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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 07:29

 

 

Cher Charles,


Vous souvenez-vous cette fameuse balade en barque du mois de juillet ? Je suis certaine que oui, que pour vous, maintenant, c'est une image que vous chérissez plus encore que moi, qui sait si ce n'est pas cet instant que vous vivez et revivez pour une sorte d'éternité. Mais je ne vous connais pas assez pour savoir quel était le fond de votre pensée.

J'ignorais en vous demandant une histoire qu'elle serait le point de départ d'une aventure aussi longue et prodigieuse, vous-même, sur le moment, n'y songiez pas. Étrange activité que celle de l'esprit qui d'une graine d'imaginaire fait pousser un arbre extraordinaire, qui, d'une enfant anonyme tire une héroïne emblématique.

Laquelle suis-je maintenant, de quel côté du miroir suis-je restée ? Probablement du vôtre, c'était ce que vous vouliez, que nous restions unis à jamais. Oh ! Je sais que vous ne l'anticipiez pas, qui dispose du pouvoir de regarder aussi loin devant lui, au travers des brumes de la mort et du destin pour savoir ce qui l'attend, demain est déjà difficile à distinguer...

Je comprends quel argument je fus pour vous permettre de donner votre opinion sur une société que vous n'aimiez pas, et vous la voyiez mieux que moi, avec plus d'intelligence et de perspicacité ; le conte permet de montrer le réel sans le rendre insoutenable la lecture terminée, au contraire, les yeux ouverts le quotidien se supporte plus aisément. L'enfant normale devint une femme banale qui connut ses bons moments et ses heures de peines, la plupart après votre propre décès comme si vous me protégiez du malheur, vous parti il ne tarda pas à s'approcher et plus encore dans les années de guerre... En cela je ne fus pas unique sans que cela ait pouvoir de diminuer mon chagrin.

Vous voyez, finalement celle qui reste s'accroche au réel sans l'avoir voulu, au contraire pourrais-je dire, je voudrais l'oublier, je voudrais retrouver le monde que vous dessiniez pour moi, sans doute ma part d'enfance a-t-elle disparue à jamais, ce n'est pas maintenant que je vais la retrouver alors que vous avez eu le pouvoir de conserver la vôtre, peut-être en volant la mienne et celles d'autres fillettes. C'est en l'écrivant que je comprends quel type de vampire vous étiez. Tout en douceur, sans méchanceté j'en suis certaine, utilisant simplement un talent personnel et si rare. Recueillant une enfance qui se serait perdue de toute façon et la rendant sur le papier par des histoires qui sont loin d'être aussi enfantines qu'elles le paraissent. Changeant de nom comme si le premier était le cocon de l'artiste qui seul dispose de l'accès à une immortalité dans laquelle vous m'avez entraînée.


Savez-vous que d'autres que vous me reprennent, me torturent, sans conscience de le faire, me croyant simple personnage, ignorant que nous sommes quelques-uns à osciller entre deux réalités sans pouvoir choisir l'une ou l'autre. Qui me veut ainsi, qui me voit à l'inverse, j'incarne des fantasmes que j'aurais honte de seulement nommer.


Je voulais vous entretenir de tout autre chose, de mes aventures, des autres personnages, de ceci ou cela et puis les mots me surprirent, vous qui savez ce qu'écrire veut dire le comprendrez, j'étais un instrument pour vous et le reste pour un destin dont je perçois les fils, qu'ils soient fait de mots n'enlève rien à leur exigence, que je les perçoive amplifie leur cruauté sans que je parvienne à vous maudire pour m'empêcher de trouver une paix qui ne serait que le néant. J'aimerais retrouver ceux qui furent des amis, la reine de cœur même. Je sais cela impossible et que le seul qui viendra désormais, j'espère le plus en retard possible, sera un lapin noir.

 

                                                                            Alice

 

 

 

 

 

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 07:14

 

Parents et relations, tous en moi se retrouvent,

De parfaits étrangers doivent cohabiter,

Se regarder en coin, comment communiquer,

Chacun a son terrain, mais qui veut, s'y retrouve !


Je suis considéré comme égalisateur,

Mais la nature humaine ne peut se modifier.

Le grand veut le rester, le pauvre est prisonnier.

Parfois j'associe la victime et son tueur.


Combien de visiteurs parcourant mes allées,

Ordi dans le veston, se croient évolués,

Aux confins de l'esprit la peur est inchangée,

La science n'a pas pouvoir de les sauver.


La crainte est dans leurs yeux, comment me le cacher ?

Le plus souvent ils font semblant de n'éprouver,

Ni interrogation, ni froid, un peu d'indifférence,

Ils sont là parce qu'il faut préserver l'apparence.


Moi je lis le réel, il vient du fond des âges,

Acheter le défunt, pour un serein passage.

Bien peu y croient vraiment, mais on ne sait jamais,

Sais-tu ce qui t'attend derrière l'obscurité ?


Beaucoup font de l'humour, s'entraînent à rigoler,

Mini palais, de l'or, rassurent les plus fiers.

Celui qui peut penser en sera affligé,

Seul l'éléphant est serein face au cimetière.




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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 07:10
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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 07:56

 

Promettez... (6)


                                           07

 

- Je représente la première, un grand rôle.

- L'indication que ma route ne pouvait se perdre ainsi. L'auto dénigrement n'est qu'une forme d'auto justification, de lâcheté. Un filet de peur me retenait, quelques lambeaux encore adhèrent à ma mémoire, ce serait un jeu de les éliminer, un je… C’est moi qui serais u.

- Savoir dire est un grand pouvoir !

- Trop ! Je me suis laissé entraîné.

- Toujours avec humour.

- Le moyen de rester à distance de mes paroles. Ainsi tout garde sa forme. Un sourire, une moquerie, prendre le temps de la réflexion sans précipitation. A condition de ne pas se figer dans une attitude devenant une prison pire que celle que je voulais fuir. Longtemps je fis ainsi, les histoires coulaient de moi, situations violentes mais un calembour par paragraphe ; je ne m’arrêtais que sur eux, pas sur le sens de ce que je rédigeais. Écrire pour m’éviter. Aujourd’hui en serais-je capable ? J’ai perdu cette facilité, ai-je gagné quelque chose en retour ? Ça…

- Vous cherchez à vous mirer dans une eau pure, limpidité si parfaite qu’elle renverrait votre image sans la déformer, en l’inversant.

- Cette comparaison me rappelle un roman, Frankenstein, quand la créature, après avoir pris la fuite se retrouve dans une forêt, poussée par la soif elle s’approche de l’eau, boit et cesse son geste en voyant dans l’eau une face repoussante, la sienne.

- Est-ce ainsi que vous vous voyez ?

- Je connais la source de mon dégoût, restes de normalité dont je me débarrasse à chaque idée qui passe. La monstruosité n’est pas laide, parfois parée de beauté elle cache ses crocs et sa nocivité derrière un demi-sourire.

- Cette créature était faite de morceaux de cadavres animés par l’électricité. S’il n’y avait pas eu changement de cerveau elle aurait eu un autre comportement.

- Une histoire que je pourrais écrire ! Doté du cerveau prévu qu’aurait-il ressenti ? Ce pourrait être moi histoire de me rapprocher de quelqu’un. Nous sommes tous un puzzle de cadavres. Par l’hérédité, nous trônons au sommet d’une pyramide de charognes en attendant d’aller la rejoindre. La vie n’est que cela.

- C’est la part vivante de chacun qui survit à travers nous, pas la morte. Penchez-vous sur l’eau, vous verrez peut-être un monstre littéraire mais d’abord une créature animée par une somme de souvenirs vivants. Vous percevant difforme je me serais éloignée, j’aurais craint de tomber dans un piège. Combien de fois m’a-t-on dit de me méfier des inconnus ! J’ai pris le risque sans y penser, moi aussi je suis mon instinct. Pour un autre il m’aurait fait m’éloigner, le laissant sauter, pensant que c’était sa responsabilité. Vous cherchiez votre chemin. J’ai entendu votre appel, poser ma main sur votre bras était tout ce que je pouvais faire. J’aurais… Si vous aviez sauté malgré tout peut-être me serais-je accrochée pour être entraînée.

- J’oscillais, vous avez rétabli l’équilibre. Je suis la grande personne et pourtant j’ai plus de questions que de réponses. Est-ce la peur de gravir l’escalier… Tant de l’enfance me retient malgré les souffrances de cette époque, d’autant plus violentes que je ne les compris pas. Une vasque de larmes, quel meilleur miroir espérer ? Par lui je ne vois rien de gracieux ni de tendre. Je n’ai pas envie de ne retrouver que les bons moments comme tant de vieilles personnes s’évertuent à le faire. Le temps fait le tri, surnageront les plus importants. Chez moi je distingue une face lisse derrière laquelle s’agitent de nombreuses formes obscures. Votre enfance n’est pas ainsi.

- Mon enfance est un mirage. Comment comparer ? Trop d’émotions pour que je comprenne ce que j’ai vécu.

- Il n’est jamais trop tôt.

- J’aimerais attendre d’être vieille pour cela. Ce que je vois de mon passé… Des images d'adultes, ils m’observent, voyant une enfant, pas une personne.

- Voir chez les autres ce que nous ne sommes plus.

- Cette nuit il me fallait être là, l’obscurité nous rapproche en éloignant les autres. Peu importe les mauvaises rencontres.

- L’enfance n’est plus sacrée, elle est idolâtrée, c’est le contraire. Mise sur un piédestal, comme une cible pour les détraqués voyant en elle l’incarnation de la société, cherchant à lui nuire pour se venger de ce qu’ils sont.

-Vous aimez l’enfance, son image ?

- Celle que j'aimais était sans visage, pour changer la mienne, pour rester petit sur le papier. Je voulais régresser, m’amusant à bêtifier, me le reprochant, luttant contre un désir d’ensablement. Je suis aspiré par la vase du passé. M’en arracher est un combat qui dure encore. L’enfant en moi voulait s’imposer, l’adulte en vous essaie de surgir, nos dissemblances font notre complémentarité. Nous cherchions le moyen de dépasser ce que nous sommes, de surmonter nos tentations. Puisant en l'autre la force qui nous manque nous y parviendrons. Chacun engagé sur un pont sans accepter de le traverser.

- Nous sommes de l’autre côté de ce pont physique, l’avons nous franchi ?

- L’évidence nous surprendra. Vous êtes fatiguée ?

- Non, non, seriez-vous las de moi ?

- J’essaie de voir la réalité, une enfant ne peut passer la nuit dehors, sur un banc à discuter avec une personne qu’elle vient de rencontrer dans des circonstances aussi curieuses. Le plaisir que je prends à votre présence ne m’autorise pas à vous l’imposer.

- Ma santé ne risque rien, la nuit est une amie, je ne redoute pas le froid.

- Vos mains sont glacées.

- Les vôtres aussi

- Problème de circulation.

- Mais vous avez raison. Nous avons besoin de repos, de nous retrouver face à nous-même pour comprendre ce que nous vivons, pour nous préparer à ce que nous vivrons bientôt. Ne dîtes rien, laissez moi partir, demain, même heure, même endroit, nous nous retrouverons. Nous avons tant à nous dire, à découvrir de l’autre et de soi. Demain, deux mains…

* *

Elle s’éloigne comme un fantôme laissant en moi une brèche par laquelle pourraient remonter des formes que je ne veux pas encore distinguer. Cortège de spectres attendant un rendez-vous inévitable, fixé par...

Seul comme après un rêve, à douter de ce que je viens de vivre. Ce n’était pas une illusion. Dans mes bras, ses mains dans les miennes, je me suis aperçu dans ses yeux.

La suivre, savoir d’où elle vient, et déjà mon imagination malsaine me fait la voir sortir d’un cimetière, convoquée par de mystérieuses puissances pour venir à ma rencontre, porteuse d’un secret qu’elle doit me confier, qui éclairerait ma vie d’une lumière que rien n’estomperait. Je suis bien dans les ténèbres, je m’y suis fait. Je rêve d’une aube à venir, d’un jour nouveau m’offrant un monde qui serait mien.

Je rêve !

Sourire avec elle, briser ce masque impassible collé sur mon âme. Je crains ce dont je vais me découvrir capable.

D’émotion ?

Marcher, errer, retrouver mon pitoyable logis, sentir son poids comme s’il était vivant, empli d’une masse de non-dits gluants, décomposés par le temps et le silence.

Jeter sur le papier ce que je viens de vivre, être sûr de n’avoir pas déliré. Dans l’encre noire se tient une vie pleine de promesses et de menaces. Pour moi c’est pareil.

Un éclat dans le regard, savoir qu’en l’autre il existe aussi. Humidité inhabituelle, elle n’est plus là pourtant je sens sa présence, ce qu’elle éveilla en moi qui attendait, espérait, qui fait ses premiers pas, chancelants, sachant vers qui aller.

Où est passé le saurien du passé que je voyais comme un semblable, une projection d’une part de moi ? L’enfance peut maîtriser l’animalité, jouer avec elle un moment, si cette relation dure elle coure le risque de s’habituer, trouvant en cette situation un charme l’emprisonnant. Mais l’animal se révolte. Je vois la scène, par les mots la décris. Il sent sa cavalière, réalise un sentiment trop différent pour qu’il l’accepte encore. Sa force est si grande qu’il peut se révolter contre ce qu’il éprouve.

L’enfant joue avec la bête, si cela dure les rôles s’inversent.

Les mots coulant hors de moi ils disent, ce que je pense, ce que je suis incapable de comprendre quand ils ne sont pas extériorisés. Les exprimer me permet de les structurer.

Curieux, je pensais émotion et la prédation s’impose. La seconde peut-elle effacer la première, y trouver refuge pour se repaître de rêves insanes ? Sont-elles aussi opposées que j’allais l’écrire ? Retenir mes mains me donne le temps du doute. Je les vois, face à face, se regardant, se découvrant. L’agressivité pour première réaction mais en se contenant chacune trouve en l’autre des parts d’elle-même comme seules deux sœurs en découvrent.

Combien de masques ai-je, quand le dernier sera arraché… Mais non, c’est déjà fait ! Face à moi-même j’ai du mal à me reconnaître. Je voulais la violence pour me défendre du sentiment et voilà que je ne sais plus le faire. J’hésite, tâtonne, je fais mes premiers pas, acceptant enfin les battements de mon cœur.

Je ne suis pas un loup ni un reptile animé de sa seule soif de vivre, pas davantage une créature composée de cadavres, un puzzle mal terminé dont la pièce la plus importante manquerait. J’ignore qui je suis mais sais ce que je ne suis plus. C’est important !

Lacérer l’émotion, m’amuser comme avec une poupée que je démembrerais avant de la rejeter dans un coin. Le faire avec une allégorie est possible, tentant, avec elle… Je ne sais plus y penser. J’oublie ma sauvagerie, ma rage.

Pour l’instant c’est réciproque. J’ai le temps de les domestiquer pour les utiliser. Que ce ne soit plus l’inverse ! L’animalité voulait me protéger, à moi de faire que cette protection ne devienne pas une prison.

Ce n’est pas ma peur que j’ai balancée dans la rivière, c’est quelque chose de fondamentalement mauvais. J’ai l’impression d’avoir passé un pacte avec Satan et réussi au dernier moment à le rompre. C’est une image ! Sur le pont ne m’attendait pas une créature velue avec des sabots mais presque. J’ai dansé avec le monstre pour qu’il me défende, j’ai chevauché son dos et reculé comme il se retournait, ses mâchoires claquèrent arrachant des lambeaux de peau sans que ses crocs me retiennent. Les cicatrices resteront, comme une victoire, la preuve que le combat fut utile.

Une image, vraiment ?

Murs muets, mon ombre ne bouge plus sans moi, elle ne parle pas en me tendant les bras comme elle pouvait le faire. Abaissant ma volonté j’y aurais cru… Entrant dans la paroi je n’y aurais pas trouvé d’abri. La bête seule pouvait lutter contre ce désir pour échapper à la meute des terreurs et des angoisses qui m’attaquaient, elle eut la force de les combattre, ainsi occupée, épuisée, je pus échapper au piège.

Puisque j’apprécie d’user d’analogie avec des séquences de dessins animés ou de films : quand le héros, dos à l’abîme voit arriver le fauve et fait un bond de côté. Conscient j’aurais été incapable d’agir ainsi, malgré moi cela a marché ! Quand elle mit la main sur mon bras mon mouvement précipita le tueur dans l’eau. Un jour, échoués sur la grève, je trouverai ses restes, récupérerai un trophée, verrai son vrai visage, découvrant celui que je crus mien pendant si longtemps.

Je dois être vivant sinon comment pleurerais-je ?


Hantée de routines la journée est passée si vite qu’il n’en reste rien. Je suis en avance, l’attente est agréable, la crainte qu’elle ne vienne pas un plaisir supplémentaire. Souvenir d’hier, impression d’un temps écoulé comme s’il n’avait pas existé.. L’émotion est là, non plus hostile, non plus ce terrain fangeux dans lequel je craignais de m’embourber pour rester prisonnier, immobile, soumis aux tentations auxquelles je ne saurais plus échapper.

Je vivais dans mon désert, m’étonnant des mirages, ces sites merveilleux que les mots dessinent mais seulement accessible par qui se noie définitivement.

Une nouvelle encre coule de mes yeux et j’hésite à l’utiliser. Elle formerait de jolies phrases pourtant. Je suis si habitué à me repaître d’images atroces, que ce qui vient semble maléfique, penser le contraire me déstabilise.

Immobile trop longtemps, je ne sais plus marcher.

L’eau noire est un ailleurs en lequel je ne crois plus.

Un pas léger comme un souffle, sa main se glisse dans la mienne. Comment figer le temps ?

Mauvaise solution. Pourquoi ai-je envie de me perdre ?

Quel adversaire/partenaire dois-je redouter ?

Qu’une bulle se forme autour de nous et l’Enfer s’y installerait. La valeur de l’instant est dans sa fragilité, dans l’évidence de sa fin. A moi de l’accepter pour en goûter la saveur, en apprécier chaque seconde. Je me souviens de la scène finale d’un vieux film, le diable pétrifie deux amants s’embrassant. Le film souligne qu’ainsi il perd, mais non, au bout de peu de temps il sera gagnant, ils regretteront une situation sur laquelle ils ne pourront plus agir.

Rêve minéral, inaccessible pour l’instant mais qui sait de quoi la technologie sera capable bientôt. Quoi de plus terrifiant que la certitude du lendemain ?

Son contraire ?

Je me retourne, une curieuse chaleur m’envahit quand elle sourit. Me vient un aveu que jamais mes lèvres ne murmurèrent.

Sa main clôt mes lèvres, elle secoue la tête. Ses yeux dévorent le cocon m’enfermant. Nos ombres forment une créature étrange. Deux âmes se nourrissant mutuellement.

Je ne savais pas à quel point j’avais faim.


- A quoi pensez-vous ?

- Au temps s’écoulant, nous savons arrêter les fleuves, les utiliser comme esclaves mais lui reste indomptable parce que nous ne le comprenons pas. Les définitions abondent, le cernant plus ou moins, mais qui pourrait s’en approcher au point de le ressentir. Un jour, qui sait… Je pensais aux souhaits que l’on fait les sachant irréalisables, à notre réaction dans le cas contraire. Un rêve est beau par notre incapacité à l’incarner, attirant notre espérance, suscitant notre désir et motivant notre imagination.

- Penser ainsi est facile, contempler un désir en l’extériorisant afin de perdre l’envie de l’incarner. Matière informe il reste à la disposition de notre curiosité qui le modèle et remodèle sans cesse.

- Dur d’ouvrir les yeux, de déchirer symboliquement l’instant, d’arracher le masque.

- Un mot que vous aimez.

- J’en ai tant porté, hier le dernier est tombé alors que je me penchais sur la nuit, il m’a glissé de l’âme sans que j’aie le réflexe de le retenir.

- Est-ce la vérité que vous voudriez arracher ?

- Je me suis cru déguisé, mais non, je veux découvrir la face de la création.

- Le temps serait ce masque ?

- Qui sait ! Je voudrais être hors de ce courant. Nous ne sommes pas dans un champ regardant passer les trains, considérant le mouvement pour ressentir les heures. J’ai vu passer tant de feuilles, passagers d’encre dont beaucoup me tirèrent la langue. Le convoi filait sans moi. Je ne sais s'il existe, si, dans un virage alors qu’il ralentirait, il me serait possible de le quitter.

- Sauter dans l’inconnu ne vous ferait pas peur ?

- Me précipiter dans le connu m’effraie. J’ai écris une histoire commençant dans un train, une réincarnation compliquée. Les 999 premières pages étaient gorgées de massacres, je bâclai la fin par lassitude. La séquence dans l’hospice promettait pourtant beaucoup. Un train autorise… Une pensée… Pour sauter de ce convoi devrais-je atteindre la motrice ? Le meilleur endroit pour trouver une porte. Remonter les compartiments, apprendre de chacun, faire des rencontres, accroître mes connaissances en me délestant du superflu, arriver à la locomotive, la chaudière, regarder les flammes, retenir un cri de constater le combustible. Vieille idée d’un chemin intérieur, l’envie d’arriver quelque part, l’idée, qu’il existe un endroit d’où il est possible de regarder la réalité autour de soi.

- Vous en êtes proche, un pas suffit. Pénible mais faisable par le pouvoir de la volonté.

- Je me suis tant dit que je ne savais pas vouloir !

- Trop souvent pour que ce soit vrai. Difficile d’avancer quand l’envier de reculer est omniprésente, seul celui qui ose y parvient ! La peur vous a quittée, votre vielle amie ne vous effraie plus. Vous avez arraché ses déguisements trop laids pour être vrais, vu son visage à demi décomposé, vu les larmes de pus coulant de ses orbites, vous l’avez prise dans vos bras, espérant le dégoût l’indifférence vous envahit alors. Elle ne fut pas la plus forte, elle ne le sera jamais. Trop froide pour être vraie.

- La page parfaite serait intégralement noire, ce serait une délivrance de la rédiger.

- La porte noire… Ne cherchez pas la perfection, sinon la vôtre, l’expression la plus ressemblante de celui que vous êtes vraiment. Vous la reconnaîtrez en vous en rapprochant, sentant un écho de plus en plus harmonieux entre vos pensées et leur expression. L’évidence vous stupéfiera de simplicité, vous douterez que ce puisse être aussi simple. L’héritage culturel complique tout et fait que nous n’osons pas savoir. Je comprends votre scepticisme. Par abus d’imaginaire vous avez esthétisé le but à atteindre, comme certains, sans parler de ceux qui l’idéalisent. Vous avez le pouvoir de regarder au travers du maquillage, d’apercevoir l’aspect décharné de la vérité nue dont tant adorent le costume, le rite, le rien !

- Vous verbalisez mes pensées, termes étranges, pleins d’aspérités tranchantes.

- C’est vrai, d’où le plaisir. Les mots qui mordent sont vivants, les autres sont les couleurs mortes d’une palette tentant vainement d’orner le néant.

- Je ne veux plus reculer, notre rencontre certifie que je suis sur le bon chemin, le vide seul aurait uni nos refus. Il est préférable que ce soit la vie qui nous rapproche. Comment dire cela à une enfant ?

- L’enfance est apparence, l’important est dans l’expérience, le vécu comme on dit maintenant. Je peux penser avec nostalgie à l’époque où je jouai dans la cour de l’école, c’était plaisant mais ma route s’est éloignée brusquement. Je me suis retournée, mes camarades, regardaient ailleurs, ils sentaient que nos voies prenaient des orientations incompatibles. Je me souviens de leurs yeux, mi-apitoyés, mi-contents, lâches et voraces à la fois. Le froid m’envahit plus tôt qu’il aurait dû, ils le perçurent et furent terrorisés. Je ne leur en veux pas, ils suivirent leur instinct. La vie était pour eux ce qu’elle ne serait plus pour moi. J’ai eu des regrets, des moments ou l’effroi fut près de me submerger, je dus sembler sereine, acceptant les faits avec philosophie. C’est la moins mauvaise façon de les prendre. J’ai baigné si longtemps dans la souffrance qu’elle semblait appartenir à l’air. Maintenant elle s’est estompée, je ne sais plus la ressentir comme avant, un cal mental m’aide à endurer le temps qui passe, je sais voir ma chance. Moi aussi je porte un masque, sauf devant vous. Il évolua au fil des désirs se posant sur moi, j’ai suivi ma voie, être et paraître simultanément.

- Je suis ainsi, adapté sans être perdu.

- Devenir ce que l’on est suppose de l’accepter. Que de forces espèrent être employées, que de pensées attendent de se former dans l’univers foisonnant de notre imaginaire. Nous trahir serait nous contenter de ce que l’on nous appris à croire être. Là est l’effet nocif, pour nous, des contraintes socioculturelles. Vous êtes sorti de votre berceau, cette cage dont chaque barreau est une angoisse, dont chaque ombre est une terreur. La porte était grande ouverte mais vos yeux eurent du mal à l’accepter. Un oiseau hésite quand il approche du vide avant de s’élancer. Il ne doute pas de ses moyens, de ses ailes, il ne peut conceptualiser la chute et l’erreur, mais en son cerveau se produisent de nouvelles interactions qu’il ressent. Nous sommes craintifs face à ce que nous sommes nés pour réaliser, mais capable de le comprendre et de nous enfermer devant ce qui est une émotion nouvelle plus qu’une terreur justifiée. Vous avez vécu dans une unique pièce alors que beaucoup sont disponibles. Vous les connaissez, vous avez approché tant de portes, collant l’oreille contre le battant, glissant un œil vers la serrure, vous devinez, anticipez.

- Vous en savez plus que moi.

- Nos routes se ressemblent mais la mienne est plus courte. Je dus aller… Non, ne me demandez rien ! Je dus aller plus vite, les circonstances et ma faculté à les accepter décidèrent pour moi. Faculté naturelle, comme un oiseau sait se servir de ses ailes sans apprendre, en regardant, en écoutant sa nature. Là est notre point commun le plus fort, le lien le plus étroit. Allant trop vite je ne peux aller aussi loin que vous qui avez le temps et l’utilisez comme il faut. La société voulut bander nos yeux, brider nos esprits mais ils découvrirent le moyen de voir malgré cela. Tous, ou presque, disposent de ces facultés, l’obligation manque, la facilité anesthésie. Il est préférable de grandir à l’écart. La normalité est un carcan, nous nous sommes redressés avant qu’il soit cadenassé et sommes surpris de penser par nous-même. Nous sommes peu dans ce cas. Mieux vaux une véritable nuit à une fausse lumière. L’obscurité nous protège, le froid est amical, incitant les importuns à rester chez eux. Seuls au monde, ensemble, et non plus chacun dans sa prison. Nous ne partageons pas la même mais voyons que les murs sont illusions, il nous est permis de les traverser. L’infini devient accessible.

- Joli mot ! Prometteur et menaçant à la fois, l’un accompagne l’autre. L’infini, l’avenir, le presque présent, une pensée nous en sépare, mur ténu, facile à déchirer.

- Il est aisé d’avancer les yeux ouverts, la route est là, vous avez les moyens de la prendre, facile, accepter sans vouloir. C’est déjà le cas. Une simple crainte à surmonter. Attendez-vous qu’on vous prenne par la main ?

- Non, vous avez réussi à me retenir.

- D’autres signes viendront quand vous les accepterez, un pas vous ouvrira de nouvelles perspectives. Vous pensez à quelque chose ?

- La lettre d’un éditeur, un refus de plus.

- L’élément déclencheur. La vie vous fait signe, par crainte de changer vous vouliez disparaître. Un signe, une menace, par réflexe vous avez dit non, tellement habitué à votre sort que vous pensez le changement néfaste. Sans temps pour vous lire, la plupart des éditeurs ont buté sur votre style. Je vous devine compliqué. Il faut du travail, ils cherchent des textes formatés. Celui-ci prit son temps.

- Six mois, au moins, je l’avais oublié.

- Vous chargiez vos envois de refus, illisible mais perceptible. Quelqu’un a pris le temps de pénétrer l’aridité de votre œuvre, y découvrant une vie grouillante par rapport à tant d’ouvrages existants. Quand vous rentrerez vous lirez cette lettre, on vous demandera d'appeler un numéro, vous serez calme au moment de le faire. Je sais combien vous reconnaîtront en vous découvrant. Cette lettre est en souffrance dans votre boîte depuis plusieurs jours, l’éditeur est surpris de votre silence, je suis sûre que vous n’avez pas le téléphone, personne ne peut vous joindre rapidement. S’il le pouvait il viendrait vous voir, il apprécierait votre décor, trouverait qu’il vous ressemble, spartiate, débarrassé des vestiges du passé.

- Nécessité alimentaire, je voulais me purger, me nettoyer de ces restes d’autres vies.

- Vous ne pouvez vous vendre ainsi. Ce que vous êtes vient du passé, d’ancêtres qui vous léguèrent chacun un petit quelque chose, l’ensemble de ces rivières constitue le fleuve impétueux que vous êtes.»

- L’image est injustifiée mais charmante.

- Ne perdez plus de temps, vous avez tant à dire.

- Vous le verrez.

- Je le vois déjà, le destin vous attend.

- Nous pourrions nous rencontrer le jour.

- Non… Nous avons le temps de parlez de moi, je préfère vous écouter.

- J’ai l’impression que vous êtes une arme.

- L’arme de la vie intervenant au bon moment.

- On peut dire ça.

- La méfiance ne vous quitte pas ?

- Je la tiens en laisse, pour éviter l’inverse.

- En laisse, justement, changeons de sujet, n’avez-vous jamais eu d’animaux ?

- Bien sûr, que pourrais-je en dire ?

- Eux le pourraient, ils furent compagnons de vos jeux, de votre enfance.

- Mon enfance…

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 07:54
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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 07:37

 

 

 

 

C'est donc cela mourir, seulement, s'il me reste la capacité de penser c'est que je ne suis pas mort encore mais en phase d'agonie, celle qui me permet de garder des souvenirs de ce que je vécus mais aussi d'ouvrir les yeux sur ce qui va advenir de moi. Un pied en arrière, l'autre en suspens pour une rencontre entre fin et commencement.

J'ai tant stipendié l'impuissance humaine à échapper à l'esclavage de ses sentiments que maintenant je peux considérer être au pied du mur et contraint de savoir ce que je ressens, comme si je n'étais là que pour cela, usant de ce court intermède pour accepter de passer d'un monde à...

 

 

 

Y en a-t-il un autre et, si oui, quel souvenir du précédent garderais-je ?

Est-ce une chance qui m'est donné de regarder ce que la vie fut pour moi ou simple hallucination de mon âme s'éteignant et instillant en moi cette fantasmagorie d'un instant d'entre-deux ?

Devant moi je ne vois rien et ne puis rien distinguer sinon une obscurité dont je suis heureux de constater qu'elle ne suscite nulle crainte en mon âme, à quoi cela servirait-il puisque je sais que, dans ma situation, il ne me sera pas permis d'y changer quoi que ce fut.

C'est l'existence qui compte, craindre la mort me parut toujours vain et plus fruit de la peur de la vie elle-même, comment redouter ce dont on ne peut rien savoir, nul n'en revint jamais si certains le prétendirent. J'ai tenté, sans y réussir toujours je le crains, d'agir par vertu sans céder à une quelconque pulsion, rage, jalousie ou pire encore. C'est peut-être vanité de ma part en cet ultime instant de me trouver en accord avec moi-même en souhaitant que chacun fasse de même. Cette obscurité devant moi, peut-être est-ce mort qu'il la faudrait nommer mais je la vois davantage comme le miroir de la vie que l'on menât et l'opportunité de laisser de côté fatuité et mensonges pour affronter sa vérité. Peut-être est-ce l'ultime moment de mon existence, de quoi est-il le prélude je n'aurais pas les moyens de l'exprimer, probablement mon être va-t-il se dissoudre et il me paraît vain de tenter d'imager quel ensuite il pourrait y avoir dans ce cas, aucune trace de moi ne subsistant si de mon corps perdure quelque partie infinitésimale.

J'ai tenté de comprendre l'essence des choses mais cet instant je réalise quelle vastitude j'admirai et combien vouloir la contempler et la comprendre m'était impossible. Vouloir définir un tel spectacle appartient sans doute à la nature humaine, peut-être cette dernière n'existe-t-elle que pour cela, dans un but hors de mes perceptions, que d'autres après moi pourront apprécier mieux et définir avec une clarté qui m'est inaccessible et des moyens dont je ne dispose pas. La satisfaction d'avoir fait au mieux sans me trahir est suffisante pour que je traverse ce moment sans crainte. L'extérieur ne m'est pas hostile et la mort qu'il m'apporte n'est pas mon ennemie, elle appartient seulement à l'ordre des choses et, de ce fait, était inévitable. Ce que je suis, je le sens, restera comme élément de son temps mais ne saurait évoluer ni changer. Je resterai dans l'ambre du "maintenant".

Je ne sais quel nautonier s'approchera, penser me sera alors impossible et la Nature m'emportera pour une destination connue d'elle seule, s'il m'est donné de garder conscience je regarderai faits et choses autant que faire se pourra, sinon j'aurai satisfaction d'apprécier cet instant et ma propre dissolution.


                                                                                                                          Baruch

 

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 07:56

 

Une belle âme dans un corps difforme c’est une lame d’argent dans un fourreau rouillé.


Je n’ai jamais su crier, seulement gémir en veillant à n’être pas entendu.


Les lieux de culte sont des cimetières d'âmes.


On hait mieux en groupe.


Pour que le sang reste beau il faut qu’il ne cesse pas de couler.


Les hospices sont pleins d’avenirs radieux flétris trop vite.


Les idéologies n’apportent pas de réponse mais suppriment les questions.


On aime toujours plus l’enfant qu’on a pas eu, il est forcément parfait.


On ne lutte pas contre la mort en se reproduisant. La vie nourrit la mort, supprimez la première et vous vaincrez la seconde.


Quand on voit un corbillard on est sûr de ne pas être dedans.


Construire l'avenir sur le peuple c'est ériger un temple sur des sables mouvants.


Chaque seconde est une cendre.


Un cul sale se lave plus facilement qu’un esprit souillé.


Je suis Intrémiste.





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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 07:51
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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 08:15

Promettez... (5)

                                            06

La gueule du néant s’ouvrait, quelques secondes et l’apaisement. Quoi qu’il y ait après j’étais prêt à prendre le risque… Il n’est pas trop tard, refuser cette sensation, glisser doucement… Non, je ne sais plus croire qu’il s’agisse d’une illusion créée par lâcheté. Ironie de la vie alors que je m’apprêtais à lui faire un bras d’honneur. Elle attendit la dernière seconde pour me dire vivant pour un d’autre.

Je recule, mes pieds retrouvent le tablier, le goudron, ventre contre la rambarde de fer, le cœur fou. Tant d’idées en moi, d’impressions opposées. Me retourner, découvrir que je suis seul, entendre un rire, tendre les mains et atteindre à travers l’illusion la réalité de murs capitonnés. Loin d’être un avenir la démence serait donc un présent ? Mais alors je n’aurais pu tomber, il n’y avait pas de rivière, j’étais là préparant un cri qui ne finirait jamais.

Est-ce la chance dont j’entends décroître les pas ? La main est toujours là, pression rassurante m’incitant à me retourner, à vaincre mon désir de fuite.

Envoyée par la famille Adams ?

Qu’ai-je oublié alors que l’impossible m’ouvrant les bras je pouvais assumer mon choix ?

Cent voix se mêlent sans qu’une soit distincte. Échos d’ambitions mort-nées, d’aspirations demeurées fantômes, d’espoirs engloutis dans la médiocrité. Ce n’est pas le froid qui me fait trembler, ni la peur, c’est pire !

A les regarder sereinement les récifs ne sont que des cailloux émergeant d’une eau sombre, nimbés d’écume pale, gencive liquide dont les crocs broient le vide. Une rivière banale qui m’aurait pourtant reçu, se faisant la confidente de mes ultimes craintes, de mes derniers espoirs. A moins que ce n’eut été les premiers.

Regarder, oser ! Pourquoi ce silence, des paroles me rassureraient. Sauver une vie est une responsabilité. Terme inadéquat, elle n’est que prolongée. La fin ne change pas, la date est reportée. La médecine ne permet pas encore de vaincre la mort, mais la science vaincra. Vaincra…

Un effort, un quart de tour…

Je reste coi. Rêve, folie s’amusant de mes pensées, piochant au cœur de l'intime comment m’atteindre ?

Une enfant !

Impossible! Pas une enfant, pas ce regard posé sur moi, vivant, inquiet ! Même un personnage ne pourrait l’exprimerait avec tant de sincérité, la réalité l'interdit.

Chaos psychique, de multiples perceptions attendaient cet instant pour se heurter, chacune trop faible pour m’atteindre ; réunies, assez actives pour me bouleverser. Tant de petites voix s’unissent, chaque cellule murmurant. La vie n’est pas une illusion, il est permis de passer au travers du piège, elle l’attend.

Son sourire, son regard plein d’étoiles, quel talent faudrait-il pour en donner par les mots une vague idée ?

Je me disais pantin, je découvre les fils psychologiques se tendant, sans eux je serais un rocher heureux de ne pas exister, sans question ni devenir.

Un rêve ne peut s’incarner, j’aimerais le croire mais quelle puissance peut-elle réaliser ce…

Miracle ?

Expliquer, comprendre, réduire en quelques définitions ce que je ressens, ce que je vis, summum de l’imbécillité, seule importe l’évidence de l’instant.

Par les miens ses yeux plongent en moi, parcourent mes secrets, n’oublient rien des désirs que je n’oserais pas m’avouer. Aucun tient devant elle, aucun.

Le vent fait danser sa chevelure, le froid ne paraît pas l’atteindre. Elle est si jeune mais son regard indique une maturité fruit d’expériences, une acuité douloureuse.

Qui disait que j’étais trop lucide ? Regard d’un ciel bien sombre en comparaison de celui que je contemple.

Silence rime avec absence, pas cette fois. Trop de présences, si fortes que le temps se contracte autour de nous et étouffe ce qui distrairait la force nous reliant. Tant d’angoisses accumulées depuis si longtemps, barrage contenant une émotion qui maintenant s’impose, explose, se répand comme un bain de napalm. Je me sens brûler, son sourire est la force qui me transperce.

Deux êtres se font face sans que l’un soit, ou cherche à être, le reflet de l’autre. Pourtant nous sommes semblables, évidence sans question à poser pour le confirmer.

Sa main se retire… Un moment je crains qu’un voile noir s’abatte, que je réalise avoir sauté, imaginant la suite pour nier ma situation et la mort s’approchant. Non, elle reste là, souriante, lisant en moi, ainsi ai-je l'impression que si elle me voit c'est que j'existe.

Elle n'est pas un mirage, pas davantage un cauchemar qui va se dissiper pour révéler une pièce sombre et silencieuse et cependant je suis terrifié.

- Il ne fallait pas !

Elle a raison, j’en avais désespérément envie pourtant. Sans ce désir nous ne nous serions jamais rencontré. Je ne suis pas venu pour rien sur ce pont. Le vent a emporté mes terreurs enfantines au moment où je ne l'attendais plus.

Elle plisse les yeux, incline la tête, elle attend que je parle. Jadis j'étais disert maintenant les mots glissent entre mes pensées sans que je sache en saisir un. Ai-je tant de regrets que je sois paralysé à ce point, ou est-ce l’inverse ?

Envie d’être un enfant, ne plus vouloir ; qu’elle prenne ma main et m’emmène. J’ai dormi si longtemps, marchant les yeux ouverts, sans rien voir, rêvant de mondes étranges sur des feuilles blanches, non pour écrire mais pour faire de la place en moi afin de pouvoir rêver encore, rêver toujours, me laissant emporter par d’autres visions, oubliant que le réveil pouvait sonner.

À l’heure de l’irréversible, quand une seconde de sommeil supplémentaire aurait été définitive, quelque chose a sonné en moi, un contact, une simple douceur, une présence. Mes certitudes s’effondrent, mes servitudes me paraissent convenues au possible, je me retrouve face à moi-même par ce regard d’une formidable limpidité.

Où me terrer quand mes muscles ne répondent plus ? Je leur fis faire tant d’âneries.

Je me sens bizarre, engourdi par des années de léthargie. Une demi-vie emportée, en reste quelques kilos de papier. L’ailleurs que j’imaginais était si proche.

Atroce banalité du décor, bacs à fleurs vides, façades et lampadaires obscurs, magasins et restaurants fermés.

Est-ce Alice m’entraînant du bon côté du miroir ?

Je ne vois de merveille que celle tenant ma main.

De jour l’endroit est animé, des voitures circulent continuellement, cette nuit est notre amie et la solitude nous protège de la curiosité.

Quelques pas, nous traversons le pont, longeons le quai. Un banc sous un réverbère, en pleine lumière elle est encore plus belle. A l’inverse je ne serais pas étonné si en me voyant mieux elle disait regretter, qu’il est temps pour moi de disparaître hors de sa vue.

Elle ne cesse pas de sourire.

- Vous regrettez ?

- D’être là ?

- Plutôt qu’ailleurs

- Non… Je ne sais pas où c’est. J’avais seulement le désir de quitter cet endroit, d’être emporté par les eaux. N’est pas Moïse qui veut ! J’avais fait le deuil de moi-même, de ce en quoi j’avais cru. Je découvre maintenant où je voulais aller, vivant.

- Est-ce mieux, ou pire ?

- La différence ? Je comprends mal mes actes. L’émotion est une complice que j’avais perdu de vue, de cœur, depuis longtemps. Les mots sont de vieux amis mais ils quittent ma bouche en rangs désordonnés.

- Expliquez-moi votre envie de décamper, c’est ce que vous vouliez, n’est-ce pas ?

- Oui, partir loin, ne plus être faute d’oublier qui je suis. Comment se fuir sinon en prenant un chemin définitif ?

- Mais je vous ai vu.

- Retenu.

- Vous m’en voulez ? Vous m’en voudrez ?

- Non ! J’ignorais la beauté de la vie. Les yeux clos je prenais l’obscurité pour la normalité.

- J’étais là, je ne pouvais pas vous laissez aller, vous ne m’avez pas entendu approcher. J’ai posé une main sur votre bras, rien de plus. Si votre désir avait été si fort vous n’auriez pas senti une aussi faible pression.

- Ai-je jamais voulu quelque chose ? Ce verbe me surprend. J’allais, suivant mes pulsions, mes instincts, devant moi. Je faisais semblant, le supportant difficilement. Je voulais disparaître pour ne pas voir qui je suis.

- Ce que vous croyez être. Il n’est jamais trop tard pour accepter sa vie.

- Faut-il avoir été proche de la repousser ?

- C’est l’occasion d’admettre le passé, le moment d’ouvrir les yeux.

- Curieux endroit, bizarre circonstance.

- Prenons-les ainsi. Elles vous permettent de considérer autrement la vie. Faites lui la gueule et elle vous tourne le dos. Utilisez-la, prenez-la, elle ne demande que cela, vous verrez, vous saurez. Elle vient vers vous. Une règle suffit : elle aime qu’on l’aime.

- Aimer ?

- Vous connaissez ce verbe ! Ce qu’il veut dire, vraiment, quand bien même vous avez envie de vous en défendre, d’oublier les regrets que l’employer évoque. Laissez-vous faire, c’est une étape de votre chemin, un moment. Une halte avant de continuer.

- Pour aller où, quelle distance encore à parcourir ?

- L’existence se passe de chiffre, sinon elle serait un programme d’ordinateur. Nous y allons, c’est le souhait de beaucoup, l’avenir de la civilisation et de ses règles, mais il reste possible d’être libre, de vaincre la peur qui va avec. Je devine vos pensées "Ce n’est pas pour moi". Ce couplet défaitiste est pernicieux. Ne me demandez pas pourquoi mais je le sais, vous entendez, je le sais ! Nul ne naît un contrat en poche l’assurant des années disponibles, du droit d’avoir une télévision, une voiture, d’avoir ceci ou cela. Ceux qui croient, ceux qui exigent, ceux-là adorent le vide et nient la vie. Qu’ils se rassurent, c’est réciproque. Mourir viendra toujours et la science luttant contre la mort pourrait en promettre une pire que celle que nous connaissons. Votre tour n’est pas venu, pas encore, pas cette nuit. Mourir en pleine lumière vous ira mieux.

- Lumière ? J’ai tant apprécié la nuit, l’obscurité.

- Que l’une domine l’autre et le néant serait vainqueur. Il triomphera, plus tard.

- Oui, plus tard, une part de moi s’est effondrée, le mur derrière lequel j’étais protégé.

- Bien, mais pourquoi vouloir tout comprendre ? Attention aux mots érigeant autour de vous un mur fantasmatique protecteur, si l’on peut dire, des émotions que procure la vie. La réalité est si belle parfois.

- Rarement.

- Le jour effacera vos cauchemars.

- Si c’était le contraire… Bah ! N’y pensons pas.

- Vous avez raison, nous sommes si bien ensemble.

- Nous ? Curieux, un pluriel singulier ?

- N’eut-il jamais de sens pour vous ?

- Il faillit, j’eus le réflexe salvateur de m’éloigner.

- Il est temps de vaincre la peur qu’il vous procure. Vous n’êtes plus le maître du jeu. Préparé à une épreuve vous êtes perdu devant une autre. Vous voudriez la refuser mais elle vous intéresse. Vous avez entassé vos affaires avant de partir et soudain la destination de votre voyage est à l’inverse de celle que vous attendiez. Laissez venir vos angoisses, elles ne résisteront pas. Votre carapace est emportée par la rivière. Quelle fut votre motivation pour choisir ce moyen de départ ?

- De lointaines émotions remontèrent, j’ai glissé du réel, plus que d’ordinaire, l’appel se fit sirène pour me tenter. En posant votre main sur mon bras vous l’avez coupé. Voulais-je retrouver une ambiance amniotique. Explication psychologisante d’une banalité à pleurer.

- Elle n'est pas fausse pour autant.

- Un moyen d’exprimer mon désir de naître… il serait temps. Je ne trouve que des questions supplémentaires.

- Les réponses sont là. Avec l’envie de les connaître vous les trouverez. Voir paupières baissées est malaisé.

- Vous m’aiderez à les contempler.

- Ne me donnez pas un rôle trop grand. C’est avec vous que vous aviez rendez-vous, je suis l’instrument du destin pour que vous le compreniez, rien de plus.

- Si important, déterminant comme un aiguillage, un rôle lourd pour une enfant.

- L’apparence est une chose. Dans certains cas les années comptent double, voir davantage. Si je regardais mon état civil je découvrirais une inconnue. Il me reste quelques souvenirs de l’enfant que je fus, quelques impressions… Un point commun, il faut qu’il y en ait un. Cela arrive quand deux personnes se rencontrant se reconnaissent sans s’être jamais vues. Certitude de vécus semblables nous soufflant l’autre nous comprendra. En me connaissant je sais qui vous êtes, et inversement. Nos rêves se ressemblent. C’est un désavantage d’être en avance, vous le savez. Être à l’écart, sentir le poids des regards, des interrogations, de l’incompréhension. Les autres aiment la simplicité, parfois cela s’altère, les rôles se mélangent, remettent en cause des habitudes fortement ancrées. Déranger nous aimons ça ! C’est notre situation, autant y prendre plaisir. Cette nuit moi aussi j’ai envie que tombe le masque. Jouer à la petite fille est amusant, un moment, mais je n’en peux plus. Il faut bien rassurer les adultes ils sont si fragiles, si adorateurs de leurs mythes sociaux, culturels. Des enfants refusant de grandir, prisonniers de leurs berceaux.

- Parfois certains s’aventurent au dehors.

- La masse est rassurante. Nous en échapper nous permet de découvrir un univers différent. D’enchanteur ou merveilleux il devient pénible, agressif, chaque seconde est une peur nouvelle qui nous mord et laisse l’empreinte de ses crocs, une plaie purulente en souvenir.

- Ces blessures furent autant d’encriers, aujourd'hui asséchés j'en voulus de fraîches pour y puiser l’inspiration. Je les crus preuves de vie et refusais qu'elles s'estompent.

- Des voies différentes amènent à des conclusions identiques. Nous sommes proches à en être terrifiés.

- Cette peur nous unis sans nous tétaniser.

- Curieuse impression, sentir en soi les pièces d’un puzzle récupérées au long d’une vie se mettre en place. Étions-nous conscient de les receler ? Étrange magie de l’éveil, nous voir et le supporter.

- Nu, débarrassé des apparences, exister hors des convenances face au miroir de la lucidité. L’esprit soudain sensible, se découvre capable de penser et l’effroi ressenti est un plaisir inédit. J’étais à l’abri entre mes murs intérieurs. La liberté est terrifiante mais ce qui m’atteint ne me blesse pas, me frappe sans me faire souffrir.

- Par méconnaissance nous ne reconnaissions pas la vie. Nous voulions nous perdre, mais avançant lentement nous nous sommes trouvés.

- Notre chemin a une destination. Ça change du nulle part que je croyais être mon but. J'étais dans une gare, mes lourdes valises déjà dans le train, j’allais y monter... Le convoi est parti, je me retrouve sans rien hormis moi-même, le train s’éloigne et je ne désire pas le rejoindre. Un quai en vaut un autre. Mais, vous, en pleine nuit, ici …

- J’étais lasse d’être enfermée, pour mon bien, et je sais que c’est vrai. Je connais mal cette ville, j’ai pris la voie que je connaissais, l’appel de l’eau, pour moi elle évoque une vie d’avant… D’avant quoi je ne sais pas, quels mots pourraient-ils décrire un temps d’avant le Verbe ? J’allais, pour être dehors, tant pis pour le froid. Je vous ai vu et j’ai compris que je n’étais pas sorti sans but. Prise dans mes pensées, dans une nuit personnelle je l’ai senti en vous apercevant. Pourquoi regardez-vous en l’air ?

- Je nous sens pantins et voudrais découvrir ce qui tire nos fils. Sans croire en une volonté consciente nous menant quelque part je nous sens obéir à des contraintes. Il reste tant à découvrir des mystères de la nature œuvrant en nous. Je souhaitais mourir par incapacité à comprendre la vie. maintenant je me demande l’utilité de mon existence. La mort n’aurait pas apporté de réponse, seule la vie le peut. Répondre à une question c’est gravir une marche d’un escalier sans fin. Profitons de ce que nous pouvons voir pour regarder, quand nos orbites seront creuses il sera trop tard. Tant d’yeux sont des tâches de ténèbres ne pouvant endurer la lumière.

- Des circonstances particulières sont nécessaires pour savoir que c’est possible.

- Se comprendre est une activité solitaire.

- Encore faut-il survivre.

- Il importait de regarder l’abîme, de l’accepter au point de désirer se jeter en lui, comme un défi à l’utilité que nous avons pour la vie. Pour vérifier qu’elle sait ce qu’elle fait.

- Mais pas ce qu’elle est. C’est la différence.

- Et nous sommes là… Les fils se tendent, les mêmes pour nous deux. Nous subissons des forces que nous ne percevons pas telles. Nous avançons, le passage se fait, le gué se traverse et voilà qu’à nouveau nous sommes livrés à nous-mêmes, sans pouvoir reculer. Franchir le gouffre, s’en rendre compte ensuite. Nous demander si nous en sommes capable aurait pu nous faire chuter. Difficile d’accepter ce que l’on est, plus encore d’admettre ce que l’on peut.

- Maintenant c'est le cas. N’effacez pas cette découverte. Faire avec sera plus facile que vous l’imaginiez.

Vous incitant à puiser en vous des forces n’attendant que cela. Comme des muscles n’ayant jamais servis. Difficile dans les premiers temps de savoir les maîtriser. Après une période d’adaptation, de tâtonnements nous sommes plus habiles et prenons plaisir à les employer comme ils doivent l’être. Ne dites pas que vous n’y arriverez pas, laissez tomber ces habitudes de refuser avant d’essayer. Je vous interdis ces paroles de couardise, vous ne les ressentez pas. Elles viennent du passé, lambeaux d’avant qui se détacheront rapidement avant de tomber en poussière. Avancer, écoutez moi, je dis la vérité, je le sais. c’est tellement important, tellement !

Mais pour qui ?

Ses yeux me font peur tant ils débordent d’une vie vers laquelle je désire aller. Toucher le rêve, en être si près qu’il en devient vivant, avoir peur de découvrir une sensation inédite pouvant me sortir d’un si long sommeil.

- Personne ne s’inquiétera pour vous ?

- Je dors, les autres aussi, quand le soleil sera levé…

Son regard m’interdit de la questionner, ses réponses lui feraient aussi mal qu’à moi.

- Nous sommes si bien, le temps s’est arrêté, nous sommes dans une bulle menaçant d’éclater à la moindre fausse pensée. Minuit est passé, mon carrosse est intact.

La lumière du jour le réduirait en cendres ?

- Tout finit ainsi, et nous aussi. Parlez-moi de vous, du chemin intérieur qui vous conduisit ici. Trop de solitude ?

- De confrontations avec moi-même.

- Célibataire endurci, pas d’enfant ?

- J’y ai pensé, jadis. J’aimais une enfant trop parfaite pour s’incarner. Elle aurait été malheureuse et moi aussi. Faisant un garçon j’aurais recommencé. C’était l’envie de briser ma solitude avec quelqu’un dépendant de moi, qui m’aimerait spontanément, sans me connaître. Une image ! Je fuyais la réalité et ce qui pouvait m’y ramener. Par les mots je peux créer n’importe quel marionnette. Le dire amène cette question : Qui écrit ? Si j’étais ces fils, un intermédiaire ? Ces idées passent par moi mais sont-elles miennes ? Là est la question, et de l’autre ce qui me fait agir. Ils s’imposent, puisent en moi des désirs retenus, des pulsions inavouées. Ma vie était une suite de rêves accrochée à une pseudo réalité de papier. Par eux j’ouvris une porte sur un univers sans limite.

- Lequel fuyiez-vous ? Pourquoi chercher la mort ?

- Pour m’engloutir dans un vide contraire de l’absence ! Trop d’idées m’emportant, me charriant comme des chevaux fous. Le rêve est parfois un piège.

- Pour qui oublie sa nature. C’est une vitrine, entrez, découvrirez-le plus violent et terrifiant que vos espoirs. La porte aura claquée dans votre dos. Aviez-vous l’impression d’être pris dans un piège de fils tendus, une toile verbale dont vous pensiez vous dépêtrer en cherchant un chemin bordant le vide, le seul praticable ? Quand les mots dessinent sur le vent ils sont inoffensifs, quand se forment les contours du réel il en va autrement. Mourir fut un chantage à des forces intérieures que vous perceviez. Tentative sincère sinon il ne se serait rien passé. Avec une minute de décalage c’est vous qui m’auriez vu penchée vers l’eau glacée.

- Je vous aurais retenu.

- Vous seriez arrivé trop tard, vous auriez tendu les bras, frôlée sans me saisir, me voyant disparaître dans l’obscurité, deviné que j’étais emportée.

- Vous auriez crié !

- En êtes-vous sûr ?

- Non. J’aurais douté, cru avoir sombré comme si je voyais mon rêve disparaître devant mes yeux, prouvant de cette façon que mes pensées ne m’appartenant plus je devais les subir. Je vous aurais gardé en moi, personne n’aurait su avant que votre corps soit retrouvé. La rivière est gonflée par la fonte des neiges, vous auriez pu vous engloutir à jamais. Je me rends compte de la monstruosité de mes paroles mais c’est la vérité.

- Je préfère votre sincérité, je sentirais si vous mentez et vous en voudrais. Je n’aurais pas imaginé votre regard, j’aurais, sinon, sauté allégrement, sachant que la vie réelle ne m’offrait rien mais qu’avec vous celle que je pouvais atteindre serait mille fois plus intéressante. Le destin est une machine aux rouages bien huilés qui font que les rencontres surviennent quand elles le doivent.

- Vous avez raison, inversée la situation aurait été un simulacre, une trahison.

- Chacun tient sa place. Vous aviez besoin de frôler le précipice, de regarder le courant en désirant le rejoindre. Est-ce un flux mental qui vous terrifiait, par analogie vous préfériez celui de la rivière pensant qu’il serait apaisant. Sur le moment vous n’auriez pas perçu la différence, il vous aurait fallu quelques secondes pour réaliser que le froid vous enserrait, que l’eau s’engouffrait dans vos poumons. D’ordinaire c’est vous qui faites couler l’encre sur le papier. Au lieu d’un flot de pages c’est dans l’eau que vous auriez disparu.

- Les mots généraient d'incontrôlables situations. Maintenant je trouve des explications inconcevables sur le moment. Après coup tout est simple, on a une vision globale de la situation, et l’on connaît la fin. Les parois se refermaient sur moi, je ne comprenais plus, il me fallait agir. Si souvent je perçus la folie proche que je ne me méfiais plus. Cette fois pourtant elle était là, dansant sur les murs. Entre eux je me serais dissous. J’aurais survécu, paru physiquement normal, et, rentrant, j’aurais retrouvé un enfer indicible. Je me vois, assis, tapant à la machine sans ruban. Écrire, écrire… L’instinct s’est manifesté au dernier moment, plutôt disparaître que laisser s’ouvrir la perspective de longues années d’une souffrance incomprise.

- Nous ne sommes pas maître de nos pensées, le croyons-nous que la preuve nous en est apportée sur-le-champ. Tant ne savent pas reconnaître cela, imaginant je ne sais quelle volonté supérieure. Mais c’est à la portée de n’importe laquelle puisqu’ils n’en ont pas ; connaissant le terme, pas ce qu’il signifie. Avez-vous des regrets d’avoir cédé aux idées venant vers vous, tentacules vous attirant où peu se risquent ?

- J’ignore la saveur des regrets. La démence fut enrichissante à posteriori. Quand elle est là, caressante, impossible de réfléchir. L’esprit encaisse, supporte, avance malgré tout. Maintenant l’aube me paraît accessible. Je titube, confus mais prêt à supporter la lumière à venir. La folie brise les convenances, permet de passer par l’ailleurs pour voir si nous y sommes. Qui l’ose se retrouve portant un rebutant costume de délires. Nous nous trahissons par des craintes injustifiées. Restent des cicatrices qui ne s’effaceront jamais, des plaies qui ne se refermeront pas, autant de preuves que la vie fut là, que je sus la prendre, non lui échapper. Tourner la tête, regarder ce que j’ai vécu, ce à quoi j’ai échappé sans l’avoir voulu est une tentation à laquelle je refuse de céder encore, je l’ai tant fait.

- Vous avez pris l’unique chemin possible, plein de détours, le temps qu’il vous semble avoir perdu fut utile pour éviter les pires difficultés. Qu’importe les pages qui ne contiennent rien, chacune prouve que vous avez avancé.

- J’ai vécu tant de situations aberrantes que je m’interroge sur la suite. C’est un palier, indication pour continuer dans une direction que je crains. J’ai vogué sur une mer de papier espérant que mes rêves s’y égareraient, que resteraient d’eux des mots que le temps couvrirait de poussière. J’attendais un mirage dans lequel je serais… Non, dans lequel je suis entré insouciant, pour en ressortir différent. Mon quota quotidien de pages fut la certitude à laquelle je m’accrochai pour poursuivre ma route sans penser aux symboles m’entourant, au flou du décor. Le but du jour était d’atteindre le suivant, sans lever la tête, sans penser à l’avenir. Je courais sur place pour ne pas reculer. Régresser aurait été facile. je l’ai tenue entre mes idées, entre mes pensées et l’ai laissé filer.

Cette nuit c’est l’heure du choix, la vie ou la folie.

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 07:53
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