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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 07:07
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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 07:16











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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 06:45
Dans l'Ombre des Murs - 2 
 

                                   03


Tourner en rond, manège comme ceux sur lesquels je montais enfant, tentant de gagner un tour gratuit. Carrousel de la normalité. Le jour achevé est matrice du suivant, un tour pour un autre, rien ne change. Le temps s’est absenté, désintéressé d’une vie qui ne lui offre aucune distraction. Tant d’existences ne sont qu'occupations pour oublier le passage du temps, qu'il n'y à devant soi que la mort à trouver. Combien sont-ils, de l’autre côté, d'individus plus ou moins atteints dans leur intégrité mentale, infirmiers, surveillants, regardant dans la direction de ces murs, s’interrogeant sur ce qu'ils dissimulent ? Ma présence ne saurait être secrète, ils murmurent, évoquent mon cas, mes antécédents, me connaissant mieux que je ne me connais moi-même, décrivant ce que je fis apportant leurs commentaires plus ou moins cruels et sincères. Je gage qu’aucun ne voudrait du régime de faveur qui m’est octroyé.

Seraient-ils difficiles à escalader ? De près ils sont impressionnants, remparts n’interdisant pas d’entrer mais de sortir, la plus efficace des prisons, celle qui offre un abri, où le prisonnier n’envie pas le geôlier.

Je n’essaierai pas de fuir. Dans l’ombre des mots je cherche à briser les murs en moi, craignant d’y parvenir un jour.

Le silence est irréel, où sont les oiseaux, les bruits, celui du vent dans les branches. Je sens à peine un souffle d’air sur mon visage, à croire que je suis seul vivant, que je suis le dernier. J’aimerais un signe de vie, n’importe lequel ! Pas un insecte dans l’herbe, rien qui grimpe et se faufile dans l’écorce du chêne.

Parler aux plantes, murmurer à une fleur, embrasser l’arbre.

Je… Non, j’avais cru entendre un bruit de pattes dans mon dos, j’ai cru discerner une silhouette souple s’estompant alors que mon regard la frôlait. Mais non, rien que les murs, que moi, rien…

- Que faites-vous ?

- J’ai cru sentir une présence sur mes genoux, un chat que j’allais caresser. Celui que j’avais jadis, petit animal aux yeux verts, à la fourrure de nuit. Il venait sur moi, me tenait compagnie, le meilleur ami que j’eus jamais. Je percevais sa respiration, il ronronnait, ne bougeait pas si je me levais, je le tenais, il semblait heureux d’être près de moi, je l’étais qu’il soit là, nous nous entendions si bien. Il mourut un an et un jour après être arrivé à la maison. La mort ne laisse rien passer, elle me poussait vers l’obligation de continuer mon chemin, seul. Je me souviens, notre dernière nuit, si j’avais su… Le temps est à sens unique, à sens inique. Je sais, aucune lamentation ne le fera renaître, croyez que je le regrette, je préférerais le voir revenir lui plutôt que je ne sais quel savant aux découvertes prometteuses pour l’avenir de l’humanité.

- Pas d’autres amis ?

- Des relations, celles que je vis tomber dans le gouffre, visages croisés au hasard des rencontres, personnes qui m’occupèrent un moment, ne pouvant me retenir. Je n’en veux à personne, qui aurait pu y parvenir, qui aurait eu la force de s’opposer à des puissances intérieures dont nous constatons l’efficacité sans comprendre la nature. Je voudrais être le vent, courir sur le monde, y semer la désolation jusqu’à m’épuiser. Me faire tempête et paniquer les équipages de ces minuscules embarcations croyant pouvoir me défier. Je les vois courir, s’agiter sans savoir quoi faire, espérant que le mouvement noierait leur terreur. Je vois ces coques fragiles se briser sur les rochers, ces petits êtres s’accrochant à ce qu’ils peuvent, désespérés, voulant tout tenter pour survivre, un peu, encore un peu. Quand certains luttent jusqu’au bout d’autres ont la sagesse de se laisser aller dans une mort inévitable ! Symbole d’une force devant tout à la nature quand bien même je n’en comprendrais pas la réalité. Cette force qui me fit tenir, résister à la tempête non en m'opposant mais en m’évertuant à devenir elle au point de m’oublier. Elle se calme, le vent s’apaise et les nuages laissent place au soleil. Combien de bateaux coulés ? Si peu ! C’est désolant de se donner tant de mal ! Mais le jour viendra où nul navire ne croisera plus sur quelque mer ou océan que ce soit, où nul humain ne cherchera plus de réponses à d’inutiles questions. Ainsi fut la première aube du monde, quand rien n’était encore fixé, quand chaque jour voyait, une vie se cherchant sur une terre nouvelle. Je reproduis cela à mon petit niveau. L’humain était une idée se dessinant dans l’avenir de l’évolution, une idée qui pouvait se réaliser. Vous penserez qu’à nouveau, me voulant différent, j’exprime mon rejet de l’humain. Je refuse l’anthropocentrisme, cette idée qui fait de l’homme le centre de la Création, avec une majuscule comme si elle avait besoin d’un but. Nous ne sommes pas indispensables, pas même en miroir permettant aux choses d’exister en les voyant, en les nommant. Se sentir être est un piège plus qu’une qualité.

- Dans lequel vous êtes tombé pourtant.

- Sans l’avoir désiré pourtant professeur.

- Mais sans le refuser.

- L’aurais-je pu ? Le courant m’emportait et pour surnager j’ai laissé de côté une volonté devenue inutile. La tourmente m’emporta si loin que quand revint le calme je ne pus contenir mon effroi. En vouloir à quelqu’un est superflu, des êtres que je croisais reste un nom, deux dates, le temps gommera tout cela.

- Un nom, en avez-vous un ?

- Un nom, j’ai commis une inversion, c’est le mien que j’ai inhumé, tassant la terre par-dessus afin de ne plus retrouver le lieu de l’enterrement. Un bois quelconque, je vois les arbres, des résineux, un tapis d’aiguilles, aucune herbe sur cette colline, je regarde le sol en me souvenant difficilement que je viens d’y jeter ce patronyme qui ne me servait plus. Un nom indique pour les autres, en a-t-on besoin pour soi, pour se reconnaître, se résume-t-on en quelques mots ?

- C’est l’héritage des vies qui vinrent jusqu’à vous.

- Combien s’unirent-elles ? Combien de noms différents, pourquoi en conserver un seul et oublier les autres ? J’ai conscience de ce passé, de cette chaîne que je perpétue, une identité est superflue.

- Une chaîne dont vous êtes un maillon ou une fin ?

- Je préférerais une fin. Je sais, la normalité voit l’enfant devenir parent. Tout cela accroît la taille des cimetières. La vie se retrouve-t-elle dans davantage de cadavres ? Si avant de naître j’avais lu le livre de mon destin, je l’aurais refermé, laissant à un autre la charge de l’assumer à ma place.

- Cela n’arriva pas, de ce livre vous ne connaissez que les chapitres jusqu’au présent, d’autres attendent, probablement nombreux.

- Ce pourrait être le dernier.

- Pour le savoir il vous suffit de vivre, si cela vous semble difficile c’est que vous devinez de nombreuses pages vous restant à écrire, à vivre, et c’est diablement plus difficile.

- Diablement est le mot juste. De nombreux personnages naquirent, vécurent, certains moururent même sous mes doigts, en suis-je un existant dans l’esprit d’un quelconque écrivain, ayant pu m’imposer en lui, désireux de tenir encore, de lui arracher sa vie afin que la mienne (?) perdure. Traverser le miroir de la création pour découvrir une autre vie, et encore d’autres interrogations ? Serait-ce l’œuvre d’un autre auteur en l’esprit de qui je pourrais m’imposer pour ensuite… L'éternel retour nietzschéen. Je n’eus pas pouvoir sur le début de mon histoire, je peux penser en avoir sur sa fin.

- Arrivera-t-elle ici ?

- Qui sait, totale ou symbolique, laisser une peau de mots. Muer dans votre bureau est une image qui me plait et la dépouille temporaire que j’y laisserais ne serait pas encombrante.

- Et ensuite ?

- Le bout du chemin ? Tentant de le deviner je le décrirais comme un masque jeté sur le néant pour dissimuler l’inéluctable.

- Vous avez enduré la tempête, survécu au calme, votre présence ici le prouve. J’ai vu bien des esprits brillants s’effondrer sur eux-mêmes comme une étoile se transmutant en trou noir, leurs esprits écrasés laissaient des âmes prises dans des tortures indicibles qu’aucun médicament ne pouvait endiguer.

- Combien qui paraissent calme, intériorisés ne font-ils que livrer un combat contre la souffrance. Une théorie affirme qu’il existe des trous blancs en réponse aux trous noirs, bien que nul n’en ai jamais vu. Un esprit contracté à l’extrême trouverait-il un univers d’expansion autre que celui de la folie ? Je devine ce processus, quand les pensées se font de plus en plus nombreuses, complexes, quand rien ne peut les arrêter, alors le cerveau ne sait plus les encaisser, les diriger ou les organiser, il s’autodétruit à l’instar d’un mécanisme électrique soumis à un voltage trop élevé. La vie teste ses créations puis les réutilise. La folie est promesse professeur, la main de la vie qui s’offre. Vous avez pressenti que les déments que vous suivez s’extraient de la banalité que vous subissez, qu’ils s’approchent de ce qu’aucun terme ne peut définir. Ils ne survécurent pas à cette proximité et vous supposez que moi je le pus. Vous me laissez passer devant, en héraut, déblayant le chemin, prêt à regarder par-dessus mon épaule, à courir ce risque. Je perçois votre curiosité, votre dépit et votre effroi d’un chemin que vous ne pouvez emprunter car celui qui le cherche ne peut le trouver, la lucidité en ferme l’accès. Vous avez suivi des esprits en errance, perçus dans la représentation qu’ils donnaient des évidences insoupçonnées sans parvenir à en distinguer plus que ces figurations à peine compréhensibles. Vous savez qu’un jour quelqu’un réussira, un taux de réussite se doit d’être non nul potentiellement. L’envie vous fait avancer professeur, je la vois couler de vos yeux, tenter de m’engloutir. Je ne suis pas hostile à cette idée. Nous pouvons nous entendre, nous soutenir mutuellement. A m’entendre je crois surprendre le discours d’un fou tentant de définir sa propre démence, de la rendre logique, compréhensible, sans y croire totalement, pour se rassurer. Les échos de l’ouragan résonnent encore dans le calme m’entourant. Malgré vos efforts vous êtes si loin de moi. J’ai envie d’ouvrir les yeux, d’observer le monde autour de moi, de savoir si je suis le premier ou le dernier. Les ténèbres sont en moi, m’ayant presque submergé ils se retirent lentement. Jusqu’à quel niveau le feront-ils ? Que découvrirais-je ? C’est un jeu, le prendre ainsi est la meilleure solution. Quand j’étais… J’allais dire "vivant", non, quand j’étais dehors je ne me posais pas la moindre question, fétu porté par des courants incontrôlables. Dehors… je fis comme je pus, rien de plus.

- Ce lieu est un havre de paix vous autorisant à récupérer. Quand arrive un nouveau patient j’espère qu’il parviendra à s’en sortir et pourra quitter ce service. Ceux qui y parvinrent le firent dans un cadre strict, dont ils avaient besoin. Je reconnais que vos paroles s’approchent de la vérité, quand bien même je n'ai-je jamais osé me l’avouer aussi crûment, je suis médecin avant tout et si je parviens à soigner un malade, à l’apaiser, j’en suis heureux, plus si, en chemin commun, j’apprends de lui ce qui peut en aider d’autres.

- C’est l’entourage que j’attendais, contrôle médical, une réalité qui s’imposerait si je m’en éloignais trop ; seul dans mon placard je ne pouvais aller plus loin, qui m’aurait tendu la main, tentant de me retenir, qui savait ce que je faisais, qui me connaissait ? Puisque les faits sont ainsi je fais avec, les utilisant au mieux de mes intérêts, si vous y trouvez votre compte ça ne sera pas plus mal. L’esprit sait jouer, se tromper lui-même pour recouvrir la vérité le temps de s’y habituer pour survivre à des circonstances pénibles, trop pour êtres vécues lucidement. J’ai encore mal aux mains de m’être accroché désespérément à mon radeau fait de touches sur lesquelles je tapais le plus vite possible. J’ai hurlé sur le papier, qui pouvait m’entendre.

- Vous, l’écho qui bruisse dans vos oreilles est celui de ces nuits, de ces jours, de ces heures à marteler pour vous étourdir du bruit des touches, comme une cavalcade de chevaux furieux, destriers de la démence tentant de vous écarteler.

- Vous parlez comme j’écrivais. J’en tire la conclusion que vous me lûtes. J’entendis les sabots heurter le sol, ils se rapprochent mais je suis plus rapide. Que m’arrête la certitude d’avoir distancé mes poursuivants !

- Vous poursuivent-ils avec l’intention de vous attraper ?

- Peut-être pas. Ils purent avoir rôle de me pousser, livré à mon instinct je pris le chemin que la réflexion interdit de découvrir. Je me retrouve ici dans l’œil du cyclone, fermant les yeux j’entends le ronronnement du tonnerre, amical, les hurlements du vent qui, s’il résonne dans mon esprit, ne sait plus l’emporter. Par la souffrance il se densifie et rien ne peut plus l’atteindre, le faire trop vite amène à l’effondrement, maîtriser le processus permet de le comprendre sans dépasser le point de non-retour. Il existe, cet endroit permettant de s’échapper du piège. Une porte se présentant une seule fois, prenant souvent l’aspect tentateur qui est le plus sournois des traquenards dans lequel se précipite la conscience soucieuse de survie. Enfant je me rêvais debout, scrutant le ciel, murmurant une malédiction, redoutant que l’entendant les étoiles ne meurent me laissant dans une obscurité définitive. Être maudit serait une chance à condition de survivre, étreindre la folie en résistant à ses promesses. Elle m’en fit pourtant, je les entends encore, je revois ces images merveilleuses, dans le désert elle m’offrit la domination d’un monde sans substance, sans valeur, en regard de celui que je peux, maintenant, atteindre. Je tenais un verre entre les mains, le lâch… Le temps se distend, je le vois au ralenti se diriger le sol, j’ai fait un geste, m’en suis saisi, avant de goûter dans ce calice le sang d’une vérité sans prix. Premier, dernier, l’inverse ? Un pas pour changer de rôle, de monde.

- La vie se nourrit de projet, la satisfaction est insuffisante.

- Je suis sur le quai, certitude sous mes pieds. S’approche un bateau aux voiles de nuit, le seul capable de me conduire vers la clarté.

- Un retour au monde ?

- Le monde ? L’encre de mes veines se mue en venin. Par mes textes il coulera dans les esprits me lisant, les corrodant, les détruisant… Ils n’en mourront pas tous mais tous seront touché. A moi d’oser car ce poison ne passe pas innocemment par moi. J’en sens l’acre baiser. Je veux lui laisser me prendre ce qu’il désire sans lui abandonner ce que je suis en cédant à des promesses fallacieuses. Réussir, aller au bout de soi-même, qu’importe si ne reste de ces milliers d’heures qu’un seul volume, qu’un unique texte, qu’il ait la densité maximale et il attirera pour les détruire et/ou les instruire, les curieux du monde entier.

- Pourtant la vie est puissante en vous malgré ces vœux destructeurs.

- Ce qui meurt n’est pas détruit. Chaque être est une somme de pièces pouvant être réassemblées. Je cède au plaisir des phrases joliment tournées. Souvenir de la rage qui me poussait… Le radeau ne flotte plus, il a atteint sa destination, île au centre de la création. Ce n’est pas le cyclone qui se déplace, c’est moi. J’en ai traversé la moitié, il me faut continuer, et puis… Vous profiterez du spectacle professeur, si je me détruis d’aller trop loin, vous décevant de n’avoir pas atteint l’autre rive. Mon nautonier débutait. N’est pas Charon qui veut. En Enfer les apparences sont trompeuses, parfois de ne pas l’être, laissant apparaître la vérité, sachant qu’elle ne sera pas crue. Le vent reviendra, me détruira-t-il alors ? Je me sentirais exploser, dispersé. J’espère conserver un sourire ironique, partir sur une boutade car, après tout, cela n’a pas d’importance. A le regarder de loin un livre ressemble à une pierre tombale. Manquent les dates.

- On les trouve au dos, sous la photo de l’auteur.

- Pas de photo ! Et si possible, pas de nom. Le texte seul. Je ne fus, et je le dis au passé, qu’un intermédiaire, inutile d’en conserver le souvenir. Un livre est une mort puisque, paraissant il appartient au passé de son auteur. Le seul qui le lise au présent ! Pour les autres il a un arrière goût, parfois plaisant, de charogne.

- Vous médisez de votre travail.

- Par dépit, par impression d’être, déjà, cadavre. Ils se servit de moi pour naître. Inutile je finirai comme vos autres pensionnaires, assis, me balançant d’avant en arrière, horloge sans aiguille, exprimant les forces du corps. Ce qui resterait de vie en moi. Je…

- Oui ?

- Un souvenir, un rêve, je le fis ici, je me souviens, la tension contre mes poignets, mes chevilles, j’avais la sensation d’être de vers, grouillant d’une vie intérieure palpitante et répugnante. Je voulais hurler sans y être autorisé, par ma bouche ils auraient coulé sur le monde sans que rien ne puisse interrompre le déversement. Image de mon désir d’être un cadavre. Nul ver ne pouvait sortir de moi mais ces pensées grouillantes auraient rongé mon âme laissant une carcasse d’instincts à laquelle s’agripperaient quelques lambeaux de peurs. Une page blanche ressemble à un ver nécrophage, c’est ma vie qu’elle prend, pas seulement du temps mais surtout de l’énergie, de la passion autant que de la souffrance. Il est vrai que ce sont là des synonymes ! J’ai écrit une histoire traitant de cette sensation, un être gorgé d’asticots… Je ne me souviens pas de la fin, je suppose que ce devait être inquiétant. Suis-je mort ou porteur de mort ?

- Vivant et porteur de vie ?

- Tout à la fois, rien n’existe qui ne soit porteur de son contraire. Quelle ambition, je ne m’étonne pas que vous me gardiez ici avec ce que je dis d’énormités. Couvrir le monde, avoir pouvoir choisir qui survivrait ou non. Si ce n’est pas là un exemple de délire mégalomaniaque je ne m’y connais pas.

- Et vous vous y connaissez !

- Si vous êtes de mon avis que demander de plus. Je n'ai pouvoir que sur moi, de mort. De vie ? Aussi ! D’abord ! Les mots filent… filent mon suaire, tissent mon être, m’envahissent et me réveillent. C’est moi dans le miroir. Je comprends ma peur d’ouvrir les yeux.

- C’est pourtant ce vers quoi vous allez.

- Ces entretiens m’y aident.

- C’est mon métier, aider les autres, leur permettre de retrouver une vie… disons une vie qui leur convienne. La normalité ne va vraiment qu’à ceux faisant semblant de vivre.

- Jolie formule, je regrette de ne pas l’avoir écrite.

- C'est le cas, je vous ai lu et j’ai retenu nombre de vos phrases.

- Je veux bien être l’auteur de celle-ci. Vous m’aidez au mieux, plus ce serait trop, je n’en aurais pas l’usage.

- Je vous accompagne en étant le moins présent possible.

- Sauf maintenant, vous devez avoir l’impression que je vais trop loin, trop vite, qu’il importe de me retenir, sinon je vais péter les plombs. Je vous rassure, je doute que ce soit encore possible, mais je sans l’énergie m’envahir, j’ai besoin de la laisser reposer. Descendre plus serait dangereux. J’en ai conscience, je crains le miroir. L’image que je découvrirai sera différente de celle que j’ai en moi, mélangeant les deux je parviendrai à une vérité acceptable.

- La vérité n’est pas toujours bonne à comprendre.

- La franchise n’est pas inhérente à votre profession ?

- Il s’agit du bien-être de mes patients. Pour la plupart se défini est difficile. Il s’agit de vivre en accord avec soi. Aller contre la certitude qu’ils affichent et répètent pour y croire accroîtrait leur trouble. La vérité est difficile à définir, elle change au gré des impératifs et désirs du moment. Je dois accompagner mes patients sans les brusquer, pour eux l’équilibre est difficile. Ils oscillent entre des forces opposées mais rassurantes. C’est leur façon de faire l’horloge, de changer d’idée pour y revenir, et ainsi de suite.

- Les guérir, sont-ils malades ? Ne s’agit-il pas de tares génétiques irréversibles ? Vous leur apprenez de nouveaux comportements mais il s’agit de reprogrammation, pas d’éducation, si c'est cela un soin…

- C’est le mieux que je puisse faire, autant m’en satisfaire. Jeune j’étais plein d’ambitions, de rêves, que la réalité se chargeât de briser sur son autel d’évidence. Je tente d’être efficace en fonction des cas dont je m’occupe. De l’extérieur tous semblent identiques mais en les connaissant intimement apparaissent des différences prouvant que jusqu’au bout, ou presque, l’individu existe, qu’il lutte pour exister faute de capacité à s’imposer. Chacun peut être confronté à une tempête intérieure avec laquelle il compose. Pour un qui domine quatre-vingt dix-neuf cèdent. Et quand je dis un…

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 06:38
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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 06:25

 

On me cherche, on me veut,

Mais me fuit qui le peut.


Qui vit sans moi m'espère,

Qui vit par moi se perd.


Le risque est mon complice,

J'ai le danger pour fils.


Tant de sports me fournissent,

De vitesse et de glisse.


Ainsi, suivons cet homme,

Observons-le, pensif,

Quel besoin donc le somme,

Quel ordre impératif ?


L'équilibre est précaire,

Et le vide attirant,

Loin du gentil notaire,

Qu'espéraient ses parents.


Il a souvent sauté,

Jusqu'à frôler le sol,

Violant l'immensité,

Oiseau prenant son vol.


L'optimal espéré,

Est maintenant si proche,

Le temps s'est effacé,

Plus aucune anicroche.


Basculer sans panique,

Cent pour cent perceptions,

Oubliant l'élastique,

L'ultime sensation !



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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 06:18
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 06:46
Dans l'Ombre des Murs - 1 
 

                                                 02


Qu’ai-je voulu me dire ? Je suis à l’abri entre ces murs autant qu’enfermé entre des parois intérieures sur lesquelles mes pensées glissent sans trouver une anfractuosité où insinuer un regard lucide. Elle existe, il le faut, me reste à oser la découvrir. De près ceux de cette réalité semblent mordre le ciel, vouloir s’y accrocher, s’ils n’étaient pas là l’immensité m’effraierait. Ces murs me rassurent, sans eux je courrais droit devant, n’importe où, pour libérer mon énergie, pour m’épuiser, me vider, pour semer mon passé. Je sais, il ne me poursuit pas, il m’attend au détour d’une interrogation, goguenard ; quand j’aurais cru l’avoir distancé il me prendra dans ses pièges et hurler ne me sera plus d’aucun secours. Les yeux grands ouverts je l’observerai sans comprendre.

Libre est un terme vide de sens, choisir sa prison n’exprime pas un désir d’autonomie mais la peur de se trouver. Confiné je n’ai d’adversaire que moi-même en sachant que le terrain mental est le dernier sur lequel le duel peut avoir lieu, aucun autre ne me serait permis. Aucune autre porte ne s’ouvrira, personne ne viendra m’aider maintenant, il me faut aller au terme de cette confrontation et ce chemin circulaire représente ce que je ressens, l’évidence de devoir repasser par la case départ. De lieu d’oubli, je n’ai que ma cage, je veux dire ma chambre, je peux sortir de ce parc, traverser le bureau, longer un couloir, je ne verrais que ce chemin, retrouverais mon gîte refermerais la porte derrière moi… Seul comme je le fus toujours, condamné à l’être jusqu’au terme de ma route, imaginant que je pourrais ne jamais l’atteindre, avançant sans réaliser que je pose mes pieds dans mes propres empreintes, que je répète les mêmes questions. Tourner en rond, encore et encore, sans sortie possible sinon celle de l’effacement de soi. Rien de bien réjouissant.

Seul ? Puis-je considérer l’arbre comme une présence ? Amicale, spectatrice ou complice ? Suit-il le cours de mes pensées, s’amusant des complications qu’un humain peut apporter à sa vie ? Lui ignore pas cela, son existence est sage, tranquille, tournée vers l’observation, la méditation. La faculté de se déplacer est dangereuse, elle nous fait courir et n’arriver nulle part. M’asseoir, là, dans la fraîcheur de l’ombre, baisser les paupières… Quel nouveau spectacle terrifiant découvrirais-je ? Saurais-je encore croire en mes illusions pour être ma dupe ?

Mes pensées s’ouvrirent, m’attirèrent, j’eus l’énergie de dire non, de me reculer alors que leurs centaines de bras m’enserraient, alors qu’il allait être trop tard.

M’allonger par terre, attendre la mort ou découvrir que je ne suis qu’un cadavre, me corrompre jusqu’à ce que mes éléments essentiels glissent dans le sol, jusqu’à ce que je rêve être un écrivain dans son placard ! Aurais-je la paix alors ou découvrirais-je une malédiction pire que celles que je connus ? L’escalier descend et une marche nouvelle est une épreuve plus violente que la précédente. Je ne sais plus oublier la réalité, sans pouvoir la rejoindre. Entre deux mondes, deux réalités, observant l’une et l’autre, situation unique sans solution. Je n’ai pas su, pas pu, me fuir, pas même ici dans le cadre le plus adéquat pour cela. Le carcan pèse, m’étrangle, si je tombe il m’écrasera par mon incapacité à vouloir m’en libérer.

Si j’étais mort il me semble que je le saurais, ma pestilence m’éveillerait, les mouvements des nécrophages me chatouilleraient, chacun emportant un peu de moi me multiplierait jusqu’à recouvrir le monde entier.

Ces murs contiennent l’horreur s'écoulant de moi, elle progresse le long de mon esprit, bientôt elle me recouvrira, je me noierai dans mon délire, mais qu’ils cèdent et la terreur recouvrirait le monde, suivi d’un rire dément de satisfaction : le mien !

Nul mort ne connaît sa tombe de l’intérieur, cela est pourtant mon cas. Ni vraiment défunt ni réellement vivant ! Caveau intérieure que ces parois illustrent. Ni décédé, ni vivant, je ne pouvais communiquer avec quiconque, me reste à choisir mon camp, si ce n'est déjà fait.

Avancer sur ce chemin, retrouver mon passé, défaire la pelote de mon existence. J’imagine cela difficile sachant que je me mens. Au début peut-être, le temps de trouver la volonté de commencer, ensuite cela viendra aisément, je serais aspiré, j’aimerai ça, au début. Oh ! Je sais, la pierre est indifférente à ma présence, inconsciente, mais si j’ai besoin de lui donner la vie que je ne trouve pas en moi j'en prends le droit ?

Rond ce chemin ainsi que les chiffres sur le cadran d’une horloge, et passe le temps, glissant vers nulle part, pour refaire ce qu’il fit ou le détruire. Pénélope qu’aucun Ulysse ne viendra jamais délivrer.

Je me poserais devant l’horloge pour suivre les aiguilles, attendant la mort, me demandant si j’ai la force de la regarder s’approcher, de la supporter avant qu’elle ne me détruise, avant que son contact ne me fasse réaliser, que j’étais vivant !

A m’être espéré cadavre me reste des attitudes, des habitudes dont j’ai du mal à me débarrasser.

Je suis là pour que le puzzle de mon passé se reforme, que je comprenne l’image qu’il représente et m’y reconnaisse. L’ultime pièce placée je saurai pourquoi il est préférable que les choses s’achèvent, pourquoi j’ai mérité de m’allonger dans le froid pour un soulagement tant attendu.


Avec le professeur nous eûmes de longues discussions, intéressantes, devisant de choses et d’autres, un entraînement me permettant de récupérer ma faculté à m’exprimer. Il maîtrisait l’art de la conversation, possédait une grande culture…

Pourquoi parler de lui au passé ? Mieux qu’un duel, un jeu, affrontement entre personnalités, conflit d’intelligences allant dans la même direction, l’une cherchant à s’en faire prier, afin de ne pas reconnaître son propre désir, l’autre à souscrire à ce désir sans que cela fût trop évident. Ce n’est pas vanité de ma part de me sentir différent des autres, une exception, pas forcément unique, dans le cortège de déments qu’il voyait défiler devant lui.

J’ai appris qu’être exceptionnel n’est pas une qualité. Différent est un mot que j’apprécie, à ce propos…

- Suis-je différent, en mieux, en pire, en imprévisible ?

- Vous vous maîtrisez, parfois j’eus la sensation que c’était malgré vous, que des forces intérieures se mettaient en action pour vous détruire alors que d’autres tentaient de vous protéger, celles-ci étant les plus fortes. L’habitude de l’introspection par l’écriture, de vous deviner au travers des mots. Vous êtes un cas particulier, et c’est un euphémisme.

- Un sujet d’étude intéressant ?

- Aussi, mais pas seulement ! Ne me voyez pas comme un observateur uniquement soucieux de disséquer votre esprit pour en saisir des mécanismes que je ne comprendrais jamais. Je ne suis pas un spectateur regardant quelqu’un se noyer en scrutant son comportement, je veux vous aider.

- A me découvrir, me connaître, et moi je vous laisserais m’observer au long de ce cheminement. Je suis autant un sujet d’étude pour vous que pour moi. Dans un tel endroit les distractions sont rares, entre les phases d’absence, quand je me retire en des lieux que je ne connais pas où la réalité et moi-même sommes dissous, je cherche à percevoir ma réalité. Que suis-je ? Une chose, son contraire ? Je me fais l’effet d’une nouvelle espèce animale passant par le regard de l’observateur pour se comprendre, qui se saurait étrangère mais aurait besoin d’un miroir afin de s’y rencontrer. Je n’espère pas être aussi unique que cela, ça ne serait pas une chance. Je souhaite être l’archétype d’une forme de vie inédite, sinon physiquement au moins psychiquement… Mais cela amène de nouvelles interrogations sur mon passé, sur ce que je fis, comme si, contrairement à ce que je crus, j’avais avancé vers un but inconnu, détruisant le passé, ces milliers de pages, comme un papillon se débarrasse de son cocon. Certains s’en nourrissent, leur seul repas, préparant la courte vie qui s’annonce, avant que leurs ailes séchées leur permettant de s’envoler dans un ciel heureux de les accueillir. Paroles délirantes d’un espoir désireux de s’abstraire d’un quotidien misérable, discours auquel je feindrais de croire. Est-ce seulement cela ? Je crains que non, et j’insiste sur l’impression m’habitant d’être lucide de comprendre l’insolite de mon langage tout en ayant la sensation qu’il a un sens. Vous me direz que les fous croient en ce qu’ils disent, justement, moi je ne sais pas si je dois où non le croire. Je devine pourquoi je voulus vivre hors du monde, le moule de la normalité m’aurait détruit. Un cocon, une esquisse, un puzzle que je cherche à compléter depuis longtemps, dont j’aurais mélangé les pièces après avoir constaté qu’ainsi elles ne me donnaient rien qui convienne. Achevé, en lui je me reconnaîtrai. J’ai autant envie de savoir que peur d’y parvenir. J’avance sans réaliser ce que je fais, devinant, espérant, des cousins d’âmes, redoutant une unicité synonyme d’une solitude cruelle. A vivre derrière un mur de papier je faillis y mourir asphyxié. J’ignore encore la façon dont je m’y pris pour en réchapper. Elle me conduisit ici, c’était la seule possible.

Pouvez-vous me suivre professeur ? Voyez-vous dans mon baratin un fil conducteur où les mots m’entraînent-ils nulle part ? Comment imaginer que dans ce fatras se trouve une once de vérité ? L’aiguille dans une meule de foin. Quand la parole se laisse aller, que la censure est oubliée alors apparaît le vrai soi nous tendant les bras par des pensées terrifiantes de nouveauté. Vous et moi n’avons qu’un adversaire : moi ! Il est de taille à nous battre tous les deux. Un duel superbe ! Sur le pré c’est (un) moi qui restera allongé. Lequel ? Le vrai, le faux, de quoi ou de qui devrais-je m’amputer ? Alors vous sortirez vos instruments les plus tranchants, vous pencherez vers lui pour l’explorer encore chaud avant de devoir relever la tête et admettre que vous n’avez rien trouvé et attaquiez une momie sans secret. Devant un miroir suis-je le vrai ou le reflet ? Ces mots ne disent rien, n’expliquent pas davantage, ces phrases sont une diligence sans suspension, je ressens chaque caillou de la route, chaque bosse et chaque creux. J’évite le fossé par instinct. Je fonctionne ainsi, galopant sans savoir qui tient les rênes. Parfois l’abattement me prenait, je craignais d’avoir atteint mes limites, de me heurter à une frontière insurmontable, alors je découvrais au fond de moi des forces dont je ne me savais pas détenteur. J’ai le souvenir d’avoir il y a des années proposé mes textes à des éditeurs qui les refusèrent avec un bel ensemble, je compris par la suite que j’écrivais pour moi, me lire et me dire… Ce que j’envoyais n’était que brouillons, textes hermétiques que moi-même j’eus du mal à comprendre quand je m’amusais à les relire, à les reprendre pour leur donner une forme plus accessible. La première était trop personnelle, trop moi pour intéresser quiconque. Je ne me souviens pas d’avoir réussi mais ne suis pas sûr d’avoir échoué. Y repensant je m’interroge sur ce que je fis. Ai-je ou non tout détruit ? Je le voulus, mais n’est-ce pas le contraire qui arriva, je veux dire par-là que ce fut d’écrire qui détruisit ce qui menaçait en moi. Écrire pour consumer ! J’aurais voulu travailler sous contrôle médical, être connecté à des appareils dévoilant ce qui se passait en moi alors que je me laissais emporter par mon œuvre. Cela n’advint pas, mais ce que nous faisons y ressemble, le clavier en moins. J’imaginais des drogues pour me stimuler, m’inciter à chercher plus loin, des lumières de couleurs pour produire le même effet… Idées n’ayant pas vocation à devenir réalité. Quelle importance ! J’avais en moi assez de rage pour continuer jusqu’au bout. J’y suis allé ! Regarder dans le gouffre et en entendre le chant mélodieux et trompeur. Rage, ai-je dit ? Je me souviens de mes mains courant sur les touches, rien ne pouvait me contenir. En moi quelque chose s’animait, m’imposant de transcender cette violence qui montait. A vouloir percer les murs de mon passé je ne suis sûr de rien. Comment différencier rêve et réalité, imaginaire et vécu ? Est-il important de trouver la frontière entre les deux ? Le chemin pourrait se trouver par-là ! J’usais même la moitié rouge de mon ruban encreur. Vous ne connaissez plus cela, l’imprimante est partout, pratique… Je viens d’un autre temps professeur, d’une époque que nous sommes de moins en moins à avoir connu, et appréciée. Écrire pour me purger des délires m’envahissant. Délire, masque posé sur quelle réalité s’insinuant au travers ? Je ne redoute pas l’horreur à laquelle je vais m’unir. Je le devrais pourtant, ses mains me caressèrent déjà, sa bouche se fit tendre mais ses dents ne purent se retenir de mordre. Nos ébats furent passionnés, brûlants. Ils manquaient de ce qui les rendra insoutenable : La lucidité ! J’ai masqué de mots sa vérité, je ne saurai plus le faire ! Et pour aller où, vers quel Jugement Dernier ? Est-ce ma défense que je prépare, une plaidoirie que je construis pour me sauver ?

- A quoi pensez-vous ?

- Une image me revient, notre première rencontre je pense. Je suis assis sur un tabouret vissé au sol, dans une pièce grise à l’éclairage fatigant, vous entrez, vous asseyez devant moi sur un autre tabouret tout aussi inamovible, rien dans la pièce ne soit servir de projectile. Un flot de haine m’envahit avant que vous disiez quoi que ce fut. Je me sens dans un piège et vous en êtes responsable. J’ai dû me contracter, me préparer à bondir, des mains fermes s’emparent de moi, l’on m’injecte quelque chose pour apaiser la fureur menaçant de m’emporter. Le calme me submerge, me glace, les bras d’un Morphée pharmaceutique m’entraînent pour une danse si lente, si lente…

- Il est positif que la mémoire vous revienne.

- Combien d’injections ai-je encaissé ? Des dizaines, plus encore ? Quelle dose fut-elle nécessaire afin de me contraindre au calme ? Je m’habituais, finissant par recevoir des doses qui auraient assommé un éléphant et qui me laissent à peine ensuqué. Je sens la douceur des murs alors que je tente de les détruire, je sens ma gorge se gonfler pour former un cri que je n’entends pas. Certains animaux se rongent une patte pour se délivrer d’un piège. Quelque part c’est ce qui m’arriva, non pour lutter contre vos produits mais contre ce qui m’envahissait. Me ronger un membre était de venir ici, me mordre par seringues interposées et repousser le réel danger. Bien sûr ce genre de tactique n’est possible que si une seule patte est prisonnière, quand toutes le sont cela devient suicidaire, mais c’est encore une forme de fuite. La dernière possible. Je devine de grands infirmiers non loin d’ici prêt à bondir pour s’emparer de moi au cas où je me laisserais aller à la violence. Rassurez-vous je n’en ressens plus mais à votre place je me méfierais aussi. Je ne peux vous garantir mon innocuité.

- J’aime le risque.

- Envie d’approcher des fauves retenus dans une cage chimique dont vous ne pouvez être sûr qu’elle ne va pas céder.

- Disons-le ainsi. Je pourrais exercer mon métier dans un cadre plus urbain, avec une clientèle de vulgaires névrosés, encaissant l’argent de pseudo malades n’étant en réalité que de vrais cons ! Pour eux aucun salut n’est possible et si j’aime la sensation du vide c’est celui d’un gouffre grouillant de formes indéfinies, pas celui d’un esprit sclérosé par le crétinisme le plus congénital.

- Vous avez une belle galerie.

- On peut le voir ainsi.

- Que des cas particuliers ?

- Ceux dont je m’occupe oui, mis il y en a d’autres à l’anormalité plus… normale.

- Je suppose que vous vous êtes interrogé sur vos motivations, sur les risques que vous encourez. A fréquenter des esprits d’ailleurs on est tenté de leur ressembler pour mieux les comprendre. Chacun vous apporte quelque chose mais en échange vous livrez de vous une part non négligeable. Vous ne me direz rien de vous, je suis du mauvais côté du bureau, je ne vous en veux pas et pourtant cela m’intéresserait de mieux vous connaître. Cela m’intéressera un jour, plus tard, non que nos rôles puissent s’inverser mais qui sait si vous ne viendrez pas me rejoindre, si à vouloir aller trop loin vous n’avez pas réussi à vous perdre. Le jeu en vaut la chandelle, la flamme vous brûlera. Vous espérez apporter une importante contribution à la psychiatrie mais sera-ce comme clinicien ou comme malade, emporté par la folie de ses patients ?

- C’est mon choix.

- Certes, si vous voulez vous en convaincre. Quelle est notre part de libre arbitre, au fond ne sommes-nous pas tous des pantins.

- Vous-mêmes avez dit que certains parvenaient à trancher leurs fils, n’est-ce pas qu’ils sont tenus par d’autres ?

- Possible en effet, il est des réponses auxquelles nous n’avons pas accès. Vous vous penchez comme au trou de serrure d’esprit ayant perdu leur clef, tentant de comprendre ce que vous voyez, attendant qu’une porte s’ouvre, qu’un esprit se livre et vous pensez que je suis celui-là, que j’aurais la force de pousser le battant sans être détruit. La tentation est grande professeur, si grande. Finalement nous nous ressemblons plus que je veux le reconnaître, et vous, l’avouer, mais le fait est là qui explique ma présence ici, l’absence de lien comme d’infirmiers derrière moi prêt à bondir au premier geste suspect.

- Je suis heureux de vous avoir jugé correctement, pour un peu j’allais dire : "De vous avoir reconnu."

- C'est un compliment, j’aimerais vous tendrez l’esprit, vous amener à ma place, au-dessus du vide, et là, vous lâchant, vous inciter à regarder votre situation. Je ne vous pense pas capable d’aller si loin. Il y a des choses que lucidement on peut penser mais qui ne se font que poussé par une nécessité qui obère la lucidité, cette qualité devient un défaut.

- Pourtant c’est ce à quoi vous tentez de parvenir ?

- Je suis différent, je ne sais où, comment ni pourquoi. Je le sens comme une évidence qui est vôtre également. Génie, folie, couple indissociable, s’interpénétrant pour ne plus faire qu’un. Je fonctionne autrement, à partir d’un certain niveau. En dessous c’est le quotidien, il me faut une demande plus importante pour que je parvienne à m’exprimer. Une particule qui n’acquerrait de masse qu’à partir d’une certaine vitesse. En deçà elle n’existe pas vraiment. La comparaison est boiteuse, certes, mais elle me plait comme ça. J’ai l’impression d’exister en morse. Je me désintégrerai mais alors, quel chemin j’aurais fait ! Quelle trace laisserais-je, une explosion de mots sur lesquels les générations futures se pencheront avec curiosité, sans forcément y découvrir quoi que ce soit. Délire là encore, qu’importe, je préfère cela à la banalité du commun des mortels. J’ai employé le mot folie ce me semble, logique dans un tel cadre, pour me l’appliquer, pour me définir, même si l’on dit qu’un fou nie son état. Je n’ai pas dit que j’étais dément.

- Génial alors ?

- Un mélange des deux, pour l’instant l’équilibre perdure.

- Vous rejetez votre ressemblance avec les autres ?

- La ressemblance psychique oui. Pour conserver l’image de l’abîme je me souviens d’un petit scénario que j’appréciais fort. Je me tiens au bord du gouffre, conscient qu’il est là, et les autres avancent, nonchalants, et tombent, tous, les uns après les autres. J’attends que le gouffre soit rempli afin d’atteindre l’autre côté. Idée signifiante n’est-ce pas, trahissant mon mépris pour autrui. Je suis différent, étranger.

- Que ressentez-vous de les voir tomber ?

- De la satisfaction, pas du plaisir. Je suis spectateur, rien de plus.

- Pourtant vous connaissez la haine ?

- Je l’ai ressenti autrefois, plus maintenant. Elle s’est estompée avec le temps. Elle fut motrice lorsque j’écrivais certaines histoires avant que je ne m’oriente vers une inspiration différente. A voir votre regard il semble que vous savez ce que je vais dire. Parlant je refais un chemin déjà parcouru et balisé de pages qui, brûlées ou non, laissèrent des traces en moi. J’attends le puits de noirceur sur la margelle duquel je me pencherai. A moins que cela ne fût déjà arrivé. Curieux, sans savoir je l’ai vu, je me suis approché, ai laissé porter mon regard vers la nuit et ai pris le temps de m’y habituer. Je me vois ainsi, enfant, ne comprenant pas ce que je fais, tentant, enfin d’y parvenir. Je me suis penché, trop ! Attiré j’ai glissé, mon esprit fut emporté par ce qu’il vit, il dut m’adapter pour survivre. Ce il qui est aussi moi, aussi je. Penchez-vous sur le vide professeur, que la nuit s’insinue dans vos veines, que vos pensées soient d’encre et, peut-être, parviendrez-vous à vous approcher de moi. Je ne comprends pas ce gouffre, pas encore. Il m’attend quelque part pour que mon regard de nouveau plonge en lui et perce ses secrets. J’ai voulu que cette nuit intérieure me dissolve. Elle en fut incapable ! Trop de vie, de force, je tins tête à la tempête pour rejoindre le port. Tout est encore bien confus mais si ces pièces semblent disparates elles n’en forment pas moins l’être que je suis. Parler fait remonter à la surface des ombres porteuses de vie, des spectres souriants qui sont autant d’amis.


Parler, me laisser être et m’éteindre. Ainsi suis-je depuis que je suis ici. Ouvrir les yeux, contempler le monde, me savoir proche à me tendre l’âme et renoncer par incapacité à me tenir debout assez longtemps.

Curieuses obligations que penser, que devoir se souvenir. A quoi bon, pourquoi ne pas vivre l’instant, prévoir le proche avenir, rien de plus. Raisonnement objectif que la réalité efface. Le même genre de remarque que je fis au professeur. Il y a ce que l’on voudrait et ce que l’on peut, quand l’un est le jour l’autre peut être la nuit.

D’autres fils me tirent-ils venant de l’intérieur, d’une origine qui m’échappe mais m’intéresse ? Je sens leur tension, le tiraillement de leur activation, je me sais vivant et l’impression est curieuse. L’envie de savoir se fait irrésistible comme un ordre. Le voile occultant mon passé est pesant, résistant, si grand pour mes mains si petites.

Est-ce le vide qui m’attend en délivrance après une existence superflue, un vide dans lequel mon cœur résonnerait encore, toujours, où mon corps fonctionnerait, où mon esprit n’aurait plus de raison d’être, enfin broyé par des pensées brutales, illumination de l’instant avec pour facture ma propre existence.

A l’ombre des murs je suis abrité, le ciel est une porte sur l’univers autant qu’un miroir vers une réalité que je perçois sans, encore, pouvoir la définir.

Mur et mort sont des mots si proches. Mourir est-ce le pire possible ou le meilleur ?

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 06:44
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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 06:42

 

Comme prévu elle n'a rien compris, ses vieilles mains rhumatisantes se sont refermées sur moi et maintenant penchée sur sa coiffeuse, je regarde ses efforts désespérés, et vains, pour s'arranger. Si elle se rendait compte que c'est le contraire... Ses fréquentations doivent bien rire derrière son dos, mais une bosse ça amortit les commentaires !


Ce n'est pas comme mon grand-père, lui il était chez la marâtre de Blanche Neige, la classe au dessus quand même !


Chaque jour pendant les travaux je lui murmure les vérités qu'elle fuit, que son acharnement, quasi thérapeutique, est inutile. La nature ne l'a pas oubliée, à quoi bon persévérer ? Souvent elle se recule, se regarde, et le désespoir dans ses yeux distrait ma solitude quand elle est partie.


Un jour, c'est sûr, la lucidité s'imposera, ce que j'espère c'est qu'elle me prenne, me fracasse sur le rebord du lavamoche et qu'avec un de mes éclats elle repeigne, en rouge, le sol de sa salle de bains.


Chut ! Elle arrive !

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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 06:39
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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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