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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 07:58

Non, non ! Ne bougez pas, surtout pas. Prenez le temps de vous réveiller. C'est difficile, vous avez la tête lourde, c'est normal, douloureuse ? normal aussi. C'est l'effet du produit que je vous ai injecté pour vous endormir. Vous ne vous souvenez pas non plus. C'est encore logique, je suis arrivé derrière vous, une injection rapide dans le cou. La piqure vous sembla celle d'un insecte.

 

Je vous explique la situation. Vous sentez cette tension dans vos bras, ce sont des liens. J'ai positionné vos bras comme si vous étiez crucifié, mais sur un canapé c'est plus confortable, non ?

la résistance dans vos liens paraît faible, c'est volontaire, en tirant avec assez de force vous retrouverez l'autonomie d'une main avec laquelle vous pourrez dénouer les liens de vos jambes, de votre autre main, facile.

 

Dans quel but ? Vous ne voyez pas ? C'est un jeu, tordu, c'est vrai, c'est ce qui m'amuse. Malheureusement ce ne sera pas votre cas. Quand j'aurais ôté le bandeau sur vos yeux vous verrez qu'à quelques mètres vos enfants sont dans une situation semblable à la vôtre. Attachés, solidement, une grenade autour du cou. Vos liens sont reliés aux goupilles de ces grenades, vous tirez, la goupille saute, avec le résultat que vous imaginez. Votre fils d'un côté, votre fille de l'autre. D'avoir les deux fit que je vous choisis.

 

Rassurez-vous, chaque grenade ne tuera que sa victime désignée, l'autre ne sera pas blessé, vous, qui êtes au milieu, peut-être serez-vous touchée par le souffle, sans grand mal je pense.

 

Eux vous voient, seules leurs bouches sont bâillonnées, mais je vais libérer la vôtre, vous pourrez parlez, un moment, attention, vos bras vont se fatiguer... Le principe est simple, une main libre c'est un enfant qui vit.

Mais un seul.

 

Lequel, le choix vous appartient.

Ou aucun, si c'est plus facile.

 

Je vous laisse, je connaitrais votre choix mais celui-ci vous appartient.

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 08:00

Le train approchait, halètement porteur de promesses plus sombres qu'il n'y paraissait. Ils étaient nombreux sur le quai, blottis les uns contre les autres pour se réchauffer, un peu, pour se rassurer, beaucoup. Les places assises seraient rares, les hommes tirèrent à la courte paille pour savoir qui en profiteraient.

Un grincement strident marqua le début du freinage, tous, avec leur sensibilité d'écorché vif, en frémirent comme si c'était celui d'une porte donnant sur cet ailleurs qu'ils devinaient, qu'ils redoutaient. Les échanges de regards remplacèrent les murmures. Bonjour est simple, dit-on, mais au revoir, à l'inverse, est plus compliqué.

Les enfants saisirent leurs maigres bagages, je regrettai d'être là, si médiocrement vêtu...

Je sentis un poids sur mon épaule, ouvris les yeux. J'aurais mis ma main au feu que c'était la réalité, mais non, seulement un souvenir lointain : la même gare, le même quai, mais devant moi le TGV patientait, ronronnant comme un chat.

M'installant sur mon siège je soupirais, angoisse et soulagement si imbriqués que les séparer aurait été impossible.

Je n'avais pas pris le train depuis 60 ans, aujourd'hui c'était en première, l'autre fois j'avais bien cru que c'était en dernière !

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 09:00

Alfred cessa de renifler, ce tic contracté durant sa jeunesse estudiantine au long de soirées cocaïnées, venait de lui passer d'un seul coup. À l'époque l'excès d'angoisses minait sa vie, ses origines le hantaient, sa nature l'inquiétait depuis qu'il avait appris que son père ne l'était pas et que sa mère était sa sœur, aussi.

Était-il elle, était-elle lui ?

Un séminaire pascuan l'avait convaincu, au retour il était passé par le Brésil, laissant dans un bocal le meilleur de lui-même.

Il se souvenait, du fond de la salle de réveil des murmures lui étaient parvenus dans une langue insaisissable.

''Saperlipopette'' pensa-t-il, ''c'est fait !'' l'évidence fut l'éclair lui montrant la vie qui l'attendait. Aux contraintes abandonnées d'autres leur avaient succédé mais le questionnement restait flou, comme une lumière trop violente pour être supportée, capable par son intensité de le griller sur place, tel un œuf au plat oublié sur la cuisinière sans attendre de secours.

Sa curiosité fut son bâton de pèlerin, la canne l'aidant à supporter le fardeau d'un destin ironique.

Avançant dans la vie, il avait rencontré Max, un grand président s'il en fut jamais qui avait fait de son club ''les heureux boulistes du bois'' le champion régional de lyonnaise, auquel il n'avait jamais avoué qui il était, par doute d'avoir une réponse à cette question plus que par peur d'être rejetée. Les hommes qui le devinaient l'appréciait, les autres la regardait avec interrogation ; nul, jamais, ne lui posa de question alors qu'elle n'attendait que cela.

 

Alfred baissa la tête, curieux que la douleur ne soit pas aussi violente qu'il l'avait attendu, par cause de l'être trop sans doute, son cerveau avait débranché les récepteurs concernés. De fait il n'était pas elle, elle n'était pas lui ; eux, peut-être, deux âmes dans un corps, cellule primordiale divisée sans être séparée. Il n'était pas rien pour autant, mi fantôme, mi spectre, aveuglée par une vérité qu'il savait obscure. Est-elle jamais autre, gouffre sarcastique, trou noir vorace sans échappatoire.

 

La lumière baissa, restaient les souvenirs d'une vie rêvée, d'une réalité tranchante, d'un éclat sur une lame de rasoir.

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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 09:00

Elles étaient là depuis 12 heures, d'un temps qui n'est pas le nôtre, nonchalantes, patientes mais attentives, regardant évoluer leur œuvre dans le berceau de la création. Du chaos étaient sorti tant de choses, d'êtres et de formes, atomes d'hydrogène, puis de Savoie, acides à minets, bien que ceux-ci préférassent leurs croquettes, goûts souris, et goût d'hiver, même au printemps.

 

Des mondes étaient nés sur lesquels des créatures avaient prospéré, carabistouilles à écailles puis à plumes, rampantes puis à pattes, à ailes parfois pour échapper à l'anarchie d'une nature immorale mais voluptueuse, jouant de ses pantins organiques, leur ayant octroyé licence pour se reproduire, physiquement, se mélanger, se désordonner jusqu'à croire qu'un ordre put exister, et, même, qu'il le dusse ; se croyant même aptes à créer à leur tour plus que des mirages dans le désert sans oasis de leur errance.

 

Leurs bestioles par la hiérarchie tenues laissaient proliférer des thuriféraires, larves connivores, poisons pilotes, pluvians se repaissant des résidus de pouvoir pourrissant entre les chicots de vieux sauriens profitant de l'ensoleillement d'une situation somme toute méritée.

 

Elles étaient là depuis 24 heures et rien n'avait changé, l'éternel retour nietzschéen, antienne de la genèse, cette malédiction était l'ombre de leur progéniture, indissociable de la lumière qui les nourrissait. Faudrait-il qu'elles coupassent le cordon ombilical les reliant à leur descendance imposant à celle-ci l'impression d'ailleurs à jamais inaccessibles pour les laisser dans la fange du banal, la marais de la médiocrité sans doute, mais heureuse d'être toujours en vie.

 

Elles seront là encore dans 12 heures... Et nous ?

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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 07:39

- Bonsoir !

- Bonsoir...

- Je vous surprend, ne m'en veuillez pas. Cela fait plusieurs nuit que je vous vois ici, debout, seul, perdu dans vos pensées.

- La curiosité a été la plus forte ?

- Impossible de faire autrement, vous comprenez pourquoi.

- Je le comprends. Vous êtes arrivé il y a longtemps ?

- Je ne sais pas exactement. Je suis arrivé par la grande entrée, le portail de fer là-bas, par le portail, sans savoir d'où je venais ni où j'étais.

- Il faut du temps avant de comprendre, davantage pour admettre.

- Et je vous ai aperçu, à peine visible dans l’ombre. Vous ne quittez jamais ce kiosque ?

- Je ne peux plus m'en éloigner que vous ne pouvez restez quelque part. Tant que vous n'aurez pas trouvé...

- Vous, c'est ici.

- Là dessous.

- Et vous n'en savez pas plus ?

- Pourtant je cherche à me souvenir de celui que j'étais. Mais il ne reste que des silhouettes floues, des ombres sans visage qui passent et repassent devant moi.

- Alors c'est ça notre... existence désormais. Attendre que quelque chose se produise, que nous soyons libérés ?

- Je le crains.

- Et après ?

- Encore une question sans réponse.

- Pourquoi nous ? Est-ce la façon dont nous sommes morts, où nous avons été enterrés, obligés d'attendre qu'il ne reste rien de nous pour devenir des... comment dire... des fantômes de fantômes ?

- Belle expression !

- Finalement mieux vaux ne pas savoir ce qui nous attend après. C'est comme la vie, une étape de plus. La dernière ?

ça... 

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 07:56

Rouler est un plaisir que j'expérimente rarement. Il faut que le stress soit si fort que ce soit le seul moyen pour moi de m'en débarrasser. Quand la solitude devient pénible, à moins que ce ne soit l'inverse et que fréquenter trop de gens soit insupportable.

Alors j'attends le soir, mais pas trop tard, et plutôt que sortir, boire un verre, ou les deux à la fois, j'éprouve le désir de m'en aller. Sans direction précise, je n'ai pas de but, géographique, seulement éprouver la maîtrise de mon véhicule, m'imaginer capable de parcourir le monde pour ne jamais revenir. Moderne chevalier maîtrisant quelques dizaines de chevaux, à moins que ce ne soit quelques centaines, ce n'est pas important.

Sortir de la ville d'abord, m'éloigner en cherchant où je ne suis pas encore allé. J'aime la découverte, ces lieux avec un ''petit quelque chose'' qui retient mon attention.

Mais ce qui me plait le plus ce sont les rencontres possibles, les jeunes, ou moins jeunes, gens qui font de l'auto-stop. Tous ne font pas appel à ces applications modernes permettant de trouver un chauffeur et des compagnons de voyages pour se rendre quelque part, fusse pour quelques kilomètres seulement. Je m'arrête, m'enquis de la destination de la personne, propose de l'avancer si celle-ci va trop loin. Je dois penser qu'il me faudra rentrer. Rouler ainsi permet de discuter, de faire connaissance serait exagéré, mais certaines personnes n'hésitent pas à raconter leur vie.

 

Souvent je conduis la personne à l'endroit souhaité, nous nous séparons alors sans plus de façon, mais parfois je sens qu'un lien autre se présente, une relation qui s'ouvre sur une proximité plus grande. Je lui propose alors de faire un détour et pour sceller cet accord d'ouvrir une des bières que fort opportunément j'ai déposé sur la banquette arrière. Bien sûr moi je ne bois pas, je conduis.

 

Que ces boissons soient droguées est une raison supplémentaire de ne pas en consommer. Une fois mon passager endormi, un coin tranquille nous permet de faire mieux connaissance. Bien que d'une façon qu'il n'imaginait sûrement pas.

 

Je rentre quelques heures plus tard, apaisé. Sachant pourtant que le même besoin me reprendra quelques jours, ou semaines, plus tard. Mais l'attente fait partie du plaisir.

 

N'est-ce pas ?

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 08:36

Quand il rouvrit les yeux ce fut pour n'apercevoir, à travers la pénombre, que les formes floues d'un environnement qu'il savait connaître sans qu'il put trouver le souvenir adéquat. Un bruit attira son attention mais si loin, perdu dans d'étranges échos en cascade, qu'il ne sut en déterminer la provenance. Difficilement il se mit debout, ses jambes étaient raides, son corps était glacé.

Debout il tenta de faire appel à sa mémoire, quel était cet endroit, pourquoi y était-il ? Des bribes d'images revenaient, se succédant sans qu'il en apprenne quoi que ce soit. Des formes passant, des mots dans ses oreilles murmurés ou hurlés par d'innombrables voix. Autant d'appels qu'il savait pouvoir comprendre sans que rien ne vienne soulever le drap opaque jeté sur sa mémoire.

Petit à petit cependant l'obscurité recula, il se découvrit sur une scène face à une salle circulaire à plusieurs niveaux encore prise dans l'ombre. En revanche il discernait clairement le décor derrière lui, le lit sur lequel il était et cette salle, d'un château sans doute, sans qu'il s'étonnât qu'elle parut si grande, à la taille de la réalité, rien à voir avec les trompes l’œil théâtraux.

Des mouvements lui apprirent qu'il n'était plus, si tant est qu'il l'ait jamais été, seul. Une bougie apparût, s'allumant seule, puis une autre, et une suivante, jusqu'à ce qu'il y en eut suffisamment pour qu'il distinguât une foule devant lui, comme sur les places assises et couvertes. Des regards tournés vers lui sans qu'il voit mieux qu'obscurité à la place des yeux. Cet endroit était à lui, était lui, il l'avait arpenté si souvent. Il se souvenait maintenant, ces vers qui coulaient de lui venant sans qu'il ait jamais su d'où, et ce souffle qui emportait son imagination sans qu'il put lui résister.

 

Dans son dos des pas raisonnèrent, se retournant il découvrit des hommes et des femmes venant vers lui, vêtus des costumes qu'il avait dessinés pour eux mais dont les visages étaient pâles et inexpressifs. De près il lui apparurent creusés par le temps et l'oubli ; leurs tenues étaient terreuses et parfois tâchées de sang. Une forme se détacha du groupe, blonde dont les cheveux semblaient encore trempés. Diaphane comme le sont les regrets dont on ne parvient pas à avoir honte.

Il la reconnut, sourit, comprit qui il était, seul mais aussi tout ceux qui l'entouraient, le regardaient, l'attendaient...

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 09:00

Le vent souffle dans la rue Babiluka, vous savez, cette bise glaciale venant du fond des steppes où paissent ces chevaux habitués du froid de Mongolie qui règne dans les rues d'Oulan Battor.

Sur la place du marché, déguisé comme à son habitude, Diabolik se promène, reconnaissant les lieux de son prochain forfait. Il le sait, au premier étage de l'immeuble qu'il observe vit Kurt Cobain, le vrai, qui après avoir simulé son suicide, en quête du vrai nirvana, s'éloigna de l'occident vénal et toxique pour trouver le chemin de l'illumination sans passer par la case coke, pire que la case prison et qui lui coûta, si souvent, plus de 20 000.

Déjà en Australie le célèbre criminel avait failli rejoindre Kurt, alors en visite chez des aborigènes installé au cœur du quartier russe, rue du vison pourpre, de la capitale économique de l'Australie. La cohue des Jeux Olympiques aidant l'ex-chanteur avait pu lui échapper, cette fois pareille mésaventure ne se reproduirait pas, son plan était parfait, sa cible était repérée, son petit appartement n'avait qu'une sortie, s'enfuir par les fenêtres était impossible, Diabolik les avait collé avec de la superglue, cyanolite néoprène, vendue en pack de 3 tubes au Continent de son quartier.

Une volée de marche, le bois grince sous ses pas, bien qu'il fit attention de poser ses pieds le long du mur. Enfin il atteint le palier, la serrure lui résiste, il met une demie heure avant de comprendre que la porte n'est pas fermée.

Il se glisse dans le logis, referme, écoute... Un ronflement vient de la chambre, il s'avance, risque un œil. Une forme humaine est allongée sur le lit, Diabolik s'approche, dans la main il tient un objet pointu que la pénombre nous interdit de distinguer clairement.

Il s'assied, réveille son hôte en lui maintenant la bouche fermée.

- Kurt, tu me le signe cet autographe ?

L'autre marmonne des mots incompréhensibles.

Diabolik relâche la pression de sa main gantée.

- Tu t'es gouré connard ! C'est moi, Elvis !

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 09:09

Pourquoi se faire des amis est-il si difficile ? C'est la question que me posent mes parents, presque chaque jour, comment leur dire que c'est parce que je n'en veux pas, pas eux, pas ceux que je connais, ni même d'autres, qu'ai-je à faire d'eux, de leurs jeux, ambitions et intérêts ? Pourtant je fais comme si, je fais semblant, je copie les autres, parce que je sais devoir le faire, que leur ressembler me protège sans que je sache le comment, ni le pourquoi.

Instinct ? Intelligence ? La vanité me pousserait à choisir la seconde, la lucidité me murmure que le premier est prépondérant, jamais je n'ai réfléchi, avant, je ne fais que tenter de comprendre, après.

Je préfère rester seul, me promener dans une nature heureusement aisément accessible de chez moi, quelques minutes de marches et je laisse derrière moi une ville, une impression, un costume de mensonges qui m'enferme.

Je n'ai pas besoin d'aller trop loin, seulement sortir des sentiers balisés, certain que je ne pourrai pas me perdre, et puis, le cas échéant, quelle importance. J'avance en imaginant où je me trouve plus qu'en le regardant, le décor n'est pas plus que cela, le support de mon imagination, ici comme ailleurs, ailleurs comme partout. De là à m'interroger sur ma place, sur ce que je fais là, sur ce que je suis, réellement, derrière celui que je montre, exhibe comme un monstre de foire autant que comme un masque.

En me promenant ainsi j'ai trouvé cet endroit, comme une entaille dans la montagne. Oui, je sais, je fais dans le littéraire, mais les mots me nourrissent et me permettent de m'exprimer en ayant l’illusion que celui dont je parle ne m'est pas totalement étranger. Une espèce de lac obscur devant lequel je me suis arrêté, attendant presque qu'une main en jaillisse... mais non, il n'y avait qu'une surface lisse et fascinante, un miroir devant lequel je me suis arrêté.

La première fois je suis resté des heures ainsi, oiseau immobile face au serpent qui va le dévorer, avec l'impression d'être l'un, d'être l'autre, d'être à la fois proie et prédateur.

J'ai mis du temps à comprendre ce que je faisais là, ce que cet endroit pouvait m'apporter, du temps à trouver notre ressemblance et combien cette obscurité pouvait faire miroir à la mienne.

Imagination d'ado qui se cherche et ''fait'' dans le littéraire pour se sentir, sinon vivant, du moins, quelque chose ? D'être seul, avec des difficultés de communication, euphémisme, devait me mener vers un semblant de partenaire. Faute de quelqu'un c'est quelque chose qui en tienne lieu. Une réflexion que je peux faire maintenant, du reste c'est pour cela que j'ai pris, non pas la plume comme nos ancêtre, mais le clavier, pour jeter un regard en arrière, l'écran faisant office de rétroviseur, avant de regarder devant moi.

Les après-midi passé à cet endroit m'aidèrent à supporter le reste du temps, à maîtriser mon comportement, à passer un cap impératif pour m'intégrer dans la société. Du moins pour paraître le faire ! Un dialogue fructueux pour qu'ici s'exprime celui que j'étais alors qu'en dehors ne pouvait exister, à cette époque, que celui que je devais être.

Au fil des années je vins de moins en moins souvent, ce n'était plus vraiment utile puisque penser suffisait mais que j'avais surmonté l'envie de m'enfoncer dans l'imaginaire comme en des sables mouvants.

J'y suis revenu plus tard. Une visite à un vieil ami, le seul de mon enfance, le seul qui ne pouvait me trahir, sinon par ma faute, le seul à qui je pouvais confier... plus que des mots et des impressions !

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 09:00

J'adore faire des photos. Sortir, seul, prendre ma voiture, m'éloigner de la ville, je réside dans une ville où c'est facile, en une demi-heure je peux oublier le monde, prendre un chemin, m'enfoncer dans les bois sans autre but que regarder, observer les animaux, l'évolution des saisons et le changement de couleur qu'il provoque.

Partir quelques jours ne m'effraie pas, c'est me retrouver, me rapprocher de moi-même, termes éculés s'il en est mais qui ont une part de vérité.

J'emporte du matériel d'escalade, non que je sois expert dans ce domaine ni passionné de haute montagne, mais prendre de la hauteur m'offre un point de vue unique et la sensation de dominer ma propre vie, brièvement, faussement, le temps de fermer les yeux, de prendre une grande inspiration pour redescendre.

Aujourd'hui il est facile de prendre des centaines de clichés, ce n'est pas mon école et j'ai conservé de l'argentique le besoin de prendre le temps, de savoir quelle photo je prends plutôt que de regarder après-coup si une est réussie avant d'effacer les autres.

J'ai appris à reconnaître la piste des animaux, de toutes les sortes, à les suivre, à faire montre de patience, de persévérance, ce sont mes meilleurs qualités, les seules peut-être, vous diraient mes amis.

Si j'en avais.

L'endroit que je préfère se trouve dans une zone difficile d'accès pour les promeneurs mais sans intérêt pour les adeptes d'escalade. Plus précisément une corniche surplombant un ravin sans grande profondeur mais dont l'orientation est telle que le soleil en atteint rarement le fond. Je l'ai découvert enfant, à cette même place je restais des heures, face à l'obscurité, m'imaginant devant une porte donnant sur des ailleurs plus intéressants que mon quotidien. Il devint un confident, un secret et un défi. Oserais-je y descendre ?

Je l'ai fait plus tard, et bien sûr ne découvris rien de plus que ce qui pouvait s'y trouver, banal et décevant.

Mais pas inutile pour autant. Il suffisait de connaître les lieux, d'avoir le matériel.

Le soleil y entre en hiver, tôt le matin, rasant, donnant aux ombres une importance fascinante. Je le regarde s'approcher à pas de loup, soulever le masque de ténèbres, moi je reste en haut, observant au moyen du téléobjectif ce qu'il dévoile, les formes et les volumes.

D'en haut beaucoup ressemblent à des corps, à des crânes.

 

Je ne prend jamais de photo, les images sont dans ma tête, toutes !

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