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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 09:00

Les Cahiers de Science & Vie 152

Christophe Migeon

 

Les intellectuels les dénoncent, les ridiculisent, qu'importe, les superstitions populaires prospèrent plus que jamais. Villes et campagnes bruissent toujours du murmure des incantations magiques et des prières indues.

Dans les chaumières pour déjouer les manigances d'un sorcier on frappe trois fois sur la coque des œufs qu'on vient de manger, sous les lambris des salons parisiens on s'amuse à convoquer le diable et ses démons. À côté d'une France éclairée subsiste une France souterraine confite dans ses croyances.

Pendant des siècles l'homme s'est confronté avec un contexte hostile, cherchant à se prémunir des maladies et de s'assurer de bonnes récoltes, des troupeaux prospères et de savoir de quoi l'avenir serait fait. Les prières se révélant souvent inefficaces de nombreuses pratiques anciennes ont subsisté : charmes, conjurations, divinations, exorcismes... ''Pendant longtemps, la population a eu un mode de pensée magique, animiste, recouvert d'un vernis religieux'' explique Vincent Milliot. Pourquoi ne pas faire appel aux services du prêtre et du sorcier ?

La liste est longue de comportements prêtant à sourire mais qui dans la France de l(époque suscitaient crainte et respect dans une majorité de la population. Dans sa Recherche de la vérité (1674) Malebranche recense et analyse les différentes erreurs des hommes.

Jean-Baptiste Thiers dresse l'inventaire exhaustif des déviances populaires dans son Traité des superstitions pour en dénoncer le ridicule. Bayle et ses Pensées diverses (1683)profitent du passage de l’astéroïde de 1680 et de la panique suscitée pour régler son compte à l'obscurantisme et l'idolâtrie. Fontanelle dans son dictionnaire historique et critique (1695-1697) s'en prend à l'Église et aux aux préjugés qu'elle entretient.

Après le concile de Trente le mouvement de la Contre-Réforme resserre la vis au clergé et à ses fidèles. Le prête local se fait l’œil de l'évêque au sein de la communauté. Il lui incombe de canaliser les adorations de saint locaux ou de traquer charlatans, imposteurs et aux abuseurs de la crédulité populaire. Les fêtes d'origines païennes sont christianisées et couverte d'une d'orthodoxie. Pourtant la réalité de Satan et de ses pouvoirs, comme sa capacité de nuisance dans la vie des gens est réaffirmée. Ce qui n'empêche pas l'Église de continuer à tolérer les cultes de saints douteux mais dont le commerce lui rapporte gros.

Les gens du peuple continuent d'attribuer aux saints des pouvoirs surnaturels malgré la répugnance du clergé à reconnaître les guérisons miraculeuses. Le peuple a parfois du mal à trouver la frontière entre le ''bon'' et le ''mauvais'' surnaturel. Quel est le seuil à partir duquel la religion devient superstition ?

les philosophes du XVIII dénoncent moins cette faiblesse congénitale du peuple que le cynisme de ceux qui l'exploitent, à savoir les rois et les prêtes qui confortent ainsi leur pouvoir, souligne Catherine Volphlhac. Montesquieu prêche pour une ''religion éclairée par la raison'' et une ''raison affermie par la religion''.

Durant la seconde moitié du XVIIIe le regard porté sur les pratiques populaires se fait plus bienveillant, plus compréhensif de ses origines et moins culpabilisant.

L'aristocratie de son côté entend se divertir et ouvrer les portes de ses salons à l'irrationnel tant qu'il est récréatif. Des charlatans savent tenir en haleine leur public. La haute société s’encanaille dans des séances de démonologie, les marquises emperruquées frissonnent en écoutant des histoires de vampires venues tout droit de Russie et de Moldavie. Le comte de Saint-Germain, érudit polyglotte sachant fabriquer de l'or et âgé de nombreux siècles, fait son apparition en 1750, avant de disparaître une décennies plus tard, pour être remplacé par Messmer et son baquet, lequel sera suivi par Cagliostro. Celui-ci finira par être expulsé de France après l'affaire du Collier de la reine et finira sa vie, médiocrement, dans les geôles pontificales. Condamné par l'inquisition comme franc-maçon.

En cette fin de XVIIIe magie, sorcellerie et surnaturel imprègnent toutes les couches de la société. La superstition poursuit son entêtante petite musique, entre chats noirs et trèfles à quatre feuilles.

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 08:57

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Philippe Testard-Vailland

Les idées novatrices essaiment grâce aux médis écrits. La scolarisation et l'alphabétisation aidant, un nombre croissant d'hommes et de femmes y ont accés. La production de livres s'envole et la censure se desserre quelque peu. De mêmes, les libelles moquant la monarchie se vendent comme des petits pains.

La plupart des titres de presses sont contrôlés par l'État, ils se font peu écho des œuvres des Lumières en général, et de l'Encyclopédie en particulier. En retour les philosophes négligent la presse, pour ne pas dire qu'ils la méprisent, tout en convoitant les revenus qu'elle offre. Les nouvelles idées sont surtout l'objet de conversation entre beaux esprits à partir des années 1750 dans des salons tenus par des femmes de la haute aristocratie. Ceux-ci servent de relais aux Lumières dans les grandes métropoles judiciaires (Bordeaux, Aix-en-Provence...j et les villes hégergeant de fortes garnisons militaires (Strasbourg, Besançon...). Les Lumières s'immiscent dans les cafés parisiens comme le Procope ou le café de la Régence, le favori de Diderot qui en fait le décor du Neveu de Rameau.

L'impact des Lumières n'en est pas moins limité. Les inégalités d'alphabétisation ralentissent l'accès aux idées nouvelles, les femmes en sont les premières victimes. Journaliers et ouvriers lisent moins que les artisans, les commerçants, les bourgeois et ls nobles. Les régions instruites sont situées au nord d'une ligne Saint-Malo/Genève, au sud c'est une France du retard scolaire avec d'importantes nuances locales. Sans parler du contraste entre la ville et la campagne.

Le contraste reste patent entre des élites rêvant d'une société telle qu'elle n'est pas et des masses aspirant à améliorer leurs quotidiens.

Voltaire traite le peuple de ''canaille'' qui n'est pas digne d'être instruit, le baron d'Holbach précise ''Le peuple ne lit pas plus qu'il ne raisonne''.

Le poids de la religion limite également l'impact des Lumières, soupçonnées de vouloir s'affranchir des contraintes vis-à-vis de dieu.

Au final, le ''taux de pénétration'' des Lumières en XVIIIe reste faible. La population ne perçoit pas les mutations qui agitent le dernier siècle de l'Ancien Régime. Seule l'élite du tiers état et une petite partie de la noblesse s'engagent dans la dynamique de ce mouvement.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 08:39

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Voltaire ou Montesquieu défendaient la liberté et critiquaient injustices et fanatismes sans remettre en cause le principe de la monarchie. Pour autant ont-ils inspiré la Révolution ?

 

Le 10 juillet [belle date] 1791, la dépouille de Voltaire est transférée au Panthéon tirée par douze chevaux blancs. Le convoi traverse Paris et des acteurs brandissent les titres de ses ouvrages principaux. Sur son cercueil de porphyre était écrit : Poète, historien, philosophe, il agrandit l'esprit humain, et lui apprit à être libre. Ainsi la Révolution rattachait-elle ses valeurs, liberté, égalité, refus de l'obscurantisme, à la philosophie des Lumières. Pour les révolutionnaires celle-ci avait préparé la chute de l'ancien régime.

 

Pourtant ses représentants avaient des opinions différentes. Voltaire et Montesquieu ne contestaient dans la monarchie que son statut de droit divin, ils dessinent une monarchie réformée, ouverte à la liberté et tournée vers le bonheur de son peuple. Le premier imagine unrégime ou le prince, soumis à la loi comme tout un chacun, serait tout puissant pour faire le bien mais aurait les mains liées pour accomplir le mal. Pour lui la république n'est possible que dans un État de petite taille. Diderot et Rousseau, pour éviter l'arbitraire mettent l'accent sur la souveraineté populaire. Réflexion théorique plus proche de la démocratie que de la monarchie.

Les penseurs du temps ne défendent donc pas tous un programme politique identique tout en partageant des valeurs fondamentales, au

premier rang desquelles la liberté. L'individu doit être libre de sa personne, de ses opinions, de sa religion. Liberté économique à une époque où l'activité est contrainte par des réglements et privilèges.

La notion d'égalité est revendiquée par certains philosophes mais à plus long terme car elle exige, à leurs yeux, un travail d'éducation.

Ces valeurs des Lumières sont en opposition avec celles de la monarchie.

La liberté d'expression est une menace directe contre l'Ancien Régime : On oublie souvent, rappelle Daniel Roche, que la monarchie repose sur la censure. Dans le règlement de toutes les académies et sociétés savantes figure un point central : interdiction de parler de dieu, du roi, des mœurs. Les Lumières sapent donc la monarchie absolue en encourageant les citoyens à porter un regard critique sur le monde. Travail prolongé par toute une littérature clandestine irrévérencieuse vis-à-vis des autorités politiques et religieuse dont la diffusion contribue à répandre l'écrit au-delà de l'élite cultivée.

Ainsi les lumières ont-elles contribuées à fragiliser un système monarchique fragilisé par une crise conjoncturelle (les mauvaises récoltes de 1788-1789) et structurelle.

Fruit d'influences diverses, la Déclaration des droits de l'homme du 26 aout 1789 affiche une continuité avec les Lumières perceptible dès le premier article. Pour les révolutionnaires visant à promouvoir une véritable égalité le lien avec les Lumières est plus ambivalent.

La Terreur est-elle une trahison de ce lien bien que les Lumières n'aient jamais exclu le recours à une certaine violence ? La question reste posée, comme de savoir s'il faut considérer la Révolution comme un tout, Terreur comprise.

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 08:59

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Écrasons l’infâme ! Voltaire appelait ainsi à combattre le fanatisme. Deux siècles et demi plus tard son Traité sur la tolérance trouvé, après les événements de janvier 2015, un nouvel écho. Démonstration que l'Histoire ne va pas à la même vitesse pour tout le monde, certains vivent encore dans l'obscurité, beaucoup voudraient la retrouver.

À l'époque des Lumières, les philosophes bousculaient les dogmes religieux et œuvraient pour leur coexistence avec d'autres conceptions du monde.

Aux racines des Lumières, dès le XVIIe, il y a une profonde revendication de la liberté de conscience, ce droit de chacun à fonder pour lui-même les raisons qui l'amènent à adhérer à telle ou telle croyance, ou à refuser de croire. Souligne Laurent Bove. Le Traité théologico-politique de Baruch Spinoza (1679) est tenu par ses adversaires comme par les philosophes des Lumières pour l'un des écrits majeurs précurseurs de l'athéisme. C'est en vérité une défense radicale de la liberté d'expression individuelle et de la laïcité de l'État, dans la tolérance des différents cultes sous l'autorité du souverain. Juif apostat, le philosophe hollandais frappe à la base de l'édifice judéo-chrétien : il rejette l'idée que la création soit l’œuvre d'un être suprême transcendant l'homme. Il exclut la notion de providence et le finalisme qui l'accompagne. Pour lui, dieu est une construction philosophique : dieu, c'est la nature.

À l'instar de Voltaire, Montesquieu et Rousseau, les philosophes des Lumières sont dans leur majorité déistes (ou théistes). Ils croient en une intelligence suprême créatrice de l'Univers et orchestrant la nature. Le dieu des déistes n'est pas de ceux auxquels on s'adresse ou que l'on prie, explique Gerhardt Stenger, c'est un dieu impersonnel. Une fois la création accomplie, il s'en est retiré et ne s'en occupe plus. Il s'agit d'un dieu minimaliste, une explication commode de l'origine de tout ce qui existe. Leur vision naturaliste cherche des causes rationnelles à l'origine du phénomène religieux : l'éducation, l'idéologie, le besoin affectif ou existentiel. Pour Kant, dieu est un postulat de la raison pour donner un sens à la morale : rien ne pourra jamais élucider la question de son existence.

Les athées du XVIIIe combattent moins l'idée de dieu que les religions révélées, et notamment le christianisme, explique Pascal Taranto. Celles-ci sont, selon eux, des inventions humaines, chaque religion révélée s'étant nourrie successivement de la précédence. Les religions sont des impostures servant à asservir le peuple. Plus de 2000 ouvrages attaquant le christianisme et la hiérarchie ecclésiastique sont publiés entre 1715 et 1789. Parmi eux, le testament de Jean Meslier, un écrit fondateur de l'athéisme. À travers cette œuvre publiée à sa mort, en 1729, le curé de campagne s'en prend aux ''trois imposteurs'' (Moïse, Jésus, Mahomet) et dénonce la collusion entre l'Église, les riches et les tyrans, et associe la foi à la soumission. L'ouvrage est le premier de l'époque tenant du matérialisme, théorie fondée par Démocrite au Ive siècle avant notre ère, qui s'appuie sur l'existence de la seule matière. L'Univers est constitué d'atomes et de vide.

Dans sa Lettre sur les aveugles, Diderot signe un discours emblématique de cette théorie : pas de dieu, de création, de finalisme, pas d'ordre ni de dessein intelligent. Il avance que l'ordre de l'Univers résultat d'un désordre initial, de la combinaison d'atomes s'étant rencontrés par hasard. L'homme ne serait que le produit fortuit d'une évolution aveugle. Intuition prédarwinienne qui lui vaudra 102 jours de prison. Il récidivera vingt ans plus tard dans Le Rêve de d'Alembert, en démontant l'hypothèse de l'existence de dieu et de l'âme.

En 1770, le Système de la nature, du baron d'Holbach explique que la matière se montre assez autonome pour s'organiser sans besoin d'un deus ex machina. Le Parlement condamne son livre à être brûlé au pied du grand escalier du palais. Il en ira de même, mais en place de Grève en 1746, du livre de Diderot Pensées philosophiques, dans lequel l'auteur dénigre le dieu des chrétiens.

Pour Voltaire comme pour la majorité des déistes, il ne peut y avoir d'ordre social sans divinité. Un monde sans foi lui fait craindre que la société bascule, renversée par les instincts destructeurs de l'humanité. Thèse de Rousseau dans Du contrat social, une divinité puissante, intelligente, bienfaisante, le bonheur des justes, le châtiment des méchants, pour lui ce sont autant de garde-fous indispensable. Pourtant dès 1683 Pierre Bayle, dans Pensées diverses sur la comète, propose une morale sans religion, fondée sur l'éducation et les lois. Personne, ou presque, ne l'entend alors. En Angleterre Jeremy Bentham jette, avec plus de succès, les bases de l'utilitarisme. Le naturalisme atteint ses limites. La nature crée et détruit. Obéir à ses instincts comme aux seules lois de la nature, occulte la notion de souffrance chez autrui. Sade l'utilisera pour justifier les pires actes de violence et de cruauté. Selon lui, certains sont nés pour faire le bien, d'autres pour faire le mal. Il faut laisser faire la nature.

 

Mais les philosophes des Lumières, animés par l'aspiration au bonheur de l'humanité, ont ouvert une autre voie. Leurs valeurs de liberté, d'égalité et de tolérance, ont initié une morale sans dieu : le respect des droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme.

[Des dogmes en remplacent d'autres!]

 

Laurent Bove. La stratégie du conatus. Affirmation et résitance chez Spinoza. Vrin, 2012

Gerhardt Stenger. Diderot, le combattant de la liberté. Perrin, 2013.

Pascal Taranto. Du déisme à l'athéisme : la libre-pensée d'Anthony collins. Éd. Honoré Champion, 2000 

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 08:46

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

L'ouvrage de Diderot et d'Alembert fait appel aux meilleurs savants pour dresser le tableau des sciences, des arts et des métiers. Malgré censure et critique, l’œuvre phrase des Lumière connaîtra un succès sans précédent.

En juillet 1749, après sa Lettre sur les aveugles, d'un matérialisme athée insupportable, Denis Diderot est enfermé au château de Vincennes. C'est le premier arrêt de l'Encyclopédie, entamé depuis fin 1747, avec Jean le Rond d'Alembert. Il restera en prison 3 mois. Ce ne fut que le premier écueil que rencontrera l'Encyclopédie pendant plus d'un quart de siècle. Pourtant, soutenue elle va s'affirmer et rencontrer un immense succès. Ses promoteurs sont entourés des meilleurs savants de leur temps et proposent un savoir débarrassé des superstitions. Dans ses 28 volumes elle présente une pensée philosophique moderne et une critique des pouvoirs monarchiques et religieux.

Au départ pourtant elle ne devait être que la traduction des deux volumes d'une encyclopédie anglaise, la Cyclopaedia d'Ephraïm Chambers parue en 1728 et rien ne semblait lui offrir une telle destinée. L'abbé de Gua de Malves doit la diriger et d'Alembert, alors premier géomètre d'Europe, en contrôler les mathématiques. Diderot est traducteur, travail qui lui permet de subsister depuis que son père lui a coupé les vivres. L'abbé jette l'éponge, et DD reprend le projet. Avec d'Alembert ils vont amplifier la vocation première du projet. Diderot était un jeune homme inconnu mais d'Alembert, lui, avait la réputation et le poids nécessaires vis-à-vis du pouvoir et des éditeurs, mais c'est lui qui va insuffler sa vision philosophique dans le projet.

La somme de découvertes diffusées ainsi va rendre caducs les inventaires médiévaux plaçant la foi au centre des connaissances. Dès la fin du XVIIe les dictionnaires proposant un ordre alphabétique des savoirs rencontrent un grand succès partout en Europe, principalement ceux introduisant un contenu scientifique actualisé.

Le Dictionnaire universel de Furetière ou le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, ''l'arsenal des Lumières'', annoncent l'Encyclopédie dont l'ambition est ''d'exposer autant qu'il est possible, l'ordre et l'enchaînement des connaissances humaines''. Un nouvel ordre du savoir est présenté qui le désacralise. Son point de départ est l'entendement humain. Les subdivisions des sciences se rattachent aux trois facultés de l'entendement que sont la mémoire, la raison et l'imagination. L'histoire renvoie à la mémoire, la philosophie à la raison, et la poésie à l'imagination. Désormais ce n'est plus dieu qui dirige la nature mais l'Homme qui l'explique commente Martine Groult.

L'Encyclopédie se veut un dictionnaire ''raisonné''. Elle présente deux axes pour la connaissance, l'homme et la nature, ouvrant la voie à une science émancipée de la théologie et à une métaphysique fondées sur l'expérience et l'observation. Elle innove en faisant appel à plus de 140 collaborateurs, par l'importance donnée à des disciplines naissantes ainsi que par un la place donnée aux planches d'illustration. Pour la première fois dans un dictionnaire les noms propres sont absents.

En 1751, 1000 souscripteurs permettent le lancement de l'entreprise, ils seront 4200 en 1757. L’œuvre sera vivement critiquée par les jésuites et les milieux conservateurs et surmontera bien des obstacles avant d'arriver à son terme. Au final l'Encyclopédie comporte dix-sept volumes de textes, soit 72000 articles, complétés par onze volumes de planches dont l'impression s'achève en 1772.

Ainsi s'érigea un monument de référence pour les sciences, les arts et les métiers. Elle présente la somme des progrès de l'esprit humain et en expose le bilan critique en conservant un regard critique sur le progrès. Ses concepteurs développent une vision lucide des limites de la perfectibilité de l'esprit humain, et inscrit ses progrès dans une vision plutôt noire de l'histoire le progrès est pris au sens cinématique de mouvement et peut aussi aller vers l'arrière ; les lumières de la raison peuvent être à nouveau obscurcies par la corruption et la barbarie. La modernité de l'Encyclopédie tient à sa présentation des découvertes nouvelles mais aussi, surtout, à son invitation à se méfier de tout dogmatisme, à douter de tout, y compris du progrès. Véronique le Ru explique comment ils durent dissimuler leur analyse critique dans des réseaux d'articles. Leurs idées sur la séparation de l'Église et de l'État ne se troue pas ni à l'entrée. Église, ni à celle d'État, mais aux entrées superstition, fanatisme et templier. Cependant les encyclopédistes sont pus des réformistes que des révolutionnaires, souhaitant une monarchie parlementaire et témoignant du mépris envers la ''populace''.

 

Martine Groult : Les encyclopédie. Construction et circulation du savoir de l'Antiquité à Wikipédia. (l'harmattan 2011)

Véronique Le Ru. Subversives lumières, l'Encyclopédie comme machine de guerre. (CNRS 2007)

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 08:15

Les Cahiers de Science & Vie 152

 

Le règne des lettres est passé ; les physiciens remplacent les poètes et les romanciers ; la machine électrique tient lieu de pièce de théâtre, écrit Louis-Sébastien Mercier dans ''Tableaux de Paris''. Simple constat que le monde des salons des Résultat de recherche d'images pour "galilée" Lumières se passionnait d'anatomie et d'électricité, de probabilité et de magnétisme. La révolution scientifique symbolisée par Copernic, Galilée, Descartes ou Newton, fonde la science que nous connaissons aujourd'hui. La quête du savoir s'affranchit du joug des Anciens ou de l'Église. La conception de l'Univers est bouleversée ; notre planète tourne autour d'une étoile comme il y en a des millions !

Les élites cultivées se passionnent pour cette science qui bouleverse la représentation du monde. La raison, caractéristique de la mentalité des Lumières, s'accorde avec les nouvelles méthodes de la Révolution scientifique. Tous les grands penseurs de cette époque ont une solide formation en sciences, aucun ne laissa de contribution notables mais tous étaient d'honnêtes amateurs. Il était de bon ton de disposer d'instruments scientifiques et de réaliser avec des expériences. Les plus férus fréquentent une des 50 académies de province. Celles-ci diffusent le savoir mais forgent peu de nouvelles connaissances. En 1776 Condorcet Résultat de recherche d'images pour "condorcet" écrit à toutes les académies pour leur proposer de s'associer aux travaux de l'Académie royale des sciences dont il est secrétaire perpétuel. Il reçoit peu de réponses positives. Les académies provinciales sont surtout des lieux de sociabilité réunissant noblesse et bourgeoisie éclairée, explique Simone Mazauric.

C'est l'Académie royale des sciences qui donne le la de la science pour l'Europe. Ses 300 affiliés sont pensionnés par le roi et peuvent se consacrer à plein-temps à leurs travaux. Ce sont les premiers chercheurs professionnels de l'histoire. Chaque année, le secrétaire perpétuel rédige un volume d'Histoire de l'Académie, comprenant 3 sections adressées à des publics différents. Les Mémoires décrivent la science de pointe et sont destinés au ''vrais savants'' ; l'Histoire raconte la vie de l'Académie et s'adresse aux moins spécialistes ; les Éloges, eux, relèvent de la chronique mondaine.

Plusieurs publications sont de véritables best-sellers scientifiques, comme les huit volumes du Spectacle de la nature de l'abbé Pluche ou les Entretiens sur la pluralité des Résultat de recherche d'images pour "entretien sur la pluralité des mondes" mondes, de Fontenelle. Ouvrage mettant en scène le dialogue d’une marquise soucieuse de s'instruire et d'un savant décrivant la cosmogonie faisant de la Terre un astre parmi d'autres. Son style imagé est typique du ton plaisant et mondain de beaucoup de livres de sciences du XVIIIe. Ceux-ci ne sont lu que par le ''beau monde'', les paysans en restent aux livres religieux, almanachs ou livres de contes. Il faudra attendre le siècle suivant pour que l'on parle de vulgarisation pour désigner une diffusion vers le plus grand nombre.

 

Peu à peu la science va devenir une affaire de spécialistes. Au début des Lumières une expérience est validée si elle est réalisée en présence de gens influents et connus. Il faudra à la fin du XVIIIe réaliser une expériences en laboratoire devant experts et spécialistes

pour qu'elle fut validée. Les nouvelles connaissances portées par Lavoisier, Linné ou Leibnitz sont trop complexes pour être expliquées à tous avec la rigueur requise. La science de mondaine devient ''sévère'' pour reprendre le terme de Jean-Luc Chappey. L'usage des mathématiques en physique contribue à la montée d'une science privée, seulement accessible aux initiés. Le public extérieur à ce monde Résultat de recherche d'images pour "carl von linne" ésotérique doit se contenter d'une compréhension de surface le mettant hors-jeu de toute discussion sérieuse en ces matières, confirme Yves gingras. La science devient professionnelle, des périodiques apparaissent qui sont destinés aux seuls hommes de science ainsi que des sociétés savantes comme la Société linnéenne ou la Société philomatique. L'amateur de sciences apparu avec les Lumières disparaît dès l'époque napoléonienne.

Simone Mazauric. Fontenelle et l'intention de l'histoire des sciences à l'aube des lumières. Fayard 2007

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 09:00

      Les Cahiers de Science & Vie N 152 – Avril 2015

Pascale Desclos

 

Le terme ''Lumières'' apparaît pour la première fois en Europe dans un discours rédigé par le diplomate français Jean-Baptiste Dubos en 1733 : La perfection où nous avons porté l'art de raisonner, qui nous a fait faire tant de découvertes dans les sciences naturelles, est une source féconde en nouvelles lumières. Adopté par les lettrés, le mot va bientôt se décliner dans toutes les langues d'Europe.

Après la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV, en 1685, les protestants ont quitté la France. Près de 170 000 d'entre eux ont trouvé refuge en Europe du Nord et du Nord-Ouest. Berlin compte alors 20 % de Français dans sa population, explique Pierre-Yves Beaurepaire. Parmi ces réfugiés, des polémistes, des libraires et des imprimeurs propagent les idées nouvelles. Le sud de l'Europe prend le train en marche.

 

 

C'est la curiosité qui anime alors ces élites européennes. Les savants et les philosophes du XVIIIe veulent tout comprendre, tout savoir, tout inventer. Ils voient dans la philosophie, la physique, l'économie ou l'éducation le chemin du progrès. La Cyclopaedia de Chambers lance la mode des encyclopédies, en France Diderot et d'Alembert envisagent d'en publier une traduction avant de se lancer dans leur propre projet. Il s'agit pour eux de concurrencer le projet de Chambers mais aussi de le compléter, quitte à en profiter pour le piller.

D'autres projets émergeront en Europe, soulignant les divergences entre mouvements nationaux des Lumières. La première est d'ordre religieux. Les Français sont majoritairement anticléricaux, les anglais, antipapiste, les protestants sont, eux, hostiles à l'irréligion. C'est aussi la naissance des identités nationales et du débat sur les langues. Anglais et Français s'affrontent déjà. Malgré ces rivalités, l'Europe est le cadre d'intenses circulations et échanges, botanistes et minéralogistes sillonnent le continent et les colonies à la recherche de nouveaux spécimens, les cartographes vont jusqu'en Sibérie pour fixer les frontières de la civilisation, lettrés et artistes se déplacent en quête de commanditaires et de protecteurs. La mode est au voyage, les jeunes gens aisés partent faire le tour de l'Europe durant des mois.

Les premiers guides touristiques apparaissent, tel Le Guide du voyageur en Europe, publié en allemand puis traduit en français. Les échanges sont aussi épistolaires, tout le monde écrit à tout le monde, souligne Pierre-Yves Beaurepaire. Certaines institutions favorisent la diffusion des savoirs. Cénacles formés d'érudits et d'amateurs. Les loges maçonniques participent au mouvements pour le progrès, celle des Neuf Sœurs, fondées en 1776 à Paris, dont Voltaire et Benjamin Franklin furent membres, contribue au soutien à la révolution américaine et au développement des sciences.

Journaux et livres se diffusent largement, certains libraires et imprimeurs se spécialisent dans les extraits de livres de 10 à 20 pages traduits et annotés, plus faciles à assimiler que des ouvrages originaux !

Les élites de l'Europe des Lumières ont conscience d'appartenir à un même espace. Leur rêve d'une Europe unie et pacifiée préfigure la construction européenne du XXe siècle !

 

Pierre-Yves Beaurepaire. L'Europe au siècle des Lumières. Ellipse 2011

Pierre-Yves Beaurepaire. L'Europe des Lumières. PUF. Que-sais-je ? 2013

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 09:00

Les Cahiers de Science & Vie N 152 – Avril 2015

                                                                          Anne Debroise

Les Lumières portent en elle tant de mythologie qu'il semble incongru de refuser l'éblouissement pour observer de plus près une époque apparemment dévolue à la raison, l'intelligence et le progrès.

Pourtant comme le souligne Isabelle Bourdial (Rédactrice en chef), le siècle de la raison fut également celui de la superstition et de la crédulité, que celui de la tolérance et des droits de l'homme coïncide avec l'âge d'or de l'esclavage, que la liberté d'expression était relative ou que le mouvement philosophique et humaniste fut, au début, restreinte à une petite élite intellectuelle.

Nulle lumière sans ombre, Voltaire lui-même n'était-il pas misogyne et homophobe ?

 

Le XVIIIe siècle, en occident, vit nombre de mutations, plus ou moins importantes, qui concourent à l'émergence d'un homme nouveau, tourné vers l'avenir, capable de penser par lui-même avec la volonté de prendre son destin en main. Évolution animée et soutenue par une élite de penseurs et de philosophes dont les idées s'infiltreront dans toutes les franges de la société.

 

 

 

Kant, dans son essai de 1784 intitulé Was ist Aufklärung ? Décrit les Lumières comme la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d'un autre. Dès le début de XVIIie les philosophes rêvent d'une société plus prospère et plus juste libérés des dictats et dogmes de la société aristocratique et de l'Église. Les intellectuels du siècle précédant idéalisaient le passé, ceux de celui-ci se tournent vers l'avenir et croient au progrès de l'esprit humain.

Chronologiquement ses prémices s'observent vers 1680 avec les écrits de Pierre Bayle évoquant un ''siècle éclairé''. Les transformations intellectuelles s'opèrent à partir du décès de Louis XIV, en 1715. Les nouveaux dirigeants du pays seront plus faibles et plus sensibles aux idées progressistes.

Tout ça pour aboutir à la Révolution française de 1789 !

 

Le mouvement des Lumières visait le progrès de la connaissance et d'utiliser le raisonnement pour réformer la société en luttant contre les préjugés et l'irrationnel. Les savants l'initièrent, à la suite de Galilée, cherchant à découvrir des lois régissant le comportement de la matière usant de l'expérience et de la déduction logique. Les récits des grands voyageurs contribuèrent à élargir les vues de leurs contemporains en leur faisant connaître la grande variété d'organisations politiques existantes. Les philosophes usèrent de ces récits pour montrer qu'il existait plus d'un modèle social à suivre, et plus d'une religion respectable... [pour autant qu'une méritât ce titre]. Montesquieu s'appliqua à démontrer dans De l'esprit des lois, que les systèmes législatifs s'adaptent à la culture et à la géographie des peuples. Voltaire se battit contre le fanatisme religieux, Diderot avec jean d'Alembert, rassembla le savoir humain dans son Encyclopédie, non sans affronter censure et difficultés financières. Il s'agissait de démocratiser un savoir confisqué par quelques érudits.

Sur ce sujet il fut en opposition avec Voltaire, d'Alembert ou D’Holbach qui affichaient un profond mépris pour le peuple auquel ils ne s'adressaient pas. Diderot et Kant, d'origine modeste, pensaient que l'éducation devait s'ouvrir à tous.

La vision même du rôle du roi évolue qui pense de plus en plus au bien-être du peuple. Les conflits sont moins nombreux, moins pesant sur le quotidien des populations. Les gouvernements aménagent le territoire, créent théâtres, écoles et jardin dans les villes tout en éloignant hôpitaux et cimetières des centres urbains. l'État améliore routes et voies navigables, facilitant ainsi le commerce et la circulation de l'information.

Le climat se met de la partie avec la sortie du Petit Âge glaciaire. L'agriculture bénéficie d'améliorations dont certaines découlent de l'esprit rationnel des Lumières. De nouvelles cultures apparaissent, comme la pomme de terre et le maïs ; l'outillage progresse, la charrue est améliorée, la faucille remplace la faux. Rendements et production grimpent... ainsi, mieux nourrie, la population est plus résistantes aux maladies et épidémies. La population de la France qui stagnait aux environs de 20 millions atteint 28 millions vers 1780. la mortalité infantile régresse, l'avenir est donc moins redoutable. Un état d'esprit rejoignant celui des élites intellectuelles.

L'écrit s'est introduit presque partout. L'imprimerie a évoluée, des livres en petits formats, moins chers, sont diffusés. Les villes de province inaugurent des académies.

L'alphabétisation progresse jusqu'à dépasser 70 % dans certaines villes. Dans les campagne, qui abritent 80 % de la population, les Lumières, la connaissance et la raison n'atteignent qu'une minorité des population européennes.

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 09:00

Science & Vie HS 270 – Mars 2015

Philippe Testard-Vaillant

 

De nombreux grands singes sont entrés dans la maison et l'homme pour vivre en tout intimité à ses côtés. Parfois pour le meilleur... souvent pour le pire.

 

Éliane et Pierre Thivillon, fondateur de l'Espace Zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, vivent avec Digit, 15 ans, et 130 kilos. Celle-ci dort dans la même pièce qu'eux, boit de la Contrex et quand Pierre se lève elle se précipite pour prendre sa place auprès d'Éliane dans le lit. Il faut dire que le couple adopta Digit en 1999 parce que la mère de celle-ci refusait de la nourrir. La jeune gorille nourrie au biberon fait désormais partie de la famille même si depuis 2014 elle partage son enclos avec Likalé. Le temps vient pour elle de quitter le foyer familial pour ''faire sa vie''.

Expérience fascinante que l'immersion prolongée de primates anthropoïdes dans notre monde tant leur fonctionnement est proche du nôtre. De Jocko, singe femelle de Buffon qui mangeait à table avec fourchette, couteau, serviette et verre, à Bubbles, chimpanzé mâle de Michael Jackson. La liste est longue de singes entrés dans la maison de l'homme jusqu'à s'y intégrer parfaitement. C'est aussi le moyen de leur apprendre un langage en ayant le temps de le faire. Mais la faculté d'intégration des singes en environnement humain sera une surprise. Certains jouant avec des poupées, se coifferont, feront de la peinture, aimeront boire du vin, fumer... Certains apprendront à sourire en découvrant les dents alors que c'est un geste d'ordinaire signe de peur ou d'agressivité ; d'autres se montreront aptes à nager sous l'eau, ce qui n'arrive jamais dans la ''nature''.

L'évidence est là que les grands singes sont éminemment adaptable. Il apprend par imitation et montre une plasticité comportementale tout à fait singulière explique Florence Burgat. Plongé dans un environnement humain, un primate s'engage dans une procédure d'imitation de ses partenaires sociaux et développer une manière d'être au monde très proche des hommes et très éloignée des habitudes de son espèce. Cela va au-delà d'une reproduction servile ou mécanique, précise Chris Herzfeld : un grand singe élevé par des humaine ne se contente pas de singer nos gestes et comportements. Il scrute nos activités qui l'intéressent et tente de se les approprier. Il ne s'agit en aucun cas de dressage mais d'une forme d'échange.*

Et d'attachement, un petit dans une famille humaine va chercher l'être capable de le nourrir, de le protéger, de le rassurer en lui expliquant le reste du monde afin qu'il y soit autonome. Coupé de leur milieu des chimpanzés se classèrent parmi les hommes, rangeant leurs parents biologiques parmi les autres animaux.

Reste, comme le dit le primatologue néerlandais Frans de Waal : Si le singe peut sortir de la jungle, la jungle peut-elle sortir du singe ? Les grands singes ne sont pas nous, et nous ne sommes pas eux, ajoute Chris Herzfeld. L'important est de dépasser l'opposition simple ''humain/non humain''. La possibilité d'interpénétration entre nos sociétés témoigne d'une ouverture commune au monde, d'une sensibilité partagée, d'une proximité essentielle.

 

À lire :

Petite Histoire des grands singes Chris Herzfel, éditons Le Seuil 2012

Au risque d'aimer Claude Béata, éditions Odile Jacob 2013

Une autre existence, la condition animale Florence Burgat, Albin Michel 2012

L'Animal singulier, Dominique Lestel, Le Seuil 2004

 

Dans ce numéro exceptionnel vous pourrez lire bien d'autres articles sur des cousins qui, s'ils savaient quels liens nous unissent, le regretteraient probablement.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 09:00

Science &Vie – HS 270 – Mars 2015

 

                                Les mêmes microbes

 

L'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest amène la question de la responsailité des singes. En 1967 le virus de Marburg, proche d'Ebola, découvert en Allemagne sur des singes verts avait tuée 7 laborantins. En réalité Ebola viendrait des chauves-souris. Reste le risque que des maladies simiesques soient transmissibles à l'homo sapiens comme le furent le sida, passé chez l'homme au début du XXe et le paludisme, transmis par l'intermédiaire des moustiques.

Une nouvelle forme de cette maladie vient d'être mise en évidence en Asie. Cette fois des macaques sont impliqués, à la faveur de la déforestation les cas humains se font de plus en plus nombreux. Le plus inquiétant étant que le pathogène pourrait avoir évolué pour se reproduire chez l'homme, celui-ci devenant vecteur de contagion.

Les exemples sont pourtant rares de passages d'un virus du singe à l'homme tant les pathogènes doivent surmonter d'obstacles adaptatifs avant de s'établir dans une population humaine. L'inverse est bien plus facile. Des virus respiratoires bénins chez l'homme font des ravages chez les grands singes.

Il est plus judicieux de considérer les grands singes comme des sentinelles nous signalant les pathogènes des forêts tropicales qui pourraient s'approcher de nous. Q'ils infectent les grands singes montrent la menace qu'ils représentent pour nous. Le décès de nombreux gorilles par l'Ebola était indicatif que celui-ci se modifiait pour s'adapter à l'homme. Si un vaccin contre Ebola était mis au point il serait judicieux de vacciner les grands singes. Les vaccins humains se sont toujours montrés efficaces chez le chimpanzés.

 

        Le modèle chimpanzé 

Yves Sciama

 

le 29 novembre 1961, Enos est expédié dans l'espace par la NASA pour préparer le premier vol habité. Malgré un voyage difficile et très douloureux il put revenir sur Terre où il retrouva ses soigneurs avec joie. La chienne Leika n'eut pas cette chance et connut une pénible agonie. Le voyage d'Enos se révéla superflu, le vol de Youri Gagarine ayant déjà démontré que le vol spatial était permis.

Aujourd'hui l'expérimentation sur les grands singes est interdit, sauf rares dérogations. La communauté scientifique est majoritairement hostile aux expériences ''invasives'' su ces primates.

Notre proximité génétique avec le chimpanzé amène une alternative contradictoire. S'ils sont si proches de nous, des ''quasi-hommes'' l'éthique exige la suppression des expérimentations, à l'inverse, cette proximité rendrait ces tests plus efficaces.

Longtemps les recherches conduites le furent par des émules de Mengele tant certains firent preuve d'un véritable sadisme et d'un goût marqué pour la torture gratuite.

Un suivi est pourtant utile, ne serait-ce que pour anticiper une évolution de pathogènes trouvant chez les grands singes un pont vers l'homo sapiens. Sans parler de vaccins possibles dont ils pourraient profiter. Ce qui serait un juste, mais tardif, remerciement.

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