il céda. Pas moi, ou différemment. La sélection œuvra, l’adaptation guidant la survivance, des potentialités mises à l'épreuve, un obstacle placé sur le chemin du vivant, la plupart des créatures s’écrasent contre le mur, elles s’entassent jusqu’à ce que certains trouvent le moyen de passer. Et puis la particularité de quelques-uns devient générale, jusqu’au prochain obstacle. Il est là, posé devant l’esprit. Un courant et la capacité de le supporter. Ainsi puis-je plonger dans le passé pour découvrir une lignée dépassant les liens du sang, les lois de la génétique, une troisième voie, un héritage dont le support reste à définir. Ce n’est pas mon problème, un potentiel circulant donnant une impression de continuité, d’éternité qui n’en est pas vraiment une, pour l’enveloppe qui porte un nom, qui a un visage et une représentation sociale. Quelque chose demande à être entendu, écouté, accepté, aimé pour employer un mot perdu dans la banalité des relations humaines. J’ai perçu ce fil conducteur, conducteur d'énergie, il détruisit mon père, me fit souffrir, mourir, presque… le toucher et encaisser la violence de ce contact. Pauvres mots, petit vocabulaire, quelle savoir faudrait-il pour expliquer ce que je veux dire ? Folie en laquelle j’ai cru, et puis, tu vois, je suis encore debout, un peu moi-même, plus quelque part. Le chemin est ouvert, s’il me paraît si long c’est qu’il dépasse ma petite vie. Quel rapport avec une enquête, avec une secte de cannibales, avec une tempête glacée détruisant une ville ? Synchronicité, alliance, ce qui se passe ici induit des réponses aux antipodes. Il fut un temps où regarder le ciel permettait de dessiner l’avenir, expression d’un savoir intérieur, la certitude fait concordance, un diapason n'a-t-il pas deux branches ? Comment expliquer cela calmement, simplement ? Le chemin vers une définition de la vie plus dense, plus proche de la conscience, une pyramide dont la base serait l’univers. Sélection menant à la simplification, pas l’inverse. Pyramide parce que la densité augmente. Ainsi progresse la vie, par étapes. Nous ne sommes pas la dernière, J’en vois une autre, au moins, elle est en préparation, le relais sera passé un jour, dans mille ans, un million d’années, ou dix minutes… Un arbre est peu évolué, il vit longtemps, un être humain est plus complexe, une forme de vie plus performante mais s’usant vite, la vieillesse est un phénomène liée à la vie même, l’important n’est pas que tous suivent le même chemin, un suffit qui ouvre la voie aux suivants... Et tue ceux qui ne peuvent passer ! Si je me comprenais je demanderais mon admission à l'asile. J’ai raté mon échec ! Bref, je suis parti d’un regard vers l’espace, vers le passé, ce qui se produisit en lui se produira en nous, le fil n’est pas rompu depuis l’origine du monde. Le problème était de comprendre… C’est illusoire, une réponse ne m'apaise qu'une seconde. Le creux remplit le vide… Ou est-ce le contraire ?

- Si je comprenais je demanderais une cellule près de la tienne.

- Nous pourrions encore discuter.

- Et sombrer plus avant dans la folie.

- N’est-ce pas déjà le cas ? Sommes-nous ici, face à ce ciel d’un bleu parfait ? Le soleil ne nous brûle pas encore, on dirait qu’il nous appelle, qu’il veut nous dire quelque chose.

- Nous sommes nés en lui.

- Nous continuons à naître, la pyramide des éléments nouveaux, plus petits, plus puissants, plus précis, comme une image sur un écran, plus le point est petit plus l’image sera nette, jusqu’à ce qu’elle soit parfaite. Comme si la télévision était le désir de regarder ailleurs, avec tous, dans la mauvaise direction, hors et loin de soi.

- Voilà une critique du petit écran comme je n’en ai jamais entendue.

- Précise et peut-être vraie.

- Sûrement.

Le vent leur fit du bien, presque frais, les rayons du soleil étaient doux, bientôt la chaleur serait implacable.

Lui aussi ?

Lui d’abord !



- Un détail me revient, un seul des cadavres était celui d’une femme, elle semblait très âgée...



Le convalescent ne put dissimuler son sourire.



Jamais l’obscurité n’est plus forte, plus dense, qu’en pleine lumière.





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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 06:45
L'Âme de l'Enfer - 14 
 

                                                 15

- Je crois que j’ai faim.

- Moi aussi.

Ils sourirent, déjà dans l’après, imaginant le moyen de s’échapper. Un incendie et y disparaître, banal ! Ils mirent la représentation au point en mangeant. Pour la première fois depuis des temps immémoriaux il rit et les domestiques dans leurs beaux uniformes noirs frissonnèrent.

Les regards furent satisfaits de voir le maître du camp englouti par le brasier, les pompiers mirent beaucoup de temps pour intervenir. La peur qu’il inspirait était telle que sa disparition soulageait soldats et prisonniers, tous, sans le savoir, identiques à ses yeux. Ce fut tout juste s’il n’y eut pas un grand hourra quand la maison s’écroula.

À quoi bon chercher leurs ossements, les témoins étaient nombreux qui les avaient vu se consumer ou entendu hurler, nul n'avait envie de s'approcher des ruines, qui sait ce qu'il pourrait y découvrir.

Pour lui qui disposait du pouvoir d'influencer les consciences la fuite ne posait aucun problème. C'était un jeu, de grands enfants, mais un jeu tout de même.

Placé au cœur du nazisme il profitait des secrets que celui-ci avait percé et des "relations" que certains dignitaires établirent la fin du conflit venue. Ils seraient au bon endroit au bon moment.

L'ultime aube arriva, la décision une fois prise dissipe l’angoisse.

Le temps est clair, la journée devrait être belle, le pays est en guerre mais le soleil se moque des bombardements, de la propagande, les regards glissent sur eux, ne pouvant les mettre au jour. Ce n’est plus un jeu, dans quelques heures tout sera fini, puisque la mort ne peut être arrachée par un moyen normal autant chercher autre chose.

Ils se regardèrent sans parler, les yeux disent tout, en quelques mois tout a changée. Le nazisme vaincu le monde voudrait sourire, il n’a pas réalisé, et il lui faudra longtemps pour cela, que le pire attend son heure dans un silence pesant, qu’il fourbit ses armes et peut tout ravager. Les années ne signifient rien pour qui est l’incarnation même du temps, ils le savent, en ont parlé au point de pouvoir ne plus exister que l’un pour l’autre. Adam et Ève à l'envers.

L’heure s'approche, tout ira vite, un cri, le temps se figera. La bête griffera le monde plus profondément qu’elle le fit jamais. Le meilleur moyen d’échapper au pouvoir le retenant était de se rapprocher de sa source rauque et destructrice. Un éclair suffirait pour que leurs corps ne soient même plus des souvenirs.

L’avenir se débrouillerait sans lui.

Espéraient-ils.

Un bourdonnement dans le ciel serein. Dans l’agitation une ville s’interroge les yeux levés. Le ciel était clair, le vent avait fait son travail, l’avion ne ratera pas sa cible.

Lui seul pouvait entendre la soute s’ouvrir, pouvait observer la bombe qui tombait en sachant ce qu’elle était.



Il prit l’enfant dans ses bras, ils se serrèrent fort, si fort… L’éclair brisa le monde. Un souffle donne la vie, un autre la reprend, tordant la matière dans une chaleur infernale, mains des dieux récupérant leur œuvre pour le refaçonner.



Ils eurent un moment de tranquillité, une seconde au goût d’éternité.

                                        * * *

Monde étrange que celui de la vie, une étendue reflet, un mensonge, une force prenant l’apparence du pire possible afin que l’embrasse qui peut passer par-dessus ses craintes les plus folles, ses désirs les plus violents. Je sais ce que j’ai désiré, quelle vie aurait pu être mienne. La police était le cadre idéal, mon passé d’auteur m’y aida, je retrouve ces textes "d’avant la vie" , comme un ancien et un nouveau testament, à ceci près que les Testaments n’en sont pas. L’important n’est pas là, avancer, vouloir. Le chemin est à la dimension d’un esprit faisant du délire sa matière première, sachant le regarder, l’accepter, pour s’en saisir et l’utiliser. Reproduction infidèle, mon talent coûte cher, signe que l’avenir peut mériter ce nom.

Un monde immense, la Vie elle-même devrait disposer de l’éternité pour l'explorer. J’ai besoin d’accepter cette fragilité, le néant à venir est une chance que j’utilise à mon avantage. Que m’importe ce qui vient et que je connais, je sais quelle puissance est à l’œuvre : tentante et brûlante pour sélectionner. Une force ignorant les définitions limitatives de l’humanisme, ces barreaux de la cage.

Que valent ces milliards de vies ? L’utile sera digéré, son souvenir guidant ceux qui prendront le bon chemin. Et moi, par les empreintes dans lesquelles je pose mes pensées. Il n’y en a plus, j’affronte un désert, une nouvelle réalité. Explorateur… Le mot me plairait moins connoté destructeur, colonisateur ; explorer pour voir, comprendre et continuer. Être c’est avancer sur le vide, dans l’éternité, le but est là. Si je rêve d'être celui qui comprendra il me reste la lucidité de savoir qu’il y a peu de risques pour cela. Ce serait facile d’ouvrir les bras à un instant pour m’en satisfaire et refuser de regarder plus loin, au travers d’une émotion, au-delà d’un désir que je comprends mal.

Un autre vocabulaire est à apprendre, un monde à définir avec des moyens différents, je sais, je sens… sans savoir, encore, le dire.

Ne pas aller trop vite, le délire est un pouvoir que j’ai perdu, dans le temps… Référence inutile ! Le passé est un temps dont je conserve une parcelle pour m’en nourrir, pour la briser entre mes pensées et ainsi aller par le présent vers un avenir moins flou.

Si j’étais sûr d’être incompréhensible…

Une chance ou un risque ? Et pour qui ?

Le temps ne m’effraie plus, tendre complicité devant une rencontre transcendant l'hérédité ; une perception dont l'écho résonne en moi, dérivant entre les apparences admissibles par les simples d'esprits en attendant celui qui l’entendrait. Quel lien entre lui et moi, est-il mon aïeul ? Le sang dans l'encre permet à l'âme de passer par les mots, ainsi peut-elle se découvrir ! Je suis un vêtement, un spectre spirituel qui glisse, se disperse et s’oublie. Une opportunité autorisant à tout changer y compris son nom, je sais lequel je dois reprendre car il m’appartient et tant pis si je suis incapable d’expliquer pourquoi.

J’ai atteint le sommet du donjon, l’éclair que j’attends est celui d’une bombe, celui d’une page qui se tourne, d’une vérité comprise. Dans cette explosion devant l'anéantir il - grand-père ? - espérait trouver la paix. Si j’ai hérité de mon géniteur une qualité c’est cette acuité cérébrale, vieux sens, oublié peut être. Qu’importe la réalité concrète, pour l’heure me suffit l’apparence, viendra le temps de l’explication, d’utiliser la scission. Ainsi fut-il, espérant en ce six août rompre le pacte et perdre son éternité dans un baiser avec la mort atomique. Les regards sont curieux, d'ordinaire un bombardement est un chapelet, cette fois un seul objet tombe auréolé par le soleil. La peur de l'inconnu est la plus forte, là où cent fois plus auraient causé une panique normale une seule provoquait l'effroi.

Le soleil gifle la terre, des dizaines de milliers de vies sont dévorées par un souffle comme nul n’en connut, une brûlure insoutenable. Le grondement de mille orages dont il reste en moi un écho d’une froide précision. Je vois au travers de cet homme, nous nous rencontrons, il s’ouvre ! Oubliés sa peur, ses carnages, la paix est une masse de fer, un éclair, un cri, celui de la naissance de la responsabilité du savoir, celle du risque que l’esprit peut concevoir. Il est vain de donner valeur à un refus ne relevant pas d’un choix. Si un seul chemin se présente que vaut de l’emprunter ? Avec Little Boy autre chose surgit, pouvoir regarder la vie et lui dire non, le moyen pour l’espèce de se détruire. Elle le ferait en ayant une perspective insupportable. Si j’étais sûr de ne pouvoir comprendre laquelle mais ce mur infranchissable est celui de mes paupières closes sur une vérité que je connais déjà.

Il n’est pas seul mais tient une enfant - déjà ! - contre lui. Bien sûr… L’éclair illumine l'espoir d’un silence définitif. C’est l'inverse ! Il ne trouve pas la paix mais se disperse en milliards d'atomes, son esprit, lui, ne peut mourir, il est fils de la vie. Sinon à la détruire en totalité il ne peut espérer s'échapper. Quand l’univers sera froid, s’il fallait que tout recommence, il sera là, ultime regard, dernier battement de cœur, hurler non au néant. Une qualité dont j’ai hérité.

Je voudrais trouver le lien physique et spirituel. Un océan accessible aux esprits souffrant d’hypersensibilité. Mon père ne put résister, il posa en acte ses désirs pour se soulager d’un savoir dévorant qui, le traversant, ralentit puis passa en moi. La douleur sut être optimale, à peine plus eut été intolérable. J’eus le réflexe de m’accrocher alors que se levait une tempête cérébrale, un ouragan quantique puisque cette physique sait lire les phénomènes mentaux. La pensée est accessible à la conscience sachant sur quoi elle repose.

Délirer me soulagerait, j’ai peur de rouvrir les yeux sur des regards m'observant d'une curiosité malsaine. Eux dont je me nourris, eux qui encaisse les effets d’une haine qui se disperse dans l’autodestruction. Je dois d’être là aux bourreaux et aux victimes, aucun ne comprit le pourquoi, le monde est ébloui par une clarté froide ne cachant rien, soubresauts de l'explosion créatrice du temps et de ces milliards d'esquisses que l'humain nomme vies, du protozoaire au sapiens, la mienne y compris. Regretter serait vain, comprendre sanctifie ce qui arriva. Je ne suis qu'un pantin aux yeux ouverts !

Folie ?

Cet esprit fut le premier à sentir le souffle de la vie, celui qui anima le corps, forma l’instinct puis perfectionna son œuvre en lui donnant la conscience. Il y en eu d’embryonnaires, se parant d’humanisme, en fait de reniement, uniquement désireuse de figer le temps, sentant la violence à venir, et optant pour la politique de l’autruche. Celui par les yeux de qui je vois fut le premier à réaliser que la Bête pouvait s’affronter et être vaincue, qu’elle le voulait.

Il fut une étape, mon père tint le témoin avant de me le passer. Je l’en remercie, la malédiction est douce pour qui ose l’apprécier.

Les illusions meurent, j’espérais une Bête plus forte, dommage !

Je perçois son corps mais c'est moi qui respire, des présences, des regards, des pensées, j’ai envie, et peur d’une autre vie : la mienne, dans un autre monde : le mien.

La chaleur m’envahit, amicale, je voudrais cesser de penser. La résurrection m’effraie. Une grande curiosité m’entoure, des contacts sur mon crane, mon corps, des électrodes, autour de moi grouillent les espions, je ne peux plus faire semblant. Fermer l’esprit, réclamer un peu de repos, juste un peu, ce n’est pas trop demander. Je ne peux pas, tricher m’est interdit.

Il n’y a pas d’enfance, la peur seule m’observe. Des explications me seront demandées, mais à qui parler ?

Elle ?

Le rêve est doux, même si une petite voix se plait à souligner qu’il n’est que cela, que jamais ce que j’espère ne sera réalité. J’ai envie d’aller contre l’évidence, de la saisir au collet pour lui ôter son sourire moqueur. Voyant son vrai visage je saurais qu’elle m’énerva pour me faire avancer. Ce que je crus m’être hostile était là pour m’inciter au travail, à la constance, avec un objectif ne collant pas à la réalité. Sur celle-ci fut collée une image imprécise. Ainsi fis-je, regardant par dessus le désert pour admirer un avenir dans lequel je pouvais croire, jusqu’à ce qu’il soit si près que le choc soit terrifiant et libérateur. Le cri qui résonna en moi fut celui du garçonnet qui sait avoir perdu son duel. J’ai vu l’enfance morte, tenté de m’emprisonner dans ses bras si faibles qu’ils volaient ma force. Le contact de la charogne ne m'amuse plus. Point de tricherie, seul le regard lucide est autorisé.

Je suis bien dans la liberté, mon corps sera long avant de retrouver ses capacités d’antan, peu importe, le temps est un ami, j’en connais les subtilités. Présence, puissance, il attend d’être utilisé, c’est tout.

Je vais avoir mal ?

Je vais avoir envie d’avoir mal. C’est plus pervers, digne de moi.

Que s’est-il passé durant mon absence ? Je sais à qui le demander.

J’ai faim, où est ma montre, mon carnet, mes notes, j’ai tant envies…

Non, je ne suis pas seul sur un esquif de volonté affrontant les vents de l’infini, c’est pourtant l’image la plus proche de ce que je devine, les vagues se succèdent, la nouvelle plus haute que la précédente, chacune déplaçant une énergie nourrissante. Le piège est de croire que je peux la contrôler.

Le dernier piège ?

Que suis-je voulais-je me demander ? Il va être temps de répondre, pas tout de suite, j’ai besoin d’un peu de repos, après quelques tartines, du pain croustillant, du miel, de la confiture…

Ne plus lutter, ne plus vouloir, calme, le temps d’adoucir mes craintes, d’oublier mes désirs, le temps d’être est proche, il est là.

Je suis !

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 06:44
L'Âme de l'Enfer - 13 
 

                                                  14

J’évoquais mon enfance, la mort dans la nuit, ce que je dois à ce père que j’ai laissé mourir sans regret mais avec quelques remerciements.

Remonter le temps pour atteindre l'univers gestant. Utiliser encore et encore des mots jusqu'à pouvoir définir ce souvenir de l'Origine qui me hante depuis toujours. Progresser au hasard, mené plus par l'instinct que la réflexion, chaque mot est une marche sur le néant mais je crains que de ne jamais atteindre le palier ultime et qu'un autre ne doive prendre le relais comme je le fis moi-même n'ayant pour repère du réel qu'un phare céruléen.

Le silence fait mal. Tout est perdu for l’éternité ai-je envie de hurler. Constater mon destin me fait frissonner de fatigue, de désespoir, retrouver des relents d’humanité, restes d’une vie rêvée si fort que ses ruines subsistent en moi. Je me souviens de l’ombre l’habitant… Si je lâche ce phare serais-je perdu ou plus près d’elle ?

Forteresse, phare, poste frontière au-delà duquel je ne devrais pas aller. L’interdiction est là pour être violée. L’univers est né ainsi ?

Avancer, m'y plonger, mourir pour renaître... Tant de chemin encore alors que le temps file entre mes phrases, me donnant une vie dont je sais quel prix elle réclame pour être utilisée, acceptée.

Aimée ?

Pas question de demander de l’aide, pas maintenant, pas ici, cet endroit est une source de savoir, une résurrection impose l’élimination du superflu. Bébé s'accroche à son nounours, mais moi, qu'ai-je pour me retenir ? Il est temps de grandir. J’admire ma plasticité cérébrale, mon esprit assez flou pour tout endurer. La surface du temps est à quelques pensées d’ici.

Ce qui fut tient en totalité devant moi, le voyage est aussi long de reculer d’un jour ou d’un millénaire. L’esprit le permet, considéré comme un concept physique définissable. Révélé à lui-même il affirmera ses prérogatives et ses aptitudes. Ni pouvoir, ni magie, sans besoin d’un savoir immense. Refusant les contraintes dans un monde qui parle de liberté comme d’un paradis mais vide le mot de son pouvoir subversif. Plus une société est contraignante plus elle parle de libertés, au pluriel, de droits, au pluriel, des mots qui avec un s ne sont plus que des arguments.

Reculer jusqu’à l’explosion originelle. Un grain infime, une chaleur intense, une densité inconcevable. Tout dans presque rien.

Il n’y a de frontière que celle d’une cage aux barreaux cristallins. Le monde se fige, refuse, ferme les yeux espérant sortir d’un cauchemar d’autant plus terrifiant qu’il est la réalité la plus nue.

L’Aube, l’explosion primordiale, une frontière, comme la forteresse, le phare. Un point au-delà duquel je suis tenté d’aller pour découvrir le présent et plus une infinité de maintenant.

Quelqu’un m’attend, caché dans mon ombre ou moi dans la sienne ? Je m’extraie d’un moule de souffrances, animé sans l’avoir voulu.

J’aime voir mes qualités comme des malédictions, mais je traverse le gouffre lucidement. Trop longtemps je me crus pétrifié à mi-chemin, attendant la volonté qui m’imposerait son choix. Je voulais son aide dans une direction alors que c’était l’inverse qu’elle désirait.

Je suis sur l’autre berge, je superpose les images. Une rive, un gouffre, ceci, cela, son contraire… Un peu de simplicité me ferait le plus grand bien, un peu de maturité… Est-ce trop demander ?

Je sais que non, à moi de le prouver.

                                        * * *

La réalité est justificatrice, il le sait en contemplant l’enfant devant lui. En acceptant ses péchés dirait un croyant. En toute volonté !

Un regard de ciel qu’il voudrait débordant de refus, lui intimant l’ordre de renoncer à ce voyage vers une conscience maudite. Il voulait, lui ?

La haine fut si forte, la violence si grande. Tout a disparu, noyé dans l'émotion qu’il découvre, naufragé de l’éternité sur une terre fragile mais riche de mystères, nourrissant les miracles de l’avenir. Il en sait trop pour renoncer et le sourire devant lui est une tache de clarté insoutenable sur un fond d’une insondable noirceur.

- Il ne faut pas avoir peur, il ne faut plus.

Il hésite, elle parle ! N’est-elle pas un pion entre ses pensées ?

- Nous sommes des pantins pouvant lever la tête et apercevoir les fils qui nous meuvent. Facile de se cacher derrière une autre volonté. Je sais qui tu es, quel chemin fut le tien, je perçois le bruit du temps. Ce lieu est celui que tu voulus, un rempart d’atrocités derrière lequel tu te sens à l’abri. Le refuser est vain, tu le sais. Je devrais avoir peur, hurler, je ne peux pas, je ne sais plus, dans ma tête tant de cris ont résonné depuis la mort de mon grand-père. Nous savons quel destin nous est promis, pas sa cause, s’il y en a une. Victimes promises à une voracité entrevue par-delà la souffrance, derrière le masque de charognes dont elle se voile comme pour une épreuve. Gorgone pétrifiante, niant la part terrifiante que chacun nourrit en l’oubliant. Suis-je un spectre vide d’avoir trop compris, chambre d’écho de tes pensées intimes. Une enfant manque de mots. Logique, il importe que mon vocabulaire soit limité pour restreindre ma compréhension comme le fut, gamin, le tien ! Comment résister en sachant ce que je ressens derrière un temps qui ne se limite plus au présent ? Tout est ouvert, notre passé, l’avenir vers lequel nous voguons. J’ai ressenti le gouffre ouvert en toi et le savoir qui, libéré, t'envahit. Une présence hors du temps, où en lui depuis toujours, une facette du réel qui nous paraît hostile parce que nous en sommes d’infimes parties et que cela nous effraie. Je sais où nous sommes, ce qui se passa. J’ai perçu le regard de celui qui nous observe, il sait, la mort viendra le prendre, la folie se fit miséricorde pour anéantir ses pensées, ses souffrances. N’est-elle pas, parfois, le linceul étouffant une lucidité trop vive ? Je vois dans tes yeux les épreuves que tu subis, les batailles dont tu fus plus témoin qu’acteur, là pour enregistrer, pour apprendre sur ce qui se passait. Entend mes paroles et retiens ce que tu peux, ce sera différent de ce que tu espères. Tu te voulus monstre absolu, masse informe ayant apparence humaine. Tu es un homme qui céda à une force vitale pour lui permettre d’avancer masquée face à elle-même. Ta conscience a grandi, si je suis une enfant c’est que toi-même, malgré les millénaires, tu n’es que cela. Une vie s'évalue par une évolution intérieure plus que par les années. Nous sommes des enfances, condamnées à disparaître sans nous éteindre, ou à nous éteindre sans disparaître, laissant les traces de nos vies pour que d’autres, nous, adultes, apprenions de ce par quoi nous venons de passer, le temps d’un pas, un pied traverse l’espace, il va se poser, nous somme le pied resté en arrière qui bientôt passera devant, nous sommes l’empreinte dont le temps a besoin pour se retrouver.

Comment répondre aux mots qui chantent ?

- Nous sommes protégés par des circonstances-cocon traduisant un réalité indicible. De morts, de cendres, de haine et de désespoir il menace d’étouffer la nymphe à l’intérieur. Éveillée elle puisera la force de briser la protection menaçant de la détruire. Geôle à l’intérieur de laquelle la vie oublie l’extérieur. Tu as vu cette forteresse, cette image de la patience ; enfance de la Vie façonnant de ses pensées créatures et vérités dont elle entend ensuite percer le sens. Chacune de ses réalisations est un miroir à l’intérieur duquel elle se cherche. Bientôt elle saura, nos âmes seront emportées par une violence dépassant le sens de ce mot, par un souffle nourrissant la vie même. Moi je ne comprends pas, toi… bientôt tu l’oseras ! Jouons nos rôles, l’avenir paraîtra plus plaisant. Tu peux parler, ce n’est pas à moi de faire les frais de la conversation, c’est trop facile.

- Je sais… Ici ces mots ont un sens précis insupportable.

- Crains-tu des émotions inconnues ? Mourir en réalisant pourquoi.

- N’importe qui crains la mort.

- Tu n’es pas n’importe qui ! Ta vie fournira la solution.

- J’ai fait tant d’erreurs, tant d’horreurs.

- Parles-tu pour ce qui nous entoure ? Horreurs Oui ! Erreurs non ! Ils ne comprendront pas. C’est l’inéluctable, regretter est une trahison, l’avenir est un possible douteux, il ne nous appartient pas, nous ne l’aurons pas comme souvenir. Épuisons-nous et gagnons le silence. 

- C’est si proche maintenant.

- Tu le crains ?

- Oui, j’ai tant vécu.

- En es-tu sûr ?

- Non ! j’ai cru que des millions de jours signifiaient une longue vie, c’est faux, il y eut si peu se reproduisant, j’ai traversé le temps en arrêtant mon cœur, en cédant à une envie qui avait besoin de moi. Elle s’approche, le risque est grand qu’en se déchaînant elle ravage le monde pour n’en laisser qu’un désert nu.

- Serait-ce grave ?

- Non. Ce qui échouerait par nous réussirait par d’autres, ailleurs. Il n’empêche qu’un reste de vanité intervient pour que je désire n’avoir pas fait ce chemin pour rien.

- Tu n’as pas à déplorer ce désir, il signifie que tu ressens la vie, vide tu resterais un spectateur indifférent.

- C’est un compliment ?

- Un constat.

- Jamais il n’y eut de conflit aussi terrifiant. J’ai voulu plus que des champs de batailles couverts de cadavres des sacrifices par millions.

- Pourquoi ?

- Ai-je le moyen de répondre à cette question ?

- Oui, je ne peux me substituer à toi !

- Pour imprimer dans l’histoire l'empreinte d’une violence impitoyable, pour dresser devant la conscience humaine le reflet de sa nature. Elle prend des mots pour des qualités. Elle se veut si grande en étant si faible, si fragile qu’un souffle la détruirait.

- Et alors ?

- Alors… Il importe de se reconnaître pour que les autres, en faisant autant, sachent qu’ils adorent un abîme dans lequel ils tomberont emportés par des réflexions qui me semblent perdues.

- Le sont-elles ?

- Une pensée est toujours utile, qu’elle existe suffit, un autre esprit l’entendra, lui répondra. Tout cela est mystérieux.

- Veux-tu tout réduire en mots, être omnipotent ?

- Ne le suis-je pas déjà ?

- Ce n’est pas une raison pour te laisser aller. Veux-tu l’oublier, te satisfaire des sensations qui t’emplissant estompent l’avenir ?

- Comment mourir pour qui a dit non à la camarde ?

- Disparaître relève de ta compétence. Tu as compris.

- Sans l’avoir voulu. 

- L’intelligence imagine pour admirer ensuite une autre réalité. La trahison t'inonde l’âme. Retourner dans le temps est un mirage, tu le sens, tu le sais, inutile de hurler, comment refuser une naissance ?

- Une naissance ?

- La tienne !

- Oui, je sais… La lumière, le cri que j’entends est celui d’une vie dont je fus un maillon forgé par la violence, aimant cette douleur semblant mille échos de morsures amoureuses afin que je laisse mon esprit ouvert et réceptif. La chenille n’est pas devenue papillon, celui-ci a oublié ce qui fut une autre existence et une existence autre.

- Cela t’effraie ?

- Oui, je voudrais comprendre ce que je suis.

- Verbe être ou suivre ?

- Les deux, le temps est l’ombre de l’espace, à moins que ce ne soit l'inverse, dans ce cas, aussi ou déjà, les contraires s’unissent pour donner une réalité unique et compréhensible.

- Pas par tous.

- Mais peu importe, tous ou aucun, où est la différence ?

- Un relent d’égalhumanisme ! Le nivellement par le bas en éliminant ce qui est, sinon plus haut, en tout cas différent. Je vois le piège sous cette forme pour après cette guerre, après ce hurlement d’une conscience qui veut s’imposer. Le savoir est douloureux tu sais, je passerai le témoin avec plaisir et un petit sourire de soulagement.

- Je comprends. En temps de paix l’esprit se développe, la conscience en affleurant sa surface déchaîne les peurs. Une ombre et l’imaginaire se déchaîne, non pour découvrir la réalité mais pour la dissimuler.

- Ainsi cet endroit, ces nazis dont je porte l’uniforme, rien que le mot déjà en dit long, ce besoin d’assimilation à un groupe par peur de l'individuation. L’adulte connaît le goût du je et peut l’assumer face à ses semblables, vouloir ressembler à un autre c’est chercher un reflet dans le vide. Ces pensées m'amusent, sortons de cet endroit, le jour doit être levé, jouons le jeu qu’ils espèrent, tu es ma victime, proie innocente que j’ai souillée. Cela ne me déplaît pas de l’imaginer.

Le chemin à l’envers, l’escalier, le hall, le salon, le silence total dans la maison, une sourde agitation venant du dehors, ils s’approchèrent d’une fenêtre sans tirer les rideaux, surface blanche noyée de soleil. Une belle journée commençait.

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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 06:58
L'Âme de l'Enfer - 12 
 

                                                  13

Ce souvenir cyclopéen est important, mon avenir passe par lui et j’ai autant à craindre qu’à espérer de ce qui m’y attend. Impossible d'éviter l’inéluctable. Je connais le parcours, il mène au sommet du donjon, à quelques pas du dernier soleil, de l’ultime flamme de mon univers mental. Une braise née avec l’univers et dont certains esprits répercutent l'écho. La réalité physique est sûrement différente, un livre entier n'en donnerait qu'une vague idée, alors, tant qu’à rester flou, autant user d’images parlantes à tous, moi le premier.

Braise, chaleur, souffrance, le feu éclaire et brûle. Le feu purificateur…

Un pont sur rien, une cour, une porte donnant sur une salle immense, le symbole allie les contraires… Obsession signifiante comme un passage obligé. Tout n'a-t-il pas une source commune ?

Un couloir, représentation de l'organique, source de toutes les peurs, nul miroir n’est plus impressionnant que les ténèbres où se révèlent les angoisses que le temps n’a pas effacé, que la conscience voulut oublier et qui l’attendent, tranquillement, affûtant ongles et crocs.

Des marches métalliques s’enfonçant dans le ciel, un puits violant le temps. Un escalier d’argent reposant sur le vide mais s’appuyant sur une foi que rien ne put détruire malgré des épreuves qui alimentèrent le désir. Celui qui voit dans l’obstacle un alibi mérite de rester dans son coin. Foi ? Oui, pour supporter une violence extrême. Reconnu pour ce qu’il est le pire est amical. J’aime la mort, la cicatrice sur mon front, les douleurs dans mon corps et mon cœur, ces plaies à vif, tout cela est moi, je n’y changerais rien. Découvrir après l’envie de vomir un goût pas si désagréable, au contraire, venant après une épreuve il semble meilleur. Je ne déteste rien tant que la facilité. L’esprit voguant au fil des circonstances s’attache ici ou là, ne sait se retenir à rien et ne voit pas ce qu’il abandonne par lâcheté et inconsistance.

La mort est amicale, sous l’aspect répugnant une vérité attend d’être appréciée, aimée. Je le peux maintenant, après un si long chemin.

Elle a un joli visage, qu’importe cette peau qui colle à mes doigts, ces vers ne m’effraient plus, l’important est saisissable. Oser suffira.

Des mots ! La lâcheté veut me faire reculer, qu’importe ses efforts, le temps qu’il me faudra pour chaque pas, j’en pris tant déjà.

Ce n'est pas un spectacle, je suis sur scène. Je peux dépasser la satisfaction de regarder, le plaisir pervers de la dualité. Le pire des opposés est là, couple d'apparences. Associées elles me donneront naissance. Qu’importe ces morts, cette ville livrée à la folie. Ce qui m’importe est d’oser m'en nourrir. Les barreaux de la moralité ont fondus, la liberté est inquiétante par nature, exactement ce que je souhaite, ce que je désire, ce qui est.

A la question habituelle Où suis-je ? je préfère Qui suis-je ?  puis Y suis-je ? Dire oui à la seconde répondra à la première. Bientôt…

J’ai peur et cela me plait !

                                        * * *

Jeu d'esprits, projeter le sien dans ce qui fut humain, là, à quelques mètres, si loin pourtant, voir par des yeux voilés d’horreur un homme luisant de sang et une enfant brûlant d’une implacable clarté. Mêler les impressions, définir la réalité, assumer ce qu’il accepta en un lieu semblable. Ce puits est l'écho d'une antique cage tentant d’exclure la sauvagerie d’une civilisation qui ne vit pas qu’ainsi elle se damnait.

Ce camp est une margelle, désert de cendres où les vies sont des étapes sur un chemin passant par elles et continuant au delà du concevable. Un froid glacial l’envahit, venu d’ailleurs, ignorant forces et faiblesses. Il perçoit le souffle qui anime le vide, pas une argile tangible mais un souffle dépassant l'infini, l’utilisant sans promesse, n’ayant ni âme, ni conscience, attendant, peut-être, son opposé.

La main de l’enfant est rassurante, la vision infernale devrait l'effrayer mais elle sait qu'ils ne peuvent remettre ce qui les attends. Les fils se tendent, rétifs les pantins souffriront davantage.

L’instant revient, le souvenir surgit du présent.

L’Antichambre est le nom du lieu de sa condamnation, un nom réponse à un ordre venu d’ailleurs, venu d’avant.

Encore quelques minutes, marcher est plus difficile qu’il le croyait, aller vers son destin l’angoisse, pas la souffrance physique mais cette violence dépassant les limites du compréhensible dont il est le fruit. Pensées entrevues, palpables et réticentes, répétitions patientes.

Le temps est venu, le passé l’absorbe, son agonie, la porte, le pouvoir exceptionnel s'offrant à lui. Il pourrait s’échapper, renoncer. Un pas, non sur le vide, mais au cœur de l'être, où attend la lumière la plus brûlante. Les mots défilent comme venant d’un avenir qui ressemble à un espoir, comme la raison de se sacrifier, de s’offrir à une vie dont il n’est qu’un pantin tentant, au mieux de ses capacités, remplir le contrat qui lui est présenté.

Le centre de la folie est un maelström de puissance attendant l’harmonie permettant l’explosion destructrice des apparences.

L’odeur le frappe, les images, ces corps corrompus, ces ombres dont se tavellent les cadavres, les traces de dents, l'esprit cherchant la volonté pour briser l'illusion. Mais elle se nourrit de cette souffrance, rien n’est plus délicat que ces instants où les yeux se dessillent sur une insoutenable évidence. La folie est accessible par un pouvoir rétif. Oser, espérer, la porte qui claque est un hurlement qui fait frémir un pouvoir attendant la conjonction permettant son émergence dans le présent. Soulever les apparences, modifier la nature de phénomènes inexpliqués, un séisme mental, des pensées frémissantes dans des esprits soumis à une tension inédite, quand chaque seconde est une horreur en écho à un refus qui se perd.

Les mots glissent autour de lui, sereinement. Il s’accroche à l’atroce, voulant s’y perdre sans en avoir le droit, puisant en ses victoires jusqu’à la dernière goutte de vie. Ce qui le possède se sert de lui et continuera sans qu’il puisse rien y changer.

Un pas et la porte se referme, il glisse, disparaît, retombe plusieurs mètres plus bas sur un matelas de cadavres. Il se hâte d’échapper au désir qui fut le sien la seconde précédente de tout arrêter, mieux vaut souffrir et mourir que refuser la mort st souffrir davantage.

La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Il ne peut plus hurler ni maudire la société qui l’amena là, elle ne fut un pion, ces pauvres êtres ne sont que des outres gonflées d’un air nauséabond par une volonté qui les dépasse.

Des regards affamés, silhouettes perdues dans un brouillard rouge, son cœur gémit, ses pensées refluent. Il s’adosse au mur, fait face en voulant pleurer, s’offrir, pencher la tête, que des crocs se repaissent de lui. Mais il fait face, affronte des ennemis sachant que le meilleur moment pour maîtriser une proie est son arrivée, quand elle voit, dans l’abdication, le moyen d’échapper à l’impitoyable.

Première attaque brutale, sauvage, il l’évite aisément, n’ose pas frapper, trop facile. Il laisse venir, s’impose par la force qu’il démontre sans l’utiliser, plus l’esprit est obtus plus l’effet obtenu sera durable.

Ils reculent, se regardent sans comprendre. Penser est vain. La violence maîtrisée est pire que celle qui se vide en une explosion limitée par sa propre destruction. Il vibre de millions de voix qui, s’unissant, forment une image qu’il voulait refuser.

La main de l’enfant est douce. Elle le protège, elle si forte quand lui ne dispose que d’une puissance illimitée, si peu face à un regard dans lequel la vérité espère se trouver.

À genoux sur un sol de terre il gémit d’une émotion inconnue. L’esprit pulsant au rythme d'un cœur disparu. La porte s’ouvre, quand la lumière jaillit il n’est plus temps de renoncer.

Avant l’exécution il eut plusieurs jours qu’il employa pour explorer les mystères de la forteresse. Quand il découvrit un escalier s’enfonçant dans le sol il n'eut qu'une seconde d'hésitation. La descente lui parut si longue qu'il faillit tomber en touchant le sol. Nul besoin de vision pour continuer son chemin dans un espace qu'aucun mot ne pourrait définir. Ce qu'il découvrit était d'une obscurité pire que les ténèbres, il ouvrit l'âme et la violence qui l'envahit était celle d'un premier cri.

Voyage réel, mental, le savoir veut parfois au-dessus de ses moyens.

Un choc, le réveil dans sa cellule, son destin l'attendait.

Il s’allongea, ses yeux croisèrent des regards emplis de curiosité et de peur. La forteresse était le centre d’un culte dont les intercesseurs ignoraient le but, comptant sur lui pour en avoir un aperçu. Dès sa première venue il était évident qu'il reviendrait, définitivement, et qu'en l'observant ils apprendraient... La vanité existait avant l'homo sapiens, nul doute qu'elle lui survivra !

Le cri entendu résonna en lui par des milliards de bouches, ses cellules hurlèrent ensemble, aucune comparaison ne pourrait être plus proche. Une formule mathématique pourrait définir un concept associant physique et philosophie, ou métaphysique, une combinaison que les primitifs l'observant jugeraient inconciliables alors que les dissous un acide étrange appelé temps.

Temps ? Éternité peut-être !

Une surprise lui fit rouvrir les yeux. C’était un piège, et pourtant, qui peut mieux simuler la vie que la vie elle-même en quête d'un miroir dont la conscience n’est qu’un reflet flou dessinant une silhouette, fascinante et impitoyable tentatrice.

Il espérait une monstruosité, s’attendait au pire et se retrouvait face à une interrogation. Quel espoir avait-il de vaincre et pourquoi ?

Quelque part attendait la réponse. Le combat ne pouvait s’arrêter. Caisse de résonance il s’était noyé dans les échos d’une puissance testant des milliards d'âmes pour trouver celle qui la supporterait. La bestialité était une étape, un cocon avant transformation. Il était un essai devant transmettre la notion de responsabilité sans quoi les effets seraient dévastateurs, la conscience incapable d’endiguer un pouvoir trop grand se ruerait dans le vide de la folie. L’instinct avait contraint son esprit à refluer en sa plus petite combinaison possible. La démence est un courant trop violent dans un cerveau trop fragile pour l’encaisser et éviter la dislocation. Elle est naturelle et innocente, perverse et destructrice.

A l’image d’une enfant.

Celle qu’il tenait était-elle réelle et à quoi bon le savoir ?

                                        * * *

Des marches comme des cris donnant l’impression que le temps est réductible en sensations maîtrisables me donnant pouvoir sur lui. Je sais quel délire faillit m’emporter quand j’étais enfant, quels pouvoirs je rêvais de posséder. Cet escalier je le gravis depuis, prenant le relais de ceux qui, avant moi, voulurent atteindre le sommet mais chutèrent dans le néant. Il est illusoire de chercher trop loin, ce qui ne m’empêche pas de désirer atteindre le but ultime, pas seulement celui de mon être mais celui de la Création elle-même.

Quel plaisir dans mon esprit, inquiétante impression que je peux réussir ce que nul n'envisagea sans frémir, hormis quelques déments. Je ne suis pas fou et l’ai regretté. Ma vie se joue là, mon utilité, en faisant le pas pour lequel je fus conçu. Mon reflet survivra, restera de moi l'ombre d'une plante.

Blabla ! Anticipation ou peur exhalée par une âme effrayée ?

Les deux ?

Je ne peux rester à contempler les tableaux d’improbables futurs que mon imagination dessine. Je l’ai déjà fait, je ne voyais pas si loin, le linceul posé sur moi s'est délité, je persiste et m’éloigne des autres en approchant une vérité qu’ils refusent. Je me censure alors que nul n’entend. La peur trouve sa source en moi, ruisseau d’argent si lent qu’il fait miroir. Je vais me pencher, me voir, curieux cherchant la paix par la résolution de son existence, l’emploi d’une force qu’il n’a pas voulu, qui s’imposa mais qu’il peut employer.

Cet escalier est mon désir d'avancer alors que la peur est endormie. Le trac avant une rencontre violente qui laissera de moi une coquille vide, ayant entrevu un univers dans lequel j’aurais eu ma place.

Je digresse, gaspille le temps, viendra le moment où s’imposera un ordre auquel je ne penserai plus. Le goût d’un songe aux dimensions de l’infini et l’étrange peur de ne pas rêver ou de pouvoir faire de ce rêve une réalité. Ai-je le droit de l’espérer, comme un Paradis ? Un paiement pour service rendus, pour âme utilisée ? La vérité sera autre, plus brillante ou plus sombre, une surprise dans tous les cas. La violence exprime une vie dont je suis une infime partie, avec la lucidité pour la voir, le cœur pour l’entendre, l’âme pour sentir son souffle. Le temps est un abîme illimité, un jeu impitoyable avec les participants, pas de gain, sinon d’avoir emmagasiner assez pour que tout soit pris afin de nourrir le feu de la réalité.

Aimer le feu qui, me consumant, me donnerait le temps de regarder.

Comprendre l’émotion d’un instant unique que j’ai envie de retrouver en violant le temps pour l’imposer et disparaître.

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 06:59
L'Âme de l'Enfer - 11 
 

                                                  12

Un instant le roi crut rêver, ce qu’il voyait était irréel. La description du survivant affirmait une puissance intraduisible sinon par l’émotion de la rencontre mais ce qu’il voyait dépassait cette définition. Il resta muet et tous avec lui s’interrogèrent sur ceux qui avaient osé construire cela, s’attaquer à une montagne pour en faire une forteresse digne de… Les prêtres ressentirent une inquiétude incompréhensible pour qui croit en ce qu’il défend, mais il n’était plus question de délire, de manipulation de masse au moyen de procédés plus ou moins compliqués. La réalité prenait une force d’autant plus grande qu’elle se voilait de mystère. Pas de signe représentatif, rien qui dise, précise, pas une sculpture à l’extérieur, restait à trouver le moyen d'entrer, il y en avait un, sinon pourquoi une telle patience ? Cet endroit renversait les définitions du temps, les dogmes se morcelaient sous la violence d’un choc qui commençait à produire ses effets. Cet édifice changerait le monde.

Le roi toisa le vide, attendant qu’une main se saisisse de lui ou le tentacule d’un dieu impitoyable pour les impudents bravant son univers. Rien, son regard se perdit dans une noirceur absolue. Il imagina derrière les remparts un réseau de souterrain traversant le monde. Une telle force autorise toutes les imaginations et un roi n’en manque pas, la paranoïa fait partie de ses attributs. S'il pouvait descendre, traverserait-il le monde pour trouver ce fleuve cosmique dont parlaient légendes et religions, ce fluide emplissant l’univers ou une réalité dépassant ses conceptions ?

Ses croyances s’effaçaient, le poison envahissait les esprits, émanation d’une attente intérieure qui ne se comprenait plus.

Il avança vers les colonnes de pierre, s’arrêta avant de se retrouver entre elles. Il s’attendait à les voir s’animer, se muant en d’invincibles guerriers de roche demandant péage pour autoriser les voyageurs à continuer leur route, les pierres restèrent sages, lisses et le vent ne devint pas plus violent pour punir les curieux.

Qui envoyer ? Comment faire un héros paré d’un titre de gloire lui échappant, son pouvoir ne tiendrait plus qu’à un fil, si quelqu’un devait traverser c’était lui, un simple effort, vaincre sa peur, oser.

Chacun retint sa respiration, en apparence rien n’arriva, pourtant si, le roi entendit un murmure rassurant, il avait le pouvoir de montrer la voie à tous. Bientôt tout serait différent, il n’avait qu’à continuer.

Quelques pas l’amenèrent au bord du vide, l’abîme était là, était-ce la folie qui lui soufflait qu’il pourrait marcher sur le vide ? Il avança, manqua perdre l’équilibre, invoqua un pouvoir qu’il ne comprit pas, une voix se substituant à la sienne, son pied bascula, il crut tomber mais sous sa semelle de cuir un sol dur le retint et tous murmurèrent de stupéfaction devant le miracle d’un roi seul sur le vide, marchant sur rien pour enjamber l’abîme vers le grand mystère en face de lui.

Ainsi fit-il jusqu’à la porte, il disparut entre les murs, s’engouffra dans une muraille épaisse de vingt mètres, la lumière de l’autre côté lui affirmant qu’il survivrait à l’incroyable.

Il raconta qu’il avait vu une cour au pied d'un donjon touchant le ciel, une porte d’argent pour ouverture visible dont il n'avait pas oser s'approcher. Il n'avait vu personne ni entendu le moindre bruit.

                                        * * *

Ainsi se remémora-t-il les contes d'une époque dont l’histoire n’avait rien conservé, à croire qu’elle appartenait à un autre monde. C’était presque vrai puisqu’il n’avait pas, à l’origine, apparence humaine, qu’il était distant de ces primitifs inaptes à concevoir une forme de vie différant d’eux, qui ne pouvaient admettre que l’intelligence put habiter des êtres ne leur ressemblant en rien, ou presque.

Les quatre prunelles replongèrent dans le puits, à nouveau le passé se déchira, il revit ce roi et sut qu’il avait mentit, la porte était ouverte, elle l’attendait. Restait à traverser le miroir, à changer de monde, de temps ! Ce monarque était instruit, mais pas assez pour deviner que cette forteresse plus qu'étrangère était autre.

Croyant que l’éternité lui offrait toutes les qualités il se heurtait à une infranchissable barrière. Restait une clé à utiliser, sa fragilité.

La main de l’enfant saisit la sienne, mais qui était-elle ? Encore un pouvoir incompréhensible, émotionnel, sortant des mots, s’imposant par l’acceptation pour communiquer. Elle brillait d’une force qui l’aurait fait hurler s’il avait osé une liberté dont il se sentait indigne.

Un puits, un souvenir, des images se superposant, s’inversant pourquoi pas ? Ce donjon était-il seulement une masse rocheuse ? N’était-il pas un puits de pierre plongeant dans l’espace ? Le courant l’entraînait, lui tenant la main et lui ordonnait de s’ouvrir, une chance de justifier ce qu’avait été sa vie.

Sa quoi ?

Il aurait dû rire en entendant ce mot, la vie est fugace, fragile. La sienne était tout sauf cela, prédatrice inlassable... À l'image de la nature dégagée des pitoyables concepts humains.

Le roi gravit les marches, pénétra dans la salle immense. En levant les yeux son regard ne trouva qu’un ciel immense, pas celui qu’il aurait découvert si le toit s’était estompé, un ciel d'ailleurs. Il ferma les yeux, se laissa faire, un pantin n'a pas d'autre choix. Il n'en dirait rien, c’était un secret, un pacte. Son pouvoir grandirait par la seule influence de ce lieu. Tout est là, attendant une conscience capable de lui survivre pour, lucidement, faire le pas qui briserait le temps.

Des mois passèrent, des années, le temps est une notion relative, le roi vit son empire prospérer. Une crainte incompréhensible tenait les armées adverses mais effrayait parfois autant ceux qui en profitaient.

Jamais contents !

Le roi plongea dans les mystères de la forteresse. Il découvrit une fosse dont il comprit l’emploi. Personne ne trouva mieux que des couloirs, des escaliers, des salles vides. Tous sentaient qu’une infime partie était accessible. La serrure était introuvable parce que la clé manquait, et pas le contraire, c’eut été trop simple.

Qui aime la simplicité ?

                                        * * *

Le puits est le plus important, un point équidistant des mondes, des dimensions, il ne savait de quoi au juste. Des contraires, de tout et du reste, de ce qui ne devait pas se rejoindre et s’unir. Celui ouvert devant lui était une copie. Qu’était cet homme devant lui ? Un cadavre, presque ! pire ? Des yeux hantés, un rire qui dansait autour d’eux, couple étrange et impossible, la pureté et l’atrocité, à croire qu’il y a entre eux d’étranges points communs, un pont invisible par-dessus l’abîme. Oui, il sentait qu’il aurait pu comprendre, qu’il aurait dû… Vœu pieu, qu’importe les regrets, il ne pouvait remonter le temps, regarder jusqu’à mille ou dix mille ans devant lui ne l’aurait pas effrayé, reculer, fut-ce d’une seconde, était impossible.

Pourquoi espérer ce en quoi il ne pouvait croire ?

Le rire se fit hurlement, imprécations dans une langue inconnue, des images se superposèrent, à son tour d'apprendre. La mémoire agit ainsi, une situation vécue se dévoile comme si un peu de soi était spectateur. Il se voyait face à l'arène, au fond, s'observant, des êtres à son image représentaient son avenir, une situation insoutenable d’une vie poussée dans l’horreur pour y survivre et le regretter.

Il savait maintenant ! Cet endroit était (la destination de) sa vie.

Lui aussi avait traversé le désert, vu l’édifice, crut en des contes qui auraient dus n’être que cela, mais la réalité s’impose à ceux qui la nient et surtout à qui craint de s’accepter. Il avait découvert le pont, traversé alors que son escorte s’éloignait. Surtout ne pas rester dans un endroit que les années et une censure stricte avait voilé d’horreurs. Il traverse la porte d’argent, lui ne la voit pas lisse mais semée de petits êtres grimaçants : restes des âmes venues avant lui. Elle était une mise en condition ! Il revécut son attente, l’homme venu le chercher, le spectacle censé le convaincre de changer pour échapper à une condamnation à disparaître dans un orifice dont nul, jamais, n’était sorti, avant lui. Mourir de faim où dévorer les autres ! Ce qu’il vit lui apprit la fragilité de la "civilisation". A-t-on le droit de tuer pour vivre, de mourir pour l’autre ? Dans tous les cas la mort seule triomphe. Que risque-t-on à vouloir une seconde de plus ?

Lui, qu’avait-il fait ? Il comprit, enfin, que ce que le roi avait vu en levant la tête était l'ombre du néant.

Il aurait voulu dire. Comment ? Impossible de puiser en soi ce qui ne s’y trouve pas, alors que l'absence se lézarde, attendant le hurlement qui marquera la naissance du temps, et d'une vie qui n’a pas attendu pour exister une manifestation organique carbonée.

Des années étaient passés avant qu’il se retrouve face à son destin, d’être poussé sur un monceau de cadavres, d’affronter le désir des survivants. Pas les plus costauds, l’important n’est pas dans la force mais dans l’aptitude à s’en servir opportunément. Le puits était une cage où l'âme humaine enfin pouvait s'exprimer.

La pièce la plus importante manquait, sentir la main de cette enfant prouvait qu’il avait trouvé la sortie. Nourri d'émotions il avait emprunté l'escalier de la Vie jusqu'à s'abreuver à la Source, ignorant quel péage serait à acquitter. Avant d'être jeté dans la fosse quelques heures de solitude lui furent offertes, il avait su, et pu, en tirer profit.

Retrouver ce qui s’était passé, le comprendre, se nourrir, déchirer le temps pour mordre la réalité de ce qui l’animait. La force qui le tenait se préparait à évoluer, il avait envie de savoir que faire.

Il n’était plus seul, impossible rimait avec accessible.

* * *

Suis-je capable du recul nécessaire ? Sortir de soi est un jeu que je pensais illusoire, il n’empêche que j’ai à intégrer, vite, ce qui m’est arrivé. Ce ne peut être une mort véritable, j'ai adapté mon vécu en fonction de mes références, mise en scène de phénomènes attendant une confrontation pour s’imposer en moi et à travers moi. Attendre, le courant me porte. Après avoir touché le fond j’ai creusé pour m’engloutir, je découvris un monde de mort, de pourriture, d’une corruption de l’âme telle que je n’espère plus en sortir intact. Si…

Que vaut un si en cette circonstance ? Je suis prisonnier d’un passé qui se présente devant moi, analysable, compréhensible et utilisable.

Jeu des mots, pièces d’un puzzle s’assemblant devant moi. Si je retrouve la réalité quelle part de moi aura-t-elle disparue en paiement à un nautonier infernal ? Double amputation bénéfique. Je revois une voie sinueuse entre deux dangers : la fascination pour l’horreur et le désir d’aimer. Autant d’illusions d’un côté que de l’autre.

Je contemple la représentation d’une forteresse comme une île sur le vide. C’est un retour, sujet de réflexions inachevées. Je tourne en rond, des éléments de mon être changent, grandissent ou meurent. Un jour cette frontière sera derrière moi, épreuve initiatique que je dépasserai en assimilant ce qu’elle montre. Elle s’évanouira avec ce dont elle se nourrit, des fantasmes terrifiants dont je crus faire une réalité. Ces morts, ces crimes atroces, policier pire que les criminels qu’il poursuivait. Qui est mieux adapté pour traquer un prédateur que son semblable ? J’ai endossé un vêtement taillé avant ma naissance, tissé dans la toile nocturne d’une antique malédiction, un héritage de démence que j’espère avoir épuisé sans céder jamais au désir de changer de côté, de révéler l'épouvante au monde ; à ces pseudos tueurs comment il est possible de faire mal. J’aurais pu inscrire mon nom en lettres de sang dans les annales de la psychiatrie.

Sans regret ! La folie est un univers de miroirs qui se suivent et se ressemblent trop pour que le jeu puisse durer une vie. J’aurais tué pour chercher une victime introuvable, usé mes forces pour finir tremblant dans une pièce aux murs matelassés. Un petit jardin, un arbre, un banc, la protection de hauts murs, une solitude pire que celle que je connus, peuplée de mes terreurs, des monstres nourris de mes espoirs. Je peux diminuer mes mérites, dire, sans mentir, que je n’ai rien voulu mais seulement pu subir une tension destructrice, une souffrance que j’évoque complaisamment. Elle faillit m’emporter, m’amena au-dessus du gouffre, me permettant d'y regarder le réel. J’ai traversé ce vide face à un nouvel univers. La folie vaincue apparaît une réalité précise sans être insupportable.

Je remercie mes tortionnaires, mon père d'abord, il m’apprit l’horreur et finit selon son souhait. Je lui suis redevable, il assuma une violence que seul je n’aurais pu vaincre, la mort fut une épreuve dont il sortit vainqueur. J’aimerai éprouver ce qu’il ressentit quand je l’ai laissé où lui-même avait vu mourir tant de ses victimes. Combien de vies prit-il, lui-même n’en tint jamais le compte. La part d’atrocités que je lui dois fut bénéfique, quelle part bénéfique puis-je utiliser atrocement ? Il ne voulut rien de ce que je suis, une autre volonté fut à l’œuvre, une force d’une impitoyable patience. Le temps est relatif. Pour celui-ci une seconde compte, pour un autre une année ne signifie rien en regard du but poursuivi. Savoir regarder un long chemin à faire sans certitude d’atteindre son extrémité en délaissant les pulsations vaines d’un monde moribond jusqu’à comprendre que le savoir est une bombe intérieure, conçue non pour disloquer mais pour rassembler. La fusion plutôt que la fission, l'union des contraire en l’esprit.

Je n’oublierais pas en rouvrant les yeux. Était-ce une dague qui plongea dans mon cœur ? Une seringue que l’hallucination me fit prendre pour autre chose, un produit chimique plutôt que magique ?

Rencontrer sa mort est vivifiant, je vis sa face et supportai qu’elle ait été mienne, ces muscles, cette peau, ces viscères… Comment traduire une telle expérience alors que j’oscille entre deux mondes ? J'aime son sourire, elle est plus violente parée d’un masque de peau, la vie est terrifiante par les mensonges qu’elle permet. Insignifiante, fragile, un matériau pour… Pouvoir traduire ce que je ressens !

Je sais que ce qui arriva le devait, les activités humaines expriment des contraintes que l'homo sapiens ne peut même pas imaginer. À vouloir tout définir l’inverse se produit, l’impossible devient malléable, consistant. Piteuse description de ce que je ressens, tant pis. L’avenir, ces êtres qui offrirent leurs vies en des rites qui répétaient un murmure venu du fond des âges quand la mort devint effrayante. Cette peur est toujours là, sauf chez moi, et quelques autres autour de moi. Leurs esprits sont aliments pour moi, âmes de boucherie promises à l'abattoir ! La lumière me fait mal, après tant de ténèbres. Normal, mais je sais où je suis, et pourquoi, cela suffit.

Pour l’instant !

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 06:12
L'Âme de l'Enfer - 10 
 

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Ils ne fut pas accueilli en héros comme il l’espérait, encore qu’en se retrouvant seul il eut l’espoir de céder à son tour, mais non, il allait réussir, par un désir se substituant au sien, une volonté indéfinissable à laquelle il éviterait de faire allusion. Il connaissait les dogmes des prêtres, quels risques il devait évitait. Ainsi quand il traversa la ville jusqu’au palais royal mit-il au point dans sa tête ce qu’il dirait, comment présenter la chose, le reste ne lui appartenait pas.

Nul ne l’approcha, le roi l’attendait, craintif devant ce revenant qu’il écouta attentivement, une question, une précision, un roi intelligent, mais était-ce encore lui qui régnait dans son esprit ?

Une expédition plus importante fut décidée, il fallait savoir qui avait désiré un édifice aussi prodigieux, les dessins étaient trop bons pour être l’œuvre d’aventuriers mais nul n'osât en faire la remarque. Surtout ne rien dire, un accord tacite s’érigea, un pacte avec un démon que tous ratifièrent, sauf quelques prêtres qui soulignèrent que cette construction ne pouvait qu'être le souhait d'un dément et l'œuvre de créatures inacceptables, le roi répondit qu’aucune trace de vie n’avait été vue et que s'ils en rencontraient ils sauraient quoi faire. Cela rassura le clergé, toujours ravi que d’autres pensées soient éradiquées sans être entendues, oublieux que jadis il avait échappé à ce massacre, oubliant qu’un jour viendrait où ils seront massacrés pour n’avoir su vaincre ceux qui minèrent leur pouvoir.

Rien ne fut oublié, même l’imprévisible devait être anticipé, le roi mènerait l’expédition, laisser la place à un autre serait un signe de lâcheté, s’il avait de nombreux défauts il était courageux.

Était-ce une qualité…

Départ dans le silence malgré les soldats censés motiver la foule. Les voyageurs accompagnés d'une sensation étrange avaient devant eux la perspective d’un incompréhensible périple. S’agissait-il du plaisir de découvrir ou de répondre à un lointain appel, d’un risque en devenir ? Mais la forteresse montrait, outre son ancienneté, une vacuité totale, quel péril pouvait s’accrocher à une montagne vide, à moins que le danger ne s’y trouve pas mais s’y rende.

Alors que défile dans son esprit les légendes de son enfance, il sait combien elles sont vraies, un détail serait à modifier ici ou là mais dans l’ensemble l’impression de ces instants fut si puissante qu’elle dura longtemps et que les mots l’accompagnant furent peu modifiés par le temps. Une autre époque ou l’écriture n’était qu’un espoir dans quelques esprits encore à naître.

Le voyage se fit dans une sombre et inquiétante tranquillité. Le roi en ses rêves eut des doutes qu’il dissimulât, un souverain ne peut se déjuger, il ignorait que l’important du pouvoir est de comprendre ses erreurs avant qu’elles ne deviennent irréversibles. Il n’eut pas cette force sachant que rien ne lui arriverait, il avait raison, ce qui l’appelait avait besoin de lui, d’un pouvoir s’offrant, d’un royaume capable de lui apportait ce qu’il attendait depuis si longtemps.

La préparation leur permit d’affronter le paysage nu et l’alternance d’un soleil de plomb et de nuits glacées. Le désir est d’autant plus impérieux que la destination est un mystère, un monde de questions auxquelles on veut répondre malgré tout, malgré soi.

Pas un bruit ni une trace, le néant souriait et le souverain le contemplait. Ce désert, était-ce la frontière avant le vide ou... ? Quels êtres auraient marqués leur territoire d’une si incroyable façon et dans quel but ? Régner est difficile. Ses sujets ne connaissaient pas leur chance, n’avoir qu’à plier l’échine et suivre le chemin indiqué.

Le chemin ?

N’était-il pas en train d’obéir à une impulsion qu’il comprenait mal ? Qu’un roi sache tout, soit, mais il aurait pu prendre du temps pour réfléchir, il aurait pu ! Il désirait ce savoir comme il désirait une femme, pas moyen de se raisonner, la lucidité fait mal par la promesse qu’elle présente d’une tranquillité semblable au vide.

Face au puits, près de la fillette, il sut à quoi il s’était offert… Bientôt le néant lui apparaîtrait comme un inaccessible paradis.

                                        * * *

Quelle est la part du travestissement dans ce que je ressens, dans ce déferlement d’images ? Explication trop simple, je peux aller plus loin, cesser d'être un spectateur amorphe. Je suis capable de penser, de vouloir, de dépasser le présent pour en comprendre le sens. Pour savoir où me conduit ce courant je dois le remonter jusqu’à la source.

Primordiale ?

Pourquoi pas ? Le jeu serait amusant, mais long. La pensée ignore les contraintes d’une physique dont les frontières sont celles du savoir de l'instant. Le mien peut les dépasser !

L’esprit est une caisse de résonance, de regroupements, ainsi naît la conscience. Je prends le rythme du temps, pas question de lui laisser la bride sur le cou, je sais quelle peur s’en emparerait. Le territoire que j'arpente est obscur et désertique, il palpite pourtant d’une vie suintant de partout, si je crains d’accepter c’est que j’en attends une indicible souffrance. Le cri qui jaillira sera mien, sera moi, l’écho de ma naissance en conscience, en lucidité, yeux ouverts par-delà le réel et ce sur quoi il repose, projection sur une trame de lois compréhensibles, alors l’univers s’ouvrira et tant pis si le délire m’emporte. J’ai eu tant de fois envie qu’il le fasse.

Tant de foi ?

Le mot serait beau mais il n’indique plus que l’absence, un individu cloué au sol par sa peur, murmurant d’antiques paroles, s'abreuvant de vide. Ces phrases ont-elles une signification ? Un autre, peut-être, la découvrirait, et si tout n’est qu’errements ce serait l’indication d’un territoire à éviter. Je voudrais faire plus, dépasser les illusions nées de la folie, de la peur, d’un désir de souffrances calculé pour étouffer la conscience sans la détruire. J’ai cherché cet état, laissant la sauvagerie m'entraîner. Je découvre une force plus puissante que ma lâcheté, l'union des contraires en vue d’une réalisation semblant un parcours alchimique. La pierre philosophale n’est pas à créer mais à accepter. Elle est proche, à un pas de conscience lucide. Tant d’années de peur l’ont recouvert d'illusions, d'angoisses et mythes. Du sang séché, des rites archaïques, une odeur de caverne ou nulle lumière ne veut entrer, tout cela est à affronter, j’y suis prêt, pour un combat halluciné. A croire en mon échec j’en viendrais à affronter ma réussite comme naturelle, renversement d’une situation détruite d’avoir trop servie, de s’être confrontée à une vie qu’elle évitait. assuré de réussir que me resterait-il ? je serais là, flottant entre deux monde, pas tout à fait mort, pas réellement vivant, attendant une invocation, une intervention extérieure qui ne viendrait jamais. Je le sais mais dois poursuivre sur ma lancée et dépasser ces mots. Le vent emportera les cendres du superflu.

Est-ce l’amour que je redoutai, cet d’état fusionnant les opposés ? Resteraient les éléments fondateurs d'une création dépassant ces sapiens qui repeignent leurs cavernes pour croire en être sortis.

Images étranges, vieilles comme puisées dans le gouffre même du passé, dans une bouche ouverte sur une profondeur impossible où la pensée ne peut y survivre. Un trou noir mental.

Remonter le courant jusqu’à la source. L’envie me vient d’aller trop loin, de prendre un risque qui me coûtant l'esprit m’apporterait la tranquillité. L’aube des temps, le cri de l’univers, sa première pensée imprimée en chaque atome. Ai-je la faculté d’encaisser ce souffle et de lui résister ? D’autres ressentirent cela, d’autres s’approchèrent avant d’être annihilé pour me permettre de passer par eux en regardant au travers de leurs esprits vers ce qu’ils ne purent supporter. Le temps sera bref, celui qu’ils purent tenir en espérant et désirant qu’un successeur les dépasse.

C'est moins difficile que je le voulais. M’affronter à un pic invincible serait apaisant. Je connais bien la souffrance, l’échec est un complice qui m’apporte un soulagement immérité. Non, c’est parvenir au sommet qui m’effraie, et découvrir un monde compréhensible, un monde ouvert pour le premier esprit capable de l’arpenter : Moi.

Folie que cette déclaration ?

Et pourquoi pas ? Le vent fait avancer, le souffle fait vivre, certains en reçurent plus que d’autres. Les fous disposent d’une force les portant là où nul «normal » ne peut aller puisque animé par le minimum.

J’aime cette impression suscitant en moi une inquiétante tranquillité. Je suis là pour savoir quels secrets me fondent, et, au-delà, sur quoi repose ce qui dépasse l’hérédité, un héritage cosmique, engramme dans le cœur des composants de la vie, chacun a une voix qui chante. La réussite serait de les réunir en une harmonie insoutenable, le temps d’ouvrir la conscience, de comprendre, serrant les dents je saurais ce qu’est la Vérité. Disparaître ensuite serait doux.

C’est un plaisir d’être capable d’affronter une évidence de ce genre, je voudrais persister, oublier le temps. je l’ai fait, je revois ce voyage dans un désert de nuit, je sais ce vers quoi j’allais. Il me semblait n’avoir puisé qu'en moi, il semble que j'ai utilisé une mémoire ancienne, la traduction d’un phénomène difficilement réductible en quelques mots. Une équation pourrait m’y aider, avoir la clarté nécessaire, non comme un autre langage, au contraire, comme le moyen de faire entrer la science dans une représentation artistique, l’un et l’autre, les contraires, s’unissant pour définir une vérité sûre, accessible par l’esprit ayant assimilé ce que tant veulent opposer.

Je peux aller trop loin, c’est l’intérêt du jeu de se dépasser pour découvrir que la frontière n’était que la marque de sa peur. L’au-delà existe. Comme l’univers qui crée sa propre grandeur l’esprit peut oublier ses contraintes pour réaliser qu’il n’a pas de fin, que ce mot est une trahison, comme l’embryon refusant de naître, le bébé de grandir, l’adolescent voyant son avenir dans la vieillesse. Les mots arrachent des lambeaux d’une chair morte, d’une démence cocon me protégeant depuis des années. Je peux le détruire, me nourrir de ses restes pour progresser au long d’un chemin si personnel qu’il m’indiffère de pouvoir l’exprimer. Ce n’est pas à moi d’être clair, d’autres souriront de tant de complications, j’explore ce qui n’est pas un désert mais une épreuve, un test avant qu’une porte s’ouvre, qu’une lumière frappe mes yeux. Elle le fit il y a longtemps, une enfant morte me l’a dit, et derrière elle une enfance défunte murmurait, la mienne. Je n’ai rien oublié, ces instants sont gravés en moi comme une cicatrice dans laquelle j’ai plongé, l’exploitant autant que faire se pouvait, il est temps de conclure cette époque, non de renier ce que je fis, seulement d’admettre que cette plaie ne peut s'effacer. L’espérer est illusoire, dès lors mieux vaut chercher ailleurs. Je sais où, je sais quoi et je sais qui.

Retrouver les conditions de ma présence ici, j’en fus proche, à un mot, emporté dans la spontanéité, désormais cela serait une trahison, je ne mérite pas une telle nullité, je suis capable de faire mieux.

N’est-ce pas ?

Mon enfance n’est pas morte pour rien, elle m’a protégé de la banalité, du froid des apparences.

La mort nourrit la vie, un tendre piège, une malfaisance insigne, mais cette enfance cocon protégeait autre chose, la chenille venait de plus loin. Le mystère est entier, mêlant merveilles sombres et palpitantes, l’horreur n’est pas ce que je crus, un simple divertissement, elle est la porte sur des puissances faisant miroir. Elles révèlent une vérité désagréable mais nécessaire pour qui veut aller plus loin.

Trop loin ?

Ma salive coule, j'ai faim, dans quelle terreur vais-je mordre ?

Proche ai-je dit ? Cette ville, ces circonstances, et l’enquête. Je suis policier. Prédateur de prédateurs disais-je, version civilisée du chasseur socialement intégré. Intégré, moi ?

Désintégrant, ce rôle me siérait davantage.

Retrouver le passé, mots et images, un ami, un autre, un cadavre, pas un crime, une offrande. Ils ne comprirent jamais leurs actes, ils m’attendaient, oui, ils m’attendaient.

Je revois la villa, je l’ai… Gelée ? Non, et pourtant le jeu de mots convient, une villa, une copie pour retrouver une ambiance. C’est presque clair. La villa, les chiens, ils me regardent, pressés contre le sol, ils ont si peur, la porte ouverte, le hall, une autre porte donnant sur les sous-sols, un escalier en colimaçon, court, la cave, un puits, j’y descends. Ils sont autour de moi, un autel est dressé, une pierre noire que je connais, ou un modèle identique, je m’allonge, ils se pressent autour de moi… Non ! ce n’est pas exactement cela, je vais trop vite, je saute quelque chose, un choc, un homme devant moi, un homme âgé mais au regard brûlant, c’est lui qui m’attendait depuis le début, toute sa vie ne fut que l’attente de ce moment. Il a connu mon père, l’a encouragé, dirigé, il savait que l’important viendrait ensuite, mon géniteur n’était qu’un pion, malgré sa sauvagerie. La mienne est si grande, elle a l’éclat de l’efficacité, de la monstruosité au service de l’intelligence, un couple étrange, aussi impossible sinon davantage, que celui auquel je fis allusion tout à l’heure, animalité et intelligence, notions moins paradoxales qu’il y parait.

Cet homme m’attend tenant une dague brillante, je ne peux reculer, j’ai envie qu’il frappe. Et quand la lame déchire mon cœur je souris.

Ainsi fus-je assassiné !

                                         * * *

J’aime cette déclaration. Rares ceux qui en dire autant. Moi je savais ce qui m’attendais, je le désirais.

Et maintenant ?

La lucidité est une malédiction, c’est une offre, une souffrance devenant plaisir une fois passé le réflexe de tout refuser.

Je suis mort sans l’être, mort sans Être, puisque n’ayant pas connu la vie, maintenant c’est différent, je peux savoir ce qu’elle signifie.

Le pire est en moi… Étend moi !

Je le sens, un souffle qui m’anime…

Sa présence est un souffle chaud…

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 06:23
L'Âme de l'Enfer - 09 
 

                                                 10

La mort.

- Je ne te fais pas peur ?

Non ! Parce que…

- Parce que quoi ? Dis-le, tu le peux, tu le veux, tu en meurs d’envie, si je peux employer une telle expression.

Parce que je te connais bien.

- Raison apparente ! Qu’est-ce qui fit que tu me connais si bien ?

Connue, vue, c’est vrai mais insuffisant.

- Continue, oser, cherche en toi, affronte cette vérité qui te fait peur.

Facile à dire.

- Et à faire.

Ce n’est pas toi qui m’aiderait.

- Pourquoi suis-je là à ton avis, pour passer le temps ?

- Je t’ai appelé, tu fais partie de moi même si je crains d’affronter quelque chose d’intérieur et d’incroyablement violent.

- Ose, tu le peux, je suis là. Tu m’a donné un joli visage. Je ne suis pas le squelette habituel, j’ai le corps d’une enfant morte, un regard vide, un corps dévoré par les vers. Tu les aimas jusqu’à croire qu’ils t’appartenaient, que ton corps n’était qu’une outre gorgée d’annélides blancs, translucides et immondes. Je sais tout cela. Veux-tu m’embrasser, que nos lèvres se touchent ? Vois, je n’en ai plus, mes dents sont à nu, ma langue a disparue, ma bouche est un logement pour des insectes nécrophages que chaque parole fait chuter vers un sol, qu’ils ne peuvent atteindre. Je ne suis une réalité violente qui ne t’effraie pas. N’importe qui serait terrorisé de me voir, toi, non. As-tu fais un si long chemin que tu ne ressentes plus rien, que tu sois vide, non pour te remplir de vers mais te gorger de vents. Tu sais ce que cela veut dire et penses que je suis cela pour me moquer de ta détresse alors que tu tremblerais dans un coin d’asile psychiatrique.

Ce n’est pas cela, je ne suis pas fou et n’ai pas peur de toi alors que de te voir belle me fit gémir d’angoisse des années, l’apparence important peu, je lui donnais ton visage. Tu n’es pas la folie, petite adversaire mise en textes, jadis. Elle aurait pu emporter mon esprit, laisser une coquille vide portée par un flot intangible. Ne deviens pas fou qui veut, surtout pas moi, je suis lucide, ou presque… ou plus…

- Presque ! Un petit mot, une grande différence, tu sais qui je suis mais pourquoi cette image, quelle est ma fonction ?

La mort.

- C’est bien, encore.

Ma mort.

- C’est mieux, flou, précise.

Ma mort à venir.

- Non !

Une mort connue ?

- Tu as changé de mot.

De mot ? J’ai dit une… Alors ce serait…

- C’est difficile je sais mais n’y peux rien.

Ma mort, ma…

- Oui ?

Non, je ne peux dire cela, l’image de la vie n’a pas sa place ici.

- Elle te permit d’être là, il t'en reste tant à découvrir.

Un homme doit assumer ce qu’il est. Je sais ce que je suis… Mort ? Et l’amour est encore présent dans ce qui n’est donc pas son contraire.

- C’est bien d’avoir compris, je craignais que cela n’arrive jamais, je n’ai de personnalité, de présence, que celles que tu me confies, je suis une représentation de toi, rien de plus.

C’est difficile, j’attendais un autre sourire. Quand j’ai sentis ta main à nouveau sur mon bras j’ai cru que tout recommençait. J’ai espéré… Un peu de vie suffit pour te rendre ton vrai visage. Autrefois ce fut différent mais tu es l'image de la mort en moi, ce que j’ai vécu de plus épouvantable, normal que cela se voit sur toi, que ton visage et ton aspect soit ceux d’un cadavre, à croire que je n’ai rien d’autre en moi. J’ai trop de charognes en moi pour accepter un aspect différent, j’ai besoin de t’accepter si je veux découvrir pourquoi je suis là, car je ne devrais pas, je le sens, chacune de mes pensées le souligne, en écho, en ombre. L’impossible s’offre et je ne peux l’éviter. J’ai affronté la situation par laquelle mon décès est arrivé, sans frayeur, je savais ce que j’allais faire, je pouvais anticiper ce qui m’attendais, sans me l’expliquer mais en conservant lucidité et responsabilité. Je ne peux te tendre la main, je ne peux attendre de toi plus que des indications, nécessaires mais insuffisantes, les mots sont là, clairs… Ma mort.

- Étrange de parler ainsi ?

Oui, mort je parle à l'incarnation de cette mort, impossible, je sais ce qui m’arriva, ce que je vécus, cette folie dans la réalité, puissance prête à s’imposer. J'ai obéi, elle attendait, moi aussi. Un duel ! Qu’importe le risque, renverser l’impossible, le faire mien, le dresser à ronronner sous mes caresses, à me regarder comme on regarde son maître. Forfanterie ? Pourquoi pas, ma situation est si étrange que je suis prêt à tout pour l’affronter, à croire en ce que je suis, en ce que je ne suis pas, mais voudrais ou devrais être, recul interdit.

- C’est ce que tu fais pourtant.

Je fais ? La ville folle de violence déchaînée, de pillage, et mon comportement d’offrande, l’horreur volée ne suffisait plus, la clé dans sa serrure attend d’être tournée. Je suis cette clé, si j’échoue la porte s’ouvrira, le monde changera…

- Que désires-tu ? En cédant tu retrouverais la vie, en agissant pour que la clé referme la porte tu mourrais.

Voilà !

- Te dire quoi faire n’est pas mon rôle et ça n’est pas en mon pouvoir. je suis l’image que tu voulais revoir. Ta peur te fis espérer un retour à ce passé d’émotions déstabilisantes, heureusement perturbantes, à l’époque, une violence qui te fit souffrir mais avancer. Rejouer la même scène se fut retourné contre toi, désormais il importe que tu agisses selon ta conscience, un joli mot pour qui l’accepte, personne ne choisira pour toi, ni moi, ni l’amour en lequel tu crois encore. Elle n’a pas sa place ici, j’imagine le choc si elle avait été là à ma place.

Cela eut été signe de folie, de mélange de dimensions trop différentes pour les contraindre à coexister, il ne pouvait y avoir de rencontre ici qu’avec toi. Elle… Ailleurs, plus tard. L’amour m’est interdit, je ne peux que tout perdre. Rôle étrange au goût de malédiction, comme si j’avais à payer un acte commis avant moi sous prétexte des liens du sang. Je n’ai pas envie d’accepter cela, ni de me contenter de le dire ainsi mais plutôt de tout envoyer promener, de hurler, à la face de je ne sais qui ou quoi, mon refus, l’impossible ne m'effraie pas. Ni la mort ni la folie ne m’ont repoussé, qui a ce pouvoir ?

Je sais, tu ne peux répondre, déjà tu t’éloignes, me reste à aller plus loin en me remplissant d’une atroce réalité, si ce mot a un sens ?

Un seul.

Je suis entouré d'ombres, d'échos, de possibles à intégrer.

L'impensable est mon lot. J’aime !

                                        * * *

Les regards se noient dans une rage envahissant jusqu’à la plus petite ombre.

Brisé en plusieurs époques sa réalité est floue. Croire suffit-il à donner à une impression la force suffisante pour vaincre ? Pourquoi rester ainsi clivé, comme s’il relevait de sa responsabilité de choisir d’affronter les temps à venir en toute lucidité ? L'ignorance aide un moment, se débarrasser de sa laisse impose l’autonomie de décision. Il ne sait plus et tout se brouille.

Peut-elle choisir, alors qu’il la devine les yeux noyés dans le spectacle d’un charnier sur lequel survit, ravalé au niveau de son esprit, ce qui fut ou parut humain. Qui, méritant ce qualificatif, aurait-il cédé à ses instincts pour survivre si peu. Ce mot est un vêtement qu’un regard lucide transperce pour découvrir la réalité d’un visage marqué par la bestialité. Le sien ! Celui du temps qui le vit naître. Étrange qu’il le retrouve ainsi, mais logique, ses défenses s’abaissent, il se croit loin alors revient l’évidence de sa nature.

Tout est là, dans une implacable clarté. Les ombres sont mortes, le silence rugit dans son esprit, un long cri venant de l’univers.

Il revoit sa civilisation, elle aussi se croyait au-dessus des autres, de son temps. De piètres esclaves donnent un pitoyable maître. Images presque effacées, recouvertes d'oubli. empire puisant en des peuples asservis sa subsistance sans avoir rien à faire. Celui qu’il fut ne put s’acclimater à cette situation, il voulait évoluer, voyager, décrypter les mystères qu’il devinait sans pouvoir les atteindre. Explication aisée maintenant, alors il ne comprenait rien de ce qui le poussait, ne vit pas le piège s’ouvrir devant lui, piège fait pour capturer le meilleur, face à un nouveau prédateur conçu non pour éliminer les plus faibles mais pour utiliser le plus fort dans un but qu’il entrevoit.

Violent et négatif, refusant de s’adapter à une société pouvant tout lui apporter en échange d’une totale servilité. Peu refusaient ! Il voulut s’adapter mais ne put supporter une prison trop étroite. D’autres désirs le hantaient loin des pensées enseignées pour borner un monde qu’il sentait trop grand pour se satisfaire de si peu.

Jugé, condamné, à plusieurs reprises, jamais il ne s’amenda, son cas fut jugé insoluble, restait l’ultime peine, une façon d’éliminer sans tuer, de mettre chacun face à l'inéluctable semblant n’être imposée que par la vie. Hypocrisie d’un monde se voulant au-dessus de ce comportement. Sur le moment le doute l'envahit, peur brève avant l’excitation. Il revoit le chemin menant hors de cette ville se croyant cœur du monde, la forêt d’arbres immenses, obscure et silencieuse, puis le désert immense. Un véhicule l’emporte sans qu'il pense à s’évader ! Il feuillette son passé, sachant ses souvenirs altérés. Un tel laps de temps déforme, qu'importe le vrai. Le désir de s’affronter est un plaisir avec un zeste de lucidité. Il a payé cher le pouvoir auquel il s’ouvrit pour survivre comme si la main du destin l'avait mené jusque-là. Il voulait scruter les mystères les plus profonds, les visions les plus atroces. Les secondes abondèrent, les premiers s'approchent.

Quittant son véhicule il découvrit une forteresse immense, sculptée plutôt que construite. D’anciens contes lui revinrent, enfant on évoquait ce château découvert lors d’une mythique expédition au travers d’une mer de sable semblant conduire au bord du monde. En ce temps on le croyait plat, bordé d’une frontière d’avertissement faite d’un paysage nu, le néant attendait celui qui s’avancerait trop loin, non comme une frontière visible de loin et autorisant le retour en arrière, mais comme une barrière apparaissant la limite dépassée. Trop tard pour reculer, qui l'aurait osé se serait perdu en sentant une vie introuvable. Nul, jamais, dirent les conteurs, ne l’avait tenté, une légende l'évoquait sans rien expliquer, puis se forma l’expédition fantastique, quelques chevaliers un peu fous, déçus de leur époque, prêt à tout risquer pour gagner une improbable grandeur.

Ils partirent donc. Raconter le voyage serait fastidieux, rien n’arriva réellement, les esprits seuls furent soumis à une formidable pression. Ainsi naissent les diamants, le carbone souffre, se débarrasse de ses impuretés et laisse place à un diamant d’une eau sans égale. Les chevaliers qui parcoururent le désert connurent cela. Un seul revint qui put expliquer ce qui s’était passé. Ses compagnons avaient cédés, l’un après l’autre, comme s’ils s’étaient offert à un cerbère prélevant son tribut à mesure de leur avancée. Maintenant il voit le piège. Une patience sans nom attendant la première opportunité.

Les explorateurs refusèrent ce qu’ils découvrirent, une construction en ce lieu n’avait pas de sens, nul n’avait jamais traversé ce désert, les prêtres le soutenaient, le temps ne permettait pas de penser qu’avant leur monde il y ait eu place pour un autre afin qu’un tel monument fusse érigé, et pourtant il était là. Peut-être, dit-on, s’agissait-il d’une race inconnue vivant dans le désert.

Ils contemplèrent la construction prodigieuse mais leur terreur crût quand ils virent qu’elle n’était pas faite d’éléments apportés, d’où seraient-ils venus ? Non, la montagne avait été creusée. Un travail demandant une patience infernale, un temps immense, un projet hors de leur compréhension. Le ressentir était à la limite du supportable. Le plus étrange, fut, peut-être, de la découvrir au-delà d’un gouffre sur lequel ils se penchèrent sans en apercevoir le fond, il plongeait au cœur du monde, peut-être le transperçait-il. Mais non, sur quoi la montage eut-elle reposée ? Leur peur fut indicible. Seul qui vit ce gouffre et découvrit cette forteresse peut apprécier ce qu’elle est, car elle existe encore, quelque part. Les mots définissent, normal qu’il use de tous les artifices pour repousser le moment où l’image sera si précise qu’il ne pourra éviter de se découvrir en hurlant de peur.

Les chevaliers s’interrogèrent : Traverser ? Continuer ou reculer ? Cette découverte justifiait un retour triomphal, le chemin serait facile dans l’autre sens une fois admis que cet endroit était la frontière au-delà de laquelle s’ouvrait le néant. Cet endroit était un phare, avertissant, par un moyen formidable, qu'aller plus loin serait folie. Ils s’éloignèrent pour voir l’ensemble et ne découvrirent qu’un silence sans nom et une ancienneté qui les prit à la gorge.

De l’autre côté une double colonne semblait indiquait un pont. Aucun n’osa se placer en face. Ils hésitèrent, le plus incroyable s’était déjà produit, une espèce de sort pourrait-il agir, indifférent au temps, sentinelle placée là pour… L’interrogation est source de terreurs. Ils ne tenaient pas à aller plus loin, pour eux la limite du monde était atteinte, ce poste frontière le leur montrait. Ils se contentèrent de dessins, de reproductions aussi fidèles que possible avant de rentrer. Hésitations, comme un regard pesant sur leurs âmes. Nul n’avait répondu à leurs appels, aucun aventurier ne le regrettait.

Ils rentrèrent aussi rapidement que possible, et moururent l’un après l’autre. Fatigue, besoin de s’arrêter, de fermer les yeux. Après le premier il était évident que ces signes étaient ceux d'une mort inévitable. L'important étant qu'au moins un regagne le point de départ. La foule inquiète aurait préférée que nul ne revienne plutôt qu’un seul. Était-il celui qui était parti ou le néant ayant trouvé ce moyen de s’imposer dans le monde des vivants ?

Un piège dans lequel la curiosité ferait tomber la proie.

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 06:08
L'Âme de l'Enfer - 08 
 

                                                  09

Le vent sèche ses larmes, celles de souvenirs trop violents, un pas de plus, combien encore à vouloir, combien de temps à tenir si cette question a un sens dans un monde où demain est improbable ? Je voudrais que s’éclaire le chemin. J’ai refusé celui-ci dont les pièges sont si visibles que les éviter en est un, le vrai, le pire. Refuser la vérité est une tentation que je repousse sans pouvoir la détruire.

Ma destruction serait une (dis)solution en forme de soulagement, mais pas encore, j’ai à faire. Quelques pas, des images à dépasser, un moment que je peux feindre d'oublier. Je trahis ce pour quoi je suis fait mais quelque rêve que je doive tenter, pourquoi pas ?

Le soleil me terrifie, j’attends la nuit éternelle m’engloutissant faute de recouvrir ce monde répugnant. Je, cours d’une aventure à l’autre, fuyant l’immobilité qui noierait mon esprit sous les émotions. Chasseur d’une proie inaccessible. Prédateur pour oublier ma nature.



L’oiseau a des ailes, s’il supporte le pouvoir du serpent il s’envole, quel serait son intérêt à aller vers celui qui voulait l’engloutir ?

Il ne fuit pas, sait ce qu’il peut supporter, nourrir un autre appétit et ressentir sa propre vie ! Il n’attend et n’espère que cela.

Je n’y suis pas seul, une main se pose sur mon bras.

                                        * * *

Mille regards, traversent le temps, transpercent la nuit, les contraires, pour la première fois, se rejoignent et s’unissent. Pureté et voracité, proie et prédateur, ombre et clarté trouvent un langage commun.

Il a saisi la main de l’enfant, leurs regards se mélangent, le vert de l’enfer et le bleu des cieux, l’impossible devient réalité !

Lui qui a tant menti, manipulant ses pensées craint les mots qu'il va découvrir sous une poussière séculaire.

Elle sait qu’au fond de l’abîme un reste d’âme attendait l’opportunité de se révéler, une flaque de lumière cherchant à refléter mieux que la noirceur d’une vie gorgée d’épouvante.

Par la magie du lien de nouveaux souvenirs reviennent, il voulu, il y a longtemps, parler, en eut la force, un mou dans sa laisse, mais nul ne prit le temps de chercher le réel derrière l’incroyable. Il évoqua un mystère ancien, une force à laquelle il s’était ouvert pour affronter le temps, la mort, pour défier hommes et dieux, il ne comprenait pas le sens de ses paroles, trop d'énigmes à ses propres yeux, alors ils se jetèrent sur lui, le frappèrent pour le tuer, quand la première lame pénétra son corps il fut surpris de ne rien ressentir, un souvenir lui affirmait qu’une telle blessure devant le faire souffrir, il n’en était rien. Les autres coups l’emportèrent du mauvais côté.

Par la main d’une enfant dans la sienne, sur fond de mort il découvre la perversité qui le manipulait, combien son espoir le fit pencher comme attendu. En ce temps il aurait pu… Inutile de chercher ce qui jamais n’advint. Il reçut le plaisir de son pouvoir comme un cadeau. Les images disaient une vérité qu’il ignorait aussi sombre. Inutile de s'excuser, rien n’effacera sa responsabilité. Il ne peut remonter le temps lui qui s’en crut maître, qui vit défiler les siècles puis les millénaires, naître des royaumes et s'effondrer des empires jusqu’à cette civilisation qui mourra de sa volonté dans ce camp d’atrocité. Une porte entrouverte sur une puissance qui le veut immortel.

Dire, puiser dans le passé des mots inusités, des désirs accélérant le cœur, ou son ombre, ainsi ressent-il la vie. Un nouveau piège peut-être, croire bien choisir et découvrir que la liberté en laquelle il crut n’était que le relâchement de ses liens. Le doute est un acide implacable, il détruit les idées fausses ou les renforce, comme la peau se durcit pour se protéger. Comment savoir ?

En lui demandant.



Il prit l’initiative, sans rien dire ils traversèrent le camp de la mort, respirant les mêmes cendres, la même angoisse, sentant couler sur eux une haine décuplée par l’incompréhension. Tous plaignaient cette enfant pourtant plus forte que lui, tous auraient voulu l'attaquer. Pourquoi pas ? Les gardes connaissaient leur maître, cet être étrange nourrissant leur fanatisme par les pouvoirs le cachant, comme un voile d’obscur masque le visage sombre d’un dieu ricanant en contemplant ses esclaves. Les dieux, faits à l’image des hommes, le regrettent.

Il voudrait l’irréalisable, être un d’autre, promis à une mort salvatrice dans les tourments du gaz. Il découvrait la malédiction d’étreindre la mort en souriant, de laisser pénétrer le froid, l’assimilant, goûtant l’horreur comme un met délicieux. Il fut une bouche, une porte entre deux mondes, entre l’ailleurs et un être ayant besoin de lui pour se développer. Ce qui va naître n’est pas un papillon aux ailes de lumière mais... autre chose. Comment qualifier ce qui existe depuis toujours, comme un risque et une attente, un pouvoir contre lequel nul ne peut rien, une violence sachant sa victoire prévue dès l’Origine. Il lui faudrait réfléchir à ses pensées, les regarder. Interdit ! A quoi bon agir quand apparaît le gouffre, comment oser face à l’impossible ? Drame de la vie découvrant sa fragilité et son envie de dépasser ses limites pour, brisant les chaînes du réel, avancer dans l’inconnu. Nouvel échange traversant le temps, il ne saisit pas, espère… mais quoi ? Qu’un autre se saisisse de lui, l’utilise en justifiant ce qu’il fit.

La main de l’enfant brûle la sienne, une souffrance sans marque, une violence réveillant ce qu’il avait cru enseveli sous une montagne de morts, de tortures, de plaisirs obscènes. Elle se souvient des contes, peut-être s’agit-il de la puissance décrite par ses parents, une réalité dépassant ce qu’ils en comprenaient. Elle écoutait la sensation venant d’un temps lointain et sauvage, parlant d’un avenir inconnu et puissant. Au présent les battements de son cœur affirment qu’elle agit comme il le faut. Que lui importait les autres. Beaucoup l’ont vu partir avec soulagement, si par son sacrifice... Il n’en sera rien, chacun aura ce qu’il mérite. Son grand-père est mort, l’homme qui prit sa main en est responsable pourtant elle est sans rancune, ses yeux d’enfant déchirent l’étoffe usée d’un masque désormais inutile.

Elle a tant à dire, à découvrir, l’image lui vient de ces fleurs poussant sur le champ de bataille. Ainsi de la mort naquît une vie, fragile et belle mais digne de ce nom. C’est ce qui peut arriver ici, l’innocence n’est pas à offrir, c’est sa culpabilité vécue comme un plaisir qui peut avoir de la force, non en geignant, en implorant un dieu reclus au fond des plus sombres cavernes du présent, lieux de cultes étourdissant la conscience et la maintenant dans sa fange originelle.

Dans quelques minutes le soleil se lèvera, un jour neuf sur une nouvelle réalité. Le pire attend l’étincelle de lumière lui ouvrant la porte sur le monde, les portes, des millions, des milliards… Un univers de portes. Il est la première, ouvrant sur les autres. C’est confus, trop d’images, manque de temps, mais l’avenir recèle des prodiges tels que ce qui paraît vain pourra être utilisable. Il le ressent sans s’y arrêter, lui viendrait, l’envie de broyer son reste de lucidité. Ses interrogations lui apprennent le goût de la vie. Redevenant monstre il se ruerait sur la proie si fragile à ses côtés, la détruirait en d’infinies tortures. Il eut des millénaires pour parfaire son art, pour puiser l’ultime goutte de vie, ne rien laisser dans le corps ou l’âme de celui ou celle qui eut la malchance d’être son élu.

Lui ?

Seulement ?

Tous le salue, un reste de compassion leur fait esquisser un sourire, le plus souvent il s’agit de désir pour cette jeune fille qu’il va détruire, objet dont il videra les ressources avant de la conduire à la mort.

N’est-ce pas ce qui arrivera malgré tout ? Non en soulignant l’évidence naturelle de la mort mais d’un chemin les conduisant ensemble au néant même si rien à ce jour ne put venir à bout de lui, les blessures les plus graves furent effacées par le pouvoir phénoménal dont il est l’émergence et l’esclave, il peut chercher dans sa mémoire rien n’apparaît qui lui apporterait la paix.

Vivre ne lui apparut jamais comme un plaisir s’il s’agissait de faire comme les autres. Mariage, enfant, obéissance à des règles apportant cette routine creuse dont se satisfont les esprits vides. Jamais elle ne s’autorisa à penser ainsi, parfois un regard dans un miroir pour se dire son apparence n’était qu’un mensonge, que la vie qui lui était imposée était une trahison. La qualité ne rime pas avec la quantité ni avec la ressemblance avec le modèle terne dont se satisfont ces coquilles pleines de cadavres se voulant représentants de la civilisation. Elle en voit le résultat, en ressent les conséquences. Des mots obscurs jetés là pour un minimum de précision. Il lui expliquera et s’il ne le fait pas tant pis. Ils resteront ensemble et cela suffira.

Un portail, un petit jardin, des arbustes, un grillage, la maison a l’air d’un coquet pavillon de banlieue tenu par un personnel préférant cela à trimbaler des cadavres. En regardant alentour l’image change, banlieue peut-être, mais d’un cimetière en marche, vies pourrissant avant d’être achevées.

Une porte de bois et de verre, un autre monde derrière l’apparence et les murs anodins, une dalle posée sur une gueule infernale béante.

Il ouvre, s’efface, la regarde entrer sans hésiter, hall dallé, gris blanc, miroirs, porte-manteaux, des tableaux bien choisis, il suffit d’avoir les moyens, du goût et l’opportunité de se servir dans les musées ou les collections privées dont le propriétaire ne reviendra pas.

Un souvenir, un nom que l’histoire dévorera comme elle dévore tout.

Elle regarde, l’air frémit de peur devant une présence différente, la maison n’a connut que du sang, des morts, les gémissements volés ou arrachés, il y a si longtemps qu’aucune enfant n’y vint qu’elle ne sait plus, qu’elle se sent sale, pour autant qu’une demeure puisse ressentir quelque chose, pourquoi pas, seule compte la sensibilité de celui qui peut admettre que l’inanimé n’est pas la mort, et l’inverse ?

N’en est-il pas l’exemple ?

Est-il donc mort pour ne pouvoir mourir ?

Pour l’instant lui présenter les lieux, la salle de bain, la crasse n’a pas altérée sa beauté, au contraire, ensuite faire venir de quoi manger, retrouver des forces après un sommeil long et réparateur. C’est lui qui l’imagine, lui qui en a besoin, il préfère la sentir devant lui, imaginant une vie différente de celle des dernières semaines. Le temps passe si vite et c’est pire pour qui peut le défier, le regarder en souriant, confiant en un pouvoir sans rival.

Il a envie de faire le point, seul face à ses pensées en se demandant si ainsi il ne perdrait pas du temps à voiler ses désirs, ses envies, lui qui ne sait plus trouver la paix pour lui avoir dit non.

Elle s’est arrêtée devant la porte de la cave, il n’ose pas parler, elle va choisir autre chose, l’escalier, l’étage, le salon si confortable, la bibliothèque, les œuvres d’art anciennes, ses préférées, souvenirs de jeunesse si ce mot signifie quelque chose pour lui, tout au plus paraît-il la trentaine, trente-deux lui dit-on un jour, amateur de symboles il pourrait voir qu’un an de plus signifierait une transformation.

Une résurrection ?

C’est peut-être ce qu’il craint, retrouver le goût de la vie, sans le re, qu’il voulut fuir en prenant la voie la plus violente. Éprouver la vie le temps de la perdre. Pourquoi s’y accrocher ? La peur, il le sait, ne se justifie pas face à la mort, elle est un moyen de la refuser. Vivre dans ces condition est une trahison.

La main sur la poignée elle hésite, ses pensées refusant qu’elle ose. Ce qu’elle attendait, l’interdit est ce qu’elle veut découvrir ! Elle ouvre et l’air glacé la fait reculer. Il lui serait facile d’intervenir, de claquer ce battant qu’il croyait avoir fermé, il souhaitait donc qu’elle vienne là, il le désirait pour n’avoir pas à s’imposer son propre désir, pour se cacher derrière une enfant, image de l’innocence dont il est capable de se servir encore en cet instant, si proche de l’horreur, si proche d’un temps qui revient, déjà il n’est plus dans cette villa banale. Où ? il n’en sait rien encore, l’éclairage est différent, devant lui l’enfant n’a pas changé, un moment il crut… Quelque chose se passe, un temps se substitue à un autre, illusion, la réalité change en son esprit. Ce qu’il espérait et redoutait le plus, ce qui ne pouvait arriver par sa volonté. Il fallait une intervention extérieure, une force à peine quantifiable, suffisante pour faire pencher la balance. Lui aussi passe la porte, descend l’escalier, s’étonne qu’il dure si peu de temps, il aurait cru... mais il se trouve dans un simple sous-sol et son esprit adapte le réel a ce dont il veut se soulager, si sa volonté n’a plus d’importance c’est qu’une force voulant se libérer s’impose, une force qui n’attendait que cela, une force patiente mais inéluctable.

L’enfant s’est approchée du puits.

                                        * * *

Une atroce petite voix me dit de repartir, de chasser cette impression. C'est qu’un rêve puisé au fond d’un passé perdu qui ne m’appartient pas, plus, ne fut jamais que délire. Je revois cet instant si violent qu’il reste en creux dans mon esprit, une blessure qui restera ouverte. Ainsi en est-il d’empreintes imposée à une vie qui n’en voulait pas, je n’ai rien… Si ! J’ai tout accepté et dois l’admettre. Ce lieu est celui des jugements, le tribunal intérieur que toute âme affronte un jour. Une balance, un test qui jauge l’esprit, sa force, sa précision, aucun mot n'exprime ce que je veux dire, les phrases tissent une trame qui sera l’écran destiné à recevoir mes pensées les plus intimes, mes effrois les plus moqueurs. J'ai besoin de m'expliquer, non pour tout réduire à ma petitesse mais pour me hisser à une hauteur dépassant ce que je soupçonne. j’ai cru vivre sous un poids, la peur me fit courber le dos, la panique face à un pouvoir dont vais découvrir la nature. Sous la forme d’une main qui m’entraîne alors que je n’espérais plus rien. Il en va ainsi, toujours. L’esprit se doutant de ce qui l’attend ne fait plus rien. Le mien… Le mien ? Est-il à moi, est-il moi ? Interrogations futiles, je ne suis bon qu’à errer sans rien désirer qu’un temps sans âme sur lequel je glisserai éternellement.

Des mots vides sourdant de moi pour lutter contre le courant.

Je sais qui est là, présence née de mon imaginaire, d’abord, puisée dans une ancienne réalité, je sais ce que je vécus, la camarde arrachant son masque en face de moi, me révélant sa vérité. J’étais si jeune que j’ai oublié, suivant un chemin de violence jusqu’à…

Jusqu’à cette main ! Celle de ma conscience, de mon enfance ? Je ne sais plus, les mots et les pensées filent vite, je ne peux m’arrêter pour deviner ce qui vient. Courir est vain si aucune destination n’est à atteindre mais je suis aspiré par une violence que je perçois, que j’ai envie d’affronter, d'absorber, de digérer ! Le temps se déchire, mon esprit s’accroche pour résister à une pression intérieure trompeuse. Ne pas ralentir, le suaire du néant m'envelopperait, c’est ce qui m’attend, que je redoute et désire plus que tout.

Traverser ce mur protégeant la vie au plus secret des cellules pour entendre un message murmuré depuis l’aube des temps. Un message que je pourrais entendre si... Mais comment affronter le visage d’une enfant morte et glacée ? M’y accrocher serait renier, renoncer, trahir. Il m’est interdit de continuer ainsi, hésitant. Affronter est la solution.

Me retourner, la regarder, l’affronter…

- Bonjour.

Je ne peux rien dire, rien, les mots sont en moi, elle le sait.

- Bien sûr que je sais. Je perçois tes mystères mieux que toi, je suis celle que tu voulais n’est-ce pas ?

Je sais que non, je sais !

- Ce n’est pas en la mort que tu crois malgré le plaisir pris à tuer.

C’est vrai, je l’ai reconnu.

- Est-ce que cela change quelque chose ?

Cela change tout, j’ai affronté mon passé, que faut-il de plus ?

- Ton père ?

Je l’ai laissé mourir dans son puits, il le méritait.

- Un enfant n’a pas à juger ni condamner son père.

Il avait besoin de moi pour mettre fin à un chemin d’horreurs que j’ai dû continuer pour affronter ce qu’il savait en nous. Ce lien dépassant nos vies, tissé il y a si longtemps, tu ne peux me le reprocher, je ne suis plus un enfant, un homme peut en juger un autre.

- Un homme ?

Oui ! Je fus seul lésé, je n’ai rien demandé et j’hérite d’une étrange malédiction, d’une chance incroyable.

- Il faudrait savoir.

Il n’y a pas de différence entre les deux.

- Voici qui surprendrait.

Les ignorants, toi et moi savons à quoi nous en tenir, connaissons ces mots et savons les décrypter. Même de toi je n’ai plus peur.

- De moi ?

De toi.

- Mais qui suis-je ?

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 05:49

L'Âme de l'Enfer - 07  

                                                 08

Ce que j’ai fait, la voie des ténèbres semblait belle, prometteuse, j’ai esquissé un pas en elle, vu sur le sol d’étranges empreintes, et, plus loin, ce qui grouillait, cette masse informe en laquelle je n’ai pu me perdre, j’ai reculé, honneur insigne, violence incroyable dont chacune de mes cellules se fit l’écho, j’en sus la puissance en des années de tortures, j’ai dit non et si, d’une chose je devais être fière, ce serait d’avoir goûté et refusé l’Enfer.

L’enfant n’est plus sur le pont, le ciel est gris au-dessus de lui, a-t-il grandi ? Les temps se superposent. L’important est ailleurs ! Assis il joue seul ; les nuages renvoient une solitude implacable, des larmes, le désespoir s’impose, une souffrance qu’il voile afin que le regard de l’étranger, celui qui ne peut comprendre n’en vienne à poser des questions. Un petit garçon ne pleure pas, il se livrerait à l’adversaire. Des formules de réconfort auraient été récitées, les vieux sont ainsi avec les enfants, personne n’aurait voulu comprendre, confiance en la magie de paroles dénuées de sens. Mais non, c’est rien… Conneries ! Les adultes sont d'anciennes victimes portant les stigmates de la corruption, eux dont chaque seconde de vie est un vol, eux que j’ai haï à un point qu’ils ne soupçonneront jamais. Ils se veulent grand en broyant et formatant l’enfance, la parant d’un costume trop beau, trop lourd, les cons ! Ce sont autant de chaînes qu’ils lui imposent à l’instar des chinoises du passé dont les pieds étaient comprimés suivant les canons de la beauté, définitions du passé, de la mort.

S’il s’en trouvait un pour comprendre, et le supporter, et…

Hait ?

Non… et !

Alors qui ?

Moi ?

Jeu facile. Ma chaîne est de papier, fragilisée, déjà détruite peut-être. J’ai peur d’en découvrir un maillon traînant sur le sol, peur de la sentir partir en poussière entre mes doigts.

Peur et envie à la fois.

Non, à la foi !

N’est-ce pas mieux ainsi ?

Mais si…

Jouer, comme ce garçonnet édifiant avec des bouts de bois une construction qui n’existera jamais, comme lui, comme l’avenir qu’il voit comme une colle malodorante et acidieuse qu'il évite.

Ensuite ?

Le pire fut accueillant, la violence fut une chance, une poussée hors des chemins, ni réalité banale, ni folie totale, une voie médiane additionnant les souffrances.

Un pont qui relie deux rives passe sur quelque chose, un fleuve, un gouffre... À moins qu'il ne soit l'inverse et réunisse deux abîmes.

Maintenant ?

Continuer ou m’arrêter ? Contempler une image jaunie en me vantant de la comprendre. Le passé prend sens en nourrissant le présent, je ne sais qui je suis, où je suis, je commence à découvrir d’où je viens.

Autres mots, autres douleurs, le courant me porte. Acide lent, doux et chaud, j’y prends goût. La brûlure s’endormirait et je serai détruit sans le comprendre. Ainsi les prédateurs insidieux endormant leurs proies ou leur injectant un hallucinogène. Le temps est un tueur riche de savoir, et son venin est le plus sournois.

Les autres, ces particules gluantes autour de moi, poussières que les pas du vivant soulèvent, vies qui cédèrent au piège du plaisir.

Et moi ?

Je revois des séquences du passé, enfant déjà, prenant, la nuit de petits plaisirs interdits, s’amusant à des actes immoraux, apprenant tôt ce que beaucoup ne connaîtront jamais. Le plaisir est un ennemi, un nuisible, ou la manifestation halluciné du prédateur, de ce néant parant de mille couleurs une éternelle vacuité.

De vie à vide, vie avide ? Nombreux sont ceux qui confondent.

Plaisir de la violence, de la destruction. Il dépasse ma vie, rode près de moi en cherchant à m’absorber. L’image floue me fait peur, les mots sont rétifs, densité accrue par davantage de sens. Comment définir ce que je devine, masse sombre sur fond de nuit, à moi de lui imposer la lumière, de trouver mon visage derrière mille apparences.

Mort, vie, un pont de mots mène de l’une à l’autre, dans quel sens ?

Le pire ?

Avec la chance que j’ai…

Pourquoi parler des victimes tuées de dos pour espérer qu'ils aient mon aspect, pour puiser dans leur regard vide l'espoir d'atteindre ma destination. Par la vie je rencontrerai un avenir dénué de sens.

Vivre, moi ? Suffit-il d’oser ? Les mots sont insuffisant pour définir ce lieu, ce qui s’y est passé. De ma chaîne brisée restent des maillons qui se dissoudraient à mon contact, l’anneau qui serre ma cheville m’empêche de courir comme je le voudrais, comme je le pourrais si… scie ? Non, plus de fuite, cette situation est ma chance, l’étau qui me retient face à la une masse informe qui est mon meilleur reflet, celui dont la précision sera la plus grande dès que j’aurais ouvert les yeux, accepté qu’au cœur de cette ombre palpite une gemme de lumière.

L’adversité révèle les forces en présence, j'en devine une incroyable que je crains de pouvoir dominer, je lui ai tant cédé, elle qui malgré sa puissance est si faible, souriante, les yeux brillants, tentatrice, elle à qui il suffit de dire non pour la voir se coucher en ronronnant.

Vouloir est si difficile !

J’en sais quelque chose. Jamais je ne sus affirmer mes désirs, dire le contraire serait mentir. J’eus deux vies : l’apparente ; la personnelle, à l’opposée de la première, en laquelle j’agissais hors la pression des événements. Leur rapprochement fut libérateur, la chaîne se brisa, je le comprends, mieux vaux tard que jamais. J’aurais pu…

Non, je n’aurais pas pu, inutile de maudire le passé, accepter, y puiser la lucidité pour, à travers le présent, envisager l’avenir.

L’avenir ? Un mot ou une volonté extérieure que j’aurais à subir encore ? Ce présent n'est pas un cadeau.

Je ne suis pas un cadeau ?

Seulement si je suis seul à en profiter.

La forme sombre est un voile dans mon esprit refusant la réalité. Peu importe ce que je dois retrouver, le chemin à refaire les souffrances à retrouver. J’aurai envie de m’allonger en fermant les yeux, interdit ! Le goût de la vie est sur mes lèvres, je ne peux le trahir.

                                        * * *

Comment s’accrocher à ce que l’on repousse, refuser l’envie que l’on porte depuis toujours ? Des deux lequel est l’enfant, pourquoi cette faiblesse face à ce regard lui qui en vit tant fondre devant lui ?

L’horreur se secoue, se dissipe, du chant des morts qu’il entendait avec plaisir reste un murmure dont les paroles s'enfuient, il craint de s'éveiller au cœur d’un autre monde, au monde d’un nouveau cœur, lui qui n’en a plus, pantin d’une force qui l’agite. Spasmes avant qu’une volonté ne l’absorbe faute d’avoir pu y parvenir déjà.

S’il pouvait figer le temps pour réfléchir, repartir… Mais ce pouvoir n’est pas sien, il traverse le temps sans l’arrêter. La puissance qui le nourrit est immense, brûlante, violente, infernale diraient les primitifs pour la définir. C'est pire : étranger.

Personne n’est là pour lui dire que faire, que dire. L'enfant fait un pas, l’attraction croît, il ne peut reculer ni renoncer. Ses victimes, aussi nombreuses que les grains de sable du désert, sont là, sans hostilité. La haine serait moins inquiétante. Il voudrait une forme tentaculaire, horrifiante qui lui rappellerait un ailleurs, loin de cette vie. Le lien est resté vivant, ténu, suffisant pour qu’un courant circule et maintienne en lui une force de vie en attente d’un souffle qu’il perçoit désormais.

Méfiance ! Pas de hasard, ce serait trop facile de rompre le pacte, il y a mille légendes de ce genre, au soir l’homme et le Diable signent leur alliance, l’âme du premier appartenant au second l’aube venue. Et puis se passe quelque chose, miracle ou coup de bol, le pacte n'est pas appliqué. Mais pour lui, comment refuser le pire ou renoncer au meilleur, une voie inaccessible entre d’inconciliables contraires.

Inconciliables ?

Il sourit, sentant le défi derrière l’impossible, la motivation qu’il attendait. Un objectif lointain pour oublier le présent et les difficultés qui déjà le blessent. Mais non, c’est ce dont il sort, lancé comme une balle au travers du temps, la cible est atteinte, la flèche vibre encore en son centre, elle va exploser et libérer sa puissance.

Et elle… Quels mots trouver, ne plus mentir, seulement oser, l’odeur de mort est si forte. Il n’y peut rien, qu’une vie ait de l’importance est déjà immense, ces millions d’êtres que des gueules d’acier attendent ne le touche pas, mourir est inéluctable pour tous, ou presque.

Allons bon, la peur le prend, peur de la nouveauté, de ressentir dans sa poitrine l’écho d’un muscle dissous par les poisons dont il se nourrit depuis des millénaires. Par son œuvre l’ombre couvre le monde et voilà qu’il trouve une fleur d’or impossible à cueillir.

Lui aussi fait un pas, mille bouches murmurent, le temps se ralentit, l’attention se fige, l’air devient palpable par le mystère qui apparaît aux consciences les plus obtuses. S’il savait crier, s’il savait gémir…

                                        * * *

Interrogations, pourquoi reste-t-elle dehors, pourquoi a-t-elle fait un pas, quelle diablerie cette chose manigance-t-elle ? Des curiosités qui se perdent, des regards qui ne se trouvent pas, la nuit est trop forte pour être naturelle, et en cette obscurité brûle une ombre plus dense encore, visible mieux qu’en plein jour.

Une main cherche l’enfant mais recule vivement, la peur change de nature, qu’un monstre soit monstrueux est pénible au début puis l’habitude fait de cette différence une satisfaction, une situation sans mystère sinon sans danger. Cette fois c’est différent, tous le sentent, la nouveauté sera-t-elle bénéfique, maléfique, que veulent dire ces mots dans un endroit dédié à la destruction, une plaie suppurante à la surface d’une réalité souffrant de se chercher.

                                        * * *

Elle hésite, s’étonne que son dégoût et sa peur aient disparues, le décor n’a pas changé, il semble plus précis mais en prenant sa vraie nature, une construction rapide, une toile peinte qui se consume déjà. Elle perçoit les millions d'agonies, les peurs, les angoisses, les haines, autant de vers rongeant un cadavre refusant sa nature, des images qui ne l’effraient pas alors qu’elle n’en saisit pas la vérité. Le pire n’est pas de voir mais de comprendre, une enfant ne peut pas, une enfant n’a pas le droit, une enfant…

Enfant ? Elle a vieillie, son corps s’est débarrassé des chairs inutiles dont l’esprit se nourrit, profitant des circonstances, ainsi le pire, admis pour ce qu’il est et non refusé pour ce qu’il promet, est-il la chance de passer ce cap devant lequel tant renâclent.

Un pont ?

Elle sourit sans savoir, il en fait autant. Dans les yeux de l'homme, elle n’ose se l’avouer, elle lit de la peur, de l’incompréhension, ce n’est plus la mort dans son univers, prédateur déçu de la facilité. Non, c’est un être nouveau d’où s’écoule un flot de souffrance qui lui fait mal. Elle qui crut perdre sa sensibilité pour survivre découvre que pour cet homme elle éprouve quelque chose de nouveau, pas comme pour un père, un frère, pour quelqu’un qui paraît avoir toujours été là alors même qu’elle l’ignorait, une réponse à des questions qu’elle évitait pour ne pas souffrir en cherchant d’introuvables réponses. Tout est là derrière la réalité d’un homme étrange.

La petite voix de la lucidité murmure que cet être est vomi par l’Enfer, rejeté par une vie sans prise sur lui. Elle le sait, qu’elle importance ? Le pire a un cœur, il peut être malheureux, tendre la main, espérer ! Faut-il qu’elle soit pire encore pour refuser ce qu’elle peut donner ?

La victime peut aimer son bourreau.

Qui répartit ainsi les rôles ? Est-ce celui qui tient la hache, qui posa le billot, émit le jugement ? Qu’elle est la force au-delà du présent ?

Elle ne peut expliquer mais elle sait qu’un jour nouveau se lève, l’avenir n’est qu'un peut-être rassurant ceux que le présent rebute, il est nécessaire de vivre maintenant, ici, dans un monde de cendres, de souffrances, un monde de haine comme un animal cherchant à mordre pour avoir trop souffert, au point de refuser une caresse qui changerait son univers, bouleverserait ce sur quoi il érigea sa vie.

Cet être est le plus vivant du camp. Pour avoir étreint la camarde, posé ses lèvres sur la bouche de la mort, pour avoir caressé la charogne, cherché un cœur dans une cage d’os, pour avoir…

Pour avoir osé être en cet homme la vie prend tout son sens.

Renier ses semblables ? Quoi de commun entre elle et cette masse de victimes voyant là une qualité, puisant dans leur plaies matière à martyr. Tous pareils, d'un côté ou de l’autre des barbelés. Quelle différence entre celui qui marche sous les coups, voit se profiler la cheminée qui le propulsera dans le néant et celui qui, à côté de lui, tient serré son arme comme accroché à un radeau dans la tempête.

Quelques pas les séparent, si peu et tant à la fois, une seconde, un voile à déchirer, un petit effort, un instant, presque rien, le plus dur.



Il craint ce qui le guette, non le regard de cette enfant mais ce qu’il y devine. Si nul miroir ne le troubla c’est qu’en aucun il ne perçut sa nature, il fallait un miroir d’âme, de vie. Celui qui se présente, qu’il craint plus que tout, lui dont le corps peut traverser tous les brasiers, endurer toutes les tortures sans perdre son sourire moqueur.

Une souffrance, intérieure, ne reposant sur aucune lésion physique mais sur une fracture, une lézarde après un tremblement de taire. La prison subit le choc, protège avant de s’écrouler. Le damné regarde la clarté venant à sa rencontre. Le soleil bouge, la lumière le cherche, plus féroce que le projecteur d’un mirador, il veut reculer, disparaître dans les murs, il ne peut plus, la lumière est là… Inéluctable.



Elle revoit sa petite enfance, les heures passées devant la grande glace de sa chambre, ses parents l’accusaient de s’admirer. Faux, elle attendait celui qui ne pouvait venir que par un miroir, une porte qu’il saurait ouvrir pour lui tendre la main. Elle préparait son plus beau sourire, ses yeux guettaient… et rien ne vint.

Ses yeux…



Il ne comprend pas, ne veut pas, une nouvelle rage l’envahit, désir de refuser le picotement dans ses orbites, pas possible, pas lui.



Elle laisse couler les larmes retenues quand elle espérait sans savoir, attendait sans deviner, douces brûlures abreuvant le sol.



Qu’est-ce que cette impression sur ses joues ? Des larmes.. Lui ?

Les regrets sont faciles, admettre le présent et nier le passé revient à tout refuser puisque maintenant est le fruit d’hier.

Il sait cela, nécessité n’empêche pas l’imagination de travailler.



Elle avance, les nuages s’ouvrent, la lune apparaît, curiosité de l’univers pour une rencontre inédite, les étoiles se sont données le mot, un spectacle émouvant, perturbant, une porte se ferme sur le chemin de la vie, elle ne pourra plus reculer ni prétendre que ça n’est pas permis ! Là est la preuve, une enfant qui marche, un homme qui attend, l’oiseau avançant vers le serpent tremblant d’avoir perdu son appétit, d’avoir oublié l’usage de ses crochets, de la puissance de ses muscles, craignant le chant de la douceur, le contact de la fraîcheur. L’attraction est trop puissante pour la refuser, trop présente pour chercher ailleurs, déjà ses idées se modifient, une douleur salvatrice l’envahit, une perte qui l’allège, les maillons fondent, le lien plus fin qu’un cheveu se renforce, devient indestructible.

La main d’une enfant qui se tend.

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 06:29
L'Âme de l'Enfer - 06 
 

                                                         07

Comparer l’inconnu à un papillon peut faire sourire, comment ce qui s’est nourri de tant d’horreurs pourrait-il incarner la beauté ? N'en est-il pas l’inverse, une puissance obscure et destructrice. « C'est le mal » dit-on sur son passage, une notion qui ne les concerne pas, lui est en deçà, les autres sont au-delà ! Un prédateur est-il maléfique ? Ces choses dans les baraquements sont matière. Il s’éveille, les mots structurent ses pensées, le monde se précisant lui renvoie sa réalité.

Quelle différence entre gardiens et prisonniers ; lui et eux ?

Est-ce le moment de s'interroger, le lieu, et cette enfant qui l'observe. Pour lui la nuit n'existe pas, il y voit parfaitement, elle sûrement pas.

Un trouble nouveau l'envahit, le cœur qu’il n’a plus voudrait battre, trop tard pour apprendre, un sentiment inutilisé s'éteint. Sait-il ce qu’il ressent. Une attraction qu’il ne peut nommer, comme un monde espéré, enfin proche mais inaccessible. Un regard immense, des yeux lumineux qui l’obligent à baisser les paupières, pour la première fois.

L’adversité fut pour lui source de satisfactions innombrables, cette fois ce n’est pas un ennemi qu’il découvre, c’est pire. Il cherche la haine, le rejet et ne trouve que curiosité, se peut-il que dans l’océan de haine qu’est le monde se trouve une île de lumière. Sa malédiction fut de s’en approcher pour la sentir reculer, s’allier à l’horizon et disparaître, le regardant s’épuiser sans pouvoir renoncer, cherchant en soi des ressources pour se traîner où la raison voudrait qu’il renonçât ? Comment renoncer, il ne sait pas mourir, la sortie dans son dos est refermée. Continuer, désespérer, retrouver la force d’un pas de plus. Il n’en est pas là, son esprit lui montre un futur improbable, ce qu’il désire c’est cela, s’épuiser, faire d'un instant une souffrance, un échec rassurant, confirmant la supériorité du destin, lui le subit sans l’influencer. Il pourrait partir, laisser ce regard trop pur le suivre, le brûler, il pourrait… Mais il ne le fera pas, sûrement pas. La chance s’offre d’une autre voie, les horreurs passées sont impardonnables, ce n’est pas une raison pour les récupérer, pour vider les poubelles de sa conscience et rechercher des restes de restes. La compassion est inconnue au bataillon, des morts jalonnant son chemin il ne retient rien, le remord serait une chance, un signe de conscience, il ne peut se forcer, pas même face à… Que ferait-il alors ? Question vaine, ce qu’il sent est un pouvoir sans limite, non que ce dernier grandisse, en tournant son attention vers lui il le découvre, en perçoit la faiblesse. Celle du moment, d'assimiler ce qu'il dévora, éveillé il emportera tout sur son passage. Une faiblesse, une seule force également, équilibre parfait, une force tapie au cœur de chaque chose sans qu’il puisse préciser, ces mots expriment ce qu’il ressent, un moule imprécis, incapable de détailler, de s’approcher, donnant une idée générale, la réalité dense d’un pouvoir dont les limites croissent avec l’univers.

Heureusement il ne comprend pas tout ce qu’il dit.

Pour l’instant !

Les regards transpercent le temps, se cherchent, tenaillés par la peur de se trouver, angoissés de se découvrir dans les yeux de l’autre. Il ne sait plus reculer, la haine reflue. Que faire ? Aboyer un ordre, bredouiller des paroles sulfuriques ?

D’une dernière braise peut surgir le feu salvateur, non pour assurer la continuité de la vie mais pour que le néant l’accepte. Une dissolution sans absolution, le néant comme seule chance d’être différent.

Ambiance étrange d’un monde d’ombres, théâtre à l’intérieur duquel s’agitent d’informes silhouettes, voilà que deux s’arrêtent, se font face, pire, se comprennent, s’apprécient. Les opposés se rapprochent dit-on, jamais exemple plus fort n’existera que celui-ci.

Il voudrait… Mais il ne peut plus. L’odeur de la mort ne le dégoûte pas mais cela pourrait arriver, l'atroce devrait faire vaccin, repousser les pensées agréables, les promesses d’un monde meilleur. C’est un piège, il fait face au pire monstre qui soit : un masque de pureté ! l’insupportable clarté de la vérité ?

Mots qu’il découvre, dangereux par ce qu’ils dessinent, ce qu’ils esquissent, tout cela était prévu, il se croit libre, apte à ressentir… Illusion ! Qu’il fasse un pas et la laisse se tendra, qu’il ait un espoir, qu’il veuille parler et une force incoercible le tirera en arrière dans un ricanement de joie malsaine. La joie ne l’est-il pas toujours ? Ce qu’il connut fut-il différent, son plaisir quand il… Il…

Ils ?



Elle, oui… Le mot est plus joli.

                                        * * *

Où suis-je ? Qui suis-je ? Trop d’images dans ma tête, impressions qui m’envahissent, me dispersent, que m’est-il arrivé ? Comprendre ce qui s’est produit, où je me trouve viendra après. Organiser les mots, les pensées, choisir, ordonner. Je suis je. Le flot m’emporte, je le sens autour de moi, en moi, j’en fais parti, il ne me détruit pas, il me porte, me soutient et ne me détruira plus. Il aurait pu, je n’ai pas cédé, sans vouloir, je me souviens d’un choc, violent, je suis toujours là, un être sans nom ni visage, les mots manquent, cela viendra, je sais ! Patience, ne rien forcer, rester ouvert. Le temps a-t-il un sens ici ? Il est la surface sur laquelle je surnage. Je vois l’image, j’entends les mots, je perçois la violence qui m’emporte. Elle n’est pas hostile, force brute, utilisable si je parviens à l'absorber. Un pas, une marche, l’esprit sait avoir une destination bien qu’il ignore laquelle. Le temps est complice, pouvoir dont j’ai faculté d’utilisation si je l’assume sans reculer le moment venu. Les événements m’entraînent, ma mémoire est confuse mais rien n’est perdu, la connaissance est à disposition de ma volonté quand elle sera suffisamment forte pour la contrôler. Une grande puissance, une énergie à apprécier lentement pour ne pas me disloquer. Ce risque est une chance, il montre deux chemins, le plus brillant, mêlant chaleur et réussite, piège ; l’autre, sombre, tortueux… lui conduit à une vraie destination, promesse d’avenir. Prendre le bon, l’erreur ne m’emportera pas comme jadis. Je ressens les échos de chocs anciens dont les cicatrices sont autant de marques de regrets de situations que je ne voulus pas, chacune pouvant m’anéantir sans que je sois capable de les apprécier, cela valait mieux. Lucide, j’aurais renoncé au combat, le découragement prend celui qui constate qu’elle cime il veut gravir. Le chemin sera long, j’atteins au pouvoir le plus important, né de la lucidité, fille de la compréhension, les difficultés sont autant d’aliments suscitant en moi émotions et ressentis, un déferlement de forces dont je saurais me sustenter. Les mots sont jolis, doux, tentant, chaque pas à son sens, j’avance vers moi.

Moi ?

Je suis quelque chose ? Quelqu’un ? Je ne sais ni d’où je viens ni où je vais. Pas de choix, pas à moi de dire ce que je veux, de possibilité de trier, tout est à accueillir, je ne céderais plus à mes vieux démons, me laisser saisir par l’action, surtout ne plus penser ! Je me souviens de douleurs, il y a longtemps, j’étais un enfant… Maintenant ? Adulte, vieux… Pas de responsabilité du vouloir, emporté par le pouvoir de la conscience sachant sur quoi elle repose, de quelle puissance elle dispose. Je sais cela, et plus, presque trop. Ne pas me laisser subjuguer par des impressions trop vastes, des paysages si beaux que je voudrais m’y perdre, les intégrer pour toucher à un absolu dont je réaliserai trop tard qu’il n’est qu’un désert de cendres parsemé de mirages dont aucun n’est une réalité accessible, aimante.

Je suis, je pense, je sais ! Souvenir de cet enfant, loin et proche à la fois. Le temps est différent, j’en ai peu, je suis jeune par rapport à lui. Fait-il une différence entre ma naissance et maintenant ? Un espace réduit mais pour moi ce laps est immense. Je me sens comme ces poupées gigognes, mais inversées. Impossible de trouver le grand dans le petit ? Quelle importance, je ne suis pas dans le réel, je ne suis pas là pour faire cadrer mes impressions, mes souvenirs, mes pensées avec une réalité n’ayant plus de sens.

Sens ?

Que sont devenus les miens ? Combien en ai-je ? Cinq ? Non, plus, ce chiffre vient d'un symbolisme primitif, détail, regarder le réel, de ce présent, ce qui importe est ce que je sens, ce que je suis, là, maintenant. Difficultés attractives, raison de progresser, peu importe les errements, le doute. Résister à la tentation de renoncer, au découragement. Je peux faire mieux, pire.

Enfance ! la mienne : petit garçon dans la ville, des immeubles, des gens ne me regardant pas, que je ne veux pas voir. Honte, peur, refus de part et d’autre, un comportement apprécié, copié. Regrets ? Non, souffrances souvent, désir de mort, mais ce sont des impressions du passé, maintenant c’est autrement, et plus. Enfance ! petit garçon, un pont, l’eau noire, je passe souvent, la ville d’un côté, la nature de l’autre, une montagne, des arbres, des murs, traces du passé. Ruines, squelette d’un siècle que je n’ai pas connu… Souvenirs volés, entendus, des dessins, mais le pont est entre deux mondes.

Entre deux mondes ? Deux époques, deux vies, intermédiaire entre deux périodes que je peux comprendre, simultanément, retrouver le passé me donnera l’assise pour comprendre le futur. Je sais la logique de cette organisation. Comprise, la vie n’est pas hostile, à son élu d’accepter ses règles. Moi je les connais, je les apprécie, elles sont le squelette de mon existence, cette surface sur laquelle je peux tenir, sur laquelle je peux être, en méritant ce terme. Je sais l’enfance, ce petit garçon, je le revois sur une photo : hiver, manteau, un bonnet, une paire de lunettes, l’air de s’interroger sur sa présence, sur ce qu’il est et n’est pas. Je devine le rêve derrière ces yeux. Au réel hostile il abandonne un minimum et construit un palais idéal en son esprit. La perfection est un piège, vouloir l'incarner implique d'effacer les autres et leur monde fictif. Apparences aux comportements machinaux. Il aurait pu être ainsi, entrer dans son univers pour n'en plus sortir. Il faillit céder mais se retint à des images... Non ! Une seule, fillette aux cheveux noirs, si jolie… Elle l'accompagne quand il s'endort, lui permet de ne pas quitter la réalité des autres tout en vivant dans la sienne. Ainsi, fut-il longtemps sur ce pont. J’en sais l’importance et pourquoi cette photo est ce qui me revient en premier, symbole de ce que je suis toujours comme lui… Je suis lui, il est moi ! Le temps est une illusion oublier la violence de l’éternité, c’est voir un monde en deux dimensions, comme une psyché renvoyant des images sans profondeur ni perspective, un miroir de pensées refusant d’être digne de leur nature profonde.

Ces termes sont compliqués, je suis encore ce petit garçon, il est déjà moi, je vis en lui, une menace autant qu’une promesse. Entre les réalités tout est possible, la normalité n’a plus, ou pas encore, cours.

L’enfant, la nature, un parc immense, un massif montagneux, des murs, remparts d’un autre temps… Pourquoi en ai-je besoin ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Un grand travail est à faire, je suis là pour cela. J’ai eu envie de dire non, de céder quand… Quand quoi ? Le rideau d’un beau rouge, sang, tombait lentement. J’ai choisis mon côté, sachant qu’en le laissant choir il m'isolerait des autres, je serais prisonnier des ténèbres. De l’autre côté est le chemin tortueux, la lumière, les regards, la présence qui me fait souffrir peut m’apporter la vie. Mélanger serait passionnant, laisser le rideau m’ensevelir, faire guillotine s’il a ce pouvoir… Me couper en deux ! Est-ce ce qui arriva ? Un peu d’un côté, beaucoup de l’autre. Rester sur ce pont est tentant, du mauvais côté, noyant mes pensées et mes espoirs dans la surface molle d’un suaire tissé de lâcheté, de peur, de renoncement et de servilité, faisant semblant de désirer ce à quoi j’aurais renoncé, idolâtrant le mur me séparant de la vie, de moi-même.

Est venue l’heure du choix. Retrouver des images, des émotions… cet enfant ? Je n’ai plus rien à lui demander, il m’a tout dit, plus de secret entre nous et je lui dois beaucoup. Il me nourrit et je lui apporte la paix qu’il attendait. La force de l’espoir vient de la souffrance qu’il génère, de ce qu’il fait sortir de soi. Violence, torture, douleur ; j’ai voulu souffrir, me suis nourri du martyr, ai détruit, fait mal, joui du mal infligé. Retournant l’arme contre moi, le sang coula, pulsion destructrice, que reste de moi une flaque malodorante. Ma force fut insuffisante, je me mutilai pour ne pas me détruire en lacérant mon esprit. Mon corps aurait-il survécu ? Un légume attendant de pourrir, sans être ni vouloir, alors IL/JE aurait ouvert les yeux et la souffrance nous aurait emporté pour une éternelle malédiction.

Des mots, encore, une chaîne qui plonge dans un… Je le sais ! Plus de doute, l’importance est d’oser, elle plonge dans un puits !

Un puits ?

Lequel ?

Un puits est comme un pont en plus lâche. Rester où l’on est pour puiser ailleurs, le pont laisse la possibilité d’aller, soi, de l’autre côté.

Les deux peuvent ne plus faire qu’un. Là est le symbole, inutile de chercher une réalité qui serait plus qu’une illustration, donnant à une impossible réalité la puissance révélatrice dans mon esprit.

Symboles, union des contraires, accouplement à la progéniture riche et nourrissante. Quel être mythique se nourrit-il de ses enfants ? J’ai des difficultés avec les noms, encore maintenant, ici. Dire mon nom serait-ce m'éveiller ? Je sais quel puits de chair me vomit, m’expulsa couvert d’un linceul de glaire et de sang, d’un ichor délicat dont mes lèvres furent humectées, goût étrange que je n’ai pu oublier.

Plaisir des lèvres, rouge sur rouge, goût et dégoût, ai-je connu trop tôt la futilité d’un plaisir derrière lequel je n’aurais fait que courir ?

Réponse absente, dommage. Plus tard, bientôt, le temps n’a plus de sens, je puise dans le passé. La chaîne est lourde, le seau rempli d’émotions, d’images, de douleurs, chaque affect est une pièce de mon être, un peu de cette âme incomplète que je recèle, un trésor en forme de douleur, une souffrance en forme de lumière, palpitant dans mes doigts, brûlant mes chairs, dévorant mon esprit, le purifiant jusqu’à n’en laisser qu’une braise que le souffle de la vie anéantira pour une éternelle seconde.

Comprendre. Le puits est ouvert, une naissance, impossibilité de rester entre les deux, la mort pousse, la mort incite, devant c’est la vie qui sourit et son apparence est plus hideuse que celle dont c’est la raison d’être pour ces faibles esprits reclus dans leurs cavernes de rites. Autant grossir le barreau, autant mettre ses poings contre ses paupières, refuser la lumière est plus douloureux que l’accepter !

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