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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:41

   Science et Vie N° 1166 – Novembre 2014

De la vie sous la glace

                                                                          Boris Bellanger

John Priscu, professeur de microbiologie à l'université du Montana, revint en 1984 de l'Antarctique avec la certitude que ce continent ne pouvait être stérile. ''Pour moi cela n'avait pas de sens, il devait y avoir de la vie au cœur de cet enfer blanc !''

Il attendit trente ans avant d'en apporter la preuve.

Jusque-là les recherches de vie dans les profondeurs de la calotte glaciaire avaient vu se succéder annonces éclatantes et cruels démentis. Priscu lui-même y participant avant d'atteindre son but. Ainsi en 1999 il avait affirmé avoir trouvé des bactéries dans de la glace prélevée au-dessus du lac Vostok, enfoui sous 4km de glace, la suite avait prouvé qu'elle venait d'une contamination des échantillons par le fluide de forage.

Apprenant de cet échec il passa six années à mettre au point une technique de forage ultrapropre à base d'eau chaude stérilisée et en choisissant une cible plus facile que Vostok, le lac Whillans, lentille d'eau de 60 km2 et de moins de 10 m de profondeur.

4 jours suffirent pour percer les 800 m de glace dominant le lac Whillans, et quelques heures pour remonter des échantillons d'eau liquide et de sédiments des entrailles de l'Antarctique.

Les premières analyses démontrèrent que cette eau abritait bien de la vie, et même une vie abondante, 130 000 cellules par millilitre d'eau. Une densité équivalente à celle que l'on observe dans les grands fonds océaniques.

Cette fois les précautions semblent avoir été suffisantes pour ne pas connaître de désillusion dans le futur. Cette fois, confirme Jean-Robert Petit, du laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement de Grenoble, le signal est net, il n'y a pas de contestation possible : la vie est bien là !

Une vie nombreuse et diverse, le séquençage génétique des micro-organismes découverts met en évidence près de 4000 espèces différentes de bactéries et d'archéobactéries proches de celles que l'on peut trouver dans les grands fonds. À 800 m sous la glace, comme au fond des océans, il est impossible de bénéficier de l'énergie du soleil. ''Dans cet écosystème sous-glaciaire, il faut des organismes qui occupent le rôle fondateur joué à la surface par des organismes photosynthétiques'' explique Brent Christner.

Quid de l'origine de cette vie ? Est-elle venue par le haut ou vint-elle de bactéries présentes dans les sédiments tapissant le fond du lac ?

La réponse viendra peut-être de l'exploration des autres lacs. Ils permettront de dresser un portrait de ces écosystèmes. La quête de la vie sous l'Antarctique ne fait que commencer.

Un jour cette technique pourrait être utilisé pour explorer les lunes de Jupiter à un milliard de kilomètres de la Terre. Non seulement le monde est petit mais l'Univers aussi.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai lu Science
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chenzen, le seul 11/09/2015 20:23

Bonjour Lee, cette étude est fort passionnante, elle indique des formes de vies primitives peuvent supporter des pressions océaniques glaciales colossales. A moins que, comme dans certaines abysses proches des failles tectoniques où des fumeroles jaillissent des zones de subduction, la chaleur magmatique permet à la vie de s'épanouir, car, après tous, toutes les plaques continentales sont identiques. Cela laisse présumer que la Vie a possiblement forcément émergé partout dans l'univers.

Lee Rony 12/09/2015 09:45

Ces formes de vies simples sont les plus aptes à survivre et à évoluer dans les milieux les plus contraignants. J'aime à penser que certaines sont hors de notre imagination.

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