Monsieur le secrétaire !
Je vous appelle ainsi car je sais que ce courrier tombera entre vos mains, le niveau premier d'une hiérarchie bureaucratique, n'y voyez pas d'agressivité, c'est un simple constat basé sur l'expérience. Bref, ces lignes n'ont pas pour but de vous faire perdre votre temps mais de vous rapporter un simple fait qui, j'en suis sûr, retiendra votre attention.
Autrefois, probablement n'étiez-vous pas né, j'ai écrit à votre, lointain, prédécesseur pour attirer son attention sur des personnes d'une obédience que notre gouvernement, et celui d'un pays ami, voyaient d'un mauvais œil, il ne m'appartient pas de dire s'il avaient ou non raison en cela, je ne suis qu'un individu lambda soucieux de respecter les lois de son pays sans moyen de pouvoir les remettre en cause et sans motif aucun pour cela.
Un peu plus tard je me suis fait fort de rapporter les comportements d'individus, pourtant ressortissants de notre beau pays, mais s'opposant violemment aux représentants de l'état ami auquel je fis allusion plus haut. Les années passant je dus me soumettre aux modifications apportées par les circonstances et soumis à la sagacité de fonctionnaires bien placés des listes de gens qui durant la période sombre que nous connûmes s'étaient enrichis bien plus que moi, je veux dire, d'une manière malhonnête, j'en fus là encore récompensé. Je n'ai pas cessé depuis de noter et de rapporter mais, l'âge venant, et les opinions de mes descendants aidant j'en suis venu à m'interroger sur moi-même, ainsi naquît l'idée de cette missive qui a pour but de soulager en mes derniers instants la conscience qui me reste, car n'en doutez pas, j'en eu toujours une, certes rigide mais toujours encadrée par les préceptes que mon éducation et la ceinture de mon père m'inculquèrent.
J'en arrive à l'objet de ce pli, l'évocation de mon comportement au long de ces années,
ayant tant observé, épié diraient les mauvaises langues, autour de moi n'est-il pas logique qu'en mon grand-âge j'en arrive à me regarder, pire, à me voir ?

Il m'est possible d'admettre avoir parfois causé des tracas à des personnes que d'aucuns considéreraient comme innocentes, encore que ce mot soit un peu flou, néanmoins, ayant une grande famille qui ne sait rien des sources de sa prospérité, et je gage qu'elle préfère l'ignorance, vous ne vous étonnerez pas que je signe simplement :
A. Nonyme

