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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 05:49

L'Âme de l'Enfer - 07  

                                                 08

Ce que j’ai fait, la voie des ténèbres semblait belle, prometteuse, j’ai esquissé un pas en elle, vu sur le sol d’étranges empreintes, et, plus loin, ce qui grouillait, cette masse informe en laquelle je n’ai pu me perdre, j’ai reculé, honneur insigne, violence incroyable dont chacune de mes cellules se fit l’écho, j’en sus la puissance en des années de tortures, j’ai dit non et si, d’une chose je devais être fière, ce serait d’avoir goûté et refusé l’Enfer.

L’enfant n’est plus sur le pont, le ciel est gris au-dessus de lui, a-t-il grandi ? Les temps se superposent. L’important est ailleurs ! Assis il joue seul ; les nuages renvoient une solitude implacable, des larmes, le désespoir s’impose, une souffrance qu’il voile afin que le regard de l’étranger, celui qui ne peut comprendre n’en vienne à poser des questions. Un petit garçon ne pleure pas, il se livrerait à l’adversaire. Des formules de réconfort auraient été récitées, les vieux sont ainsi avec les enfants, personne n’aurait voulu comprendre, confiance en la magie de paroles dénuées de sens. Mais non, c’est rien… Conneries ! Les adultes sont d'anciennes victimes portant les stigmates de la corruption, eux dont chaque seconde de vie est un vol, eux que j’ai haï à un point qu’ils ne soupçonneront jamais. Ils se veulent grand en broyant et formatant l’enfance, la parant d’un costume trop beau, trop lourd, les cons ! Ce sont autant de chaînes qu’ils lui imposent à l’instar des chinoises du passé dont les pieds étaient comprimés suivant les canons de la beauté, définitions du passé, de la mort.

S’il s’en trouvait un pour comprendre, et le supporter, et…

Hait ?

Non… et !

Alors qui ?

Moi ?

Jeu facile. Ma chaîne est de papier, fragilisée, déjà détruite peut-être. J’ai peur d’en découvrir un maillon traînant sur le sol, peur de la sentir partir en poussière entre mes doigts.

Peur et envie à la fois.

Non, à la foi !

N’est-ce pas mieux ainsi ?

Mais si…

Jouer, comme ce garçonnet édifiant avec des bouts de bois une construction qui n’existera jamais, comme lui, comme l’avenir qu’il voit comme une colle malodorante et acidieuse qu'il évite.

Ensuite ?

Le pire fut accueillant, la violence fut une chance, une poussée hors des chemins, ni réalité banale, ni folie totale, une voie médiane additionnant les souffrances.

Un pont qui relie deux rives passe sur quelque chose, un fleuve, un gouffre... À moins qu'il ne soit l'inverse et réunisse deux abîmes.

Maintenant ?

Continuer ou m’arrêter ? Contempler une image jaunie en me vantant de la comprendre. Le passé prend sens en nourrissant le présent, je ne sais qui je suis, où je suis, je commence à découvrir d’où je viens.

Autres mots, autres douleurs, le courant me porte. Acide lent, doux et chaud, j’y prends goût. La brûlure s’endormirait et je serai détruit sans le comprendre. Ainsi les prédateurs insidieux endormant leurs proies ou leur injectant un hallucinogène. Le temps est un tueur riche de savoir, et son venin est le plus sournois.

Les autres, ces particules gluantes autour de moi, poussières que les pas du vivant soulèvent, vies qui cédèrent au piège du plaisir.

Et moi ?

Je revois des séquences du passé, enfant déjà, prenant, la nuit de petits plaisirs interdits, s’amusant à des actes immoraux, apprenant tôt ce que beaucoup ne connaîtront jamais. Le plaisir est un ennemi, un nuisible, ou la manifestation halluciné du prédateur, de ce néant parant de mille couleurs une éternelle vacuité.

De vie à vide, vie avide ? Nombreux sont ceux qui confondent.

Plaisir de la violence, de la destruction. Il dépasse ma vie, rode près de moi en cherchant à m’absorber. L’image floue me fait peur, les mots sont rétifs, densité accrue par davantage de sens. Comment définir ce que je devine, masse sombre sur fond de nuit, à moi de lui imposer la lumière, de trouver mon visage derrière mille apparences.

Mort, vie, un pont de mots mène de l’une à l’autre, dans quel sens ?

Le pire ?

Avec la chance que j’ai…

Pourquoi parler des victimes tuées de dos pour espérer qu'ils aient mon aspect, pour puiser dans leur regard vide l'espoir d'atteindre ma destination. Par la vie je rencontrerai un avenir dénué de sens.

Vivre, moi ? Suffit-il d’oser ? Les mots sont insuffisant pour définir ce lieu, ce qui s’y est passé. De ma chaîne brisée restent des maillons qui se dissoudraient à mon contact, l’anneau qui serre ma cheville m’empêche de courir comme je le voudrais, comme je le pourrais si… scie ? Non, plus de fuite, cette situation est ma chance, l’étau qui me retient face à la une masse informe qui est mon meilleur reflet, celui dont la précision sera la plus grande dès que j’aurais ouvert les yeux, accepté qu’au cœur de cette ombre palpite une gemme de lumière.

L’adversité révèle les forces en présence, j'en devine une incroyable que je crains de pouvoir dominer, je lui ai tant cédé, elle qui malgré sa puissance est si faible, souriante, les yeux brillants, tentatrice, elle à qui il suffit de dire non pour la voir se coucher en ronronnant.

Vouloir est si difficile !

J’en sais quelque chose. Jamais je ne sus affirmer mes désirs, dire le contraire serait mentir. J’eus deux vies : l’apparente ; la personnelle, à l’opposée de la première, en laquelle j’agissais hors la pression des événements. Leur rapprochement fut libérateur, la chaîne se brisa, je le comprends, mieux vaux tard que jamais. J’aurais pu…

Non, je n’aurais pas pu, inutile de maudire le passé, accepter, y puiser la lucidité pour, à travers le présent, envisager l’avenir.

L’avenir ? Un mot ou une volonté extérieure que j’aurais à subir encore ? Ce présent n'est pas un cadeau.

Je ne suis pas un cadeau ?

Seulement si je suis seul à en profiter.

La forme sombre est un voile dans mon esprit refusant la réalité. Peu importe ce que je dois retrouver, le chemin à refaire les souffrances à retrouver. J’aurai envie de m’allonger en fermant les yeux, interdit ! Le goût de la vie est sur mes lèvres, je ne peux le trahir.

                                        * * *

Comment s’accrocher à ce que l’on repousse, refuser l’envie que l’on porte depuis toujours ? Des deux lequel est l’enfant, pourquoi cette faiblesse face à ce regard lui qui en vit tant fondre devant lui ?

L’horreur se secoue, se dissipe, du chant des morts qu’il entendait avec plaisir reste un murmure dont les paroles s'enfuient, il craint de s'éveiller au cœur d’un autre monde, au monde d’un nouveau cœur, lui qui n’en a plus, pantin d’une force qui l’agite. Spasmes avant qu’une volonté ne l’absorbe faute d’avoir pu y parvenir déjà.

S’il pouvait figer le temps pour réfléchir, repartir… Mais ce pouvoir n’est pas sien, il traverse le temps sans l’arrêter. La puissance qui le nourrit est immense, brûlante, violente, infernale diraient les primitifs pour la définir. C'est pire : étranger.

Personne n’est là pour lui dire que faire, que dire. L'enfant fait un pas, l’attraction croît, il ne peut reculer ni renoncer. Ses victimes, aussi nombreuses que les grains de sable du désert, sont là, sans hostilité. La haine serait moins inquiétante. Il voudrait une forme tentaculaire, horrifiante qui lui rappellerait un ailleurs, loin de cette vie. Le lien est resté vivant, ténu, suffisant pour qu’un courant circule et maintienne en lui une force de vie en attente d’un souffle qu’il perçoit désormais.

Méfiance ! Pas de hasard, ce serait trop facile de rompre le pacte, il y a mille légendes de ce genre, au soir l’homme et le Diable signent leur alliance, l’âme du premier appartenant au second l’aube venue. Et puis se passe quelque chose, miracle ou coup de bol, le pacte n'est pas appliqué. Mais pour lui, comment refuser le pire ou renoncer au meilleur, une voie inaccessible entre d’inconciliables contraires.

Inconciliables ?

Il sourit, sentant le défi derrière l’impossible, la motivation qu’il attendait. Un objectif lointain pour oublier le présent et les difficultés qui déjà le blessent. Mais non, c’est ce dont il sort, lancé comme une balle au travers du temps, la cible est atteinte, la flèche vibre encore en son centre, elle va exploser et libérer sa puissance.

Et elle… Quels mots trouver, ne plus mentir, seulement oser, l’odeur de mort est si forte. Il n’y peut rien, qu’une vie ait de l’importance est déjà immense, ces millions d’êtres que des gueules d’acier attendent ne le touche pas, mourir est inéluctable pour tous, ou presque.

Allons bon, la peur le prend, peur de la nouveauté, de ressentir dans sa poitrine l’écho d’un muscle dissous par les poisons dont il se nourrit depuis des millénaires. Par son œuvre l’ombre couvre le monde et voilà qu’il trouve une fleur d’or impossible à cueillir.

Lui aussi fait un pas, mille bouches murmurent, le temps se ralentit, l’attention se fige, l’air devient palpable par le mystère qui apparaît aux consciences les plus obtuses. S’il savait crier, s’il savait gémir…

                                        * * *

Interrogations, pourquoi reste-t-elle dehors, pourquoi a-t-elle fait un pas, quelle diablerie cette chose manigance-t-elle ? Des curiosités qui se perdent, des regards qui ne se trouvent pas, la nuit est trop forte pour être naturelle, et en cette obscurité brûle une ombre plus dense encore, visible mieux qu’en plein jour.

Une main cherche l’enfant mais recule vivement, la peur change de nature, qu’un monstre soit monstrueux est pénible au début puis l’habitude fait de cette différence une satisfaction, une situation sans mystère sinon sans danger. Cette fois c’est différent, tous le sentent, la nouveauté sera-t-elle bénéfique, maléfique, que veulent dire ces mots dans un endroit dédié à la destruction, une plaie suppurante à la surface d’une réalité souffrant de se chercher.

                                        * * *

Elle hésite, s’étonne que son dégoût et sa peur aient disparues, le décor n’a pas changé, il semble plus précis mais en prenant sa vraie nature, une construction rapide, une toile peinte qui se consume déjà. Elle perçoit les millions d'agonies, les peurs, les angoisses, les haines, autant de vers rongeant un cadavre refusant sa nature, des images qui ne l’effraient pas alors qu’elle n’en saisit pas la vérité. Le pire n’est pas de voir mais de comprendre, une enfant ne peut pas, une enfant n’a pas le droit, une enfant…

Enfant ? Elle a vieillie, son corps s’est débarrassé des chairs inutiles dont l’esprit se nourrit, profitant des circonstances, ainsi le pire, admis pour ce qu’il est et non refusé pour ce qu’il promet, est-il la chance de passer ce cap devant lequel tant renâclent.

Un pont ?

Elle sourit sans savoir, il en fait autant. Dans les yeux de l'homme, elle n’ose se l’avouer, elle lit de la peur, de l’incompréhension, ce n’est plus la mort dans son univers, prédateur déçu de la facilité. Non, c’est un être nouveau d’où s’écoule un flot de souffrance qui lui fait mal. Elle qui crut perdre sa sensibilité pour survivre découvre que pour cet homme elle éprouve quelque chose de nouveau, pas comme pour un père, un frère, pour quelqu’un qui paraît avoir toujours été là alors même qu’elle l’ignorait, une réponse à des questions qu’elle évitait pour ne pas souffrir en cherchant d’introuvables réponses. Tout est là derrière la réalité d’un homme étrange.

La petite voix de la lucidité murmure que cet être est vomi par l’Enfer, rejeté par une vie sans prise sur lui. Elle le sait, qu’elle importance ? Le pire a un cœur, il peut être malheureux, tendre la main, espérer ! Faut-il qu’elle soit pire encore pour refuser ce qu’elle peut donner ?

La victime peut aimer son bourreau.

Qui répartit ainsi les rôles ? Est-ce celui qui tient la hache, qui posa le billot, émit le jugement ? Qu’elle est la force au-delà du présent ?

Elle ne peut expliquer mais elle sait qu’un jour nouveau se lève, l’avenir n’est qu'un peut-être rassurant ceux que le présent rebute, il est nécessaire de vivre maintenant, ici, dans un monde de cendres, de souffrances, un monde de haine comme un animal cherchant à mordre pour avoir trop souffert, au point de refuser une caresse qui changerait son univers, bouleverserait ce sur quoi il érigea sa vie.

Cet être est le plus vivant du camp. Pour avoir étreint la camarde, posé ses lèvres sur la bouche de la mort, pour avoir caressé la charogne, cherché un cœur dans une cage d’os, pour avoir…

Pour avoir osé être en cet homme la vie prend tout son sens.

Renier ses semblables ? Quoi de commun entre elle et cette masse de victimes voyant là une qualité, puisant dans leur plaies matière à martyr. Tous pareils, d'un côté ou de l’autre des barbelés. Quelle différence entre celui qui marche sous les coups, voit se profiler la cheminée qui le propulsera dans le néant et celui qui, à côté de lui, tient serré son arme comme accroché à un radeau dans la tempête.

Quelques pas les séparent, si peu et tant à la fois, une seconde, un voile à déchirer, un petit effort, un instant, presque rien, le plus dur.



Il craint ce qui le guette, non le regard de cette enfant mais ce qu’il y devine. Si nul miroir ne le troubla c’est qu’en aucun il ne perçut sa nature, il fallait un miroir d’âme, de vie. Celui qui se présente, qu’il craint plus que tout, lui dont le corps peut traverser tous les brasiers, endurer toutes les tortures sans perdre son sourire moqueur.

Une souffrance, intérieure, ne reposant sur aucune lésion physique mais sur une fracture, une lézarde après un tremblement de taire. La prison subit le choc, protège avant de s’écrouler. Le damné regarde la clarté venant à sa rencontre. Le soleil bouge, la lumière le cherche, plus féroce que le projecteur d’un mirador, il veut reculer, disparaître dans les murs, il ne peut plus, la lumière est là… Inéluctable.



Elle revoit sa petite enfance, les heures passées devant la grande glace de sa chambre, ses parents l’accusaient de s’admirer. Faux, elle attendait celui qui ne pouvait venir que par un miroir, une porte qu’il saurait ouvrir pour lui tendre la main. Elle préparait son plus beau sourire, ses yeux guettaient… et rien ne vint.

Ses yeux…



Il ne comprend pas, ne veut pas, une nouvelle rage l’envahit, désir de refuser le picotement dans ses orbites, pas possible, pas lui.



Elle laisse couler les larmes retenues quand elle espérait sans savoir, attendait sans deviner, douces brûlures abreuvant le sol.



Qu’est-ce que cette impression sur ses joues ? Des larmes.. Lui ?

Les regrets sont faciles, admettre le présent et nier le passé revient à tout refuser puisque maintenant est le fruit d’hier.

Il sait cela, nécessité n’empêche pas l’imagination de travailler.



Elle avance, les nuages s’ouvrent, la lune apparaît, curiosité de l’univers pour une rencontre inédite, les étoiles se sont données le mot, un spectacle émouvant, perturbant, une porte se ferme sur le chemin de la vie, elle ne pourra plus reculer ni prétendre que ça n’est pas permis ! Là est la preuve, une enfant qui marche, un homme qui attend, l’oiseau avançant vers le serpent tremblant d’avoir perdu son appétit, d’avoir oublié l’usage de ses crochets, de la puissance de ses muscles, craignant le chant de la douceur, le contact de la fraîcheur. L’attraction est trop puissante pour la refuser, trop présente pour chercher ailleurs, déjà ses idées se modifient, une douleur salvatrice l’envahit, une perte qui l’allège, les maillons fondent, le lien plus fin qu’un cheveu se renforce, devient indestructible.

La main d’une enfant qui se tend.

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