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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 05:49
 

Je prends plaisir à regarder mes doigts courir sur le clavier, jeu subtil des muscles, mécanisme parfait fruit d'un long entraînement. Il est vrai qu'ils n'ont de volonté que celle qui se dissimule en moi, guettant l'opportunité de s'imposer. Mes mains devancent ma pensée que je découvre après coup, trop tard, trop tard !

Des mains, mes mains, on les dirait normales, un peu plus agiles que la moyenne, par la pratique, longues et puissantes, précises, calmes et innocentes, et pourtant... Que de sang, que de sang !

Mais furent-elles cause de son jaillissement ou forcées de le recueillir ? Où sont les souvenirs, comment séparer délire et réalité, si différence il y a, si le premier n'est pas le moyen de l'esprit de se préparer à la seconde. Produit d'une âme divine et perdue refusant sa propre vérité ?

Je vois ma peau légèrement rose, les ongles un peu longs, un peu, seulement... Sauf celui du pouce, souvenirs, souvenirs... Je connais la sensation que procure cette peau, douce, tiède, humaine, vivante...

Illusoire ?

Sous cette apparence banale, ce masque qu'est mon corps se cache une peau plus rêche, plus dure, sous la douceur se dissimule ce que je suis vraiment, ce qui attend, celui qui m'attend.

Je l'entends cette voix dont il me fallut longtemps pour admettre qu'elle est une part de moi, peut-être la plus puissante, ma seule stratégie pour la dominer étant de lui laisser la parole, de jeter en récits ses cris de rage et de frustration.

Ses ordres !

J'écrivais, la fantaisie m'emportait, les mots jaillissaient de moi, innocent encore, incrédule ensuite, prêt à refuser ce que je sentais grandir sous l'apparence d'un gentil garçon un peu demeuré. On me dit handicapé, anormal donc, c'est vrai, mais pas de la façon que l'on pensait. J'ai voulu, si vouloir est un verbe que je puis employer, j'ai voulu donc museler cette voix, la chimie vint à mon secours, coulant dans mon sang pour éteindre ce feu sauvage qui patientait. Je refusais cet autre, croyant qu'il m'était étranger, ce n'est que moi, le vrai ! Le faux c'est celui qui est visible, acceptable, l'illusion que je pus maintenir si longtemps.

Ces pages renvoient l'image de qui je suis vraiment malgré mon refus. L'imagination oeuvrait manipulée par la crainte qu'avait l'apparence de disparaître pour faire place à une réalité insoutenable. Il me fallait être sage, atone, plus que discret, oublié sitôt vu, le poids de la société, de ses règles et obligations pesait sur moi pour que je l'endorme au détriment de ma faculté d'exister, de mon droit à être tout simplement, bien que je n'aime pas les droits.

Bientôt tout cela sera oublié, n'en restera que ces mots que je parcourrai d'un regard amusé puisque vainqueur. Ce fourmillement sous ma peau est un avertissement, le premier pas d'une force qui bientôt s'imposera, il est courant s'accumulant, la digue tient encore, plus pour longtemps, l'illusion disparaîtra, noyée sous l'assaut de force brute, de force pure. Mon sang longtemps porteur des poisons qui m'endormaient est maintenant le messager courant de cellule en cellule pour que toutes sachent que l'heure du changement est là, je l'entends qui sonne. Alors je me lèverai ; devenus inutiles les mots resteront derrière moi, personne n'était là pour les partager, une volonté s'accordant à la mienne aurait pu faire que ce processus reflue, trop tard. L'écrit sera le passé, mot et cris, en arrière, sans écho dans un présent au goût nouveau. J'ai voulu parler, une réalité minérale renvoya mes appels, je dispose désormais des moyens de déchirer l'image pour trouver sous la pierre la chair tendre qui me nourrira. De la chimère que je crus être moi resteront des millions de tessons au sourire tranchant qui dessineront sur les corps fragiles des lignes rouges porteuses d'un sens qu'ils ne comprendront pas. Le sang coulera sur mon visage, ma bouche se tendra, mes lèvres s'ouvriront, le goût acre du liquide chaud sera celui de la vie enfin acceptée.

Un peu de temps encore, juste un peu, que se densifie ma certitude, qu'elle efface les mensonges et prépare mes oreilles à reconnaître dans les flots de hurlements le chant du monde.

Je croyais avoir un ennemi en moi, mais non, c'était un ami, l'adversaire venait de l'extérieur, ma vérité peu à peu suinte par les pores de ma peau et ronge l'apparence.

Qui me comprendrait ? Il est difficile à une proie d'accepter son sort quand elle se croit forte, sûre de son bon droit, elle qui n'a que l'obligation de servir celui qui justifie son existence en l'absorbant. Tant mieux s'ils ne comprennent pas, ce sera plus simple, quand il sera trop tard la vérité les détruira et ils retourneront à leur état d'animaux sans conscience. Ils auront eu à peine le temps d'ouvrir les yeux à un monde qu'ils n'auront jamais su comprendre. Je suis là pour imposer la vérité.

L'humain existera enfin, libre de l'humanisme, ce vêtement que la bête enfila pour oublier ce qu'elle est.

Le prédateur est nécessaire, il symbolise la nécessité d'utiliser ses instincts, sans leur céder, les connaître pour les dominer, les intégrer. Les nier comme le font les proies ne peut avoir qu'un temps, qui va sur sa fin, sa faim.

Ils ne peuvent me voir, me reconnaître les amènerait à s'interroger et risquer de découvrir qu'ils sont loin de ce qu'ils se croient, car celui qui croit n'est pas.

Pas question de revenir en arrière, les temps ont changé, nous agirons autrement mais avec une terrifiante efficacité et la peur naîtra, et les églises se rempliront, morgues pour pseudo-vivants.

Délire que ces mots ?

Je sens dans cette interrogation le poids des derniers instants d'une hallucination qui refuse de disparaître sans combattre jusqu'au bout. Ma victoire est certes haine.

Bientôt je n'aurais plus à écrire, déjà mes mots changent, ils allaitaient l'illusion, désormais ils attaquent la cangue de préceptes "civilisés" qui m'empêchaient de me redresser. La suite sera violente, elle sera souffrance pour moi puisqu'il s'agira d'une naissance. Que m'importe le troupeau, il ne peut comprendre car vivant à genoux, fuyant une lumière qui brûlerait les rares yeux pouvant la distinguer au milieu des ténèbres de la peur et de la résignation.

  Ce sera comme une vague, quand elle sera passée nous resterons puisque, debout, nous aurons pu l'affronter, les meilleurs seuls sont l'avenir, peu importe la quantité.

Tout n'est pas clair pour moi, la tête me tourne d'être debout, je ne céderai pas et réussirai à marcher, à tenir, à vivre.

Dans ma poitrine bat un autre coeur, palpitant au rythme d'une réalité différente. Une douleur envahissante qui ne laissera rien intact, le feu transmute qui lui survit, intérieur il est le plus puissant, le plus utile, fait des peurs qu'il faut traverser pour être vraiment. La souffrance est aussi plaisir puisque sensation, vie.


L'animal s'agite en moi, mon corps se transforme dans mon esprit, écrire encore tant que mes mains ne sont pas des pattes, que mes ongles ne sont pas des griffes, tant que l'encre n'est pas du sang.


Du sang... Écrire... Recouvrir cet univers blanc... Le déchirer, hurler, hurler, hurler...

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commentaires

R
Les mots trouvent leurs sens et leurs places au travers de votre écriture. Très beau texte. Amitiés
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L
<br /> J'essaie d'être au final le moins loin possible de mon idée initiale.<br /> <br /> <br />

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