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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 04:07

Mon chéri


C’est au terme d’une longue vie que je t’écris, sans savoir si cette missive te trouvera, pour être plus sûre je n’ai pas mis d’adresse.


Seras-tu heureux d’avoir de mes nouvelles, d’apprendre que j’ai poursuivi mon chemin grâce à un nouvel auteur bien différent de ce Bandello contraint par son époque, son éducation et, surtout, sa religion.


J’ai préféré descendre Delacroix, tenter le vélo avec Jalabert, même si tu ne peux comprendre ce que je dis.


A propos, es-tu en Enfer ou au Paradis ? Par ta pureté tu méritais le second mais ta stupidité et tes crimes durent te conduire au premier. Je te rassure, je t’y rejoindrais bientôt, en pleine conscience, loin des mirages en lesquels croit la jeunesse.


On peut dire que j’en ai profité, avec toutes sortes d'artistes qui utilisèrent nos noms pour compenser leur sécheresse créatrice, même des écrivains, quoi que j’ai trouvé Alfred Caput laid, des chanteurs d’opéras descendant aussi bas qu’ils montent aigus. J’ai connu bien des vicissitudes, des difficultés, j’ai même attrapé la petite Vérone dont je n’ai jamais pu me débarrasser, heureusement le Porto, notre vieil ami, est là.


J’imagine la déception de nos fans s’ils apprenaient qu’à mon réveil, te découvrant mort, j’ai éclaté de rire, ils ont tant besoin d’un idéal que leur vie ne peut offrir. Finalement l’amour de papier est supérieur et je suis heureuse de n’être qu’un mythe, incarnation de l’alfa et l’oméga de l’amour ! Enfin, l'un plus que l'autre bien sûr.


Je suppose que William n’est pas loin. A vous deux je dis : " A bientôt ! "


                                                                   Ta JUJU

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 05:23









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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 04:20
 
Compagne de la vie, son aboutissement,
Je me dis quelquefois qu’elle usurpa ma place.
Reprenant le passé, jamais je ne me lasse,
Quand je vois s’agiter ce monde de déments.
A quoi bon démolir, ce qui un jour fut fait?
Avec ses éléments toujours recommencer...
 
Pourquoi persévérer en un jeu insolite,
Demain est illusion dans le monde où je gîte.
 
Par envie ou par peur, l’animal s’est enfui,
Urgence en ses foulées, dans son regard qui luit,
Il me perçoit un peu mais c’est bien suffisant,
Pour qu’il veuille à tout prix affirmer son présent.
 
Je n’ai pas à courir, je t’attends, déjà là,
Mes bras sont grands ouverts, le seul but de tes pas.
 
Mon masque est effrité, ta conscience me voit,
Si tu cèdes à la peur alors tu te fourvoies.
 
Après moi... l’espérance ou bien le désespoir,
Aube renouvelée, bientôt... l’ultime soir ?
 
Tu le verras bientôt, quand tu auras franchi,
Le pont qui se tendra sous ton âme transie.
 
Que pourrais-je affirmer en t’offrant ce voyage,
Rien ne sert de pleurer, de terreur ou de rage.
 
Ma faux est aiguisée,
Mon aspect déguisé,
L’autre nom de l’absence,
Ou bien une autre chance ?
 
Une infime douleur,
Signe ta dernière heure.
 
Tu plonges dans la vie en t’éloignant du port,
Un océan de nuit qu’on qualifie de
 
                Mort

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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 04:05

 Mon fils !

 

Mais puis-je t’appeler ainsi ? Certes tu es mon enfant mais ta nature extraordinaire m’éloigne de toi autant qu’elle te rapproche des autres, ces millions d’hommes et de femmes qui te suivent et t’observent.


Te souviens-tu de ton enfance, de ces heures que tu passais ici, près de moi, dans mon atelier, dans l’odeur de bois et la sciure ? Il était normal que tu t’en ailles, que tu vives ta vie et assume le destin que tout le monde, ou presque, connaît.


Te méfies-tu toujours des étangs et des lacs ? Tu as raison car l’eau ne te convient pas du tout. T’occupes-tu toujours des animaux ? Ce renard et ce chat qui jadis te jouèrent des tours auraient pu t’inciter à plus de méfiance.


Plus jamais en colo disais-tu !


Je t’imagine marchant dans les rues, profitant de chaque réverbère pour parler aux gens, méfie-toi, certains ne t’apprécieront pas, garde-toi des escarmouches mais continue à apporter du bonheur aux gens. Je serais heureux d’avoir contribué à cela !


Les rires des enfants, les sourires des adultes, les ovations.


Le temps te permettra de t’imposer, d’où je suis je le vois.


Je te laisse à tes obligations, à ton avenir. Et n’oublie pas de saluer ta conscience de ma part.


Ton papa


                              Gepetto !

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 04:56
 

Pour certains ce bruit est insoutenable, ce grondement sourd qui parfois devient hurlement dans un ciel qui ne peut le contenir, comme une menace imprécise, une colère qui ne s’avoue pas.

Ce n’est qu’un orage, déferlement d'eau sur une société qui se plaint de son absence et sa surabondance ; qui voudrait contrôler la nature, extérieure. L’idéal serait qu’il pleuve sur les champs, jamais sur les routes, jamais sur les villes, ou à horaires déterminés à l’avance.

La vitre est fraîche contre mon front, elle calme la fièvre qui m’habite, cette chaleur qui m'épuise. Pour seul compagnon je n’ai que le sentiment d’une fin proche, ce n’est pas un ami, je ne l’avais pas appelé pourtant, consciemment, il est là cependant, et je me reconnais en lui.

Est-ce la pluie qui lui fit signe que je l’attendais ? Peut-être, j’apprécie la pluie, qu’elle frappe le sol avec son chant, qu’elle chasse des rues ces gens que je supporte mal. Je me sens alors propriétaire des restes d’un monde mort. Je peux marcher ainsi des heures durant, les cheveux collés sur le front, mes vêtements ruisselants, l’eau s’insinuant jusqu’à ma peau pour la seule caresse que j’ai jamais connu. Je me sens seul au monde et cette sensation me grise, les autres sont effacés, dissous par l’action de la pluie comme d’inutiles personnages sur une toile magnifique sans eux. Quel jaloux eut-il le désir malsain de les rajouter sur un chef d’œuvre pour le rabaisser à n’être que le pâle décor d’une réalité sans profondeur ?

Je sais, mes phrases sont trop longues, alambiquées, je ne me retrouve pas toujours dans ce que je dis. Sais-je seulement ce que je veux dire ? Est-ce que j’ose me le permettre ? Faire simple n’est-ce pas être vide, vouloir ne rien dire et y parvenir ? Les mots qui me viennent peuvent être incohérents entre eux, mes phrases boîteuses, peu importe, du moment qu’elles me permettent de marcher. A quoi bon des jambes magnifiques mais inutiles ? Ces mots sont plus moi que ce que je reconnais être.

Quelle est la peur que réveille le bruit de la pluie ? A quel souvenir est-il associé ? Mauvais, trop bon ? Un psychanalyste dirait... Moi je ne sais pas. Mon imagination, débridée, exprime tout et n’importe quoi. Pourquoi pas un souvenir lointain, trace, si profonde que je ne la vois pas, d’un événement vécu au début de ma vie, de la Vie ? N’est-elle pas née dans l’eau ? Parfois, quand les conditions sont trop difficiles, l’idée d’y retourner n’est-ce pas chercher à se perdre dans cette époque des origines ? Une régression attendue, espérée.

Je rêve de voir des millions de gens errant dans les rues, courant sous une eau qui les attendrait tous, traverserait leurs vêtements, touchant cette peau qu’ils voudraient amnésique, elle plongerait au cœur de leur héritage pour hurler que continuer ainsi est inutile, qu’il n’est plus temps de fuir mais de mettre un terme à toutes ces souffrances, à ces errances.

Tous alors repartiraient vers la mer.

Pour s’y oublier.

Je connais ce monde. Je sais que ce legs n’est pas celui que l’on croit. Pourquoi penser que si la vie en sortit elle ne s’y trouve plus sous une forme proche de la vie humaine ? Seul l’égoïsme forcené, fanatique, des sapiens leur fait imaginer que l’intelligence doit avoir leur apparence. Le pire pour eux c’est une différence minime, troublante sans être insoutenable ! La ressemblance inquiète plus que la dissemblance.

Je sais de quoi je parle.

Ce n’est pas que de la pluie pour moi, c’est tellement plus. Un appel se jouant de l’espace du temps, de ces barrières que s’impose l’esprit trop débile pour admettre l’éternité.

J’entends cette voix, je ressens sa parole, elle me dit qu’il est temps de partir, de laisser derrière moi ce monde dit civilisé, dit… Ce monde d’illusions qui mourrait de se voir en face et de rien trouver.

Bientôt je partirai. Loin de cette société, dans un ailleurs si proche pourtant que rares sont ceux qui osent en prendre le chemin, la connaissance. Je ne vais pas mourir, ni quitter cette planète, seulement rentrer chez moi. J’ai mis longtemps avant de comprendre quel était le sens de mes rêves, pourquoi certains contes de Lovecraft me touchaient à ce point, pourquoi Innsmouth me paraissait familière.

Maintenant je sais.

Lui voyait du fantastique dans ses nouvelles, un mot qui repousse dans l’imaginaire et mutile l’esprit trop curieux. Il ne comprit pas que derrière la face d’horreur l’épouvante était ailleurs, dans le besoin de se dissimuler pour survivre. Une meute se méfie de sa voisine, et réciproquement. Tant se voient prédateurs et se réveillent proies !

Et pourtant nous…. Oui, nous, nous savons tant de choses, notre culture se perpétue depuis... nous ne sommes pas poussés par ce désir insensé de conquêtes, de domination, par ce besoin suicidaire de destruction, par cette incapacité, tout simplement, à s’assumer.

Et ils se disent humains…

Comme VOUS !

Faut-il donc avoir un visage rose, une peau lisse, des yeux clairs, pour l'être ? Faut-il vouloir posséder, mépriser les autres et les écraser autant que faire se peut pour être humain ?

Peut-être mourrons-nous de ces « civilisations » au moins aurons nous vécu !

Faut-il espérer, prier peut-être ?

Ce n’est pas nous qui implorons les Grands Anciens, au contraire, c’est VOUS ! Vous qui ne voyez pas leurs vrais visages, ceux de vos instincts refoulés, ils ne sont que cela, un passé d’autant plus lourd et puissant que vous ne le niez.

Les noms exotiques n’y changeront rien, les pouvoirs extraordinaires ne modifieront pas la réalité. Ils existent pourtant, il suffit de regarder, inutile d’aller au-delà du visible, de l’évidence, c’est elle qui en dit le plus, elle qui est le plus difficile à comprendre ! Certains pays, certains quartiers, certaines rues… Il suffit d’être là, spectateur osant ouvrir l'esprit, alors le pouvoir des Grand Anciens apparaît, flagrant. Les hurlements des victimes ne sont pas que leur rire !

Ils sont là, si présent, si présent…

En VOUS !

J’ai appris à m’aimer maintenant, oubliant les critères de la normalité, les vôtres. Mon visage, enfin, me ressemble, il est moi.

Quelques minutes de marche suffiront pour que j’atteigne la plage, j’aurai un moment d’hésitation, l’envie de rentrer ; mais chez qui, chez vous ; me viendra ; en souriant je la regarderai, comprendrai que ma peur prend son visage mais qu’elle est si faible que son influence est inexistante. Je songerai à me retourner pour jeter, c’est le mot, un regard sur ce monde agonisant, je me contiendrai, l’avenir devant moi sera autrement plus attrayant.

Qu'importe si le berceau est aussi un cercueil !

La pluie, complice, noiera ma silhouette, peut-être quelqu’un me verra-t-il, qu’il cligne des yeux et en les rouvrant j’aurais disparu, comme un rêve, une illusion qui s’accepte.

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 05:23

Vous savez ce que vous voulez ? Parfois j’en doute. Vous nous chassez, nous craignez, faites votre possible pour nous éliminer, sous prétexte que nous vous agressons. Nous indiquons votre manque d’hygiène, vos lits sales, la crasse dans laquelle vous vous complaisez souvent.


Bien sûr dans le passé nous avons colporté des maladies terribles mais nous ne voulions pas vous exterminer, vous nous êtes utiles, votre sang est bon, ou dois-je dire qu’il l’était ? Maintenant c’est vous qui risquez de nous contaminer, allons nous devoir nous contenter de vos chiens ?


Nous avons évolué, changé de forme pour envahir votre univers, de fait nous sommes maîtres de vos machines, de ce que vous croyez progrès, maître de votre monde si fragile en vérité.


Sans nous pas d’informatique, de téléphone portable, de voiture, sans nous vous retourneriez au moyen-âge et découvririez que ce n’était pas si mal.


Il est vrai que si vous nous avez parfois à l’oreille mais que vous ne risquez pas de nous avoir à l’œil !

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 05:11

 

Madame,


C’est avec intérêt, voire curiosité, que j’ai suivi votre fils durant ces derniers mois, certes c’est un garçon tonique, parfois un peu agité, mais cela tient à son âge, son tempérament expansif se normalisera avec le temps. Surveillez son éducation, ses distractions, il est trop grand maintenant pour jouer aux petits soldats, pour passer des heures à des manœuvres, à des camps, tout cela éclairé par des spots trop violents.


Je ne doute pas que, plus tard, ce soit un homme attirant, je le crois c’est un bon gars mais il conviendra de surveiller ses fréquentations.


Vous avez raison de l’inciter à voyager, il m’a parlé de son envie de parcourir l’Europe, de la Pologne à la France, il m’a confié vouloir dans ce pays se mettre à la pêche, n’oubliez pas de lui dire de prendre deux gaules même s’il prétend qu’ainsi il serait gêné dans ses déplacements. Il m’a confié sa curiosité pour la Russie, l’Angleterre, je crains que le froid ne le perturbe grandement, c’est un garçon qui aime la chaleur.


Protégez son sommeil, son somnambulisme lui fait prendre des risques, que sa serrure reste close, le pêne bien en place.


Je pensais vous indiquer un de mes confrères, Wilhelm Reich mais j’ai l’intuition que ce serait superflu.


Voilà Madame Hitler ce que je tenais à vous dire. Une deuxième remarque cependant, le voyage en Asie me semble inapproprié !


Votre dévoué :

            Sigmund F.

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 05:07
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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 04:08

 


Face à son reflet ses yeux se perdirent dans les trous noirs de ses pupilles comme si celles-ci avaient dévoré les globes oculaires. Les rides formaient autour des orbites des racines semblant se perdre dans un visage minéral. Elle seule pouvait discerner de l'amusement au fond de ces ténèbres.

Elle s’éloigna de son image pour se diriger vers la fenêtre. De ce poste d’observation elle dominait un monde sur lequel elle avait appris à régner, un monde bruyant, odorant, un univers bien différent de celui de sa jeunesse. Le temps avait tellement coulé depuis sa naissance, un fleuve qui l’avait emportée, la heurtant aux récifs de difficultés dont elle avait appris à se nourrir. Comprendre le monde pour le domestiquer.

Des images d’autres époques émergèrent derrière son regard, celles de son enfance, rendues floues par la distance. La mémoire est trompeuse et aime à modifier ce qu'elle renferme.

Enfance dans un pays lointain dont le nom traînait une aura d'étrangeté faisant penser qu'il n'avait jamais existé que dans l'imaginaire. Enfance auréolée de magie, de ce qu’elle avait cru un miracle quand elle avait découvert combien l’émotion était nourrissante. Aujourd’hui encore, être entourée était pour elle un bain de jouvence. Les regards, les murmures, les prières…

Les prières ?

Son sourire s'agrandit. Ils avaient raison et seraient effarés de connaître quelques vérités que le mythe nimbe de doute. Effarés, d’abord, effrayés ensuite, refusant de comprendre comme les habitants de cette ville, de ce pays, ceux du monde entier qui n’admettraient jamais une nature qu’ils ne sauraient expliquer. Combien de fois s’était-elle plongée dans ses origines pour découvrir son propre secret, mais le mur d’ignorance était si épais que son regard n’avait jamais pu le percer. Aucun de ses semblables n’avait pu la renseigner. Là encore les légendes abondaient, sur les morsures, sur une abominable malédiction héréditaire donnant un grand pouvoir, celui de défier la mort mais faisant porter un poids de solitude pénible à endurer. Plusieurs des membres de sa "famille" avaient choisi de de se détruire jusqu’à ce qu’il ne subsistât rien d’eux, pas la plus infime chance de revenir, encore une fois, comme elle avait pu le faire au long d’une vie dont l’âge n’avait plus de signification.

Vampire ? Oui, elle serait nommée ainsi, encore qu’elle profitât d’une spécificité rare parmi les siens. Loin des images portées par le cinéma, la littérature, sur des crocs pointus, l’incapacité à supporter le soleil, l’ail ou le crucifix.

Le crucifix !

Machinalement elle toucha celui qu’elle portait autour du cou, sa meilleure protection était ce qui devait la chasser alors que seul le feu pouvait la repousser, seul un bûcher pouvait détruire assez son corps pour qu’elle n’en revint pas. Oui, elle portait sur elle le signe indiquant aux yeux des ignorants, ils sont nombreux, qu’elle ne pouvait être ce qu’elle était. Parfait moyen de détourner l’attention. S’ils savaient ces hommes, ces femmes, ces enfants, s’ils savaient en qui ils croyaient, depuis si longtemps, s’ils savaient que le meilleur aliment pour elle et ses semblables, si rares, était l’émotion, la ferveur…

La foi ?

Oui, l’aliment lui permettant de défier la mort jusqu’à ce qu’elle regarde le temps comme l’ennemi sournois qu’il était, sûr de sa victoire, certain de la pousser tôt ou tard vers cette fin à laquelle personne ne pouvait échapper. Pas même elle !

Elle baissa les paupières, quelqu’un, alors, plongeant dans ses plus secrètes pensées aurait vu la peur l'envahir et dissoudre son esprit jusque dans ses plus intimes fondations. Elle s’était amusée à révéler sa nature à des individus croyant en elle, tous préférèrent le suicide à une folie surgissant d’un abîme dont ils s’ignoraient porteur. Sa jouissance avait été si intense qu’elle avait beaucoup appris sur elle.

Elle, si vieille, courbée par l’âge, pouvait-elle être ce prédateur implacable, cette créature infernale aspirant l’immatérialité de l’être ? Personne ne l’admettrait, aucun de ces moutons n’avait le pouvoir, et moins encore l’envie, d’ouvrir les yeux. Elle s’était interrogée sur ce qui se passerait si sa nature était mise à jour, si elle était emprisonnée, si des scientifiques se penchaient sur son cas pour élucider une énigme dont elle-même ignorait tout. Elle savait présent en elle depuis toujours ce formidable pouvoir. Elle se savait héritière d’une force qui l’habitait, elle se savait locataire… Mais de quoi, de qui ?

Machinalement elle manipula sa croix, et si en Lui se trouvait le secret, s’Il était une clé plus qu’une protection, une défense contre… Contre ?

Malédiction… Etait-ce aussi faux qu’elle le croyait ? Et si elle-même était promise à des crocs dont elle ne percevait maintenant la proximité ; qui à travers elle se nourrissait de ses victimes, attendant de la dévorer ? N’était-elle qu’une bouche appartenant à une force perceptible mais incompréhensible ?

Non ! L’âge l’atteignait, elle qui s’était rêvée éternelle devinait sa fin proche. Au fond elle était plus humaine qu’elle l’avait imaginé, pas si différente des gens grouillant dans la ville autour d’elle, dépendant d’eux comme le lion l’est de l’antilope, que celle-ci disparaisse et sa force ne lui servirait plus à rien. Ainsi seigneurs et esclaves sont-ils les deux faces d’une même médaille, indissociables.

Combien de ses cousins avaient-ils rencontrés ces interrogations au long de leurs vies avant de renoncer à découvrir des réponses au-dessus de leurs moyens, combien avaient fini par l’unique, et définitive, solution accessible ?

Ses lèvres se tordirent. Définitive ? Elle savait que ce mot avait un sens terrifiant, que la clé dans sa main pouvait ouvrir sur des lendemains insoupçonnés et insoutenables. L’éternité est la seule malédiction digne de ce nom.

L’Enfer n’est-il pas symbolisé par un brasier dans lequel le damné se consume sans jamais s’anéantir ?

Elle s’étira, rouvrit les yeux, cherchant dans les ombres l’entourant des guides, attendant que l’une murmure une explication à son oreille. Aucune ne bougeât. Un jour ses victimes la retrouveraient, un jour les rôles seraient renversés, un jour… Mais pas aujourd’hui, ni demain. Pas tout de suite ! Elle lutterait jusqu’au bout, userait jusqu’à la plus infime parcelle de ses forces, tomberait à genoux sans renier ce qu’elle était, respectant ce pour quoi elle était née.

Combattre était dans sa nature, demain avait moins de sens pour elle que pour le plus petit des êtres de cette planète. Pour l’heure la vie coulait dans ses veines, une vie volée à ces proies innombrables se fiant à son apparence de vieille femme dévouée aux pauvres, marchant dans les rues dans son costume blanc, alimentée par les regards la suivant, espérant, parfois, en croiser un sachant percer son masque de bonté, la meilleure protection qu’un être comme elle ait jamais pu trouver.

La bonté était un cyclone dont elle était l’œil, gueule de vent effrayante et attirante à la fois, tentatrice comme seul le moyen de s’abstraire de soi-même peut l’être. Elle méritait le titre d’être vivant comme le lion, plus que l’antilope.

Le mal ? Ce terme n’avait pas de sens, c’était un mot inventé par les moutons pour convaincre le loup de ne pas les dévorer. Mais ce dernier est-il responsable de ses actes ?

Elle aurait voulu parler à quelqu’un, pas pour s’expliquer mais pour chercher à se comprendre, d’elle-même, sans se livrer aux scalpels de scientistes plus glacés qu’elle. Oui… Défier la mort ainsi, plus que par sa survie physique, par un testament lourd des interrogations que son espèce incarnait.

Elle palpa le symbole de bois suspendu à son cou. Lui aurait pu la comprendre, aurait… pourrait… Parfois elle murmurait, espérait…

Allons, elle n’allait pas devenir croyante, ce serait un clin d’œil du destin trop ironique, beaucoup trop.

Le jour approchait, le soleil noierait le monde, son monde, il chasserait de son esprit les interrogations de la nuit. Elle savait qu’elles reviendraient, bientôt, qui sait, un jour la réponse pourrait être compréhensible. Et si elle était née pour cela.

La seule vraie malédiction dont elle souffrait était de ne jamais dormir. Décidément son déguisement était le meilleur possible. Seule, destinée à le rester, nul ne détecterait sa nature et quand elle devrait s’éloigner, changer cette apparence, elle connaîtrait les seuls regrets de son existence en attendant un avenir dont elle avait faim… Faim !

 

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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 10:16
 
Par essence immédiat, nature spontanée,
Qui s’exprime par moi devance la pensée.
 
La roche est ignorante, elle est inanimée,
Je suis dans son futur, dans l’animalité,
L’humain est vaniteux, il croit me dominer,
Et m’ayant défini rêve m’emprisonner.
Ainsi je suis plus fort car celui qui m’oublie,
Est pieds et poings liés cédant à mes envies.
 
Prédateur avant tout, l’amusant est d’abord,
Que la proie voie trop tard dans mon regard sa mort.
  
Aucune volonté, elle est mon ennemie,
Mon contraire parfait, cependant je souris.
Le faible est mon repas, survit qui le mérite,
Celui qui a l’esprit dégagé de tout rite.
 
La vie dépend de moi pour se perpétuer,
Quand les corps sont poussés, à mordre et à tuer,
A se monter dessus, gémissant de plaisir,
Mon action se voit là, en cris et en soupirs.
 
Ce rôle est limité mais il est capital,
Une arme pour la vie, pouvoir fondamental.
 
La conscience après moi pourra s’épanouir,
J’épie tous les dangers et forge l’avenir.
 
Je me fous des notions comme le bien, le mal,
L’important est d’agir, qu’est-ce donc : la morale?


Sans mes crocs point d’esprit,
Le feu serait éteint,
L’âme aussi a son prix,
Et un gardien : l’Instinct

 
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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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