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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 06:05

 

 

Je venais de m'installer au volant de ma voiture quand il me prit l'envie de jeter un œil sur mon visage.


J'aperçus tout d'abord mes yeux.

En redressant un peu l'objet, je vis alors mon front. En le rabaissant, je contemplai mon menton. En l'orientant carrément à la verticale : je n'eus d'yeux que pour mon nez !

Pendant que le petit miroir réfléchissait, je me posai une question fondamentale :

Comment peut-on réussir à « jeter un œil » sur ses propres yeux, puisqu’on n’en a que deux  ??? Et pourquoi, lorsque l'on jette précisément un œil sur ses deux yeux, on ne peut jamais en observer qu'un ?

J'opérai une légère contorsion pour jeter encore un œil sur le rétroviseur extérieur gauche : je vis mon œil gauche. J'en jetai un autre sur le rétroviseur droit : je vis mon œil droit. Mes yeux se trouvaient donc cernés de toutes parts. Ils prirent une expression tellement ahurie que je crus voir un instant l'inspecteur Derrick !

Je réfléchis encore pour constater cette incroyable invraisemblance : je venais de jeter trois yeux : un premier au centre, un second à gauche et un troisième à droite…

Tracassé par ce que je venais d’observer, j'appelai une passante …apparemment sans souci (elle ressemblait d'ailleurs à Romy Schneider !). Je la priai gentiment de s'asseoir sur mes genoux et de jeter à son tour un œil dans le rétroviseur !

Que voyez-vous ?

Elle s'esclaffa :

- Je vois mon décolleté ! Nous étions en hiver : étaient-ce les "seins de glace" ?

J'interpellai une autre personne, beaucoup plus grande, et lui demandai d'effectuer la même opération. Croyez-moi, et ce n'est pas du bidon, elle s'écria :

- J'aperçois mon nombril !

La première était encore ébaubie sur le trottoir. J'en profitai pour lui demander de se réinstaller.

- Madame, veuillez avoir la bonté de regarder dans le rétroviseur gauche. Qu'y voyez-vous ?

- Mon sein gauche, Monsieur!

- Veuillez à présent vous mirer dans le rétroviseur droit. Qu'y voyez-vous ?

- Mon sein droit.

Je redoublai de réflexion, ne sachant plus à quel saint me vouer, persuadé que tout cela n'avait pas de sens. Pourtant, les sens, en voiture, c'est essentiel !!!

 

Si les miroirs prenaient la peine de réfléchir correctement, ils auraient l'honnêteté de nous renvoyer l'œil qu'on y jette et la délicate complaisance d'égayer une moue, gommer ça et là quelques rides. Certains poussent le cynisme jusqu'à être déformants ! Ne devraient-ils pas, sans nous prévenir, être plutôt flatteurs et rectifier d'emblée notre portrait ? C'eût un jour dispensé l'un d'eux de répondre à la question légendaire et candide :

- Miroir, mon beau miroir, dites-moi que…

Si j'étais à leur place, irrité par d’interminables séances de maquillage, je deviendrais subitement pervers et démolirais sournoisement le portrait en question !

 

Le peintre s'attardait autrefois sur la toile, sachant mettre élégamment en valeur chaque détail de la personnalité, jouant sur la lumière, l'harmonie des couleurs. Observant le résultat d'une pose aussi longue, on ne pouvait pas se trouver laid, tout au plus éprouver de l'indulgence et un grand respect pour l'artiste.

 

Pour en revenir à mon "auto…portrait", je tentai un dernier essai et pris du recul en manœuvrant le siège. Mon visage finit par apparaître entièrement mais assez éloigné pour estomper les défauts accumulés durant toutes ces années que je n'avais pas vu passer. J'avais roulé beaucoup trop vite !

A ce moment précis, j'eusse volontiers effectué une fulgurante marche-arrière pour voir à quoi ressemblaient autrefois ce front, ces yeux, ce nez, ce menton. C'est alors que j'aurais définitivement stoppé le véhicule pour entreprendre, à pied cette fois, une longue marche tranquille, ne craignant aucun détour, aucun égarement, contemplant chaque petit détail de la nature, des personnes rencontrées, n'écartant aucun plaisir, sans jamais chercher à me regarder, fût-ce à la simple surface d'une onde calme.

 

Détestant aujourd'hui la vitesse et les chauffards, je ne crains pas de foncer n'importe où pour découvrir, une seconde après, c'est à dire vingt ans plus tard un visage méconnaissable, car à cet instant, jeter un œil sur mes yeux me ferait à coup sûr très mal !

Je quittai brutalement mon auto pour me rappeler Lamartine, lui qui s'adressa au temps comme personne ne l'avait jamais fait, le priant si élégamment de bien vouloir suspendre son vol !

                                                              Jacques APPAR

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 05:54
La Porte de l'Enfer - 03

                                                 04

Les deux français patientant dans le bureau du capitaine Wool discutent sereinement. Que le plus jeune soit commissaire de police a aidé, que l’autre soit un savant réputé, dit-il, également, une fouille rapide, pas d’arme, le temps de prévenir le susnommé qui devait se trouver quelque part dans la ruche policière.

- Décor de cinéma.

- Le cinéma s’empare de la réalité, la différence s’amoindrit, un décorateur dut s'inspirer de ce bureau, les coupures de presse sur le mur, le classeur, la machine à café, les papiers épars, les photos sur le bureau, madame et les enfants, il n’y a que nous qui tranchions.

- C’est le mot ! Avec nous un scénariste écrirait cent films.

- Interdit aux moins de trente ans, bilan cardiaque obligatoire.

- Qui sait si nous ne sommes pas surveillés et nos dossiers consultés.

- C’est quand l’élection de monsieur paranoïa ?

- Tous les jours.

Ils échangèrent un regard qui en disait long sur leur complicité, une amitié forgée dans la difficulté dure une vie...

- Crois-tu qu’il nous aidera, je veux dire, qu’il acceptera notre aide ?

- Bonne question, je ne me la suis pas posée, ça me paraît évident mais tu as raison, il pourrait trouver notre présence saugrenue.

- Elle l’est. J’entends venir un éléphant, c’est lui.

La porte s’ouvrit brusquement avant de prendre la direction du mur, une âme charitable et prévoyante, Wool probablement, ayant posé une boîte en plastique sur le sol la porte rebondit et se referma seule.

Un petit progrès pas cher.

L’arrivant ne ressemblait pas exactement à un éléphant, d’abord il avait de très petites oreilles, ensuite il restait continuellement sur ses pattes arrières ce qu’un pachyderme ne peut faire, et puis il souriait, chose rare chez les policiers étasuniens.

Le géant marqua un temps d’arrêt, sa mémoire fit un retour rapide en arrière, dossier : France ; Nom : Diatek ; Qualité : Commissaire.

- Tiens donc.

Une déclaration qui n'engageait à rien ! Les mains se serrèrent, le capitaine dosait sa force afin de laisser à ses vis-à-vis l’usage de leurs doigts. Quelques pas, le grand corps se laissa choir dans un fauteuil entraîné à cet exercice depuis longtemps, une merveille de bricolage puisque fait à partir d’un train d’atterrissage de Stuka, un véritable pachyderme aurait pu s’asseoir dessus.

- Deux français dans mon bureau, j’étais sûr que tu en faisais partie.

- Voici le professeur Morton, savant multicarte et curieux.

- Je m’en doute puisque vous êtes là, ce n’est pas le genre de visite que l’on rend fortuitement. Je me souviens de toi.

- C’est un compliment ?

- En partie, je sais que tu aimes prendre les autres pour des cons, les français sont souvent comme ça mais peu y parviennent.

- Je suis exceptionnel.

- Je n’en doute pas. Quelque chose à boire ?

Les français déclinèrent l’offre, pas de risque, merci.

- Tu parles toujours parfaitement le français.

- Ma femme, d’origine française, est chatouilleuse à ce sujet.

- C’est le meilleur moyen de communication, elle nous fédère.

- Pas de mots compliqués, j’ai un petit vocabulaire.

- Un vrai américain.

- Tu n’as pas changé. Tu vois je ne manque pas d’occupation et ça ne fait que croître sans embellir, le mieux serait que tu sois direct.

- Facile, nous étions sur la côte Est, un article attira notre attention.

- Vous avez traversé le pays pour cela ?

- Oui.

- Le pire est que tu semble sincère. Il y a dans ton regard cette étincelle de malice qui énerve les anglo-saxons.

- Mais tu n’en es pas un.

- Juste, aucune irritation donc, et puis j’ai toutes les crèmes possibles et imaginables au cas où. Dans ce milieu les raisons ne manquent pas de prendre sur soi pour sourire quand on voudrait mordre.

- Je comprends. Mieux, je partage. Tu veux en savoir davantage ?

- Tu me sous-estimes. Laisse fonctionner mon cerveau. J’en ai un ! Je ne vois qu’une affaire qui aurait pu t’attirer ici. Un cadavre dans une voiture portant des marques de morsures ayant entraîné la mort. Le genre d’histoire qui te convient.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Je pensais bien que tu me poserais cette question.

- Tu voudrais que je la retire ?

- Pour l’instant. Je n’aurais pas fait un si long voyage uniquement pour me pencher sur un cadavre dévoré par ses congénères.

- L’autre raison m’intrigue. Déformation professionnelle.

- À ta place je ferais de même.

- Mais tu reporterais la question.

- Voilà.

- Et si je le fais ?

- Nous resterons dans un coin, pour suivre l’enquête avec toi, peut-être pourrons-nous t’aider, sans apparaître officiellement.

- Tirer les marrons du feu pour moi ?

- On peut le voir comme ça.

- Tu as une enquête se superposant à la mienne.

- Voilà.

- Officieuse je parie.

- Tu es doué, tu feras carrière dans la police.

- Attention, pas d'enfant dans le dos.

- La question sera dans ton camp, seras-tu curieux ou non ?

- Qu’est-ce qui m’empêcherait ?

- Nous sommes loin du but, une fois celui-ci atteint...

- Je vois... Jouons, que veux-tu savoir ?

- Les circonstances de la découverte.

- Banale, une voiture roule, survient un véhicule de la police, rien de suspect, les policiers doublent, tu sais ce que c’est, le regard fouille partout. Celui qui ne conduit pas observe le conducteur de la voiture dépassée, celui-ci se tourne en ayant l’air terrifié. Il pense les flics là pour lui et accélère. Calme il serait passé inaperçu. Poursuite, nos voitures sont rapides, nos policiers émérites, le fuyard sent qu’il n’ira pas loin, un camion surgit, solution de facilité. Tu vois les dégâts.

- Sans problème.

- Bien, l’avant de la voiture pourchassée n’était plus qu’un souvenir, le conducteur a été retrouvé grâce à un aspirateur, en revanche l’arrière était en bon état, logique de voir dans le coffre. La découverte d’un cadavre ne fut pas une surprise, la curiosité survint en l'observant de plus près. Il ne portait que des traces de morsures, attention, pas de petites marques de dents comme certains amoureux aiment à s’en faire. Non, les dents avaient arraché le morceau. Bref cet homme avait été dévoré, vivant, à en mourir. C’est une première pour moi, Le cannibalisme est fréquent dans certains troubles psychotiques. Mais comme ornement, garniture, si j’ose dire. Là non, il n’y a que ça, c’est l’unique cause du décès.

- Je peux te poser une question qui te surprendra ?

- Venant de toi je m’attends à tout.

- Nous allons voir. Es-tu sûr qu’il s’agisse d’un crime ?

- ???

- Des traces de liens ont-elles été retrouvées, de drogues découvertes dans son sang, son estomac ?

- Je n’avais pas pensé à cela.

- L'impensable est ma spécialité.

- Tu dis que la victime était consentante ?

- Oui. Avez-vous vérifié s’il s'était mordu lui aussi ?

- Non ! Là, j’ai des regrets d’avoir accepté ta proposition.

- Trop tard. Nous allons nous aider mutuellement. Nous sommes solidaires dans cette affaire. Des raisons différentes, un but unique.

- Il a été mordu par une quinzaine de personnes, nous n’avons pas vérifié sa dentition, pas de chair humaine dans son estomac. Il a pu la recracher, montrer l’exemple pour inviter les autres.

- Voilà.

- Une Cène revisitée.

- Oui.

- Nous avons affaire à une bande de dingues, c’était évident bien sûr mais pas à ce point. Ou est la victime dans cette histoire ?

- Certaines circonstances rapprochent victime et coupable.

- Je subodore du pas net, c’est peu de le dire. Tu as compris trop vite.

- L’expérience d'enquêtes qui m’ont prouvé que tout est possible, surtout ce que l’on refuse de prendre pour la vérité, cette histoire a un sens Wool, une raison d’être qui dépasse le cadre d’une bande de fous dont vous avez le secret. Ne me demande rien pour l’instant, scannons les faits, nous verrons ensuite.

- Facile à dire, putain c’est pas vrai ça. Il y a des types prêts à se faire bouffer et tu voudrais que je reste sans rien faire ?

- La loi l’interdit ?

- Non, mais ce n’est pas un comportement normal.

- La norme est affaire d’habitude, un type qui en tue cent a droit à dix lignes maintenant, c’est normal ?

- Non ! Il n’y a qu’un français pour s’interroger comme ça, pour couper les cheveux en quatre, et même les recouper plusieurs fois.

- Flatteur.

- Imagine la presse, les médias, quand cela se saura, car ça arrivera, un type qui se bouffe et se laisse bouffer, de quoi donner des idées.

- Pourquoi ne pas rester discret ? C’est plus facile qu’on le pense, certes ici la télévision a tous les droits, les journalistes sont des héros mais cette fois c’est différent, il ne m’étonnerait pas que même les plus pourris, je veux dire les plus aguerris, préfèrent regarder ailleurs. Les sujets d’intérêt ne manqueront pas dans l’avenir. Tout va aller vite désormais. Comment le sais-je ? Intuition

- Admettons. Que cherches-tu qui soit pire ?

- Pire ? Je l’ai découvert avant de comprendre que c’était un masque.

- Tu veux regarder dessous ?

- Sans envie, aussi sûr que deux et deux font quatre. Me préparer à ce qui m’attend est plus intelligent, et efficace, que de geindre en disant que je ne veux pas.

- Je saisis une phrase sur deux, c’est encore trop. Tu as raison, cette affaire conclue je ne te demanderai rien du tout.

- Sinon de repartir ?

- J’ai le sens de l’hospitalité mais oui. La folie est donc notre avenir ?

- Le jeu consiste à le savoir, à la comprendre. Lutter sera perdre, l’utiliser sera… Est, un masque protecteur dans notre monde délirant. Combien en sortiront vivant, debout… Peut-être aucun. Refuser la réalité lui rend service.

- D’accord ! j’étais tranquille, tout est gâché.

- Tu oublieras.

- Stop ! Je m’écrase mais j’attends d’être mis devant le fait accompli.

- Il y a une logique là-dessous, une réalité affleurant ici et là, bientôt elle sera cohérente et l’effet dépassera nos imaginations.

- Même la tienne ?

Diatek ne répondit pas, les trois hommes étaient d’accord.

 

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 05:50

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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 05:44

Bae In Soon et Bae In Sook connurent un grand succès à la fin des années 60 et au début des 70s grâce aux compositions de Shin Jung-Hyun, elles se séparèrent au milieu des seventies, la plus jeune, Bae In Sook, continua en solo jusqu'en 1984, elle tenta un come-back en 2004 avec "A Cup of Coffee with My Song". 


 

 

 

 

 

 

 

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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 06:38

Attendant dans l'entrée, emplie de cris d'enfants,

Rejetée dans un coin tout au fond d'un placard,

Compagne du passé mais aussi du plus tard,

Usée par tant de mains, par la pluie et le vent.

 

Vois-tu sur ma peau par où je suis passée ?

Tant de pays lointains aux noms imprononçables,

Des régions oubliées et des plages de sable,

Sans oublier non plus des palaces glacés !

 

Un linceul de poussière, je dors dans un grenier,

Des pas résonneront et la curiosité,

Saura enfin en moi trouver la satiété,

Quand les crânes chenus m'auront déjà reniés.

 

En attendant cela, l'autrefois je révise,

L'ennui ? Ce n'est qu'un mot, absent du dictionnaire,

Feuilleté si souvent que j'en sais chaque mystère.

Et l'auteur de ces vers, pour ne rien oublier,

N'emporte que des airs par sa muse soufflés,

Quoi de plus nécessaire pour emplir sa valise ?



 

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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 06:32
La Porte de l'Enfer - 02

                                                  03

Le petit garçon regarde la télé, pour ne pas gêner il porte un casque, mais le son reste audible à plusieurs mètres. Les images bougent, les couleurs chavirent ; Merveille que cette fenêtre toujours ouverte sur un monde maîtrisable. Il est bien, assis sur la moquette, des jouets à portée de main, un paquet de biscuits à moitié vide, une bouteille de soda encore pleine, la télécommande facile à saisir est une clé magique pour voyager entre des univers peu différents, les publicités, elles, sont identiques, et efficaces. C'est leur raison d'être.

Fluidité dans l’enchaînement des séquences, rythme rapide, haché, produire moins cher, plus vite, l’important est dans la suggestion, l’efficacité des couleurs et de la musique, ainsi l’effet choc arrive-t-il… après une page de pub si bien inscrite dans l’histoire qu’il est parfois difficile de noter la différence.

Parfois il zappe sur un canal d’information, des images "vraies", les morts sont flous, le sang déjà sec, un dessin animé ne dissimule rien, le beau liquide rouge que perd le héros est inépuisable, qu’importe les coups les blessures, il revient de chaque piège, de tous les voyages. Sauf de la réalité, le moins attirant des mondes.

Parfois l’un influe sur l’autre, un enfant veut jouer, son père possède un beau revolver brillant, des balles aussi grandes qu’un doigt, facile à soulever, à pointer, pour s’amuser. Le doigt glisse sur la détente, appuie, juste un peu, le mécanisme sensible prend cette caresse pour une invite, la gâchette actionne le percuteur, l’effet est assourdissant, l’enfant qui tenait l’arme sent le choc dans son bras, son épaule, son corps entier, à la télé c’est pas ça, tout se passe facilement, l’enfant tient un flingue énorme et ne reçoit pas de contrecoup, et puis la victime se relève, reprend son rôle, sauf si elle est méchante, mais là non, c’est un copain qui est par terre avec un trou dans le crâne par lequel fuit un mélange de sang et de cervelle, à la télévision il n’y a pas cette odeur de poudre et de mort, tout est propre, parfait.

Tout est faux.

Faux… Un sifflement, un courant d’air glacé…

Le garçonnet connaît, c’est vieux, sur la moquette il est tranquille, dans sa maison rien ne peut lui arriver, il n’est pas seul, papa travaille dans son bureau, le casque, c’est pour ne pas le déranger. Il travaille tout le temps ! Pas pour le plaisir, c’est pour la maison, pour un tas de chose nécessaire à la vie de famille, maman le lui dit, comme le joli manteau qu’elle vient de s’offrir, mais c’est un exemple au hasard.

C’est pratique un ordinateur, les doigts courent sur les touches, le monde est accessible, comme la télévision, bientôt ce sera mieux, un véritable autre monde, l’ordinateur connaît son destin, il sourit dans son cœur de silicium, l’électronique engloutit un homo sapiens qui fait tout pour cela. Que demander de plus ?

Le paquet de biscuit est vide maintenant, il aurait dû en prendre trois, il faut se lever, c’est pénible, il était si bien, et son corps est si lourd, ses jambes épaisses, son ventre volumineux, son visage bouffi dans lequel brillent deux yeux qui seront bientôt rectangulaires.

En marchant il ne regarde pas les livres de sa mère, comment peut-elle rester assise en regardant des formes noires sur papier blanc. La télévision c’est tellement mieux, ça bouge, ça crie, c’est un appel qu’il entend, qu’il aime. Un vampire rigolard mais lassé de son rôle.

Des tableaux aux murs, formes étranges, abstraites, il paraît que ça vaut de l’argent, comment peut-on payer cher pour de la peinture jetée n’importe comment sur une toile ? Quel gâchis !

Une statue de la liberté trône sur un meuble, il la connaît mais n’a jamais remarqué qu’elle fait face aux arrivants pour leur montrer son derrière quand il sont là. Seul un Français pouvait avoir une idée aussi vicieuse. Heureusement il ignore la perversité, il sait si peu de chose, quand à la France il connaît, une île dans le nord, mais ça ne l’intéresse pas, il s’en bat l’œil et le flanc droit, au travers de sa protection naturelle il ne risque rien.

Le placard, sans lumière sa main se repère, habitude, merveille du dressage basé sur le principe de plaisir, encore que la pulsion de mort ne soit pas loin. Quel imbécile soutint qu'ils étaient antagonistes ?

Manger est une façon de mourir en valant d’autres. Celle-là évite le petit écran, les dessins animés, seulement dans une matérialité à laquelle il doute appartenir.

Aucun bruit, prodige d’un casque sans fil permettant d’entendre son programme chéri n’importe où, même aux toilettes, ainsi échappe-t-il à ce qu’il fait, le progrès est partout.

Hait partout !

Il revient à sa place, le son c’est bien mais l’image c’est mieux, vivement le casque à porter sur les yeux, ce sera le fin du fin.

La fin, plus simplement.

Oui, vivement !

Passant dans le hall il n’entend pas le bruit derrière la porte, ne la voit pas s’ouvrir, ne distingue pas une ombre se glissant dans la maison. Elle connaît les lieux et les habitudes de chacun, même s’il s’en fallut de peu qu’elle n'entre devant l’enfant. Aurait-il tiqué ?

Le bureau paternel, la silhouette marque un temps d’arrêt, bloque sa respiration, ses doigts se referment autour de quelque chose. Main sur la poignée, coordination parfaite, ouvrir, faire un pas en tendant un bras en arrière à demi plié avant de le projeter vers l’avant. La bille d’acier frappe l’homme en plein front.

Il aurait pu crier, son fils n’aurait rien entendu, bientôt il n’entendra plus rien, bientôt il n’y aura plus rien à entendre.

La porte du bureau refermée, l’ombre sourit de satisfaction vaniteuse.

Du sang coule sur le visage le blessé se redresse, au milieu du front il porte une marque qui le désespérerait s’il devait vivre avec.

Le poignard sourit de nouveau, ravi de retrouver l’air libre, avide d’une nouvelle vie à dévorer. L’ombre arrache les vêtements dissimulant le ventre, derrière le voile la bouche murmure quelque mots, évoque des souvenirs, le blessé voudrait parler, s’expliquer, il doit s’agir d’une méprise, ce n’est pas lui. Si ? Alors ce n’était pas de sa faute, il fut contraint il faut le croire, il en a tant besoin.

Tss tss tss ! La lame caresse le ventre avant de s’enfoncer où il faut afin que le sang se perde à l’intérieur. Quelques secondes d’attente, ouvrir l’abdomen, regards indifférents sur les viscères exposés, arrachés à leur nid douillet, dispersés, la victime cherche à hurler alors que sur son visage se lisent l’étonnement et la douleur, l’effarement devant sa lucidité alors qu’elle devrait être morte. A moins que sa vie n’ait jamais été qu’une illusion.

L’ombre laisse un profond silence derrière elle, retraversant le hall elle observe l’enfant, hausse les épaules, et l’enfant se retourne.

Les regards se croisent, l’enfant sourit, c’est un jeu.

Un claquement de porte, le garçon contemple, dépité, son paquet de biscuits vide.

Interrogé il aura gardé un parfait souvenir de la télé, le reste…

Le quoi?

Sa mère crie moins bien que les personnages de ses jeux.


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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 05:38

   

Être de pierre, est-ce être ?

 

Question informe alors que des frémissements de pensées forment l'embryon d'une conscience.

Elle est là. Depuis quand, nul ne sait, poserait-on la question à un de ses adorateurs qu'il répondrait qu'elle fut toujours présente, qu'aussi loin que remonte la mémoire de son peuple il en fut fait mention. Pourtant elle ne vint pas du vide, ne sortit pas du rêve fou d'un homme, il fallut une volonté pour en imposer l'idée.

Quand, comment, pourquoi ?

Répondre à cette question ne changerait rien pour ceux qui s'agenouillent. Pour eux le temps n'a pas de signification, le présent est ce qui importe et l'avenir est un possible informe. Demain est la limite, ce qu'ils attendent c'est une récolte abondante, que la chasse se passe bien, que la guerre leur soit favorable.

Suivons un enfant, pour la première fois il pénètre dans la caverne, le décor l'impressionne, quelques torches éclairant des murs polis par ses ancêtres. Le peuple seul existe, lui, individuellement, n'est rien, ou si peu qu'il ne saurait en tenir compte. Il regarde l'œuvre de ses semblables, ces dessins sur les murs, les couleurs, les formes, il en reconnaît certaines, elles montrent son environnement, les saisons, les actes de la vie, les cérémonies, les animaux, les récoltes, les têtes prises aux ennemis, à mesure qu'il progresse passe en lui l'héritage de ceux qui empruntèrent ce couloir. Il régresse, les pensées de ses aïeux l'envahissent, digérant sa faible personnalité, lui communiquant leur force, leur espérance.

 

Leur peur !

 

Son guide le précède, ils ne sont que deux mais seul l'enfant peut voir, plus tard il enfilera une cagoule, il n'est pas bon de revoir les esprits des anciens, un regard suffit pour être accepté par eux et absorber leur force.

Bientôt il n'entendra plus les paroles des anciens, il sera parmi eux, parmi tous, un seul esprit, plus fort, plus dense, plus dur.

 

Plus vide ?

 

Enfin il arrive dans la grande salle, naturelle mais modifiée par un patient travail, au centre il aperçoit la statue, sombre, impressionnante, pleine de ce qu'elle représente pour lui : mots murmurés, légendes et chants. C'est l'image du dieu descendu parmi ses sujets, l'incarnation de leur destin.

Il ne comprend pas mais l'important est ce qu'il éprouve, son éducation est faite dans ce but, qu'il s'immerge dans un tout, qu'il soit fort de ne plus être un mais partie de tous.

Désormais il doit avancer seul, s'approcher de la statue, chercher son regard, ces yeux de lumière dont on dit que parfois ils s'ouvrent pour illuminer celui qui est choisi, celui qui portera la voix, qui dira les pensées, exprimera l'effroi.

 

Le dieu sait cela, il sait ce qu'il est. La pierre n'est pas absence ! En elle se tient le réceptacle des pensées originelles exprimant les premiers ordres de la vie, ses premiers pas, chacun libérant l'énergie dont se nourrit celui qui marche.

Il incarne ce que ses adorateurs ignorent intérieur.

 

Au début c'était plaisant, il ne savait pas, ne voyait pas, ne comprenait pas, puis il perçut d'autres pensées derrière les psalmodies des esclaves, il entendit le murmure de la vie, ce souffle si ténu que seul qui le mérite l'ouït. Il sut qu'il devrait un jour, bientôt, être son porte-parole, qu'alors tout serait différent, il ne resterait de lui qu'un souvenir marqué du sourire de celui qui se sent plus fort, de celui qui croit savoir.

L'enfant est calme, il accepte ce qui murmure en lui, des interrogations étranges ; derrière les pensées anciennes il perçoit l'ombre dans laquelle s'agitent des formes inquiétantes. Pourquoi est-il là, dans cette caverne, pourquoi tout est-il si sombre ?

 

Pourquoi ?

 

La terreur fait place à la sensation d'une présence tiède et vivante.

Quand la statue ouvre les yeux, il perçoit la lumière, entend ses ancêtres hurler en disparaissant, il sait ce cri de joie, qu'ils furent prisonniers mais qu'en chacun résista un peu d'espérance.

A lui de la porter désormais.

Il regarde son guide, il n'y aura plus de cagoule. Alors qu'il marche vers la sortie il sait que beaucoup reviendront dans la caverne pour chercher auprès du dieu minéral le secours qu'ils ne trouveront pas ailleurs. Alors le dieu s'éveillera, se lèvera.


 

Il se sait le dernier à quitter la caverne. Ceux qui y retourneront n'en ressortiront jamais !

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 05:39
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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 06:23



 

Le cœur d'une femme est un noyau de pêche. On la mord à pleine bouche,
et
tout à coup, on se casse les dents. Jules RENARD



La police est sur les dents, celles des autres, évidemment. Boris VIAN



Souriez, car vos dents ne sont pas seulement faites pour manger ou pour  

mordre. MAN RAY

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 06:18
La Porte de l'Enfer - 01

                                                  02

Deux hommes dans la ville, ils marchent sans se presser, le temps est pour eux, circulent dans ce corps de béton, d’acier et de verre pour en écouter le souffle, en deviner l’esprit et deviner ce qui les attend, là, quelque part, dans le silence ou dans un cri ; ils sont invités, le hasard n’est pour rien dans leur présence.

Ils regardent à peine les passants, exemplaires multiples d’individus se voulant uniques mais désireux de se prouver une ressemblance, un collectionneur n’y retrouverait pas ses petits. Un amateur d’ordures peut-être, ce qu’ils viennent chercher n’en est pas si loin.

Des regards étonnés ou envieux, des appels et des murmures à leur passage, tout et son contraire, une menace et une invite, une promesse et un désir. Ils nagent dans une mer dont ils savent les secrets, les pièges et les mystères, sauf un, le pire : Leur hôte !

La circulation est incessante. Flot de voitures charriant du vide, des formes faisant semblant d’en avoir une. Pour se déplacer dans une ville de cent kilomètres de long, entre océan et désert la possession d’un véhicule est nécessaire.

Des tas de pauvres par endroits, une créature improbable qui se révèle être la réunion de détresses diverses, d’un plaisir aussi, celui de se montrer, celui de la plaie se sachant le signe d’une gangrène irréversible et qui aime l'idée d'être le reflet d’une mort annoncée, évidente mais refusée.

Curieux temps, sur la côte Est c’est le printemps au cœur de l’hiver reprenant son souffle pour se glisser sous les protections les plus épaisses, derrière les murs les plus solides, comme s’il savait ce qu’il avait à faire, lui aussi.

La pollution envahit les poumons, agrémentée d’odeurs diverses et indescriptibles. Le toucher est difficile, ces formes qui s’approchent, frôlent, caressent, ces regards sombres et quémandeurs, ces malédictions pour une vie différente. Cela glisse sur eux, sur ce qu’ils attendent, sur le masque qu’ils portent et dont la chute sera une nouvelle souffrance.

Le risque est partout présent, un camion fou quittant la route, un tueur sortant de sous son manteau un fusil à répétition, un drogué en manque imaginant que les poches de ce type regorgent de billets. Mais le regard d’un de ces hommes suffit à dissuader l’imprudent, celui qui voudrait… Et qui, croisant ces yeux, ressent son intérêt à choisir une victime moins rétive. Attaquer un tank avec une lime à ongle serait moins risqué. Rien de sensé mais dans une ville que la raison déserte c’est logique. Une scène parfaite pour le show qui commence. Montée en puissance des rôles, magie de l’organisation des décors sur lesquels passent le temps pour en arracher les couleurs, pour en montrer la trame, celle de la vie même.

Des filles sourient, adolescentes usées comme pour étouffer les espoirs censés être le corollaire de cette jeunesse. Les illusions mort-nées laissent au fond des yeux un voile de cendres que rien, jamais, ne fait disparaître.

Des cris, des altercations, des moqueries, une sirène quelque part, des ordres glapis par un homme mort de peur se rassurant de s’entendre comme le bébé hurlant pour savoir qu’il est bien là.

Les rues sont larges, le ciel tout là haut est d’un bleu menaçant, les immeubles gardent une immobilité de façade, ils attendent le Big-One pour prendre un repos bien gagné.

Seuls les morts sont heureux ! crie une voie lointaine, ils sourient, sachant que c’est, souvent, faux. Distributeurs de journaux, titres en gras, articles qui le sont aussi, autrement, romans suçant une réalité exsangue pour se vendre en satisfaisant l’appétit macabre de cadavres refusant de le reconnaître. Suffit-il de marcher dans les rues, de se gaver de hamburgers en regardant la télévision pour être vivant ?

Les fils d’encre glissent sur la réalité pour en présenter une autre, excitante, savoureuse et ultime, voile noir qui en retombant fermera à jamais une vérité en laquelle peu osèrent croire.

S’ils savaient ce qui s’agite sous la croûte du spectaculaire, ce qui rôde certaines nuits en souriant d'une faim inextinguible.

Ils connaissent cela pour l’avoir vu, pour s’y être plongé si longtemps, si profond qu’ils n’en sont pas sortis intacts. Ainsi certains contacts, répugnants au début sont excitants ensuite sans que le dégoût disparaisse, au contraire.

Le plaisir est plus grand pour celui qui peut le regretter, il sait quel prix il acquittera pour cela.

Partout l’odeur du sang, de l’envie, de la jalousie, partout les grimaces de l’échec et du refus.

La nuit tombe vite, les deux hommes remontent leurs cols, bien des vies seront fauchées dans les heures qui viennent. Ils s’en foutent.

Un esprit poétique verrait dans la lune le reflet d’une faux immense attendant de faucher la ville. Qui sait si dans les regards se posant sur elle il ne s’en trouve pas un pour penser cela, pour en être satisfait, pour s’avancer au-devant d’un salut espéré depuis si longtemps qu’il paraît n’être plus qu’un rêve...

Le plus âgé se penche vers son compagnon.

- On se croirait au cinéma.

L’autre sourit, approuve.

- C’est que nous sommes dans un décor d’autant plus factice qu’il se veut solide, crois-tu que ce soit un hasard si cette ville est proche de la faille de San Andrea ? La peur s’explique par un mensonge, alibi hâtivement collé sur la réalité. Tu n’avais jamais songé à cela n’est-ce pas ? Moi non plus, en parlant je prends conscience de ce que je pense. Ici c’est le bout du monde, l’ouest de l’Ouest, au-delà c’est l’océan, le néant, même si la Terre est ronde.

- Combien comprendraient ce que tu dis ?

- Moi-même… - Il sourit - Je délire, abus d’imagination. Quoi qu’il en soit nous ne pouvons rien pour eux, la plupart sont morts depuis longtemps. Ils s’agitent pour faire semblant, déjà ils sont à genoux, une chiquenaude et ils s’effondreront pour de bon. Port du masque obligatoire, afin d’éviter de regarder dessous.

Ils frissonnèrent, la température venait de chuter, la faux sifflait.

- C’est le début ?

- Oui, cette nuit va marquer les mémoires et les corps, demain la ville se réveillera brisée mais pas comme elle le pensait, les assauts les plus efficaces sont ceux auxquels on ne s’attend pas, à croire qu’ils le font exprès. C’est parfois vrai.

- Ça ne paraît pas t’ennuyer.

- Quelle importance si je l'étais ? Ces gens ne m’intéressent pas. Regarde le Nil, une crue catastrophique laisse le limon fertilisant le sol jusqu’à la crue suivante. Ainsi en sera-t-il de ce qui vient. La mort nourrit la vie, et réciproquement. Deux faces d’une seule pièce.

- Et si elle retombe sur la tranche ?

- Alors nous aviserons. Nous arrivons, regarde cette construction, nous n’avons pas de tels commissariats chez nous.

- Ni les mêmes criminels.

- Touche du bois.

- Il faudrait en trouver.

- Un cercueil, ça te va ?

- Merci, parlons un peu de l’homme que tu viens voir.

- Capitaine Wool ! je l’ai connu alors qu’il venait faire un stage en France. Je me suis occupé de lui, nous avons sympathisé, étasunien mais pas con pour autant, plus intelligent qu’il le faudrait dans son métier, dans son pays. Il le sait et ça le gène dans ses petites habitudes. Cela fait six ans que nous ne nous sommes vus, je pense qu’il n’aura pas oublié les soirées que nous avons passées ensemble, de celles qui tissent de solides amitiés.

- Copains comme cochons.

- Si tu veux, avec du whisky pour lui, de la vodka pour moi.

- Boisson d’hypocrite, se cache dans une bouteille d’eau minérale.

- Me traites-tu d’alcoolique ? Seul je préfère un jus d’orange.

- Amélioré.

- Par hygiène, c’est tout.

Les deux hommes échangèrent un sourire, ils n’auraient plus l’occasion de le faire avant un temps indéterminé.

Ils gravirent les imposantes marches du perron, pénétrèrent dans un hall grouillant, des uniformes dans tous les coins, des cris… La rue se prolonge partout, le domaine du policier, celui qu’il arpente en croyant le connaître, celui qui fait d’un sourire un danger, d’une menace une promesse, celui qui fait que la peur a autant de noms et de masques que nécessaire, sans jamais qu’un homme se révèle capable de la nommer, de la regarder.

Les deux visiteurs étaient là pour cela.

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