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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 06:45
L'Âme de l'Enfer - 14 
 

                                                 15

- Je crois que j’ai faim.

- Moi aussi.

Ils sourirent, déjà dans l’après, imaginant le moyen de s’échapper. Un incendie et y disparaître, banal ! Ils mirent la représentation au point en mangeant. Pour la première fois depuis des temps immémoriaux il rit et les domestiques dans leurs beaux uniformes noirs frissonnèrent.

Les regards furent satisfaits de voir le maître du camp englouti par le brasier, les pompiers mirent beaucoup de temps pour intervenir. La peur qu’il inspirait était telle que sa disparition soulageait soldats et prisonniers, tous, sans le savoir, identiques à ses yeux. Ce fut tout juste s’il n’y eut pas un grand hourra quand la maison s’écroula.

À quoi bon chercher leurs ossements, les témoins étaient nombreux qui les avaient vu se consumer ou entendu hurler, nul n'avait envie de s'approcher des ruines, qui sait ce qu'il pourrait y découvrir.

Pour lui qui disposait du pouvoir d'influencer les consciences la fuite ne posait aucun problème. C'était un jeu, de grands enfants, mais un jeu tout de même.

Placé au cœur du nazisme il profitait des secrets que celui-ci avait percé et des "relations" que certains dignitaires établirent la fin du conflit venue. Ils seraient au bon endroit au bon moment.

L'ultime aube arriva, la décision une fois prise dissipe l’angoisse.

Le temps est clair, la journée devrait être belle, le pays est en guerre mais le soleil se moque des bombardements, de la propagande, les regards glissent sur eux, ne pouvant les mettre au jour. Ce n’est plus un jeu, dans quelques heures tout sera fini, puisque la mort ne peut être arrachée par un moyen normal autant chercher autre chose.

Ils se regardèrent sans parler, les yeux disent tout, en quelques mois tout a changée. Le nazisme vaincu le monde voudrait sourire, il n’a pas réalisé, et il lui faudra longtemps pour cela, que le pire attend son heure dans un silence pesant, qu’il fourbit ses armes et peut tout ravager. Les années ne signifient rien pour qui est l’incarnation même du temps, ils le savent, en ont parlé au point de pouvoir ne plus exister que l’un pour l’autre. Adam et Ève à l'envers.

L’heure s'approche, tout ira vite, un cri, le temps se figera. La bête griffera le monde plus profondément qu’elle le fit jamais. Le meilleur moyen d’échapper au pouvoir le retenant était de se rapprocher de sa source rauque et destructrice. Un éclair suffirait pour que leurs corps ne soient même plus des souvenirs.

L’avenir se débrouillerait sans lui.

Espéraient-ils.

Un bourdonnement dans le ciel serein. Dans l’agitation une ville s’interroge les yeux levés. Le ciel était clair, le vent avait fait son travail, l’avion ne ratera pas sa cible.

Lui seul pouvait entendre la soute s’ouvrir, pouvait observer la bombe qui tombait en sachant ce qu’elle était.



Il prit l’enfant dans ses bras, ils se serrèrent fort, si fort… L’éclair brisa le monde. Un souffle donne la vie, un autre la reprend, tordant la matière dans une chaleur infernale, mains des dieux récupérant leur œuvre pour le refaçonner.



Ils eurent un moment de tranquillité, une seconde au goût d’éternité.

                                        * * *

Monde étrange que celui de la vie, une étendue reflet, un mensonge, une force prenant l’apparence du pire possible afin que l’embrasse qui peut passer par-dessus ses craintes les plus folles, ses désirs les plus violents. Je sais ce que j’ai désiré, quelle vie aurait pu être mienne. La police était le cadre idéal, mon passé d’auteur m’y aida, je retrouve ces textes "d’avant la vie" , comme un ancien et un nouveau testament, à ceci près que les Testaments n’en sont pas. L’important n’est pas là, avancer, vouloir. Le chemin est à la dimension d’un esprit faisant du délire sa matière première, sachant le regarder, l’accepter, pour s’en saisir et l’utiliser. Reproduction infidèle, mon talent coûte cher, signe que l’avenir peut mériter ce nom.

Un monde immense, la Vie elle-même devrait disposer de l’éternité pour l'explorer. J’ai besoin d’accepter cette fragilité, le néant à venir est une chance que j’utilise à mon avantage. Que m’importe ce qui vient et que je connais, je sais quelle puissance est à l’œuvre : tentante et brûlante pour sélectionner. Une force ignorant les définitions limitatives de l’humanisme, ces barreaux de la cage.

Que valent ces milliards de vies ? L’utile sera digéré, son souvenir guidant ceux qui prendront le bon chemin. Et moi, par les empreintes dans lesquelles je pose mes pensées. Il n’y en a plus, j’affronte un désert, une nouvelle réalité. Explorateur… Le mot me plairait moins connoté destructeur, colonisateur ; explorer pour voir, comprendre et continuer. Être c’est avancer sur le vide, dans l’éternité, le but est là. Si je rêve d'être celui qui comprendra il me reste la lucidité de savoir qu’il y a peu de risques pour cela. Ce serait facile d’ouvrir les bras à un instant pour m’en satisfaire et refuser de regarder plus loin, au travers d’une émotion, au-delà d’un désir que je comprends mal.

Un autre vocabulaire est à apprendre, un monde à définir avec des moyens différents, je sais, je sens… sans savoir, encore, le dire.

Ne pas aller trop vite, le délire est un pouvoir que j’ai perdu, dans le temps… Référence inutile ! Le passé est un temps dont je conserve une parcelle pour m’en nourrir, pour la briser entre mes pensées et ainsi aller par le présent vers un avenir moins flou.

Si j’étais sûr d’être incompréhensible…

Une chance ou un risque ? Et pour qui ?

Le temps ne m’effraie plus, tendre complicité devant une rencontre transcendant l'hérédité ; une perception dont l'écho résonne en moi, dérivant entre les apparences admissibles par les simples d'esprits en attendant celui qui l’entendrait. Quel lien entre lui et moi, est-il mon aïeul ? Le sang dans l'encre permet à l'âme de passer par les mots, ainsi peut-elle se découvrir ! Je suis un vêtement, un spectre spirituel qui glisse, se disperse et s’oublie. Une opportunité autorisant à tout changer y compris son nom, je sais lequel je dois reprendre car il m’appartient et tant pis si je suis incapable d’expliquer pourquoi.

J’ai atteint le sommet du donjon, l’éclair que j’attends est celui d’une bombe, celui d’une page qui se tourne, d’une vérité comprise. Dans cette explosion devant l'anéantir il - grand-père ? - espérait trouver la paix. Si j’ai hérité de mon géniteur une qualité c’est cette acuité cérébrale, vieux sens, oublié peut être. Qu’importe la réalité concrète, pour l’heure me suffit l’apparence, viendra le temps de l’explication, d’utiliser la scission. Ainsi fut-il, espérant en ce six août rompre le pacte et perdre son éternité dans un baiser avec la mort atomique. Les regards sont curieux, d'ordinaire un bombardement est un chapelet, cette fois un seul objet tombe auréolé par le soleil. La peur de l'inconnu est la plus forte, là où cent fois plus auraient causé une panique normale une seule provoquait l'effroi.

Le soleil gifle la terre, des dizaines de milliers de vies sont dévorées par un souffle comme nul n’en connut, une brûlure insoutenable. Le grondement de mille orages dont il reste en moi un écho d’une froide précision. Je vois au travers de cet homme, nous nous rencontrons, il s’ouvre ! Oubliés sa peur, ses carnages, la paix est une masse de fer, un éclair, un cri, celui de la naissance de la responsabilité du savoir, celle du risque que l’esprit peut concevoir. Il est vain de donner valeur à un refus ne relevant pas d’un choix. Si un seul chemin se présente que vaut de l’emprunter ? Avec Little Boy autre chose surgit, pouvoir regarder la vie et lui dire non, le moyen pour l’espèce de se détruire. Elle le ferait en ayant une perspective insupportable. Si j’étais sûr de ne pouvoir comprendre laquelle mais ce mur infranchissable est celui de mes paupières closes sur une vérité que je connais déjà.

Il n’est pas seul mais tient une enfant - déjà ! - contre lui. Bien sûr… L’éclair illumine l'espoir d’un silence définitif. C’est l'inverse ! Il ne trouve pas la paix mais se disperse en milliards d'atomes, son esprit, lui, ne peut mourir, il est fils de la vie. Sinon à la détruire en totalité il ne peut espérer s'échapper. Quand l’univers sera froid, s’il fallait que tout recommence, il sera là, ultime regard, dernier battement de cœur, hurler non au néant. Une qualité dont j’ai hérité.

Je voudrais trouver le lien physique et spirituel. Un océan accessible aux esprits souffrant d’hypersensibilité. Mon père ne put résister, il posa en acte ses désirs pour se soulager d’un savoir dévorant qui, le traversant, ralentit puis passa en moi. La douleur sut être optimale, à peine plus eut été intolérable. J’eus le réflexe de m’accrocher alors que se levait une tempête cérébrale, un ouragan quantique puisque cette physique sait lire les phénomènes mentaux. La pensée est accessible à la conscience sachant sur quoi elle repose.

Délirer me soulagerait, j’ai peur de rouvrir les yeux sur des regards m'observant d'une curiosité malsaine. Eux dont je me nourris, eux qui encaisse les effets d’une haine qui se disperse dans l’autodestruction. Je dois d’être là aux bourreaux et aux victimes, aucun ne comprit le pourquoi, le monde est ébloui par une clarté froide ne cachant rien, soubresauts de l'explosion créatrice du temps et de ces milliards d'esquisses que l'humain nomme vies, du protozoaire au sapiens, la mienne y compris. Regretter serait vain, comprendre sanctifie ce qui arriva. Je ne suis qu'un pantin aux yeux ouverts !

Folie ?

Cet esprit fut le premier à sentir le souffle de la vie, celui qui anima le corps, forma l’instinct puis perfectionna son œuvre en lui donnant la conscience. Il y en eu d’embryonnaires, se parant d’humanisme, en fait de reniement, uniquement désireuse de figer le temps, sentant la violence à venir, et optant pour la politique de l’autruche. Celui par les yeux de qui je vois fut le premier à réaliser que la Bête pouvait s’affronter et être vaincue, qu’elle le voulait.

Il fut une étape, mon père tint le témoin avant de me le passer. Je l’en remercie, la malédiction est douce pour qui ose l’apprécier.

Les illusions meurent, j’espérais une Bête plus forte, dommage !

Je perçois son corps mais c'est moi qui respire, des présences, des regards, des pensées, j’ai envie, et peur d’une autre vie : la mienne, dans un autre monde : le mien.

La chaleur m’envahit, amicale, je voudrais cesser de penser. La résurrection m’effraie. Une grande curiosité m’entoure, des contacts sur mon crane, mon corps, des électrodes, autour de moi grouillent les espions, je ne peux plus faire semblant. Fermer l’esprit, réclamer un peu de repos, juste un peu, ce n’est pas trop demander. Je ne peux pas, tricher m’est interdit.

Il n’y a pas d’enfance, la peur seule m’observe. Des explications me seront demandées, mais à qui parler ?

Elle ?

Le rêve est doux, même si une petite voix se plait à souligner qu’il n’est que cela, que jamais ce que j’espère ne sera réalité. J’ai envie d’aller contre l’évidence, de la saisir au collet pour lui ôter son sourire moqueur. Voyant son vrai visage je saurais qu’elle m’énerva pour me faire avancer. Ce que je crus m’être hostile était là pour m’inciter au travail, à la constance, avec un objectif ne collant pas à la réalité. Sur celle-ci fut collée une image imprécise. Ainsi fis-je, regardant par dessus le désert pour admirer un avenir dans lequel je pouvais croire, jusqu’à ce qu’il soit si près que le choc soit terrifiant et libérateur. Le cri qui résonna en moi fut celui du garçonnet qui sait avoir perdu son duel. J’ai vu l’enfance morte, tenté de m’emprisonner dans ses bras si faibles qu’ils volaient ma force. Le contact de la charogne ne m'amuse plus. Point de tricherie, seul le regard lucide est autorisé.

Je suis bien dans la liberté, mon corps sera long avant de retrouver ses capacités d’antan, peu importe, le temps est un ami, j’en connais les subtilités. Présence, puissance, il attend d’être utilisé, c’est tout.

Je vais avoir mal ?

Je vais avoir envie d’avoir mal. C’est plus pervers, digne de moi.

Que s’est-il passé durant mon absence ? Je sais à qui le demander.

J’ai faim, où est ma montre, mon carnet, mes notes, j’ai tant envies…

Non, je ne suis pas seul sur un esquif de volonté affrontant les vents de l’infini, c’est pourtant l’image la plus proche de ce que je devine, les vagues se succèdent, la nouvelle plus haute que la précédente, chacune déplaçant une énergie nourrissante. Le piège est de croire que je peux la contrôler.

Le dernier piège ?

Que suis-je voulais-je me demander ? Il va être temps de répondre, pas tout de suite, j’ai besoin d’un peu de repos, après quelques tartines, du pain croustillant, du miel, de la confiture…

Ne plus lutter, ne plus vouloir, calme, le temps d’adoucir mes craintes, d’oublier mes désirs, le temps d’être est proche, il est là.

Je suis !

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