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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 08:00

Les dossiers de La Recherche N° 2

 

Définir la vie !

Juli Peretó – Jesús CataláÁlvaro Moreno

 

En 1790, Emmanuel Kant propose : ''Il s'agit, par essence, d'une forme spéciale d'organisation dotée de sa propre finalité''. Pourtant ce n'est que depuis quelques dizaines d'années que les scientifiques tentent de définir scientifiquement la vie alors que cette question était jugée sans intérêt, portés par l'évolution des sciences donne une nouvelle importance à cette interrogation. Les études sur les origines de la vie sur Terre et de traces de vie sur d'autres planètes, l'ambition de créer une vie artificielle et l'appréhension des organismes vivants en tant que systèmes globaux.

Deux difficultés principales se présentent. D'abord la diversité des formes d'organisation du vivant, la seconde du fait qu'il est permis de penser qu'il en existe d'autres, ailleurs.

Considérant qu'elle naquit à partir de matière inerte nous pouvons déduire quelques principes généraux applicables à toutes. Définir la vie, outre l'effort intellectuel, est devenu un programme de recherche expérimentale : révéler la nature essentielle de la vie grâce à sa production en laboratoire.

 

Deux tendances se présentent. D'abord considérer les organismes individuels comme l'expression fondamentale de la vie. Ses partisans imaginent un réseau de réactions récursives. La théorie de l'autopoïèse illustre ce concept, il est basé sur l'existence d'un réseau de processus de production de composants régénérant constamment le réseau qui les a produits et constituant le système en tant qu'unité distincte dotée d'une limite physique. La seconde met l'accent sur l'historicité de la vie, la connexion temporelle entre les populations successives, et en constante évolution, formées par ces individus. Les organismes individuels ne sont dont qu'une partie d'un processus collectif historique qu'ils contribuent à perpétuer et dont ils sont également le résultat. La capacité d'évoluer étant la caractéristique essentielle des êtres vivants.

L'évolutionniste britannique Richard Dawkins considère la vie comme la simple sélection naturelle de gènes ou de réplicateurs (entité recopiée à l'identique de génération en génération) alors que la NASA la voit comme un système chimique autonome capable de suivre une évolution darwinienne. Un facteur commun résume la définition génétique de la vie : un système capable d'évoluer à travers la sélection naturelle.

Pour autant la vie ne se limite pas à de la matière auto-organisée, une tornade ou la flamme d'une bougie présentant cette caractéristique.

 

La vie n'est pas une substance mais un processus autonome et complexe. Un processus où la structure de chaque organisme est causalement liée aux structures qui l'ont précédée. L'historicité est présente dans l'étude de la vie depuis Charles Darwin. Les êtres vivants sont ce qu'ils sont pour des raisons historiques. La comparaison entre tous les êtres vivants montre que les similarités biochimiques sont plus frappantes que les dissemblances, ce qui témoigne de legs au fil du temps. La dynamique et les contingences de l'évolution façonnent la biodiversité tout au long des temps géologiques.

La vie terrestre prend la forme d'un réseau planétaire d’entités reliées dans l'espace par leurs activités métaboliques, et dans le temps, par leur descendance. La matière vivante est radicalement différente de la matière inerte, la biologie est une science essentiellement différente d'autres sciences telles que la physique.

 

L'évolution seule permet la complexité, l'intégration d'une série de contraintes héritées, élaborées au cours du processus évolutif. La vie est donc de la matière dotée d'une histoire individuelle, ontogénétique, et collective, phylogénétique.

 

L'origine de la vie serait le moment du découplage entre le génotype et le phénotype, le moment où les instructions génétiques et leur exécution se sont séparées en différentes familles chimiques-acides nucléiques et protéines. C'est-à-dire après l'invention du code génétique et de la synthèse protéique.

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 08:00

Les dossiers de La Recherche N° 2

 

Un robot sur Mars cherche les traces du climat passé de celle-ci et si celui-ci put permettre que la vie y naisse ; des chimistes tentent la synthétisation des molécules fondamentales du vivant alors que des paléontologues, dans les roches, cherchent les plus anciens traces d'organismes.

Ces efforts confluent pour mieux comprendre les origines de la vie.

Il y a 4 milliards d'années les volcans, y compris ceux situés sur les dorsales océaniques, rejetèrent, entre autre, du sulfure d'hydrogène et du dioxyde de carbone, molécules qui auraient pu participer à l'élaboration des premières molécules du vivant, aidés par des éclairs qui, fournissant l'énergie nécessaire aux réactions chimiques.

Dans la formation géologique de Tumbiana (Ouest de l'Australie), furent découvrent les plus anciennes traces de vie, daté, à quelques mois près, à 2,7 M d'années. Les analyses y révélèrent la présence de carbone et d'azote, typiques d'un métabolisme microbien.

 

 

C'est dans l'eau qu'apparurent les premières formes de vie. 90 % de l'histoire du vivant se déroulèrent dans cet élément. Pour cette raison les recherches sur les formes de vie extraterrestres se focalisent sur la présence, présente ou passée, d'eau. Pour autant des micro-organismes existent dans des conditions extrêmes d'acidité, de température ou de pression.

Il fallut ensuite que se constituent les protéines indispensables aux réactions métaboliques et les acides nucléiques porteurs de l'information génétique.

Autre cause possible de l'apparition de la vie sur Terre, que celle-ci, s'étant formée dans l'espèce, fut apportée sur Terre par des météorites ou autres objets spatiaux. Hypothèse s'appuyant sur l'étude de la météorite de Murchison, tombée en Australie en 1969 et âgée de 4,6 milliards d'années. Elle abritait des acides aminées, des bases azotées, et d'autres molécules telles que l'urée. Éléments qui, se retrouvant dans les océans primitifs, auraient pu former une ''soupe prébiotique''.

À confirmer !

Aujourd'hui il est admis que la Terre s'est formée il y a 4,6 M d'années ; 800 millions d'années plus tard les conditions étaient réunies pour que l'ARN soit la première macromolécule à se former et s'autorépliquer. Les premières cellules suivirent 400 millions d'années après, il fallut patienter jusqu'à il y a 2,1 M d'années pour qu'apparaissent les premiers organismes multicellulaires.

Les premiers eucaryotes auraient vu le jour il y a 1,6 M d'années. L'hypothèse serait qu’une bactérie en aurait ingérée une autre, celle-ci devenant le noyau de la première.

Un milliard d'années fut encore nécessaire avant qu'apparaissent les premiers organismes pluricellulaires. Les cellules eucaryotes se seraient regroupées pour former des colonies. Communiquant, coopérant, elles se seraient organisées pour former des structures plus complexes.

Homo habilis ne vit le jour qu'il y a 2,4 millions d'années.

 

Une trinité (encore ou déjà ?) est indispensable à la vie :

Le métabolisme. L'ensemble des réactions chimique fournissant à l'organisme ses constituants et son énergie.

Le matériel génétique. Le support des données sur la structure et le fonctionnement de l'organisme. Le matériel génétique lui permet de se reproduire et d'évoluer pour s'adapter à son environnement.

La membrane. Elle protège l'organisme de son environnement en restant suffisamment perméable pour permettre aux différents compartiments de la cellule de communiquer entre eux et avec l'extérieur.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 07:16

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Inconnu de son vivant Giambattista Vico fut un des premiers à développer, dès 1730, une argumentation cohérente contre les idéaux des Lumière, principalement contre la primauté de la raison. Il visait principalement Descartes qui entendait démontrer l'existence de dieu, considérant cette idée comme ''condamnable pour curiosité impie''. Cette attaque aura des écho en France au sein du courant des antiphilosophes. Magistrats, ecclésiastiques ou gens de lettres ont en commun de vouloir défendre le catholicisme contre les attaques des penseurs des Lumières. Leurs arguments discutent de ces préjugés qu'entendent combattre les philosophes les considérant comme l'opinion d'autrui et s'étonnant, ou le feignant, que leurs adversaires qui vantent les vertus de la tolérance ne les respectent pas.

La Révolution donne un nouvel élan à ces courants critiques. Les antiphilosophes laissent place aux anti-Lumières dont les écrits étendent la défense de la religion à celle de la monarchie. En 1790, le parlementaire irlandais Edmund Burke dénonce la violence des événements survenus l'année précédente à Paris. Contre l'égalité proclamée par les révolutionnaires il défend l'évidence et la nécessité, selon lui, d'une hiérarchie entre les hommes. Joseph de Maistre et Louis de Bonald, aristocrates contraints à l'exil par la Révolution, développent une théorie politique opposée à celle du contrat social de Rousseau ils défendent l'idée que la communauté importe plus que l'individu, que la tradition l'emporte sur le libre arbitre de chacun. L'homme n'existe que pour la société et la société e le forme que pour elle, affirme Bonald. Ils soutiennent que l'homme est un être fondamentalement religieux [grégaire] et non rationnel, refusant l'idée de valeurs universelles. Idées dont l'audience progressera après la défaite de 1871 face à la Prusse.

La IIIe république se présente comme héritier des Lumières, multipliant la pugnacité de leurs adversaire. Le nationalisme est de plus en plus populaire et les anti-Lumières en proposent une conception cohérente, alternative à celle des Lumières, non plus fondée sur l'appartenance choisie à une nation mais sur l'exaltation de l'Histoire et des traditions devant s'imposer à chacun. Pour Charles Maurras ''la nation est le plus vaste des cercles communautaires qui soit solide et complet. Brisez-le et vous dénudez l'individu''. Maurice Barrès reprochait aux penseurs des Lumières, de n'avoir ''écouté que leur raison... Ils refusaient de s'incliner devant les enseignements de la raison collective''.

Les morts et destructions de la Première Guerre mondiale vont favoriser l'émergence d'une autre idée chère aux lumières : la possibilité d'un progrès humain. Le sort de l'humanité s'améliorer en fonction de la progression de la raison. Idée combattue par le philosophe allemand Oswald Spengler dans Le déclin de l'Occident (1918), livre synthétisant les réflexions anti-Lumières en rejetant égalité, démocratie et rationalité. Son compatriote Martin Heidegger s’en prendra à un autre pilier de la pensée des Lumières : la confiance dans les vertus des sciences et des techniques. Pour lui ''la science ne pense pas'' et la technique n'est qu'un élément d'aliénation de l'homme. [L'époque moderne et ses multiples écrans semble lui donner raison, mais c'est une aliénation volontaire, un esclavage souhaité et rassurant.]

Suite à la Seconde Guerre mondiale, ces courants anti-Lumières attaqués pour avoir armé idéologiquement le nazisme vont perdre de leur influence. La critique va pourtant resurgir sous la plume d'auteurs voyant dans les idéaux des Lumières la matrice intellectuelle du stalinisme.

Dès 1815 il est devenu commun d'accuser les idéaux des Lumières, son projet, supposé, de créer un homme nouveau, d'être à l'origine de la Terreur. Être les précurseurs du goulag en est la continuation logique. Le même courant anti-Lumières apparu avec Vico se poursuit avec les néoconservateurs américains et les extrémistes religieux d’aujourd’hui en passant par le nationalisme et le nazisme.

 

Chacun peut (ré)interpréter les Lumières à sa convenance, pour les utiliser en les critiquant ou s'en inspirant. Une pensée est toujours à replacer dans le contexte qui la vit naître, quand à l'esprit qui la fit éclore, il peut la renier, l'oublier, lui tourner le dos.

Reste que les questions posées il y a deux siècles par les philosophes des Lumières et leurs opposants restent d'actualité.

[Peut-être parce qu'elles étaient mal posées, mais dans un environnement qui ne permettait pas qu'il en fut autrement. Celui-ci s'est-il modifié suffisemment pour qu'elles trouvent une nouvelle formulation dans un nouvel esprit ayant un vision différente ? Ça reste à prouver.]

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 07:49

Les Cahiers de Science & Vie 152

Hélène Staes

En même temps qu'émerge un courant anti-esclavagiste la traite des esclaves n'est jamais aussi florissante.

En 1786, La Confiance, navire négrier, embarque 439 africains au départ du golfe de Guinée pour rejoindre la partie française de l'île de Saint-Domingue, premier producteur de sucre au monde. À l'arrivée le capitaine note la mort de 14 captifs, soit 4 % du chargement... la traversée est une réussite. Le commerce continue alors que le débat sur l'esclavage est entamé depuis que Montesquieu écrivit dans De l'esprit des Lois, que l'esclavage ''n'est utile ni au maître ni à l'esclave''. Pourtant le XVIIIe verra passer 60 % des 13 millions d'Africains embarqués entre le XVIe et le XIXe vers les colonies des empires européens (France, Angleterre, Espagne, Provinces-Unies, Portugal). L'économie de plantation, combinant production, transformation et commercialisation du sucre, du cacao, du café et du coton, est une des sources de la prospérité européenne. 95 % des expéditions négrières sont organisées dans un triangle réunissant Liverpool, Bordeaux et Amsterdam. Beaucoup de gens sont intéressés par la traite : de l'armateur au négociant en passant par l'artisan qui finance les expéditions par l'achat d'actions dont il espère un bénéfice.

Résultat de recherche d'images pour "esclave"

L'esclavage n'existe pas sur le sol métropolitain, traite et esclavage sont légaux et codifiés dans les colonies depuis le XVIIe siècle : L'Édit du Roy touchant à la Police des Isles d'Amérique française, rédigé sous la direction de Colbert et connu sous le nom de Code noir (1685). ce texte désigne l'esclave comme un ''bien meuble'' appartenant à son maître mais essaie de le protéger en lui évitant les châtiments les plus durs et la mort sans jugement. Pour ces affaires les maîtres doivent s'en remettre à la juridiction royale. Principes qui ne sont pas respectés dans la réalité !

Au début du XVIIIe l'esclave est ''naturel'' et avait existé dans toutes les civilisations et à toutes les époques. Aristote écrivait au IVe av. J.C. que chaque individu a une place définie dans un monde harmonieux et hiérarchisé, les esclaves compris ! Dans la Bible, Noé condamnait le fils de Cham à devenir l'esclave de ses frères ! Une conception de l'esclavage allant de pair avec l'idée de hiérarchie des ''races'' humaines. L'administration inquiète de l'augmentation des gens de couleur libres vivant en France oblige le maître à déclarer l'entrée de l'esclave affranchi en métropole. Le marquis de Boynes, secrétaire d'état à la marine chargé des colonies, écrit en 1772 ''Il ne faut pas se dissimuler que les gens de couleur seront toujours les ennemis des Blancs''. La crainte du mélange des sangs dans des unions mixtes légitime l'esclavage dans le discours des élites politiques.

Résultat de recherche d'images pour "esclave" Les philosophes des Lumières portent un autre regard sur cette activité. Montesquieu, Raynal, Diderot ou Voltaire condamnent l'idée que l'esclavage relève de la nature, répétant que les hommes sont égaux à la naissance et qu'aucun homme ne peut appartenir à un autre. Attitude controversée depuis les années 1980, certains dénonçant les tergiversations des philosophes des Lumières, leur manque de courage et le caractère raciste de leurs écrits. Montesquieu, par exemple, appelle à l'amélioration du sort des esclaves mais pas à l'abolition. D'autres jugent ce regard anachronique, considérant qu'il est nécessaire de distinguer les réalités du temps et un courant de pensée en construction. Kant, interrogé en 1784 sur son siècle répond qu'il n'est pas encore éclairé mais en est au stade de la diffusion des Lumières.

Le mouvement abolitionniste animé par la Société des Amis des Noirs créée en 1788, dont sont membres Brissot, Condorcet, Mirabeau, La Fayette et l'abbé Grégoire, multiplie les publications et les interventions auprès du gouvernement. Ce n'est pas la Déclaration des droits de l'homme, ni les théories des physiocrates voyant dans l'esclavage un frein au progrès économique et technique, mais l'action des esclaves eux-même lors de la révolte de Saint-Domingue (1791-1793) coïncidant avec le début de la guerre contre l’Angleterre et l'Espagne qui convoitent la ''Perle des Antilles''.

Face aux circonstances le Commissaire de la République Sonthonax décide d'abolir l'esclavage à Saint-Domingue le 29 aoüt 1793. la Convention entérine cette décision en abolissant l'esclavage dans les autres colonies françaises le 16 pluviöse an II (4 févier 1794). il sera rétabli sous le Consulat en 1802, et définitivement aboli en 1848.

Résultat de recherche d'images pour "kant"

Voltaire, Kant, Montesquieu reconnaissent l'existence de groupes humains différents mais ne les hiérarchisent pas, contrairement au courant esclavagiste qui les classifie. Le préjugé de couleur est une conséquence de l'esclavage, pas une cause. C'est par conséquent un phénomène tardif, précise Marcel Dorigny. Un discours qui se transformera au XIXe en théorie raciste à prétention scientifique sous la plus d'idéologues comme Arthur de Gobineau dans son Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-1855).

Comme l'écrivit Voltaire :

   Les mortels sont égaux, ce n'est pas la naissance, 

C'est la seule vertu qui fait la différence.

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 09:00

Les Cahiers de Science & Vie 152

Sophie Crépon

 

Nombre de thérapies pratiquées au milieu du XVIIIe semblent aujourd'hui irrationnelles et indignes du siècle des Lumières. Ainsi l'électrothérapie exploitant l'électrostatique. En 1747 le médecin suisse jean Jallabert démontre qu'un membre paralysé peut être mu par l'électricité. Ne serait-ce pas le moyen de remédier à toutes sortes de maux, des névralgies à la cécité, en passant par l'insensibilité cutanée ? Certains ''physiciens électrisants'' vont jusqu'à prétendre faire revenir les menstruations chez les femmes ! N'importe qui peut prétendre n'importe quoi ! La réglementation est quasi absente de l'exercice de la médecine, lacune comblée avec jean-Nicolas Corvisart. Jusqu'à l'invention de la pile par Volta en 1800, le corps médical sera scindé en deux camps, les sceptiques s'opposant l'électrothérapie, et les empiristes, prêt à toutes les expérimentations sans préjuger des résultats.

Une partie du corps médical, héritière de la pensée rationaliste développée au XVIIe va tenter de dépasser ses propres systèmes de références pour mettre au point, par l'analyse et l'application, de nouvelles thérapeutiques et construire une connaissance scientifique de l'homme sain et malade. L'étiologie sera au cœur de leur interrogations et le débat sera vif de savoir si les pathologies sont physiques ou moral. On constate une vraie difficulté des médecins à édifier des explications complexes de la pathologie et de la thérapeutique.

Pourquoi les médecins ne parvenaient-ils pas à exploiter les connaissances acquises par l'expérimentation ? Gilles Barroux avance deux explications : ''Au XVIIIe, les médecins restent des hommes de lettres, ils empruntent encore la plupart de leurs concepts à la philosophie, même si, de plus en pus, on va s'inspirer des découvertes en chimie pour la composition des remèdes, ou récupérer les méthodes de la botanique pour élaborer une classification des maladies. Par ailleurs, la médecine expérimentale n'obéit pas encore à des protocoles maîtrisés en amont, ce qui gêne l'élaboration de liens cohérents et systématiques entre découvertes et pratiques.

Sur le long cheminement vers plus de rationalité en médecine quelques médecins du siècle des Lumières, tels Bichat, Corvisart ou Baudelocque, vont s'illustrer, il faudra attendra le XIXe et Claude Bernard pour franchir une nouvelle étape.

François-Xavier Bichat (1771-1802) révolutionné le regard porté sur l'anatomie et la physiologie cellulaire, il inventa la notion de tissu et avança l'idée qu'il en existe de natures différentes. Il affirma également que le corps fonctionne comme un tout, pointant l'influence que les organes exercent les uns sur les autres. Il fut le premier à théoriser les différentes fonctions de la vie organique : digestion, respiration...

 

 

 

Jean-louis Baudelocque (1745-1810) fit de l'obstétrique une discipline scientifique. Créateur de la maternité et de l'école de sages-femmes de Port-Royal il popularisa l'utilisation des forceps, encouragea la pratique de la césarienne et montra les relations entre infection et stérilité après l'accouchement.

 

 

 

 

 

Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821) suivi par René Laennec (1781-1826) développa une observation et une description rigoureuse des symptômes, ouvrant la voie à la médecine et à la recherche clinique. Il a réformé l'exercice de la médecine et de la pharmacie. Après lui il ne fut plus possible de se prétendre médecin sans diplôme ou de vendre des médicaments sans contrôle.

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 09:00

Les Cahiers de Science & Vie 152

Christophe Migeon

 

Les intellectuels les dénoncent, les ridiculisent, qu'importe, les superstitions populaires prospèrent plus que jamais. Villes et campagnes bruissent toujours du murmure des incantations magiques et des prières indues.

Dans les chaumières pour déjouer les manigances d'un sorcier on frappe trois fois sur la coque des œufs qu'on vient de manger, sous les lambris des salons parisiens on s'amuse à convoquer le diable et ses démons. À côté d'une France éclairée subsiste une France souterraine confite dans ses croyances.

Pendant des siècles l'homme s'est confronté avec un contexte hostile, cherchant à se prémunir des maladies et de s'assurer de bonnes récoltes, des troupeaux prospères et de savoir de quoi l'avenir serait fait. Les prières se révélant souvent inefficaces de nombreuses pratiques anciennes ont subsisté : charmes, conjurations, divinations, exorcismes... ''Pendant longtemps, la population a eu un mode de pensée magique, animiste, recouvert d'un vernis religieux'' explique Vincent Milliot. Pourquoi ne pas faire appel aux services du prêtre et du sorcier ?

La liste est longue de comportements prêtant à sourire mais qui dans la France de l(époque suscitaient crainte et respect dans une majorité de la population. Dans sa Recherche de la vérité (1674) Malebranche recense et analyse les différentes erreurs des hommes.

Jean-Baptiste Thiers dresse l'inventaire exhaustif des déviances populaires dans son Traité des superstitions pour en dénoncer le ridicule. Bayle et ses Pensées diverses (1683)profitent du passage de l’astéroïde de 1680 et de la panique suscitée pour régler son compte à l'obscurantisme et l'idolâtrie. Fontanelle dans son dictionnaire historique et critique (1695-1697) s'en prend à l'Église et aux aux préjugés qu'elle entretient.

Après le concile de Trente le mouvement de la Contre-Réforme resserre la vis au clergé et à ses fidèles. Le prête local se fait l’œil de l'évêque au sein de la communauté. Il lui incombe de canaliser les adorations de saint locaux ou de traquer charlatans, imposteurs et aux abuseurs de la crédulité populaire. Les fêtes d'origines païennes sont christianisées et couverte d'une d'orthodoxie. Pourtant la réalité de Satan et de ses pouvoirs, comme sa capacité de nuisance dans la vie des gens est réaffirmée. Ce qui n'empêche pas l'Église de continuer à tolérer les cultes de saints douteux mais dont le commerce lui rapporte gros.

Les gens du peuple continuent d'attribuer aux saints des pouvoirs surnaturels malgré la répugnance du clergé à reconnaître les guérisons miraculeuses. Le peuple a parfois du mal à trouver la frontière entre le ''bon'' et le ''mauvais'' surnaturel. Quel est le seuil à partir duquel la religion devient superstition ?

les philosophes du XVIII dénoncent moins cette faiblesse congénitale du peuple que le cynisme de ceux qui l'exploitent, à savoir les rois et les prêtes qui confortent ainsi leur pouvoir, souligne Catherine Volphlhac. Montesquieu prêche pour une ''religion éclairée par la raison'' et une ''raison affermie par la religion''.

Durant la seconde moitié du XVIIIe le regard porté sur les pratiques populaires se fait plus bienveillant, plus compréhensif de ses origines et moins culpabilisant.

L'aristocratie de son côté entend se divertir et ouvrer les portes de ses salons à l'irrationnel tant qu'il est récréatif. Des charlatans savent tenir en haleine leur public. La haute société s’encanaille dans des séances de démonologie, les marquises emperruquées frissonnent en écoutant des histoires de vampires venues tout droit de Russie et de Moldavie. Le comte de Saint-Germain, érudit polyglotte sachant fabriquer de l'or et âgé de nombreux siècles, fait son apparition en 1750, avant de disparaître une décennies plus tard, pour être remplacé par Messmer et son baquet, lequel sera suivi par Cagliostro. Celui-ci finira par être expulsé de France après l'affaire du Collier de la reine et finira sa vie, médiocrement, dans les geôles pontificales. Condamné par l'inquisition comme franc-maçon.

En cette fin de XVIIIe magie, sorcellerie et surnaturel imprègnent toutes les couches de la société. La superstition poursuit son entêtante petite musique, entre chats noirs et trèfles à quatre feuilles.

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 08:57

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Philippe Testard-Vailland

Les idées novatrices essaiment grâce aux médis écrits. La scolarisation et l'alphabétisation aidant, un nombre croissant d'hommes et de femmes y ont accés. La production de livres s'envole et la censure se desserre quelque peu. De mêmes, les libelles moquant la monarchie se vendent comme des petits pains.

La plupart des titres de presses sont contrôlés par l'État, ils se font peu écho des œuvres des Lumières en général, et de l'Encyclopédie en particulier. En retour les philosophes négligent la presse, pour ne pas dire qu'ils la méprisent, tout en convoitant les revenus qu'elle offre. Les nouvelles idées sont surtout l'objet de conversation entre beaux esprits à partir des années 1750 dans des salons tenus par des femmes de la haute aristocratie. Ceux-ci servent de relais aux Lumières dans les grandes métropoles judiciaires (Bordeaux, Aix-en-Provence...j et les villes hégergeant de fortes garnisons militaires (Strasbourg, Besançon...). Les Lumières s'immiscent dans les cafés parisiens comme le Procope ou le café de la Régence, le favori de Diderot qui en fait le décor du Neveu de Rameau.

L'impact des Lumières n'en est pas moins limité. Les inégalités d'alphabétisation ralentissent l'accès aux idées nouvelles, les femmes en sont les premières victimes. Journaliers et ouvriers lisent moins que les artisans, les commerçants, les bourgeois et ls nobles. Les régions instruites sont situées au nord d'une ligne Saint-Malo/Genève, au sud c'est une France du retard scolaire avec d'importantes nuances locales. Sans parler du contraste entre la ville et la campagne.

Le contraste reste patent entre des élites rêvant d'une société telle qu'elle n'est pas et des masses aspirant à améliorer leurs quotidiens.

Voltaire traite le peuple de ''canaille'' qui n'est pas digne d'être instruit, le baron d'Holbach précise ''Le peuple ne lit pas plus qu'il ne raisonne''.

Le poids de la religion limite également l'impact des Lumières, soupçonnées de vouloir s'affranchir des contraintes vis-à-vis de dieu.

Au final, le ''taux de pénétration'' des Lumières en XVIIIe reste faible. La population ne perçoit pas les mutations qui agitent le dernier siècle de l'Ancien Régime. Seule l'élite du tiers état et une petite partie de la noblesse s'engagent dans la dynamique de ce mouvement.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 08:39

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Voltaire ou Montesquieu défendaient la liberté et critiquaient injustices et fanatismes sans remettre en cause le principe de la monarchie. Pour autant ont-ils inspiré la Révolution ?

 

Le 10 juillet [belle date] 1791, la dépouille de Voltaire est transférée au Panthéon tirée par douze chevaux blancs. Le convoi traverse Paris et des acteurs brandissent les titres de ses ouvrages principaux. Sur son cercueil de porphyre était écrit : Poète, historien, philosophe, il agrandit l'esprit humain, et lui apprit à être libre. Ainsi la Révolution rattachait-elle ses valeurs, liberté, égalité, refus de l'obscurantisme, à la philosophie des Lumières. Pour les révolutionnaires celle-ci avait préparé la chute de l'ancien régime.

 

Pourtant ses représentants avaient des opinions différentes. Voltaire et Montesquieu ne contestaient dans la monarchie que son statut de droit divin, ils dessinent une monarchie réformée, ouverte à la liberté et tournée vers le bonheur de son peuple. Le premier imagine unrégime ou le prince, soumis à la loi comme tout un chacun, serait tout puissant pour faire le bien mais aurait les mains liées pour accomplir le mal. Pour lui la république n'est possible que dans un État de petite taille. Diderot et Rousseau, pour éviter l'arbitraire mettent l'accent sur la souveraineté populaire. Réflexion théorique plus proche de la démocratie que de la monarchie.

Les penseurs du temps ne défendent donc pas tous un programme politique identique tout en partageant des valeurs fondamentales, au

premier rang desquelles la liberté. L'individu doit être libre de sa personne, de ses opinions, de sa religion. Liberté économique à une époque où l'activité est contrainte par des réglements et privilèges.

La notion d'égalité est revendiquée par certains philosophes mais à plus long terme car elle exige, à leurs yeux, un travail d'éducation.

Ces valeurs des Lumières sont en opposition avec celles de la monarchie.

La liberté d'expression est une menace directe contre l'Ancien Régime : On oublie souvent, rappelle Daniel Roche, que la monarchie repose sur la censure. Dans le règlement de toutes les académies et sociétés savantes figure un point central : interdiction de parler de dieu, du roi, des mœurs. Les Lumières sapent donc la monarchie absolue en encourageant les citoyens à porter un regard critique sur le monde. Travail prolongé par toute une littérature clandestine irrévérencieuse vis-à-vis des autorités politiques et religieuse dont la diffusion contribue à répandre l'écrit au-delà de l'élite cultivée.

Ainsi les lumières ont-elles contribuées à fragiliser un système monarchique fragilisé par une crise conjoncturelle (les mauvaises récoltes de 1788-1789) et structurelle.

Fruit d'influences diverses, la Déclaration des droits de l'homme du 26 aout 1789 affiche une continuité avec les Lumières perceptible dès le premier article. Pour les révolutionnaires visant à promouvoir une véritable égalité le lien avec les Lumières est plus ambivalent.

La Terreur est-elle une trahison de ce lien bien que les Lumières n'aient jamais exclu le recours à une certaine violence ? La question reste posée, comme de savoir s'il faut considérer la Révolution comme un tout, Terreur comprise.

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 08:59

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Écrasons l’infâme ! Voltaire appelait ainsi à combattre le fanatisme. Deux siècles et demi plus tard son Traité sur la tolérance trouvé, après les événements de janvier 2015, un nouvel écho. Démonstration que l'Histoire ne va pas à la même vitesse pour tout le monde, certains vivent encore dans l'obscurité, beaucoup voudraient la retrouver.

À l'époque des Lumières, les philosophes bousculaient les dogmes religieux et œuvraient pour leur coexistence avec d'autres conceptions du monde.

Aux racines des Lumières, dès le XVIIe, il y a une profonde revendication de la liberté de conscience, ce droit de chacun à fonder pour lui-même les raisons qui l'amènent à adhérer à telle ou telle croyance, ou à refuser de croire. Souligne Laurent Bove. Le Traité théologico-politique de Baruch Spinoza (1679) est tenu par ses adversaires comme par les philosophes des Lumières pour l'un des écrits majeurs précurseurs de l'athéisme. C'est en vérité une défense radicale de la liberté d'expression individuelle et de la laïcité de l'État, dans la tolérance des différents cultes sous l'autorité du souverain. Juif apostat, le philosophe hollandais frappe à la base de l'édifice judéo-chrétien : il rejette l'idée que la création soit l’œuvre d'un être suprême transcendant l'homme. Il exclut la notion de providence et le finalisme qui l'accompagne. Pour lui, dieu est une construction philosophique : dieu, c'est la nature.

À l'instar de Voltaire, Montesquieu et Rousseau, les philosophes des Lumières sont dans leur majorité déistes (ou théistes). Ils croient en une intelligence suprême créatrice de l'Univers et orchestrant la nature. Le dieu des déistes n'est pas de ceux auxquels on s'adresse ou que l'on prie, explique Gerhardt Stenger, c'est un dieu impersonnel. Une fois la création accomplie, il s'en est retiré et ne s'en occupe plus. Il s'agit d'un dieu minimaliste, une explication commode de l'origine de tout ce qui existe. Leur vision naturaliste cherche des causes rationnelles à l'origine du phénomène religieux : l'éducation, l'idéologie, le besoin affectif ou existentiel. Pour Kant, dieu est un postulat de la raison pour donner un sens à la morale : rien ne pourra jamais élucider la question de son existence.

Les athées du XVIIIe combattent moins l'idée de dieu que les religions révélées, et notamment le christianisme, explique Pascal Taranto. Celles-ci sont, selon eux, des inventions humaines, chaque religion révélée s'étant nourrie successivement de la précédence. Les religions sont des impostures servant à asservir le peuple. Plus de 2000 ouvrages attaquant le christianisme et la hiérarchie ecclésiastique sont publiés entre 1715 et 1789. Parmi eux, le testament de Jean Meslier, un écrit fondateur de l'athéisme. À travers cette œuvre publiée à sa mort, en 1729, le curé de campagne s'en prend aux ''trois imposteurs'' (Moïse, Jésus, Mahomet) et dénonce la collusion entre l'Église, les riches et les tyrans, et associe la foi à la soumission. L'ouvrage est le premier de l'époque tenant du matérialisme, théorie fondée par Démocrite au Ive siècle avant notre ère, qui s'appuie sur l'existence de la seule matière. L'Univers est constitué d'atomes et de vide.

Dans sa Lettre sur les aveugles, Diderot signe un discours emblématique de cette théorie : pas de dieu, de création, de finalisme, pas d'ordre ni de dessein intelligent. Il avance que l'ordre de l'Univers résultat d'un désordre initial, de la combinaison d'atomes s'étant rencontrés par hasard. L'homme ne serait que le produit fortuit d'une évolution aveugle. Intuition prédarwinienne qui lui vaudra 102 jours de prison. Il récidivera vingt ans plus tard dans Le Rêve de d'Alembert, en démontant l'hypothèse de l'existence de dieu et de l'âme.

En 1770, le Système de la nature, du baron d'Holbach explique que la matière se montre assez autonome pour s'organiser sans besoin d'un deus ex machina. Le Parlement condamne son livre à être brûlé au pied du grand escalier du palais. Il en ira de même, mais en place de Grève en 1746, du livre de Diderot Pensées philosophiques, dans lequel l'auteur dénigre le dieu des chrétiens.

Pour Voltaire comme pour la majorité des déistes, il ne peut y avoir d'ordre social sans divinité. Un monde sans foi lui fait craindre que la société bascule, renversée par les instincts destructeurs de l'humanité. Thèse de Rousseau dans Du contrat social, une divinité puissante, intelligente, bienfaisante, le bonheur des justes, le châtiment des méchants, pour lui ce sont autant de garde-fous indispensable. Pourtant dès 1683 Pierre Bayle, dans Pensées diverses sur la comète, propose une morale sans religion, fondée sur l'éducation et les lois. Personne, ou presque, ne l'entend alors. En Angleterre Jeremy Bentham jette, avec plus de succès, les bases de l'utilitarisme. Le naturalisme atteint ses limites. La nature crée et détruit. Obéir à ses instincts comme aux seules lois de la nature, occulte la notion de souffrance chez autrui. Sade l'utilisera pour justifier les pires actes de violence et de cruauté. Selon lui, certains sont nés pour faire le bien, d'autres pour faire le mal. Il faut laisser faire la nature.

 

Mais les philosophes des Lumières, animés par l'aspiration au bonheur de l'humanité, ont ouvert une autre voie. Leurs valeurs de liberté, d'égalité et de tolérance, ont initié une morale sans dieu : le respect des droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme.

[Des dogmes en remplacent d'autres!]

 

Laurent Bove. La stratégie du conatus. Affirmation et résitance chez Spinoza. Vrin, 2012

Gerhardt Stenger. Diderot, le combattant de la liberté. Perrin, 2013.

Pascal Taranto. Du déisme à l'athéisme : la libre-pensée d'Anthony collins. Éd. Honoré Champion, 2000 

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 08:46

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

L'ouvrage de Diderot et d'Alembert fait appel aux meilleurs savants pour dresser le tableau des sciences, des arts et des métiers. Malgré censure et critique, l’œuvre phrase des Lumière connaîtra un succès sans précédent.

En juillet 1749, après sa Lettre sur les aveugles, d'un matérialisme athée insupportable, Denis Diderot est enfermé au château de Vincennes. C'est le premier arrêt de l'Encyclopédie, entamé depuis fin 1747, avec Jean le Rond d'Alembert. Il restera en prison 3 mois. Ce ne fut que le premier écueil que rencontrera l'Encyclopédie pendant plus d'un quart de siècle. Pourtant, soutenue elle va s'affirmer et rencontrer un immense succès. Ses promoteurs sont entourés des meilleurs savants de leur temps et proposent un savoir débarrassé des superstitions. Dans ses 28 volumes elle présente une pensée philosophique moderne et une critique des pouvoirs monarchiques et religieux.

Au départ pourtant elle ne devait être que la traduction des deux volumes d'une encyclopédie anglaise, la Cyclopaedia d'Ephraïm Chambers parue en 1728 et rien ne semblait lui offrir une telle destinée. L'abbé de Gua de Malves doit la diriger et d'Alembert, alors premier géomètre d'Europe, en contrôler les mathématiques. Diderot est traducteur, travail qui lui permet de subsister depuis que son père lui a coupé les vivres. L'abbé jette l'éponge, et DD reprend le projet. Avec d'Alembert ils vont amplifier la vocation première du projet. Diderot était un jeune homme inconnu mais d'Alembert, lui, avait la réputation et le poids nécessaires vis-à-vis du pouvoir et des éditeurs, mais c'est lui qui va insuffler sa vision philosophique dans le projet.

La somme de découvertes diffusées ainsi va rendre caducs les inventaires médiévaux plaçant la foi au centre des connaissances. Dès la fin du XVIIe les dictionnaires proposant un ordre alphabétique des savoirs rencontrent un grand succès partout en Europe, principalement ceux introduisant un contenu scientifique actualisé.

Le Dictionnaire universel de Furetière ou le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, ''l'arsenal des Lumières'', annoncent l'Encyclopédie dont l'ambition est ''d'exposer autant qu'il est possible, l'ordre et l'enchaînement des connaissances humaines''. Un nouvel ordre du savoir est présenté qui le désacralise. Son point de départ est l'entendement humain. Les subdivisions des sciences se rattachent aux trois facultés de l'entendement que sont la mémoire, la raison et l'imagination. L'histoire renvoie à la mémoire, la philosophie à la raison, et la poésie à l'imagination. Désormais ce n'est plus dieu qui dirige la nature mais l'Homme qui l'explique commente Martine Groult.

L'Encyclopédie se veut un dictionnaire ''raisonné''. Elle présente deux axes pour la connaissance, l'homme et la nature, ouvrant la voie à une science émancipée de la théologie et à une métaphysique fondées sur l'expérience et l'observation. Elle innove en faisant appel à plus de 140 collaborateurs, par l'importance donnée à des disciplines naissantes ainsi que par un la place donnée aux planches d'illustration. Pour la première fois dans un dictionnaire les noms propres sont absents.

En 1751, 1000 souscripteurs permettent le lancement de l'entreprise, ils seront 4200 en 1757. L’œuvre sera vivement critiquée par les jésuites et les milieux conservateurs et surmontera bien des obstacles avant d'arriver à son terme. Au final l'Encyclopédie comporte dix-sept volumes de textes, soit 72000 articles, complétés par onze volumes de planches dont l'impression s'achève en 1772.

Ainsi s'érigea un monument de référence pour les sciences, les arts et les métiers. Elle présente la somme des progrès de l'esprit humain et en expose le bilan critique en conservant un regard critique sur le progrès. Ses concepteurs développent une vision lucide des limites de la perfectibilité de l'esprit humain, et inscrit ses progrès dans une vision plutôt noire de l'histoire le progrès est pris au sens cinématique de mouvement et peut aussi aller vers l'arrière ; les lumières de la raison peuvent être à nouveau obscurcies par la corruption et la barbarie. La modernité de l'Encyclopédie tient à sa présentation des découvertes nouvelles mais aussi, surtout, à son invitation à se méfier de tout dogmatisme, à douter de tout, y compris du progrès. Véronique le Ru explique comment ils durent dissimuler leur analyse critique dans des réseaux d'articles. Leurs idées sur la séparation de l'Église et de l'État ne se troue pas ni à l'entrée. Église, ni à celle d'État, mais aux entrées superstition, fanatisme et templier. Cependant les encyclopédistes sont pus des réformistes que des révolutionnaires, souhaitant une monarchie parlementaire et témoignant du mépris envers la ''populace''.

 

Martine Groult : Les encyclopédie. Construction et circulation du savoir de l'Antiquité à Wikipédia. (l'harmattan 2011)

Véronique Le Ru. Subversives lumières, l'Encyclopédie comme machine de guerre. (CNRS 2007)

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