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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 06:12
L'Âme de l'Enfer - 10 
 

                                                  11

Ils ne fut pas accueilli en héros comme il l’espérait, encore qu’en se retrouvant seul il eut l’espoir de céder à son tour, mais non, il allait réussir, par un désir se substituant au sien, une volonté indéfinissable à laquelle il éviterait de faire allusion. Il connaissait les dogmes des prêtres, quels risques il devait évitait. Ainsi quand il traversa la ville jusqu’au palais royal mit-il au point dans sa tête ce qu’il dirait, comment présenter la chose, le reste ne lui appartenait pas.

Nul ne l’approcha, le roi l’attendait, craintif devant ce revenant qu’il écouta attentivement, une question, une précision, un roi intelligent, mais était-ce encore lui qui régnait dans son esprit ?

Une expédition plus importante fut décidée, il fallait savoir qui avait désiré un édifice aussi prodigieux, les dessins étaient trop bons pour être l’œuvre d’aventuriers mais nul n'osât en faire la remarque. Surtout ne rien dire, un accord tacite s’érigea, un pacte avec un démon que tous ratifièrent, sauf quelques prêtres qui soulignèrent que cette construction ne pouvait qu'être le souhait d'un dément et l'œuvre de créatures inacceptables, le roi répondit qu’aucune trace de vie n’avait été vue et que s'ils en rencontraient ils sauraient quoi faire. Cela rassura le clergé, toujours ravi que d’autres pensées soient éradiquées sans être entendues, oublieux que jadis il avait échappé à ce massacre, oubliant qu’un jour viendrait où ils seront massacrés pour n’avoir su vaincre ceux qui minèrent leur pouvoir.

Rien ne fut oublié, même l’imprévisible devait être anticipé, le roi mènerait l’expédition, laisser la place à un autre serait un signe de lâcheté, s’il avait de nombreux défauts il était courageux.

Était-ce une qualité…

Départ dans le silence malgré les soldats censés motiver la foule. Les voyageurs accompagnés d'une sensation étrange avaient devant eux la perspective d’un incompréhensible périple. S’agissait-il du plaisir de découvrir ou de répondre à un lointain appel, d’un risque en devenir ? Mais la forteresse montrait, outre son ancienneté, une vacuité totale, quel péril pouvait s’accrocher à une montagne vide, à moins que le danger ne s’y trouve pas mais s’y rende.

Alors que défile dans son esprit les légendes de son enfance, il sait combien elles sont vraies, un détail serait à modifier ici ou là mais dans l’ensemble l’impression de ces instants fut si puissante qu’elle dura longtemps et que les mots l’accompagnant furent peu modifiés par le temps. Une autre époque ou l’écriture n’était qu’un espoir dans quelques esprits encore à naître.

Le voyage se fit dans une sombre et inquiétante tranquillité. Le roi en ses rêves eut des doutes qu’il dissimulât, un souverain ne peut se déjuger, il ignorait que l’important du pouvoir est de comprendre ses erreurs avant qu’elles ne deviennent irréversibles. Il n’eut pas cette force sachant que rien ne lui arriverait, il avait raison, ce qui l’appelait avait besoin de lui, d’un pouvoir s’offrant, d’un royaume capable de lui apportait ce qu’il attendait depuis si longtemps.

La préparation leur permit d’affronter le paysage nu et l’alternance d’un soleil de plomb et de nuits glacées. Le désir est d’autant plus impérieux que la destination est un mystère, un monde de questions auxquelles on veut répondre malgré tout, malgré soi.

Pas un bruit ni une trace, le néant souriait et le souverain le contemplait. Ce désert, était-ce la frontière avant le vide ou... ? Quels êtres auraient marqués leur territoire d’une si incroyable façon et dans quel but ? Régner est difficile. Ses sujets ne connaissaient pas leur chance, n’avoir qu’à plier l’échine et suivre le chemin indiqué.

Le chemin ?

N’était-il pas en train d’obéir à une impulsion qu’il comprenait mal ? Qu’un roi sache tout, soit, mais il aurait pu prendre du temps pour réfléchir, il aurait pu ! Il désirait ce savoir comme il désirait une femme, pas moyen de se raisonner, la lucidité fait mal par la promesse qu’elle présente d’une tranquillité semblable au vide.

Face au puits, près de la fillette, il sut à quoi il s’était offert… Bientôt le néant lui apparaîtrait comme un inaccessible paradis.

                                        * * *

Quelle est la part du travestissement dans ce que je ressens, dans ce déferlement d’images ? Explication trop simple, je peux aller plus loin, cesser d'être un spectateur amorphe. Je suis capable de penser, de vouloir, de dépasser le présent pour en comprendre le sens. Pour savoir où me conduit ce courant je dois le remonter jusqu’à la source.

Primordiale ?

Pourquoi pas ? Le jeu serait amusant, mais long. La pensée ignore les contraintes d’une physique dont les frontières sont celles du savoir de l'instant. Le mien peut les dépasser !

L’esprit est une caisse de résonance, de regroupements, ainsi naît la conscience. Je prends le rythme du temps, pas question de lui laisser la bride sur le cou, je sais quelle peur s’en emparerait. Le territoire que j'arpente est obscur et désertique, il palpite pourtant d’une vie suintant de partout, si je crains d’accepter c’est que j’en attends une indicible souffrance. Le cri qui jaillira sera mien, sera moi, l’écho de ma naissance en conscience, en lucidité, yeux ouverts par-delà le réel et ce sur quoi il repose, projection sur une trame de lois compréhensibles, alors l’univers s’ouvrira et tant pis si le délire m’emporte. J’ai eu tant de fois envie qu’il le fasse.

Tant de foi ?

Le mot serait beau mais il n’indique plus que l’absence, un individu cloué au sol par sa peur, murmurant d’antiques paroles, s'abreuvant de vide. Ces phrases ont-elles une signification ? Un autre, peut-être, la découvrirait, et si tout n’est qu’errements ce serait l’indication d’un territoire à éviter. Je voudrais faire plus, dépasser les illusions nées de la folie, de la peur, d’un désir de souffrances calculé pour étouffer la conscience sans la détruire. J’ai cherché cet état, laissant la sauvagerie m'entraîner. Je découvre une force plus puissante que ma lâcheté, l'union des contraires en vue d’une réalisation semblant un parcours alchimique. La pierre philosophale n’est pas à créer mais à accepter. Elle est proche, à un pas de conscience lucide. Tant d’années de peur l’ont recouvert d'illusions, d'angoisses et mythes. Du sang séché, des rites archaïques, une odeur de caverne ou nulle lumière ne veut entrer, tout cela est à affronter, j’y suis prêt, pour un combat halluciné. A croire en mon échec j’en viendrais à affronter ma réussite comme naturelle, renversement d’une situation détruite d’avoir trop servie, de s’être confrontée à une vie qu’elle évitait. assuré de réussir que me resterait-il ? je serais là, flottant entre deux monde, pas tout à fait mort, pas réellement vivant, attendant une invocation, une intervention extérieure qui ne viendrait jamais. Je le sais mais dois poursuivre sur ma lancée et dépasser ces mots. Le vent emportera les cendres du superflu.

Est-ce l’amour que je redoutai, cet d’état fusionnant les opposés ? Resteraient les éléments fondateurs d'une création dépassant ces sapiens qui repeignent leurs cavernes pour croire en être sortis.

Images étranges, vieilles comme puisées dans le gouffre même du passé, dans une bouche ouverte sur une profondeur impossible où la pensée ne peut y survivre. Un trou noir mental.

Remonter le courant jusqu’à la source. L’envie me vient d’aller trop loin, de prendre un risque qui me coûtant l'esprit m’apporterait la tranquillité. L’aube des temps, le cri de l’univers, sa première pensée imprimée en chaque atome. Ai-je la faculté d’encaisser ce souffle et de lui résister ? D’autres ressentirent cela, d’autres s’approchèrent avant d’être annihilé pour me permettre de passer par eux en regardant au travers de leurs esprits vers ce qu’ils ne purent supporter. Le temps sera bref, celui qu’ils purent tenir en espérant et désirant qu’un successeur les dépasse.

C'est moins difficile que je le voulais. M’affronter à un pic invincible serait apaisant. Je connais bien la souffrance, l’échec est un complice qui m’apporte un soulagement immérité. Non, c’est parvenir au sommet qui m’effraie, et découvrir un monde compréhensible, un monde ouvert pour le premier esprit capable de l’arpenter : Moi.

Folie que cette déclaration ?

Et pourquoi pas ? Le vent fait avancer, le souffle fait vivre, certains en reçurent plus que d’autres. Les fous disposent d’une force les portant là où nul «normal » ne peut aller puisque animé par le minimum.

J’aime cette impression suscitant en moi une inquiétante tranquillité. Je suis là pour savoir quels secrets me fondent, et, au-delà, sur quoi repose ce qui dépasse l’hérédité, un héritage cosmique, engramme dans le cœur des composants de la vie, chacun a une voix qui chante. La réussite serait de les réunir en une harmonie insoutenable, le temps d’ouvrir la conscience, de comprendre, serrant les dents je saurais ce qu’est la Vérité. Disparaître ensuite serait doux.

C’est un plaisir d’être capable d’affronter une évidence de ce genre, je voudrais persister, oublier le temps. je l’ai fait, je revois ce voyage dans un désert de nuit, je sais ce vers quoi j’allais. Il me semblait n’avoir puisé qu'en moi, il semble que j'ai utilisé une mémoire ancienne, la traduction d’un phénomène difficilement réductible en quelques mots. Une équation pourrait m’y aider, avoir la clarté nécessaire, non comme un autre langage, au contraire, comme le moyen de faire entrer la science dans une représentation artistique, l’un et l’autre, les contraires, s’unissant pour définir une vérité sûre, accessible par l’esprit ayant assimilé ce que tant veulent opposer.

Je peux aller trop loin, c’est l’intérêt du jeu de se dépasser pour découvrir que la frontière n’était que la marque de sa peur. L’au-delà existe. Comme l’univers qui crée sa propre grandeur l’esprit peut oublier ses contraintes pour réaliser qu’il n’a pas de fin, que ce mot est une trahison, comme l’embryon refusant de naître, le bébé de grandir, l’adolescent voyant son avenir dans la vieillesse. Les mots arrachent des lambeaux d’une chair morte, d’une démence cocon me protégeant depuis des années. Je peux le détruire, me nourrir de ses restes pour progresser au long d’un chemin si personnel qu’il m’indiffère de pouvoir l’exprimer. Ce n’est pas à moi d’être clair, d’autres souriront de tant de complications, j’explore ce qui n’est pas un désert mais une épreuve, un test avant qu’une porte s’ouvre, qu’une lumière frappe mes yeux. Elle le fit il y a longtemps, une enfant morte me l’a dit, et derrière elle une enfance défunte murmurait, la mienne. Je n’ai rien oublié, ces instants sont gravés en moi comme une cicatrice dans laquelle j’ai plongé, l’exploitant autant que faire se pouvait, il est temps de conclure cette époque, non de renier ce que je fis, seulement d’admettre que cette plaie ne peut s'effacer. L’espérer est illusoire, dès lors mieux vaut chercher ailleurs. Je sais où, je sais quoi et je sais qui.

Retrouver les conditions de ma présence ici, j’en fus proche, à un mot, emporté dans la spontanéité, désormais cela serait une trahison, je ne mérite pas une telle nullité, je suis capable de faire mieux.

N’est-ce pas ?

Mon enfance n’est pas morte pour rien, elle m’a protégé de la banalité, du froid des apparences.

La mort nourrit la vie, un tendre piège, une malfaisance insigne, mais cette enfance cocon protégeait autre chose, la chenille venait de plus loin. Le mystère est entier, mêlant merveilles sombres et palpitantes, l’horreur n’est pas ce que je crus, un simple divertissement, elle est la porte sur des puissances faisant miroir. Elles révèlent une vérité désagréable mais nécessaire pour qui veut aller plus loin.

Trop loin ?

Ma salive coule, j'ai faim, dans quelle terreur vais-je mordre ?

Proche ai-je dit ? Cette ville, ces circonstances, et l’enquête. Je suis policier. Prédateur de prédateurs disais-je, version civilisée du chasseur socialement intégré. Intégré, moi ?

Désintégrant, ce rôle me siérait davantage.

Retrouver le passé, mots et images, un ami, un autre, un cadavre, pas un crime, une offrande. Ils ne comprirent jamais leurs actes, ils m’attendaient, oui, ils m’attendaient.

Je revois la villa, je l’ai… Gelée ? Non, et pourtant le jeu de mots convient, une villa, une copie pour retrouver une ambiance. C’est presque clair. La villa, les chiens, ils me regardent, pressés contre le sol, ils ont si peur, la porte ouverte, le hall, une autre porte donnant sur les sous-sols, un escalier en colimaçon, court, la cave, un puits, j’y descends. Ils sont autour de moi, un autel est dressé, une pierre noire que je connais, ou un modèle identique, je m’allonge, ils se pressent autour de moi… Non ! ce n’est pas exactement cela, je vais trop vite, je saute quelque chose, un choc, un homme devant moi, un homme âgé mais au regard brûlant, c’est lui qui m’attendait depuis le début, toute sa vie ne fut que l’attente de ce moment. Il a connu mon père, l’a encouragé, dirigé, il savait que l’important viendrait ensuite, mon géniteur n’était qu’un pion, malgré sa sauvagerie. La mienne est si grande, elle a l’éclat de l’efficacité, de la monstruosité au service de l’intelligence, un couple étrange, aussi impossible sinon davantage, que celui auquel je fis allusion tout à l’heure, animalité et intelligence, notions moins paradoxales qu’il y parait.

Cet homme m’attend tenant une dague brillante, je ne peux reculer, j’ai envie qu’il frappe. Et quand la lame déchire mon cœur je souris.

Ainsi fus-je assassiné !

                                         * * *

J’aime cette déclaration. Rares ceux qui en dire autant. Moi je savais ce qui m’attendais, je le désirais.

Et maintenant ?

La lucidité est une malédiction, c’est une offre, une souffrance devenant plaisir une fois passé le réflexe de tout refuser.

Je suis mort sans l’être, mort sans Être, puisque n’ayant pas connu la vie, maintenant c’est différent, je peux savoir ce qu’elle signifie.

Le pire est en moi… Étend moi !

Je le sens, un souffle qui m’anime…

Sa présence est un souffle chaud…

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