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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 06:58
L'Âme de l'Enfer - 12 
 

                                                  13

Ce souvenir cyclopéen est important, mon avenir passe par lui et j’ai autant à craindre qu’à espérer de ce qui m’y attend. Impossible d'éviter l’inéluctable. Je connais le parcours, il mène au sommet du donjon, à quelques pas du dernier soleil, de l’ultime flamme de mon univers mental. Une braise née avec l’univers et dont certains esprits répercutent l'écho. La réalité physique est sûrement différente, un livre entier n'en donnerait qu'une vague idée, alors, tant qu’à rester flou, autant user d’images parlantes à tous, moi le premier.

Braise, chaleur, souffrance, le feu éclaire et brûle. Le feu purificateur…

Un pont sur rien, une cour, une porte donnant sur une salle immense, le symbole allie les contraires… Obsession signifiante comme un passage obligé. Tout n'a-t-il pas une source commune ?

Un couloir, représentation de l'organique, source de toutes les peurs, nul miroir n’est plus impressionnant que les ténèbres où se révèlent les angoisses que le temps n’a pas effacé, que la conscience voulut oublier et qui l’attendent, tranquillement, affûtant ongles et crocs.

Des marches métalliques s’enfonçant dans le ciel, un puits violant le temps. Un escalier d’argent reposant sur le vide mais s’appuyant sur une foi que rien ne put détruire malgré des épreuves qui alimentèrent le désir. Celui qui voit dans l’obstacle un alibi mérite de rester dans son coin. Foi ? Oui, pour supporter une violence extrême. Reconnu pour ce qu’il est le pire est amical. J’aime la mort, la cicatrice sur mon front, les douleurs dans mon corps et mon cœur, ces plaies à vif, tout cela est moi, je n’y changerais rien. Découvrir après l’envie de vomir un goût pas si désagréable, au contraire, venant après une épreuve il semble meilleur. Je ne déteste rien tant que la facilité. L’esprit voguant au fil des circonstances s’attache ici ou là, ne sait se retenir à rien et ne voit pas ce qu’il abandonne par lâcheté et inconsistance.

La mort est amicale, sous l’aspect répugnant une vérité attend d’être appréciée, aimée. Je le peux maintenant, après un si long chemin.

Elle a un joli visage, qu’importe cette peau qui colle à mes doigts, ces vers ne m’effraient plus, l’important est saisissable. Oser suffira.

Des mots ! La lâcheté veut me faire reculer, qu’importe ses efforts, le temps qu’il me faudra pour chaque pas, j’en pris tant déjà.

Ce n'est pas un spectacle, je suis sur scène. Je peux dépasser la satisfaction de regarder, le plaisir pervers de la dualité. Le pire des opposés est là, couple d'apparences. Associées elles me donneront naissance. Qu’importe ces morts, cette ville livrée à la folie. Ce qui m’importe est d’oser m'en nourrir. Les barreaux de la moralité ont fondus, la liberté est inquiétante par nature, exactement ce que je souhaite, ce que je désire, ce qui est.

A la question habituelle Où suis-je ? je préfère Qui suis-je ?  puis Y suis-je ? Dire oui à la seconde répondra à la première. Bientôt…

J’ai peur et cela me plait !

                                        * * *

Jeu d'esprits, projeter le sien dans ce qui fut humain, là, à quelques mètres, si loin pourtant, voir par des yeux voilés d’horreur un homme luisant de sang et une enfant brûlant d’une implacable clarté. Mêler les impressions, définir la réalité, assumer ce qu’il accepta en un lieu semblable. Ce puits est l'écho d'une antique cage tentant d’exclure la sauvagerie d’une civilisation qui ne vit pas qu’ainsi elle se damnait.

Ce camp est une margelle, désert de cendres où les vies sont des étapes sur un chemin passant par elles et continuant au delà du concevable. Un froid glacial l’envahit, venu d’ailleurs, ignorant forces et faiblesses. Il perçoit le souffle qui anime le vide, pas une argile tangible mais un souffle dépassant l'infini, l’utilisant sans promesse, n’ayant ni âme, ni conscience, attendant, peut-être, son opposé.

La main de l’enfant est rassurante, la vision infernale devrait l'effrayer mais elle sait qu'ils ne peuvent remettre ce qui les attends. Les fils se tendent, rétifs les pantins souffriront davantage.

L’instant revient, le souvenir surgit du présent.

L’Antichambre est le nom du lieu de sa condamnation, un nom réponse à un ordre venu d’ailleurs, venu d’avant.

Encore quelques minutes, marcher est plus difficile qu’il le croyait, aller vers son destin l’angoisse, pas la souffrance physique mais cette violence dépassant les limites du compréhensible dont il est le fruit. Pensées entrevues, palpables et réticentes, répétitions patientes.

Le temps est venu, le passé l’absorbe, son agonie, la porte, le pouvoir exceptionnel s'offrant à lui. Il pourrait s’échapper, renoncer. Un pas, non sur le vide, mais au cœur de l'être, où attend la lumière la plus brûlante. Les mots défilent comme venant d’un avenir qui ressemble à un espoir, comme la raison de se sacrifier, de s’offrir à une vie dont il n’est qu’un pantin tentant, au mieux de ses capacités, remplir le contrat qui lui est présenté.

Le centre de la folie est un maelström de puissance attendant l’harmonie permettant l’explosion destructrice des apparences.

L’odeur le frappe, les images, ces corps corrompus, ces ombres dont se tavellent les cadavres, les traces de dents, l'esprit cherchant la volonté pour briser l'illusion. Mais elle se nourrit de cette souffrance, rien n’est plus délicat que ces instants où les yeux se dessillent sur une insoutenable évidence. La folie est accessible par un pouvoir rétif. Oser, espérer, la porte qui claque est un hurlement qui fait frémir un pouvoir attendant la conjonction permettant son émergence dans le présent. Soulever les apparences, modifier la nature de phénomènes inexpliqués, un séisme mental, des pensées frémissantes dans des esprits soumis à une tension inédite, quand chaque seconde est une horreur en écho à un refus qui se perd.

Les mots glissent autour de lui, sereinement. Il s’accroche à l’atroce, voulant s’y perdre sans en avoir le droit, puisant en ses victoires jusqu’à la dernière goutte de vie. Ce qui le possède se sert de lui et continuera sans qu’il puisse rien y changer.

Un pas et la porte se referme, il glisse, disparaît, retombe plusieurs mètres plus bas sur un matelas de cadavres. Il se hâte d’échapper au désir qui fut le sien la seconde précédente de tout arrêter, mieux vaut souffrir et mourir que refuser la mort st souffrir davantage.

La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Il ne peut plus hurler ni maudire la société qui l’amena là, elle ne fut un pion, ces pauvres êtres ne sont que des outres gonflées d’un air nauséabond par une volonté qui les dépasse.

Des regards affamés, silhouettes perdues dans un brouillard rouge, son cœur gémit, ses pensées refluent. Il s’adosse au mur, fait face en voulant pleurer, s’offrir, pencher la tête, que des crocs se repaissent de lui. Mais il fait face, affronte des ennemis sachant que le meilleur moment pour maîtriser une proie est son arrivée, quand elle voit, dans l’abdication, le moyen d’échapper à l’impitoyable.

Première attaque brutale, sauvage, il l’évite aisément, n’ose pas frapper, trop facile. Il laisse venir, s’impose par la force qu’il démontre sans l’utiliser, plus l’esprit est obtus plus l’effet obtenu sera durable.

Ils reculent, se regardent sans comprendre. Penser est vain. La violence maîtrisée est pire que celle qui se vide en une explosion limitée par sa propre destruction. Il vibre de millions de voix qui, s’unissant, forment une image qu’il voulait refuser.

La main de l’enfant est douce. Elle le protège, elle si forte quand lui ne dispose que d’une puissance illimitée, si peu face à un regard dans lequel la vérité espère se trouver.

À genoux sur un sol de terre il gémit d’une émotion inconnue. L’esprit pulsant au rythme d'un cœur disparu. La porte s’ouvre, quand la lumière jaillit il n’est plus temps de renoncer.

Avant l’exécution il eut plusieurs jours qu’il employa pour explorer les mystères de la forteresse. Quand il découvrit un escalier s’enfonçant dans le sol il n'eut qu'une seconde d'hésitation. La descente lui parut si longue qu'il faillit tomber en touchant le sol. Nul besoin de vision pour continuer son chemin dans un espace qu'aucun mot ne pourrait définir. Ce qu'il découvrit était d'une obscurité pire que les ténèbres, il ouvrit l'âme et la violence qui l'envahit était celle d'un premier cri.

Voyage réel, mental, le savoir veut parfois au-dessus de ses moyens.

Un choc, le réveil dans sa cellule, son destin l'attendait.

Il s’allongea, ses yeux croisèrent des regards emplis de curiosité et de peur. La forteresse était le centre d’un culte dont les intercesseurs ignoraient le but, comptant sur lui pour en avoir un aperçu. Dès sa première venue il était évident qu'il reviendrait, définitivement, et qu'en l'observant ils apprendraient... La vanité existait avant l'homo sapiens, nul doute qu'elle lui survivra !

Le cri entendu résonna en lui par des milliards de bouches, ses cellules hurlèrent ensemble, aucune comparaison ne pourrait être plus proche. Une formule mathématique pourrait définir un concept associant physique et philosophie, ou métaphysique, une combinaison que les primitifs l'observant jugeraient inconciliables alors que les dissous un acide étrange appelé temps.

Temps ? Éternité peut-être !

Une surprise lui fit rouvrir les yeux. C’était un piège, et pourtant, qui peut mieux simuler la vie que la vie elle-même en quête d'un miroir dont la conscience n’est qu’un reflet flou dessinant une silhouette, fascinante et impitoyable tentatrice.

Il espérait une monstruosité, s’attendait au pire et se retrouvait face à une interrogation. Quel espoir avait-il de vaincre et pourquoi ?

Quelque part attendait la réponse. Le combat ne pouvait s’arrêter. Caisse de résonance il s’était noyé dans les échos d’une puissance testant des milliards d'âmes pour trouver celle qui la supporterait. La bestialité était une étape, un cocon avant transformation. Il était un essai devant transmettre la notion de responsabilité sans quoi les effets seraient dévastateurs, la conscience incapable d’endiguer un pouvoir trop grand se ruerait dans le vide de la folie. L’instinct avait contraint son esprit à refluer en sa plus petite combinaison possible. La démence est un courant trop violent dans un cerveau trop fragile pour l’encaisser et éviter la dislocation. Elle est naturelle et innocente, perverse et destructrice.

A l’image d’une enfant.

Celle qu’il tenait était-elle réelle et à quoi bon le savoir ?

                                        * * *

Des marches comme des cris donnant l’impression que le temps est réductible en sensations maîtrisables me donnant pouvoir sur lui. Je sais quel délire faillit m’emporter quand j’étais enfant, quels pouvoirs je rêvais de posséder. Cet escalier je le gravis depuis, prenant le relais de ceux qui, avant moi, voulurent atteindre le sommet mais chutèrent dans le néant. Il est illusoire de chercher trop loin, ce qui ne m’empêche pas de désirer atteindre le but ultime, pas seulement celui de mon être mais celui de la Création elle-même.

Quel plaisir dans mon esprit, inquiétante impression que je peux réussir ce que nul n'envisagea sans frémir, hormis quelques déments. Je ne suis pas fou et l’ai regretté. Ma vie se joue là, mon utilité, en faisant le pas pour lequel je fus conçu. Mon reflet survivra, restera de moi l'ombre d'une plante.

Blabla ! Anticipation ou peur exhalée par une âme effrayée ?

Les deux ?

Je ne peux rester à contempler les tableaux d’improbables futurs que mon imagination dessine. Je l’ai déjà fait, je ne voyais pas si loin, le linceul posé sur moi s'est délité, je persiste et m’éloigne des autres en approchant une vérité qu’ils refusent. Je me censure alors que nul n’entend. La peur trouve sa source en moi, ruisseau d’argent si lent qu’il fait miroir. Je vais me pencher, me voir, curieux cherchant la paix par la résolution de son existence, l’emploi d’une force qu’il n’a pas voulu, qui s’imposa mais qu’il peut employer.

Cet escalier est mon désir d'avancer alors que la peur est endormie. Le trac avant une rencontre violente qui laissera de moi une coquille vide, ayant entrevu un univers dans lequel j’aurais eu ma place.

Je digresse, gaspille le temps, viendra le moment où s’imposera un ordre auquel je ne penserai plus. Le goût d’un songe aux dimensions de l’infini et l’étrange peur de ne pas rêver ou de pouvoir faire de ce rêve une réalité. Ai-je le droit de l’espérer, comme un Paradis ? Un paiement pour service rendus, pour âme utilisée ? La vérité sera autre, plus brillante ou plus sombre, une surprise dans tous les cas. La violence exprime une vie dont je suis une infime partie, avec la lucidité pour la voir, le cœur pour l’entendre, l’âme pour sentir son souffle. Le temps est un abîme illimité, un jeu impitoyable avec les participants, pas de gain, sinon d’avoir emmagasiner assez pour que tout soit pris afin de nourrir le feu de la réalité.

Aimer le feu qui, me consumant, me donnerait le temps de regarder.

Comprendre l’émotion d’un instant unique que j’ai envie de retrouver en violant le temps pour l’imposer et disparaître.

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