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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 06:01

 

Un samedi de Septembre 1998, je m'étais rendu dans une brasserie grenobloise, histoire de ne pas déjeuner seul et… peut-être croiser, sait-on jamais, quelque regard prometteur, on peut toujours rêver ! Fréquentant ces lieux depuis bien des années, et je dois constater qu’aucun élément de sa clientèle n’a jamais contribué à mon bonheur...

Un couple de personnes âgées siégeaient à ma droite…

 

Commencent les lieux communs :

Elle : Comment allez-vous ?

Lui : Oh, très bien...

Elle : Il y a beaucoup de monde, ici. On mange très bien.

Ils passent commande.

Pendant ce temps, j'attends ma truite, un des plat qui ne me déçoit jamais, mais qui requiert systématiquement une attente si longue que je me demande chaque fois si le cuisinier ne serait point allé pêcher l’animal !

Lui : Et vous, comment allez-vous ?

Elle : Oh, depuis que j'ai été opérée d’un sein, j'ai perdu la mémoire.

N’ignorant pas où le…sein siège, j’avoue n’avoir jamais connu ce second site de matière... grise et encore moins l’expression « par l’opération de l’esprit-sein » !

Lui : Vous êtes guérie, mais vous devriez prendre de l' "Actiphos", j'en ai pris toute ma vie, et c'est un remède extraordinaire. Il y a du phosphore, c'est très bon pour la mémoire...

Mais si vous entendez « acti-fosse » : vous ne comprendrez pas comment ce remède n'a toujours pas précipité le malheureux au tombeau ! Par contre, si vous faites un quelconque rapport avec les « foss… iles », vous saurez tout sur sa longévité !

Elle : Je suis tombée sur un anesthésiste incompétent qui m'a administré une dose "massue" (sic) d'anesthésique. Il m'a piquée, puis il m’a abandonnée pendant toute l'opération. Il a dû aller faire de même dans une autre salle.

Lui, gentiment naïf : Les salles devaient être voisines…

 

Je fantasmais sur l'image caricaturale de l'anesthésiste de la préhistoire, armé d'une massue, et me demandais comment elle avait pu savoir, une fois "piquée" (elle l'est donc restée !) si le médecin avait quitté la salle.

Ah, ces héros du billard ont toujours une anecdote...piquante à relater !

 

Elle : Quel âge avez-vous ?

Lui : 90 ans.

Chapeau, on lui en donnerait 70 à tout casser. (sans vilain jeu de mot !)

Elle : J'en ai 85.

Lui : Oh, vous ne les faites pas.

Elle : Mais vous non plus !

 

Ma parole, me disais-je, il la drague : il n’y aurait donc pas d’âge pour tenter sa chance, tout n'est pas perdu pour moi...! Je dois avoir encore quelques possibilités ! Courage !

 

Précisons que le rescapé du siècle répondait toujours aux questions de la dame par "comment, plaît-il" ?

Il en était de même pour l'amnésique peu séduite mais abandonnée, ce qui donnait une agaçante impression de disque rayé :

 

Elle : Comment va votre santé ?

Lui : Oh, très bien.

Elle : Quel âge avez-vous ?

(variante) - 89 ans, bientôt 90.
Lui : Vous ne les faites pas !

Elle : Vous êtes également très jeune !

Elle : il m'arrive de me faire livrer des repas à domicile, vous savez : ce restaurant au coin de l'avenue… et du boulevard…, ils sont très gentils...

Elle : Comment va votre femme ?

Lui : Oh, elle est décédée depuis longtemps !

- Ah bon ! ?...

- Cela fait plus de dix ans !

- Vous devez avoir des petits enfants !

- Je ne sais plus combien. (Ah, lui aussi... le même anesthésiste ? )

- Et votre maison de campagne ? (le bougre vient de si loin ? il conduit ?)

- Tout va bien...

- Vous faites votre jardin ? ( j'imagine ce vieillard à la face déjà très congestionnée tirant la langue en poussant sa tondeuse... )

- Oh, pensez-vous, j'ai un jardinier depuis 30 ans! De temps en temps il me confie sa note, et la pelouse est parfaitement entretenue. (Je pense aussitôt que ce fidèle serviteur doit être, après tant d’années, aussi bien entretenu que le gazon !)

Lui : Vous jouez toujours au bridge ?

Elle : Oui, c'est mon seul plaisir ! (…sans doute peu partagé par ses partenaires si elle oublie instantanément les donnes ! )

Lui : Vous étiez infirmière, je crois…

Elle : Oui, pendant 40 ans !

Pourquoi ce terme d’« infirmière » perdure ? On continue d’utiliser des termes archaïques, sans être curieux de leur étymologie, car il va de soi que c’était jadis un rôle attribué à des bonnes sœurs qui s’occupaient d’« infirmes ». Il ne pouvait y avoir, dans les hôpitaux, que des rescapés, infirmes, de guerres incessantes... On accouchait chez soi, quant aux autres malades, ils passaient directement du lit familial au cimetière !

 

Dans la hiérarchie, on a même assez récemment instauré le terme bizarre d’« aide soignante ». Soignante, certes, mais alors pourquoi le terme d’assistante chez le dentiste, au lieu de celui d’aide arrachante, plombante ou aspirante ? Ah, bien sûr, j’oubliais les « techniciennes de surface » dont le rôle essentiel consiste à passer l’aspirateur. Aide aspirante ! Les nourrices d’antan ont disparu, Dieu merci, on les auraient tôt ou tard renommées aides nourrissantes. Il y a, j’oubliais, l’aide comptable : comptante pouvant prêter phonétiquement à confusion. Les hôtesses d’accueil ne peuvent pas devenir soudainement « accueillantes »… Les hôtesses de l’air ne peuvent pas être "volantes". Les éboueurs des aides décrottant…

Ces réflexions firent arriver ma truite, quand soudain, à l’opposé de la salle, mon regard fut attiré par une curiosité quasiment indescriptible, sans la caméra d’un réalisateur digne de F. Fellini :

Une femme, d’origine certainement moyen-orientale, ou ayant fait carrière par là-bas (à des... faims militaires), très mûre, voire blette, trônait sous une palette de ravalement cosmétique, soucieuse de ne pas perdre sa polychromie, saturée de bijoux, le chef rehaussé d’une « pièce montée » constituée de moult chignons incroyablement agencés, de boucles et accroche-cœurs, fatal résultat d’une longue matinée de labeur pour aboutir à l’aspect d’un véritable sapin de Noël ! Si les objets inanimés ont une âme, je plains les miroirs ! Elle me lança une œillade... qui en demandait long !

(Le dessert attendra demain, il n'en sera que meilleur !)
               
                                                                        Jacques APPAR

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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 06:28

 


Dans le temps des humains régnait l'obscène

          Et les passions

     Chaque jour de la semaine

L'animalité riait gorgée de haine

 

S'endorme la vie et le malheur

La mort viendra avec douceur

 

Le vide et le néant désormais se font face

          Alors que tout

     Au fond du temps passe

Le froid illimité d'un univers de glace

 

S'endorme la vie et le malheur

La mort s'approche avec lenteur

 

Un cœur se tait tel un fleuve s'asséchant

          Hier n'est plus

     Ainsi s'enfuit le temps

Ainsi sont effacés trop de faux sentiments

 

S'endorme la vie et le malheur

La mort est l'ultime lueur

 

S'enfuient les jours et la nuit même

          Ce qui fut n'est plus

     Penser ou vouloir sont des blasphèmes

Qu'autrefois les humains croyaient obscènes

 

S'endorme la nuit et le bonheur

Et qu'à son tour la mort meure

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 06:45
La Porte de l'Enfer - 05  


                                                  06
 

Il aime ces quartiers sombres, ces rues hantées par le danger, du moins les voit-il ainsi, ces filles faciles, des hommes aussi. Cette ambiance lui convient mais en restant à la surface, pas question d’aller plus loin, de demander, il observe et jouit en silence. Il a oublié depuis quand il est impuissant, il a trouvé d’autres plaisirs, plus personnels, mais que tous, il le sait, apprécieraient, s’ils l’osaient.

Ils ne les évoque qu'avec ses... amis n'est pas le mot, non, ses semblables. Il préfère soliloquer, sourire qu'un témoin imagine la source de sa satisfaction. Ses paroles le conduiraient dans une cellule aux murs doux et blancs, il y serait bien pourtant, comme…

Secrets qu’il se murmure la nuit venue, dans un silence de caveau, quand il caresse ces murs devenus ses amis depuis le temps qu’il leur parle, ses confidents en cherchant comment aller plus loin ? L’action est une fuite devant l'ennemi qui le suit, prêt à lui sauter dessus pour lacérer son esprit et le jeter aux chiens ou aux rats.

Son père lui en parlait, soulignant que ces doctes animaux feraient un détour pour éviter des restes qu’ils jugeraient insupportables.

Conduisant il sourit, tuer son père fut son premier crime, le plus important. Celui qui lui fit prendre un autre chemin, si peu à l’écart que nul jamais ne constata la distance qu’il prenait.

Il ne vit pas en ermite, le monde est sa jungle et la finance une arme qu’il connaît bien, un sens particulier de la prédation le fait bondir sur les meilleures affaires, prendre des risques et gagner gros, ceux qui se trouvent sur son chemin n’y restent pas longtemps, une façon de tuer légale, plaisante, moins que l’autre. Sa préférence à lui...

La nuit est avancée, rentrer, mettre son pyjama, se glisser dans son grand lit où l’attend sa vieille peluche, souvenir d’enfance qu’il peut prendre dans ses bras. Quand il était petit il pouvait pleurer mais seule la peluche s’en souvient.

Au passage lui revient son engagement de faire porter un chèque à une association locale pour l’aide aux animaux, il le fera, il les aime, tous, sauf un, ou autrement, pour jouer.

Jamais il ne vécut dans une autre maison que celle qu’il retrouve avec plaisir, un héritage du côté de sa mère. Les domestiques viennent la journée, repartent en fin d’après-midi, il est seul avec ses ombres.

Sa mère est morte, il a conservé le mannequin qui la représentait, le tailleur pouvait sur ce dernier faire les essayages avant qu’elle ait à passer la robe qui lui plaisait. Un mannequin sans tête ni membres, un détail qui expliquerait certains de ses goûts…

Au moment de s’engager sur la voie privée menant à son habitation un homme se jette devant sa voiture, c’est tout juste s’il a le temps de freiner en jurant, le bonhomme passe, fait un geste pour s’excuser, tu parles ! Il aurait suffit d’un petit coup d’accélérateur, il aurait pu se tromper de pédale, le réflexe fut plus fort.

La porte du garage s’ouvre en silence, il engage sa voiture, deux autres sont déjà là attendant son bon vouloir.

Il descend du véhicule, n’a pas un regard pour la porte qui se referme, il a tant à faire, de souvenirs à retrouver, aussi ne voit-il pas l’ombre se dégager de sous sa voiture et le suivre.

Son plaisir est toujours grand de replonger dans ce milieu, de connaître les secrets des coins d’ombre, des voix, des cris et des menaces, un goût d’émotion dont il ne supporte plus la réalité, ainsi sa haine subsiste-t-elle. Il puise dans son passé le désir d’un présent selon ses désirs, mélangeant argent et souffrance au point que le premier semble là pour que l’autre ne domine pas tout, pas encore.

L’épaisseur des tapis lui permet de marcher pieds nus, le temps de se changer, de se servir un verre d’eau gazeuse, il ne supporte pas l’alcool, manque d’habitude, il entend conserver ce qu’il croit être sa lucidité et qui n’est qu’une toile peinte qui veut singer la réalité.

Une silhouette glisse dans les couloirs comme chez elle, écoute la musique qui court le long des murs pour remplir l’espace et chasser les souffrances qu’un enfant déposa partout comme un chien qui marque son territoire en urinant dans tous les coins.

Depuis quarante ans le décor n’a pas changé, choisi par sa mère, tapisseries, bibelots, la couleur des lambris, la taille des miroirs, pas un détail laissé au désir d’un autre. Debout au centre de la pièce résonnent encore les insultes mordantes que son père lâchaient sur lui. La statue de bronze était une invite... Sa mère descendant l’escalier à cet instant découvrit la scène et se mit à rire. Ne sortant jamais elle n’avait que cela à faire. Elle s’approcha pour passer la main sur le crane comme on caresse un bébé dormant, le sang salit ses doigts mais le goût ne lui déplut pas !

Ils étaient si complices et elle aimait tant le goût de cette liqueur rubis, elle ne demandait rien mais ses grands yeux noirs étaient expressifs. Il prenait le rasoir, quelque gouttes qui la ravissaient.

Elle est morte depuis longtemps, parfois il doute, et si elle avait été enterrée vivante ? Cela avait débuté une semaine après l’inhumation, il était encore temps. Le cimetière, le caveau, le cercueil sombre, rien de plus facile que de l’ouvrir, de regarder, elle comprendrait.

La peau avait perdu sa jolie couleur, les lèvres s’étaient rétractées en un hideux sourire, une face toujours belle derrière les boursouflures, malgré les frémissements des paupières sous l’action des vers. Les yeux disparaissent vite, un mets délicat, n’est-ce pas ?

Elle était morte, cependant le doute revint, s’était-il trompé, abusé par les circonstances et l’émotion il devait vérifier.

L’action de la mort est à sens unique, au fil de ses visites il en suivit le développement, comment les chairs fondent en exhalant une odeur qu’il apprit à aimer, les couleurs de la corruption, les nodosités sur la peau, un contact étrange mais doux et rassurant dans un tel silence.

Il vit s’effondrer l’abdomen, les côtes saillir, il vit la bouillie infâme dont se gobergeaient de jolis vers translucides, il en prenait sur ses doigts, découvrait leur affolement d’arpenter un univers chaud et palpitant, il aurait apprécier de les voir pénétrer son corps, de les sentir grouiller… Mais non, il sourit, l’image est folle, folle…

Lui ne l’est pas, non, il le sait et se le répète sans cesse.

Nulle part n’apparaît la photo du père, un seul portrait dans la maison, unique visage, magnifique tableau dans le salon face à un miroir immense, ainsi sa mère peut-elle l'observer facilement. Il n’est jamais vraiment seul, tant de doux moments sont à revivre, des secrets qu’il évoque rarement pour lui même. Chut ! Seule la peluche sait, elle qui était déjà là quand sa mère le serrait contre elle, quand elle utilisait son corps, quand elle s’ouvrait en gémissant à son bras, qu’il frappait en elle, fort, plus fort, toujours plus fort.

Trop fort un jour ! Elle le voulait, le suppliait, mourir de plaisir.

L’arrêt de la musique le fait sursauter, ce n’était que le troisième mouvement, c’est cette saloperie qui…

Cet homme en noir est anormale, il le sait… Il n’est pas fou, pas fou. Une hallucination, le poignard qu’il tient est irréel, impossible.

- Que voulez-vous, qui êtes vous ? Un fantôme ? Je ne crois pas en vous, vous ne pouvez rien contre moi, rien… Une illusion, une …

L’ombre s’avance, un mouvement du bras, le poignard traverse les vêtements, effleure la peau. Le blessé recule, refuse. Fuir, il doit courir, mais où, que faire, personne n’est là pour le lui murmurer, seule cette griffe d’acier lui parle. Il supplie, ce n’est pas lui, ça ne se peut pas, un enfant est innocent n’est-ce pas ? Innosang !

Il ne sait pas se défendre et pleure, gémit de sentir la lame courir sur son corps, dessiner un cercle rouge sur ses cuisses, sur ses bras, comme il aimait à le faire. Mais lui ne se contentait pas de cela.

Caresse sur la gorge, une chaleur brusque, le froid ensuite, il ne comprend pas, il ne sait plus, mais il n’est pas seul, sa mère lui sourit, elle promet le réconfort qu’elle seule savait lui prodiguer.

S’effondrant il murmure pour la première fois : Maman…

                                        * * *

Il frémit de joie quand ils s’approchent, en chacun il restera, il fait corps avec eux, bientôt ils seront un seul être, forme prête à recevoir Celui qui revient, Celui qui, venant de l’Aube des Temps, en marquant la fin, incarnera l'Éternité.


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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 06:42
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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 05:38

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 06:15
Quelques citations d'Alfred JARRY, auteur caché dans l'ombre de son personnage principal :

Les accidents de métro, chemins de fer, tramways, etc..., ont ceci de bon, comme les guerres, qu'ils éclaircissent le trop-plein misérable de la population.



 

Je ne comprend pas qu'on laisse entrer les spectateurs des six premiers rangs avec des instruments de musique.

 

L'amour est un acte sans importance, puisqu'on peut le faire indéfiniment. 
 

Dieu est le point tangent de zéro et de l'infini. 
 

Les femmes mentent par le chemin des écoliers. 
 

Il faudrait dans le Code Civil, ajouter partout "du plus fort" au mot loi.

 

La plus noble conquête du cheval, c'est la femme. 
 

L'homme et la femme croient se choisir... comme si la terre avait la prétention de faire exprès de tourner. 
 

"Dieu en vain tu ne jugeras" est la seule courtoisie valable ; il est ridicule de cracher sur son miroir.

 

Les vieillards il faudrait les tuer jeunes.

 

L'indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force principale des hommes libres. 


 

L'eau, liquide si impur, qu'une seule goutte suffit pour troubler l'absinthe.

 

La liberté c'est de n'arriver jamais à l'heure.
 
 

L'oubli est la condition indispensable de la mémoire.


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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 05:09
La Porte de l'Enfer - 04

                                                  05

Des chants courent le long des murs, y puisent la force du passé avant de revenir vers les créatures unies par la voix, la nudité, la pensée et la foi. Quelques chandeliers dispensent une lumière faible mais suffisante. Les corps oscillent, la peau se couvre de sueur alors que cœurs et souffles s’accélèrent. La transe les rassemble en un seul être, un seul gémissement d’espoir et de désir mêlés. Les esprits se vident pour que vienne ce qu’ils attendent depuis si longtemps. Tous savent le temps de la délivrance proche, quelques jours à peine, tenir, tout donner pour que s’ouvre la Porte. Ils ne sont que matière en quête du pouvoir qui lui donnera forme.

Le temps n’a plus de sens, l’individu, plus de réalité, bientôt chacun sera en tous et tous seront en chacun, alors la force circulera et le temps renaîtra. Ils s'offrent. Nus ils guettent le réveil du passé.

Les corps oscillent alors que les visages se parent de larmes, un unique rythme pour tous les cœurs, une unique pensée pour chaque âme, l’extérieur… Ce mot ne signifie plus rien, par l’intérieur va se révéler leur espoir, ils savent ce que signifie sacrifice : Devenir sacré.

La chaleur caresse les corps, lèche le sel sur la peau, les dents se montrent, grande est la faim de goûter à l’offrande magnifique.

Qui se sent prêt(e) le sait et montre l’exemple, chacun suivra.

Le chant se fait plus profond, venant d’un monde de mystères et de terreur, de souffrances et d’indicible. Les visages expriment la sérénité, si les yeux brillent c’est qu’il contemplent l’évidence, une lumière naissante qu’eux seuls discerneront.

Un jeune homme se détache, nimbé de joie, l’amour l’entoure, le soutient, un soupir de satisfaction grandit quand, extasié, il plante ses dents au plus profond de son avant-bras droit.

Qu'offrir de mieux que sa vie ?

                                        * * *

Les clochards cherchent le sommeil, entre couvertures et cartons ils cherchent la position permettant le sommeil. Ils ont envie de quitter cette réalité, de se payer un rêve, ils ont ce qu’il faut. Pourtant ils devraient être à l’abri, un hangar désaffecté, en attente de démolition depuis des années, ils seront morts que les murs seront encore debout. Sur ce point ils ont raison.

Quelques mots circulent, un sabir par eux seuls compréhensible. Il est question de ce temps bizarre, d'une rumeur annonçant un danger imprécis, comme si l'angoisse était le héraut annonçant sa venue.

Ils décident de bouger, leurs protections sont insuffisantes, marcher sera… Mais ils ne peuvent pas, de seconde en seconde le thermomètre descend, implacable. Leurs muscles ne répondent plus, leur peau se fendille, leurs poumons gèlent, mourir de froid n’est pas douloureux dit-on, ils pourraient en témoigner.

Ce rire ? Sans doute le vent s’amusant comme il peut.

Des enfants jouent sur le toit de leur immeuble, endroit magnifique d'où ils contemplent le quartier, les lumières. Un poste d’observation idéal. Le froid ne les effraie pas, ils ne savent ce que c’est que pour en avoir entendu parler, pour avoir vu des images à la télévision sur ce qui se passait ailleurs. Rien de dramatique, des voitures qui dérapent, des personnes qui glissent, un copain.

Le plus grand, et le plus con, frime sur le muret de protection, large, sans danger pour qui n’a pas le vertige. Il écarte les bras, se penche, fait l’avion, feint de tomber, il domine et les autres se sentent bien bêtes de refuser le défi.

Éviter les moqueries à venir, s’assurer une place dans sa propre estime. Tous montent sur la balustrade, rient du vent faisant danser leurs cheveux. Ils crient pour se faire entendre, le jeu est fantastique, et puis le vent se fait plus violent, le froid plus vif. Le vantard veut se retenir, l’angoisse est plus forte que l’image qu’il veut imposer, son corps est tétanisé, une rafale le fait basculer, sa bouche gelée ne laisse échapper aucun son, ses copains ont juste le temps de le voir s'écraser avant qu'un hurlement les emporte tous.



Dans le salon un jeune couple regarde la télé quand les émissions cessent brusquement, puis c’est au tour de l’électricité, leur moyen de chauffage, à l’abri ils s'attendent à un bref refroidissement, bien vite ils déchantent, leur position en hauteur n’est pas un avantage et quand la baie vitrée explose ils doivent en convenir.

Le froid s’impose dans les rues, pénètre les maisons, les corps, les records sibériens sont dépassés. Un cyclone glacé qui ne laisse rien au hasard, qui choisit, frappe, tue et détruit à loisir. Un gros porteurs, système électronique bloqué, s’écrase sur un bloc d'immeubles surpeuplés, les ordinateurs s’éteignent, les groupes électrogènes des hôpitaux rendent l'âme, essence gelée. La catastrophe qui s’abat sur (HEL)L. A. et sa région n’était pas annoncée, ni même prévisible, un cataclysme météorologique inconnu à ce jour. Une incroyable conjonction de facteurs sera invoquée pour expliquer ce qui s’est passé, un expert dira ceci, un autre démontrera le contraire. Les explications ne manquent jamais, mis à part la vraie, bien sûr.

Les cadavres gênent la circulation, voulant appeler au secours des personnages âgées ouvrent leurs fenêtres, et sont saisies sur-le-champ. Les voitures s’encastrent les unes dans les autres, la ville sombre dans l’obscurité et la folie. Pas de pillage, pour cela il faudrait sortir, or le danger est dehors, mais il sait entrer, en frappant.

Dans le bureau de Wool les hommes se protègent comme ils peuvent, Diatek est celui qui paraît le plus à l'aise, habitude d'enfance. Faire circuler le sang, lutter contre l’engourdissement et un étrange sentiment de panique puisque rien n’est visible, pas d’agresseur armé, de fou utilisant une tronçonneuse, le froid est invisible mais s’insinue jusque dans les pensées. Une impression de fin du monde. L’obscurité, un silence grandissant et un ciel se moquant de ces êtres évolués mais sans défense contre un phénomène naturel.

Pas de télévision ni de radio, le mutisme d’une société apprenant la mort. Les mémoires électroniques s’effacent, le froid est purificateur autant que le feu, en plus sournois.

Trois ou quatre heures, pas davantage. Des milliers de victimes et trois hommes que le changement de température effraie.

Wool le premier arrive à murmurer quand revient le soleil.

- Diatek, il y a quelque chose que je voudrais ne pas te demander.

- Je ne voudrais pas te faire la réponse que tu ne veux pas entendre.

- C’est mieux, nous avons du travail, allons voir.

Dont acte.

Vision sidérante, débris, carcasses de voitures, morts éparpillés, les vivants circulant sans paraître savoir où ils sont. Sur les marches ils découvrent un décor de film catastrophe auquel le soleil donne un air irréel, une aube nouvelle sur un monde constatant sa fragilité.

Diatek et Morton échangent un regard, Wool fait mine de ne pas le remarquer. Les deux premiers savent quel le pire est à venir, le troisième feint de l'ignorer. Ce froid prouve que la Porte de l’Enfer s'entrouvre. Bientôt la vie reprendra, chacun trouvera une raison, les prophètes arpenteront rues et télévisions pour expliquer qu’il s’agit d’un message divin dont il n’existe qu’un moyen de comprendre la signification. Obéir, s’agenouiller devant le très-haut et ne pas oublier le chèque au nom du prédicateur, pour ses œuvres.

- À ton avis, la suite ?

- Si je le savais ! Je n’attendais pas un tel déchaînement.

Morton opina, sa curiosité de scientifique s’aiguisait tout en sachant ses connaissances inutiles.

- Ne cherche pas à comprendre pour le moment, il y a autour de nous des mystères que la science préfère éviter.

- Tu veux dire les scientifiques ?

- Oui.

- Tu penses à un ensemble de phénomènes naturels ?

- Que savons-nous du possible ? En tant que français nous rejetons le mot impossible, à titre personnel aussi.

- Tu pourrais m’en dire davantage. C’est intrigant, passionnant, que donnerais-je pour en savoir plus.

- Il se pourrait que tu n’aies rien à donner mais que tout te soit pris. L'imagination nous maintiens en terrain connu, le savoir, lui...

- Le nôtre est vaste.

- Infime en réalité, question de comparaison.

- Crois-tu que Wool comprendra ?

- Il ne le souhaite pas, il nous aidera en espérant que les choses passent vite, qu’il n’ait pas trop de blancs dans son rapport, il l’apprendra et ce sera la vérité. Pour quelque temps du moins.

- Tu crains autre chose ?

- Craindre ? Non, j'attends. Nous vivons dans un monde gorgée de technologie mais où la science est rare, la première suffit à l'usage, la seconde permettrait de comprendre. La communication est une idole rémunératrice basée sur la résurgence de l'instinct grégaire causée par l'angoisse du monde qui s'approche, comme la religion finalement, ce qui arrive est une force primaire que nous pressentons par les bases physiques plus que physiologiques de nos êtres. L’heure n’est pas à ce genre de discussion, notre ami américain revient.

- C’est le bordel, plus de communication, il faudra des jours pour tout remettre en place, il y a des cadavres partout, heureusement, si j’ose dire, le froid les conserve. Incroyable qu'un refroidissement, même violent, nous mette à genoux. Enfin, tout ça n’est pas de mon ressort, je ne suis qu’un policier parmi d’autres.

- Tu dis cela pour te faire du mal.

Les policiers échangèrent un regard, le grand américain frémit, il voyait dans l’œil du français une lueur étrange qu’il hésitait à qualifier d’inquiétante.

A tort !


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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 05:06
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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 05:44

 

Monsieur le secrétaire !

 

Je vous appelle ainsi car je sais que ce courrier tombera entre vos mains, le niveau premier d'une hiérarchie bureaucratique, n'y voyez pas d'agressivité, c'est un simple constat basé sur l'expérience. Bref, ces lignes n'ont pas pour but de vous faire perdre votre temps mais de vous rapporter un simple fait qui, j'en suis sûr, retiendra votre attention.

 

Autrefois, probablement n'étiez-vous pas né, j'ai écrit à votre, lointain, prédécesseur pour attirer son attention sur des personnes d'une obédience que notre gouvernement, et celui d'un pays ami, voyaient d'un mauvais œil, il ne m'appartient pas de dire s'il avaient ou non raison en cela, je ne suis qu'un individu lambda soucieux de respecter les lois de son pays sans moyen de pouvoir les remettre en cause et sans motif aucun pour cela.

 

Un peu plus tard je me suis fait fort de rapporter les comportements d'individus, pourtant ressortissants de notre beau pays, mais s'opposant violemment aux représentants de l'état ami auquel je fis allusion plus haut. Les années passant je dus me soumettre aux modifications apportées par les circonstances et soumis à la sagacité de fonctionnaires bien placés des listes de gens qui durant la période sombre que nous connûmes s'étaient enrichis bien plus que moi, je veux dire, d'une manière malhonnête, j'en fus là encore récompensé. Je n'ai pas cessé depuis de noter et de rapporter mais, l'âge venant, et les opinions de mes descendants aidant j'en suis venu à m'interroger sur moi-même, ainsi naquît l'idée de cette missive qui a pour but de soulager en mes derniers instants la conscience qui me reste, car n'en doutez pas, j'en eu toujours une, certes rigide mais toujours encadrée par les préceptes que mon éducation et la ceinture de mon père m'inculquèrent.

 

J'en arrive à l'objet de ce pli, l'évocation de mon comportement au long de ces années, ayant tant observé, épié diraient les mauvaises langues, autour de moi n'est-il pas logique qu'en mon grand-âge j'en arrive à me regarder, pire, à me voir ?



 

Il m'est possible d'admettre avoir parfois causé des tracas à des personnes que d'aucuns considéreraient comme innocentes, encore que ce mot soit un peu flou, néanmoins, ayant une grande famille qui ne sait rien des sources de sa prospérité, et je gage qu'elle préfère l'ignorance, vous ne vous étonnerez pas que je signe simplement :

 

                                                                    A. Nonyme

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 05:38

Sur fond de soleil levant les têtes d'ogives nucléaires semblaient des crocs destinés à mordre le ciel, un vent doux les effleura sans qu'elles semblent le remarquer, elles patientaient comme des enfants sages attendant sans regarder l'heure le retour de leur mère.





Quelques cris d'oiseaux résonnèrent accompagnés de bruits d'ailes battant dans un ciel d'un bleu soutenu, rien ne semblait pouvoir perturber une nature sereine et souriante, et surtout pas ces flèches d'acier couvertes de rouille et de fientes dont aucune forme de vie n'aurait pu dire l'utilité.

 

Et moi non plus !

 

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