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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 06:29
L'Âme de l'Enfer - 06 
 

                                                         07

Comparer l’inconnu à un papillon peut faire sourire, comment ce qui s’est nourri de tant d’horreurs pourrait-il incarner la beauté ? N'en est-il pas l’inverse, une puissance obscure et destructrice. « C'est le mal » dit-on sur son passage, une notion qui ne les concerne pas, lui est en deçà, les autres sont au-delà ! Un prédateur est-il maléfique ? Ces choses dans les baraquements sont matière. Il s’éveille, les mots structurent ses pensées, le monde se précisant lui renvoie sa réalité.

Quelle différence entre gardiens et prisonniers ; lui et eux ?

Est-ce le moment de s'interroger, le lieu, et cette enfant qui l'observe. Pour lui la nuit n'existe pas, il y voit parfaitement, elle sûrement pas.

Un trouble nouveau l'envahit, le cœur qu’il n’a plus voudrait battre, trop tard pour apprendre, un sentiment inutilisé s'éteint. Sait-il ce qu’il ressent. Une attraction qu’il ne peut nommer, comme un monde espéré, enfin proche mais inaccessible. Un regard immense, des yeux lumineux qui l’obligent à baisser les paupières, pour la première fois.

L’adversité fut pour lui source de satisfactions innombrables, cette fois ce n’est pas un ennemi qu’il découvre, c’est pire. Il cherche la haine, le rejet et ne trouve que curiosité, se peut-il que dans l’océan de haine qu’est le monde se trouve une île de lumière. Sa malédiction fut de s’en approcher pour la sentir reculer, s’allier à l’horizon et disparaître, le regardant s’épuiser sans pouvoir renoncer, cherchant en soi des ressources pour se traîner où la raison voudrait qu’il renonçât ? Comment renoncer, il ne sait pas mourir, la sortie dans son dos est refermée. Continuer, désespérer, retrouver la force d’un pas de plus. Il n’en est pas là, son esprit lui montre un futur improbable, ce qu’il désire c’est cela, s’épuiser, faire d'un instant une souffrance, un échec rassurant, confirmant la supériorité du destin, lui le subit sans l’influencer. Il pourrait partir, laisser ce regard trop pur le suivre, le brûler, il pourrait… Mais il ne le fera pas, sûrement pas. La chance s’offre d’une autre voie, les horreurs passées sont impardonnables, ce n’est pas une raison pour les récupérer, pour vider les poubelles de sa conscience et rechercher des restes de restes. La compassion est inconnue au bataillon, des morts jalonnant son chemin il ne retient rien, le remord serait une chance, un signe de conscience, il ne peut se forcer, pas même face à… Que ferait-il alors ? Question vaine, ce qu’il sent est un pouvoir sans limite, non que ce dernier grandisse, en tournant son attention vers lui il le découvre, en perçoit la faiblesse. Celle du moment, d'assimiler ce qu'il dévora, éveillé il emportera tout sur son passage. Une faiblesse, une seule force également, équilibre parfait, une force tapie au cœur de chaque chose sans qu’il puisse préciser, ces mots expriment ce qu’il ressent, un moule imprécis, incapable de détailler, de s’approcher, donnant une idée générale, la réalité dense d’un pouvoir dont les limites croissent avec l’univers.

Heureusement il ne comprend pas tout ce qu’il dit.

Pour l’instant !

Les regards transpercent le temps, se cherchent, tenaillés par la peur de se trouver, angoissés de se découvrir dans les yeux de l’autre. Il ne sait plus reculer, la haine reflue. Que faire ? Aboyer un ordre, bredouiller des paroles sulfuriques ?

D’une dernière braise peut surgir le feu salvateur, non pour assurer la continuité de la vie mais pour que le néant l’accepte. Une dissolution sans absolution, le néant comme seule chance d’être différent.

Ambiance étrange d’un monde d’ombres, théâtre à l’intérieur duquel s’agitent d’informes silhouettes, voilà que deux s’arrêtent, se font face, pire, se comprennent, s’apprécient. Les opposés se rapprochent dit-on, jamais exemple plus fort n’existera que celui-ci.

Il voudrait… Mais il ne peut plus. L’odeur de la mort ne le dégoûte pas mais cela pourrait arriver, l'atroce devrait faire vaccin, repousser les pensées agréables, les promesses d’un monde meilleur. C’est un piège, il fait face au pire monstre qui soit : un masque de pureté ! l’insupportable clarté de la vérité ?

Mots qu’il découvre, dangereux par ce qu’ils dessinent, ce qu’ils esquissent, tout cela était prévu, il se croit libre, apte à ressentir… Illusion ! Qu’il fasse un pas et la laisse se tendra, qu’il ait un espoir, qu’il veuille parler et une force incoercible le tirera en arrière dans un ricanement de joie malsaine. La joie ne l’est-il pas toujours ? Ce qu’il connut fut-il différent, son plaisir quand il… Il…

Ils ?



Elle, oui… Le mot est plus joli.

                                        * * *

Où suis-je ? Qui suis-je ? Trop d’images dans ma tête, impressions qui m’envahissent, me dispersent, que m’est-il arrivé ? Comprendre ce qui s’est produit, où je me trouve viendra après. Organiser les mots, les pensées, choisir, ordonner. Je suis je. Le flot m’emporte, je le sens autour de moi, en moi, j’en fais parti, il ne me détruit pas, il me porte, me soutient et ne me détruira plus. Il aurait pu, je n’ai pas cédé, sans vouloir, je me souviens d’un choc, violent, je suis toujours là, un être sans nom ni visage, les mots manquent, cela viendra, je sais ! Patience, ne rien forcer, rester ouvert. Le temps a-t-il un sens ici ? Il est la surface sur laquelle je surnage. Je vois l’image, j’entends les mots, je perçois la violence qui m’emporte. Elle n’est pas hostile, force brute, utilisable si je parviens à l'absorber. Un pas, une marche, l’esprit sait avoir une destination bien qu’il ignore laquelle. Le temps est complice, pouvoir dont j’ai faculté d’utilisation si je l’assume sans reculer le moment venu. Les événements m’entraînent, ma mémoire est confuse mais rien n’est perdu, la connaissance est à disposition de ma volonté quand elle sera suffisamment forte pour la contrôler. Une grande puissance, une énergie à apprécier lentement pour ne pas me disloquer. Ce risque est une chance, il montre deux chemins, le plus brillant, mêlant chaleur et réussite, piège ; l’autre, sombre, tortueux… lui conduit à une vraie destination, promesse d’avenir. Prendre le bon, l’erreur ne m’emportera pas comme jadis. Je ressens les échos de chocs anciens dont les cicatrices sont autant de marques de regrets de situations que je ne voulus pas, chacune pouvant m’anéantir sans que je sois capable de les apprécier, cela valait mieux. Lucide, j’aurais renoncé au combat, le découragement prend celui qui constate qu’elle cime il veut gravir. Le chemin sera long, j’atteins au pouvoir le plus important, né de la lucidité, fille de la compréhension, les difficultés sont autant d’aliments suscitant en moi émotions et ressentis, un déferlement de forces dont je saurais me sustenter. Les mots sont jolis, doux, tentant, chaque pas à son sens, j’avance vers moi.

Moi ?

Je suis quelque chose ? Quelqu’un ? Je ne sais ni d’où je viens ni où je vais. Pas de choix, pas à moi de dire ce que je veux, de possibilité de trier, tout est à accueillir, je ne céderais plus à mes vieux démons, me laisser saisir par l’action, surtout ne plus penser ! Je me souviens de douleurs, il y a longtemps, j’étais un enfant… Maintenant ? Adulte, vieux… Pas de responsabilité du vouloir, emporté par le pouvoir de la conscience sachant sur quoi elle repose, de quelle puissance elle dispose. Je sais cela, et plus, presque trop. Ne pas me laisser subjuguer par des impressions trop vastes, des paysages si beaux que je voudrais m’y perdre, les intégrer pour toucher à un absolu dont je réaliserai trop tard qu’il n’est qu’un désert de cendres parsemé de mirages dont aucun n’est une réalité accessible, aimante.

Je suis, je pense, je sais ! Souvenir de cet enfant, loin et proche à la fois. Le temps est différent, j’en ai peu, je suis jeune par rapport à lui. Fait-il une différence entre ma naissance et maintenant ? Un espace réduit mais pour moi ce laps est immense. Je me sens comme ces poupées gigognes, mais inversées. Impossible de trouver le grand dans le petit ? Quelle importance, je ne suis pas dans le réel, je ne suis pas là pour faire cadrer mes impressions, mes souvenirs, mes pensées avec une réalité n’ayant plus de sens.

Sens ?

Que sont devenus les miens ? Combien en ai-je ? Cinq ? Non, plus, ce chiffre vient d'un symbolisme primitif, détail, regarder le réel, de ce présent, ce qui importe est ce que je sens, ce que je suis, là, maintenant. Difficultés attractives, raison de progresser, peu importe les errements, le doute. Résister à la tentation de renoncer, au découragement. Je peux faire mieux, pire.

Enfance ! la mienne : petit garçon dans la ville, des immeubles, des gens ne me regardant pas, que je ne veux pas voir. Honte, peur, refus de part et d’autre, un comportement apprécié, copié. Regrets ? Non, souffrances souvent, désir de mort, mais ce sont des impressions du passé, maintenant c’est autrement, et plus. Enfance ! petit garçon, un pont, l’eau noire, je passe souvent, la ville d’un côté, la nature de l’autre, une montagne, des arbres, des murs, traces du passé. Ruines, squelette d’un siècle que je n’ai pas connu… Souvenirs volés, entendus, des dessins, mais le pont est entre deux mondes.

Entre deux mondes ? Deux époques, deux vies, intermédiaire entre deux périodes que je peux comprendre, simultanément, retrouver le passé me donnera l’assise pour comprendre le futur. Je sais la logique de cette organisation. Comprise, la vie n’est pas hostile, à son élu d’accepter ses règles. Moi je les connais, je les apprécie, elles sont le squelette de mon existence, cette surface sur laquelle je peux tenir, sur laquelle je peux être, en méritant ce terme. Je sais l’enfance, ce petit garçon, je le revois sur une photo : hiver, manteau, un bonnet, une paire de lunettes, l’air de s’interroger sur sa présence, sur ce qu’il est et n’est pas. Je devine le rêve derrière ces yeux. Au réel hostile il abandonne un minimum et construit un palais idéal en son esprit. La perfection est un piège, vouloir l'incarner implique d'effacer les autres et leur monde fictif. Apparences aux comportements machinaux. Il aurait pu être ainsi, entrer dans son univers pour n'en plus sortir. Il faillit céder mais se retint à des images... Non ! Une seule, fillette aux cheveux noirs, si jolie… Elle l'accompagne quand il s'endort, lui permet de ne pas quitter la réalité des autres tout en vivant dans la sienne. Ainsi, fut-il longtemps sur ce pont. J’en sais l’importance et pourquoi cette photo est ce qui me revient en premier, symbole de ce que je suis toujours comme lui… Je suis lui, il est moi ! Le temps est une illusion oublier la violence de l’éternité, c’est voir un monde en deux dimensions, comme une psyché renvoyant des images sans profondeur ni perspective, un miroir de pensées refusant d’être digne de leur nature profonde.

Ces termes sont compliqués, je suis encore ce petit garçon, il est déjà moi, je vis en lui, une menace autant qu’une promesse. Entre les réalités tout est possible, la normalité n’a plus, ou pas encore, cours.

L’enfant, la nature, un parc immense, un massif montagneux, des murs, remparts d’un autre temps… Pourquoi en ai-je besoin ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Un grand travail est à faire, je suis là pour cela. J’ai eu envie de dire non, de céder quand… Quand quoi ? Le rideau d’un beau rouge, sang, tombait lentement. J’ai choisis mon côté, sachant qu’en le laissant choir il m'isolerait des autres, je serais prisonnier des ténèbres. De l’autre côté est le chemin tortueux, la lumière, les regards, la présence qui me fait souffrir peut m’apporter la vie. Mélanger serait passionnant, laisser le rideau m’ensevelir, faire guillotine s’il a ce pouvoir… Me couper en deux ! Est-ce ce qui arriva ? Un peu d’un côté, beaucoup de l’autre. Rester sur ce pont est tentant, du mauvais côté, noyant mes pensées et mes espoirs dans la surface molle d’un suaire tissé de lâcheté, de peur, de renoncement et de servilité, faisant semblant de désirer ce à quoi j’aurais renoncé, idolâtrant le mur me séparant de la vie, de moi-même.

Est venue l’heure du choix. Retrouver des images, des émotions… cet enfant ? Je n’ai plus rien à lui demander, il m’a tout dit, plus de secret entre nous et je lui dois beaucoup. Il me nourrit et je lui apporte la paix qu’il attendait. La force de l’espoir vient de la souffrance qu’il génère, de ce qu’il fait sortir de soi. Violence, torture, douleur ; j’ai voulu souffrir, me suis nourri du martyr, ai détruit, fait mal, joui du mal infligé. Retournant l’arme contre moi, le sang coula, pulsion destructrice, que reste de moi une flaque malodorante. Ma force fut insuffisante, je me mutilai pour ne pas me détruire en lacérant mon esprit. Mon corps aurait-il survécu ? Un légume attendant de pourrir, sans être ni vouloir, alors IL/JE aurait ouvert les yeux et la souffrance nous aurait emporté pour une éternelle malédiction.

Des mots, encore, une chaîne qui plonge dans un… Je le sais ! Plus de doute, l’importance est d’oser, elle plonge dans un puits !

Un puits ?

Lequel ?

Un puits est comme un pont en plus lâche. Rester où l’on est pour puiser ailleurs, le pont laisse la possibilité d’aller, soi, de l’autre côté.

Les deux peuvent ne plus faire qu’un. Là est le symbole, inutile de chercher une réalité qui serait plus qu’une illustration, donnant à une impossible réalité la puissance révélatrice dans mon esprit.

Symboles, union des contraires, accouplement à la progéniture riche et nourrissante. Quel être mythique se nourrit-il de ses enfants ? J’ai des difficultés avec les noms, encore maintenant, ici. Dire mon nom serait-ce m'éveiller ? Je sais quel puits de chair me vomit, m’expulsa couvert d’un linceul de glaire et de sang, d’un ichor délicat dont mes lèvres furent humectées, goût étrange que je n’ai pu oublier.

Plaisir des lèvres, rouge sur rouge, goût et dégoût, ai-je connu trop tôt la futilité d’un plaisir derrière lequel je n’aurais fait que courir ?

Réponse absente, dommage. Plus tard, bientôt, le temps n’a plus de sens, je puise dans le passé. La chaîne est lourde, le seau rempli d’émotions, d’images, de douleurs, chaque affect est une pièce de mon être, un peu de cette âme incomplète que je recèle, un trésor en forme de douleur, une souffrance en forme de lumière, palpitant dans mes doigts, brûlant mes chairs, dévorant mon esprit, le purifiant jusqu’à n’en laisser qu’une braise que le souffle de la vie anéantira pour une éternelle seconde.

Comprendre. Le puits est ouvert, une naissance, impossibilité de rester entre les deux, la mort pousse, la mort incite, devant c’est la vie qui sourit et son apparence est plus hideuse que celle dont c’est la raison d’être pour ces faibles esprits reclus dans leurs cavernes de rites. Autant grossir le barreau, autant mettre ses poings contre ses paupières, refuser la lumière est plus douloureux que l’accepter !

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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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