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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 06:25

Qui regarde l'abîme 23

                                                      24

 

Plaisir de se surprendre. Prévoir c’est abaisser sa garde et la surprise est gratifiante une fois encaissée sa violence, douce elle est inintéressante.

N’est-ce pas ?

C’est à moi que je parle ?

Je ne me répondrais pas, na !


 

Fausse indifférence. Hein ! Dis, fait rance ?

Rien à dire, juste attendre et regarder, le sourire du pire est le plus doux. Son visage est le plus beau, le plus nu, dans ses grands yeux ténébreux c’est l’éternité qui se promet.

Le pire ?

Que ce soit vrai !

Les mots permettent, circulent, se multiplient, porteurs d’une vie détachée du physique, d’un sens qui se propage en restant lui-même.

Le livre est le pont sur lequel j’avance, chemin vers l’éternité.

Un mot ?

Une façon de voir, de penser, de jouer avec soi, ses ambitions et son destin, ou le croire ; de voir les fils s’agiter et s’en savoir irresponsable. Cela vient de loin, du début, mouvements gagnants en précision, justifiant cette suite d’étapes. Le but s’affine jusqu’à être compréhensible.

Par qui ?

Par…

Non, je ne veux pas, je ne…

Et pourtant !


 

Dans l'appartement où il vécut il s’interroge sur la valeur de ce monde de papier qui fut le sien, cocon rassurant pour supporter le monde extérieur.

Écrire fut nécessaire, reste à s’y remettre ! Si une petite voix lui disait “agis, fait cela ! ” ce serait facile, obéir sans rien attendre ni espérer. N’est pas Jeanne d’Arc qui veut ! Aurait-il dû rester vierge, intellectuellement ?

Tant de textes, ds milliers de pages à relire pour se comprendre, sa vie est devant lui, en millions de mots se suivant plus ou moins bien, mélange d’idées, d’images, album confus, puzzle incomplet, des pièces mélangées dont il ne sait s’il doit, ou peut le reformer. Aurait-il peur de chercher la vérité interne, plus qu’intérieur, dont il est la chambre d’écho. Ce que les humains appellent vie n’est que la forme temporaire d’une vérité en quête d’elle-même.

Le pire de l’abîme est de voir au-delà de soi l’évidence de cette vérité terrifiante. Image obsédante d’une continuité attendant d’être admise, intégrée, pour progresser. Il sait que le cœur de l’abysse est le meilleur point d’observation pour plonger ses pensées vers l’éternité.

Des mots pour dessiner ce qu’il ressent. Comment être précis dans une situation au goût de démence, sans référence dans la banalité, dans la normalité, dans cette caverne où s’abritent ces gens seulement capable de rêver à un ailleurs qui est l’inverse du possible.

Phrases qu’il cherche dans sa tête, pensées rétives, mouvantes dont il sait qu’aucune aide extérieure n’interviendra pour l’aider à les dompter.


 

Attendre est le meilleur moyen de rester le spectateur que je me targue d’être comme s’il s’agissait d’une gloire, ou, pire, d’une qualité. Je sais qu’il n’en est rien, j’avance pour comprendre, j’ai le choix, ce fameux libre-arbitre. J’ai envie de le refuser, de rester promis au supplice en sachant que le seul bourreau qui viendra ce sera moi. Je suis seul à pouvoir, seul à savoir, et si dans le passé j’ai pu avancer ce fut par incompréhension, j’étais poussé. Facile d’agir sans savoir, de n’être qu’une porte, maintenant j’accède à la responsabilité. Écrire prendra un autre sens et j’espère d’un personnage une indication utile.

Il n’y a pas que lui qui attend qui espère ; moi aussi, et plus que cela, une présence, cette ancre à laquelle je ne peux m’empêcher de penser.

Existe-t-elle ?

Personne n’accepterait un tel rôle, je l’ai cru, la sentant si présente dans mes bras, douce à faire peur avant qu’elle ne me repousse. S’il y a quelqu’un que je voudrais tuer, c’est elle ! La regarder agoniser, s’éteindre lentement, bougie cherchant l’oxygène. Les mots ne me suffiraient pas pour jouir de son agonie et qu’elle me soit réellement utile.

Je sens cette logique de mon destin comme je sens que la souffrance ne pourra pas s’apaiser ainsi. C’est confus ? Je sais, mais la clarté est au bout du tunnel, mon esprit conserve la cicatrice de l’avoir déjà vue. Ces pages ne sont qu’un brouillon, comme moi-même probablement ! À chaque passage j’apprends, attendant le moment d’aller trop loin et d’encaisser un savoir insoutenable, physiquement.

Qui lirait cela penserait que je suis fou, moi-même j’ai envie de le croire. Il n’y a pas une réalité, un dessein que je peux accepter en totalité, foi et lucidité sont incompatibles. Les réalités se superposent, j’en accepte une afin de mieux voir celle en dessous pour l’arracher à son tour.

Puis-je trouver la dernière ? Ai-je ce pouvoir d’aller toujours plus loin ?

Trop loin ?

N’y suis-je pas déjà ?

J’ai traversé une fois le vide, trouvé le chemin de la forteresse, accédé à sa cime pour m’abreuver à la clarté de la dernière étoile pour exploiter l’ultime chance qui me restait de ne pas sombrer irrémédiablement dans la démence ? J’aurais pu renoncer, m’enfoncer dans un univers d’encre et de papier. J’ai essayé dans un texte proliférant, une forme de cancer qui finalement ne fut pas vainqueur. Ignorant ma véritable motivation l’idée du choix est illusoire autant que mensongère ! Reste le chemin inverse, redescendre, traverser à nouveau la forteresse et pour arriver où ? Enfer intérieur, monde de réalités tellement complexes que je regretterais de n’avoir pas céder à la folie, une chance de plus qui m’aura glissée entre les doigts ?

Avant que quoi que ce soit n’arrive divague mon imagination, je ne sais ce qui m’attend, où j’irais, j’ai vu tant de mots, peuplé tant de monde, écrit tant de pages, combien encore ? Je voudrais accepter l’évidence qui me tend les bras pour une infâme jouissance.

L’amour de papier peut-il suffire ?

Sourirait-elle d’agoniser devant moi ? Je la vois m’implorant mais imagine que sa réaction serait autre. Inutile d’écrire quelques pages frustrantes de plus, j'ai plus à perdre qu’à gagner dans un affrontement avec moi-même.

La laisser mourir de faim, écouter ses suppliques, regarder son corps pourrir alors que son esprit survivrait, se battrait pour tenir encore et encore, jusqu’au dernier moment.

Serait-ce mon visage que je découvrirai au dernier moment ? Les cadavres ont le même sourire satisfait d’avoir trouvé la sortie alors que je n’aurais fait qu’éliminer une partie indispensable de moi-même : la faculté de haïr ! Jusque-là ce fut l’amour que fut l’ancre indispensable, demain la haine et la rage pourraient être mes seules prises avec le réalité, et si j’ai écrit le contraire c’était pour ne pas l’admettre avant d’être apte à l’accepter.

Détruire est pardonnable si c’est pour rebâtir mais comment faire avec du vieux un monde neuf ? Mieux vaux construire différemment, ailleurs ?

Trop d’étranges idées me viennent que je ne parviens pas à modérer, elles circulent, courent, elles se fatigueront avant moi.

J’espère !

Va-t-il écrire, lirais-je par dessus son épaule alors que c’est par dessus la mienne qu’il me faut regarder. Il n’est plus temps de biaiser, de manipuler des personnages, il est temps d’être je, d’être moi et d’accepter.

Le laisser libre ?

De quoi ? J’ai besoin de lui, de ses aventures à venir, beaucoup de pièces manquent et si certaines n’apportent rien à l’image finale leur absence serait remarquée. Beaucoup d’idées, les plus superficielles ne seraient-elles pas aussi importantes que les autres ?

J’ai besoin du recul qu’il m’offre par rapport à ce que je fais pour deviner ce qui vient et mieux l’accepter.


 

L’espoir ne veut pas m’abandonner !

                                           § § § §

IL ou JE ?

Il d’un JE qui se cherche, tâtonne, devinant un chemin sans savoir s’il est le bon, s’il est le seul, si…

Les pages s’entassent, il se cherche au travers de ses phrases, il… ou JE ? Lui est moi, énergie accumulée formant une personnalité presque autonome, sans ce presque la folie m’aurait entraîné. Autour de moi dansèrent des pantins dont je sais qu’ils ont tous mon visage. La vitesse seule empêcha la dislocation totale de mon être maintenant des ambitions antagonistes autant que des sensations contraires.

Lui ou moi, alliénation que je vis m’entraînant hors de ma réalité.

Ai-je tout perdu, le temps est-il susceptible de m’apporter quelque chose, quoi, quand ? Quelle importance peut avoir mon individualité ?

Des personnages qui m’accompagnèrent deux dominent, ce commissaire et une enfant, si lui représentait la folie si j’avais préféré exister par lui dans un univers de papier, l'enfant incarne autant mon envie d’amour que mon désir de mort, pulsions complémentaires finalement. Deux chemins que je tentais de prendre et qui me ramenèrent à la réalité, preuve d’une autorité supérieure intervenant en moi. Je le suivis face à la mort, nous en revînmes ensemble ; j’ai voulu la prendre dans mes bras et son visage est devenu celui de l’horreur même. Le danger était rassurant mais jamais je ne pus lui céder.

D’où vient ma capacité d’accepter la pression, ces interrogations sans qu’aucune ne me déstabilise vraiment ? Ma personnalité est si peu dense qu’elle encaisse les coups, quelque miracle, quelque socle profondément enraciné que rien ne peut déstabiliser. Imaginer ce qui se serait produit est amusant, j’aurais effacé ma vie pour préférer celle du papier, j’aurais cru en ces aventures, en cet amour étonnant et tout aurait pu arriver, un jour je n’aurais plus fait la différence, j’aurais cessé d’écrire pour vivre dans ma tête, un jour, derrière moi, se serait refermée la porte d’une cellule capitonnée. Je dis cela pour faire joli, ça n’aurait pas été le cas, une chambre, un lit, une chaise, une petite table avec un stylo, ou un crayon à papier, un bloc, une grande fenêtre, je serais resté devant, sur mon visage seraient passées ces impressions venant de l’imaginaire. Qui sait si, alors, je n’aurais pas été heureux d’avoir oublié le quotidien, mon passé et la réalité.

Il n’a pas vu l'absence de ses yeux, le choc aurait été trop fort, pour moi.

Je peux remonter jusqu’à une certaine promesses ? À qui la fis-je, la vie ou la folie ? Je voulais la seconde, la première s’interposa !

Victoire ?

Le saurais-je avant mon dernier souffle ?

Fascinant personnage ce Diatek, je le vois, assis dans sa chambre, des piles de feuillets autour de lui, un monde de papier qu’une allumette réduirait à néant. J’y ai pensé, le feu en gomme pour récrire ma vie sur un avenir vierge.

Cage d’encre, sang obscur d’un damné, ombre d’une damnation corrosive.

Je comprends qu’elle soit bien dans sa geôle, hamster courant sur place jusqu’à ce que les barreaux de sa roue tissent un mur opaque.

Lui et moi nous posons la même question, et pour cause. Écrire pour accumuler ces histoires horribles comme jadis. Que seraient-elles à côté de notre vécu qui ferait passer le dernier supplice pour un amusement d’enfant dénué d’imagination ?

Nous ? Un je trichant avec lui-même ! Au fil des années il devint mon alter ego, vivant à ma place, à tel point que j’ai des souvenirs plus vifs de certaines de ses aventures que des miennes ! Il est mon héraut, mon reflet, transmetteur d’émotions, de questions, ayant affronté les possibles d’un extérieur désormais sans surprise. Reste pour nous l’autre voie…

Les yeux clos, pensées explorant l’abîme pour en deviner les mystères, et surprendre les secrets de ma vérité. Me découvrir, je ne veux que cela, arracher les impressions, les terreurs, les excuses, jusqu’à voir ce qui m’y attend, s’il y a quelque chose, peut-être que le jeu de la vie est sans gain possible, que sa destination ultime c’est cela, me perdre telle une rivière dans un océan ignorant de sa présence, l’ayant absorbé parce que c’est sa nature et son rôle sinon son utilité. Après réflexion je pense avoir nourri la folie au point qu’elle ne put le supporter et se disloqua, ou se resloqua pour inventer un mot qui devrait exister. Restent des lambeaux épars, des moments précieux, tant de vie que la mienne paraît fade, si ce n’est qu’elle est réelle au point que je me demande si c’est une qualité, si…

Je tisse des idées telle Pénélope, défaisant puis recommençant phrases et chapitres.

 

Il range ce qu’il vient de lire, combien d’heures pour écrire cela, combien de vies ont filées entre ces doigts avant qu’il referme le dernier chapitre ?

 

Le temps de la quantité est fini, écrire ne rime plus avec courir mais avec réfléchir.


 

Il lève les yeux, est-ce lui qui vient de penser cela, est-ce moi, sommes-nous deux êtres distincts au point de pouvoir nous regarder et nous reconnaître ? Ce serait émouvant, le revoir, apprendre de lui ce que je suis. Toute ma vie j’ai attendu ce regard dans lequel je me rencontrerais, dans lequel je me saurais vivant, jamais il n’est venu, jamais il ne viendra. Je dus l’inventer ! Ceux que j’ai croisé ne virent que ce que je sus leur montrer, faussant ma personnalité pour correspondre à leur attente, jamais je n’ai osé… Si une fois, j’ai cru…

Trahison !

Je lui dois d’avoir appris la nocivité de l’espoir et la vacuité de la normalité.


 

Décor puant le passé, la mort, que peut-il en espérer, que puis-je en attendre, de ce placard, de cette chambre, qu’ai-je à vouloir dans ce petit monde gangrené ? je sens l’odeur méphitique du délire, d’une agonie, et d’autres peut-être. Qui sait ce qui s’est produit dans ces lieux, quels plaisirs où quelles peines y furent vécus ?


 

Partir ?

Il y pense mais se dit que son passé l’accompagnera où qu’il aille. Le combat est à conduire sur les lieux, affronter les fantômes qui y traînent. Y retrouverais-je des regrets moisis ou des désirs mort-nés ? Je me voulus en pièces et ces phrases sont mes tentatives pour reformer mon être sans grande certitude d’y arriver jamais. Je me souviens de la souffrance qui me déchirait. À genoux je demandais pourquoi, pourquoi cette souffrance, et, surtout, pourquoi lui survivre. Je me voyais les membres lacérés, os arrachés, agonisant dans le décor affligeant d’une enfance non-vécue. J’espérais mourir en conservant ma lucidité après, pourrissant, rongé, incapable de m'éteindre. Ainsi je me suis relevé en cherchant encore et toujours la solution. Les vers attendront avant de se repaître de ma charogne mais leur temps viendra.

J’aurais apprécié de les sentir s’insinuer en moi, m’investir, suivant la progression de la corruption. Esprit à l’écoute de la mort l’envahissant. Une joie étrange, une opportunité comme nul martyr n’en eut jamais.

Dévoré vivant ! Le serais-je encore ?

Sans doute pas !

Mais lucide, trop, voyant la réalité, ma réalité, comme elle est. Ah ! Sentir le cheminement de ces petits amis grouillant en moi, masse immonde qui dévorera ma peau, débordant de ma bouche, de mes yeux, ruisselant sur mon visage en autant de larmes opalines animées d’une vie propre pour se répandre en un moutonneux suaire. J’aime cette vision, la nourrit comme un souvenir chéri. La folie est ma plus sûre complice.


 

Il range ses feuillets, ces milliers de vers blancs qui se sont nourris de sa vie, comme les miennes l’ont fait. Je la leur ai donné en espérant qu’ils n’en laisseraient rien, je reste là, plein de question mais espérant encore les réponses !


 

Sortir et pour aller où ? Nous nous demandons si cela en vaut encore la peine ? Le jardin ? Trop connu, trop près, riche de souvenir autant réels qu’imaginaires. Nulle part où aller, l’extérieur n’offre plus rien et l’intérieur effraie d’autant plus qu’il est illimité et la sortie est clairement balisé. Il est là, ouvert à l’heure où je me vautre dans le renoncement, dans les phrases gratuites pour produire des pages qui n’iront nulle part, quand je reprendrai ce texte je les enlèverai, elles témoignent d’un instant, d’une vérité que je me plais à contempler sachant que dans quelques secondes il n’en restera que cendres.

Ce serait facile d’utiliser ce personnage pour du remplissage, il lui suffit de se souvenir de vieilles histoires, il pourrait retrouver dans un asile un tueur qu’il y aurait fait enfermer. Pourquoi ne pas imaginer cela, ou se pencher sur des victimes, ou… Les solutions ne sont pas innombrables mais j’en ai assez à ma disposition pour faire ce que je veux, pour laisser libre cours à mes désirs les moins intéressants.

Que dirait-il à un assassin, qu’il aurait voulu être à sa place ? Banalité, il le sait, et moi aussi ! Rencontrer une victime ? Ce serait sans intérêt dans le fond, il en fut une, et puis coupable, logique d’une banalité à faire peur.

Elle me fait peur, mais ça ne change rien au fond !


 

Curieux texte. Où est l’abîme ? S'y rejoignent créatures et créations. Quel mot employer ? Symbiose, réunion, récupération de plusieurs facettes d’un seul individu. Compliqué d’exprimer cela simplement, tel ne peut être mon but, être clair pour me comprendre, pour que JE ME comprenne, y parvenant ce serait possible aux autres.


 

Aux quoi ? Ah oui, ! Ça !


 

J’aime les ténèbres, y percevoir des pensées malsaines qui ne sont que de petits obstacles, tentations amusantes à regarder, connaître et goûter, sous réserve de n’y point céder. Le plus facile serait de rester loin mais le bon chemin passe par eux, par leur rencontre, le désir et l’émotion, l’affect diraient certains pédants, provoqués, réalité psychique, physique, physiologique cérébralement, comme une pierre jetée sur l’eau afin de poser le pied plus loin. On m’objecterait que ça ne doit pas être bien profond ? La profondeur est rare mais il s’agit d’un acide terriblement puissant, y mettre une pensée amène à s’y perdre. Les vapeurs m’ont donné envie de m’y jeter, de renoncer aussi en restant sur la berge, non, trop simple. Je veux avancer. Je sais que ce n’est pas un exemple de cohérence, que les images se contredisent, l’exemple ne compte pas, c’est ce qu’il induit qui importe, l’idée de progression, d’avancée, difficile d’être précis, là encore il ne s’agit que d’un brouillon, que d’une vision floue. J’aime l’idée de la tentation, d’une porte, d’une série de portes s’ouvrant sur l’intérieur, sur l’esprit, par l’esprit, en lui aussi, caisse de résonance cherchant dans sa bibliothèque émotionnelle et culturelle à exprimer ce qu’il entend. Là est le chemin à prendre, quête d’un savoir exprimant le ressenti, la vie ne s’arrête pas, à l’image d’un arbre qui pousse sans cesse et semble ne devoir jamais cesser de produire des branches.

Un long chemin, tant d'étapes derrière moi, autant que d’esprits sur lesquels je pus m’appuyer jusqu’à la limite. L’abîme sur lequel je tiens en un fragile équilibre avec l’envie d’y tomber sans arriver nulle part, oubliant la nature même du temps, subir les assauts du vent, les tentations, en sourire, sachant qu’aucune ne peut me détruire.

Le savoir ou le croire ?

Ne serait-ce pas le vouloir ?


 

Que de mots, d’impressions, d’images affluant sans fin, chaîne d’un destin dont je ne connaîtrais jamais les secrets. Quoi que je sache ou découvre, un jour il en ira autrement, je devrais céder à l’inconnu, renoncer, tomber, laisser la trace de mon passage qu’un autre utilisera pour me dépasser.


 

Non, ce n’est pas triste, au contraire, j’aime cette impression, être un moment, sentir le fil de l’éternité et m’en satisfaire.


 

Cage ?


 

Vivant peut être…

 

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 05:56

Qui regarde l'abîme 22

                                                       23

 

- Qu’est-ce qui est désagréable commissaire ? Voir un chemin sans fin et derrière-vous une mort moins vaincue que vous le pensez ?

- Sans doute, je n’ai jamais espéré de salut ni cru en l’illusion d’une félicité éternelle. Pourquoi parler de tout cela, à quoi bon préférer les délires quand la réalité est plus terrifiante encore.

Terrifiante, pour moi ?

D’être positive ?

Dois-je avouer que je le crains, dois-je reconnaître que ces mots sont nourris d’un souvenir, d’un regard si ... d’une chevelure si …

Le saura-t-elle jamais ?

 

- Partons, allons-nous en, ce cadre est affreux, vous avez raison.

- Si vous avez compris cela alors la journée n’aura pas été perdue.

- Parlez pour vous, j’ai peur d’en sortir, peur de bouger.

- Laissez le temps faire son œuvre, le doute grandira et vous préservera. Vous êtes dans votre roue, regardez vos petites pattes qui s’agitent, accélérez, perdez-vous dans l’action, dans le vide d’un mouvement qui vous mène nulle part, vous avez envie d’y être, d’y rester, sur le carreau. Un moment de peur, une crainte vite estompée, voilà, c’est fini.

- J’aimerais que ce soit aussi facile.

- Ça l’est ! Chacun aujourd’hui aura appris de l’autre ; le bilan se fera plus tard, chaque chose prendra sa place quand il le faudra.


 

Bien ainsi ? Pourquoi ne puis-je oublier, pourquoi revient-elle maintenant alors que je dois la repousser, pourquoi me fait-elle mal à ce point ?

Je sais, je… C’est… Mais il ne faut pas le dire, ni le penser, l’oublier. Laisser venir le froid, le silence, que tout cesse Mais non, je ne peux que continuer, qu’insister et tenir en me maudissant pour cela.

Agréable de retrouver des sensations que je pensais disparues. Il me reste un peu de vie. J’ai un avantage sur mon personnage, je peux mourir, un canon glacé dans la bouche, crisper mon doigt, un moment d’une peur intense, un grand bruit, une explosion et…

Et quoi ?

Avec ma chance je survivrais, paralysé, condamné à penser sans pouvoir bouger, sans pouvoir courir dans ma roue, dans ma cage, immense, sans barreaux, j’imagine que je suis à l’intérieur, j’imagine que je coure sur place, je le voudrais tant, être normal, être comme tous, être comme…

Comme ELLE ?

Être ce que je ne suis pas, voilà ce que je désire par-dessus tout, oublier ma vérité, oublier ce chemin et me précipiter sur la route avec les autres, être dans la masse, m’y fondre, m’y oublier.

Impossible ! Le message du commissaire est que la lucidité m’escortera jusqu’au bout. Je n’ai qu’une vie avec obligation de la consommer jusqu’à sa dernière seconde, alors, et alors seulement, j’aurais gagné le repos !

Éternel celui-là ?

 

Elle est seule, elle est… Mais est-elle seulement ? Apparence posée là, attendant d’être déplacée, corps sans âme laissant s'évaporer une vie qui ne veut pas la détruire trop vite. Figée dans le temps elle n’a pas vieillie, pas bougé, elle n’a rien vécu depuis… Mais elle a oublié, tout, nulle part en elle ne se trouverait une trace de désir, une ombre de vie, une parcelle de lumière, le silence est complet en elle, rien ne pourra le dissiper.

S’il l’avait embrassé… lequel aurait aspiré l’autre ?

Le rêve permet tout, il autorise à falsifier la réalité.

Plus de souvenirs, plus de sensation, ses yeux ne voient pas, ses oreilles n’entendent plus, elle n’a pas six mois, elle n’a plus rien, l’image même de la vie que la mort aurait touché, l’image de qui serait allé trop loin pour en être revenu en acquittant au passage le prix le plus élevé possible.

Il a envie de la retrouver, de la prendre dans ses bras, de croire qu’il pourrait… réfugié dans un passé qui n’est plus rien, qui n’est plus là.

La tuer ? Oui, ils auraient pu mourir ensemble, son esprit de côté le temps de la prendre dans ses bras, de poser l’arme dans son dos, de chercher la force pour appuyer sur la détente ?

Fermer les yeux lui suffit pour savoir ce qu’il aurait ressenti, elle aurait expiré dans ses bras, son sang se fut répandu sur lui, la balle l’aurait traversé sans qu’il ressente plus qu’une infinie désillusion.

La mort offre des cadeaux différents. Elle survécu, physiquement, l’esprit vaporisé par la confrontation. Lui fut réveillé par cette étreinte glacée, comme si tout cela avait été prévu de longue date !

Logique, tout se tient, sans qu’il sache comment ni pourquoi. Son sacrifice fut utile sur le moment mais aussi en modifiant son organisation cérébrale en désactivant la pulsion relationnelle primaire que les sapiens appellent amour ! Son acte avait été dirigé par cette force qui le dirige depuis si longtemps, celle-là même qui le jeta devant la mort en offrant à cette dernière une dizaine d’humains en compensation ?

C’est si évident  ! Un événement est le produit de ceux qui le précédèrent et influence ceux qui lui succéderont. Comprendre davantage, décrypter ? Ça ne sera pas pour cette fois, plus tard, il a le temps désormais pour se poser ce genre de question.

Se sentir pris dans une toile immense, explorant un édifice aux limites de l’imagination et par lui plonger dans un chaos de pensées, de possibles, de tout ce qui fut, de ce qui aurait pu être. C’est si évident qu’une telle quête ne peut avoir de fin, de faim…

 

la mienne ? Est-ce une quête, un souffle, un jeu de pensées, d'hormones, de neurotransmachintruc, j’ai envie… de quoi ? En vie, envie, comment faire la différence, s’il y en a une ?


 

Et pourquoi ?

Qu’ai-je laissé dans cette chambre sinon mon image d’aliéné ? Figé, les yeux dans le vague, curieuse promesse de tranquillité ! Vide de pensée parasite, simple d’esprit, corps fonctionnant par habitude, sublimation de ma lâcheté, un faux rêve que je fis, dans le temps, sachant qu’il ne serait jamais que cela. Le déchirer ? Je ne peux le faire, c’est pourquoi il ne peut la tuer, elle fait partie de moi. Elle reviendrait si j’avais besoin d’elle. Je ne me le souhaite pas mais personne ne sait ce qui l’attend, pas même moi, je peux retrouver cet endroit, je le verrais abandonné, rendu à la nature, j’errerais dans les couloirs, me souvenant des cris que j’y entendis courir, je reverrais ces fous aux yeux brillants, aux pensées déstructurées, je me dirais que je vécus là de beaux moments, pas des bons, j’en ai peu avec ce lieu, mais beaux par la force des émotions que j'y libérai, des moments de vie qu’il m’octroya. Je chercherais dans les salles, dans les chambres, j’ouvrirais les portes, rencontrerais des fantômes avec lesquelles j’aurais un échange intéressant mais je ne trouverais pas celle que je voulais, sa chambre sera vide, une chemise de nuit rangée sur le lit l’attendant, couverte de poussière, moisie sans doute, j’aurais envie de la toucher, de la sentir, de redécouvrir la tiédeur de son corps. Je me retiendrais, cela me donnerais l’impression de toucher le suaire d’une âme.

J’aimerais cet endroit gorgé de désirs défunts, de cortèges d’ombres ne sachant plus où aller, j’aimerais…

Qui, quand, où ?

Après, pourrais-je éluder ces questions, dire "j’aime !" et puiser en cet amour une force de non-vie comme un paradis enfin mérité ?

Retrouver le banc, m’y asseoir, fermer les yeux, chercher au travers des graviers blancs l’image, la mort… À quoi bon remâcher cela ? Ce n’est pas l’endroit, ce n’est pas le moment, je ne fais que suivre et constater. Je ne peux pas vouloir.


 

Sortir, quitter cet endroit, laisser la grille clore dans son dos un chapitre si important de sa vie. Il emmène son image, ses yeux brillants, sa bouche murmurant les mots qu’elle seule prononça, les seuls instants de sa vie digne de ce nom !


 

Un personnage pour me les apprendre, une image pour l’émotion, dans aucune de ces cellules je ne me trouverais, dommage, quoi de plus motivant que de se deviner dans l’avenir, que d’avoir peur de ce que l’on voit pour tenter d’être différent ?

Rien, le chemin est tracé, se découvrir sur un autre prouve sa capacité à se tromper soi-même. Je ne sais rien du chemin que j’arpente, je l’imagine en pensant qu’il pourrait êtres différent.


 

Comment oublier ce qu’elle a vu, croire que ce ne fut que délire. Trop bizarre pour être vrai, quand la vérité est choquante, il faut l’accepter pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle offre, pour la porte qu’elle laisse entrevoir. C’était ce qu’elle voulut, soulever le rideau du réel pour vérifier si l'autre côté ne serait pas plus intéressant, plus excitant.


 

L’immensité l’effraie, elle se sait sur un gouffre au fond duquel elle a toujours voulu tomber. La réalité ne fut jamais qu’illusion. Se serait-elle ainsi confrontée à la démence si elle n’avait pas envie de s’y retrouver ? Se serait-elle penchée sur des cas désespérés à ce point ? Toute sa vie ne fut qu’une fuite devant sa vérité intérieure, devant son aspiration, devant l’appel du délire qu’elle entendait au point de le chercher dans d’autres esprits pour occulter sa source principale.

Folle ?

Bien sûr qu’elle l’est, jouer avec soi demande une force si grande qu’elle se surprend, elle résista longtemps, le destin était trop fort, quand l’opportunité d’être honnête se présente elle s’en saisit et accepte le destin qui l’attend. Le combat dura toute la nuit mais au petit matin le loup triompha ! Bientôt elle ne saura plus jouer, plus tricher, elle aura envie d’être celle qui reste assise les yeux dans le vague, sachant qu’elle ne le méritera pas, que toujours elle sera face à la folie avec le souvenir d’une réalité s'obscurcissant sans perdre son pouvoir douloureux.

Rouvrir les yeux sur un mur blanc doux et capitonné… Un jour elle en fit l’expérience, découvrant un effrayant sentiment de bien être.

 

Et moi ?

Me sentirais-je chez moi, accueilli dans un contexte apaisant ? Je ne cherche rien de plus, être tranquille, pouvoir oublier un destin que je subis avec plus ou moins de talent suivant les moments mais sur lequel je ne peux pas agir. Sinon mériterait-il son nom ?


 

Le gravier crisse sous ses pas, la grille est refermée, il se sent mieux, le ciel s’est couvert, l’orage menace, il ne le craint pas.

Elle reste les yeux clos, ne pas les rouvrir avant d’être sûre, avant d’avoir tout vaincu. Impossible, la folie n’est pas une force qui réagit à la demande, elle vient sans être conviée mais se fait attendre pour qui la désire, elle peut aussi vouloir s’imposer mais se faire repousser par une violence qu’elle n’attendait pas.


 

Me suis-je défendu contre elle ainsi ? Je fis ce que je pus ? Des questions, encore des questions et pas moyen d’y répondre comme je voudrais, ce serait si facile pourtant. Ce n’est pas la folie qui me menaçait par la violence, c’est contre elle que je me battais, puisant dans le fondement instinctif de la vie les moyens de résister, la force de me battre pour vaincre finalement. Si je ne ressens plus la même rage, la même haine, c’est que la folie est vaincue.

Crois-je à cette déclaration, Ces mots ont-ils un sens ? lequel, le vrai, le faux, quel chemin veulent-ils m’indiquer ?

Y en a-t-il tant ? Autant qu’imaginables serait trop ! Un chemin de papier afin d’avancer au cœur de mon esprit, de mes pensées, les yeux ouverts pour voir ce qui est là, ce qui compte pour moi, par moi, ambition moins au-dessus de mes moyens que je le voudrais.

Dommage ?

Non !


 

Sa voiture démarre, crissements des pneus, partir vite, loin. S’il revient ce sera comme patient ! Il n’y croit pas, le gouffre est encore plus tentant quand se fait l’évidence de n’y pouvoir plonger.


 


 

C’est ce que j’ai cru chercher, feint d’espérer, plonger, me perdre…l’intitulé de ce récit, savoir ce que je suis, ce que je fais, regarder un océan de ténèbres pour m’y retrouver. M’y espérais-je dément ?

Oui !

Raté !

Dommage ?

Facile de le dire, c’est faux, cet espoir fut un jeu, un bâton que je me mis dans les roues mais qui explosa tant elles sont puissantes. Avancer lentement fut protecteur, ainsi je m’endurcis au point d’avoir franchi sur le pont de l’effroi le gouffre de la folie.

jolie construction, littéraire mais on ne peut plus vraie, ce qui ne se décide pas à priori, avec une telle lucidité. J’ai exprimé cela, le désert, le gouffre, l’édifice, le fleuve de sang, un univers exprimant ce que j’ai en moi qui veut se libérer, une sorte d’avant-garde pour défricher le chemin.

Je m’exprime mal mais il ne s’agit que d’un brouillon, bientôt, j’en saurais plus et ce sera autrement plus violent.

J’apprends de ces mots, de ces pages, sur le sol ces vers blancs m’indiquent le bon chemin. Formes devenant noires, couleur d’encre, couleur de mots, couleur de pensées, voyage à refaire pour les lire et en comprendre la signification.


 

Où va-t-il ? Nulle part, comme nous, mais il le sait. Au gré de ses pensées, se perdre dans un ailleurs si proche qu’il n’y songerait pas.

 

La folie ne veut pas venir, elle tend les bras, veut hurler mais de sa bouche ne sort qu’un gémissement.

Impossible de devenir folle, condamnée à s’occuper des autres sans que personne se penche sur elle. Serait-ce trop demander ?


 

C’est trop, je le sais !


 

Triste spectacle qu’une femme belle et intelligente cherchant à se détruire, puisant en elle le désir d’annihiler son esprit, un jeu qui se conclura par une défaite. Seule sortie possible, celle d’une réalité brutale. Dans un hôpital il ne manque pas d'armes, médicaments, scalpel, choix ardu. À quand un comparatif des meilleures dissolutions ? Que font les organismes de consommatueurs ?


 

Ne pas y penser, ne pas penser, être porté par un désespoir si puissant qu’il peut tout effacer et que la mort commence avant d’être là. L’esprit laisse en fonctionnement le minimum pour feindre en attendant le baiser glacé du renoncement, une haleine si froide qu'elle m'éveilla. J'aurai préféré une belle princesse...


 

Le décor de son enfance. Quelque chemin prit il revient en ces lieux à un passé dont il ne peut se séparer.


 

Pas simple d’appuyer sur ce à quoi on croit se fier. La cage la plus insidieuse, celle qui tient dans la tête, dont rien ne peut nous libérer.


 

Ces rues il les connaît, ces façades qui se moquent de l’enfant qu’il fut et qu’il traîne, doudou en lambeaux dont il ne sait se séparer.


 

Où est la vérité ? Ce mot a-t-il seulement un sens.

Interdit ?

 

Où est l’abîme, ce miroir implacable ? S’accepter est pénible, ses désirs les plus violents, ses pulsions les plus obscènes, découvrir qu’ils ne sont que surface, que céder à leur tentation de sirène serait fuir. Oui, j’ai tué, massacré, j’y pries plaisir et par ce commissaire je me sentis prédateur, chasseur de loups, le mouton n’a aucun goût. 

Prédateur de prédateurs, jolie formule ! La rage s’est dissoute en circulant dans mon esprit, l’empoisonnant mais lui offrant la chance de puiser en lui des ressources qu’il ne soupçonnait pas. Il a subi, enduré, hurlé pour finalement se découvrir accroché à la vie.

Est-ce le pire que de vouloir tuer l’amour dans sa vie, de vouloir se saisir de son image pour la déchirer, pour la laisser mourir dans les conditions les plus atroces qui se puissent imaginer ?

Il ne s’agissait que de tuer ce qu’elle représente et que je regrette de dire encore au présent. Je voudrais… c’est un vœu pieux, le temps apportera les réponses s’il le veut, je suis spectateur d’une vie dont je doute qu’elle mérite ce nom. Ce terme, peut-être, en jouant sur les sens de ce mot.

La massacrer, y puiser une émotion si forte qu’elle dissoudrait l’espoir, son regard, la tiédeur de son corps contre le mien, des souvenirs si torturants qu’ils confirment que je suis encore vivant.


 

J’ai désiré ne plus l’être, fermer les yeux, sur le temps, contempler le vide, pourtant je suis encore là, poursuivant une quête improbable.

Est-ce l’abîme que je voulais ? Un gouffre noir comme l’oubli et rouge comme la souffrance, dualité dont je fus le siège longtemps pensant que l’une me défendait de l’autre. Il n’en est rien, au contraire, l’un et l’autre s’accordant, contrebalancer leur effets. J’ai marché sur ce pont étroit entre deux possibles terrifiants, j’ai regardé, poussé par un ordre intérieur qu’aujourd’hui encore je ne comprends pas.

Et que je ne renie pas, je voudrais qu’il en aille ainsi, j’ai envie… Mais je me mens, je n’ai pas d’envie, ni de continuer ni d’arrêter, je ne suis qu’un regard lucide sur ce qui se passe mais sans la force de changer quoi que ce fut. Le moi dont je peux m’attribuer les mérites est limité, un témoin, l’indispensable pour tenir et avancer, je ne suis qu’une architecture intérieure, une charpente, le squelette d’une force qui m’anime et qui, elle, est chair, veines et muscles. Je suis la structure de soutien, le cadre, elle est la vie, l’énergie qui sans lui se disperserait.

Il n’y eut ni choix ni volonté objective pour déterminer ce qui arriverait, il n’y a que le présent, l’évidence et l’intérêt d’accepter puisqu’il n’existe aucun moyen de modifier quoi que ce soit. Suivre ce chemin, en supporter les difficultés, la torture des cailloux qui me blessent les pieds, les ronces qui me déchirent la peau, les ornières qui me tordent les chevilles, les précipices que je contemple sachant que je ne me perdrais plus jamais en eux. Voudrais-je sauter que je ne tomberais que de quelques centimètres. Pourquoi m’y essayer ? Non, le vrai gouffre j’y ai déjà chuté, et cela dura longtemps, j’ai failli me disloquer en route, mon esprit manqua se diviser en autant de pièces que de pensées. Je n’ai pas pu, pas su, en moi il y avait une force de cohérence si grande qu’elle agit malgré moi. Je n’ai rien voulu et si je devais m’octroyer un mérite il irait à mon endurance. J’ai cru employer mes capacités, c’était l’inverse. Il me reste assez de conscience pour savoir où je suis, ce que je fais, le je n’est pas dans l’action, seulement dans la compréhension de ce qui se passe.

Bel avenir !

En ai-je seulement un ? Ces lignes sont-elles le chant du cygne d’un esprit voulant renoncer ou le désir de surpasser cette difficulté, de la regarder comme un défi afin de poursuivre, d’accepter sa responsabilité ? Et pourtant des contingences matérielles prenantes m’auraient empêché d’avancer et finalement fait chuter. Subir est l'aptitude qui me permit de tenir sans vouloir mais en m’accrochant aux circonstances. J'ignore ce qui m’attend, je sais que le chemin peut être long, encore devant moi.

La rage et la haine détournent la violence, en jetant les côtés positifs dans un désert stérile où elles se perdent en ruisseaux que l’indifférence évapore. Quelles effets nourriraient-elles sans cela ? Cette violence est force de vie prenant une forme compréhensible, ne pas être agressivité stupide n’amenant qu’une réaction de rejet, d’effroi ! Elle peut sourire, se faire séductrice, fascinante, c’est alors qu’elle devient le pire, pénètre au travers des défenses de l’autre jusqu’à son être le plus profond et y instille son venin le plus nocif. J’ai subi cela, j’ai voulu le rendre, j’ai crié, pleuré, me suis plains, couché en rond pour lécher mes blessures, pour réchauffer ma souffrance et comprendre qu’elle alimentait ma raison d’être par ce feu qui ne détruit en soi que l’inutile.

Déchirer l’image, m’attacher aux détails du supplice que je lui réservais, suivre le cheminement de la folie dans ses yeux sans paupières, y guetter le mien. Ce texte n’aurait eu pour but que cela. En annihilant ma capacité à aimer j’aurais triché envers mon destin, mon avenir, avec la vie même ! J’écrirais cette histoire, maintenant elle prendrait un ton plus émotionnel. J’ai vécu la mort par les mots, j’ai explosé d’émotions. Le temps est venu de savoir ce que je fais, et pourquoi. Si je n’y parviens pas ça ne sera pas grave, ma lucidité n’est pas si importante. Jouer le jeu, être ce que je suis et laisser venir les mots, les images, les émotions, les larmes, tant pis si tout cela se perd, si tout cela m’est volé, ce sera donné.

Continuer, visions, émotions, écouter mes personnages, les voir s’agiter, je manipule leurs fils sans le vouloir, devinant qu’ils me traversent. Marionnettistes en poupées russes, mais les mêmes fils transperçant les manipulateurs et viennent des origines, ils continuent au delà de mon présent vers un avenir que je distingue mal. J’ai des idées de ce qu’il pourrait être, besoin de me rassurer en visualisant un potentiel avenir.

Que sera-t-il ?

Seul le temps connaît la réponse qui voit l’éventail des possibles.

L’amour n’est donc pas vaincu ?

Il ne le sera jamais, c’est par lui que j’ai pu tenir, il m’offrit une ancre indestructible, un lien si solide que j’ai traversé les tempêtes, en sortant presque intact. Fatigué, brisé, couturé de cicatrices mais encore capable de marcher, de penser, et mieux encore, soulagé de visions anciennes, débarrassées de paupières mortes m’interdisant de voir ce qui m’attend, ce qui me sourit, face hideuse, effrayante mais amicale, le visage de la vie qui rebute les plus débiles.

Aimer est douloureux, mais sans passion l’amour n'est qu’un mot, trahison de la vie perdue dans le confort de la routine ?

Je dénigre ce que je ne peux posséder, solution de facilité, encore que du bonheur il n’y a rien à dire sinon qu’il engendre l’abêtissement, la crainte de le perdre en bougeant ne serait-ce qu’une pensée, qu’un désir. C’est la pire des drogues !

Celle que je regrette de ne pas connaître ! j’aurais voulu… mais c’est un vœu pieu, un mot qui ne m’apporte rien, un désir comme un rêve dont on se souvient, doux, beau, et imprécis. A le voir dans la clarté du réel ne resterait qu’une triste banalité.

Justification ?

Peut-être mais chacun aime à justifier ce qu’il est !

Ce qu’il hait ?

Aussi, c’est le plus facile !

Pas sûr, j’ai haï… vraiment ? J’en viens penser n’avoir connu que la haine de moi-même la projetant sur les autres, les utilisant alors qu’ils ne sont rien. Un moyen de perdre, ou de gagner, du temps, avant d’accepter ce que l’on est, ce que l’on peut, ce que l’on veut.

Vouloir ! Une impression qui s’efface aussitôt qu’elle passe, un moment dans une vie dont il ne restera rien.

Un mot !


 

Je déchirerai l’image ! Pris par les mots et l’émotion viendra...

J’appréhende ce moment ? Oui, mais je crains tout, je falsifie l’émotion, lançant la machine quand bien même elle irait nulle part, un jeu rendu possible, par la présence du commissaire. Je l’ai rencontré jadis ; pensant qu’il ne reviendrait jamais je lui avais rendu son amour pour service rendu. Les faits ont démontré mon erreur. Il est revenu, s’est imposé, je n’ai rien voulu, encore ! C’est le principe de la création, d’être surpris, sinon c’est du recopiage, j’aime penser à ce que je vais écrire en sachant que mes phrases seront différents.

 

 

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 06:00

Qui regarde l'abîme 21  

 

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                                                    22

 

Car j’ai fait, ou ferai ! L’hérédité n'explique pas tout même en remontant l’évolution jusqu’à une époque où la pensée n’existait pas. L’important git dans le cœur organique, physique de la vie. Tout se tient à ce niveau, les actes résultent d’interactions intérieures. Je n’ai pas, pour l’instant j’espère, les moyens d’être plus précis. Il y a une piste à creuser, une explication à trouver, une source attendant sa découverte. Supporterais-je de m’y abreuver ?

Pourquoi ai-je envie d’en voir les conséquences, il y en aura j’en suis sûr, ce n’est pas un jeu, un moment qui passera, tout sera en moi et j’aurais à le vivre, à le subir, à l’exprimer. Ma faculté d’encaissement favorisera ma clarté, j’ai lieu de tout craindre avant que quoi que ce soit n’arrive.



 

S’asseoir, engager la conversation… Deux démences ne peuvent que s’affronter, chacune se voulant absolue, aucune ne peut penser que l’autre a un fond de réalité, cela la déstabiliserait irrémédiablement. Tout contre tout, pas d’entente possible, mieux vaut s’éviter.

Regretter d’être fou, soit, regretter de ne pas l’être, ça c’est étrange.

Je sais de quoi je parle, je m’en suis voulu, comme si j’avais fait exprès !

Il sursaute quand quelqu’un s’assoit près de lui.

- Ce n’est que moi commissaire.

- C’est plus que ça docteur, vous le savez bien.

- Vous faites le charmeur.

- C’est une apparence.

- Je sais, alors ?

- Je ne la reverrais plus.

- Elle n’est pas vraiment là, vous vous en rendez compte.

- Oui, c’est difficile mais moins que je l’attendais.

- Vous êtes venu le confirmer, rien de nouveau. Être sûr de vous, d’elle.

- J’avais une idée derrière la tête en venant.

- Mettre fin à ses souffrances.

- Vous le saviez ?

- Beaucoup de familles de nos patients évoquent cette idée, la souffrance psychique est plus inquiétante que la douleur physique.

- Peu souffrent réellement, grâce à vos médicaments, elle m’a fait penser à une plante, si belle, si blanche, dont les racines plongent dans l’absence. J’aurais voulu percevoir une trace de conscience, même lointaine…

- Qu’avez-vous envie de tuer de ce qui est en vous commissaire ?

- De tuer ?

- Vous m’avez entendu, ce n’est pas elle que vous vouliez tuer.

- En moi ? L’envie, ou le besoin, d’aimer.

- Vous pensez y parvenir ?

- Non, finalement j’aime conserver ces hochets, en sachant ce qu’ils sont.

- Et être aimé à nouveau ?

- Non, une fois suffit, je n’en ai plus besoin.

- Vous le dites avec beaucoup de sérénité.

- Évidence d'une fonction peu active chez moi pour cause d’enfance, culpabilité ou circonstances… Vous trouveriez cent bonnes raisons, mais peu importe, le fait prime d’un instinct disparu et, conséquemment, d’une énergie dont je peux disposer autrement.

- Vous le dites pour que je vous interroge. J’ai suivi vos pérégrinations, votre retour, cette conclusion définitive, tout se tient ?

- J'ignore ce qui fut retransmis ici, j’ai eu une expérience rare.

- Vous êtes mort.

- Temporairement.

- Vos signes vitaux étaient bas, ceux qui vous examinèrent se trompèrent.

- Non ! Il n’y eut pas d’erreur professeur, vraiment !

- C’est impossible.

- Vous voyez, vous ne pouvez pas tout admettre.

- Pas ce qui ressemble plus à un délire qu’à la réalité.

- Vous connaissez la réalité ? Vous regardez la folie en pensant voir au travers mais votre compétence borne votre vision, il y a tant à découvrir que parfois je me dis que la démence est un faible péage pour accéder à des merveilles aussi terrifiantes ! Le délire n’est qu’un torrent de pensées qui ne parvient pas à se canaliser, mais imaginez qu’un jour un esprit y parvienne, qu’une conscience survive à ce déchirement… Sans doute ne suis pas revenu d’entre les morts professeur, ils sont trop loin. La vie posa sur moi le suaire glacé de l’inéluctable, et elle le retira. Un contact infime, moins qu’une pensée mais inoubliable.

- J’entends vos paroles sans les comprendre, une espèce de NDE ?

- Il n’y eut ni accident ni coma, c’est pire, il ne s’agit pas de transcrire les premiers signe de la mort cérébrale avec le tunnel et la lumière là bas… Je n’ai pas vu de clarté, pas entendu de voix rassurantes, seulement perçu une immensité infinie qui n’avait rien de vide, rien. Il y avait une seule… une seule pensée, une attente, quel terme pourrait traduire cela ? Aucun, des dizaines réunies… Je vous avais prévenu que mes paroles vous donneraient envie de me garder.

- Non, vous n’êtes pas quelqu’un que l’on peut retenir contre son gré.

- Je ne vous le fais pas dire.

- Si, mais malgré ma faible intelligence et ma formation médiocre je peux tout entendre. Vous préférez converser avec un homme ?

- Au contraire, c’est avec moi que j’ai du mal à dialoguer, j’ai tant à apprendre avant de dessiner le portrait de ma vérité et rien ne dit qu’ensuite je la reconnaissance ou que la voir enfin ne me rende pas complètement fou. Si je ne le suis pas déjà bien entendu !

- Les circonstances de votre… décès doivent êtres capitales.

- Oui, Je savais ce qui m’attendait, ne me demandez pas comment, c’était évident, je n’avais pas peur, je suis entré dans la maison, descendu dans la cave en me déshabillant pour descendre dans le puits qui m’attendait. Ils étaient là, se tenant par la main, l’officiant s’est approché, a levé son poignard l’a enfoncé dans mon cœur alors qu'une immense chaleur se répandait… Dit ainsi cela fait Grand-Guignol, on n’y croirait pas dans un film, ma description est fade mais précise. Eux sont morts sans que l’on sache comment et moi qui ai survécu. La mort les prit, elle ne pouvait se déplacer en vain.

- C’était prévu ainsi n’est-ce pas ?

- Je devais être mort mais pas mourir. Je n’ai rien voulu, ni organisé, qui l’a fait, pourquoi ? À l’instar du roi sur l’échiquier je ne pouvais être pris.

- Vous avez envie de savoir si cela était prévu depuis longtemps. Pour conserver votre comparaison on peut dire que la partie commença avec votre naissance mais ne s’est pas achevée avec votre mort.

- Exactement, finalement vous conservez votre usage de l’intelligence, j’aurais été déçu de vous en découvrir incapable.

- Il n’y eut pas de tunnel mais un puits, ce n’est pas si différent.

- On peut dire que si l’un monte l’autre prend l’autre direction.

- Ce n’est pas forcément bon signe pour vous.

- Je n’ai jamais pensé que ça l’était, loin de là.

- Je préfère ma place à la vôtre, pourtant, quelle expérience tentante.

- Vue de l’extérieur, vécue elle est moins drôle…

- Une nouvelle idée ?

- Une impression, comme si je vous mettais en danger.

- Moi ? Vous sous-estimez ma capacité à supporter vos paroles.

- Comment être clair, pour moi c’est évident, comme pour chacun de vos pensionnaires. Même celui qui raconte l’histoire la plus insensée croit en ce qu’il dit, pour lui c’est LA vérité, celle qui dit tout, celle qui explique tout, celle qui raconte et avoue, celle qui montre et menace.

- Vous détenez la vérité commissaire ?

- J’espère que non.

- Une preuve serait facile à trouver si vous l’osiez.

- Vous pourriez y participer.

- Moi, je serais curieuse de savoir comment ?

- Curieuse… Je n’en doute pas, vous aimez les risques, psychologiques, c’est ce que je vous propose. Un saut dans l’inconnu : Tuez-moi !

- J’ai déjà eu cette demande, elle me surprend venant de vous.

- Il s’agit de procéder à une vérification. Je vois dans votre bel œil bleu que vous doutez de ma santé mentale, moi-même… Nous parlions de preuve, c’est le moyen d’en trouver une.

- Je ne comprends pas.

- J’ai l’impression de ne plus pouvoir mourir et j’ai envie de savoir.

- Vous pensez que je vais accepter cela ?

- Pourquoi pas ? Vous êtes là pour aider les autres, aidez-moi !

- De cette façon ? Je veux soigner, guérir si possible, mais pas tuer.

- C’est pourtant un remède, définitif, la mort est la consolatrice dont j’ai espéré en l’épaule rassurante, voilà qu’elle m’abandonne. Vous n’aurez pas le cran d’en faire autant n’est-ce pas ?

- Je ne peux pas faire ça.

- Mais si ! Ne supportant pas de la revoir, ma culpabilité devenue insoutenable j’aurais mis fin à mes jours..

- Venir armé dans un hôpital est illégal.

- Détail ! Un endroit discret serait le bienvenu, j’ai pété les plombs et redouté de mourir seul, votre regard m’a aidé à franchir le pas.

- C’est…

- Oui, remarque pertinente, allons, tentons l’expérience.

- Je ne sais pas.

- Dois-je le faire seul ?

- Soit, j’ai encore l’espoir de vous convaincre de renoncer à votre projet.

- Mon projet ? Vous convaincre et voir ce qu’il en est. Qui me regrettera.

- Vous en êtes sûr ?

- Presque, quelques relations, un ami qui gardera des souvenirs de nos aventures, je ne laisse aucun vide et nul ne dépend de moi. Tout est prévu ne vous en faites pas.

- Soit, venez avec moi, je connais un endroit où nous serons tranquille, un jardin particulier attaché à mon bureau.

- Ceint de hauts murs ?

- Vous connaissez ?

- Un arbre au centre, un banc dans son ombre ?

- Un parterre de fleurs, de la pelouse, j’aime à y marcher pour réfléchir.

- Péripatéticienne ?

- Pardon ?

- L’école péripatéticienne en Grèce enseignait à réfléchir en marchant.

- Une bonne idée.

- N’est-ce pas, même si de nos jours toutes les personnes qui marchent ne le font pas pour réfléchir, c’est souvent le contraire.

- Et vous ?

- J’aime fréquenter des endroits que je connais trop pour les voir.

- Intéressant.

- Pour vous chaque mot a un sens, si pas plusieurs, vous avez votre idée et vous ferez coller par vos interprétations mes paroles avec elle.

- Vous avez une mauvaise opinion de la psychologie.

- C'est un outil dont j’eus à me servir souvent.

- Dans un cadre limité, tous les humains ne sont pas des meurtriers.

- C’est ce qui vous trompe, potentiellement c’est le cas. N’importe qui peut tuer, c’est un des actes qui demandent le moins de qualités.

- Vous avez une vision peu réjouissante du monde.

- Et la vôtre ?

- Elle est riche d’espoir. Le pire assassin reste humain, comme sa victime.

- C’est exactement ce que je viens de dire !

- L’esprit est complexe, tout est compréhensible, sans être excusable.

- Vous allez dire qu’il y a du bon chez le pire meurtrier !

- Oui.

- Je vous montrerais des films fait par des tortionnaires. Je vous ferais entendre leur confession, je vous les ferais rencontrer, en regrettant que ce ne soit pas dans le cadre de leurs activités. Vous les imaginez en asile, calmes, tricheurs, ils le font bien, comme moi, trichant avec les autres comme avec eux-mêmes. Là, confronté à un tueur dans sa réalité la plus personnelle vous pourriez vérifier ce qu’il est et la justesse vos théories. Dans une cage le pire prédateur rentre ses griffes, qu'elle s'ouvre...

- Vous savez sortir les vôtres. Vous aussi vous êtes un prédateur, la société est votre jungle et vous y êtes à l’aise dans ce rôle.

- Vrai ! Mais je suis du bon côté.

- Social.

- Vous auriez préféré que je tue d’innocentes victimes ?

- Pour vous personne ne doit être innocent.

- Vous remontez dans mon estime.

- Vous êtes sûr de vous, méprisant, ça peut vous jouer des tours.

- Ça m’en joua. Vous vous trompez, je ne ressens pas le besoin de m’adapter, je ne le ressens plus, je veux m’exprimer comme je le ressens.

- C’est bien.

- Pour moi oui, mais les autres… Ceux dont je me fiche ?

- Dois-je comprendre que vous me faites confiance ?

- Sinon vous aurais-je fait la proposition que je vous ai faites.

- Je suppose que non, vous ne changez pas d’avis ?

- Non, vous pensez que je ne le ferais pas, que je joue avec vous pour me venger des résultats que vous n’avez pas su obtenir.

- C’est un peu ça.

- Vous avez tort. Nous arrivons. Bel endroit, ce doit être motivant d’être là pour se pencher sur des dossiers délicats.

- Le vôtre ?

- L’est-il ?

- Intéressant.

- Vous voulez m’expertiser ? Démonter mon fonctionnement psychique ?

- Ce serait un défi au dessus de mes moyens mais vertigineux.

- Là, je crois que vous ne serez pas déçu, vous allez voir.

Face à face ! Depuis quelques temps le commissaire songe à vérifier ce qu’il ressent, le faire seul l’angoisse, non par peur de mourir, à l'inverse, de se retrouver face à la preuve de sa malédiction.

- Vous allez le faire vraiment ?

- Oui, une arme automatique, il me suffit d’appuyer sur la détente, je peux prendre toutes les balles dans la tête.

Regards qui s’opposent, curiosité et excitation, le temps se suspend, épée de Damoclès voulant tomber sur deux têtes simultanément.

Elle pense qu’il va appuyer mais qu’il s’agit d’un jeu, l’arme est vide… La détonation lui explose dans la tête, celle du policier est rejetée en arrière, pourtant il reste debout, tire à nouveau, vide son chargeur.

Odeur de poudre, fumée sortant de la gueule sombre du revolver et de la bouche du commissaire. Yeux clos, poings serrés il encaisse l’émotion, le choc fut un soulagement quand il a senti la balle transpercer son palais, traverser son cerveau. Il s’en souvient comme s’il s’agissait d’un spectacle auquel il venait d’assister. L’arme tombe sur le sol, animal métallique inoffensif.

Lentement le commissaire rouvre les yeux, regarde devant lui, le ciel est indifférent, le regard bleu de son vis à vis est lumineux d’interrogation et de peur, brûlant d’incrédulité. Il fait demi tour, se dirige vers le mur, indique les points d’impact des balles qui lui ont traversé le crâne.

Elle s’approche, regarde, touche, comment douter, comment revenir à son monde d’avant ? Elle voulait découvrir ignorant qu'ainsi elle claquait une porte dans son dos ouvrant un nouveau monde, flou, nourri d’incertitude, d’effroi, sans raison pour le délimiter.

- Dois-je le regretter ?

Incapable de répondre elle hoche la tête négativement.

- Et pourtant il me semble que si, maintenant… Imaginer rassure quand la certitude terrifie, et l’éternité est effrayante. Le mot semble outrancier mais exprime l’évidence que je verrai le soleil se transformer, gonfler, s’approcher de la Terre pour la dévorer, ensuite… Le néant ou pire ?

Ensuite ?

Comment imaginer un tel personnage, comment le rapporter à ce que je suis. Il est de ce que je… Non ! pas ce que je voudrais être. La certitude du lendemain est une malédiction. J’aime penser que demain est un peut-être, que la nuit à venir sera éternelle et le réveil introuvable. Il est la menace absolue, la malédiction d’une vie dont je suis une respiration mais dont j’éprouve l’obligation. Elle n’a pas de conscience, est-ce une raison pour voler la mienne ? Je crains que ce ne soit ce qu’elle cherche à obtenir, obéissant à des contraintes qui lui échappent autant qu'à moi. Je sens ses fils et à travers elle d’autres qui viennent de… je ne sais où. Y penser me trouble. Je rêve qu’un jour je pourrais, qu’un jour je saurais… espérant que cela n'arrive jamais, je rejoindrais mon personnage et son destin. J’ai envie d’être précis, j’écris pour cela depuis longtemps, avec parfois tant de difficultés que je trouverais dommage que ce fut inutile. Comment ce commissaire pourrait-il expliquer ce qui s’est passé, à quoi bon s’échiner à formuler une hypothèse boiteuse ? Comme lui je ne sais que dire, aujourd’hui, mais demain ? La vie recombine perpétuellement ses éléments, l’humain en est une expression, l’esprit, la chambre d’écho, une façon de s’entendre, de se répondre, d’être étonné, que tout ne vienne pas d’elle directement, elle cherche des propositions des réponses de ses créations, elle en retient certaines, élimine la majorité et progresse, mute, et je suis là, spectateur lucide, plus ou moins. Où va-t-elle ? J’ai envie de répondre, envie impossible. Seule LA question importe.

Déclarations confuses ? Je sais ! Il y a si longtemps que je ressasse ces idées que je désespère d’un jour parvenir à les éclaircir, peut-être serait-ce ma fin, symboliquement exprimé par ce policier, sur la Terre morte du but atteint, regarder le soleil venir vers moi, la réponse m’envahir d’une émotion ultime. J’ai déjà une idée de cet aboutissement mais je ne suis pas pressé de m’en approcher ! Du chemin reste à faire, à titre personnel, par personnages interposés, à eux de me surprendre, de m’indiquer des voies que ma conscience n’anticipe pas. J’ai connu la folie, le désespoir, des moments de doute, d’effroi, je n’ai plus à regretter d’être encore là, de disposer de mes facultés intellectuelles mais à persévérer.

- Vous voudriez vous rattraper à la branche d’une explication rassurante docteur. Admettre sans comprendre est sain, admettre, pas croire, bien que l’anxiolytique théologique soit souvent choisi.

- Je dois être folle, j’ai cru être du bon côté, mais non, je rêve.

- Le bien est un mythe. Votre esprit se fendille, vous étiez prévenue.

- Je sais, j’ai cru, j’ai voulu.

- Vous n’êtes pas vaincue mais coincée dans une cage de dogmes médicaux ; au-delà existe un monde fascinant et dangereux. Les fous devinent, mais sans pouvoir supporter ni accepter, protégés par des molécules chimiques. Vous êtes intelligente, cultivée, vous pouvez oublier tout cela, accepter vos limites sera votre victoire. À tenter d’intégrer ce que vous avez vu dans ce que vous savez vous ne parviendrez qu’à l’autodestruction.

- Vous avez raison mais je fonctionne en automatique, j’oscille entre la raison et l’intelligence, entre l’instinct et la réflexion.

- C’est un couple dangereux, ils ne vont pas souvent ensemble.

- Sauf chez vous !

- Je ne suis pas comme les autres, vous avez pu le constater.

- Oui, je sais, j’ai vu, si je n’ai pas rêvé.

- Trop facile. Je connais, affronter une situation, la refuser, c’est une attitude que vous ne pouvez choisir objectivement, il importe qu’elle soit naturelle, spontanée, par la réflexion vous ne parviendrez à rien.

- Lutte intérieure.

- Penchez-vous sur votre cas, étudiez-vous. Vous avez la chance d’être des deux côtés, d’être confronté à une situation inédite et d’avoir les moyens d’analyser ce que vous ressentez, profitez-en.

- Difficile.

- Quelle est l’intérêt de la facilité ?

- Il n’y en a pas, sinon d’être facile.

- Vous retirerez en plaisir ce que vous risquerez. Votre curiosité vous a joué un tour, digérez les fruits de cette expérience.

- L’asile est un endroit parfait pour qu’un esprit s’exprime, je lâche mes pensées, elles ne seront pas perdues pour tout le monde.

- Vous comptez vous confier à vos collègues ?

- Non, à vous.

- Vous inversez les rôles, vous n’êtes pas censée faire ça.

- Je suis de moins en moins sensée.

- Oublier vos habitudes, vos vieilles pensées, déblayez les pensées qui vous obsèdent, vous verrez que vous irez mieux ensuite.

- Si je pouvais en être sûre, j’ai peur de ne jamais pouvoir accepter.

Ne luttez pas, acceptez le courant, la crainte, plus vous résisterez plus, quand ils vous submergeront, ce sera difficile. Vous apprendrez.

J’essaie commissaire, j’essaie. On gagne à éviter un combat inégal. Face à soi on ne peut vaincre, le mieux est de l’ignorer, d’être instinctif. Quand la raison s’impose, que l’esprit veut faire entendre sa voix alors les difficultés et la violence ressentie croissent. Je sais ce que cela fait de chercher à quoi s’accrocher, à regarder au cœur de l’abîme, à sentir l’appel du gouffre pour découvrir que l’on possède en soi la force de ne pas céder.

J’ignore toujours s’il s’agit d’une bénédiction ou d’une malédiction.

Il n’y a de différence que selon son point de vue, refuser cette réalité en fait une malédiction, autant l’accepter et en faire une force de vie. Je m’y emploie, tant bien que mal. Laisser venir, facile à dire, mais à faire ? Ce sont des mots, envie, besoin de libérer ce qui n’est plus ni haine ni rage mais une force moins mortifère sinon vivifiante. Un changement difficile à gérer, accumuler les atrocités est un plaisir simple, les dépasser pour en saisir le sens, pour en savourer la motivation, voilà qui est autrement plus violent, plus nourrissant, plus terrifiant de perspectives de vie.

 

- La vie est un mirage docteur, l’image adaptée à nos perceptions de la Création. Elle change continuellement, recombine ses éléments, certains forment des êtres humains et cela nous émeut mais je crains que la notion d’individualité lui soit étrangère ! Porter sur elle un regard "humain" est une erreur qui ne la distrait même pas. Seul demain est dans la lumière mais, pour prendre une comparaison parlante, c’est un tunnel dont l’extrémité plonge dans les ténèbres..

- Vous parliez de troc commissaire, est-ce ce qui va arriver.

- Si je pouvais… Non ! Que votre esprit cède à la panique n’aiderait pas le sien. Évitez la facilité d’accepter une destruction attractive. Je connais ce désir mais si je ne lui ai pas cédé vous pouvez le faire.

- Difficile commissaire, je voudrais reculer, effacer la dernière heure… Vous avez vu juste, je me fendille, mes limites explosent comme vous l’aviez prédit, voulu peut-être.

- Seule m’intéressait la confirmation de ce que je pressentais. J’aurais préféré mourir, j’en ai eu l’impression, le temps d’une pensée, d’un rêve. Reste un souvenir lointain au goût de cauchemar, de sang, celui de la vie. Ce lieu est un symbole docteur, vous avez mal choisi, si vous voulez réfléchir il faut ni une prison ni une cage. Croyez-vous ressembler à un hamster en vous démenant dans une roue fixe pour vous donner l’impression de mouvement ? Comment réfléchir dans un espace confiné ?

- J’y suis à l’aise pour trouver comment aider mes patients.

- Et au moyen de vous aider vous !

- Moi ?

- Pourquoi s’éviter en s’occupant d’autrui ? Vous êtes forte.

- Merci !

- Ce n’est pas insultant, vous ne ressemblez pas à ce que vous croyez être. Vous vouliez affronter une réalité inhabituelle. La folie des autres vous montre des univers étonnants, ridicules ou terrifiants, des fenêtres sur cet ailleurs dont vous rêviez. Vous êtes au pied du mur, face à un possible qui prouve que vous aviez raison et le supporter est difficile. Vous avez surestimé vos idées, mésestimé vos désirs, votre perte viendra d’une ambition au-dessus de vos moyens.

- Et bien, vous m’habillez pour l’hiver.

- Nous sommes en été. Préparer-vous à la saison froide qui vient. J’entends déjà les hurlements d’un vent glacé sur un monde aride où tremblent les dernières formes de vies en quête d’un abri. La tempête se lève dans les esprits, beaucoup préfèreront s’autodétruire par le délire, le fanatisme et la violence. Mais je me laisse aller, ne cherchez pas un sens à mes déclarations, l’ambiance agit sur moi.

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 05:00

Qui regarde l'abîme 20

                                                      21

 

- Croisé, je n’avais jamais entendu cette formule auparavant.

- Ça c’est un compliment ! Deux perpendiculaires se rapprochent, se croisent pour reprendre mon terme puis s’éloignent.

- Je comprends, à part…

- Oui, justement, nous fûmes si proches, à nous confondre, et puis…

- Se sacrifiant elle vous gardait, elle préservait une communion totale, un amour parfait. La vie vous aurait séparé.

- C’est…

- C’est ?

- Vrai, je n’y avais jamais pensé en ces termes.

- Vous n’êtes pas psychologue, de formation ?

- J’ai étudié tant de chose, trop, mais vous rejetez la faute sur elle.

- Il n’y pas de faute, elle a agit spontanément, pressentant ce qu’il adviendrait sans anticiper qu’elle finirait ici.

- Finir est le mot.

- À moins que ce miracle auquel vous ne croyez pas...

- Je préfère agir qu’attendre l’intervention d’une autorité supérieure.

- Aussi, nous nous ressemblons, nos lignes se croisent commissaire.

- Mais ne se chevauchent pas.

- Nos esprits le pourraient à un point que vous pourriez regretter.

- Je vous vois sourire, dites, je peux tout entendre.

- Je pensais que je prendrais votre âme pour libérer la sienne.

- C’est cruel mais à vrai dire je vous en sens capable.

- N’en doutez pas, d’autant que c’est hypothétique.

- Vous avez plus de facilité à désirer l'impossible ?

- C’est vrai, ou ça le fut longtemps.

- C’est bien de le reconnaître.

- Mais je jouis d’une grande lucidité.

- Je n’en doute pas, c’est une qualité embarrassante.

- Gênante, le caillou dans la chaussure dont on n’ose pas se débarrasser. Une douleur amicale, complice du passé que l’on conserve pour éviter une inquiétante nouveauté.

- Vous êtes perspicace commissaire, une qualité dans votre métier.

- Je sais.

- Un rien de vanité ?

- Un fond, pour faire joli, parce que je suis aussi clairvoyant que je me maudis de l’être. Ce serait si… Mais la comparaison est impossible.

- Vous êtes un cas rare, intéressant.

- Dont un jour vous vous servirez pour une publication.

- Je le ferais au travers d’autres rencontres.

- Vous pensez que jamais vous ne révélerez mes confidences ?

- J’en suis certain.

- La sincérité fluctue avec le temps professeur.

- Vous parlez pour vous ?

- Oui.

- Vous avez modifié la vision de votre métier.

- J’agissais par plaisir, la victime était un mobile, le tueur m’attirait, mais toujours derrière le loup je découvrai un mouton masqué !

- Maintenant vous savez où trouver le véritable prédateur ?

- C’est pourquoi mon métier est moins motivant.

- Et que vous espérez découvrir le nouveau sens de votre vie?

- Un point de départ, préciser mon idée pour apprécier ce qui vient.

- L’esprit aime se détourner, utilisant l’imaginaire pour multiplier les improbables. Découvrir sa vraie nature est œuvre difficile commissaire, mais vous le savez pour l’avoir vécu.

- Vous êtes diablement intelligente.

- L’intelligence est diabolique ?

- C’est la bêtise qui est angélique.

- Votre commentaire est un compliment, il me va droit au cœur.

- Un joli chemin.

- Merci.

- Une interprétation à ce que je devine, quand à ce que je perçois.

- Physiquement ?

- Aussi, mais pas seulement.

- Encore un compliment, je vais penser que vous voulez me séduire.

- Non ! Votre ego féminin en prendrait ombrage à tort, mais désir sexuel ou envie sentimentale sont loin de moi.

- Vous séparez les deux ?

- Oui.

- C'est rarement avoué.

- Les règles de la normalité s’appliquent-elles à moi ?

- Parlons-en, je garderai ma distance professionnelle.

- Ce serait possible ?

- Auriez-vous peur ?

- De quoi, de qui ?

- Pas de ce loup intérieur, domestiqué, mais d’aptitudes positives.

- Vous avez raison.

- Vous êtes étrange commissaire, j’aimerais vous entendre.

- En confession ?

- Presque, je ne vous infligerais pas de pénitence, dire est important.

- Pour que s’organisent dans les profondeurs du cerveau des pensées qui se cherchent, manipulées par des lois inconnues, parcourues de forces que nous ne maîtrisons pas. C’est flou mais je suis à fond.

- Transformer vos intuitions en équations commissaire ?

- Mes aptitudes sont insuffisantes.

- Vous êtes jeune.

- Un joli mensonge dans votre bouche, je le prends pour ce qu’il vaut.

- Vous êtes trop bon.

- Ça c’est moins vrai.

- Vraiment ?

- Dans mon métier je n’ai pas fait que des jolies choses.

- La raison d’état ?

- L'efficacité. J’ai oublié parfois la loi mais jamais des innocents n’en souffrirent. Si je fais quelque chose j’aime que ce soit parfait.

- Une qualité.

- Chiante.

- Cela va avec.

- Je ne voyais pas cela ainsi mais que vous me le dites je confirme.

- C’est gentil.

- Être actif, poser la question, y répondre. Un rôle complexe.

- Mais motivant.

- J’avancerais mieux d’être titillé.

- Un vrai gosse, curieux pour un homme comme vous.

- Il serait difficile maintenant d'apprendre ce que j'ignore.

- Non, il vous manque juste d’en comprendre l’utilité.

- Qu’est-ce que cela veut dire : Être utile ?

- À vous de trouvez la réponse.

- La distance est nécessaire dans votre job. Que cherchez vous ?

- Votre esprit m’intrigue, le lien qui vous attache à cette jeune fille se devine dans ce que vous ne dites pas. J’ai toujours eu envie de regarder derrière les comportements. Aider autrui m’est utile et vous m’offrez la possibilité de voir ce que personne ne put envisager. Dès lors nous sommes faits pour nous entendre.

- L’ambition est bien si elle est lucide. Vous devinez vos motivations intimes pour expliquer des mystères inquiétants. Je crains que la pierre que vous voulez apporter à la psychiatrie moderne ne soit tombale. Personne ne vous pousse que vous-même… Le destin de Thlita vous attire ? Qu’auriez-vous voulu réussir enfant que vous tentez pour vos patients ne trouvant qu’une satisfaction passagère, insuffisante et frustrante ? Cela ne me regarde pas mais j’ai peur que vous vous surestimiez, n’est pas prédateur qui veut et survivre en portant en soi le poids d’un tel savoir est nocif.

- Je reconnais la finesse de votre jugement.

- Néanmoins vous voulez avoir raison, vous désirez être celle qui sait, celle qui expliquera. Les sombres profondeurs du psychisme vous attire et vous pensez pouvoir survivre par le raisonnement… Qui sait !

- Le temps seul connaît la réponse et la facilité est amère.

- Vrai !

- Nous nous ressemblons.

- Un peu.

- Seulement ?

- Est-ce plus que je le pense ou moins que ce que vous espérez… Nous connaître mieux pourrait être source de déceptions.

- L’idée vous intéresse ?

- Elle appartient au domaine du possible.

- Je ne doute pas de votre sincérité, mais nous verrons bien.

- C’est étrange, je ne m’attendais pas à cela en entrant ici.

- Vous étiez pris par l’image d’Épinal de l’asile de fous.

- Sans doute suis-je aujourd’hui apte à regarder autour de moi.

- Plus disponible, ouvert aux autres. Je pensais que cela impossible.

- Pas de hasard dans cette rencontre ?

- Non !

- Manigance ?

- Curiosité, il y en a beaucoup pour exprimer ce que je ressens.

- Suis-je si attrayant que cela ?

- Et plus encore. Votre démarche est lente, le regard porte loin mais se pose sur ce qui vous entoure, ce ne fut pas toujours le cas.

- J’étais préoccupé.

- Par vos enquêtes ?

- Principalement, par ma visite, l’espoir, la crainte.

- C’est pareil, imaginez qu’elle retrouve ses esprits, qu’elle soit comme avant, ou autre, qu’elle ne vous reconnaisse pas. Elle est une poupée, un amour parfait, c’est bien ce que vous voulez, non ?

- Je… Bonne question ?

Bonne ?

Le problème qui me tourmente m’ouvre un chemin peu fréquenté. L’amour, humain, est une cage instinctuelle dont j’ai déjà parlé, une geôle d’émotion, de comportements, de pensées qui tournent en rond dans un quotidien rassurant de banalité, je n’ai pas eu à en sortir puisque jamais elle ne se forma autour de moi, ma conscience put errer, explorer des situations sans référence dans la société sapiens, d’où l’incompréhension, la difficulté de s’exprimer, les mots manquent et je cherche depuis des années à exprimer ce que je ressens, j’use de formules détournées, d’à-peu-près, il n'existe aucun terme idéal, les créer ne me permettrait pas de communiquer. Je devrais piocher dans le vocabulaire scientifique. Ça ne facilitera pas les choses mais ce que je veux dire n’est pas simple. Si je reste tiraillé entre ce besoin d’amour et la certitude qu’il n’est plus pour moi c’est que mon instinct me dit que j’ai besoin d’un point de repère dans un monde dont je ne peux m’affranchir totalement faute de sombrer dans la folie. Faire abstraction de ma part humaine serait une erreur, fatale, une faute que commirent bien des "penseurs" avant moi, faute d’avoir une juste perception de leur situation. Le savoir était insuffisant, je dispose d’instruments performants dans l’exploration de la psyché, imprécis mais indispensables, indice-pensable ! Un amour trop prenant m’eut empêché d’exploiter mes aptitudes, son absence aurait eu un résultat encore plus catastrophique. Aimer des images était plus simple, pas plus facile quand après coups je compris la situation et me découvrit dans une situation entre deux réalités opposés, le conformisme et la folie ! Je survécus, tant bien que mal, mais sans jamais m’effondrer totalement pour être debout, lucide, face à une immensité qui me dépasse mais que je désire explorer puisque le propre de l’être vivant est d’avancer !

Je garde tellement de souvenirs de cette époque, des photos jaunies, des enregistrements entassés dans un placard. Qu’en faire ? Les détruire, les revoir... les émotions du passé ne reviendront pas. Qui sait ce que demain me réserve, si demain il y a !

Avenir est un curieux mot, à l’instar de mon personnage j’ai frôlé la mort… Est-ce elle qui se retira où moi qui put reculer ? Comme ce policier je vois le sentier, escarpé et sinueux, mais accessible. Mes rêves gisent derrière-moi, illusions estompées, la démence m’accompagne, fidèle comme un chien dont les crocs sont émoussés.

Les mots m’entraînent, je ne pensais pas que le commissaire rencontrerait cette psychiatre, sans doute est-ce utile pour la suite de notre histoire, celle des personnages et la mienne. Eux qui représentent des facettes de mon esprit peuvent m’amener à trouver les souvenirs qui m'attendent.

Amour et folie m’équilibrent. Aussi étrange qu'elle soit cette affirmation exprime l’évidence que je ressens. À l’insu de ma volonté, de ma lucidité, réfléchir aurait parasité un jeu cérébral dont j’éprouvais des soubresauts qui exploitèrent au maximum mon endurance. Ce serait dommage d’avoir survécu jusque-là pour renoncer au moment le plus intéressant. Je suis au sommet du Golgotha où je fus crucifié mais sans y avoir perdu ni ma vie ni mon esprit, enfin, à ce qu’il semble ! Il ne fut jamais l’ultime colline, une autre se présente une fois son sommet atteint je découvrirais une autre pente à gravir, ainsi jusqu’à la fin des temps. D’autres textes patientent dans mes doigts, dégagés de la sauvagerie je sais qu’ils n’en seront que plus violents, tranchants d’une réalité infaillible prédatrice ! Plonger au cœur de l’esprit pour en arracher les masques, le déstabiliser et lui souffler que l’autodestruction est la seule solution lui restant.

Amusant ! Non ? Je croyais, dommage !

Clouer chaque âme en face de sa réalité, puis l’observer se tordant de douleur dans les flammes implacables avant de se dissoudre en quelques cendres que le vent emportera. Quoi de plus terrifiant que sa vérité ?

Et je sais de quoi je parle ; et je, c’est de quoi je parle !


 

- L’amour commissaire est une jolie clé.

- Utilisée si souvent pour n’ouvrir qu’une boite vide.

- Vous êtes au-dessus de cela ?

- Ni au-dessous ! J’essaie d’exister, est-ce suffisant, est-ce bien ?

- L’est-ce ?

- Un tel bilan ne se tire pas aussitôt dans une vie.

Il a raison, je m’approuve.

- Vous admettez donc être jeune ?

- Être moins vieux que je le joue sachant avoir vécu cent vies.

- Vous croyez en la réincarnation ?

- Croire est un verbe dont je me méfie.

- Je vous approuve.

- C’est gentil, je m’approuve également ! L’impression persiste qu’une vie ne se limite pas au je d’un instant, d’ “une vie” ! Je suis une goutte dans un fleuve immense dont je perçois l’existence. Parfois je prend l’image du maillon, contradictoire avec la précédente mais illustrant mon idée d’un mouvement de la Création illustré par une progression de la conscience comme si Celle-ci s’incarnait en Celle-là ! Non comme des vies se suivant dans un but précis mais se modifiant, évoluant. S’améliorant, ça…

- Une forme de dieu ?

- Cage rassurante ! Comment vivre en percevant autour de soi une telle immensité et en soi cette complexité ? Comment éviter le vertige devant l’éternité ? Une question sur laquelle je reviendrais pour y répondre.

- Belle ambition.

- Trop grande peut-être !

- Pourquoi partir vaincu ?

- Je pars conscient, pas battu ! Le chemin sera long, la pente raide.

- C’est d’autant plus excitant, non ?

- Si !

Je lutte avec ces mots depuis longtemps. Peut-être ai-je tort de vouloir faire simple pour exprimer une idée qui ne l’est pas.


 

- Vous êtes intelligent commissaire.

- Est-ce une qualité ?

J’aimerais aussi le savoir.

- Non, c’est une responsabilité !

Bonne réponse, trop bonne !

- Envers qui ?

- Soi, vous, la vie ! Utiliser vos qualités, un défi à votre niveau.

Pas faux !

- Suis-je vaniteux à ce point ?

- Peut-être égocentrique.

- Que savez-vous de moi, de ce que je suis.

- Arguments indignes de vous.

- Cela me coûte de vous approuver.

Et à moi donc ! Mais l’intelligence est un masque. En quoi explique-t-elle ces questions ? Ce ne sont que des cailloux psychique mais ce sentier en est plein et chaque pas est source de sensations à la limite de la douleur. L’immobilisme seul promet la tranquillité, le Paradis est mortifère !

- Faux ! Vous êtes là pour cela, retrouver un passé sans surprise et parler, ça tombe bien je suis là pour écouter et je sais le faire.

- Facile à dire.

Si facile ! Mais le faire …

- Vous verrez. Mais plus tard, vous êtes venu voir une amie et j’ai à faire… Vous connaissez le chemin, sa porte n’est pas fermée, il serait positif qu’elle tente de sortir mais elle ne se déplace jamais seul, elle attend. 

Le commissaire opina, prit le chemin qu’il n’avait pas oublié malgré les années. Une seconde d’hésitation avant d’entrer.

De dos elle n’avait pas changé. Il feuilleta dans sa mémoire de belles images, d’elle, d’eux. C’était… une autre vie. Tant de fois il avait espéré qu’elle le reconnaisse et lui tende les bras, il avait même pensé s’occuper d’elle à plein temps mais c’eut été fausser sa vie que la lui dédier, elle ne l’avait pas sacrifiée pour cela.

Si elle se retournait, souriait, si … Mais non, il n’apercevait qu’un corps immobile, guère plus qu’une plante, dans lequel il ne percevait aucune présence, fonctionnant par habitude et parce que les zones cérébrales indispensables n’étaient pas lésées. Lui n’avait pas le pouvoir de traverser le temps pour changer ce qui s’était passé. Quelles conséquences cela aurait-il entraîné ? Quels risques aurait-il encourus pour elle ? Aller en Enfer, la disputer à n’importe quel dieu pour la ramener, il aurait promis de ne pas se retourner pour cela. Son impuissance l’afflige. Il ne peut que la regarder, hésitant à s’approcher, à croiser un regard qu’il sait vide.

Pourquoi est-il venu ?

Mettre fin à ses souffrances, mais il ne sent en elle qu’un vide absolu, pas même un désert au cœur duquel un brin de vie peut subsister. C’en en son cœur à lui qu’elle survit, pas ailleurs.

Comment tuer ce qui n’est pas vivant ? C’était son passé qu’il voulait effacer, cet acte ne ferait que refermer sur lui des souvenirs émoussés. L’amour est-il plus beau de n’être qu’un rêve auréolé du plus sombre des cauchemars, celui qui pare toute image d’une irréalité divine ?

S’approcher, caresser ses cheveux, elle adorait ce geste, peut-être…

Il ferma les yeux, chercha des larmes qui ne vinrent pas, c’était…

Non !

Il referma doucement la porte, quelque chose de froid s’insinua dans son esprit, la certitude d’une solitude implacable, l’évidence que le spectre du passé ne viendrait plus à son secours dans les pires moments et cette émotion disparue ne laissait aucun regret en lui, il n’en aurait plus besoin.

 

Perdrais-je ou gagnerais-je d’être ainsi ?

Interrogation positive, oublier les albums mentaux pleins d’images d’un amour planté dans l’humus glacé d’un désespoir dont je me suis repu trop longtemps. Je l’ai dit plus haut mais c’est la représentation de l’amour qui m’aida pas sa réalité qui eut reporté et amplifié le danger. Sa lumière me fut utile, désormais elle n’éclaire plus qu’un passé qui s’estompe. L’avenir est un territoire sans guide, c’est ce qui en fait l’intérêt et si quelques dangers me guettent ils rajouteront à mon plaisir. Il ne s’agit pas de renoncer à l’amour mais de ne plus rien en attendre ! La jungle que je viens de traverser était de sang, de crimes, d’atrocités en tous genres. Ce qui m’attend sera plus périlleux. Les mirages seront plus nombreux que les oasis mais aussi intéressants.

Demain sera-t-il bénédiction ou malédiction ?

L’une est l’autre !


 

Il s’en va, le chemin est ouvert sur une vie corrosive. La mort ne fut jamais effrayante, mieux, elle pourrait être sa plus tendre amante !


 

Elle ne voulut pas de moi, je n’ai pas su l’appeler, pas su la mériter, je me suis voulu fragile, j’ai voulu me briser et je n’y suis pas parvenu, n’aimant que me plaindre de mon sort ainsi que je continue à le faire sottement.

Pourquoi insister ? Pour perdre du temps, pour tourner autour du pot alors que j’ai le pouvoir d’y mettre la main dedans tout de suite.

La vie est marionnettiste, je sens les pulsions qui me dirigent. Qu’elle soit efficace m’arrangerait pour m’effondrer sur scène et trouver la paix dans un silence infini, celui de la mort ou de la démence, allongé, pourrissant physiquement dans un cercueil ou assis dégénérant psychiquement sur une chaise fixée au sol en contemplant l’infini au travers d’un mur rembourré. Dans les deux cas je n’éprouverais pas la satisfaction du devoir accompli. Tout ce que je peux ressentir c’est le plaisir de l’accomplir. Le chemin compte puisque je n’atteindrai pas le but.

M’épuiser, me tarir, là est mon ambition.


 

Le ciel est sans nuage altérant l’harmonie d’une immensité hantée d’interrogations diverses et d’aspirations contradictoires. Le vide n’est jamais loin d’une conscience éveillée.

 

Vide tentant, s’y jeter, s’y trouver. Un puits dont les limites sont les miennes. Mon esprit est la porte, au-delà…


 

Le parc, ces aliénés qui vont et viennent, qui parlent seuls, hurlent parfois, observant d’incompréhensibles beautés ou d’intolérables horreurs. Qui peut dire ce qui existe ou non, certains sont aveugles hors le spectacle de la médiocrité, d’autres ne peuvent pas baisser les paupières d’un esprit trop acéré. Bienheureux l’imbécile aux yeux clos ! Chacun transporte son Enfer. Est-ce un défaut de pouvoir le contempler, n’est-il pas le miroir le plus fiable qui se puisse existe ?

Le mien me fait face. Je l’ai voulu terrifiant, immonde, je me suis vautré dans une fange imaginaire, maintenant je suis allongé sur un sol dur, la boue s’est évaporée, les miasmes se dissipent, m’abandonnant au réel.

Cet Enfer est vivant, violent, terrifiant mais pourvoyeur d’émotions moins fades que celles que m’offrit la réalité.

Il m'attend, rassurant, le rendez-vous est pris depuis longtemps, la date est écrite sur le grand livre de la destinée depuis ma naissance. Ce serait dommage que je me défile, j’ai envie d’en savoir plus. Comme disait l’autre « Faute de pouvoir l’éviter feignons d’en être les instigateurs ! »


 

Aurait-il aimé resté piégé, comme eux, dans son monde intérieur ?


 

Heureusement cela arrive sans avertissement : « Voilà, je vais vivre tant d’années infernales ! ensuite ça ira, pas mieux mais autrement ! » Vue de près l'ombre dans laquelle s'enfonce le chemin est tentatrice mais c'est le piège et en sortir dépend de qualités innées, pas de la conscience qui, si elle survit malgré tout, connaît le véritable désespoir. Abandonner sa lucidité en route est préférable !

Errer, murmurer des mots sans suite dans l’ombre protectrice de faux murs, je l’ai vécu, et c’est une terreur sans nom.

Pourquoi survivre ?

Un camp, un tortionnaire, la même interrogation : Pourquoi suis-je là ? Est-ce le prix à payer pour une faute oubliée ?

Qu'ai-je fait ?

 

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 06:00

Qui regarde l'abîme 19

 

 

 

La pelle...

 

 

                                                      20


 

La tuer par les mots, jouir de son supplice, en tirer le meilleur parti sans que nul n’en souffre. Garder le sourire, se satisfaire de n’être pas déchu.

Et pourtant je ne suis pas un ange.


 

- Un chapitre se tourne ?

- Oui professeur, c’est maintenant qu’il importe de penser à l’avenir, de réfléchir dans le miroir cruel de la lucidité.

- Qu’allez-vous faire ?

- Comment être sûr que cela n’était pas cauchemar ? Je vais me réveiller, tout sera simple, je vais… Mais où retrouver le goût d’une vie plaisante et normale. Peut-être vais-je aller revoir une amie. Aimer l’impossible est plaisant. N’attendant rien je ne peux pas être déçu. C’est ainsi que je vois, ou veux, ma vie. Qu’espérer après avoir connu tant de moments intenses, d’avoir approchés les feux de l’Enfer pour en revenir vivant et lucide ? Rien n’est pire que la lucidité professeur, connaître les autres comme soi et voir entre nous un voile qui ira s’épaississant.

- Même entre nous ?

- Nous avons vécus tant d’aventures. Puis-je vous entraîner ? Où vais-je, pour y faire quoi ?

- Votre métier.

- Le puis-je encore ? M’affronter à de sombres criminels, découvrir des horreurs douteuses... Le monde a changé, à mes débuts, à nos débuts, le monde se voilait la face, il ignorait la monstruosité, la violence, la folie, tout était caché, c’était périphérique. Tout est inversé, ces notions sont devenues centrales. Le cœur du monde c’est la rage ; l’animalité a cédé la place à la bestialité, je n'ai plus rien à apporter à une génération plus sensible à certaines vérités que d’autres, je suis âgé, les jeunes… Je parle comme un vieil imbécile. Le monde m’intéresse moins, j’ai une collection de démons qui ferait frémir l’Enfer lui-même ; fréquentés, connus, vous étiez avec moi. Nous avons perdu deux amis en route, tués par mon père, lui-même est mort, par moi, comme il avait vécu, en me manipulant depuis le début. Quelque chose le terrifiait, même lui, après ce qu’il avait fait, ressentit une vraie panique, alors il s’est écarté pour que j’affronte ce qui m’attend. Je suis dans un piège qui ne peut plus me rendre fou ni me détruire. J’entends ses murmures, ses promesses, je sais ce qu’il me dit, me veut, je souhaite un réveil qui n’interviendra plus, même la mort me semble inaccessible, je suis allé trop loin, j’ai plongé trop profond en moi, et au-delà, sciemment, le vide m’attirait, l’abîme m’intriguait, j’ai voulu le dévisager, m’y abreuver de vérité croyant qu’ensuite il n’y aurait rien. Je me suis fait avoir. Ce qui m’arrive est-ce réel ou non, quelle est la part du délire, en redoutant qu’elle soit infime ! La mort m’a pris dans ses bras, je garde sur les lèvres le souvenir de son haleine glacée quand elle m’a embrassé, dans mon oreille restent les traces des serments de la folie. L’une et l’autre sont perdues sur un chemin que je ne peux plus prendre.

- Qui le peut ?

- Personne.

- Qui le veut ?

- Tous ! Repartir d’où ? Avec le souvenir d’un futur qui n’aurait pas existé, comment le modifier ? Tout est fuyant, l’imaginaire dit puis sous-entend l’inverse et finalement n’apporte rien.

- La raison…

- La quoi ? Perdue, égarée, j’ai voulu la récupérer, à la place j’ai mis la main sur quelque chose de nouveau, pire que la sauvagerie, mieux que la folie : un nouveau chemin, un escalier étrange. J’ai envie de hurler et je ne peux pas, d’appeler, je ne sais plus. Sur le sol il n’y a plus de trace, je suis seul. J’aurais dû m’y attendre, je l’ai voulu, imaginé, j’exprimai des impressions noyées dans un contexte improbable. Je suis seul face à l’infini, face à l’éternité, seul et je ne sais plus que faire.

- La rencontrer vous fera du bien.

- Vous croyez ?

- Elle fut l’ancre dans le réel. Un amour banal n’aurait pas suffit.

- Juste… je ne suis pas fait pour ça, la réalité s’autodétruit, je sécrète des anticorps qui la dissolve, en moi l’amour ne peut être que sublimé. Je suis trop ouvert sur l’intérieur pour accepter des interventions durables. C’était l’un ou l’autre, ce fut l’autre, tout cela est sans importance maintenant, les faits sont implacables. Je ne peux vivre un amour réel, sa vérité hormonale ne me stimule pas ! Vous voyez, la lucidité ne laisse que l’atroce réalité en face de soi.

- L’avenir.

- … J’appréhende de la revoir, de regarder son visage, ses yeux, d’y sentir un appel si lointain qu’il m’abandonne face à ma vacuité.

- Vous êtes sur de ne rien pouvoir ?

- Je ne veux rien. Que ressentirais-je de quitter un sentier d’épines pour celui semé des pétales morts de la routine ? Lui fermer les yeux pour rester seul à en conserver l’éclat, le seul phare pour me guider dans cet univers d’ombre si intense que vous ne la percevez pas. Probablement savait-elle ce qu’elle faisait et ce qui l’attendait, elle aussi préférait fuir la médiocrité, espérant conserver, quelque part, la cicatrice de ce qui n’eut pas le temps de pourrir.

- Il est temps de la revoir puisque vous savez ce qu’elle vous demande.

- Et cela m’effraie, j’affronterais en souriant mille Jack l’Éventreur mais la perspective de ce que je dois faire est plus difficile.

- L’ennemi le plus difficile à vaincre est en soi, vous le savez, vous avez affronté le vôtre, vous l’avez vu de près, touché, étreint, il a failli vous tuer et la vie fut la plus forte. Un ennemi nourri de peur, de terreur, de lâcheté, un ennemi monstrueux d’être à l’image de soi.

- J’aimerais retrouver l’émotion du passé, j’aimais tant de choses qui lui appartiennent, il est temps de faire face et de regarder un avenir immense comme une malédiction, immense comme l’éternité. J’ai envie de l’oublier, de le chasser, de me perdre en lui, de courir jusqu’à ce que j’arrive quelque part, le but de la course c’est elle-même, je n’ai rien à atteindre, à attendre, la vie n’est que dans le présent.

- Vous avez beaucoup appris.

- Les années passent professeur, je ne suis plus un enfant.

- Je me le demande.

- Laissons ça aux pédophages accrochés à leur passé, qu’ils croient penser ne leur donne pas une valeur supplémentaire. Ils sont les pantins d’une Vie qui les utilise pour se distraire d’un ennui infini.

- Vous les méprisez tant que ça ?

- Même pas, même plus, ni haine, ni rage. Comment leur en vouloir, ils ne savent ni ce qu’ils font ni ce qu’ils sont ?

- Nous parlions d’amour.

- Un sujet délicat.

- Le plus étrange de tous.

- C’est vrai… Il a le goût du passé, un visage aux yeux sans limite.

- Un autre le remplacera malgré vous.

- Aimer ? Peut-être, sans rien attendre, chercher l’introuvable.

- Vous pouvez vivre de bons moments.

- Partir ? Vous pensez que je saurais faire quelque chose comme ça ?

- Non, qui sait ce que vous allez devenir. De loin une idée est laide, de près elle devient, sinon jolie, du moins acceptable.

- J’espère ne pas en arriver là.

- Vous pourriez laisser de beaux souvenirs.

- Vous me tendez une perche bien glissante.

- Nous nous connaissons assez pour tout nous dire.

- c’est vrai.

- Nos routes se retrouveront peut-être un jour.

- Qui sait.

- Je ne souhaite pas votre destin.

- C’est gentil de m’encourager.

- La moquerie éloigne une situation qui ne vous effraie plus commissaire. Vous jouez pour perdre quelques heures mais le cocon du passé vous nourrit et votre nouvel être est capable de marcher comme un poulain sitôt né. Les autres sont encore à genoux, spirituellement, vous êtes debout et votre vue s’améliorant va découvrir un avenir que celui que vous étiez craindrait mais que celui que vous êtes n’est pas étonné de découvrir. Vous êtes seul à votre place, même si d’autres à travers l’Histoire arpentèrent ce chemin de solitude, à vous de les trouver, de les écouter, vous entendrez leurs messages. Je suis derrière vous, pas si loin mais cela va changer, comme deux trains, l’un est plus rapide, durant quelques secondes il semble aller à la même vitesse que celui qu’il vient de rattraper, puis l’évidence s’impose, il s’éloigne. Vous accélérez, rien ne pourra plus jamais vous arrêter, le souhaite serait trahir votre destin.

- Destin ?

- Ça en est un. Pourquoi moi ? Quelle importance ? Il serait vain de vouloir en savoir plus, votre imagination trouverait mille raisons.

- Une pensée ne peut monter vers le ciel sans fondations profondes. Le spirituel et l’organique vont de pair.

- Voilà une explication :

- J’ai cru que vous allez dire : voilà une excuse !

- C’est souvent pareil.

- Oui, trichons, nous le savons mais ça nous soulage.


 

Tricher ?

J’ai su le faire. Difficile de lever les yeux, de savoir ce qu’il en est de ce qui s’approche. Comme de l’amour auquel le commissaire veut renoncer.

Suis-je dans le même cas ?

Une petite voix me dit que j’y ai intérêt, il me retient, me bride. J’ai envie de regarder au fond de cet abîme, d’y voir plus que mon visage, mon esprit ; de m’y découvrir, l’amour est là pour justifier que je ne le fasse pas, me prenant des pensées autant que de l’énergie dont je pourrais avoir à faire ailleurs. Je l’utilise mal, trichant pour rester à la surface. J’observe mes pensées dans un miroir, le gouffre est joli mais je refuse d’aller plus loin, ça ne serait pas difficile. Ce personnage me précède, me guide, il porte mes pensées autant que mes espoirs, il me dit ce que je suis, ce que je veux.

Pratique d’aimer une image, de jouer les deux rôles, l’autre ne peut être décevant de ce qu’il n’est pas autre, justement !

Aimer serait falsifier mon destin. Pas seulement une suite de spectacles terrifiants, masques à arracher, en dessous il y a la force d’une vérité que je peux approcher, et si cela frôle le délire je m’en fiche, je peux laisser libre cours à mes pensées, chercher au delà des apparences, si c’est la folie qui m’étreint je serais le plus heureux… le plus malheureux… Je serais, tout simplement.

L’amour dans tout ça ?

Un je ?

L’ancre dans le réel, c’est ce que je voulus, ce que je crus trouver avant qu’elle ne cède, sans doute était-elle trop fragile, s’était-elle cru plus forte qu’elle n’est.

L’avenir ?

Ce commissaire affrontera son amour, comme moi l’image que j’aimai, je l’ai fait, réellement, mais ce n’était pas le chemin le plus dangereux, le plus violent, en moi reste ce qu’elle est, ce qu’elle représente, dois-je déchirer cela pour regarder autour de moi, trouver un amour au goût de réalité ou tout abandonner pour me consacrer à cette œuvre en forme de puits ? Je suis déjà au fond, face à moi-même, cerné de ténèbres et ne ressentant même plus de peur ou d’effroi. Le pire se dévoilera avec un visage d’autant plus terrifiant que ses traits seront ceux de la réalité.

Drôle de mot, pour moi c’est comme une injure, ou une menace, ou un curieux mélange des (Hi)deux !

L’amour, l’avenir, passer au travers des atrocités comme de la beauté, profiter des unes comme de l’autre, savoir être ce que je suis, ce que je puis et m’en satisfaire sans me réfugier dans un imaginaire proposant une fausse omnipotence. Les mots me trahissent d’autant plus que je les voudrais différents, ils m’échappent, me dominent mais c’est le jeu sinon je ne ferais que récrire quelques pensées. Ce n’est pas ce que je souhaite, je feins de tout maîtriser pour être surpris à nouveau comme je le fus il y a si longtemps. Pourtant je n’ai rien oublié, je m’y tiens, je m’y accroche comme à un cordon ombilical, comme au dernier barreau, non d’une cage, mais de ces parcs à bébé censé les protéger des excès de leur curiosité.

J’ai payé la mienne, cher, très chair !

Plus d’une livre, plus d’UN livre ! De combien me faudra-t-il m’acquitter avant que je puisse m’éloigner ? Les souvenirs cicatrisent mal. Celui-là est si présent que je ne parviens pas à étancher son suintement, je voudrais… Non, si je le voulais je ferais quelque chose. Ainsi est mon destin, je me laisse porter, j’accepte et subis.

Pas joli joli ça, n’est-ce pas ?

Si je me le dis c’est que ça doit être vrai.

Des mots, de l’imagination, c’est autre chose que je dois trouver, une autre voie, une vraie solution. Une seule, pas dix.

Pas dissolution !

Facile de jouer, je me divertis en montant sur un manège pour rester cet enfant mort dont les cendres volent en moi, souvenirs flous, presque rien et l’impression que tout cela ne fut qu’un cauchemar.

C’est si facile ?

Au contraire ! je cours pour m’épuiser et me donner le droit de m’arrêter, je me vois faire, m’encourage à céder, j'avance en faisant effort pour conserver les yeux fermés. Ne rien voir, ne rien dire, ne rien comprendre !

Comprendre ? Un mot, une menterie, m’induire en erreur, c’est ce qu’elle veut, je n’ai pas, je n’ai plus confiance, je n’ai… Mais si, j’y vais encore, c’est si proche, une promesse doucereuse, des dents blanches, une gueule qui ne lâche jamais sa proie.

M’en fous, même pas mal ! Même plus.

M’aime plus !

Qui le fera ?

Là est l’abîme que je crains le plus !

                                             * * *

À quoi bon voyager si c’est pour revenir à son point de départ, à quoi bon rêver si c’est pour se réveiller, rouvrir les yeux sur un monde qui donne envie de repartir, pour toujours, pour jamais, à quoi bon…

Il a arrêté sa voiture à quelques mètres de l’entrée de la maison de repos, il ne s’agit pas d’un asile, cela ne se dit pas. Et pourtant, de hauts murs, un portail aux pointes acérées prêtes à mordre l’imprudent, des pointes recourbées, et c’est inquiétant, non vers l’extérieur mais vers l’intérieur, il s’agit que l’on ne sorte pas, sinon par la porte, avec l’aval des autorités compétentes, mais pour ce qui est d’entrer cela ne semble pas difficile.

Qui l’oserait ?

Lui-même le craint, non pour l’endroit mais pour ce qu’il y sent, ce qu’il y devine de détresse, une somme d’angoisse qui crie… Il ne sait quoi, il voudrait écouter, l’entendre, il s’en veut de ne pas oser, d’être face à cet endroit, la mort en son cœur au moment de conclure, une vie entière. Y en aura-t-il une autre. Il n’y croit pas, à quoi bon aimer, comment, si jamais l’on a appris, si l’essai se transforme en cendres, en peurs, en larmes qui se perdront sur un sol indifférent ?

Le directeur l’accueille favorablement, c’est lui qui paie.

- Monsieur le commissaire, ravi de vous revoir, cela fait si longtemps.

- Je sais docteur, des années, c’est difficile de venir, de la voir, j’ai tellement eu d’espoir, ou fait semblant d’en avoir.

- Nous ne devons jamais baisser les bras, jamais.

- Dois-je vous croire docteur, vous doutez de vos paroles, votre voix dit le contraire de vos mots.

- Je ne peux rien vous cacher, certes elle n’a jamais fait de progrès depuis qu’elle est là, cela fait sept, huit ans, le temps file si vite, à se demander à quoi nous l’occupons pour ne pas le voir.

- Je ne vous le fait pas dire.

- Ne cédons pas commissaire, tout est toujours possible, on à vu des hommes sortir du coma après des années, alors que l’espoir paraissait fou, que tous se disaient que cela n’arriverait jamais ? Qu’une personne y croit et l’impossible peut devenir réalité.

- Il y a toujours une chance, favorable ou défavorable, toujours.

- Je préfère vous entendre parler ainsi.

- L’endroit est toujours aussi joli.

- Nous essayons de le rendre agréable, comment savoir ce qui peut influer sur le comportement de nos pensionnaires. Un regard, un sourire, la plus petite réaction est une récompense, une motivation pour continuer le combat, car c’en est un.

- Difficile aussi.

- Cela en fait la beauté. Chacun de nous désire l’impossible, nos résultats sont rarement spectaculaires, mais nos pensionnaires retrouvent ici un calme qu’ils n’avaient pas ailleurs. Combien qui se mutilaient ne le font plus, combien qui hurlaient des nuits entières dorment, je ne dirais pas paisiblement, mais tranquillement, en regard de ce qu’ils connurent. Combien n’ont plus dans les yeux cette angoisse permanente ? C’est en soi un résultat fantastique.

- Je sais que vous faites le maximum mais vos efforts resteront vains, vous le savez, ce qu’elle a vécu, subi était insoutenable, aucun esprit n’y aurait survécu, le sien fut vaporisé, je ne vois pas d’autres comparaison. Il ne peut revenir, son cerveau a subi des altérations trop importantes, peu visibles, soit, mais comment savoir où se trouve l’esprit ? Mesurer l’activité d’un cerveau permet-il de visualiser l’intelligence, la conscience, l’âme, pour employer un grand mot ?

- Non, bien sûr que non.

- Vous ne lui faites plus de test ?

- Non.

- Preuve que vous savez que cela ne servirait à rien.

- Preuve que nous attendons qu’il se passe quelque chose.

- Avez-vous noté le moindre changement dans son état ? Avez-vous deviné quoi que ce soit laissant espérer une modification, celle qui passe comme une pensée mais qu’un autre esprit aurait pu saisir.

- Nous ne pouvons l’observer continuellement.

- Vous contournez le problème, je ne vous en veux pas docteur, l’inverse me déplairait, vous me déchargez d’une grande culpabilité.

- Injustifiée commissaire.

- Vous ne savez pas tout, sans moi… Vous en savez assez. Je ne souhaite son sort à personne.

- Soit, je vous laisse juge de ce que vous me dites ou non.

- C’est un rôle que j’assume, et qui n’efface pas ma faute.

- Vous aimez vous fustigez.

- Il faut croire.

- N’a-t-elle pas eu son libre arbitre, l’avez-vous forcée à quelque chose ?

- Non !

- Alors ses actes furent commis par amour pour vous ?

- Disons-le ainsi.

- Elle connaissait les risques, les cherchait peut-être… N’est-ce pas, et vous aussi, c’est cela qui nourrit votre culpabilité.

- C’est agréable.

- N’est-ce pas ? Un psychologue pourrait vous aider.

- Moi ?

- Oui. Votre vie est hors du commun, vos qualités aussi, cependant vous êtes normal, vous n’êtes pas un monstre.

- Pourtant il me semblait.

- Moi aussi je sais juger les gens, ce n’est pas un hasard si vous revenez ici, je ressens vos doutes, ce que me diriez serait scellé par le secret professionnel plus que par celui de la confession.

- Je ne suis pas du genre à me confesser.

- Trop de péchés ? Une discussion informelle entre adultes consentants, l’endroit calme les esprits les plus angoissés. Personne n’est à l’abri des remises en question, vous en êtes à ce point de votre vie que connaissent beaucoup d’hommes. Trop de travail, peu de vie privée, une enfance qui vous a marqué, une vie affective frustrante, vos besoins, vos désirs, sont ceux de tout un chacun des apparences peut-être différentes, mais donc le fond qu’avez-vous qui vous distingue, qui vous isole de tous ?

- Si je vous le disais.

- Souvenez-vous de ce que je viens de vous dire, muet !

- Vous me tentez docteur, encore que vous confiant certaines choses vous voudriez me garder.

- J'ai souvent cette tentation. Laissez-moi en juger. Vous revenez d’une expédition éprouvante. Le travail ne remplace pas la vie, et votre retour traduit votre envie de retrouver celle qui a compté plus que n’importe qui.

- Vous auriez fait un excellent policier.

- Je sais, mais j’ignore si votre remarque est un compliment ou non.

- Dans mon esprit cela en était un.

- Je le prends comme tel, je suis bien où je suis, pas toujours utile, agissant discrètement, et vous aussi, mais ayant parfois des résultats important pour les personnes que je peux aider.

- Vous aimez les risques ?

- Aussi. Il y en a dans ce métier, s’approcher d’esprit fatigués, détruit ou semblant l’être peut vous en faire courir.

- Ce sont des risques intéressants, motivants, s’approcher d’une situation inconnue et penser qu’elle n’est pas si loin de soi que cela, que celui que l’on voulait étranger ne l’est pas, un jeu passionnant.

- Nous sommes donc fait pour nous entendre.

- Dois-je vous le souhaiter docteur ? J’en doute, vous avez envie d’en savoir plus, d’explorer l’esprit humain, et le mien aussi, pourquoi pas.

- Je comprends qu’une femme risque son âme pour vous.

- Est-ce un risque que vous voulez courir ?

- J’entends en rester à une confrontation professionnelle.

- Êtes-vous sûr de ça ?

- Autant qu’on peut l’être.

- Vous me connaissez mal, mon passé, ce que je suis, ce que je fis.

- Apprenez-moi, avez-vous vu et fait tant de choses, vous y avez survécu, votre esprit doit être singulièrement dur, résistant.

- Au contraire, il se serait brisé, flou, ductile, il me permit de résister à de violents conflits intérieurs, à des confrontations risquées.

- Vous avez sans doute raison.

- Ce ne fut pas toujours simple, restent des cicatrices mal refermées, des interrogations, mais je suis encore du bon côté de vos murs et pas entre eux comme cela aurait pu arriver.

- À ce point ?

- Mais oui, docteur ! Vous êtes protégé ici, penché sur vos patients comme sur une fenêtre offrant une vision d’ailleurs indirecte, vraiment, mais si le verre devenait miroir, si vous étiez de face avec l’imprévisible alors…

- Alors ?

- Qui sait ce qui pourrait arriver, je ne veux pas votre place.

- Ne le faites pas commissaire, jouons nos rôles, les relations humaines font que l’apparence aide à se comporter face à l’autre.

- Juste remarque.

- Je ne vous le fait pas dire.

- Si docteur, j’aurais mauvaise grâce à vous en vouloir.

- Voyez nos nouvelles installations, des jeux d’enfants, pour certains c’est un cadre adapté, pour d'autres c’est parfois aller trop loin.

- Le retour se fait jusque dans le ventre maternel, au début, avant même la capacité de percevoir le monde extérieur, le système nerveux est trop rudimentaire pour cela, le corps est autonome, rien de plus.

- Oui, on peut dire les choses ainsi.

- L’esprit n’est pas mort, il a été effacé.

- Si vous voulez.

- Si je pouvais vouloir… C’est une impression qui ne donnera rien, ne proposera rien, rejouer sa vie n’altère que sa lucidité, autant tenter de poser sur son présent le regard le plus lucide possible.

- C’est difficile.

- Je suis trop lucide m’a-t-on dit.

- Une femme ?

- Oui.

- Vous en avez connu beaucoup ?

- J’en ai croisé quelques-unes.

 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 06:00

Qui regarde l'abîme 18

 

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- Il est trop tôt pour savoir J’ai besoin d’apprendre. Besoin… de quoi ? De parler, de penser, de ceci et cela, envies contradictoires, un fatras d’idées qui vont et viennent. Le moment viendra ou le réel s'imposera, je lui fais confiance, et à moi aussi par la même occasion. Je suis un regard, un miroir qui essaie de verbaliser, de décrire une forme intérieure. L’aspect n’en est pas un, c’est l’inexprimable que je veux transmettre.

- Exprimer c’est invoquer, nommer un démon suffit pour l’appeler. Ce qui s’approche ressemble au Diable des archaïstes, des croyants.

- Ceux qui nous écoutent ne vont pas être content. Ni surpris ! Ils savent ce que nous pensons mais que connaissent-ils de ce en quoi ils croient, ils affichent une religiosité apparente, ils prétendent défendre des idées, une civilisation, un monde qui n’est plus qu’un charnier. Ils font semblant, se mentent à eux-même, aucune importance. Oui, quelque chose est là, les barreaux sont agités, la cage va exploser, la peur se manifeste, le refus hurle dans les rues et les lieux de culte, ces lieux de non-vie.

- Aux premières loges vous constaterez les dégâts, vous savez déjà de quoi il s’agit, du moins dans la forme.

- L’imagination crée à volonté ce dont je pourrais avoir besoin. J’ai envie que vienne la vérité pour la contempler dans son indicible violence.

- À ce point ?

- Il y eut un avant, il y aura un après, qui osera le regarder et dire ce qui vient de se passer ?

- Vous ?

- Non, le voir, peut-être, mais le dire ? Et à qui ?

- Je suis curieux de nature, j’ai envie d’assister au spectacle même si je dois en être détruit, ce qui arrivera, j’ai envie de mourir lucide.

- C’est un peu tôt.

- Oh, ce n’est jamais trop tôt, la mort vient à son heure.

- Ne l’appelez pas, vous avez senti son souffle glacé, elle n’est pas loin.

- Sur moi ?

- Non, non, je ne crois pas.

- Sur eux ?

- Elle voyage avec nous, dans nos ombres, mais toujours devant.

- Ils voudront en savoir plus, vos paroles excitent leur curiosité.

- Comme si c’était fait pour…

Regards complices !

- Et alors ?

- Ce qui fut sera remplacée, eux aussi.

- Nous perdons nos mots à parler d’eux ?

- Évoquer ces spectres parés de pouvoirs imaginaires est récréatif ! Silhouettes peintes dans un monde d’ombres grises et ternes. Chacune s’espérant unique mais les exceptions sont rares.

- Vous parlez de vous ?

- De nous.

- Merci pour moi, je ne crois pas en être.

- En être… Question de circonstances, parfois on en vient à les surprendre.

- À se faire surprendre ?

- La vie étonne, souvent le vide, parfois le trop plein, passer de l’un à l’autre, circuler, évoluer sans penser à ce qui vient, à ce qui est ou sera.

- Difficile si l’on dispose d’un cerveau en état de marche.

- Heureusement tout le monde n’est pas ainsi.

- Ce n’est pas gentil de vous moquer des handicapés qui nous écoutent.

- S’ils sont capable de comprendre quelque chose, il m’arrive d’en douter.

- Et eux ?

- Ils ne doutent jamais longtemps, je suis sûr de ça.

- Une certitude est une bonne chose ?

- Non, oui, question de moment.

- Un barreaux de plus ?

- Oui.

- Promis à céder.

- C’est l’intérêt du jeu, regarder, supputer puis être surpris par une violence sans sauvagerie, différente de son usage par l’homo sapiens.

- Vous ne l’aimez pas.

- La question ne se pose pas, je constate, comme si j'étais différent.

- Vous l’êtes, maintenant.

- Je le suis, ou le crois, rêve ou folie, réalité ou délire… Agréable de laisser flotter ses pensées sans savoir ; de regarder sans s’accrocher à quelque chose, d’avoir l’impression d’être gorgé de mots, de vie, de force, prêt à éclater en une onde de vie, comme une bulle sur la surface d’une envie qui nous créa pour cela. Quelques rides superficielles et le temps qui revient vous efface. Vous avez cru exister l’espace d’un songe. C’est si rapide, si fugace, à peine est-il terminé que déjà un autre le remplace. La chaîne est-elle sans fin et le dernier maillon, quel est-il ?

- Vous ?

- Non, non, je ne crois pas, je ne veux pas.

- Un maillon de cette chaîne qui descend dans le puits, un seau de bois cerclé de métal plonge sans savoir vers où, qui, quoi, entraîné par son poids, craignant d’atteindre une surface, de s'y enfoncer, de se remplir, de remonter pour être vidé avant de repartir. La vie est un voyage futile, comme si de l’obscurité pouvait surgir une forme viable.

- Pourquoi pas ?

- L’espoir fait vivre.

- Non, mais il aide à faire semblant.

- Une jolie phrase.

- Si dure quand on la comprend !
 

Je ne le veux plus, j’ai envie d’oublier. L’espoir nourrit le mensonge et farde une réalité glacée et s’amusant de l’effroi qu’elle provoque !

Chez moi aussi ? Non, je le feins pour perdre du temps. Ces personnages expriment mes pensées, mes sensations, pantins entre mes mains comme moi entre d’autres. Eux sont en bout de course, en levant les yeux ils me verraient, en les baissant ils ne découvriraient rien. Ils sont aussi réels que moi qui les emploie pour m’exprimer.

En suis-je incapable seul ?

Je crains de savoir, d’autres mots viendront, des savoirs inédits, des surprises, des souvenirs indicibles. Et la question : ″ Suis-je mort et là pour ressusciter, ou naître ?"

Le puis-je, le veux-je ?

Ni l’un ni l’autre probablement !

Quel blues dois-je subir, celui de vivre, de revivre ?

De quoi ai-je peur ? Pas de la mort, à l’image du commissaire ce n’est pas elle qui me terrorise, j’ai peur de la vie, de ce qui vient, de ce qui est déjà là, qui me déforme, qui distend les barreaux de ma cage aux barreaux de laquelle je m’accroche comme un naufragé refusant d’être emporté. Ce placard fut un ventre dans lequel je pus grandir, protégé, il va devenir, si je n’en sors pas à temps, un caveau m’asphyxiant.

Tout est là, promesses de ce qui ne sera jamais, de mains qui se tendent sans me voir, nourries d’une image, de plusieurs, de trop.

Nourri ou empoisonné, endormi ou intoxiqué ?

Tout à la fois ? Quelle vanité, mais je ne suis pas à ça près.

Pourquoi me censurer ? Le regard des autres m’indiffère, seul importe le mien, celui par lequel, me voyant, je saurais qui je suis et où je vais.

Vraiment ?

Si je me permettais d’y croire sans en attendre la permission, suis-je donc incapable d’y arriver seul ?

Que suis-je, ou qui suis-je ?

Suis-je, tout simplement ?

Les mots dansent devant moi, se jettent, se ruent, s’amalgament, formes mouvantes d’être constamment nourries. Vient le temps de regarder ! Mots cocon à l’intérieur duquel je me protège au risque de mourir d’être trop à l’abri loin de la vie, de son goût comme de son aspect.

Quelle porte ouvrir ?

Si je ne suis pas le dernier maillon, un autre sera fondu qui me succédera, ou me remplacera si j’ai disparu, je ne le souhaite pas, je sens que je peux, que je suis, que je…

JE…

Quel est le sens de ce mot ? Impression en creux d’un impossible destin ou d’un vrai délire ? La porte se refermant sur moi sera apaisante. J’attends sans souhaiter, gonflé de personnages, pièces d’un puzzle à reconstituer pour rencontrer une image effrayante d’être accessible.

Le paradoxe d’une réalité aux goûts variés, amers et difficiles. Mots pressants, obnubilant, je me vide pour que d’autres termes aient leurs places. Les barreaux tenaient tant que je le voulais mais ils sont friables, la lumière passe au travers, une étrange lueur blanche, froide, cruelle comme la lucidité, scalpel d’une évidence longtemps niée. À combattre contre soi on se perd alors que le risque de gagner est faible.

Des mots, des mots…
 

- Perdu dans vos pensées ?

- Un kaléidoscope, impressions, présences, plusieurs, beaucoup… Parler pour oublier, pour me vider, pour… ou contre ? Possible ! Passent les mots, qui suis-je pour vouloir les maîtriser, ensuite, ailleurs, au calme, debout face au vide il me sera donné de comprendre.

- Quand ?

- Entre bientôt et jamais, plus près du second que du premier.

- Je crois comprendre.

- Ne le faites pas si vous pouvez l’éviter. Pour gagner quoi ?

- Soi !

- Vous croyez ?

- Oui, bien sûr, soi !

- Soit !

Regards de vieux amis pouvant se parler sans rien dire, évoquer des souvenirs, radoter, c’est si agréable parfois, parler pour que file le temps.

Et les autres ?

Les américains ?

Sont-ils seulement là, occupés à réfléchir, à faire rentrer dans les cases de leur cours ce qu’ils ont vus. Cela semble facile, mais il arrive que les sensations se fassent rétives au besoin de les normaliser.

Danger ? Intérieur, une bombe au tic-tac obsédant. Ils voudraient parler, l’ont pu, avant, ailleurs, dans un cadre qui les força à puiser en eux une force désormais épuisée. C’est fini, ils ont peur de sentir un souffle nouveau, pire, si violent et insidieux qu’ils voudraient le contraindre dans une cage de définitions bien trop petites pour le retenir longtemps. Bientôt, libéré, il envahira leurs esprits.

Difficile de se croire prédateurs et de se découvrir gibiers !

Logique que cela finisse ainsi ! Le plus efficace des chasseurs trouve toujours plus fort. Ni plus grand ni plus gros, tout petit il peut prendre la forme d’un rétrovirus, c’est alors un ennemi imperceptible et terrifiant, mais le plus efficace est fait de mots. Il semble aisé à définir et dominer quand il apparaît, croire cela amène à se livrer à lui, comme si le mouton invitait le loup dans la bergerie pour arriver à le convaincre qu’il est un mouton ou que lui-même est un loup. Cela peut marcher un moment, un court moment.

Très court !

Et puis la nature reprend ses droits, le mouton se fait égorger, dévorer, et le loup s’en repart, satisfait. Pas heureux, non, repu. Le vrai prédateur sait ce qu’il est, voit ce qu’il fait et a envie de comprendre pourquoi.

Cela est-il déjà arrive ?
 

Cela ÉTAIT-Il déjà arrivé ?
 

                                          § § § §


 

L’enfer a souvent un joli visage, un tendre sourire avant que ne surgisse la haine dans ses yeux. Le commissaire se laisse aller à ses pensées, dans quelques minutes l’avion se posera, la réalité reprendra ses droits, il ne pas exactement ce qui l’attend, ce qu’il a vécu était-il rêve ou réalité, mystère de l’imagination ou folie sans nom projetant ses délires sur les murs blancs d’une cellule capitonnée ?
 

Quelle différence entre tout cela ? Se tenir en une position n’empêche pas d’imaginer qu’elle est autre, l’apparence ment. Est-il dans cet avion ? Levant les yeux quels fils verraient-ils, fils de soi, fils de mots ?

Qui manipule qui ? Ce personnage est-il le fil me faisant aller et venir en me faisant croire que je suis où je ne me trouve pas ? Tant de rêves errent dans mon esprit enquête d’un instant de vie, d’une flaque d’énergie à absorber pour accéder à une apparence de réalité. Assez vraisemblables pour que je crois en eux et leur donne une vie inaccessible autrement. À l’image de ces vampires qui n’entrent dans une maison qu’invités !

Réalité ou mensonge ?

Je sais où je suis, ce que je fais ! Les mots naissent sur l'écran, la vitesse de mes doigts sur le clavier obère ma méfiance, je comprendrai, après, trop tard, mais c’est fait pour. Ainsi n’ai-je pas à vouloir, je suis victime, crucifié sur l’ordre d’une volonté qui m’utilise mais me justifie.

Dans cet avion je voyage, j’imagine ma destination. Tout pourrait être faux et que je sois dans un désert psychique où chaque phrase est une envie de mirage, chaque apparition un désir d’oasis où m’abreuver. Combien de fois y ai-je cru ? Jusqu’à ne plus oser, jusqu’à vouloir douter, combien de fois au lieu d’eau ai-je senti ma bouche emplie de sable brûlant, combien de fois cela se reproduira-t-il encore ? Jusqu’à quand aurais-je la force de faire semblant de marcher, de me laisser être cette porte sur l’ailleurs, sur un inquiétant néant.

Inquiétant ? Et attirant, je veux le voir ainsi cet avenir au goût de sang, de larmes, au goût amer d’un espoir trop beau pour être vrai.

Pourquoi pleurer ?

J’ai imaginé cela, jadis. Être le dernier sur un monde mort, une larme tombant sur le sol ranimait la vie et lui donner une chance de vaincre le désert. J’attendais une illusion, croyais en une image pour m’y perdre.

Le désert est mon univers, mon domaine, en plongeant mes doigts dans le silice pour en tirer une porte de verre sur un monde si proche et si vaste qu’il me donne l’envie de m’y jeter.

Un monde !

Un immonde…

Tout est pour le pire dans le pire des immondes possibles.
 

Pleurer n’a ni sens ni vérité, je l’ai tant fait. Rien ne changeait, j’évacuais l'émotion sans m’en vider. Les mots seuls ont cette violence insidieuse et sournoise de promettre un demain différent.

Me relever, regarder autour de moi ce ballet de monstres obscènes que je n’ai jamais crains, contempler cet univers infini qui ne m’offre qu’un non-but, le moyen d’avancer sans bouger, sans possibilité d’arriver quelque part puisque l’imaginaire nourri de peur avance jusqu’à l’épuisement.

Et puits !

Pencher sur lui je le vois grouiller de fantasmes terrifiants, chaos originel, bouillonnement de forces élémentaires cherchant à s’organiser pour, y étant parvenu, rester insatisfait et se désolidariser en quête d’un nouveau sens. Je sais qu’il existe quatre forces en physique, mais en face y a-t-il une puissance négative, séparatrice, se nourrissant des autres, inversant le positif ?

Un sujet à creuser ? Mais comment creuser le vide, le rien ?

Le puis-je ?

Je ne fais que cela, regarder dans ce gouffre pour m’y découvrir. Mais n’y suis-je pas déjà tombé et croyant regarder en bas c’est vers le haut que porte mon regard ?

Combien de temps peut durer une chute se voulant infinie ?

Autant que la peur d’arriver quelque part, d’accepter ce désert et de faire corps avec lui. A se refuser l’on ne peut que tout perdre.

Qu’ai-je à perdre ? J’imagine un destin sans pouvoir davantage n’ayant que le pouvoir de m’effacer faute d’assumer l’inanité de mes ambitions !
 

Le ciel sait la petitesse de ce monde, sa fragilité et son importance, c’est le battement de l’aile du papillon dont les conséquences peuvent être considérables. Rien ne se perd, tout se nourri d’un possible.

Même moi ?

Hait pourquoi pas !

Petit être enfermé, porte ouverte mais espérant, malgré tout, malgré rien, malgré moi, ce qui est là et la peur, que demain aura un sens.

J’erre mais pas sans but même si ce dernier est encore impensable.

L’avenir le dira bien assez tôt ! Atterrir, retrouver une société folle où la vie est engloutie par un maelström de violence apocalyptique.
 

Je me trahirais d’emprunter une route qui n’est pas faite pour moi, écrire des mots inutiles m’ennuie de plus en plus. Mes textes sont un fatras brut d’où l’extraction des rares pépites promet d’être un travail de titan.

Mais qu’ai-je à faire d’autre ?

Je peux ouvrir les yeux, mieux voir, mieux être !

Des mots mordeurs, des mots émotions, des mots motivants pour avancer avec le sourire et tant pis si ce sont les bras putréfiés de la folie qui se referment sur moi. Nos enfants pourraient êtres viables, eux !

                                               * * *

Réunion de grosses têtes ! Les policiers américains ont été récupérés pour être débriefés alors que les français allaient de leur côté.

La lourde voiture pénètre dans les garages souterrains, les deux hommes se retrouvèrent face à un ascenseur, unique destination : un étage tout proche, un long couloir, et l’obscurité qui se mit à grandir, à s’imposer. Rassemblés en arc de cercle ils attendent les informations demandés afin de justifier des décisions déjà prises. Les apparences seront sauves, eux aussi doivent rendre des comptes, voire même des contes, à mourir debout ! La société est pyramidale, celui qui est dessous guette l’occasion de monter pour faire ses besoins sur ceux qui le suivent en oubliant ce que lui dut supporter pour en arriver là.

Photos, enregistrements, informations embrouillées pour qui vit dans un costume trois pièces étriqué.

Les flics se regardent, ils sont au pied du mur, le trac les envahit, les images se succèdent, se mélangent, comment être précis, informatif, ou faut-il laisser entendre… Ils savent ce que l’on attend d’eux.

Impossible ! Leurs cerveaux débordent de mots, de sensation, sur le moment c’était simple, les yeux voyaient mais le cerveau enregistrait loin de la conscience. Ils ne savaient plus, les images se multipliaient malgré eux, ils avaient perçu autour d’eux plus qu’ils l’auraient cru. Sur le moment l’angoisse faisait couvercle, le calme revenu celui-ci se dissipait et remontaient des ombres de plus en plus précises et terrifiantes.

Nommer serait-ce faire surgir ici ce qui était là-bas et qui attendait ?

- Je ne sais plus, c’est…

Son collègue l’approuva. Leurs lèvres voulaient se clore définitivement, leurs esprits redoutaient ce qu’ils devinaient dans leurs souvenirs. Quelque chose avait réussi à passer, à se dissimuler pour s’imposer, un poison, le venin de la peur se distillait, s’insinuait, il allait les corrompre totalement.

Totalement ?

Le poids des regards est oppressant, malgré la lumière ils distinguent mal autour d’eux. Est-ce leurs respirations qu’ils entendent, leurs battements de cœur qui résonnent dans leurs têtes, dans quel piège sont-ils tombés ? Ils ne voulaient pas descendre dans ce puits, ils sont des victimes offertes pour conclure ils ne savent quel pacte. La porte est refermée, ils sont prisonniers, condamnés, éternellement. On dirait un cauchemar mais ils savent que c’est pire ! Une intense douleur les déchire de l’intérieur, ils bougent, s’entendent répondre, mais ce ne sont pas eux qui parlent.

Les hommes autour d’eux écoutent avec attention d’abord puis avec surprise quand ils en arrivent à ce qu’ils découvrirent au fond du puits, surprise et soulagement, ils en savaient probablement plus qu’ils n’auraient dus sur les activités de ce club de tueurs. Ainsi tous les membres du premier cercle ont disparus, ils ne restent rien, plus de photos, plus de films, même plus de souvenirs ! Qu’importe ce flic français, il ne semble pas menaçant. Leur frustration est grande mais qui sait ce dont demain sera fait, si, ailleurs, quelqu’un d’autre...

Il fallait percer le secret de cette maison, nettoyer par le feu si nécessaire.

Par le feu…

Tout se déroula très vite, le plus en retrait des policiers recula pour fermer la porte à clé, avant même que les chefs formulent une question l’autre avait sorti son arme pour l’utiliser avec une précision diabolique.

                                              * * *

Le commissaire sourit avec regret.

- Vous vous y attendiez ?

- Ils ne pouvaient pas en sortir intacts, un moment ils purent se jouer la comédie, l’habitude, le dressage, tout cela leur donna l’illusion qu’ils surmonteraient ce en quoi ils plongeaient. Hors du cadre il y avait une telle différence entre d’où ils venaient et où ils étaient que cela fit appel d’air, une dépressurisation psychique, leurs esprits n’ont pas été formés pour supporter cela, ils sont allés vers le plus simple, le plus primaire : La violence, se soulageant à la mode du pays. C’est leur mode de vie, leur façon de résoudre les problèmes, de dissiper un excès de tension.

- Vous espériez que cela se passe comme cela ?

- Oui, ces hommes étaient compromis, le pouvoir est un poison qui tue celui qui s’en sert trop mal. C’est aussi un miroir pour qui s’y contemple. Oui professeur, cela me fait plaisir. Un coup de balai temporaires, je sais, mais utile malgré tout. Il y aura des interrogations, vous connaissez la procédure, la mort délie les langues, les ambitions s’exprimeront, les rancœurs et rancunes se déverseront, l’enquête qui nous intéresse passera au second plan, dans quelle direction la mener, tous les participants, directs et indirects, sont morts, les tueurs aussi, c’est l’idéal pour refermer un dossier et l’oublier dans des archives profondes ! Officiellement tous auront été victimes du coup de folie de policiers épuisés par des investigations trop complexes et terrifiantes. L’explication sera vite trouvée. Les rumeurs vont prospérer, les nouveaux patrons se chargeront de les lancer. Le meilleur moyen de cacher un secret c’est d’en dévoiler la partie la moins crédible, ainsi ses défenseurs sont-ils discrédités ! Les moyens modernes de communications seront mis à contribution et manipulés aisément.

- Les médias pourraient se tourner vers vous, vers nous.

- S’il le faut je donnerais une explication a minima, allant dans le sens de l’officielle pour que tout le monde soit content, nous n’avons rien à gagner à nous trouver dans l’œil du cyclone médiatique.

- Vraiment ?

- Sûr, le téléphone sonnera bientôt, il suffit d’être patient, pourquoi ne pas faire une partie d’échec en attendant ?

Sitôt dit, sitôt fait.
 

Affolement, ballet d’ambulances, tout fut rapide, preuve de l’efficacité de l’entraînement. Quand les troupes de chocs réussirent à enfoncer la porte elles se trouvèrent face à deux hommes pointant leurs armes sur eux. Toute discussion était donc superflue. Ensuite seulement quelqu’un se demanda pourquoi ils n’avaient pas ouvert le feu…

Comme si la question valait d’être posée.

Les journalistes trop curieux furent priés de chercher ailleurs, divers os corrompus leur furent donnés, les morts portent très bien le chapeau surtout quand il est trop grand pour eux.

L’actualité étant ce qu’elle est un scandale éclata qui fit la une, la deux, la douze, avant de n’être même plus un souvenir, personne ne regrettait les disparus, tous laissaient une belle pension.
 

L’idéal est de laisser les regrets au vestiaire, sans regard ni pensée, ce qui s'impose à l’esprit ne trouve de remède que dans la violence.
 

Prendre le temps, plonger dans l’abîme, supporter la première réaction, garder à l’esprit qu’elle n’est qu’une tentation, un risque, et une chance pour qui sait s’en nourrir, l’absorber sans lui céder.

 

 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 06:00

 Qui regarde l'abîme... 17

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Qu’ai-je appris de ces phrases, que veulent-elles me dire ou me cacher ?

Ce puits de passé, y retourner pour affronter l’image du père, momifié, ayant la réalité d’une forme en deux dimensions. Cédant aux désirs des autres j’y ai pensé, elle ne représente rien, ni manque, ni frustration, ni la quête d’un passé que je peux accabler. L’ignorance aide à charger la barque paternelle. Autre chose est intervenue, se rencontrèrent deux hérédités presque incompatibles qui luttèrent pour fusionner, poussé par la vie en quête d’expériences nouvelles. Que lui importe la préservation des espèces, au contraire, elle est du genre à donner un coup de pied dans la fourmilière pour que demain diffère d’aujourd’hui. C’est une façon d’accepter les choses en les expliquant pour les supporter. Est-ce pour autant qu’il s’agit de la réalité ? Rien n’est moins sûr. Je le répète pour oublier l’impression de marcher sur le vide. J’avance sur un pont étroit entre deux abîmes tentant. Je ne les crains plus, aussi loin que j’aille je ne peux plus me perdre. Le voudrais-je que je ne le pourrais pas. Que tout soit possible est œuvre imaginaire.

Qui regarde l’abîme…

Aussi profond que j’ose regarder c’est moi que je rencontre, mes désirs, mes aspirations, celles auxquelles je cède par clavier interposé. Sans regret. J’aurais tout perdu en prenant une hache plutôt qu’un ruban encreur, je me serais senti plus fort, croyant préserver ma lucidité afin d’exploiter la mine du crime comme un univers limité, en faire le tour et m’en nourrir pour le restituer par écrit. Je me serais fourvoyé sur ce chemin à sens unique, derrière moi se serait refermée une porte sans serrure. Je serais dans le puits entouré par mes victimes sans moyen de m’en défendre. Une sombre culpabilité coule dans mes veines et empoisonne mon âme.

La voie que j’ai choisie est plus intéressante, plus difficile, plus excitante de ce fait. Je peux apprendre de ce gouffre de folie meurtrière si petit pourtant en regard du vrai qui n'a de limites que les miennes. Tueur j’aurais couru après des expériences nouvelles sans voir que je n’étais qu’un disque rayé tournant dans le vide.

Ma voie s’ancre peu dans le réel, fragile donc susceptible de m’emmener plus loin, elle est sans limite. Hors de la matérialité, je suis libre, un tueur ne l’est pas, il affirme son pouvoir sur un univers se réduisant à chaque pensée. Je préfère ma situation, penser savoir où je suis. L’immensité est aussi source d’immobilisme que d’être dans une cage trop étroite.

Cause différente, effet identique !

Je devine l’immensité autour de moi mais croire que je peux aller n’importe où est un mensonge. J’ai réussi à me faufiler entre les barreaux psychosociaux sans le vouloir. Longtemps j’ai tourné le dos à l’évidence pour me croire à l’abri. Je suis de l’autre côté mais est-ce le bon ?

Combien de fois ai-je déploré ma lâcheté, enfermant mes pensées, suscitant, pour m’effrayer, une horde de monstres ridicules ?

Me retourner, affronter l’éternité, mon personnage dit que je le peux. L’infini des possibles est ouvert. L’abîme est-il en moi ou en dehors ? Suis-je bête ! Le trou noir est intérieur, son contraire est l’extérieur ! C’était simple, comment ai-je éviter d’y penser ? Un passage obligé afin de me dépouiller du superflu, de m’alléger pour le voyage qui s’annonce.

Je veux penser que c’est bien.

Bien ? la réalité mérite-t-elle ce titre ?

Poser la question c'est y répondre n'est-ce pas ?

Savoir ? Imaginer ? Qu’y a-t-il à comprendre ?

Je doute alors que je joue seul. Facile, avancer les yeux clos, reposer le pied d’où il vient, simuler la marche et se satisfaire en solitaire de n’être qu’un tricheur. Des ancres qui me retinrent au réel aucune ne tient plus, j'avance avec mes pensées pour seules compagnes.

Inutile d'en chercher une nouvelle, la lucidité cédera à son tour quand je serais allé au bout de moi-même. Quand ? Je l’ignore, laisserais-je derrière-moi assez de petits cailloux, je l’espère. J’attendais cet instant et les tourments que je ressens ne m’étonnent pas. Peut-être, après tout, seront-ils, eux, mes compagnons de route, la lucidité me permettant de les accepter sans les masquer d’imaginaires.

Je n’ai pas envie d’aller quelque part mais comment faire autrement ?

La vérité a un goût cruel, âpre, difficile à supporter. Tant mieux.


 

Ils roulent, deux aspirent au réel, les autres le savent illusoire.


 

Où suis-je ? Une envie de normalité, satisfait des apparences, d’y trouver un semblant de satisfaction ? Je n’en suis plus capable. Je suis de l’autre côté, aussi bien le commissaire que son complice, avec le désir d’être à l’extérieur, de combiner les visions pour mieux appréhender la réalité. J’ignore si ces rôles sont compatibles. Il me semble que non. Le choix est fait, vient l’heure de l’assumer !


 

Les étasuniens s'interrogent sur la réalité de ce qu'ils viennent de vivre. Plus il s’éloigneront de la maison plus ils douteront. De certains qu’ils étaient ils ne sauront plus, faudra-t-il tout dire, insinuer, il serait plus simple d’en rester aux apparences, les autres accepteront. Les supérieurs veulent tout savoir s’ils n’ont pas à en courir les risques.

C’est de leur faute après tout, que ne sont-ils venus, envoyant deux éclaireurs par peur de ce qui pourrait leur arriver. La réalité aime à jouer avec les nerfs, à laisser croire que... à laisser penser que... mais non, il s’agissait de hasard, une série existe dans l’esprit de qui la souhaite pour ne pas en savoir davantage.

- Alors ?

Les deux américains sursautèrent.

- Nous rejoignons le monde, que gardez-vous de ces heures loin de lui ? Vous étiez en train d’y penser n’est-ce pas ?

- C’était facile de supputer le sujet de nos réflexions.

- Je n’ai pas cette prétention, au contraire.

- C’est confus.

- Ne serait-ce pas mieux d’en parler ?

- Pas sûr, surtout avec vous.

- Je le prends comme un compliment ?

- Oui, vous êtes trop intelligent, trop maître de vous et de vos émotions.

- Pas vous ?

- Non.

- À quoi ont servi vos années de formation ?

- À tout, sauf ça. Vous comprenez ce que je ne sais pas dire.

- Vous voudriez que nous devinions ?

- Ce serait trop simple pour nous. Nous retiendrons ce que nous pourrons, en ce qui concerne votre maison nous n’aurons aucune influence, même si nous désapprouvons une visite plus musclée elle sera programmée.

- Je sais et ne vous en veux pas. Je devine qu’ils voudront tout voir par eux-même, la peur d’une malédiction disparaîtra, la technologie est plus forte que la superstition n’est-ce pas ? Ils auront le temps de le regretter. Ce n’est pas une menace à peine un avertissement. C’est écrit ! Face au désir d’affirmer son pouvoir il est vain de lutter.

- Un conflit de pouvoir ?

- En quelque sorte.

- Mais lequel contre nous ?

- C’est ce que vos supérieurs veulent savoir. Si la réponse correspond à l’idée qu’ils s’en font. La science dévoile une complexité difficile à intégrer, pour contrebalancer l’angoisse toutes les doctrines sont bonnes, principalement les plus contraignantes. Logique !

- Humain.

- Ne le serait-ce pas davantage de renoncer, de reconnaître ses limites et de rester en deçà ?

- Probablement.

- Alors nous sommes d’accord.

- Pour le moment. Je sais que s’ils me demandent de revenir, je reviendrais, surtout si c’est un ordre, et même si j’ai le choix.

- Avancement en vue ?

- Pourquoi pas, j’y ai droit aussi.

- Une carotte que vous pourriez être incapable de digérer.

- J’ai envie d’en savoir plus.

- L’esprit estompe ce qui le choqua. Vous ne gagnerez rien à vouloir comprendre ce qui n’est pas fait pour vous.

- L’est-ce pour vous ?

- Ce n’est pas un compliment, ni un avantage, seulement un constat.

- Modeste.

- C’est mon domaine, pas le vôtre, vous êtes spectateurs, curieux mais incapables d’accepter. Douter vous sauve.

- Nos esprits vont céder ?

- Faites ce que vous voudrez, vous êtes averti, je n’insisterai plus.

- Merci de votre sollicitude, mais nous ne pouvons vous suivre.

- Je disais cela pour vous.

- Je sais, ce n’est pas seulement la peur de voir cette maison mise sans dessus dessous qui vous effraie, des souvenirs qui ne sont pas les vôtres. Il sera oublié que cet homme avait un fils si vous restez discret dans la gestion de son héritage.

- Je n’ai pas besoin d’argent, quand à cette maison… Je ne sais pas ce qu’elle cache.

- Il y a autre chose ?

- Bien sûr.

- Quoi ?

- Je ne sais pas, vraiment, c’est le flair qui parle.

- En restant imprécis.

- Je fais ce que je peux.

- Sous la maison ?

- En quelque sorte.

- Nous verrons.

- Ça… Pour voir !

- Que voulez-vous dire ?

- Une impression, comme un piège. 

- Quelque chose qui nous attend, vorace ?

- Quelque chose… mais pas seulement, je ne peux pas en dire plus.

- Soit.

Une peur, une envie, ou les deux à la fois ?

À la foi ? Qui sait, je le sens aussi, ces mots ont un but qui me dépasse. Je suis organiquement semblable aux autres mais avec une spécificité.

Si je comprenais ce que je veux dire ce serait un avantage.

Si… Si j’osais comprendre.

Semblable biologiquement, structurellement, les différences sont dans le fonctionnement, pas dans le mécanisme de départ même s’il se différencie par la suite. Le cerveau suit son programme, quand tout va bien, in utero d’abord, puis au contact de l'extérieur, c’est là qu’il se borne, se fige, au contact de la médiocrité. Malléabilité veut dire fragilité. La Nature ne se soucie pas de ses échecs, la quantité est matrice de la qualité ! Le cerveau est une forme d’infini. Les chemins de traverse sont possibles. En moi des routes se formèrent tôt et ne furent pas détruites par les contraintes extérieures. Elles sont encore utilisables, explorant des régions corticales s’éloignant de celles utilisées normalement. La folie peut se concevoir ainsi, les liens neuronaux vers les zones de relations au réel se délitent d’être peu utilisés, ils disparaissent. Pourquoi ai-je pu utiliser les uns sans perdre les autres… Si tel est vraiment le cas. Là est la question à laquelle je ne peux répondre, pour autant qu’il y ait une réponse possible.

J’en doute !

Il y en aurait pourtant… Pour tant ! Comme une facture.

Ai-je à apprendre en sachant ou à savoir en apprenant ?

Question, encore, toujours.

- Vous aussi vous réfléchissez ?

- Si je savais à quoi ? Au pourquoi, à ce qui me souffle.

- La magie vous attire ?

- Plus que la science, pour l’instant ça n’en est pas encore une.

- Ça pourrait venir ?

- C’est le désir de vos supérieurs, affirmer leur supériorité. La science fournit les mêmes solutions à tous, c’est une course qui n’offre pas d’avantage durable, alors ils cherchent une autre voie. La magie, le surnaturel ont été rejetés par l’obscurantisme et c’est amusant que ce soient vous qui vous penchiez sur ces mystères, vous qui êtes si superstitieux, si archaïques dans vos modes de pensées. Mais vous avez le bon droit pour vous n’est-ce pas ? Comme les plus grands criminels de l’histoire vous voulez le bien de l’humanité. Les voix du Seigneur sont impénétrables, ce qui était mal pour les autres jadis est bon employé par vous qui êtes soutenu par Dieu. La réussite est sûre. Vous êtes le peuple élu devant guider le monde vers l’idéal.

- N’est-ce pas le cas ?

- Vous assombrissez le monde, peut-être est-ce le vrai désir divin ?

- Serait-ce donc un mal ?

- Bien ou mal sont des anthropismes, des figures de la mythologie monothéiste, égothéiste ? J’invente des mots, ne faites pas attention, ça m’arrive parfois mais ça ne dure pas. Je fais semblant de me comprendre. La vraie question serait de savoir si nos actes influent sur l’avenir et même s'ils sont nôtres ! Mal est une simplification, un anathème primitif pour rejeter sans comprendre, sans s’approcher… Pourtant qui résiste à sa tentation ? Peut-être faudrait-il le connaître, pénétrer sa vérité pour s’en nourrir sans céder à une réaction piège. Comme mon père qui ne sut pas refuser ses pulsions.

- Mais vous oui.

- En apparence. C’est moi qui parle, je me donne le meilleur rôle. Quand à la suite… Attendons, le réveil promet d’être sauvage.

- Pour qui ?

- Vous, il va sonner et vous ne saurez plus où vous êtes, vous serez livré corps et esprit à ce que vous vouliez dominer.

- Sommes-nous condamné à perdre ?

- Vous agissez sans lucidité, agités par des fils que vous soupçonnez en en masquant la nature. Cherchant à l’extérieur ce qui n’y est pas. Votre scientisme est une idéologie de plus. Rien ne vous protège d’un piège dans lequel vous êtes déjà tombé.

- C’est gentil de nous le dire.

- Je ressemble à mon père, au moins il n’avait pas oublié.

- Oublié ce qui est à l’intérieur ?

- Oui.

- Nous avons vu le résultat.

- Il a été aspiré, vous avez oublié, la solution est entre les deux.

- À votre place ! Vous aimez vous faire des compliments ?


 

Entre les deux ? L’enfermement, ne voir ni en soi ni au-dehors. Un infini de chaque côté, deux moyens d’y accéder ! La cage en contient une autre, des barreaux bordent un chemin circulaire. Tourner en rond, dans le même sens, toujours.

Cette cage intérieure est ouverte, ses barreaux sont transparents, ce sont des fenêtres pour mieux voir, des filtres pour apprendre.

Les murs ont disparus, l’immensité s’ouvre, mêlant intérieur et extérieur. Je sais qu’il importe de passer par le seconde pour atteindre le premier, ainsi la maison, chercher au premier comment accéder au sous-sol, qui y aurait pensé, qui verrait derrière les mots l’évidence s’affichant ?

Qui me l’a soufflé, qui m’a ouvert les yeux, qui veut que je regarde ?

Pour voir quoi ?

La bête, la peur, le passé, les instincts, la base animale, physique, matérielle de la vie. Passer par les racines pour atteindre le sommet de l’arbre, ne pas rester simple spectateur ; chercher, vouloir.


 

- Ça n’en est pas un, non, pas un !


 

Le silence revint, personne n’avait envie de parler, ni rien à dire, les banalités étant insoutenables autant se confronter à soi-même.


 

Le plus violent… Arracher son masque, se voir, mais le pire de tout, le pire du pire c’est d’y survivre, d’être, non un survivant mais un Sur-Vivant !

Quand à moi…


 

§ § § §


 

Comme il se doit l’avion déchire le ciel, petit appareil donnant l’illusion de maîtriser l’espace, insecte de métal volant vers nulle part.

Les équipes sont séparées, chacune médite ses plans. Très loin quelque chose attend. Le commissaire comprend ses collègues sans partager ce désir de repousser ce qui fut, d’en faire une impression falsifiée par la peur, truquée par des sens défaillants. Le chemin est long encore et ce qui l’attend dépasse en effroi tout ce qu’il aurait pu imaginer lorsqu’il s’acharnait sur sa machine à écrire.

Reprendre son travail ?

Le quoi ? Cet instrument de torture tripode n’est pas pour lui ! L’écriture n’eut jamais ce statut. L’envie est là de retrouver ce moyen d’expression-communication, laisser courir ses doigts et que vienne ce qui veut, ce qui doit, le risque, que s’approche ce qu’il n’ose s’avouer consciemment.

Est-ce si difficile ?

Non, ça n’est qu’un mot, un sens, une puissance nue que la peur voile avec le temps… Mais justement le temps c’est ce qu’il possède tant que c’est comme s’il ne pouvait plus rien faire, ne savait plus vouloir par la certitude du lendemain. En rêver, oui mais comment se motiver, apprécier la vie quand la mort a perdu son influence ?

Était-ce Elle qu’il désirait ?

Se poser la question l’amène à s’interroger. Quelle fut la découverte de ces derniers jours ? était-il prévu que cela arrive comme il l’exprima à son collègue ? Son appétence pour défier la mort, était-ce pour en effacer la crainte ou se préparer à un pouvoir à venir qu’il devinait comme un rêve que l’on regarde en souriant avant de découvrir, trop tard, qu’il était plus que cela.

Le destin existe-t-il ? Tout est-il déjà écrit ou la variabilité des possibles est-elle si limitée que le libre-arbitre est illusoire. Accepter ou refuser, sachant que quelqu’un obtempérera ? Il regarde une tragédie en craignant d'y découvrir son rôle.

La réussite fait monter d’une marche et permet de supporter la déception d’en découvrir une de plus. Y aura-t-il jamais un sommet et de quelle nature ? Une simple conscience humaine peut-elle dessiner avec des mots un tel avenir, sinon quel vocabulaire faudrait-il ?

Ensuite ?

Un autre escalier.

Et puis…

Et Puits !

Un palier ! L’évidence crie dans sa tête ! Ce fut un moment, d’autres viendront, aussi loin qu’il aille le repos ne sera jamais au rendez-vous. Demain viendra toujours et l’espoir sera de plus en plus difficile à trouver. Ensuite… Ces pensées sont fruits du présent, envisageant un paysage qu’il ne découvrira pas d’un coup il exploite ses peurs, pioche dans une expérience commune qui déborde de références obsolètes. Qui pourrait l’aider, quel esprit put-il s’aventurer jusque-là s’il y en eu jamais un ?

Il rêvasse alors qu’il traverse l’immensité moqueuse, il entend son rire, il entend ce qui n’est que folie, qu’un délire hors de toute conscience, réaction spontanée d’un piège ayant fonctionné. Il est la proie ! Lui qui se crut nemrod n’a rien vu venir, lui qui se vantait de sentir les fils le diriger n’a pas senti ceux qui le poussaient sur ce chemin, s’il avait su…

Aurait-il osé les couper ?

« Salope ! »

- Pardon ?

- Oui, professeur ?

- J’ai cru vous entendre murmurer quelque chose.

- Salope ?

- Oui.

- Je m’adressai à la mort.

- En ce terme familier ?

- Oui.

- Vous lui en voulez ?

- Oui.

- De quoi ?

- De m’avoir laissé tomber.

- Est-ce de sa faute ?

- Non mais j’ai envie de savoir qui insulter, même si cela sonne faux. Je n’en veux pas à mon père, ni à la mort, nous sommes des pantins.

- Rares sont ceux qui osent lever les yeux et s’en rendre compte.

- Oser est-il difficile ? Des mots professeur, jacasser, se soulager l’esprit comme pris d’un besoin pressant. Savoir n’est pas pouvoir !

- En êtes-vous sûr ?

- Oui !

- Qui dit pantin dit-il marionnettiste ?

- Il me semble être l’ultime parce que le premier à avoir osé lever les yeux, à voir, interrompant ainsi un cycle éternel.

- C’est une qualité.

- Une réalité ! Elle est tombée sur moi parce que j’avais les capacités de l’accepter. Comme un don. Mon unique qualité est l’endurance, simple aptitude organique ! Combien avant moi s’engagèrent sur cette piste avec l’arrière-pensée de me priver d’une victoire si chère ? Je sens leurs présences autour de moi, leurs esprits, leurs soulagements d’avoir échoué alors que le but était proche. La vie a le temps, elle dispose d’une matière première à profusion. Connaît-Elle la destination ? Un moyen n’a pas à connaître la fin !

- Je crois que vous avez raison.

- J’ai voulu la perdre cette raison… Dur d’avorter de son être.

- Preuve qu’il sait ce qu’il veut, lui.

- Oui, preuve ! Et maintenant… Le monde s’éloigne et moi je vais…

- C’est un moment pénible, un croisement avant une nouvelle route.

- Le baby-blues ! J’attendais, c’est sorti. Reste le plus difficile : continuer sur ce chemin en regardant ce qui se passe. Ce sera intéressant. À moi d’apprendre à ne plus anticiper, à ne pas construire des châteaux de peur avec le sable de la superstition mais à faire face aux événements avec sérénité. La vie aime être surprise, sa raison d’être n’est pas la production d’un unique modèle. La nouveauté justifie son existence sinon l’univers serait minéral, figé, à l’image du Paradis monothéiste. Mais je débloque.

- Du chaos jaillit la lumière, du désordre naît l’organisation.

- Être le premier à ouvrir les yeux sur l’infini, l’éternel…

- Comme une naissance ?

- Je suis gluant du liquide amniotique, il va s’évaporer, je vais apprendre à marcher, à penser, à parler. Suis-je devenu autre ou enfin moi-même ?

- Quelle importance ?

- Le temps me permettra de ne conserver que l’utile.

- Le plus lourd.

- C’est important de pouvoir discuter avec vous. Pour maîtriser le désordre de mes pensées et leur laisser le temps de s’organiser d’elles-mêmes. Ce serait drôle de regarder la tête de nos auditeurs.

- Qu’apprendraient-ils ?

- Ce qu’ils comprendraient ! Ils sont attirés comme des papillons par une lumière, et ils finirons comme eux. Le jeu n’est pas d’aller vers la clarté mais de l’utiliser pour regarder autour de soi. Un phénomène naturel est en action, invisible et inéluctable. Regardons le monde, ses images, les effets spéciaux, et en contrepoint, la montée des intégrismes. D’un côté un imaginaire bouillonnant de l’autre le besoin de trouver une obscurité rassurante.. Deux réactions complémentaires à un seul phénomène !

- Qui serait ?

- Je ne sais pas.

- Vraiment ?

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 06:00

Qui regarde l'abîme... 16  

 

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                                                     17

 

- C’est une réponse simple et précise.

- Qu’est-il arrivé à votre père ensuite ?

- Il était vivant quand je suis parti, ce qui lui arrivé…

- Je sens que vous ne dites pas la vérité.

- Vous interprétez.

- Je vous pensais capable de prendre vos responsabilités.

- Vous n’êtes pas infaillible. Je vous dis la vérité.

- Vous dites une chose pour en cacher une plus intéressante.

- C’est encore votre avis, pourquoi n’avancez-vous pas ?

- Oui, pourquoi ?

- Vous avez peur ?

- Oui, et non, je ne sais pas, je me sens mal à l’aise.

- Tiens donc, votre réaction ne m’étonne pas..

- Je suis prévenu, je vais être changé par ce que je vais voir là-dedans ?

- Vous l’avez déjà vu, vous savez ce qui a pu s’y passer, entre autre.

- Entre autre ! Combien de victimes dans cet endroit ? J’imagine votre père les utilisant comme engrais, se servant d’eux autant qu’il pouvait, pour tous les usages.

- N’imaginez pas trop, vous courriez un risque trop grand pour vous. L’imagination est tentatrice, dangereuse aussi, restez dans vos limites.

- Parfait !

- L’américain fit un pas en avant, son regard plongea dans le puits, il resta interdit, silencieux, avant que le commissaire ne vienne le rejoindre, puis leurs accompagnateurs.

- Votre père je suppose ?

- On dirait.

- Effectivement, il était vivant.

- C’est-à-dire ?

- Se peut-il qu’il se soit enfermé volontairement ?

- Pourquoi pas ? Une mort logique s’il voulut expier ses fautes dans un accès de lucidité.

- Hypothèse improbable. Le tueur qui rencontre la grâce et ressent le besoin de rééquilibrer les plateaux de la balance.

- Quitte à être fou autant l’être jusqu’au bout, une forme d’équilibre dans une démence personnelle. Se tuer en point final c’est cohérent. Voir venir la mort est le spectacle le plus fort possible, bien plus que la donner.

- Explication intelligente.

- J’approuve. Qui sait s'il n'eut pas, dans un moment de lucidité, la vision de son passé et surtout d'un avenir auquel il ne pouvait échapper que d'une façon.


 

Parfois cela s’arrête en plein milieu, cela cesse au bord du vide, quand le fleuve redevient une rivière banale, quand les crocs de pierre ne sont plus que quelques récifs épars.

Souvent, mais pas toujours il est agréable, d’en revenir, d’avoir senti sa conscience s’éloigner, il arrive même qu’on lui en veuille d’être revenu.

De qui est-il question ?

Je ne sais pas, je ne peux pas savoir, c’est loin, c’est différent, c’est étranger à tout ce que… Non ! Mensonge, ça n’a rien d’étranger à quoi bon refuser ? Je l’ai vu ce gouffre devant moi, j’ai failli… La conscience fut plus forte. Face à la Camarde elle est revenue, à moins que la mort elle-même ne se soit retirée pour me laisser face à moi-même, pour me dire que mon chemin n’était pas terminé, que je ne pouvais fuir ainsi

- Une fuite face à ses responsabilités.

- Vous auriez voulu qu’il aille se livrer, qu’il raconte sa vie, ses exactions, qu’il livre ses complices et devienne le sujet d’une curiosité malsaine ?

- Il aurait servi la justice.

- Vous employez des mots sans signification. Justice ! Et pourquoi pas liberté pendant que vous y êtes ? Un procès n’aurait servi qu’à satisfaire les appétit nécrophiles de vos semblables, de ces victimes promises à l’abattoir de la normalité, de la banalité. C’était une affaire entre lui et lui, face à sa conscience.

- Ce mot a-t-il plus de sens ?

- Pour qui le souhaite. Une définition, pas une explication.

- Alors il s’est suicidé ainsi ? Mais je retiens vos paroles, désirer suffit-il ? Pourquoi n’aurait-il pas utilisé quelqu’un pour se faire enfermer, d’être trop conscient put l’effrayer.

- L’idée m’intéresse.

- Merci ! Il sait que la mort est l’unique pourvoyeuse de paix digne de ce nom mais il manque de la force d’agir directement alors il utilise quelqu’un qui le contraigne en l’enfermant ici d’où il sait toute évasion impossible. Y être, oui, y venir, non !

- C’est une belle histoire.

- Est-elle belle, est-ce une histoire ?

- Le temps nous éclairera. Contentons-nous des faits, rien que des faits, il est là, mort, conservé par la sécheresse et la fraîcheur de cet endroit.

- On dirait une momie. Jusqu’à quel point resta-t-il conscient ? Il semble calme, pas de blessure visible, il aurait pu vouloir hâter la fin.

- Son esprit était ailleurs, loin, très loin de cet endroit.

- C’est le principe même de la folie.

- De s’extraire de la banalité ?

- De la normalité !

- De ce monde de gestes copiés, de rites encensés pour ce qu’ils ont de sociaux, d’animaux ! Bref, si nous allions y voir de plus près.

Ainsi fut fait. Ils descendirent accompagné par une curieuse émotion. Par cet escalier multicentenaire des dizaines et plus de vies s’étaient perdues dans un enfer sans nom, dans le cercle de pierre qui les attendait s’étaient déroulés d'atroces spectacles, des cris avaient résonnés, des malédictions et des supplications, tout avait pu y arriver et plus que cela. Inutile de posséder une sensibilité hors du commun pour percevoir dans l’air, courant le long des roches qui en avaient été gorgées, des souffrances dépassant le supportable.


 

Tout le monde porte ce puits, ce réceptacle d’envies terrifiantes, de désirs obscènes, de peur ou de fureur, de haine et de rage. L’amour n’y a pas sa place, mais s’il existe il ne peut se trouver qu’ensuite. Accepter cela en soi vise à cacher quelque chose de pire par le pouvoir de déstabilisation qui s’y trouve incluse. Est-ce l’amour que j’ai voulu cacher alors que j’ai pris le chemin partant dans l’autre direction spontanément. Maintenant je sais et cela n’en est que plus effrayant.

Quelle force persiste-t-elle à me faire avancer conscient et percevant autour de moi un monde aux promesses insoutenables ?

Est-ce un destin, une tentation, une étape en promettant d’autres ? La vie peut-elle promettre la stagnation, le pourrissement ?

Encore envie de me faire peur, de reculer ?

Non ! Finies la peur, la folie, la rage, reste la compréhension de la lumière et des ténèbres et l’ambition démesurée de les mêler non pour m’y perdre mais m’en nourrir. Je ne crains plus ce puits ni ce qui s’y trouve, je ressens une sérénité apocalyptique. Je suis une porte, ce puits n’est que cela. Je suis ce trou noir, il était temps pour moi de l’accepter.

Les conséquences sont proches, amicales et haineuses, petites boules de rage, bulles d’une violence qui déformera la surface du réel.

Déchirer la surface des conventions, secouer ces idées pour en voir la trame, que s’éteigne l’illusion, que le monde atteigne la compréhension de ce chemin qui n’a de destination qu’en lui-même.

Et moi sur lui, pauvre marcheur, j’allais employer le mot « pèlerin », curieux terme pour me qualifier avec le faucon et les criquets migrant et détruisant tout sur leur passage.

Des murs… Ils n’étaient pas en cercle, pas en puits, c’était un quadrilatère, une cage aux murs de peur plus que de pierre, une cage d’ombre pour oublier un ailleurs pire encore, un ailleurs de vie, d’espoir, illuminé par les souvenirs d’un astre moribond, par la vision d’un chemin allant vers nulle part, un chemin finissant, là-bas, si loin et si près pourtant, un gouffre, un abîme, recouvert d’une dalle, des noms et des dates gravés, ne marcher que vers cela et vouloir l’oublier. Je jette en eux les angoisses de mon enfance, les souvenirs sanglants, des avenirs qui furent autant de déceptions. Des murs qui ne me contiendront plus.


 

- C’est impressionnant.

- N’est-ce pas !

- Vous avez ressenti cela la première fois ?

- Oui, je me sentais appelé à chaque marche davantage, des hurlements violents, des appels, des pleurs aussi. Tant de crimes furent commis là qu’il est évident que seule la disparition totale de l’homo sapiens serait la Bonne Nouvelle des croyants, la vérité derrière ce qu’ils annoncent alors qu’ils n’idolâtrent que leur propre mort fardée pour sembler amicale.

- Vous êtes sûr que la porte peut être fermée de l’intérieur ?

- Il suffit de poser la barre de telle façon qu’en la claquant elle retombe du bon côté.

- C’est une question de chance ?

- Si on peut dire.

- J’imagine mal votre père, ou quiconque, s’y reprenant à plusieurs fois pour y parvenir, une aide extérieure serait plus logique.

- Plus logique ne veut pas dire plus vraie.

- Certes, je vous laisse passez devant, vous êtes chez vous.

- Un hôte ne doit-il pas s’écarter afin que ses invités le précèdent ?

- Ça ne me semble pas une bonne idée.

- Soit, faisons attention comment nous plaçons la barre, si elle retombait mal nous serions enfermés, avouez que ça ne manquerait pas de sel de se retrouver dans ce puits à nous regarder en nous demandant lequel manger en premier.

- Nous n’en arriverons pas là.

- Les conventions disparaissent face à la nécessité.

- J’ai un téléphone sur moi.

- Il n'y a pas de réseau ici.

- Nous vous faisons confiance, vous mettrez la barre comme il faut.

Cette fois – ajouta in petto l’américain. Le regard amusé du commissaire lui fit penser qu’il l’avait murmuré.

La lourde porte s’ouvrit aisément, l’air qui leur frappa le visage était glacé, haleine d’un démon oublié que cette intrusion pouvait réveiller.

Le corps était allongé au centre,nulle trace d’angoisse ne déformait ses traits et s’il avait changé c’était par la momification naturelle.

- On dirait qu’il sourit.

- Il se moque des visiteurs qui ne pouvaient manquer de venir.

- Je me demande quelles furent ses dernières pensées.

- Agréables, il avait oublié le contexte pour s’enfoncer dans le rêve en espérant malgré tout que la mort lui donne le moyen d’y accéder. Au dernier moment seul subsiste l’important.

- Vous en savez quelque chose.

- J’interprète, je n’étais pas à sa place au moment de mourir.

- Il a donc raté son agonie.

- Pardon ?

- Une mort pénible pour expier, sans souffrance pas de pardon.

- Un dernier défi pour regarder la mort dans les yeux, une victoire sur un sort étrange, ultime moquerie envers vous et votre monde, vos idées, vos libertés, apparentes, vos habitudes, tout ce fatras primitif dont vous vous flattez. C’est lui qui a gagné, par conséquent vous avez perdu. Souvenez-vous, la Sainte Inquisition, faire plier l’hérétique, lui faire admettre qu’il a tort. Son reniement rassure, c’est se dire, en oubliant les moyens utilisés, que l’on eu raison puisqu’au dernier moment le contraire rendit les armes et se vendit.

- Lui ne fut pas torturé.

- Seuls les premiers jours sont pénibles, l’envie de manger disparaît, la soif s’estompe par altération du cerveau. La perception même de soi s’asphyxie avant que le cœur ou le cerveau ne s’arrête.

- C’est une mort que vous enviez ?

- J’envie ce qu’il éprouva, sentir refluer la vie en soi pour préserver le plus important, pour gagner une seconde de plus. La mort était son ombre, mais pour lui c’était la vie. Il se nourrissait des émotions de ses victimes non seulement pour calmer ses pulsions mais pour y voir au travers de la réalité. Le prédateur ne détruit pas la vie, il s’en nourrit, il a besoin d’elle.

- Pour sa survie !

- Quelle autre vie avons-nous que la nôtre ?

- Tant se dépensent pour celles qu’ils côtoient !

- Ce sont des spectres, des vampires masqués d’hypocrisie qui aspirent la misère. Eux sont les vrais monstres, eux sont pires.

- C’est un sophisme.

- Mais savez-vous qu’un sophiste est un amoureux de la sagesse ?

- Vraiment ?

- Mais oui, aussi étrange que cela puisse vous paraître, c’est le cas ? Vous avez oublié le sens du réel, tout votre monde n’est qu’apparence, que peur emballée sous vide, du vide sous vide, voilà la banalité.

- Sommes-nous ici pour parler ainsi ?

- Pour quoi alors ? Il n’y aura pas de procès, il est mort, ses complices avec lui, il reste un mystère, votre envie et votre peur de l’affronter.

- Quel mystère ?

- Où sommes-nous ? Dans ce lieu il est impossible de mentir, de tricher. La mort observe, détruit et ne pardonne pas. Il dévoile votre âme, ou son absence. Ici le combat contre l’autre ne sert à rien, j’approuve mon père d’avoir accepté son sort, je le félicite pour sa fin.

- Et pour le reste ?

- Non.

- Mais vous le comprenez ?

- Que pouvait-il contre l’enchaînement des circonstances ? Ses actes appartiennent au passé, les lois humaines ne l’atteindront plus et s’il y en a d’autres… Le danger ne vient pas de ce que nous comprendrions mais de ce que nous apprendrons sur notre nature et notre devenir ! Nous sommes bien, nous parlons pour gagner du temps, et pas le contraire, le problème sera de remonter, de retrouver la société sans pouvoir oublier ce que nous avons vu, éprouvé. Vous y repenserez un peu, beaucoup, à la folie ! Vous irez voir un psy, habitude chez vous mais quand les murs font peur changer la tapisserie est parfois insuffisant. Leur réalité passera au travers de vos tentatives de les recouvrir.

- Et ensuite, que ferais-je ?

- À votre avis ?

- Revenir ici, vous allongez, et attendre la mort.

- Je doute d’en avoir le droit.

- Moi aussi ! Vous le ferez dans votre cave. Quel meilleur moyen que de savoir ce que l’on vaut, ce que l’on peut, que d’affronter cette fin ? Vous me direz qu’il reste d’autres tourments possibles, mais ils attaquent trop violemment le corps et déstabilisent l’esprit. Torturer amène à se perdre dans un magma de douleurs insoutenables qui rongent jusqu’à la base de l’être. Cette mort est la plus intéressante.

- Si vous le dites, la vôtre ?

- Ça…

- Tel père, tel fils !


 

S’allonger sur le sol, oublier le réel, fermer les yeux et ne les rouvrir sur l’évidence du néant. Intéressant d’y penser, de l’écrire, comme un piège symbole d’un masque indiquant une solution qui m’attire et m’angoisse. Il y a si longtemps que je fais semblant de dormir en attendant une fin que la vie refuse de m’accorder, me retenant malgré moi Oui, ruminer cette idée c’est gagner du temps car ce qui m’effraie le plus c’est de me relever et d’en sortir, ces personnages ne sont là que pour me le signifier d’une façon si claire que je ne puisse feindre rien voir. Je ferme les yeux en sachant que ma réalité me fait face.

Être, ou… être, il n’y a même pas de question !


 

- Brûlé vif, il paraît que c’est bien aussi.

- N’est-ce pas un peu rapide ?

- Ardu de faire durer le plaisir, la douleur est vite insoutenable.

- Et puis veiller à ce la fumée ne vous tue pas trop vite.

- Mourir avec un masque à gaz serait déplaisant.

- Carbonisé, recroquevillé, vous redeviendrez fœtus.

- N’est-ce pas déjà le cas ?


 

Bonne question ! Quel est ce cadavre que je garde en moi, le préservant à force de pensées, momie compagne d’un désespoir devenu drogue.

Pourquoi ?

Si je savais ! Si je voulais savoir, si je l’acceptais…Cadavre en cendres, complice d’une peur dont il ne reste qu’une ombre.

Une ombre … Un mur !

L’un fils de l’autre. Il n’y a qu’elle, lui n’est que l’envie que je la vois en obstacle, aspect froid et finitude.

Faux !

Cette ombre est ce puits, là haut, quelque part la lumière me guette.


 

- Je ne vous vois pas en idolâtre de l’enfance, au contraire.

- Trop banal ?

- Trop normal.

- Vous allez prendre mes idées, ça risque de vous traumatiser.

- Votre père est là, vous n’être plus un fils et pas encore un père.

- Le temps entre les deux permet d’être un homme, hors des contraintes de la société, de ses instincts sublimés. Je ne serais jamais père, jamais !

- Vous avez parlé de changement, il pourrait vous toucher aussi.

- Mais pas dans ce sens-là.

- Vous vous avancez.

- Soit, votre rapport devra se limiter aux faits, il sera facile à rédiger. Je ne vous soufflerez rien, attendez d’être devant votre machine.

- J’ai un ordinateur maintenant.

- Vous êtes un homme de progrès.

- Si vous voulez, mais c’est que je suis plus jeune que vous.

- C’est un avantage de se faire électroniquer à domicile.

- Pour qui ne sait pas l’utiliser, vous n’avez jamais pensé vous y mettre ?

- Je l’ai fait pour les papiers officiels, la création a d’autres exigences.

- Vieilles habitudes.

- Oui, être vieux… Saurez-vous jamais ce que c’est ?

- Pourquoi pas, vous vous faites du soucis pour moi ?

- Ce serait du tracas inutile.

- Merci.

- Je vous en prie ! Avons-nous quelque chose d’autre à faire ici ?

- Il faudra une équipe pour retirer de ces lieux ce qui s’y cache.

-Une équipe.

- Pour aller au terme de l’enquête.

- Je pense que ce n’est pas une bonne idée.

- Il ne s’agit pas d’idée commissaire mais de lois et de procédures.

- Dois-je vous dire où vous pouvez vous glisser tout cela ?

- Inutile !

- Parfait.

- Vous comptez nous en empêchez, faire obstruction à la justice ?

- Sûrement pas, vous oubliez le passé avec une explication !

- Où voulez-vous en venir ?

- Votre mémoire n’a rien de vive. Oublier le passé ne l’efface pas. Faites un rapport que vos supérieurs parcourront, rangez le et oubliez-le.

- Sinon ?

- La série noire continuera. Inutile de courir d’autres risques.

- C’est un point de vue que je ne peux pas partager.

- Je vous laisse prendre vos responsabilités.

- Vous imaginez mes supérieurs s'ils devaient se contenter de ce que j’aurais écrit, ils mourront d’envie d’en savoir plus.

- Ils mourront d’envie, vous l’avez dit.

- Façon de parler.

- Seulement ? Bien sûr...

- Les murs parfois ont des oreilles, ils entendent et mémorisent les mots que l'on regrette d'avoir prononcé.

- Vous ne réussirez pas à m’inquiéter, nous avons les moyens de vous convaincre de venir avec nous, de nous ouvrir la voie.

- Cela vous sauverait.

- La preuve.

- Apparence, vous agirez comme vous voudrez. Pas de projet improbable.

- Soit, remontons.

La lumière du jour leur ferma les yeux, ces instants paraissaient le rêve d’une fin de soirée, quand les esprits alcoolisés racontent n’importe quoi.

N’est-ce pas le cas ?

N’importe quoi…

Le salon était gorgé de soleil, la vue était apaisante, facile d’oublier qu’en dessous, d’une obscurité archaïque, pouvait surgir une terreur sans nom.

La maison allait être fouillée de fond en comble, les Américains en étaient sûrs, facile, le moment de folie passé, de tout mettre sur le compte des circonstances à qui on peut prêter tous les pouvoirs, bientôt ils sauraient.

Bientôt ou bien tard ?

Trop tard, trop tôt, et pour qui ?

Retour avec l’impression de percevoir le monde à travers un mur ouaté. Chacun cherche à retrouver les impressions du moment et finit par ne plus différencier vérité et imagination. Capacité de l’esprit pour se protéger, douter puis conclure que tout ne fut que fantasmes.

Les américains à l’arrière se taisent, conçus dans un moule identique, ils ont repris leur forme, poussés par la tension ils pensèrent autrement, dans un cadre routinier leurs pensées se replient dans leur cage.

Les deux français se regardent de temps en temps, histoire de vérifier que leurs cheminements intérieurs sont identiques. Amitié forgée face aux épreuves, esprits autonomes ils se sont éloignés. Le commissaire a envie de douter, de rejeter ce qu’il devine monter en lui, il voudrait… Mais quoi ? Avoir imaginé tout cela et se retrouver devant son bureau et sa machine à écrire. N’est-ce pas ce qui est arrivé ?

Non, le goût de la réalité est sur lui, son odeur. Aurait-il pu imaginer cela, tant d’effroi, de panique, et la certitude de les regarder sans frémir.

Le papier eut-il été salvateur ? Avoir tout en soi est-il plus reposant ?


 

La réalité est un support évitant trop d'effort, c’est fatigant de penser, de générer quelque chose au point qu’il devient tentant de tout laisser venir.

Piège !

Ce qui survient sourit comme la mort, face nue et moqueuse, regard de qui a vu l’infini et en revint différent sans être autre.

J’aimerais être étranger, mais à qui, à quoi ? À un monde qui ne m’intéresse pas ou à un univers intérieur que je ne peux fuir ?

Bonne question ! J’aimerais ne pas penser à la réponse, ne rien savoir, me laisser porter par les mots, en espérant qu’ils me conduiront vers un destin funeste. J’aimerais ne pas être où je suis, impossible, dans une autre situation je n’aurais pas ces pensées. J’ai envie d’en savoir plus, trop. Ce personnage est mon ombre projetée vers l’avant, il pose ses pieds afin que je pense pouvoir en faire autant, mais c’est faux, il ne pèse que la vie que je lui abandonne, il passe devant pour me rassurer, le faire en me pensant seul pour affronter ce qui va surgir de n’importe où, de n’importe quand, me ferait peur. Je suis fatigué de jouer, de perdre du temps, j’ai envie d’en savoir plus tout en redoutant le prix à payer, un prix au goût d’improbable éternité. Les mots portent une vie indépendante de leur support. Ils se recopient sans s’altérer.

 

 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 06:00

Qui regarde l'abîme... 15

 

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Les autres opinèrent, la réalité avait un goût d'hallucination.

- Avez-vous vu ?

Approbation muette.

- C’était… Un rêve, un rêve éveillé, ça ne peut être que cela.

- Que cela, vous avez raison.

- Et s’il y a avait des émanations venant d'en dessous ?

- Du dessous reviennent souvent des choses que l’on voudrait oublier.

- Un piège, des gaz, un mécanisme conçu par votre père.

- L’ambiance explique nos visions. Délire d'esprits influençables, une émotion déstabilisante et la lucidité, noyée, pioche dans l’inconscient les illustrations d’un spectacle infernal.

- Cela ne s’est jamais produit. Comment des, des…

- Humains ?

- Oui, comment auraient-ils pu faire cela, ce n’est pas pensable.

- Les pires atrocités sont commises par des gens insoupçonnables, votre voisin de palier est peut-être un cannibale.

- Vous avez raison, là c’était différent, organisé, culturel !.

- Pourquoi pas ? Vous croyez que ça n’existe plus ? Apparence ! Suivre l’actualité revient à se nourrir de cadavres, intangibles mais réels ! Sans goût dans la bouche mais aussi savoureux dans l’esprit !

- Cela serait arrivé ici ? Il y avait des habitants avant les européens. Primo-américains est un terme générique mais imprécis.

- Inhumains, pré-humains ?

- Proxi-humains ? J’imagine, pour trouver il faudrait chercher dans la bonne direction sans présupposés scientistes ou cultuels.

- Ce lieu incite à s’interroger, notre enquête, par nature plus encore. D’abord sur votre père puis sur la raison de son installation ici. Il ne vous est pas demandé d’en rapporter trop.

- Pas de sous-entendus troublants. Retournez les questions dans tous les sens n’aide pas à trouver une solution, surtout la bonne, mais permet d’en choisir une satisfaisante pour chacun, ou presque ! Mon père fut appelé, vous direz que c’était après une recherche historiques précise, personne n’y croira mais tous le feindront.

- Comment leur expliquer ce que nous venons de vivre ?

- C’est votre problème.

- Le vôtre aussi il me semble. Vous avez été retrouvé agonisant au fond d’un puits, pas aussi profond, mais entouré de cadavres ne me dites pas qu’il s’agit d’un hasard.

- Croyez-vous que je le sache ?

- Une lueur dans votre regard m’incite à le penser.

- Je ne dis pas qu’il s’agissait d’un hasard, nous sommes moins maître de nos actes que nous le pensons ou le voulons. J’ai cédé à une inexplicable attraction, comme mon père. Dommage qu’il soit impossible d’interroger l’une des autres personnes présentes.

- Elles sont toutes mortes. Elles auraient dit être là par obligation !

- Est-on assez lucide pour connaître la source de nos pensées ?

- Si je pouvais répondre à cette question….

- Vous seriez gêné de connaître vos motivations, effrayé de voir sur quoi votre édifice repose, vos explication ne servent qu’à vous empêcher de le percevoir. Le gouffre est en chacun de nous et, si j’en crois l’actualité, sa perception croît, son appel est plus efficace. Croyez-moi, s’y trouver éteint la lucidité, la perception de soi. Celui qui tue s'efface du monde des vivants ? Il rêve d’une introuvable lumière pour supporter la noirceur qui le ronge. Ne sentez-vous pas que de plus en plus d’individus se sont laissés aspirés ?

- Dit-il avec un sourire sarcastique. Votre père céda à cette obscurité et ainsi vous donna du temps ou la force pour la percevoir. Vous voulez comprendre et vous en pensez capable, ce pourrait être vrai !

- Serait-ce si terrible ?

- Je ne sais pas commissaire, je ne sais pas… Mais vous Si !

- Vous me surestimez. J’ai envie d’en savoir plus, le puis-je, et survivrais-je mentalement ou physiquement ? Comment l’exprimer, quelles références, quel alphabet, quel savoir est-il indispensable, être spectateur c’est se trouver nu dans un incendie, le calme et la connaissance protègent, un temps. La foi donne l’illusion, brève, que les flammes sont amicales. Ensuite vous verrez ! Souvent je me suis vu finir dans une chambre capitonnée, îlot de conscience au sein d’un océan d’interrogations nocives et de visions acides.

- J’ai du mal à vous suivre.

- Tant mieux, vous n’y survivriez pas !

- Vous me pensez incapable d’accepter certaines choses.

- Lesquelles ?

- Si je le savais.

- L’oseriez-vous ? Faites un rapport simple, factuel, explicatif, oubliez la vérité, la vraisemblance suffira, comblez les attentes de vos supérieurs, eux aussi voudraient mais ils peuvent moins que vous.

- Et vous ?

- Je vous l’ai dit, j’avance les yeux ouverts, je suis spectateur.

- Si vous n’aviez pas été là rien ne serait arrivé.

- Et vous ne seriez jamais entré dans la maison.

- Vous croyez ?

- Oui.

- Elle avait un message pour vous. Maintenant ce sera plus facile.

- Ça se peut. Vous avez vu comme moi qu’il n’y a rien à découvrir.

- Dans la maison, ce que nous avons vu doit s’y trouver. Dans les films un indice oriente les enquêteurs au moment opportun. S’il y eut ici des sacrifices, s’il y a un puits il est sous la maison.

- Ou n’importe où autour de nous.

- Non.

- Vous êtes catégorique.

- Oui.

- Gardez votre avis, pourquoi vous convaincre de votre erreur.

- Nous trouverons. Vous ne pourrez pas nous en empêcher. Je sais, je sens, vous entendez commissaire, tout étasunien que je sois, je sens quelque chose et vous savez quoi. Que vous ayez été surpris, soit, mais vous connaissez le chemin, je le lis dans vos yeux.

- Où voulez-vous l’y voir !

- Je connais votre habileté dialectique, vous ne m'aurez pas.

- Et vous continuez à vous méfier ?

- Plus que jamais j’ai envie d’être sûr. Des événements récents ont remis en cause ma façon de voir le monde. Je retiens la leçon, j’admets que j’ai appris des bêtises, il n’est pas trop tard.

- Si. Vous êtes sincère, dans l’ambiance, mais votre cerveau est achevé. Certaines aptitudes demandent à être exploitées tôt, ensuite les réveiller est difficile voire douloureux. Ce gouffre est un miroir, qui s’y regarde affronte sa vérité ? Vous pensez être évolué mais votre costume à 500 dollars ne prouve rien, votre phonetruc pas davantage. L’intelligence se passe de technologies, de culture ! Vous ne chercheriez pas à réaliser ce qu’un gymnaste réussit après dix ans d’entraînement ? Le cerveau réagit comme le corps, soumis à position insoutenable il se défend à sa façon. Vous la connaissez, elle finit toujours en bain de sang ! Loin d’ici vous trouverez mille explications, vous sourirez de votre naïveté et conclurez que vous avez été influencé par les circonstances autant que par moi.

- Vous êtes un expert.

- J’ai beaucoup appris quand mon cerveau était malléable.

- Vous me pensez limité ?

- Comme tous, même moi ! Il y a les limites reçues, sociales, culturelles, religieuses, les vraies sont plus loin, mais les premières sont rassurantes sinon vous penseriez qu’il peut exister autre chose. Ces frontières sont le fruit de millénaires d’évolution, de peur, tiraillé entre l’envie d’avancer et le désir d'immobilisme. Vous n’êtes pas fait pour aller plus loin, je ne le suis pas pour stagner ; pour vous comme pour moi c’est une impossibilité physique ! Contentez-vous de livres à la con, de maîtres à faire semblant de penser, mais prendre le bon chemin c’est courir de grands risques.

- Vous voulez me faire peur ?

- Vous avertir.

- Et votre cage ? Vous la pensez différente mais la voyez plus grande.

- Oui.

- C’est honnête de l’avouer, vaniteux et méprisant.

- Une interprétation plausible. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit vraie.

- Il y a un moyen de vérifier. Il vous suffit de nous conduire sous la maison. Chercher nous-même ferait des dégâts, ce serait dommage.

- Pour qui ?

- Si j'évitais les risques je ferais un autre job.

- Ils épicent votre vie mais vous n’en connaissez que les plus doux.

- Je ne ferais pas de duel avec vous, vous en avez couru de terribles.

- Les vrais risques ne sont pas ceux que l’on prend physiquement.

- Je commence à le comprendre.

- Il faudra poursuivre, si l’occasion se présente. Un incident peut bloquer une expérience, la découverte d’un savoir incite à chercher plus loin, ce n’est pas un défaut, il n’en reste pas moins qu’il est souvent judicieux de savoir s’arrêter. Aller plus loin c’est s’engager sur une pente telle que s’arrêter sera difficile, et je ne parle pas de revenir en arrière. Certains chemins s’effacent derrière soi.

- On dirait un avertissement.

- Mais pas une menace, au contraire, c’est amical.

- Soit, j’approuve votre opinion mais je suis fatigué de réfléchir, de me contenter de la raison, de me limiter aux contours de normes dont je vois maintenant la nature carcérale, j’ai envie d’aller voir plus loin, si c’est trop loin, tant pis, avoir le temps de regarder, d’en savoir plus, le reste… Cela fait partie du jeu. Mon collègue peut rester ici.

L’autre hésita, reculer ne le tentait pas, courir un risque inutile non plus. Finalement il refusa, préférant perdre la vie que la face, le libre-arbitre n’est pas un vain mot !

- Je vous précède.

Déplacement jusqu’au premier étage.

- Finaud, qui penserait que pour descendre il faille monter d’abord.

- Mon père n’est pas un imbécile.

- J’en suis sûr, et heureux que vous vous rendiez à nos arguments.

- C’est mon devoir ? Représentant la loi je ne veux pas la bafouer.

- Mais je comprends que la culpabilité de votre père vous blesse.

- Vous êtes un fin psychologue.

- Comme quoi parfois cela sert d’avoir fait des études.

Les policiers se comprirent, les apparences resteraient sauves, elles !

Premier étage, bout du couloir, rien pour indiquer que le mur recèle un escalier. Le commissaire manipula le contrepoids pour ouvrir le passage, si vite que les deux américains se dirent qu’il devait avoir fait autre chose avant, un geste semblant anodin. Pour l’heure ils ne voulaient pas retenir leur curiosité, bien vite la crainte s’était mise de côté devant l’envie d’en savoir plus, devant l’évidence de leur réussite. Ainsi tout était vrai !

L’émotion les tenait, qu’allaient-ils découvrir ? Un étalage de crânes aux regards suppliants ? Un enfer tapissé de peaux humaines, une scène sur laquelle des supplices raffinés étaient perpétrés sur d’innocentes victimes.

Innocentes ?

L'innocence est perdue depuis la prise de conscience de la vie, de la mort, de l’inanité de chaque chose. Le chef des américains ne put retenir ces pensées, s’interrogeant, comme une remontée de leçons apprises, comme si son éducation religieuse pouvait le protéger. Il s’attendait au pire, à des visions infernales, récupérer dans son esprit ce qui devait en être l’antithèse le rassurerait.

Le commissaire passa en dernier, cherchant les empreintes de l’étrange, la manifestation de ce sixième sens qui, souvent, l’avait aidé, lui soufflant que le danger les observait, qu'il devait s'attendre à tout. Le calme est plus impressionnant que l’inquiétude.

Escalier étroit, dans l’épaisseur du mur difficile de faire autrement, il devait y avoir une autre entrée quelque part, accessible uniquement de l’intérieur, ainsi pas moyen de la découvrir fortuitement, nécessaire pour permettre l’entrée de matériel encombrant.

Habitudes, techniques, mythes d’une société refusant la simplicité.

Plus de peur, envie d’en savoir davantage, conscience professionnelle oblige, pour être ceux qui savent, qui ouvrent la voie. Laquelle, ça...

Goûter au savoir interdit est agréable, le fruit est doux, juteux, s’adaptant à la sensibilité de qui le mord. Un piège sucré, le déguster est facile, immédiat, ensuite les choses se gâtent, quand la véritable nature de ce que l’on savoure s’impose la première impression dissipée, quand les pensées sont incontrôlables, que des questions inédites éclosent sur le fumier de croyances corrompues. Une ouverture d’esprit dangereuse laissant deviner derrière les barreaux un espace proche et accessible.

Il est là, tout près, auparavant vérifions que l’on est apte à le supporter, à l’approcher, à l’endurer pour garder en soi des visions et des pensées inconcevables auparavant. Le fruit devient amer et long à mâcher. Trop tard, il ne fallait pas y goûter, de rester dans l’Éden de la stupidité !


 

- C’est long.

- Vous êtes impatient ?

- Oui.

- Vous avez tort. Ne vous a-t-on jamais apprit que le meilleur moment dans l’amour c’est quand on monte l’escalier ?

- Dans l’amour peut-être, et puis nous ne montons pas.

- Nous n'allons pas non plus vers l’amour...

- Qui sait !

- Vous comprenez la situation ? J’en doute ! À coups d’images, de jeux vidéos, de films gavés d’effets spéciaux la réalité semble virtuelle, pour certains la violence donne du relief à un monde qui devient imperceptible. Le monde est-il ce qu’il paraît ? Sans doute pas et nous le devinons tant que fermer les yeux, éteindre son esprit devient difficile. La violence est une solution temporaire, une dissolution peut-être, encore que… Il faut bien effacer le passé et la nature ne fait pas de sentiments, je suppose qu’elle ne croit pas en Dieu et qu’elle ne cherche pas de Paradis !

- Une forme de folie ambiante.

- L’homo sapiens a évolué, logique qu’il soit plus réceptif mais inutile que tous le supportent ?

- Vous avez raison, mieux vaux rester dans le vraisemblable.

- N’est-ce pas, mes réflexions sont un peu folles. L’hérédité parle et ce lieu suscite des commentaires oiseux. Vous tripotez la croix que vous avez autour du cou, elle est réelle n’est-ce pas ? Elle vous protège des vampires, des loups-garous mais aussi, surtout, des monstres intérieurs aux gueules pleines de questions acérées !

- Vous aviez raison commissaire déjà je sens la main de la normalité me guider sur le sentier salvateur des explications toutes faites.

- C’est mieux ainsi, la nature n’est pas si mal faite, si on la regarde globalement, l’individualité est une invention humaine, parfois je me demande si elle sert vraiment à quelque chose, si elle ne serait pas qu’une innovation stérile que la Nature va effacer.

- Vous devriez faire un livre commissaire, vous deviendriez une espèce de gourou et gagnerez beaucoup d’argent.

- Vous me prenez pour un étasunien ? Votre véritable dieu vert ?

- Pour beaucoup, commissaire, nombre de mes compatriotes sont sincères. Ce petit sourire est moquer, vous êtes supérieur ?

- Un mot que je déteste, il ne devrait exister qu’en mathématique, en soulignant que plus n’est pas synonyme de mieux.

- Paroles sensées je le reconnais. Si nous nous contentions du réel ?

- Il ne vous semble pas que notre situation est impossible, que toute cette aventure ressemble à un cauchemar ? Dans un roman nous souririons de l’imagination compliquée de l’auteur. Il est vrai que souvent la réalité est d’autant plus digne de ce nom qu’elle paraît loin, derrière le mur.

- Là où elle semble le moins digne d’être !

- Votre moulage mental de croyant génère cette réflexion, il faudrait parler d’OS, comme pour un ordinateur, un terme religieux. Peut-être changerez-vous d’avis d’ici peu.

- Ou peut-être aurais-je envie de me retirer dans un monastère.

- Serait-ce différent, mieux ou pire ?

- Comparaison osée.

- J’ose.

- Je vous reconnais bien là, un esprit capable de tout.

- C’est mieux qu’un esprit incapable, tout court !

- C’est pour moi ?

- En général, en ce qui vous concerne nous allons voir.

- Expliquez-moi votre comparaison.

- L’emprisonnement ! Une vie régulée, mécanisée ; penser ainsi, réciter cela, suivre tel rite correspondant à telle pensée, à tel refus, à tel reniement. Mon père cherchait cela, ceux qui le suivirent aussi. S’enfermer, tuer est un rite, adorer un corps sur une croix n’est pas mieux, trop loin du réel, c’est l’incarnation même du refus de vivre puisque c’est ne penser qu’à la mort en rêvant à un après dont vous ne savez rien ! La comparaison est correcte. Se ritualiser la vie, les gestes comme les pensées, voilà l’idéal d’aujourd’hui.

- Je ne peux pas vous suivre.

- C’est que vous me précédez.

- Nous arrivons, il me semble avoir traversé la hauteur d’un immeuble. Vous avez eu raison de nous conduire ici, de cesser vos cachotteries. Vous ne pouvez pas nous tuer maintenant.

- Qui sait ce qui va arriver. Moi-même je l’ignore et je n’ai pas envie de percer le mur du temps. Qu’il soit ce qu’il veut.

- Intéressant décor, c’est un monde.

- En négatif, une sorte d’anti-monde.

- De refus, pour vous citer ?

- Pas seulement.

- Vous semblez dubitatif.

- Je le suis, je ne reconnais pas les lieux sans pouvoir définir ce qui est différent. La descente a duré plus longtemps, sans vouloir vous inquiéter. Je ne vous ai pas conduit ici, j’y suis venu pour savoir.

- C’est un risque.

- Je le sais mieux que personne, savoir… ou croire, deux contraires, mais chacun idéalise sa position.

- Vous me l’enlevez de la bouche.

- Mais le place dans votre esprit.

- Il en venait.

- Du rayon mémoire.

- C’est différent ?

- Oui, votre programme est un tranquillisant. Mais continuons.

- Ce n’est pas un hasard si cet endroit rappelle celui de votre "décès".

- Symbole identique. Donner sa vie est le plus facile, l’ignorance apaise davantage que le savoir. Apprendre c’est fermer une porte dans son dos. C’est pourquoi il est inutile de penser au retour.

- Un sacrifice ?

- L’exérèse d’une image. Votre Christ est l'idéal voilant votre vérité.

- Si cet endroit est un trou noir y aurait-il son contraire ?

- Ce serait logique, sur quel impensable ailleurs donnerait-il ?

- Nos pensées nous entraînent.

- Effet du lieu, œuvre d’êtres ne comprenant pas leurs actes, obéissant à des indications que vous direz venues de Dieu, ou du Diable, de, ou par l’intérieur ! A l’instar de l’inexplicable création artistique. Qui sait si l’inspiratrice est toujours belle ?

- Vous la ressentiez avant de la refuser. Elle reviendra ! Votre père et vous avez entendu le même appel mais répondus différemment.

- Sans doute, mais derrière quelle est sa forme, sa réalité.

- Vous devriez le savoir !

- Elle est qu’un miroir… C’est pourquoi, comme je l’ai dit, vous avez besoin d’un masque mais il est posé sur l’image, qu’en est-il de la vérité ? Mon père répondit comme il put, chacun fait selon ses moyens, le libre-arbitre est un mythe ! La cruauté fut un soulagement, faute du masque christique il utilisa les faces grimaçantes de ses proies, les miennes furent littéraires. La différence est infime et pourtant… J’ai ouvert la porte, ai regardé, reculé avant qu’il ne soit trop tard. La superstition, vous diriez religion, réduit la vue mais sans l’annihiler, avec le temps, et l’évolution, elle s’affine, s’impose avec pour conséquences une violence grandissante, un intégrisme progressant ! L'époque où la vie était prisonnière de lois physiques avait pour qualité d’occuper l’esprit et d’en réduire l’emploi, la religion détourne l’esprit, qu’il ne regarde pas, ne s’interroge pas ! Pour ce qui est de bande de tueurs l’Inquisition se pose là ! Je vous rassure, l’inéluctable vous broiera quoi que vous fassiez. Vous serez détruit.

- Ce serait votre victoire, et celle de votre père.

- Mon père a perdu, j’en ferais autant, un peu plus tard, voilà tout.

- Vous ne croyez pas en la résurrection ? Vous devriez !

- Justement !

- C’est-à-dire ?

- Savoir, empêche d’idéaliser, de croire.

- Vous voulez dire que vous êtes vraiment mort ?

- Je suis bien vivant.

- Qui l’a voulu, ou quoi ?

- Ce savoir est trop grand, beaucoup trop.

- C’est celui qu’il faut éviter ?

- Précisément.

- Est-ce possible ?

- Non, ça ne l’est plus.

- Pour vous, moi, nous quatre ?

- Je sais ce que vous ressentez, l’envie d’expliquer à coups de mots. Vous avez opté pour le refus. C’est impensable donc impossible, vous ne savez pas tout et croire n’altère que vos capacités sans effet sur ce qui est autour de vous, en vous. Le danger vous guette, ce gouffre en vous.

- Et en vous ?

- Il est ouvert depuis longtemps mais je peux en deviner le sens.

- Ou l’imaginer. Quelles certitudes pouvez-vous avoir ? Je ne parle pas de sincérité, je ne doute pas de la vôtre, ne doutez pas de la mienne. Où sont les preuves ? Une perception intérieure floue ne fait pas foi !

- Sans doute, ce que vous venez de me dire s’applique aussi à vous. Vos mots dépassent vos habitudes, traversent vos protections. Ici chacun se fait face, bon ou mauvais, vivant ou pas vraiment. Ouvrons les yeux, l’esprit, la journée n’est pas finie.

- Mais vous pensez que ce sera ma dernière ?

- Celui qui est descendu ici sous votre aspect ne sera pas celui qui remontera, l’avenir dira si c’est pour un bien ou pour un mal.

- J’admets l’influence locale, vos paroles l’amplifient mais ne l’ont pas créée. La science ne peut pas tout expliquer, la religion ne sait pas tout solutionner. Je reste ouvert, de là à admettre que je vais être altéré, il me semble que vous voyez les choses plus violemment.

- Je vous livre ce que je ressens. Laissons faire les choses, avançons.

Un couloir en pente légère creusé dans la pierre, une salle plus grande à son extrémité, un silence impossible comme si les atomes de l’air ne s’entrechoquaient pas. Il y a partout un bruit de fond mais pas ici, quelque chose l’interdisait.

Un cercle de verre sur le sol, s’approcher, regarder, la sensation d’une main d’angoisse poussant dans le dos les quatre hommes. Ne pas se précipiter, prendre le temps, se préparer, comme si c’était possible.

- Inquiétant.

- N’est-ce pas ?

- La salle de spectacle ?

- Oui.

- Le puits ?

- Oui.

- C’est là que furent commis…

- Oui.

- Vous dites souvent oui !

- Non, profitez-en, c’est ma journée de bonté.

- Une par an ?

- Une par hasard.

- D’accord, nous arrivons avant ou après le spectacle ?

- Vous verrez.

- La surprise ?

- Oui.

- Pour moi ?

- Aussi !

- Donc pour vous ?

- Qui sait.

- Vous êtes souvent venu ici ?

- Une seule fois.

- Vraiment ?

- Oui.

- Votre père fut le guide.

- Oui.

- La journée du oui se prolonge.

 

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 06:00

Qui regarde l'abîme... 14

 

 

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Non, pas entre les deux, je suis les deux, et plus, trop, elles sont moi et me font souffrir d’être en vie, de regarder le ciel et de le voir, de sentir le soleil mais d’apprécier les ténèbres. L’une est l’inverse de l’autre et la vie se tient avec les deux, au contraire de ceux qui, à tout nier, ne sont que des instincts, des rites, moins que des animaux : des bêtes !

La nuit sera longue, l’éclair zèbre le ciel de l’esprit s’imaginant dans un cadre connu, rassurant, mais celui qui apparaît à la faveur de l’orage est différent, inquiétant mais prometteur. L’un ne va pas sans l’autre.

Paysage macabre, je connais, j’y suis à l’aise, tant de cadavres parsèment ma route sur fond de larmes et de désespoir. Complices et amicaux je n'ai confiance qu’en eux. Réceptacle corrompus, charognes muettes entendant mes secrets, elles ne les répéteront qu’à l’éternité !


 

- Mourir ou naître, là est la question !

- Oui, il y a plus de choses…

- Trop ! J’ai envie de mots, d’oublier cet endroit étrange et maudit.

- Vous y êtes venu de votre plein gré.

- De mon plein gré… On dirait l’invitation faites aux vampires, serais-je une victime devant monter d’elle-même sur l’autel !

- Nous semblons ce que nous ne sommes pas, sommes de conventions culturelles, sociales et éducatives sous lesquelles la véritable personnalité se terre. C’est elle qui est à sacrifier, sans intervention extérieure magique et manipulatrice. A chacun, face à soi, d’affronter sa vérité.

- Naître et mourir ! Cela me concerne. Risquer, gagner et puis perdre.

- N’ayez pas hâte que la nuit finisse. Il serait souhaitable qu’elle ne cesse jamais, nous resterions à bavarder en oubliant le temps et ses menaces.

- Un rêve.

- Ou un cauchemar ! Ce serait vivre avec la peur, avec la hantise du lendemain, je désire avancer, savoir. Savoir quoi, ça...

- Vous êtes là pour ne plus fuir ?

- Surtout.

- On ne peut échapper à soi-même.

- C’est vrai, on peut le vouloir, l’espérer, réussir un moment !


 

Mais pas plus ! Ensuite il faut accepter, à genoux chercher qui supplier, ne trouver que soi, qu’en soi. L’autre est halluciné. N’a de valeur que ce qui est à l’intérieur. Cette porte donne sur tant de mondes, je l’ai ouverte si souvent, errant en des univers étranges, pataugeant dans le sang, écrasant des cadavres, besognant des charognes, tout cela pour me perdre, tout cela pour effacer.

Tout cela pour rien !

Regrets ?

Éternels !

Espoir fallacieux, ! Oubliant le motif de ma fuite je fis un tour complet. La vie est sphérique, courir ramène au départ. Ainsi suis-je revenu vers moi, épuisé au point d’être incapable d’éviter la confrontation, maintenant…

Main tenant ?

Celle qui prit la mienne se retira, ainsi la mer reculant laissa apparaître des vérités atroces et succulentes, horribles mais nourrissantes. La maudire ? Non, je l’ai haïe un temps mais avec le recul je la remercie par ce quelle laissa en moi des cendres d’un amour que je crus possible, voulus bénéfique ! Chimère, masque embellissant la réalité organique. Reste la douce amertume du mépris. Comment se faire comprendre de l’autre quand on ne se connaît pas ? L’image que je montre me coûte de plus en plus d’efforts, bientôt je ne pourrais plus la maintenir et dans leurs yeux effrayés enfin je découvrirais ma véritable nature en une première mais ultime seconde de véritable lucidité !

Logique ! Je le sais, mais j’ai tant à comprendre, j’étends à comprendre…

 

- Vient l’heure du rendez-vous, de la prise de conscience, d’arracher le mensonge et, face au miroir, de tenter de supporter ce que l’on est !


 

Ce que l’on hait ? Mais la haine a disparu, la rage s’estompe alors que la sérénité s’approche précédé du renoncement, son triste compagnon ! Me satisfaire de ce que je suis !

 

- C’est une confrontation rarement préméditée. Qui part en quête de soi porte en lui l’image de ce qu’il espère découvrir. La solution est dans la confrontation au moment où la conscience s’y attend le moins. Nue elle ne peut compter que sur elle-même !


 

Est-ce vrai ? J’ai envie, j’ai peur… Vie, peur, vieux mots complices. Momifiés ils s’effritent sous mes doigts, reste le souvenir, les impressions, reste… MOI !


 

- Finalement commissaire j’aimerais que se passe quelque chose.

- Je n’en doute pas, ne soyez pas impatient.


 

Si, si ! En savoir plus, un peu, aller de l’avant, m’approcher, voir, toucher, prendre dans mes mains, ne jamais céder et affronter l’éternité.

C’est n’importe quoi ! Toiles d’araignées qui ne me retiendront pas, liens avec une démence simulée, vieillarde ridée, moribonde, comment ai-je pu m’accoupler avec ça ?


 

- Je ne le suis pas, enfin si, un peu, le temps est si lent.

- Il est relatif. L’instant est dense, nous percevons chaque seconde, le temps ne change pas, c’est notre perception qui se modifie, notre acuité.


 

Je voudrais… Mais il a raison.

Il ? Moi ? Mais lequel ? Celui que je suis, que je crus être ? La réalité est-elle à définir ou à accepter ? Que crains-je de retrouver, de rencontrer, d’apprécier peut-être, mais en mettant les choses au pire !

C’est pour rire, enfin, je crois !


 

- Plus d’éclair, tout est-il fini ?

- Il y a tout juste deux minutes qu’il y eut le premier.

- Seulement ?

- Je le sens, je ressemble au concepteur de cette maison, elle me parle.

- Que va-t-il arriver commissaire ?

- Comment savoir avant ? Imaginer serait une perte de temps, acceptons ce qui vient, ce qui est là, cette force terrible qui nous guette.

Un nouvel éclair déchira les consciences, le paysage parut autre, un désert immense s’étendait devant la maison, au loin des montagnes se découpaient sur un ciel sans limite. La lumière s’éteignit dans la maison, l’air se mit à chantonner une curieuse mélopée, une douce vibration...

Inquiétude incarnée ! Le silence avait cette densité qui n’appartient qu’aux rêves, les quatre hommes écoutaient, égaux devant l'insondable mystère, devant une violence spontanée, naturelle, dénuée d’âme, imprévisible.

Étaient-ils encore dans cette maison ? Aucun ne l'eut affirmé. Les lèvres restèrent close comme si un murmure pouvait sembler un appel ! Comme si un nom était une invitation ! La curiosité est bridée par la peur quand elle sent un trop grand risque de déchaînement de violence !

Il y eut des bruits, des murmures, des heurts comme si l’on traînait des corps, une séquence du passé remontait à la surface. La télévision aime ces séquences, le héros voit une séquence qui s’imprima sur la trame du temps en image de sang !

Les cris se rapprochèrent les sons se firent plus clairs, plusieurs langues s’affrontaient, une indienne mais l’autre n’était pas l’anglais, même celui du dix-huitième siècle ! C’était autre chose de plus étrange encore.

Instinctivement les quatre hommes s’étaient rapprochés, les ténèbres étaient totales mais ils se rassuraient et le commissaire se demandait ce qui allait resurgir. Quoi, de quand et ensuite, cela cesserait-il ?

Il y eut comme une lumière, rapide, floue, tremblante, mal réglée, trop lointaine encore mais elle allait revenir et cette certitude plus effrayante que le reste était source d’une terreur croissante et savoureuse.

Des voix nombreuses, des suppliques, pas besoin de comprendre une langue pour le percevoir, les intonations trahissent les pensées, dévoilent les sentiments par delà le barrage de la langue.

Réponse négative, la sentence était donnée, il importait de l’exécuter.

Quelle sentence ?

Pourquoi poser la question ? Un jugement équitable ne traverserait jamais le temps ainsi, non, c’était l’atroce qui attendait avec son sourire d’effroi.

La lumière revint, frémissante, arborant un sourire traduisant le plaisir de ce qu’elle était, de ce qu’elle recelait.

Les cris résonnaient, montant en puissance, ils s’éteignirent d’un coup avant de revenir pires encore. Le refus s’exprime simplement !

La lumière dessinait un cercle sur le sol, ils se regardèrent, sans se voir le résultat fut pourtant le même, l’envie d’en savoir plus, ils étaient conviés à un spectacle sans pouvoir le refuser, lui dire non pourrait lui déplaire et eux être amenés à rejoindre les damnés qu'ils entendaient.

Un puits gorgé de lumière, elle s’adapta aux spectateurs, comme si, primitivement, elle n’avait pas été conçu pour eux.

Ils virent et reculèrent.

Même le commissaire ferma les yeux, c’était plus que ce qu’il pensait. Bien sûr lui savait à quoi s’en tenir mais le voir, le VOIR !


 

Des hommes ? Plus vraiment ou si peu mais pourquoi leur arracher ce qualificatif qui est tout ce qui leur reste d’une dignité dont la perte fait partie de la condamnation ! Que ce soit celui qui se tient debout contre un mur ou celui qui vient d’arriver, qui tremble, à genoux, frappant la porte close derrière lui, il sait qu’elle ne se rouvrira pas, conduit là ce n’était pas pour en être retiré, ce n’est pas pour lui faire peur, ou pas vraiment, ou …

Si !

Bien sûr ! C’est cela, il le sent, le sait, ni pourquoi, ni comment. La peur, son père l’aimait, il n’avait pas compris, pas senti les fils, pas réalisé.

Vraiment ?

Et si, au contraire, il avait fini par le ressentir, par laisser la lucidité l'envahir, s’il avait demandé à son fils une chance ? Mais laquelle ?

Plus tard ! Pour l’heure il fallait regarder, ils ne risquaient rien, ce n’était que du… Du passé ? Mais il est là, il est impossible que ce soit demain, il est la certitude de ce qui fut, au travers des opinions, des idées, des intentions, loin des craintes et des traductions. Quand il palpite devant soi. La gueule impitoyable de l’évidence se referme. Admettre en espérant conserver sa raison, non pas "comme avant" mais la moins tremblante possible ! Hurler est parfois notre seule chance de briser le suaire de panique qui nous étouffe.

Des corps, des d’ossements ici, des excréments ailleurs, le puits semble immense mais de l’intérieur il doit être d’une petitesse insoutenable.

Ce qui se passe là ?

L’homme debout s’approche du nouveau, il connaît les règles, l’autre aussi, qui le voyant venir hurle de plus belle et tente de s’éloigner, course vaine quand la peur vous noue le ventre, quand la folie voile vos yeux il ne reste qu’à supporter, qu’à endurer, à espérer que tout aille vite, que tout soit achevé et que la mort apporte un soulagement mérité !

Le duel n’a pas lieu, comment se battre sans le désirer vraiment ?

Il ne peut pas lutter, il ne veut plus, il doute d’être là, ainsi l’esprit parfois apporte-t-il le soulagement à qui ne peut accepter son sort, ainsi efface-t-il, mais attention, cela revient, cela remonte, le pire revient, comme ce puits remontant de la nuit des temps pour imposer sa vérité, SA vérité !


 

Sa vérité ? Mais qu’est-ce que c’est ? Ce mot a-t-il un sens ? Je sais que… oui, je connais ce puits, j’y fus confronté, mais y revenir veut dire que je ne sais pas tout, que je n’ai pas tout compris, qu’il reste à admettre.

Quoi ?

Le pire !

Seul le pire peut sortir de cet endroit, de cette vision infernale, de ce que cette haine exprime de rage, mais aussi d’instinct de conservation. Vivre, vivre à tout prix, peu importe comment, peu importe s’il faut manger l’autre, s’il faut dévorer une partie de soi pour durer, un jour la porte se rouvrira, un jour l’opportunité de sortir se présentera, et si ce n’est pas par le haut, ce serait par le bas.

Un jour, ou une nuit, en un long voyage, en des années d’errance, de folie furieuse, en des années d’attente pour une solution enfin proche.

Par en haut ou en bas ?

Ai-je dévoré pour survivre ou fut-ce l’inverse ? Je me suis laissé dévorer, absorber, j’ai offert mon émotion, ma souffrance, mes larmes, j’ai ouvert mon cœur, mon esprit, ainsi, insidieusement, je prenais l’autre, l’utilisais, c’est le mot, me nourrissant sans prendre mais en donnant. C’est l’explication que je cherche depuis longtemps, que j’espère depuis des années, celle… La vraie, la sortie !

Donner est plus intéressant, plus nourrissant, libérateur car l’autre ne prend que l’inutile. Elles m’aidèrent à rejeter le superflu, à… Me purifier ? Non, je déteste la pureté ! À me densifier, le terme est plus adéquat, plus proche de ce que je ressens.

Je ressens, je re-sens !

Je n’ai rien vécu d’inutile, ce que j’ai abandonné ne fut pas une perte.

Au contraire.


 

Les quatre hommes regardent de nouveau, l’image se déforme, comme au cinéma, redevenue précise il est évident que le temps a passé, que le spectacle est la suite du précédent, quelques heures ou quelques jours, le temps n’a pas d’importance en un tel lieu.

Comme si le réalisateur lisait en eux pour adapter la représentation à leurs habitudes, qu’ils n’aient pas d’efforts à faire pour comprendre.

Comme si ?


 

C’est ce que je fais non ?


 

Plus de cris, même pas de rage dans les yeux du plus fort, sa raison n’est pas la meilleure, elle est absente, la folie vint à son aide. Chacun obéit à un schéma qu’il n’a pas voulu mais logique, le plus fort se nourrit du plus faible tant qu’il conserve sa force, viendra le moment où le nouveau aura un instinct plus affirmé, une force plus grande, les rôles se renverseront, simple substitution, les acteurs paraîtront autres mais les rôles eux, et sont eux qui comptent, n’auront pas été changés.

La victime paraît dormir, pour elle le temps prend une autre signification, il doute, refuse, son esprit ne s’est pas éteint, il s’est seulement éloigné.


 

L’esprit veut briser ces habitudes, oublier qu’il devra reculer pour affronter ce qui lui fit peur au point qu’il voulut s’éteindre.

Pourquoi perdrait-il ?

Revenir au passé, pour comprendre, savoir et admettre.

La vérité est au fond du puits.

Me fait-elle peur ? L’après m’effraie, mais il ne sera pas le plus fort, le puits ne m’a pas détruit même s’il lui reste une chance, saisir mon esprit et le garder, le broyer dans des envies répugnantes, des désirs putrides, ludiques mais dominés. La folie ne peut plus me battre ni le réel m’effrayer. Reste l’ailleurs ! Une Vie accessible. MA vie !

Je me parle d’une autre vie, la mienne !

Merci Louis !


 

La sommaire lame d’os déchire difficilement le mollet. La victime regarde, c’est un spectacle, ce n’est pas elle. Le sang est chaud, rassurant.

Elle sourit.

Une bouche s’ouvre sur un hurlement muet, le commissaire ne sait plus s’il est l’agresseur ou la victime, s’il serait prêt à tout sacrifier pour survivre, y compris lui-même.

Il perçoit la douleur de la chair arrachée, il jouis de cette viande dans la bouche, de la mastiquer en jouissant des heures de vie qu’elle représente. l’organisme s'en satisfait, l’exploitant pour durer davantage.

Son père avait-il vu cet endroit ? Il n’était qu’un pion qui le comprit un peu tard. Et lui ? capable de tout encaisser jusqu’à désespérer s’y perdre.


 

Et moi ?

La question vaut d’être posée ! l’abîme est ouvert en moi. Quel esprit faut-il pour imaginer cela, pour contempler ce spectacle sans émotion ? Sait-il qu’il s’agit d’une apparence, que derrière une vérité attendant d’être comprise ? Je pense, ou veux penser, qu’il ne s’agit que de cela. Le plaisir de tuer a disparu, l’excitation de la description des scènes atroces. Quelque chose a changé, je suis différent. Plus proche de ma vérité, elle seule m’importe. Ce que je suis plutôt que ce que je veux, ou crois être.

Être... ou ne pas ?

Choix difficile, la douleur me taraude, je l'exploite jusqu’à l’ultime trace de lâcheté, d’envie d’être loin de ces impressions qui me nourrirent avant de m’empoisonner, à moins que ce ne soit l'inverse.


 

Il voit son père arpenter ce terrain, et les colons qui, peut-être, ignoraient ce qui s'y cachait mais en perçurent les effets en cédant leurs pulsions meurtrières. Créatures faibles, incapables de maîtriser un appétit qui se retourna contre eux pour les pousser à s’entretuer jusqu’à ce que le dernier expire à son tour et que le silence revienne, temporairement.

Et avant ?

Cette construction est antérieure à la venue des populations d’Asie. Il n’a pas envie de savoir, appelé par une voix gorgée de promesses il fit construire la maison, creuser le sol et dégager le puits, du reste qui le combla ? Question sans importance. Il y descendit, s’y sut accueilli, ainsi est-on souvent prêt à tout parce qu’enfin une main se tend, une oreille se montre attentive, que l’on entend les mots que l’on désirait plus que tout.


 

Dans quel puits me faudra-t-il descendre pour les entendre ?

J’y suis, entouré de parois nues, pleines d’échos, d’envies repoussées et de promesses non tenues. L’espoir était là, vivant, tiède, accueillant ; ses bras se firent doux, ses cuisses attirantes. Est-ce une victoire d’en garder l’envie pour la vivre en mots ? Et pour qui ? Céder à l’appel de la démence n’apporte qu’une souffrance supplémentaire. Je suis spectateur, ne pas descendre, ne pas le vivre par procuration, m’y jeter n’aurait rien résolu et je n’en ai pas envie. L'aurais-eu que je l’aurais fait, en lieu et place des mots j’aurais utilisé un instrument plus tranchant,le sang aurait coulé, mon esprit s'y fut noyé.

L’imaginer est un jeu, un risque semblant gratuit, semblant...

Génie s’appelait cette enfant, découverte après dix ans de réclusion dans une chambre, seule et abandonnée, sujet d’études, à peine humaine pour ceux qui l’utilisèrent, sujet de thèses et autre balourdises.

Plus l’autre promet plus il ment, et il le sait.

L’autre… Le jeter au fond de ce puits, le, la, regarder souffrir, mourir lentement, ou détruire son corps et son esprit, j’aurais pris du plaisir, un temps, à massacrer, à déchirer, à regarder dans son regard l’éclat d’une folie qui n’eut été qu’invitation à la mienne.

Il arrive qu’il soit trop tard pour apprendre, pour se défaire du passé, le cocon est devenue une cage, l'âme craint de s'extraire d'une sécurité mensongère, avant de s’exposer à une lumière implacable.

Suis-je handicapé, mutilé ? Une part de moi ne fut pas nourrie, atrophiée, elle est enfermée, isolée, momifiée par une souffrance fondatrice. Comment la ranimer ? Corrompue elle gangrène l’esprit. elle veut tout envahir, tout ronger, jusqu’à la conscience même de soi. Je cherchais cela dans ce puits, un miroir, reflet d’une âme torturée luttant pour tenir un peu plus, hantée par cette malédiction qu’est la vie, ce rêve que demain apportera une solution qui ne viendra plus, ni au-delà du puits, ni en lui, ni par le crime, ni par les mots. Ma mort serait une solution, mais ensuite, que reste-t-il de soi ?

Une chambre close, attachée sur une chaise-pot… Plante organique sans esprit, l’oublier jusqu’à s’oublier, jusqu’à oublier d’oublier. Dans l’ombre des murs il n’attend que de pouvoir revenir.

Quelle part de moi n’a-t-elle pas grandie ? Je devine quelle charogne je transporte dans mon esprit, ce jumeau est quelque part, au fond du puits, mieux, il EST ce puits !

Il hait ? Non, ce puits fait partie de moi, me sourit de ce qu’il me proposa et que je sus et/ou pus saisir.

Non, non ! Pourquoi penser à l’avenir ? La chute ne se décide pas, elle se constate, et encore, j’en doute, elle offre une émotion effaçant les autres, elle est faite pour cela, la peur glisse, disparaît, mais tomber c’est arriver quelque part, se réveiller dans un monde où l’atroce marque chaque instant, où l’abominable devient nourriture, pensée obsédante jusqu’à broyer l’esprit si lentement, que le temps disparaît et apparaît la plus sombre des malédictions, l’éternité !

Belle formule, j’en suis fier, ou devrais l’être, si elle n’était pas si vraie, si je ne savais pas ce qu’elle signifie, ce qu’elle est de ma chair que j’arrache pour la transformer en mots, pour m’en nourrir, ainsi suis-je bourreau et victime à la fois, seul moyen d’avoir le temps de trouver la sortie si c’est encore possible, si je ne suis pas prisonnier entre une démence délaissée et une lucidité introuvable.

Génie ? Ce nom sonne comme une moquerie promettant de combler chaque vœux. Impossible, alors autant l’abandonner, ce n’était pas une lampe, les autres n’étaient pas des lumières. Entomologistes mentaux prêt à tout pour découvrir ce qu'ils ne comprendraient jamais.

Ne les haïssons pas, ils ne savent ni ce qu’ils font ni ce qu’ils sont, du reste ils ne sont rien, ainsi est homoncule celui qui se veut grand, nourri de savoir pour contenir l’univers en une pensée.

Une quoi ?


 

Est-ce son père derrière l’apparition, géniteur jeté dans ce trou pour y mourir de faim, s’y dévorer peut-être, juste retour des choses.

Juste ? Ce mot a-t-il un sens ? Chacun a une opinion en fonction de ses aspirations ou renoncements, acceptant si l’autre en fait autant.

Ils regardent, terreur adaptée à chaque spectateur apportant ses (p)références. Ainsi la vie est-elle un écran sur lequel chacun voit ce qu’il peut et refuse d’admettre qu’un monde différent puisque exister, refusant de voir que l’écran est fait des barreaux d’une cage.

Est-ce son père ou plus répugnant encore qu’il aurait jeté, fœtus d’une conscience rêvant d’une époque refusant de s’éteindre dans un être craignant d’évoluer ! Le temps ne coulera jamais à l’envers et la naissance viendra dans un cri que peu supporteront.


 

Qui pense cela ?

C’est moi, qui d’autre ? Ce n’était pas un fœtus qui se tenait là mais une enfant, une enfance, enfermée, n’ayant jamais grandie, espérant, à tort, que cela serait possible. Non, il est trop tard, c’était ainsi il y a presque dix ans, ça le reste, pourquoi y aurait-il un changement, de qui viendrait-il ? Comment savoir ce que nul ne vous apprit ?

Pour qui sait facile de donner un avis, de conseiller, j’ai appris à copier, à aimer, mais à l’intérieur seul crie le passé, les souvenirs courant le long des parois du puits.

Une enfance souriante, espoir d’un avenir, envie d’y croire, le sentir se déliter, détruit par les autres. Mieux vaut rester seul, ne rien attendre, disparaître à ses propres yeux.

Tout s’estompe, le puits s’efface comme s’il n’avait jamais existé, les sons s’éteignent, instantanément. A croire qu’il ne s’était rien passé.

Rien… Quel joli mot.

Ce serait dommage pourtant, puits de souffrances, empli d’un sang noir et glacé n’ayant jamais séché faute d'avoir été reconnu, accepté ; promis à ne jamais l’être.

Promis à ne jamais être.

Lumière de l’aube naissante. Le salon pour décor, dehors, la plaine, les montagnes plus loin, des forêts partout, décor bucolique après ce à quoi ils viennent d’assister, de vivre.

- C’est…

 

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