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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 07:17

Ses propres cris la tirèrent de son rêve, elle se dressa, hagarde, luisante de transpiration, les yeux fous, incapable de revenir dans le présent. En elle deux désirs s’opposaient : se rendormir, replonger dans l’océan de sensations qui la bouleversèrent au point de l’éveiller, l’autre lui murmurant de refuser un piège aussi grossier, de revenir vers la réalité.

Quelle était la nature du piège ? La voix ne le disait pas.

La frustration et la déception se promenaient dans ses rêves quand son corps lui rappelait que le plaisir existait, qu'elle en avait besoin bien qu'elle feigne de l'ignorer.

Elle se leva en soupirant, fit quelques pas vers la fenêtre, sur fond de nuit la vitre était un miroir implacable. Elle regarda l'étrange visage qu'elle y découvrait, plus ressemblant que celui qu'elle montrait aux autres après une heure dans sa salle de bains.

Une douche lui ferait du bien, du moins pourrait-elle penser que les gouttes sur son visage n'étaient que de l'eau.

Le jet tiède lui fit du bien, elle en aurait presque oublié son rêve, si ce n'était que cela. Revenue à son lit elle aperçut les draps jetés dans un coin qui paraissaient deux suaires oubliés là par des fantômes.

Mais qui était l'autre ?

Elle s'endormit sur l'alèse plastifiée

le réveil fut normal, comme la suite de la journée, à croire que le soleil dissolvait ses peurs quand la nuit réveillait ses espoirs. Mais elle ne pouvait éviter le soir, le sommeil venant, les médicaments qui la narguait mais qu'elle refusait, sachant qu'ils ne l'aideraient pas.

Comme il était loin le temps des soirées passées au téléphone, à parler, peu, à écouter, beaucoup, maintenant...

le sommeil la prit doucement, depuis longtemps il était le seul à être doux avec elle !

Elle sentit quelque chose arriver, prémisses de sensations violentes. Elle voulut fuir, s'éveiller, cria... le sommeil n'en fut pas brisé. Elle voulut courir mais elle n'avait pas de corps. Elle était... nulle part ! Tout était sombre, silencieux, le danger venait d'elle, passait par elle, suintant au-travers de cette muraille d'obscurité, cette façade de peur se déformant sous la pression de... quelque chose.

 

Pourquoi donc, revenant du cimetière avait-elle dit qu’elle ne serait jamais dans le sien ?

 

Cette nuit la peur était présente, douce comme une bouche qui sourit ; en partie, découvrant la naissance de jolies dents nacrées, mais qu’il s’élargisse et se révéleraient ses crocs, ceux qui procurent du plaisir, au début, jusqu'au moment où reculer est impossible, la proie est prisonnière, elle se débat, refuse, mais l’heure est passée, la sortie s’est refermée, elle seule désormais entendra ses propres hurlements.

 

 

L’embryon était plus fort, ses gestes tendaient les ténèbres, elle frissonna, eut l’idée qu’elle pourrait s’échapper, mais ce n’était pas la solution, elle ne pouvait fuir ce qui était en elle, ce qui était elle, à moins de le faire avec le rasoir du grand-père. Le coupe-chou avait déjà servi, pourquoi ne pas lui laisser le pouvoir, il saurait la guider, sa morsure serait brûlante mais le froid, libérateur, viendrait vite, là se trouvait une solution, mais devant cette issue se trouvait le corps qu’elle y avait jeté et se refusait à enjamber, il serait mort en vain.

 

Elle laissa venir de son ventre l’étrange sensation qui annonçait la terreur, la brûlure avant le chaos de perceptions contradictoires, le plaisir et l’envie de le rejeter, la certitude que l’accepter serait se perdre. Elle lutta, condamnée à l’écartèlement, désir d’un côté, refus de l’autre. Où était la vérité, ce désir était-il sien ?

Non !

 

La forme derrière les ténèbres rua plus fort, plus fort… Elle allait jaillir, exploser en elle, elle qui avait accueilli. C’était sa faute, elle n’avait rien dit, pas de cri, pas de bras qui repoussent, elle était restée là, et la voix lui avait dit combien elle était une petite fille adorable qui savait se tenir, déjà une petite femme, une petite femme…

Le cri de l’enfant l’éveille, ce cri tenu par l'oubli depuis vingt ans, il résonne en elle, se mêlant à celui d’un plaisir cannibalisé par une grande ombre disparaissant quand elle rouvre les yeux.

Elle se souvient de ce geste rapide, presque malgré elle, une main entre ses jambes qui revient souillée d’un liquide blanchâtre et de sang, de sang…

 

Le rasoir sourit, il sait qu’à nouveau il va boire une vie..

 

Elle se rendort tranquillement, heureuse de connaître le chemin que sa vie va emprunter, rêvant sans ombre ni peur, seulement baignée par l’émotion émergeant du passé.

 

Enfin elle peut répondre. Par-delà l’effroi c’est par la mort que l’amour triomphe !

 

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Publié par Lee Rony - dans Nouvelles
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Chenzen, le seul 26/09/2015 19:07

Bonjour Lee.
Admirable texte où le doute et la peur se combinent dans une obscure perspective. La vie est ce mélange, chacun vivant ses expériences suivant la quantité de ces forces en lui. Le corps n 'est-il déjà que le linceul d'une âme prisonnière à la vie, mais déjà condamnée ?

Lee Rony 30/09/2015 16:37

Belle analyse, parfait écho de mes pensées, des rêves que je fais, sommeillant dans un tiroir glacé au fond d'une morgue oubliée.

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