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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 06:44
L'Âme de l'Enfer - 13 
 

                                                  14

J’évoquais mon enfance, la mort dans la nuit, ce que je dois à ce père que j’ai laissé mourir sans regret mais avec quelques remerciements.

Remonter le temps pour atteindre l'univers gestant. Utiliser encore et encore des mots jusqu'à pouvoir définir ce souvenir de l'Origine qui me hante depuis toujours. Progresser au hasard, mené plus par l'instinct que la réflexion, chaque mot est une marche sur le néant mais je crains que de ne jamais atteindre le palier ultime et qu'un autre ne doive prendre le relais comme je le fis moi-même n'ayant pour repère du réel qu'un phare céruléen.

Le silence fait mal. Tout est perdu for l’éternité ai-je envie de hurler. Constater mon destin me fait frissonner de fatigue, de désespoir, retrouver des relents d’humanité, restes d’une vie rêvée si fort que ses ruines subsistent en moi. Je me souviens de l’ombre l’habitant… Si je lâche ce phare serais-je perdu ou plus près d’elle ?

Forteresse, phare, poste frontière au-delà duquel je ne devrais pas aller. L’interdiction est là pour être violée. L’univers est né ainsi ?

Avancer, m'y plonger, mourir pour renaître... Tant de chemin encore alors que le temps file entre mes phrases, me donnant une vie dont je sais quel prix elle réclame pour être utilisée, acceptée.

Aimée ?

Pas question de demander de l’aide, pas maintenant, pas ici, cet endroit est une source de savoir, une résurrection impose l’élimination du superflu. Bébé s'accroche à son nounours, mais moi, qu'ai-je pour me retenir ? Il est temps de grandir. J’admire ma plasticité cérébrale, mon esprit assez flou pour tout endurer. La surface du temps est à quelques pensées d’ici.

Ce qui fut tient en totalité devant moi, le voyage est aussi long de reculer d’un jour ou d’un millénaire. L’esprit le permet, considéré comme un concept physique définissable. Révélé à lui-même il affirmera ses prérogatives et ses aptitudes. Ni pouvoir, ni magie, sans besoin d’un savoir immense. Refusant les contraintes dans un monde qui parle de liberté comme d’un paradis mais vide le mot de son pouvoir subversif. Plus une société est contraignante plus elle parle de libertés, au pluriel, de droits, au pluriel, des mots qui avec un s ne sont plus que des arguments.

Reculer jusqu’à l’explosion originelle. Un grain infime, une chaleur intense, une densité inconcevable. Tout dans presque rien.

Il n’y a de frontière que celle d’une cage aux barreaux cristallins. Le monde se fige, refuse, ferme les yeux espérant sortir d’un cauchemar d’autant plus terrifiant qu’il est la réalité la plus nue.

L’Aube, l’explosion primordiale, une frontière, comme la forteresse, le phare. Un point au-delà duquel je suis tenté d’aller pour découvrir le présent et plus une infinité de maintenant.

Quelqu’un m’attend, caché dans mon ombre ou moi dans la sienne ? Je m’extraie d’un moule de souffrances, animé sans l’avoir voulu.

J’aime voir mes qualités comme des malédictions, mais je traverse le gouffre lucidement. Trop longtemps je me crus pétrifié à mi-chemin, attendant la volonté qui m’imposerait son choix. Je voulais son aide dans une direction alors que c’était l’inverse qu’elle désirait.

Je suis sur l’autre berge, je superpose les images. Une rive, un gouffre, ceci, cela, son contraire… Un peu de simplicité me ferait le plus grand bien, un peu de maturité… Est-ce trop demander ?

Je sais que non, à moi de le prouver.

                                        * * *

La réalité est justificatrice, il le sait en contemplant l’enfant devant lui. En acceptant ses péchés dirait un croyant. En toute volonté !

Un regard de ciel qu’il voudrait débordant de refus, lui intimant l’ordre de renoncer à ce voyage vers une conscience maudite. Il voulait, lui ?

La haine fut si forte, la violence si grande. Tout a disparu, noyé dans l'émotion qu’il découvre, naufragé de l’éternité sur une terre fragile mais riche de mystères, nourrissant les miracles de l’avenir. Il en sait trop pour renoncer et le sourire devant lui est une tache de clarté insoutenable sur un fond d’une insondable noirceur.

- Il ne faut pas avoir peur, il ne faut plus.

Il hésite, elle parle ! N’est-elle pas un pion entre ses pensées ?

- Nous sommes des pantins pouvant lever la tête et apercevoir les fils qui nous meuvent. Facile de se cacher derrière une autre volonté. Je sais qui tu es, quel chemin fut le tien, je perçois le bruit du temps. Ce lieu est celui que tu voulus, un rempart d’atrocités derrière lequel tu te sens à l’abri. Le refuser est vain, tu le sais. Je devrais avoir peur, hurler, je ne peux pas, je ne sais plus, dans ma tête tant de cris ont résonné depuis la mort de mon grand-père. Nous savons quel destin nous est promis, pas sa cause, s’il y en a une. Victimes promises à une voracité entrevue par-delà la souffrance, derrière le masque de charognes dont elle se voile comme pour une épreuve. Gorgone pétrifiante, niant la part terrifiante que chacun nourrit en l’oubliant. Suis-je un spectre vide d’avoir trop compris, chambre d’écho de tes pensées intimes. Une enfant manque de mots. Logique, il importe que mon vocabulaire soit limité pour restreindre ma compréhension comme le fut, gamin, le tien ! Comment résister en sachant ce que je ressens derrière un temps qui ne se limite plus au présent ? Tout est ouvert, notre passé, l’avenir vers lequel nous voguons. J’ai ressenti le gouffre ouvert en toi et le savoir qui, libéré, t'envahit. Une présence hors du temps, où en lui depuis toujours, une facette du réel qui nous paraît hostile parce que nous en sommes d’infimes parties et que cela nous effraie. Je sais où nous sommes, ce qui se passa. J’ai perçu le regard de celui qui nous observe, il sait, la mort viendra le prendre, la folie se fit miséricorde pour anéantir ses pensées, ses souffrances. N’est-elle pas, parfois, le linceul étouffant une lucidité trop vive ? Je vois dans tes yeux les épreuves que tu subis, les batailles dont tu fus plus témoin qu’acteur, là pour enregistrer, pour apprendre sur ce qui se passait. Entend mes paroles et retiens ce que tu peux, ce sera différent de ce que tu espères. Tu te voulus monstre absolu, masse informe ayant apparence humaine. Tu es un homme qui céda à une force vitale pour lui permettre d’avancer masquée face à elle-même. Ta conscience a grandi, si je suis une enfant c’est que toi-même, malgré les millénaires, tu n’es que cela. Une vie s'évalue par une évolution intérieure plus que par les années. Nous sommes des enfances, condamnées à disparaître sans nous éteindre, ou à nous éteindre sans disparaître, laissant les traces de nos vies pour que d’autres, nous, adultes, apprenions de ce par quoi nous venons de passer, le temps d’un pas, un pied traverse l’espace, il va se poser, nous somme le pied resté en arrière qui bientôt passera devant, nous sommes l’empreinte dont le temps a besoin pour se retrouver.

Comment répondre aux mots qui chantent ?

- Nous sommes protégés par des circonstances-cocon traduisant un réalité indicible. De morts, de cendres, de haine et de désespoir il menace d’étouffer la nymphe à l’intérieur. Éveillée elle puisera la force de briser la protection menaçant de la détruire. Geôle à l’intérieur de laquelle la vie oublie l’extérieur. Tu as vu cette forteresse, cette image de la patience ; enfance de la Vie façonnant de ses pensées créatures et vérités dont elle entend ensuite percer le sens. Chacune de ses réalisations est un miroir à l’intérieur duquel elle se cherche. Bientôt elle saura, nos âmes seront emportées par une violence dépassant le sens de ce mot, par un souffle nourrissant la vie même. Moi je ne comprends pas, toi… bientôt tu l’oseras ! Jouons nos rôles, l’avenir paraîtra plus plaisant. Tu peux parler, ce n’est pas à moi de faire les frais de la conversation, c’est trop facile.

- Je sais… Ici ces mots ont un sens précis insupportable.

- Crains-tu des émotions inconnues ? Mourir en réalisant pourquoi.

- N’importe qui crains la mort.

- Tu n’es pas n’importe qui ! Ta vie fournira la solution.

- J’ai fait tant d’erreurs, tant d’horreurs.

- Parles-tu pour ce qui nous entoure ? Horreurs Oui ! Erreurs non ! Ils ne comprendront pas. C’est l’inéluctable, regretter est une trahison, l’avenir est un possible douteux, il ne nous appartient pas, nous ne l’aurons pas comme souvenir. Épuisons-nous et gagnons le silence. 

- C’est si proche maintenant.

- Tu le crains ?

- Oui, j’ai tant vécu.

- En es-tu sûr ?

- Non ! j’ai cru que des millions de jours signifiaient une longue vie, c’est faux, il y eut si peu se reproduisant, j’ai traversé le temps en arrêtant mon cœur, en cédant à une envie qui avait besoin de moi. Elle s’approche, le risque est grand qu’en se déchaînant elle ravage le monde pour n’en laisser qu’un désert nu.

- Serait-ce grave ?

- Non. Ce qui échouerait par nous réussirait par d’autres, ailleurs. Il n’empêche qu’un reste de vanité intervient pour que je désire n’avoir pas fait ce chemin pour rien.

- Tu n’as pas à déplorer ce désir, il signifie que tu ressens la vie, vide tu resterais un spectateur indifférent.

- C’est un compliment ?

- Un constat.

- Jamais il n’y eut de conflit aussi terrifiant. J’ai voulu plus que des champs de batailles couverts de cadavres des sacrifices par millions.

- Pourquoi ?

- Ai-je le moyen de répondre à cette question ?

- Oui, je ne peux me substituer à toi !

- Pour imprimer dans l’histoire l'empreinte d’une violence impitoyable, pour dresser devant la conscience humaine le reflet de sa nature. Elle prend des mots pour des qualités. Elle se veut si grande en étant si faible, si fragile qu’un souffle la détruirait.

- Et alors ?

- Alors… Il importe de se reconnaître pour que les autres, en faisant autant, sachent qu’ils adorent un abîme dans lequel ils tomberont emportés par des réflexions qui me semblent perdues.

- Le sont-elles ?

- Une pensée est toujours utile, qu’elle existe suffit, un autre esprit l’entendra, lui répondra. Tout cela est mystérieux.

- Veux-tu tout réduire en mots, être omnipotent ?

- Ne le suis-je pas déjà ?

- Ce n’est pas une raison pour te laisser aller. Veux-tu l’oublier, te satisfaire des sensations qui t’emplissant estompent l’avenir ?

- Comment mourir pour qui a dit non à la camarde ?

- Disparaître relève de ta compétence. Tu as compris.

- Sans l’avoir voulu. 

- L’intelligence imagine pour admirer ensuite une autre réalité. La trahison t'inonde l’âme. Retourner dans le temps est un mirage, tu le sens, tu le sais, inutile de hurler, comment refuser une naissance ?

- Une naissance ?

- La tienne !

- Oui, je sais… La lumière, le cri que j’entends est celui d’une vie dont je fus un maillon forgé par la violence, aimant cette douleur semblant mille échos de morsures amoureuses afin que je laisse mon esprit ouvert et réceptif. La chenille n’est pas devenue papillon, celui-ci a oublié ce qui fut une autre existence et une existence autre.

- Cela t’effraie ?

- Oui, je voudrais comprendre ce que je suis.

- Verbe être ou suivre ?

- Les deux, le temps est l’ombre de l’espace, à moins que ce ne soit l'inverse, dans ce cas, aussi ou déjà, les contraires s’unissent pour donner une réalité unique et compréhensible.

- Pas par tous.

- Mais peu importe, tous ou aucun, où est la différence ?

- Un relent d’égalhumanisme ! Le nivellement par le bas en éliminant ce qui est, sinon plus haut, en tout cas différent. Je vois le piège sous cette forme pour après cette guerre, après ce hurlement d’une conscience qui veut s’imposer. Le savoir est douloureux tu sais, je passerai le témoin avec plaisir et un petit sourire de soulagement.

- Je comprends. En temps de paix l’esprit se développe, la conscience en affleurant sa surface déchaîne les peurs. Une ombre et l’imaginaire se déchaîne, non pour découvrir la réalité mais pour la dissimuler.

- Ainsi cet endroit, ces nazis dont je porte l’uniforme, rien que le mot déjà en dit long, ce besoin d’assimilation à un groupe par peur de l'individuation. L’adulte connaît le goût du je et peut l’assumer face à ses semblables, vouloir ressembler à un autre c’est chercher un reflet dans le vide. Ces pensées m'amusent, sortons de cet endroit, le jour doit être levé, jouons le jeu qu’ils espèrent, tu es ma victime, proie innocente que j’ai souillée. Cela ne me déplaît pas de l’imaginer.

Le chemin à l’envers, l’escalier, le hall, le salon, le silence total dans la maison, une sourde agitation venant du dehors, ils s’approchèrent d’une fenêtre sans tirer les rideaux, surface blanche noyée de soleil. Une belle journée commençait.

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