Amour est un si joli mot qu’il nous fait oublier qu’il n’existe pas.
Ce matin en prenant mon journal j’ai ressenti un étrange vertige. Il fut bref, j’ai cru que ce ne serait rien… Retrouvant mes esprits j’eus la plus incroyable surprise de ma vie, mais vie est-il le terme adéquat, comment savoir ?
La journée avait commencé banalement. Je m'étais réveillé comme à l’habitude, il faisait encore nuit, à tâtons j'ai traversé la maison, je déteste la lumière. Actes machinaux, je devais avoir le cerveau embrumé puisque je n’aperçus qu’une silhouette floue dans un miroir, aucune importance, je n’ai jamais aimé me voir. La luminosité du dehors me suffisait.
Avant de petit déjeuner je suis allé récupérer mon journal sur le pas de la porte. Il m’attendait peut-être mais quel esprit peut-on donner à un objet encore que... J’aime l'idée que je reste au contact du monde par quotidien interposé alors je l’ouvre immédiatement. Ce que je fis.
C’est à ce moment que j’éprouvai ce malaise. L’impression de basculer fut violente mais je ne suis pas tombé, fermer les yeux me fis du bien, attendre que le chavirage s’estompe, cela me rappela la sensation éprouvée enfant dans un manège, jamais je n'avais récidivé.
Je soufflais, besoin de manger pensais-je, ce n’était pas une raison pour modifier mon rituel matinal.
Sur le moment je crus à une erreur, cela arrive dans n’importe quelle activité n’est-ce pas ? A nouveau je baissai les paupières, regarder de nouveau ne changea rien, j'en fus rassuré. Du regard je parcourus le lotissement, aucune lumière ne brillait, pourquoi donc avais-je un lieu de travail si distant de celui de ma résidence ? La paie justifiait cela mais les années passant cet éloignement me fatiguait chaque jour davantage.
Par envie d’en savoir plus je me suis dirigé vers la villa voisine, identique à la mienne. J’étais heureux de venir y résider, avoir un endroit à moi sans être isolé me paraissait le Paradis, depuis j’ai découvert les mauvais côtés d’une promiscuité d’autant plus insistante qu’elle semble respectueuse et amicale. Le portail ne trahit pas mon arrivée, le gravier non plus, je parvins au perron sans qu’aucune présence ne se manifeste, au cas où j’avais conservé mon journal, ainsi, découvert, je pourrais justifier ma présence chez quelqu’un que je connaissais mal, un voisin mais pas un ami, à me demander si ces mots ne seraient pas opposés. Une sourde inquiétude naquit en moi alors que je montais les quelques marches, approchais de la porte. Le journal était plié comme le mien, comme il l’avait toujours été, dans l’ombre d’un poteau soutenant un auvent dont la silhouette se découpait sur le blanc du béton. Un moment d’hésitation, le temps de guetter si je courais le risque d’être surpris, mais non alors je me saisis…
Il était logique que tous pâtissent du même phénomène. Pourquoi aurais-je eu un traitement de faveur ?
C’était idiot de me faire un monde pour si peu, pourtant je sentais que quelque chose n’allait pas, le silence, l’obscurité qui se prolongeait alors que d’ordinaire le soleil et moi nous levions presque en même temps. Enfant j’avais pris ce rythme, l’école était loin de mon domicile, finalement rien n’avait jamais changé dans ma vie si ce n’était que mes parents n’étaient plus là, ils sont morts dans un accident alors que je venais de m’installer dans ce lieu, loin de mon travail mais aussi de leur résidence. Était-ce le moment pour penser à eux, l’ambiance m’incitait à une introspection que je fuyais depuis leur disparition.
Il devrait y avoir quelques lueurs vers l’est mais je ne voyais rien, je n’entendais pas un bruit non plus. Ce devait être de ma faute, je m’étais réveillé trop tôt sans m’en rendre compte, agissant comme un robot et satisfait de le faire.
Je rentrais rapidement, ma chambre, le réveil… Il ne fonctionnait plus, les deux aiguilles étaient bloquées sur minuit, peut-être était-ce l’absence de tic tac qui m’avait troublé et réveillé avant l’heure pour que je ne sois pas en retard. Cela n'était jamais arrivé, j’avais toujours mis un point d’honneur à remplir ma tâche au mieux de mes moyens… Tout cela pour me retrouver dans un endroit agréable à traverser mais sinistre pour y exister, froid et ténébreux de l’été à l’hiver.
Autant le mettre à l’heure… Et pour cela je devais la connaître. Ma montre… Le petit meuble, à côté de mon portefeuille, de mes clés de voiture. Je la prends mais suspends mon geste, les aiguilles elles aussi sont figées sur minuit… La pile n’est pas si ancienne qu’elle soit déjà épuisée encore que les objets du quotidien soient d’une qualité de plus en plus médiocre.
La pendule de la cuisine m’aiderait peut-être. C’était un souvenir de famille, du côté de la mère de ma mère, preuve des origines paysannes de ma famille.
Je fus à peine surpris de la découvrir dans le même état que ses cousines. Je restais immobile un moment cherchant à maîtriser mes pensées, un vieux proverbe disait bien "Jamais deux sans trois" mais qu’il s’incarne de cette façon dans les faits accroissait mon inquiétude. Une farce ? Qui l’aurait fait, je vivais seul depuis mon arrivée, consacrant mon énergie à mon travail et voyant le célibat comme la situation idéale.
Le téléphone, l’horloge parlante… Pas de tonalité, silence total comme si toutes les sources de bruits étaient prohibées.
Bien sûr radio et télé restèrent inertes. L'électricité était manquante… Je crus être sourd mais en criant j’entendis ma voix comme venant du fond d’un puits.
Je retournais chez mon voisin, tapais à la porte… Aucune réaction, je courus chez un autre et obtint la même absence de résultat ! Continuer ? Je ne trouverais de réponse nulle part, le soleil ne reviendrait pas. Que… A qui...
Autant compter sur moi et, enfin, cesser de courir. J’avais toujours su que nulle part serait ma destination, il semblait que je l’avais atteinte. L’admettre éteignit mon angoisse, restait l'envie de comprendre. Ce n'était pas la réalité qui s’était modifiée mais moi qui étais perdu. Étais-je dans mon lit, les yeux fixés sur mon réveil, prenant une seconde pour un siècle ?
C’était donc cela mourir ! Attendre que l’ultime trace de vie disparaisse, m'éteindre faute d’un courant ne me parvenant plus, mon cerveau s’asphyxiant, mon cœur ayant cessé de battre. J’avais refusé de le deviner tout de suite alors que c’était flagrant. Qu’est-ce que j’attendais ? Le tunnel avec la fameuse lumière au bout et des spectres venant m’accueillir en m’affirmant que tout irait bien ? Où était-elle, n’allais-je pas rester prisonnier d’un décor dont la médiocrité me définissait ? Étais-je là pour attendre la fin des temps et je ne sais quel jugement dernier ?
Que faire en attendant ? Pourquoi ne pas écrire ?
Mais quels mots pourraient-ils s’imposer et sur quel papier, quelles phrases pour quels lecteurs puisque le journal ce matin, premier signe, était vierge de tout texte.
Raconter mon histoire sur des feuilles qui resteraient blanches, recommencer encore et encore tel Sisyphe attendant le terme de sa condamnation.
Être délivré par qui pourrait me lire, qui viendrait à ma place attendre à son tour !
Qui me lira, qui le pourra ?
Qui l’osera?
Les stylos sont dans le tiroir droit du bureau !
La pensée me distingue et veut me contenir,
Espoir de tant d’esprits redoutant de finir.
Tout pour moi est instant, même les millénaires,
S’enfuient en un présent, autant de souffles d’air.
Mon passé est si grand, l’avenir tout autant,
Prisonnière et figée dans le gouffre du temps.
Ces termes sont envie, désir d’une conscience,
De savoir préciser en usant de science,
Ce qu’elle a deviné, un abîme en attente,
Sur quoi nous avançons, irrémédiable pente.
Tu devrais reculer, couper l’aspiration,
Que l’artiste ressent, implacable pulsion,
L’incitant à chercher la vraie définition,
D’une réalité qui pour lui est Passion.
L’absolu comme un jeu, s’il n’est pas illusion,
Une photographie avant dissolution,
Sur le néant figé, masqué... pour quelle fête ?
Qui pourrait m’expliquer ce pour quoi je suis faite ?
Rares sont les déments tentant de me connaître.
Un génie inspiré en entendant ma voix,
Désirait me comprendre en explorant les mots
Sa cause était perdue, sa quête sonnait faux.
Je conduis en enfer quiconque pense à moi,
C’est la malédiction de qui n’eut pas à naître.
Quand le temps est jouet et demain certitude,
Errer est mon destin, mon ombre est solitude.
Incluant l’univers, infiniment petit,
Le hamster a raison, dans sa roue tient la vie.
La réponse est perdue mais a-t-elle existé ?
Je tourne moi aussi, je suis l’
Éternité
Le génie est poussé à l’insatisfaction par la perception d’une évolution possible. A l’inverse, l’intelligence, dans un premier temps, refuse toute modification, luttant afin que rien ne change, pour finir par s’adapter, le plus souvent à la génération suivante, aux modifications qu’elle considère comme définitives. A nouveau s’impose l’habitude que le génie ne supporte pas longtemps. Redoutons un monde où l’un gagnerait sur l’autre.
Dieu des portes, Janus est l’exemple de l’être. Lucidité et folie, double face du génie.
L’obscurité paraît rassurante mais en elle l’ombre n’existe plus.
La démence est un prédateur fatigué se nourrissant des esprits les plus lourds, des consciences les plus faibles.
Ne peut-elle être proie à son tour ?
D’ailleurs, j’ai faim !
Accepter est la qualité primordiale du génie. La faculté de supporter l’impulsion qui le consume quand elle détruit qui la désire. Ce pouvoir d’absorber une lumière qui fait se fermer tant d’yeux en une peur qu’ils ne réalisent pas.
Qui sentit ses pupilles calcinées éprouve le désir de les crever toutes afin d’oublier que la lumière puisse exister.
Quel processus biologique fait-il naître cette insatisfaction du présent, comme si la vie s’incarnait en cette curiosité. Et si le génie, au lieu d’être une fin, était un commencement, l’offrande d’une découverte adaptée au supportable ; et si la démence n’était pas une fin mais une échappatoire, un gouffre supprimant la perception du temps ? Et si, entre les deux, surpassant le génie, surmontant la folie, était un chemin, effrayant de promesses, semé d’émotions compréhensibles mais non transmissibles?
S’il n’est pas trop tard, reste où tu es.
La démence est le chien de berger protégeant l’esprit de la mort ; la réaction du gibier traqué face au dernier obstacle et se retournant pour un combat dérisoire, cherchant à s’intégrer en son assaillant pour survivre.
Devenir ce que l’on craint est une destruction, pas une protection.
Le psychopathe prend le reflet pour la réalité.
Le con, lui, ne voit pas la différence.
Animal solitaire tentant d’évoluer debout et en plein air, le génie refuse l’ombre d’une caverne de normalité, ce corset de morale qu’impose la majorité. Consumé par le temps, ressentant davantage les assauts du réel, il sera conduit à retrouver le troupeau qui le digérera en souriant.
Heureusement il existe des exceptions.
Heureusement ?
Le sentiment est l’air qui permet de survivre à l’immersion dans la folie ; plus la plongée est profonde, longue, plus il se fait violent et impérieux.
Le rire du dément trahit sa certitude que la mort qui l’attend sera amicale.
Comme je souhaite qu’il ait raison...
L’intelligence se fait curieuse, se dit que peut-être il existe autre chose. Elle sait se poser des questions mais la raison est là qui lui sert d’alibi pour adopter un comportement imbécile.
Image du chaos originel, la folie est une mer incompréhensible, un désert obscur hanté de mirages perdant l’esprit tenté d’aborder un quai ouvert sur le néant.
La folie est ce flou dans l’architecture des pensées laissant d’infimes passages vers des ailleurs improbables. Le génie supporte le paysage qu’il découvre, il peut le contempler puis revenir vers les autres quand le dément perd tout contrôle et se dissout dans sa découverte.
Je comprendrai ensuite se dit le génie avant de réaliser que son chemin ne s’ouvre pas dans un rétroviseur, qu’il suit un sentier étroit encombré de ceux qui rêvassent, qui imaginent, qui voudraient bien aller plus loin mais en sont incapables. Eux qui finissent par se jeter dans l’abîme d’une idéologie apaisante. Le creux rassure le vide.
Jouant aux cubes dans l’esprit, la folie est une enfant attendant de s’émerveiller devant ce qu’elle réalisera. A moins qu’elle n’ait plus envie de jouer mais désire se lever, regarder le monde et conclure finalement que s’amuser est encore la plus saine occupation.
Devenir fou n’est pas un choix si c’est parfois un jeu. Qui, lucidement, s’y essaie plonge d’abord dans l’erreur puis dans la démence, absorbé par un délire sans borne, comme en regardant un tableau pour considérer que rien n’existe hors de lui. Ne jamais oublier le cadre, ne jamais s’approcher de la fenêtre au point de céder au vertige et à ses charmes. Survivre à son rendez-vous avec la folie se constate quand elle s’est éloignée et que nous n’en voyons que le dos, parfois avec étonnement, souvent avec regret.
Par la souffrance, quand la conscience est une oeuvre en élaboration, le génie s’insinue dans l’esprit, y fait son nid, s’infiltre jusqu’à la plus intime pensée allaitant l’âme d’une émotion la forçant à briser ses routines pour la retrouver, toujours plus loin, toujours plus profond, jusqu’à ne plus pouvoir penser encore.
Toi aussi tu as peur ?
Regardons la conscience comme une citadelle assaillie de tentations, considérons que la folie est l’envie de se défendre contre ces hordes d’habitudes et de rites. Focaliser son énergie dans cette lutte revient à céder aux assaillants en leur accordant notre attention, subtile manière pour eux de triompher. N’est-il pas plus simple de paraître céder en leur accordant le minimum ? Cheval de Troie à l’envers.
Vous lisez mes phrases, tentez d’en saisir le sens, pour autant qu’elles en aient un, et vous dites que c’est monstrueux?
Vous avez tort, ce n’est pas monstrueux.
C’est encore pire !
C’est vrai.
Je prends plaisir à regarder mes doigts courir sur le clavier, jeu subtil des muscles, mécanisme parfait fruit d'un long entraînement. Il est vrai qu'ils n'ont de volonté que celle qui se dissimule en moi, guettant l'opportunité de s'imposer. Mes mains devancent ma pensée que je découvre après coup, trop tard, trop tard !
Des mains, mes mains, on les dirait normales, un peu plus agiles que la moyenne, par la pratique, longues et puissantes, précises, calmes et innocentes, et pourtant... Que de sang, que de sang !
Mais furent-elles cause de son jaillissement ou forcées de le recueillir ? Où sont les souvenirs, comment séparer délire et réalité, si différence il y a, si le premier n'est pas le moyen de l'esprit de se préparer à la seconde. Produit d'une âme divine et perdue refusant sa propre vérité ?
Je vois ma peau légèrement rose, les ongles un peu longs, un peu, seulement... Sauf celui du pouce, souvenirs, souvenirs... Je connais la sensation que procure cette peau, douce, tiède, humaine, vivante...
Illusoire ?
Sous cette apparence banale, ce masque qu'est mon corps se cache une peau plus rêche, plus dure, sous la douceur se dissimule ce que je suis vraiment, ce qui attend, celui qui m'attend.
Je l'entends cette voix dont il me fallut longtemps pour admettre qu'elle est une part de moi, peut-être la plus puissante, ma seule stratégie pour la dominer étant de lui laisser la parole, de jeter en récits ses cris de rage et de frustration.
Ses ordres !
J'écrivais, la fantaisie m'emportait, les mots jaillissaient de moi, innocent encore, incrédule ensuite, prêt à refuser ce que je sentais grandir sous l'apparence d'un gentil garçon un peu demeuré. On me dit handicapé, anormal donc, c'est vrai, mais pas de la façon que l'on pensait. J'ai voulu, si vouloir est un verbe que je puis employer, j'ai voulu donc museler cette voix, la chimie vint à mon secours, coulant dans mon sang pour éteindre ce feu sauvage qui patientait. Je refusais cet autre, croyant qu'il m'était étranger, ce n'est que moi, le vrai ! Le faux c'est celui qui est visible, acceptable, l'illusion que je pus maintenir si longtemps.
Ces pages renvoient l'image de qui je suis vraiment malgré mon refus. L'imagination oeuvrait manipulée par la crainte qu'avait l'apparence de disparaître pour faire place à une réalité insoutenable. Il me fallait être sage, atone, plus que discret, oublié sitôt vu, le poids de la société, de ses règles et obligations pesait sur moi pour que je l'endorme au détriment de ma faculté d'exister, de mon droit à être tout simplement, bien que je n'aime pas les droits.
Bientôt tout cela sera oublié, n'en restera que ces mots que je parcourrai d'un regard amusé puisque vainqueur. Ce fourmillement sous ma peau est un avertissement, le premier pas d'une force qui bientôt s'imposera, il est courant s'accumulant, la digue tient encore, plus pour longtemps, l'illusion disparaîtra, noyée sous l'assaut de force brute, de force pure. Mon sang longtemps porteur des poisons qui m'endormaient est maintenant le messager courant de cellule en cellule pour que toutes sachent que l'heure du changement est là, je l'entends qui sonne. Alors je me lèverai ; devenus inutiles les mots resteront derrière moi, personne n'était là pour les partager, une volonté s'accordant à la mienne aurait pu faire que ce processus reflue, trop tard. L'écrit sera le passé, mot et cris, en arrière, sans écho dans un présent au goût nouveau. J'ai voulu parler, une réalité minérale renvoya mes appels, je dispose désormais des moyens de déchirer l'image pour trouver sous la pierre la chair tendre qui me nourrira. De la chimère que je crus être moi resteront des millions de tessons au sourire tranchant qui dessineront sur les corps fragiles des lignes rouges porteuses d'un sens qu'ils ne comprendront pas. Le sang coulera sur mon visage, ma bouche se tendra, mes lèvres s'ouvriront, le goût acre du liquide chaud sera celui de la vie enfin acceptée.
Un peu de temps encore, juste un peu, que se densifie ma certitude, qu'elle efface les mensonges et prépare mes oreilles à reconnaître dans les flots de hurlements le chant du monde.
Je croyais avoir un ennemi en moi, mais non, c'était un ami, l'adversaire venait de l'extérieur, ma vérité peu à peu suinte par les pores de ma peau et ronge l'apparence.
Qui me comprendrait ? Il est difficile à une proie d'accepter son sort quand elle se croit forte, sûre de son bon droit, elle qui n'a que l'obligation de servir celui qui justifie son existence en l'absorbant. Tant mieux s'ils ne comprennent pas, ce sera plus simple, quand il sera trop tard la vérité les détruira et ils retourneront à leur état d'animaux sans conscience. Ils auront eu à peine le temps d'ouvrir les yeux à un monde qu'ils n'auront jamais su comprendre. Je suis là pour imposer la vérité.
L'humain existera enfin, libre de l'humanisme, ce vêtement que la bête enfila pour oublier ce qu'elle est.
Le prédateur est nécessaire, il symbolise la nécessité d'utiliser ses instincts, sans leur céder, les connaître pour les dominer, les intégrer. Les nier comme le font les proies ne peut avoir qu'un temps, qui va sur sa fin, sa faim.
Ils ne peuvent me voir, me reconnaître les amènerait à s'interroger et risquer de découvrir qu'ils sont loin de ce qu'ils se croient, car celui qui croit n'est pas.
Pas question de revenir en arrière, les temps ont changé, nous agirons autrement mais avec une terrifiante efficacité et la peur naîtra, et les églises se rempliront, morgues pour pseudo-vivants.
Délire que ces mots ?
Je sens dans cette interrogation le poids des derniers instants d'une hallucination qui refuse de disparaître sans combattre jusqu'au bout. Ma victoire est certes haine.
Bientôt je n'aurais plus à écrire, déjà mes mots changent, ils allaitaient l'illusion, désormais ils attaquent la cangue de
préceptes "civilisés" qui m'empêchaient de me redresser. La suite sera violente, elle sera souffrance pour moi puisqu'il s'agira d'une naissance. Que m'importe le troupeau, il ne peut comprendre
car vivant à genoux, fuyant une lumière qui brûlerait les rares yeux pouvant la distinguer au milieu des ténèbres de la peur et de la résignation.
Ce sera comme une vague, quand elle sera passée nous resterons puisque, debout, nous aurons pu l'affronter, les meilleurs seuls sont l'avenir, peu importe la quantité.
Tout n'est pas clair pour moi, la tête me tourne d'être debout, je ne céderai pas et réussirai à marcher, à tenir, à vivre.
Dans ma poitrine bat un autre coeur, palpitant au rythme d'une réalité différente. Une douleur envahissante qui ne laissera rien intact, le feu transmute qui lui survit, intérieur il est le plus puissant, le plus utile, fait des peurs qu'il faut traverser pour être vraiment. La souffrance est aussi plaisir puisque sensation, vie.
L'animal s'agite en moi, mon corps se transforme dans mon esprit, écrire encore tant que mes mains ne sont pas des pattes, que mes ongles ne sont pas des griffes, tant que l'encre n'est pas du sang.
Du sang... Écrire... Recouvrir cet univers blanc... Le déchirer, hurler, hurler,
hurler...
Mordre et déchirer, goût de sang mieux que le miel,
Gibier à massacrer, tueur défiant le ciel.
Assassin tout puissant, être dominateur,
Il n’est qu’obéissant, sujet mais pas vainqueur.
Le couteau est souriant, il est avidité,
Instinct omnipotent, fausse sérénité.
Impulsion qui rugit emportant la conscience,
L’explosant dans un cri quand peur et mort se fiancent.
Ce visage est joli, je vais le lacérer,
Quand il sera détruit, moi seul saurai l’aimer.
Les viscères me repaissent et j’apprécie les os,
Craquant et se brisant quand les dents se font crocs.
L’animal me connaît, sur lui je ne peux rien,
Cible privilégiée, le prétendu humain,
Être si mal formé, pantin entre mes mains,
Agité par des fils, envie, rage et instinct.
Miaulant comme un chaton mordant le souriceau,
Ne sachant rien, croyant, noyé dans un ruisseau.
La terreur me distrait, je la vois qui s’enfuit,
Pourquoi la rattraper, le pouvoir me suffit.
Mais la fatigue est là, ai-je droit à la paix,
A regarder plus haut, à me faire oublier?
Du chaos je deviens la représentation,
Allant sans se soucier, assumant sa mission.
Les pleurs ne me font rien, je vis dans les ténèbres,
L’âme en sa caverne n’est que rites funèbres.
Le plaisir est si fort pour qui se livre entier,
Il oublie son destin, le prix à acquitter.
La vie griffe par moi, je ronge qui me cède,
Le bourreau est perdant, maudit qui me possède.
Qui est mort ne m’est rien, qui meurt me fait plaisir,
Comme au jeu en ce temps, vous vous plaisez au pire.
En croyant me chasser, vous vous offrez à moi,
Trop tard ! Je suis bien là ! J’ai perçu votre joie.
Ma faim vous fait jouir, belle voracité,
J’incarne vos désir, je suis
Férocité
Du terrier des premiers mammifères, tremblants devant des reptiles gigantesques, aux palais les plus impressionnants, aux habitations les plus sordides, en passant par les cavernes où se réfugiaient nos ancêtres (nos ? Vos ? Leurs ?), où est le changement ?
D’avoir perdu ses poils, de s’être redressé, d’avoir grandi, cela fait-il de l’homo sapiens plus qu’un animal se croyant supérieur sous prétexte qu’il peut se le dire ?
Dans son laboratoire, le scientifique manipule ses cobayes comme pour se venger de leur proximité, de la ressemblance qu’il voudrait détruire.
Qui voit le sourire goguenard de la souris blanche ?
L’homme sanctifie ses instincts, oublie et renie une animalité qui parvient toujours à s’exprimer.
A-t-on vu des boeufs se glorifier de leur marque d’appartenance à un troupeau? Ils se reconnaissent sans afficher un symbole religieux, un logo ou une marque.
Le bonheur se trouve-t-il ailleurs que dans les yeux d’une vache quand elle regarde passer un train ?
Si par le physique l’humain se rapproche du singe, par le caractère il se rapproche du mouton. Si la majorité est celle des proies, il est logique que les pauvres fassent plus d’enfants que les riches.
Vous me direz que c’est la nature humaine qui...
Mais non, justement, la nature n’est pas humaine. Celui qui s’oublie animal devient bête et perd son humanité au change.
La mode est au serial-killer? Vous voyez que l’instinct sait s’exprimer, sait se faire plaisant, excitant.
Je n’ai pas dit rassurant !
Le tueur reconnaît la victime comme le prédateur sa proie. Entre eux existe une étrange complicité.
Au travers des apparences de civilisations, l’animalité parvient malgré tout à s’exprimer. La bête est là, mais si, voyons, LÀ !
Trop tard...
Une vie n’est jamais si belle que quand elle se nourrit d’autres vies. N’est pas prédateur qui veut. Se masquer de crocs d’acier, faire tondre sa laine, ne feront jamais d’un mouton un loup.
Le prédateur est celui qui agit, qui décide, la proie est l’image de la fuite ou de la soumission.
L’un ne va pas sans l’autre mais quel but servent-ils? Quand l’un s’améliore dans son rôle, l’autre sait combler son retard pour qu’en fin de compte rien ne change vraiment.
Et si la vie, c’était tourner en rond ?
En troupeau, le plus bas commun dénominateur s’impose ; qui jouera le chien, qui le berger, qui le premier mouton guidant les autres vers le vide.
Messie est le nom de ce dernier.
| Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité. |