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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 07:41

Sonia Haft Shafirkin voit le jour le 16 mars 1883 en Ukraine, à Itchnia. Après le décès de son père sa mère émigre aux états-unis pour épouser Samuel Morris, Sonia réside alors à Liverpool, pensionnaire à la Baron Maurice de Hirsch School, jusqu'en 1892 où elle la rejoint. Elle se marie à 16 ans, le 24 décembre 1899, avec Samuel Seckendorff, donne naissance à un fils en 1900, celui-ci ne vivra que 3 mois, puis à une fille Florence Carol le 19 mars 1903. Celle-ci deviendra plus tard une journaliste reconnue sous le nom de Carol Weld. Seckendorff américanise son nom en Green, il ne semble pas avoir été d'un commerce agréable, il meurt en 1916, Sonia avait divorcé mais gardé son nom.

Son intérêt pour la littérature l'amène à fréquenter des cercles d'auteurs, c'est lors d'une réunion d'écrivains amateurs en 1921 à Boston qu'elle fera la connaissance de Lovecraft. Leur proximité intellectuelle favorise leur rapprochement et la jeune femme demande à Howard de revoir ses nouvelles : The Invisible Monster et Under the Pyramids

Elle est sa première correspondante à venir le voir à Providence, il accepte son invitation à Magnolia, charmante station balnéaire de la côte nord du Massachusetts, et collabore au fanzine qu'elle prépare : The Rainbow. En mars 1922 il se rend à New York pour la première fois après un appel de Sonia. Leur mariage aura lieu dans la St Paul's Chapel à Manhattan le 3 mars 1924. Personne dans son environnement familial ou amical n'a été prévenu.

C'est le début d'une nouvelle vie pour Howard, il s'installe avec sa femme dans cette ville qu'il ne connaît pas, poussé par la certitude que la réussite n'attend que lui.

Mais ça ne sera pas le cas, loin de là ; Howard ne sait pas se présenter à d'éventuels employeurs, il ne peut accepter des contraintes allant à l'encontre de ce qu'il est, ou croit être. Quand sa femme dut partir pour d'autres villes où elle trouvait du travail, il refusa de l'accompagner. Il resta à Brooklyn où Sonia revenait de temps en temps.

La jeune femme était prête à tout pour rester avec son mari. Pourquoi n'ouvrirait-elle pas une boutique à Providence. Elle aurait pu accepter un simple emploi salarié mais pour Lovecraft, et sa famille, être un ''homme entretenu'' était inconvenant.

Il ne restait comme solution que la séparation sous la forme d'un divorce à l'amiable. Mais Howard ne signa pas les papiers et le divorce ne fut jamais finalisé, Sonia Green se remaria en 1936 avec le Dr. Nathaniel Abraham Davis, qui mourut dix ans plus tard, ignorant qu'elle était bigame ! Elle s'installa en Californie où elle tint quelque temps une chapellerie.

Il est amusant de se demander ce qui serait arrivé dans d'autres circonstances, en l’occurrence si le couple n'avait pas rencontré de telles difficultés financières. Impossible de répondre formellement, chacun le fera à travers le prisme de ses expériences et caractère, la plupart des commentateurs affirme que le retour à Providence était inévitable.

Peut-être, mais surtout qu'en eut-il été de l'écriture dans la vie d'Howard ? Il y eut gagné une existence plus facile, nous aurions, probablement, tout ignoré de Cthulhu. On peut penser que c'est l'influence de ce dernier qui ramena HPL au bercail, Il voulait faire savoir qu'Il était là, rêvant, attendant...

Sonia Green mourut le 26 décembre 1972, laissant une autobiographie The Private Life of H.P. Lovecraft qui fut édité en 1985 par Necronomicon Press, dans ce bref récit elle évoque les confidence de son époux sur son enfance, comment elle subvenait aux besoins du ménage, dans quelles conditions eurent lieu leur séparation et le retour du neveu prodigue vers ses tantes. Un témoignage ''de l'intérieur'' sur Lovecraft, ses goûts alimentaires, ses études de violon quand il était enfant, interrompues quand il avait compris qu'il ne serait jamais un virtuose. Elle évoque leurs voyages, comment son mari se prit à détester New York et ses ''hordes d'étrangers''.

En 1932 elle fit un grand voyage en Europe, écrivant à Howard, dont elle pensait alors être divorcée officiellement, d'Angleterre, de France, d'Allemagne, lui envoyant des livres et documents sur les sujets qui pourrait l'intéressait. Malgré leur séparation Sonia invite son ex-époux lors d'un séjour à Farmington, Connecticut, où elle se repose après avoir été malade. Ils visitèrent la ville mais aussi Weatherfield où ils se recueillirent dans l’église que fréquentait George Washington. Lovecraft aimait les vieux cimetières tombant en ruine, il s'inspira d'une de leur exploration dans sa nouvelle Lui

Sonia lui attribut les capacités et la personnalité d'un génie bien supérieur à celui qu'il laissa se manifester durant sa vie. Elle espérait développer ses qualités humaines en le poussant sur le chemin du véritable amour, l'arracher aux profondeurs abyssales faites de solitude et de complexes au fond desquelles il était plongé.

Il est probable néanmoins qu'elle eut sur la durée une influence sur l'évolution du caractère de Lovecraft, sur son ouverture d'esprit, laquelle dut rendre encore plus difficile l'impression qu'il pouvait avoir de vivre dans une cage dont il ne pouvait s'échapper. Mais peut-être est-ce de moi dont je parle ainsi, plus que de lui !

Un mari nommé H.P.L. par Sonia H. Davis a été publié par les

éditions ENCRAGE en 1989 dans LETTRES D'INNSMOUTH, livre sur lequel je reviendrai prochainement.

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Publié par Lee Rony - dans Lovecraft
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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 07:07

Enfant Lovecraft a des lectures dont on pourrait dire qu'elles ne sont pas de son âge, que ce soit Nathaniel Hawthorne, Thomas Bulfinch ou Coleridge dont il découvre La complainte du vieux marin dans une édition illustrée par Gustave Doré, il a alors six ans ! À huit ans il fait une rencontre décisive pour son avenir de littérateur : Edgar Allan Poe. Il avouera dans une lettre à Bernard Austin Dwyer du 3 mars 1927 que ce fut sa perdition. Ses premiers contes, qui sont arrivés jusqu'à nous, seront fortement marqué par cette influence, que ce soit La Bête de la caverne (1905), L'Alchimiste (1908) ou La Tombe (1917). Style et construction sont typiques du grand Edgar. ''Lorsque j'écris des histoires, Edgar Allan Poe est mon modèle. Je ne choisis jamais des sujets normaux et je traite surtout de sujets surnaturels'' (20 01 1916).

En 1919 Howard découvre lord Dunsany, celui-ci ouvre de nouvelles perspectives à son imagination. Il retrouve chez cet auteur les contes de son enfance et lui emprunte l'idée d'une mythologie imaginaire évolutive au fil des récits. Les histoires dunsaniennes sont regroupées dans le ''cycle des Contrées du rêve''. ''Vraiment Dunsany m'a influencé plus que quiconque à l'exception de Poe – la richesse de sa langue, son point de vue cosmique, son monde onirique lointain et son sens délicat du fantastique, tout cela me touche plus que n'importe quoi d'autre dans la littérature moderne. Ma première rencontre avec lui – pendant l'automne de 1919 – a donné un immense élan à ma façon d'écrire ; peut-être le plus grand que j'aie jamais connu...'' (30 07 1923) ''Celephais, Sarnath, Iranon, le Bateau blanc et les autres Dieux […] sont mes œuvres les plus dunsaniennes'' (11 01 1923)

 

Dernier ''parrain'' de HPL : Arthur Machen, découvert en 1923 sur la recommandation de Frank Belknap Long et la lecture de The Hill of Dreams. ''Machen est un titan – peut-être le plus grand auteur vivant – et il faut que je lise tout de lui. Mais Dunsany c'est moi, plus un art et une culture infiniment supérieurs. Son royaume cosmique est celui dans lequel je vis ; ces visions distantes, sans émotions, de la beauté du clair de lune sur d'étranges toits anciens sont les visions que je connais et que j'aime.'' (3 juin 1923) ''Il y a chez Machen une extase de la peur que tous les autres hommes vivants sont trop obtus ou trop timides pour saisir, et que Poe lui-même n'a pas réussi à envisager dans son côté anormal le plus nu.'' (8 janvier 1924)

À l'auteur gallois Lovecraft emprunte l'idée que le monde visible en contient un autre, invisible et peuplé d'entités de nature indéfinie, d'origine inconnue mais aux intentions hostiles dont certains humains cherchent à se concilier les bonne grâces de manière plus ou moins, surtout plus, violente et sanguinaire. Il le dépassera en sortant du mystère pour entrer dans l'angoisse et la terreur. Chez le premier les ombres s'effacent, chez le second elles l'emportent finalement et détruisent qui les a vues. Howard a structuré en cosmogonie ses créatures, les hiérarchisant et les plaçant proches de nous, il suffit d'ouvrir les yeux au mauvais moment pour les apercevoir, et n'avoir que le temps de le regretter avant de disparaître.

Lovecraft sera également marqué par Oscar Wilde qui, dans sa

préface au Portrait de Dorian Gray, souligne l'importance de l'art pour l'art. Nietzsche, Spengler... Lister les auteurs qui le marquèrent, peu ou prou, serait fastidieux. Durant sa période ''léthargique'', de 1908 à 1913 la lecture, d'ouvrage de fiction comme de sciences, sera sa compagne la plus fidèle. Les ingrédients se sont mélangés dans son esprit qui sut en tirer la recette d’œuvres plus grandes que celles de ses initiateurs.

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Publié par Lee Rony - dans Lovecraft
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 07:42

Lettres

Recueillies par August Derleth et Donald Wandrei

Choix, préface, chronologie, bibliographie et notes

par Francis Lacassin

Traduit de l'américain par Jacques Parsons

Tome I

(1914 – 1926)

 

Il est (presque) permis de dire que la correspondance fut pour Lovecraft une activité littéraire importante, autant, parfois plus, que ses textes d'imagination. Le nombre précis de ses écrits dans ce domaine se situe entre quelques dizaines de milliers et cent mille. Sont intégrés à ces chiffres l'intégralité des formes et support possibles, du court billet à la missive de plusieurs pages, en passant par les cartes envoyées de ses villégiatures. 

Production irremplaçable pour connaître, et comprendre le natif de Providence tant il y parle de lui, de sa vie, de ses rêves, de ses contes et du reste. Ainsi apparaît-il devant nous, véritable sans doute, authentique peut-être. Un auteur est-il toujours sincère dans son courrier, sans penser à une postérité possible mais à l'image de lui qu'il souhaite donner à son correspondant. Il revient sur son enfance, son hérédité, sa famille, se confie. Un témoignage parfois à charge mais toujours intéressant pour voir l'homme derrière l'écrivain, dégagé des masques que d'autres posèrent sur lui.

 

Dès 1898, dans sa maison natale du 454, Angell street, Howard prend la plume. Dès cet âge il reconnaît ne plus croire au surnaturel, y incluant la foi chrétienne dans laquelle sa famille s'enferme. Les miracles de la Bible l'ennuie, il leur préfère les prodiges amoraux et flamboyants de la mythologie gréco-romaine.

À la différence des enfants de son âge il vit la nuit, dort le jour, observe le ciel quand ses camarades grimpent aux arbres, édite un ''journal'' polycopié. Quand ils jouent lui préfère son laboratoire de chimie et les déclinaisons latines. Plutôt qu'a la séduction des fillettes de son âge il cède à celle des volumes anciens de la bibliothèque des Phillips dans lesquels il a découvert la sexualité et la reproduction humaine. Dès lors ceux-ci ne présentèrent plus aucun intérêt pour lui.

En 1914 il entame sa correspondance avec les membres de l'association d'écrivains amateurs qu'il vient de rejoindre. Il y reconnaît que pour lui l'Histoire s'est arrêtée en 1776, se présente comme un Ancien perdu dans une époque qui ne lui correspond pas. Il n'a que 24 ans ! ''Tout ce que j'aimais est mort depuis deux siècles ou deux millénaires. Je ne suis nulle part à ma place'' (octobre 1916). il observe ses contemporains comme il regarde les étoiles, de loin : ''Lorsque je me dissocie de l'humanité et que j'examine le monde je peux analyser avec plus d'exactitude des phénomènes qui, de près, me dégoûteraient'' (16 mai 1926) ''Je n'appartiens pas au monde. J'en suis le spectateur amusé et quelquefois dégoûté. Je déteste la race humaine avec ses faux-semblants et ses grossièretés'' (Février 1924). ''L'homme est issu d'une détestable vermine – une malédiction sur cette planète ou tout au moins un incident banal sans signification profonde'' (7 février 1924).

Posture d'un homme d'autrefois qu'il reconnaît dans une lettre à Clark Ashton Smith '' J'aurai 33 ans le mois prochain et je joue déjà le rôle du vieux gentleman tranquille, bienveillant. […] Je me suis demandé si rien dans l’existence ne méritait le sacrifice de la simple placidité et la liberté à l'égard des émotions fortes, et j'ai ainsi végété très tranquillement, en étant plus un épicurien dans le sens historique strict qu'un hédoniste de l'école d'Aristippe de Cyrène – ce que semblent être la plus grande partie des modernes'' (30 juillet 1923).

Il sème des citations latines à des correspondants ignorants de cet idiome, étale sa culture en faisant allusion à des auteurs et autres personnages historiques arrachés à des livres que nul homme de son temps ne devait connaître. Jouer le vieil érudit semble le ravir, bien que ses commentaires fussent parfois erronés. Quand il évoque son labeur sur Épouvante et surnaturel en littérature il lui arrive de se tromper, de recopier ce qu'il lut sur des œuvres qu'il ne parcourut jamais. Visiblement il connaît mal la littérature française, sauf peut-être Théophile Gautier qui avait été traduit en anglais.

Quelques exégètes virent, ou plutôt, voulurent voir, en lui un initié à des savoir prodigieux et cosmiques, dans ses lettres il s'affirme volontiers un ''matérialiste absolu […] sans une parcelle de foi dans aucune forme de surnaturel''. Il ne craint pas de moquer l'occultisme ''un culte de timbrés s'adressant à des marginaux psycho-lunatiques''... Il montre pourtant de l'intérêt pour Albert le Grand, Éliphas Lévi ou Nicolas Flamel et demande à Smith des lectures où il pourrait puiser quelques bonnes idées ou des formules convenables pour ses histoires.

Dès 1919 il assiste aux réunions et réceptions littéraires à Boston et sa région, en 1920 il découche pour la première fois depuis 1901. Au décès de sa mère la tutelle parentale passe à ses tantes qui lui laissent davantage de liberté pour une vie sociale. Il fait des séjours à New York, et y vivra de 1924 à 1926. Il visite le Nord-Est, la Géorgie, la Louisiane, la Floride, le Québec... Sa production littéraire s'en ressent.

Si dans certains lettres Lovecraft se présente en reclus dans d'autres, bien plus nombreuses il évoque ses voyages. Il se fait hôte pour des visiteurs, comme W. Paul Cook, éditeur du fanzine The Vagrant, qui le convainquit d'écrire de nouveaux contes. 

La production personnelle de HPL venait après sa correspondance, et ses révisions, pour lesquelles il touchait une faible mais capitale rémunération. L'argent était une pénible nécessité dont il ne pouvait se dispenser. Il faisait le minimum nécessaire, et parfois refusait d'intéressantes proposition, comme celle de devenir le rédacteur en chef de Weird Tales, refusant de s'installer à Chicago. Il refusait de couper, ou modifier, ses textes afin de les ''adapter'' au public visé par un éditeur. Il ne proposa jamais ces contes refusés à d'autres revues où elles auraient pu trouver un accueil plus favorable et lui offrir de plus intéressant débouchés. Sans parler de ceux qu'il ne proposa jamais parce qu'il aurait dû pour cela les dactylographier.

Peut-être agir autrement serait-il entré en contradiction avec l'idée qu'il se faisait du créateur. Ainsi écrivait-il, le 13 mai 1923 l ''Pour moi l'artiste idéal est un gentleman montrant son mépris de la vie en continuant les façons de faire tranquilles de ses ancêtres, en laissant son imagination libre d'explorer les sphères resplendissantes et étonnantes. De même je verrais assez bien un auteur ignorer complètement son époque et le public, créer de l'art, non pas pour la renommée ni pour les autres mais pour sa seule satisfaction''. (Mis à part le ''gentleman'' et les ''ancêtres'', voilà une phrase que je pourrais faire mienne!)

Le 24 juillet 1925 alors que sa situation financière est difficile il évoque sa (presque) résolution de ne plus écrire de contes, de seulement rêver sans faire cette chose vulgaire que serait la transcription de ses visions à destination d'un public de porcs. Il poursuit, comme une suite à la missive citée ci-dessus : […] l'écriture ne doit jamais être considérée que comme un art élégant, auquel on doit s'adonner sans régularité et avec discernement. Je suis désormais entièrement un spectateur de la vie, un simple dilettante, dont le plaisir consiste à contempler le passé et à jouir de l'agréable douceur d'une retraite pastorale géorgienne.''

Heureusement Lovecraft était protégé du monde extérieur, par sa mère d'abord, ses tantes ensuite. Son épouse ne tint ce rôle que brièvement, elle ne pouvait faire plus d'autant que son mari trouvait les manifestations érotiques repoussantes et cause probable de décadence nationale. Pour lui une ''vision fantastique réellement puissante est d'origine masculine''. Une femme n'était pas une motivation à montrer le meilleur de lui-même.

La lecture de certaines lettres laisse planer un doute alternatif, avait-il un désir de paternité empêché par un complexe de castration ou s'agit-il d'homosexualité refoulée ? Qu'il ait taxé cette particularité de dégoûtante ne dit pas le contraire.

Dans les courriers de cette époque, après son échec new-yorkais, il exprime son mépris des masses, sa fierté de pouvoir être qualifié de réactionnaire, sa méfiance devant le libéralisme ou le progrès. Pour lui ''bien'' et ''mal'' sont des concepts primitifs ne supportant pas l'épreuve de la science de sang froid... on trouve dans une lettre du 10 février 1923 des remarques qui auraient pu figurer dans Mein Kampf alors que celui-ci n'était pas encore rédigé. 

 

 

Racisme, antisémitisme... cela est présent dans maintes missives de cette époque, une vision plus globale de la correspondance de Howard indique une évolution de son point de vue, plus il connaît le monde, plus il fréquente des gens différents, plus son caractère évolue, un peu. Lovecraft projette probablement dans son œuvre ses idées, pensées, obsessions et autres craintes dues à son milieu, son éducation, ses échecs, son caractère... soulignant qu'une explication n'est pas une excuse, moins encore chez quelqu'un d'intelligent. Le génie de Lovecraft fut sans doute de transmuter en art l'ombre qui l'habitait, elle était sur le seuil, il sut ne pas la laisser entrer.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 08:00

Les livres maudits existent, contrairement à ce que beaucoup veulent nous faire croire ! Vous en avez probablement entendu parler, que ce soit du Livre de Sable ou du Le Roi en Jaune. Ne croyez pas ceux qui les affirment inventés mais méfiez vous des éditions circulant sur le Net, ce ne sont souvent que des réalisations ayant pour but de noyer la réalité dans une surproduction de faux grotesques diffusés par des margoulins.

Parmi les éditions des vrais textes quelques unes se distinguent par l'aura de maléfices qui les entoure et leur aspect légendaire si rassurant pour qui pense que le monde se limite à ce qu'il en voit.

L’œuvre de Lovecraft semble être imaginaire, il n'en est rien, nous le savons bien, et celle-ci est parsemée d'allusions à des textes interdits, que ce soit le Livre d'Eibon aux origines hyperboréennes trop floues, Le Culte des goules, du conte d'Erlette, De Vermis Mysteriis de Ludvig Prinn pour ne citer que les plus importants. Ceux-ci pourtant sont plus des compilations de légendes et de formules qui se voudraient magiques mais sont plus proche de délires nés de l'usage de produits dont il m'est interdit de parler ici. Et c'est dommage... Les recueils de magie noire existent depuis longtemps, ils ont survécus à la traque de l'Inquisition et autres polices cultuelles, alors que leurs contenus sont rarement intéressant.

 

Un texte se distingue de ceux-là, un ouvrage qui est une véritable porte sur des mondes que nous ne devrions pas entrevoir, auxquels nous ne devrions même pas penser, vous en connaissez le titre : Le NECRONOMICON.

Son auteur est identifié, le poète dément Abdul Al-Hazred, dont la vie fut mouvementée, qui eut l’opportunité d'approcher les savoirs dont il parle dans son texte. Il aurait été rédigé vers 730, du calendrier chrétien, à Damas. Son titre original Al Azif, ferait référence au bruit produit la nuit par les insectes, à moins que ce ne soient les murmures des djinns. Al-Hazred disparut en 738 dans des conditions atroces. Son manuscrit aurait alors disparu, détruit peut-être, mais après avoir été copié vers 950 par Philetas  de Constantinople produit une traduction en grec. Il lui donne alors le titre sous lequel il est connu de nos jours. En 1228 Olaus Wormius le traduit en latin. Ces deux textes furent interdits par Grégoire IX en 1232. il va sans dire que le Vatican conserve précieusement quelques exemplaires dans ses caves. Ceux qui sont accessibles sont rares, partiels, et dans des traductions diverses plus ou moins fiables. La langue d'origine est l'Arabe, celui de l'époque, et de la région, de son rédacteur, bien loin de la langue parlée de nos jours, différente même de l'Arabe littéraire. Il est dit pourtant que sa lecture peut rendre fou ne serait-ce qu'en en déchiffrant quelques mots alors même que leur signification est inaccessible, tant leur pouvoir d'invocation est grand. HPL lui-même dans sa première allusion à ce livre n'en donne pas le nom, il évoque seulement sa découverte dans les ruines d'une cité oubliée par un explorateur découvrant des fresques atroces puis les momies de créatures reptiliennes.

À quel savoir son auteur eut-il accès ? Vit-il ce dont il parle, eut-il accès à des textes archaïques, sumériens, mésopotamiens ? Probablement faut-il répondre oui à ces deux questions. Quel est son contenu réel ? Relation de l'existence de créatures sur et in humaine, les ''Grands Anciens'', des rites que d'anciens humains auraient suivi à l'aube de l'humanité ? Certains affirment qu'il contient le moyen de ressusciter les morts, de voyager dans le temps, d'invoquer Yog-Sothoth...

Lovecraft put-il parcourir un exemplaire ? Possible, l'Université de Miskatonic est connue pour posséder un cabinet secret à l'intérieur même du département interdit de sa bibliothèque.

Si vous le voyez ne le touchez pas, si vous le touchez ne l'ouvrez pas, si vous l'ouvrez ne le lisez pas, si vous le lisez... nulle force au monde ne vous sauverait. Mais, c'est ce que vous venez de faire, sans vous en apercevoir... 

 

Il est déjà trop tard.

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Publié par Lee Rony - dans Lovecraft
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 07:30

Peut-être faut-il avoir beaucoup souffert pour apprécier Lovecraft

Jacques Bergier

 

Michel Houellebecq est inconnu quand en 1988 il entreprend la rédaction de cet essai. Celui-ci sera édité en 1991, un an avant La Poursuite du bonheur, premier recueil de poèmes de l'auteur. Son premier roman, L'Extension du domaine de la lutte, paraîtra en 1994. Houellebecq dans sa préface de 1999 avouera qu'il écrivit ce texte comme un premier roman, HPL en étant le seul personnage et les faits relatés devant être exacts.

On peut comprendre qu'il considère Lovecraft comme un miroir, se penchant sur ce reflet pour privilégier les traits qu'il devine les plus proches de lui au détriment des autres pour donner au final un portrait tronqué du Maître de Providence.

Le titre est en lui-même explicite, c'est l'attitude supposée de Lovecraft face au monde dans lequel il est plongé, son œuvre étant une réaction contre celui-ci et l'incompréhension, sinon le rejet, qu'il ressentit, à tort ou à raison. Le (anti-)héros lovecraftien type étant confronté à des puissances qu'il ne comprend pas mais dont il sait qu'elles vont le détruire, un peu comme Howard lui-même lors de son séjour à New York, ville où il débarque, marié à Sonia Green, plein d'ambition, sûr d'un avenir radieux, avant de déchanter, d'affronter l'incompréhension des autres et sa propre incapacité à s'adapter à un contexte étranger. Houellebecq peut, à juste titre, considérer que ces choses inhumaines sont les projections du monde moderne, du capitalisme, du mercantilisme et des sous produits de ceux-ci.

Pour l'auteur, Lovecraft était un enfant jusqu'à 17/18 ans, isolé par une éducation qui rendra impossible son entrée à l'université et son accession à une vie ''normale''. HPL se confronte à une réalité hostile. Il connaîtra alors un ''effondrement nerveux'' causant une léthargie qui se prolongera dix ans.

Howard, dans une lettre à Alfred Galpin en mai 1918, confie ''Je ne suis qu'à moitié vivant ; une grande partie de mes forces se dépense à s'asseoir et à marcher […] je suis complétement abruti sauf quand je tombe sur quelque chose qui m'intéresse particulièrement.'' Aucun doute, Lovecraft est un homme lucide, intelligent et sincère. Une espèce d'épouvante léthargique s'est abattue sur lui au tournant de ses dix-huit ans et il en connaît parfaitement l'origine.

Conséquence, peut-être, de ces échecs, Lovecraft présente un monde, une humanité, dénués d'intérêt et d'avenir. ''L'univers n'est qu'un furtif arrangement de particules élémentaires. Une figure de transition vers le chaos qui finira par l'emporter. La race humaine disparaîtra. […] Les actions humaines sont aussi libres et dénuées de sens que les libres mouvements des particules élémentaires. Le bien, le mal, la morale, les sentiments ? Pures fictions victoriennes''. Dans cette phrase Houellebecq parle plus de lui que du sujet de son texte, elle en est d'autant plus intéressante mais ce n'est pas le lieu de la commenter.

Houellebecq souligne à quel point le créateur de Cthulhu utilise la science, moyen d'augmenter la crédibilité de ses personnages. ''Les sciences, dans leur effort gigantesque de description objective du réel lui fourniront cet outil de démultiplication visionnaire dont il a besoin. HPL, en effet, vise à une épouvante objective, déliée de toute connotation psychologique ou humaine''.

De même la sexualité qui est pour l'étasunien une cause de dégénérescence, d'abâtardissement, est l'origine des maux de l'homme moderne pour le français.

Le titre se comprend donc comme une double confrontation, d'abord avec la société contemporaine, ensuite avec une vie dont il ne perçoit pas l'intérêt, pour lui d'abord, pour l'espèce dont il un représentant, peut-être en le regrettant.

Par ailleurs ses convictions matérialistes et athées ne varieront pas, la vie n'a pas de sens, la mort non plus. Ainsi celle de ses héros n'apporte-t-elle aucun apaisement, l'histoire ne s'arrête pas avec elle. Lovecraft aurait-il soulevé le rideau de la réalité, révélant quelque chose d'ignoble ? Au-delà de notre perception d'autres entités existent, d'autres créatures, races, concepts et intelligences. Satan ou Nyarlathothep, qu'importe ! Le premier est dévalué par ses rapports prolongés avec les détours honteux de nos péchés ordinaires.

Lire Lovecraft amène à modifier son regard sur l'existence.

Houellebecq pourtant n'est pas un continuateur comme le furent

Robert Bloch, Lin Carter, August Derleth... il n'a pas participé au mythe populaire généré par l'américain, aussi vivace que le fut celui de Conan Doyle à la différence, importante, que si le second se fonde sur un personnage, le premier en use tels des ombres sur font de ténèbres hantées de formes insupportables. L'un avait conscience de ce qu'il créait, pas l'autre. Quelle importance que son œuvre disparaisse avec lui ! Il a pourtant des disciples, jeunes auteurs qu'il s'efforce de conseiller, non sans tenter de les décourager parfois, tant sa propre vie fut difficile.

Houellebecq distingue trois cercles dans l’œuvre de son modèle : Le premier, le plus extérieur, est constitué de la correspondance et des poèmes. Le deuxième comprend les textes auxquels Lovecraft a participé, comme collaborateur officiel ou comme réviseur. Le suivant est fait des textes de la main de HPL, ici chaque mot compte. Le dernier enfin, le cœur absolu, les ''grands textes'' :

L'appel de Cthulhu (1926)

La couleur tombée du ciel (1927)

L'abomination de Dunwich (1928)

Celui qui chuchotait dans les ténèbres (1930)

Les montagnes hallucinées (1931)

La maison de la sorcière (1932)

Le Cauchemar d'Innsmouth (1932)

Dans l'abîme du temps (1934)

L’œuvre de Lovecraft est comparable à une gigantesque machine à rêver, d'une ampleur et d'une efficacité inouïes. Son impact sur la conscience du lecteur est d'une brutalité sauvage, effrayante ; et ne se dissipe qu'avec une dangereuse lenteur.

Vous voulez en savoir plus ? Vous savez ce qui vous reste à faire, d'autant que ce livre est petit, il demande pourtant du temps pour être lu, et même relu. L'auteur y évoque HPL, apporte un éclairage personnel, et intéressant, sur celui-ci, et à travers lui se présente et montre une esquisse de sa production littéraire à venir.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Lovecraft
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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 08:30

Traduction de Paule Pérez – 1969 - Belfond

La mort est parfois le seul moyen d'échapper à des pensées, des images et des souvenirs que le cerveau ne peut effacer. Le narrateur va sauter par la fenêtre, il le sait, et le dit, il prend juste le temps de conter l'aventure qu'il vécut et l'amena à ce point de désespoir. La morphine fut une aide pendant un certain temps mais celui-ci touche à sa faim et il a besoin d'une aide plus définitive.

Tout commença alors qu'il était subrécargue d'un paquebot coulé par un destroyer allemand en ce début de première guerre mondiale. L'équipage en fut recueilli par les assaillants et fut traité avec assez de considération pour lui permettre de s'évader, embarquant sur un petit bateau avec eau et vivres en quantités suffisantes pour survivre quelques temps.

Les étoiles lui indiquèrent qu'il était au sud de l'équateur sans qu'il put en deviner davantage. Lui restait comme solution que le passage d'un autre navire.

Une nuit il fit des rêves étranges, divers, au réveil il découvrit son corps happé par un genre de boue aussi noire que l'encre, échoué sur une surface obscure et malodorante, son embarcation prisonnière à quelques pas de lui. Il imagina qu'une éruption volcanique avait fait surgir une partie des grands fonds océaniques. Pourtant aussi loin que portait son regard il ne voyait plus d'eau, cette matière obscure recouvrait tout jusqu'à l'horizon.

Image illustrative de l'article Dagon (nouvelle)

David Garcia Forés

Le sol sécha tant qu'au matin du troisième jour il s'y aventura. Il aperçu au loin une espèce de colline vers laquelle il dirigea ses pas.

Après un début de nuit hantée de visions horribles il entrepris la montée, le sommet atteint il découvrit une étendue parcourue de gorges profondes et obscures. Il descendit pourtant vers elles, découvrant au passage une forme blanche et lisse, une espèce de monolithe à la base prise dans l'eau dont la nature ne pouvait être à l'origine. Partagé entre la peur et la curiosité il s'approche de ce qu'il imagine une idole que des peuples inconnus avaient adorées en des temps trop lointains pour être quantifiés. Il put contempler sur la roche des inscriptions et des bas-reliefs présentant des créatures ressemblant à des hommes mais qui ne pouvaient en être.

Des remous attirant son attention il tourne la tête et voit apparaître devant lui...

Mario Zuccarello

La panique s'empara de lui, le faisant rebrousser chemin. Du moins est-ce la conclusion qu'il tira quand il rouvrit les yeux dans un hôpital de San Francisco. Le capitaine d'un bateau américain l'avait recueilli en plein océan alors qu'il délirait. Personne sur le cargo n'avait fait attention à ses paroles.

Plus tard il avait rencontré un ethnologue qu'il avait pu questionner sur la légende de Dagon, le Dieu-poisson sans obtenir de réponses qui le satisfasse.

 

Le temps a passé mais les souvenirs persistent, et surtout cette forme hideuse et immense se penchant vers lui. Il pressent que le fond des mers un jour resurgira, ramenant à la surface quand les terres émergées s'enfonceront ce qu'il aperçu alors et dont le souvenir ne le quitte pas.

 

 

Un classique de HPL, son premier travail professionnel. Une nouvelle rédigée en 1917 et publiée en 1919 dans le onzième numéro de The Vagrant. L'humain est à sa place, face à des créatures qu'il ne peut comprendre.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 07:50

Melville continue son histoire, comme s'il narrait une histoire vraie et pas le produit de son imagination, mais qui pourrait concevoir quelque chose comme cela ?

Le vieil homme, terrorisé, continue ses plaintes alors que sur la mer Achab, son navire et son équipage, affrontent le kraken avec les armes que le capitaine acheta dans ce but. Mais celles-ci semblent insuffisantes à repousser l'être qui les attaque. Alors que dans le couvent le mystérieux blessé couvert de cicatrices se lève pour aller réconforter le vieillard.

Le kraken est sur le point de l'emporter quand la fameuse baleine blanche s'approche suivie de plusieurs de ses semblables qui tournant autour du navire le protège d'un sort funeste.

Lentement le Pequod rentre au port, les marins valides portent leurs compagnons blessés, tous portent sur le visage les stigmates d'une rencontre qu'ils n'oublieront jamais.

Comment raconter l'indicible, comment vivre encore en ayant connaissance d'une telle réalité ? Mais Achab ne veut pas en rester là, il veut se venger et rien de mieux pour s'y risquer dans de bonnes conditions que de connaître son adversaire. Justement le couvent servant d’hôpital possède des livres interdits et sacrilèges. L'évidence va s'imposer alors qu'il se souvient d'évocations étranges et anciennes dans la langue utilisé par le vieil homme dont nous avons déjà parlé souvent.

Grand Anciens 2 Le Dieu-poulpe

Achab prépare son futur combat, fait réparer le Pequod, engage les meilleurs marins qu'il peut trouver, et qui acceptent de le suivre, et se fait accompagner du vieil homme, de l'homme couvert de cicatrices qui se fait appeler Adam, et d'un étranger prétendant bien connaître l'océan et les créatures étranges qui y vivent. Une fois encore les cachalots vont aider les baleiniers.

 

L'heure du combat ultime va sonner au beffroi du destin. 

Grand Anciens 2 Le Dieu-poulpe
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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 07:44

''L'Amiral Benbow'' est une taverne, ainsi baptisée par son propriétaire, James Hawkins, homme mystérieux dont on dit qu'il aurait trouvé un trésor et l'aurait utilisé pour construire de nombreuses tavernes semblables à celle dans laquelle il grandit.

Grands Anciens 1 - La Baleine blanche

Ishmaël veut devenir marin, et plus encore : marin baleinier, c'est une bonne idée ! Et quand M. Melville, écrivain de métier avec lequel il partage quelques bières, lui demande pourquoi, il lui répond qu'il n'a aucune raison et que sa vie ne remplirait pas un chapitre, il quitte la marine marchande pour connaître le large. Au fil de leur dialogue il apparaît que si Ishmaël est obsédé par les cachalots Melville lui l'est par l'obsession. Il est fasciné par la fascination.

Il se met à raconter au jeune homme l'histoire du capitaine Achab et de sa chasse à la baleine blanche. Que ne dit-on pas sur cet animal qui semble partout à la fois et qui jamais ne perdit un combat contre les humains. La mer est propice aux légendes et quand Melville évoque le Kraken Ishmaël sourit, ce qui ne l'empêche pas d'écouter la suite. Depuis quelques temps il est difficile de trouver un équipage, les naufrages aux environs du Massachusetts sont trop fréquents. Il suffit de se souvenir du jour où une épave est rentrée, seule, dans le port, comme un cheval qui se souvient du chemin le ramenant chez lui. Presque seule devrais-je dire, il reste un survivant dans les débris de ce qui fut un fier navire. Un vieil homme serrant un livre dont il ne veut pas se séparer dans les bras. Il sera heureusement (!) recueilli dans un couvent. Où cette histoire d'un homme retrouvé dans une barque, couvert de cicatrices et le visage terriblement abimé, il sera hébergé dans le même établissement que le vieillard dément. Il n'empêche que les sœurs s'inquiètent. Dans sa cellule l’ancêtre répète les mêmes phrases alors que le capitaine Achab est reparti en chasse, il veut l'avoir sa baleine mais son navire heurte quelque chose qu'il ne distingue pas. Heureusement d'autres bateaux sont là pour récupérer les marins alors que l'Espadon s'enfonce dans l'océan.

Mais voilà que le vieil homme se met à délirer dans une langue connue, ça change, mais ce qu'il dit n'est pas moins étrange, il parle d'un passage conduisant à un mur de briques cyclopéennes, de quelque chose qu'il aurait éveillé et emporté. Le prêtre qui l'écoute tremble en reconnaissant des passages de livres interdits et blasphématoires...

Grands Anciens 1 - La Baleine blanche

Melville sait raconter mais Ishmaël ne croit pas un traitre mot de ce qu'il entend. Pour le convaincre l'écrivain montre à son auditeur son carnet plein de croquis d'êtres étranges et fantasmagoriques. La base d'un roman à venir, une histoire de monstres et d'un homme, Achab, poursuivi par ses cauchemars.

Pour autant que ce ne soit que cela ! Il n'est pas bon de découvrir des choses qu'aucun mot ne peut expliquer, des êtres qu'aucun terme ne peut définir, des mystères que l'esprit humain ne peut appréhender sans devenir fou.

Achab poursuivra sa quête, de la baleine il est passé au kraken, et ce n'est pas ce qu'il a fait de plus intelligent.

Pourquoi ne pas vous embarquer à votre tour avec le capitaine Achab ? Jean-marc Lainé et Bojan Vukic vous y invitent. Par le truchement d'une bande dessinée ce n'est pas dangereux.

À moins que vous ne vous mettiez à croire au kraken et désiriez vous embarquer pour le retrouver.

Je vous le déconseille.

C'est gentil de parler de moi !

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu BD Lovecraft
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