Dessins ! Quelle meilleure saison que l'été pour les dévoiler ?

Je perds mes dents, je meurs en détails. Voltaire

"Je pense donc je suis" est un propos d'intellectuel qui sous-estime les maux de dents . Milan
Kundera

L'homme naît sans dents, sans cheveux et sans illusions, et il meurt de même, sans cheveux, sans dents et sans illusions.
Alexandre Dumas

Adage, bouillie de sagesse pour mauvaises dents. Ambrose Bierce
10
"Foutaises ! "
- Pardon ? Tu me parles ou tu penses si fort que ta bouche fuit ?
- C’était intérieur.
- Le début de la fin.
- Promesse de renouveau. Avec le printemps les bourgeons vont éclater, la sève circulera dans de vieilles branches noueuses, l’herbe ornera de jolies mottes surplombant de doux ruisseaux chantant.
- Joli.
- C’est nerveux.
- De quelles foutaises parlais-tu ?
- De vieilles idées. Je me voudrais enfant, pour une fois qu’une main prenne la mienne, qu’une volonté me libère du devoir de réflexion.
- Que l’on fasse pour toi.
- Impossible, qui ne fait pas soi-même en souffre de bien des façons.
- Attention à ce que tu dis.
- Rien de grave, tu n’es pas gastroentérologue mais il fallait que ça sorte, nous avons quitté la terre, le monde, un saut de puce loin de nos responsabilités, je lâche l’élastique, c’est bon.
- Profites-en.
- L’opportunité de dire des conneries ne reviendra pas de sitôt.
- Je sais, le meilleur des cétacés a besoin de respirer pour replonger. Je me veux implacable, avançant sans peur ni doute. Il y a un gouffre au-dessous de moi, l’air glacé en montant m’entoure, je sais sa promesse. Paix murmure-t-il, j’ai envie de le croire.
- Mais tu ne peux pas, croire n’est pas un verbe fait pour toi.
- Croire n’est pas Verbe. La maison est une étape pour apprendre en me débarrassant du superflu, de me simplifier pour aller vite et loin.
- Tu connais la destination ?
- La maison la dissimule, le principe de la chasse aux trésors, une énigme donne le lieu d’une nouvelle énigme qui donne le lieu d’une… jusqu’à l’ultime. Arriver à la fin sera hors de ma portée.
- Souhait ou constat ?
- Le premier.
- Alors il ne se vérifiera pas !
- C’est ce qui m’effraie, à chaque pensée surgit un nouveau motif de crainte, pas moyen de m’en débarrasser.
- Tes peurs disparaîtront dans l’action, c’est ce qui te manque.
- Ces jours sont lourds de réflexions, d’attente, la prise d’élan. Un seul essai avant l’inconnu dont nous parlions. Tu vois, cette discussion est vivace dans mon esprit alors qu’elle me paraît lointaine quand des souvenirs lointains me paraissent proches.
- La mémoire est mal connue, attendons l’autopsie.
- Gentil de me prévenir, tu crois que je donnerai mon corps à la science pour qu'elle le découpe en tranches ultra fines au laser. Si je meurs ce serait dans des conditions le rendant inexploitable.
- Si ? Ce n’est pas une certitude ?
- Je voulais dire, bientôt.
- C’est mieux pour rester dans les mémoires, ses mécanismes se révèlent lentement, comme si nous avions peur.
- J’en suis sûr, l’émotion terrifie. Je n’ai plus envie de rire, par instant me vient celle de pleurer comme l’enfant que j’aurais dû être.
- Le passé se comprend, se revit mais ne change pas. Ton enfance fut un calvaire, un Golgotha, sache en voir le bon côté, la résurrection.
- Comment revenir d’entre les morts et se sentir proche des vivants ? Que veulent dire ces mots, qui est mort ou ne l’est pas ? Ces gens autour de nous, ils sont animés, c’est tout ! Le supplice qui m'attend est celui de mon renoncement, pouvoir dire : « Père je te pardonne car tu ne sus pas ce que tu faisais ! ». Belle formule non ?
- En parlant, tu creuses, tu cherches, tu trouves.
- Ce n’est pas fini. L’image reste, symbolique, l’homme face à l’infini et ses interrogations. Ressusciter m'est impossible, naître, qui sait...
- Des paroles riches et nourrissantes.
- Je ne risque pas l’indigestion.
Un pantin peut-il être celui qui manipule ?
Les psychopathes savent mener les autres, dire la vérité en mentant. Il a touché la folie, l’a aimé, furieusement, et absorbée !
- Sais-tu à quoi je pense ?
- Pas encore.
- Nourri de démence, me saisissant elle se prit elle-même au piège.
Morton approuva conscient de devoir laisser son ami s'exprimer.
Un flux de pensées grandissait en son esprit, l’image du père tenant une corde traversant le temps, le lien de la vie qu’il veut saisir, qu’il empoigne… Les premiers effets se font sentir.
Un cadavre attend en souriant, figure parcheminée, corps détendu acceptant l’étreinte de la souffrance comme une délivrance.
Que restera-t-il de son expérience, comment l'utiliser ? Sous couvert de littérature, donner à ses personnages les mots qu’il ne pourrait employer officiellement. Peut-être, envisager l’avenir est distrayant.
Il sent sous ses pensées les traces de ses prédécesseurs que le temps ne put effacer si l’histoire n'en retint pas les noms. Une réflexion perdure sans affichage médiatique par les esprits en percevant l'écho. Le nom est une invention amusant les formes du néant, ces choses s’agitant sur fond de nuit éternelle redoutant qu'il ne soit cause de leur annihilation. Simple, comme tout ce qui est ardu à découvrir.
Atteindre la lumière, ranimer l’univers. L’éclair déchirera ce cocon généré par la crainte pour survivre à l’absolu glacé.
Est-ce lui qui gravira les marches d’argent ? Peu importe, la vie réussira, son existence individuelle est limitée.
- Ton sourire en dit long sur tes pensées.
- J’avance Morton, j’avance. Les images s'affinent à chaque pensée les affine, la vie sait ce qu’elle fait si elle ignore ce qu’elle va faire.
- C’est clair.
- La maison, l’action, la violence aiguise ses crocs.
- Ça n’a pas l’air de te déplaire ?
- Le jeu continu mais je comprends le sens des pièces utilisées.
- J’en accepte l’augure.
- Il n’est pas destiné à toutes les oreilles, nul habitant des cavernes n’est capable de l’entendre, même si ces grottes semblent des palais, l’extérieur seul a changé, ni l’intérieur, ni le locataire.
- Ça t’amuse ?
- Beaucoup, c’est nerveux, la tension mène au rire.
- A ressembler à la mort.
- Celle des autres !
- La plus amusante.
- J’accepte d’être leur mort, ou, plus justement, de leur dévoiler ce qu’est la vie, réalisant quelle illusion ils adulèrent, peu résisteront. Le Golgotha est une colline de souffrance et de folie. Je l’ai gravi, pas à pas. Je comprends mon père d’avoir rejeté sur autrui d'insoutenables affres. J’ai vu ses trophées, des visages arrachés, délicatement, peau préservée, traitée, des dizaines de bocaux, des yeux semblant avoir piégés un reste de vie. L’impression de ces regards est indicible, ils sont là, partout. Se répète l’idée que savoir est préférable au contraire. Imagine la réaction de parents apprenant quel supplice leur enfant endura, si on leur dit que sa face fut ôtée alors qu’il vivait encore ? L’ignorance ouvre la porte à l’imaginaire lequel ne dépasse pas le pire connu. Peu devineraient les tortures que mon père conçut. Folie et souffrance, bien sûr, mort également. Un charnier, la pourriture fait le liant et sur l’ensemble je progresse. Mes pieds glissent sur la sanie, se blessent sur des esquilles d’os, le vent soulève des lambeaux de peaux venant se coller sur moi, j’avance malgré tout. Ne pas hurler, ne pas implorer, ne jamais renoncer. M’arrêter ? Je l’ai fait plusieurs fois, reprendre mon souffle dans une atmosphère corrompue, rester debout. Autour de moi plus rien n’était solide, m'assoyant j’aurais disparu dans la fange comme d’autres qui crurent que la vitesse serait leur complice. Je ne renie rien, ne rejette rien, mon âme est souillée à jamais, rien ne la lavera. Elle absorbe, intègre, savoure le dégoût, l’abjection, pour en tirer la moelle la plus nourrissante. Admettre ces paroles est désagréable, choquant, peu importe, je vais, je vis.
- Mieux vaut pour moi entendre sans comprendre.
- Je sais. La vie est sortie d’un bouillon infâme, condition nécessaire à son apparition, la conscience n’a pas émergée de sa fange originelle, elle flotte dans un milieu amniotique difficile à imaginer, la naissance est proche Morton, je sens déjà les contractions, le fourmillement des combinaisons chimiques, des essais innombrables qui s’opèrent depuis des milliards d’années. L’œuf se fendille, le Big-bang physique eut lieu il y a longtemps, un autre se prépare, que dis-je, il a déjà commencé. La différence entre le son et la lumière, départ simultané, la seconde arrive avant alors que le premier sera plus violent.
Morton ne trouva rien à dire, les paroles du policier le heurtaient. Tenant du savoir il n’avait rien compris. Le parcours de son ami était l’inverse, le bon. Il se refusa à mettre en images les mots de Diatek. Le passé récent indiquait la véracité de ces murmures, la peur conduit au pire, à détruire pour payer un tribut à une déité floue masquant une vérité insaisissable. La force à l’œuvre ne s’achète pas, inutile de s’offrir à ce qui prend ce dont elle a besoin.
Tout !
- J’ai le trac Morton, réfléchir effraie.
Morton approuva, laissa glisser la panique, se taire. Son ami était loin devant, bientôt il serait imperceptible, alors la solitude viendrait, et avec elle…
Mourir n’est rien, rien !
* * *
Le ruban d’asphalte se déroule sous la voiture de location, Ford modèle récent nanti des derniers gadgets. Ils auraient pu prendre un autre vol, gagner du temps, pourquoi se presser se demandèrent-ils avant d’opter pour un moyen de déplacement lent mais intéressant. A rouler ainsi ils se sentaient dans un parc animalier mais sans ouvrir la portière pour jeter des cacahuètes. On ne nourrit pas les bêtes qui s’en chargent elles-mêmes.
Ils traversèrent New York, les vers étaient à la mesure de la Grosse Pomme, dans quelle poubelle jeter le trognon ?
Une autoroute vers le sud, un voyage de plus de mille kilomètres plus lassant qu’excitant. Rien à découvrir d’autres que des voitures, des camions, des individus louches longeant les routes, des moins louches dont ils se méfièrent davantage, chez Diatek le policier n’était jamais loin, il se demandait si celui-ci n’était pas un tueur ou si celui-là ferait une proie facile. Ce pouvait être l’inverse.
Un motel pour la nuit, des bungalows aux jolies façades roses, un intérieur conçu pour être
insupportable au bout d’une journée, une merveille de technologie. Une Bible dans un tiroir. Manquait le fusil à pompe dans un autre. Équilibre non respecté, il est vrai que ça ferait double
emploi.
Désirée, 35 ans, bibliothécaire très "classe", et veuve, ce n'est pas incompatible, se rend régulièrement sur la tombe de
son défunt époux, elle croise régulièrement Le mec de la tombe d'à côté, Benny, 37 ans, célibataire et solitaire depuis le décès de sa mère, à l'exception de ses vingt-quatre vaches
laitières ! À l'évidence ces deux êtres que le destin met en présence n'ont rien en commun et donc rien à faire ensemble. Bien sûr, si tel était le cas nul besoin d'en faire un livre, lequel va
justement, et intelligemment, démontrer que les opposés peuvent n'être pas des contraires et se rapprocher, ce qui arrivera à l'occasion d'un simple sourire, comme le pied de l'amour dans la
porte du quotidien !
Roman dual, Désirée puis Benny, à moins que ce ne soit le contraire, à son tour exprime son ressenti, ainsi découvre-t-on que ce que l'un fit pour plaire à l'autre, obtint l'effet inverse, une
leçon à méditer.
Elle aime l'opéra, il s'y endort, il est spécialiste en tracteur, elle ne parvient pas à traire une vache mais le rural n'a rien d'un rustre et l'intellectuelle sait se laisser aller... Comme quoi le mari de l'un et la mère de l'autre eurent une bonne idée en mourant.

Quid de son héritage socioculturel et des contraintes qu'il pose sur le dos de chacun, dans ce texte chacun voudrait pouvoir, mais voudrait, surtout, que ce soit l'autre qui veuille.
Que leur arrivera-t-il, il ne faut pas longtemps pour parcourir les 250 pages de ce récit alors ne vous privez pas d'un bon moment !
Humour, tendresse, sans oublier une excellente traduction de Lena Grumbach et Catherine Marcus.
Gaïa éditions.
Babel Actes Sud pour l'édition de poche.
Katarina Mazetti est née en 1944 en Suède, auteur de livres pour la
jeunesse et de romans pour adultes, Le Mec de la tombe d'à côté a rencontré un immense succès (mérité).
09
Le silence qui suivit bruissait de questions, de doutes et de curiosités. Morton avait beaucoup étudié, avec ce policier il découvrit que le su est parfois moins important que le ressenti.
L’expérimentateur agit sur l’expérience mais que peut-il apprendre de lui même au travers de sa perception des résultats obtenus ? Il découvrit un univers de mystères, en résoudre un en révélait
deux, le combat était perdu d’avance, son ami lui affirma que c’était mieux ainsi.
- J’en connais qui verraient dans ta vie une volonté à l’œuvre.
- En regrettant qu’elle ne le fut pas avec eux. Logique chaotique ! Ne me demande pas ce que je veux dire. J'esquisse ma pensée.
- C’est toi qui passas ces épreuves, un chemin riche en découvertes que tant prirent, beaucoup chutèrent au premier obstacle, d'autres au deuxième, et ainsi de suite. Tu as réussi parce qu’il est logique, ton mot, qu'une expérience réussisse si elle est répétée le nombre de fois suffisant, le chaos ignore la lassitude.
- Tes mots sont rassurants, pendant si longtemps j’ai parlé beaucoup sans rien dire que j’ai crains être incompréhensible.
- Un diapason ne crie qu'avec deux tiges.
- J'adopte la comparaison. Des obstacles pour faire le tri.
- Nous nous comprenons.
- Trop bien, c’est inquiétant.
- Avant, timidité ! Être lâches serait fuir le combat hantamé.
- Inquiétant messie vrai. Esprits parallèles, l'un artiste-scientifique, l'autre, l'inverse ; chacun prend et donne, apprend et enseigne.
- La science considérée comme un art et l’art comme une science.
- L’intuition, le rêve, l’approche du délire, l’approche seulement, la science créant la chair manquant au squelette pour incarner le réel. Ce chemin, ces empreintes, un corps, deux jambes, l’équilibre.
- Où conduit ce chemin ?
- Par-delà l’illusion voilant la peur. Où exactement, ça...
- Nous sommes ignorants, avons-nous passé l'effroi, l'image est-elle superflue ? Pouvons-nous supporter l’inconnu ?
- Les mots sont flous, limités par mon vocabulaire, Le test s'affina à force d'échecs. Apprenons !
- C’est fort ce que tu dis, troublant et émotionnellement riche.
- L’émotionnel par l’artistifique ?
- Des capacités, inutilisées génèrent une souffrance, et employées... aussi. La précocité tue, l’enfant souffre, ignore pourquoi et personne ne sait l’aider, sa situation est particulière, ignorée de ses parents et d’un système éducatif normalisateur et meurtrier. Précoce est inutile si c'est pour arriver plus tôt au niveau des autres, tu sus gérer le courant et survivre, maintenant tu peux l'utiliser.
- L'épreuve imposée par mon père lui offrit quelques dérivations opportunes, comme programmées, nous pouvons le dire puisque cela ne s’est pas passé autrement. Quelque impression de choix, de libre-arbitre que nous ayons, nous ne suivons qu’une route, les autres se perdent dans des si, cailloux spectraux jetés sur d'improbables chemins. Intelligent est un qualificatif dont on m'affubla, comme une contrainte, pas un avantage. Kah prononça celui de génie, un terme qui ne saurait s'employer avec être ! Quelqu’un dit qu’il est affaire de patience, de résistance plutôt, à ce courant intérieur, à sa violence, aux visions qu’il charrie. Sais-tu bouger les oreilles ? Non ? L’ayant appris jeune tu saurais le faire, des terminaison nerveuses se forment dans les premières années de la vie, ensuite il est trop tard. La précocité est l’aptitude à encaisser un ampérage plus grand. La question se pose parfois de la différence entre un surdoué et un génie tant celui qui part tôt finit dans la banalité. L'important est d'aller loin, même lentement.
- Je ne fus pas précoce et ne suis pas un génie.
- Je rentrai dans le rang. Le choc de cette nuit de septembre créa une liaison nouvelle, sans cela l’installation aurait sauté quelque part, cela commençait, mon attitude parfois autistique fut une protection avant cette nuit, davantage après, le système avait besoin de s’installer, un arbre ne naît pas en un jour, un arbuste peut aller plus vite et je ne parle pas du brin d’herbe.
- Ainsi peux-tu aller plus loin, c’est le lièvre et la tortue.
- Un lièvre folâtrant, prenant son temps pour une longue course mais passant l’arrivée une seconde avant la tortue pour ne plus s’arrêter.
- Et nous partîmes d’une volonté à l’œuvre, de ta vie.
- Ma vie est la Vie, je suis un essai.
- Le bon ?
- Ça...
- Nous aviserons, parlons du voyage qui nous attend.
- L’avion, la maison, du tourisme.
- Presque.
Morton avait raison, presque !
* * *
Taxi ! Diatek donne le nom de l’aéroport.
- Vous prenez l’avion ? Finit par demander le chauffeur.
- En principe, répondit le policier, en ayant envie de nier pour souligner qu’ils allaient prendre le train.
- Tourisme ?
- Études.
- C’est moins bien.
- On fera les deux en même temps.
- L’idéal. Savoir ça sert mais ce sont pas les études qui aident à vivre.
" C’est l’ignorance " murmura Morton.
- Sûr, ça occupe.
- Pourquoi pas, si vous pouvez. Moi je critique pas, je suis mal placé, taxi, hein, c’est pas un métier facile.
- Je veux bien vous croire.
- Moi j’apprécie la discrétion, faire chier personne, et l’inverse.
- Surtout l’inverse.
- Si vous voulez.
" Le client a toujours raison."
- Remarquez j'me plains pas, j’en vois de toutes les couleurs, si vous saviez ce qu’on charge, ce qu’on décharge "Ce con décharge…" c’est à se taper le cul par terre. Je parle de ce que j’entends mais y’a c'que je vois. Les couples qui se tripotent, ceux qui s’enfilent discrètement, qu'ils le croient. Ça me vaut un pourboire royal. C’est le bon côté, l’autre jour un type a coulé un bronze sur ma moquette, j’ai rien vu, il a baissé son froc discrètement, a posé son affaire, au feu rouge, il s’est barré fissa, je pouvais pas laisser la bagnole au milieu de la route, ce fumier avait bien calculé, un habitué de la chose.
- Un vrai chieur.
- C’est le mot, putain, et le bon. Si je le retrouve celui-là je me sers de sa langue pour me torcher, cela dit sans vouloir vous ennuyer.
- Les gens sont sans gêne parfois.
- Je vous le fais pas dire, z’avez une tête de pas con vous.
- On ne choisit pas.
- C’est sûr, encore que… La plupart seraient content d’être cons s’ils avaient un moment de lucidité. Seriez pas prof par hasard ?
- Non.
- Ça, m’aurait plus, enseigner " En saigner… " faire le savant. La science, un truc comme ça.
- Mon ami ici présent est truc-comme-ça, je ne suis que commissaire.
- Ah bon !
- Y’a pas de mal, je ne m’occupe pas de la circulation.
- Je respecte pas toujours le code, les autres non plus, et puis moi c’est professionnel, les clients sont toujours pressés.
- Pas nous, ça va, je connais bien votre profession.
- Des fois je rencontre des fl… des policiers, on discute, copains quoi.
- Vous avez raison, mieux vaux être du côté du manche, si j’ose dire.
- Je vous approuve, à fond.
- J’en suis certain.
- Et c’était vrai, le manche, à fond, certain !
- sympa de parler, souvent c’est l’inverse, les clients parlent, comme avec une pute, en moins cher et y consomment pas, c’est la voiture, l’isolement, l’inconnu, ça fait confessionnal, comme qui dirait.
- Jolie comparaison.
- Policier aussi ça m’aurait plu, les interrogatoires, le show-biz.
- Les camés, les tueurs qui sifflent, les balles qui rôdent..
- Finalement taxi c’est mieux.
- Oui, hein ?
- Livrés dans les temps.
Diatek ne releva pas, Morton sourit.
Un signe de la main, une amitié mort-née, triste.
Diatek retrouva l’agitation des gens allant et venant, le bruit des annonces, des valises posées au milieu du chemin, un coup de pied, un regard amical au propriétaire, une distraction.
Un minimum d’attente pour le billet, rien à dire.
- Mon premier voyage pour le nouveau monde.
- Beau comme une morgue aux tiroirs béants, la chaleur en plus.
- Et les mouches, j’adore les mouches.
* * *
Plus près du ciel comme pour y trouver une solution, n’importe laquelle pour peu qu’elle fasse vrai. L’ailleurs est impossible, Diatek sait qu'il est interdit de quitter le chemin.
Un voyage vers soi est le plus difficile, le seul nécessaire.
Les hôtesses, jadis… La vie ne s’épargne pas, elle s’utilise ou se perd.
Le plaisir ? il connut, empruntant maintes voies, laissant explorer les siennes à l’occasion, copulant à tour de bras, si cette expression a un sens, auquel cas il a sa place ici !
L’instinct parlait, la fuite dans l’animalité avait sa raison d’être.
Fini ! Une collection complète est fade. Le plaisir est dans la quête.
Son père collectionna les victimes jusqu’à avoir des doubles. Annonce amusante : échange petite fille égorgée contre vieillard brûlé vif.
Hilarant non ?
Non ?
Des morts ? Ses mains tuèrent, souvent, n’hésitant jamais, par besoin d’abord, sûres de leur bon droit ensuite, le plus mauvais des alibis, s’il en est un bon.
Quels plans forma-t-il dans sa jeunesse ? Tuer… L'excitant est d’aller contre soi, de
savoure la honte, la culpabilité, de s’entendre hurler de souffrance mais d’agir malgré tout. S’enfoncer dans le dégoût de soi, rassuré de se découvrir le méritant, un processus psychologiquement
compliqué mais évident pour celui qui le vit qu’il évite les questions.
T'es laid ! dit le plus petit des deux,
L'autre sourit, se méprenant :
" Y passe quoi sur le petit écran ? "
T'as rien compris, j'dis qu't'es hideux !
" Et alors tu crois que c'est facile pour moi ?
Je te rappelle que je suis pas tout à fait vivant. "
Moi je suis mort depuis cinq cent ans,
C'est marrant ? Tu crois que j'ai le choix !
" Tu es plaisant et séduit les femmes,
Je suis romantique mais hideux,
Toi, à l'intérieur tu es affreux,
Dissimulant tes crocs et ton côté infâme. "
La vie est ainsi faite que souvent l'aspect,
Importe plus que les élans du cœur.
Voulant aimer tu n'inspires que peur,
L'apparent seul attire le respect !
Ayant dit les deux monstres en riant,
S'en furent en quête de proies.
De l'horreur sont-ils les rois,
Ou est-ce leur gibier le plus terrifiant ?
L'atroce auquel tu crains de croire,
N'est-il pas ton reflet dans ce miroir ?
- Tu as choisi chérie ?
- Pas encore, j'hésite, c'est toujours pareil quand il y a trop de choix, comment se décider ?
- Je comprends, nous reviendrons si tu veux autre chose.
- Ce serait bien, mais ils ne sont pas souvent ouverts.
- Les produits de qualité sont rares, mais tu sais que nous serons prévenus, ce n'est pas un lieu accessible à n'importe qui.
- Heureusement, d'ailleurs tu n'as jamais voulu me dire qui t'avait recommandé.
- Cela fait partie du jeu, ne sois pas jalouse.
- Quand même un peu, tu ne partages pas tout avec moi mais puisque c'est le règlement...
- Ce soir ton regard triste ne pourra pas m'émouvoir.
- Non ?
- Non !
- Pour cette fois je préfère que tu me fasses des cachotteries.
- N'est-ce pas ?
- Finalement je crois que je vais prendre une demi-cervelle, et toi ?
- Une tranche de foie, il paraît que c'est une splendeur, juste poêlée, à la façon du chef.
- Comme boisson, je te laisse choisir, c'est toi le connaisseur.
- AB +, ça s'impose !
Je viens de consulter mon dictionnaire, "sans en avoir l'air", mine de rien, aux fins de savoir exactement ce qu'on… entend (!) par "air"…
Tout un laïus :
- mélange gazeux
- air comprimé
- air liquide…
Puis un minimum d'expressions…
Et un paragraphe spécial sur "la composition de l'air"...
J'ai sans doute pris mes grands airs en ne trouvant aucune explication sur les talents du musicien qui écrit, compose un air. Il peut également lui ajouter des paroles. Sont-ce pour autant des… paroles en l'air ?
Et bien non ! à la place de ces définitions : tout un baratin sur la chimie… D'emblée, le lecteur entre dans la plus grande confusion.
Et, le pire, l'impardonnable : une impasse totale sur le monoxyde de carbone, la dioxine, les gaz d'échappement (kérosène, voitures… et autres : voir mon chapitre sur "les pets de Damocles" !). Remarquez, ça aurait fait…"pot-pourri"…on ne peut pas, ministère de l'environnement exige, imputer trop de mélanges à l'air !!! On consulterait alors les Larousse et Robert d'un "air effarouché" !
Ils ne se sont pas foulés, à mon avis "ils" ont franchement l'air con (tiens, ils ont oublié celui-là, et pour cause !)…
Encore une lourde contradiction lorsque, ne manquant pas d'air, je m'esclaffai un jour, alors que je passais en courant d'air chez quelqu'un :
- ça manque un peu d'air ici !
La personne qui ne semblait pas au courant aurait éventuellement pu m'imposer un air d'opéra ou une quelconque chanson. Pas du rap bien entendu, puisque ça manque totalement d'air ! En pareil cas, il vaut mieux ouvrir les fenêtres ou tout simplement fuir et prendre, dehors, bien qu'il soit désormais et définitivement vicié, un bon bol d'air, après en avoir humé un dé à coudre! On parle de "bon air" mais jamais du mauvais… ce pot pourri en question !
Mais je me souviens tout à coup qu'elle m'avait trouvé… l'air à plat ! Ce qui m'incita illico à foncer vers la station-service la plus proche… pour y vérifier la pression de mes pneus !
Un conseil tout de même : ayez toujours un bol dans vos poches. Sortez-le régulièrement quelques secondes et buvez-le d'un trait. Cela s'appelle : "siffler un air"… ou "prendre un bol d'air". Pour qu'il s'agisse d'un bon bol d'air, n'avalez tout de même pas le récipient !!!
Mais j'ai lu sur la notice accompagnant le traitement une contre indication inquiétante :
- "risque d'aérophagie". Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est : il s'agit du fait qu'une poche d'air se balade quelque part en vous. Si vous en avez plein les poches, pas de bol ! on dira que vous n'êtes pas dans le… besoin…même si cela vous donne un "air constipé" (pourquoi pas encore l'air cul ?) … cet aspect de l'air, malheureusement, se remarque toujours !
L'air fait partie de ces innombrables mots de notre langue qui ne sont jamais "à sens unique".
Il signifie aussi l'aspect, la mine (avoir bonne mine parce que l'on vit au "bon air"). L'exploitant d'un sous-sol, dans un régime dictatorial comme dans une république démocratique peut avoir bonne mine bien que ne travaillant pas à "l'air libre".
Le pâtissier n'a pas forcément "l'air tarte"…
Les gros n’ont pas souvent "l'air fin" !!!
Il m'est arrivé de croiser le même jour deux amis, l'un passait en courant, écouteurs aux oreilles : il devait le faire sur un "air entraînant". Il ne m'a pas vu. L'autre, déambulait lentement en ville. Je remarquai son baladeur et lui demandai :
- où vas-tu de ce pas ?
- je me balade… Voyez les innombrables interprétations possibles : se balader avec un baladeur !
Il marchait certainement sûr un air…en traînant ! Encore une autre interprétation de cette expression !
J'entends souvent :
- nous sommes en pleins "courants d'air".
Se prennent-ils alors pour Gounod, Verdi, Wagner, voire Suzy Delair, et combien d'autres ?
Tout de même, aérer sa chambre n'en fait pas pour autant une chambre à air ! réfléchissez un pneu, pardon, un peu !
Et chanter ou écouter un air dans sa chambre, cela fait-il pour autant de la musique de chambre ? Non mais !
Dire qu'ils sont nombreux, ceux qui paient une fortune pour un grand air à l'opéra, alors qu'il est gratuit en montagne et, O combien moins bruyant...
Encore plus haut, c'est davantage impressionnant car l'air fait des trous. Les hôtesses de cet air-là et qui s'y envoient régulièrement (…) en savent quelque chose !
D'ailleurs, "s'envoyer en l'air" où que ce soit sur terre, ça ne veut rien dire (sauf peut-être au trampoline , au saut en hauteur ???). Quoique… on dit bien :
- sans avoir l'air d'y toucher, telle personne aurait une gueule à bien s'envoyer en l'air (a-t-elle pour autant "l'air…ottomane" ???). Mais quelle passivité : "sans y toucher" ! elle ne fait sans doute que "vous pomper l'air" ! ne nous étendons pas davantage sur le sujet…
Vous voyez que tout cela ne veut rien dire !
Mais alors, quid de la cantatrice soudain victime d'une défaillance de sa mémoire : elle a un trou dans son air ! (voir mon ancien topo sur "les trous").
On entend encore :
- le fond de l'air est frais ce matin !
j'ai souvent envie de répondre à ce lieu commun :
- Alors restez au bord, vous aurez plus chaud ! (Hi, hi !!!)
Comme bien des gens n'ont pas le sens de l'humour, je me tais pour ne pas avoir… l'air bête !
Mais il y en a, ne vous y trompez pas, de "petits" et de "faux" :
- Cet enfant a un petit air de sa grand-mère… et même un faux air de son arrière grand-père" (dire que ce dernier était un faussaire !!!)
Est-on forcément atteint de strabisme si "on a l'air louche" ?
Mais ne poussez pas le cynisme, l'inconvenance de dire à une personne aux pupilles convergentes ou divergentes qu'elle a l'air louche ou lui demander si elle est pupille de l'air ! On disait jadis : "un œil qui joue au billard et l'autre qui marque les points" !!!... ou encore : un œil qui dit merde à l’autre…
Ce fameux acteur américain, adepte d'une secte, Tom… n'est sans doute pas très fini : il faut voir quel air a Tom (erratum à mon avis !)
Nous avons noté chez Larousse la notion d'air comprimé.
Encore des confusions possibles :
- Lorsque l'on avale un médicament, a-t-on pour autant l'air comprimé ?
Peut-on également dire la même chose des usagers de la RAT P, aux heures de pointes ?
J'ai lu dans les "faits divers" :
- un malfrat a été interpellé au moment-même où il tentait de …prendre l'air. Il ne tarda pas à retourner au trou lorsqu'il voulut, après s'être travesti, jouer la fille de l'air !…
Je voyais un jour une amie agiter son éventail. Je lui demandai aussitôt :
- Vous n'avez pas l'air climatisé ?
Elle parut mal le prendre et me rétorqua :
- Ai-je l'air climatisée ?
Je lui ai sitôt posé mes conditions :
- Si vous prenez vos grands airs, je m'en vais !
Elle eut immédiatement l'air… conditionnée.
Pour ne pas avoir "l'air d'insister", je crois que je vais en rester là, vous laisser méditer sur les difficultés que doivent rencontrer les étrangers à apprendre notre langue, et… nous, à bien la comprendre et ne pas dire n'importe quoi !
Jacques APPAR
Pour accompagner ce texte, en évoquant Les P de DAMOCLES, une fable signée Gotlib et Franquin, une paire de génies valant n'importe quel carré d'as
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