Mon chéri
C’est au terme d’une longue vie que je t’écris, sans savoir si cette missive te trouvera, pour être plus sûre je n’ai pas mis d’adresse.
Seras-tu heureux d’avoir de mes nouvelles, d’apprendre que j’ai poursuivi mon chemin grâce à un nouvel auteur bien différent de ce Bandello contraint par son époque, son éducation et, surtout, sa religion.
J’ai préféré descendre Delacroix, tenter le vélo avec Jalabert, même si tu ne peux comprendre ce que je dis.
A propos, es-tu en Enfer ou au Paradis ? Par ta pureté tu méritais le second mais ta stupidité et tes crimes durent te conduire au premier. Je te rassure, je t’y rejoindrais bientôt, en pleine conscience, loin des mirages en lesquels croit la jeunesse.
On peut dire que j’en ai profité, avec toutes sortes d'artistes qui utilisèrent nos noms pour compenser leur sécheresse créatrice, même des écrivains, quoi que j’ai trouvé Alfred Caput laid, des chanteurs d’opéras descendant aussi bas qu’ils montent aigus. J’ai connu bien des vicissitudes, des difficultés, j’ai même attrapé la petite Vérone dont je n’ai jamais pu me débarrasser, heureusement le Porto, notre vieil ami, est là.
J’imagine la déception de nos fans s’ils apprenaient qu’à mon réveil, te découvrant mort, j’ai éclaté de rire, ils ont tant besoin d’un idéal que leur vie ne peut offrir. Finalement l’amour de papier est supérieur et je suis heureuse de n’être qu’un mythe, incarnation de l’alfa et l’oméga de l’amour ! Enfin, l'un plus que l'autre bien sûr.
Je suppose que William n’est pas loin. A vous deux je dis : " A bientôt ! "
Ta
JUJU

