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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 07:39

Jacques Tati – 1967 - 124'

À sa sortie Playtime reçut des critiques mitigées, il faut dire que pour son quatrième film Jacques Tati avait vu grand, et même trop grand. Construisant des décors sur un terrain vague de 15 000 M² à Joinville-le-Pont. Une véritable ville sorti de terre en cinq mois censé représenter le quartier, alors en gestation, de la Défense, avec ses immeubles, ses magasins... Ce qui était nécessaire pour accueillir les 1000, et quelques, personnes travaillant avec Tati.

Le tournage fut dantesque, les difficultés s'enchaînèrent et le budget doubla rapidement amenant le réalisateur à hypothéquer sa maison et à vendre les droits des Vacances de M. Hulot et de Mon oncle.

Il fallut trois ans d'efforts pour que Playtime arrive enfin à terme.

Curieuse mise en abyme que ces difficultés, le sujet du film n'est-il pas excès du monde moderne et une déshumanisation démontrant combien l'homme crée un monde dans lequel il finit par se perdre. Ainsi M. Hulot est-il encore là, individu isolé venu passé un entretien dans un bâtiment qui ressemblant à un labyrinthe sans sortie alors qu'un jeune touriste erre en quête d'un Paris qui n'est plus qu'un souvenir.

Pour couronner le tout Tati filma en 70 mm, un format qu'il était le troisième à utiliser en France et qui souffrait d'un faible réseau de distribution.

Tati critique le monde à venir, et s'il avait pu porter son regard sur notre présent, sans doute aurait-il été affligé de ce qu'il est devenu. Il décrit un monde qu'il ne comprend pas et pour lequel il n'est pas fait. Prisonnier d'une époque qui, à l'image du Paris du film, ne peut que disparaître en laissant, au mieux, quelques souvenirs, fossiles qui donneront à mesure que le temps passera une image toujours plus fausse de la réalité dont ils viennent.

Tati a veillé à chaque détail, à chaque image, à chaque centimètre carré, à ce que rien ne soit là qu'il n'ait voulu ainsi. Une somme de détails contribuant à la difficulté de construire son film. Le monde que nous voyons ouvre des fenêtres sur l'autre, le vrai, celui qui déjà s'estompe, mais d'une façon telle que jamais celui-ci n'est accessible, ce ne sont que des images, des reflets, des impressions, vouloir les atteindre, bouger, c'est les perdre de vue avec la certitude de ne jamais les revoir.

Autant Tati voulut maîtriser son œuvre, autant Hulot est-il perdu dans un monde qu'il ne comprend pas. Peut-être le réalisateur sent-il venir un monde qu'il ne pourra jamais faire sien. Heureusement il ne le connaîtra pas. Il projette ses espoirs d'un avenir restant humain, du moins, qui colle à l'idée qu'il se fait de ce que doit être un humain, une illusion loin de la réalité !

Celle-ci a fini par l'emporter, comme avant, comme toujours.

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Publié par Lee Rony - dans J'ai vu Cinéma
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