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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 07:19


 

Génial ce film, si, si, je t'assure. Au début on se dit que ça va être un polar comme les autres, on en a tant vu que plus rien ne semble devoir nous étonner. Bon, le décor est d'un banal à pleurer, une cuisine qui vient de chez... tu sais qui, ou de son concurrent, quelle importance, elles se valent toutes, bref, décor d'un commun, on aurait tourné chez moi que ça aurait pas été mieux, ni pire, mais je m'égare, ça c'était le cadre, je situe juste, on sait qu'il s'est passé quelque chose, forcément, lentement on découvre les taches de sang un peu partout, on imagine le pire, c'est dégueulasse, encore un crime commis à coups de couteau, d'un autre côté je comprends, c'est spectaculaire, le poison c'est plus propre mais y'a moins à montrer. Donc le sang, il a giclé partout comme si la victime avait cherché à échapper à son agresseur, là encore c'est logique, le scénariste s'est pas foulé, il a copié la réalité. On suit les traces dans l'entrée puis dans le salon, mieux que la cuisine mais ça sent la petite bourgeoisie qui veut paraît sans en avoir les moyens, c'est te dire si j'étais dépaysé ! Y'a des gens, des types en blancs qui relèvent des trucs et des machins, des cheveux sans doute, pour l'ADN, maintenant c'est toujours comme ça, avec un poil de... enfin un poil quoi, tu trouves l'assassin, quand j'étais jeune c'était pas ça, les flics méritaient leurs salaires, maintenant c'est l'affaire des techniciens, des scientifiques, peut-être que tuer est une science aussi, va savoir ! Ils ont l'air sérieux, c'est rassurant, des acteurs que je connais pas, mais pour les petits rôles ils prennent pas des vedettes, il faut attendre les enquêteurs, le commissaire ou je ne sais qui.

On avance encore. Ah ! Le cadavre sous un drap, logique, comme si ça pouvait le gêner qu'on le regarde, peut-être est-ce par respect, pour ne pas lui rappeler les mauvais souvenirs de sa fin de vie... On entend des voix, la description des faits, il est question de taille de la lame, de la sauvagerie du crime, ça c'est le légiste qui donne son avis en attendant d'avoir le temps de faire son rapport.

Une autre pièce, des types qui discutent, une femme assise avec des menottes, la tueuse sans doute, on la voit mal derrière les flics mais elle doit être connue, sa silhouette me dit quelque chose, enfin ça devient intéressant.

Ce qui est bizarre c'est que je suis seul dans la salle, tant mieux, je serais pas ennuyé par des toux ou des sonneries de portables, personne dans mon dos pour me donner des coups de pieds, j'aime le confort, quoi que... je trouve qu'il fait pas chaud, ils font des économies sur tout maintenant.

On recule, le grand policier que je suppose être le chef s'approche du cadavre, je suis sûr qu'il va y avoir des flash-backs et tout, on va comprendre ce qui s'est passé, un crime passionnel sans doute, c'est rare qu'une femme tue violemment, je suppose qu'elle en avait marre d'être trompée, un mobile vieux comme le monde. Elle endure et puis elle craque, banal, ça doit arriver tous les jours des histoires comme ça, moi-même... La question n'est pas là, peut-être qu'elle sait mais elle est trop molle pour se plaindre, alors pour le reste, pas la peine d'en parler.

Il se baisse, va soulever le drap, j'espère que c'est une vedette.

....

M... ais c'est moi. C'est quoi cette histoire, qu'est-ce qu'il dit le flic ?

Non, pas l'autopsie, noooooooooon...

 

 

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 07:11
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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 07:25














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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 06:22
                                                                                                  


 

                                                  01


Le murmure de ma voix me rassure. Je me répète "Je suis calme." sans en être convaincu.

Le silence m’entoure, aucune présence perceptible. Au travers d’une porte-fenêtre je regarde un ravissant parc privé elle semble l’unique accès. Oasis de verdure ceint de murs d’une hauteur décourageant la curiosité, les aspérités que j’observe sur leurs arêtes ajoutent à l’hostilité qu’ils inspirent.

Derrière ces murs ? Question spontanée. Un autre parc, immense ; celui-ci est une enclave, un lieu réservé, privilège de quelques-uns. Pas un instant je ne doute d’en faire partie, non plus que j’oublie l’ironie de ces termes. Dans mon dos une porte est close, je n’ai pas tenté de l’ouvrir, dans mon oreille rôde l’écho du pêne s’enfonçant dans sa gâche.

L’unique voie accessible est devant moi.

Au-delà des murs disais-je ? Un autre parc, immense, planté d’arbres séculaires, et puis d’autres murs tout autour, moins hauts que ceux-ci. Une route, la nature sauvage, et, plus loin, encore, les rumeurs d’un monde si lointain qu’il ne m’en reste que des images floues.

Cette pièce, un bureau, autour… un bâtiment d’un genre particulier. Retraite pour individus désavantagés. Asile est un terme désuet mais reste le meilleur. Hôpital psychiatrique dit-on de nos jours.

La paroi de verre et d’aluminium coulisse doucement. L’air me surprend, il y a si longtemps que je n’eus l’occasion de respirer celui du dehors. Frais, chargé de quelques odeurs que je perçois sans les identifier. Un pas, j'hésite avant d’avancer jusqu’à fouler le gravier du chemin. Celui-ci reste droit sur quelques mètres puis s’échappe à droit et à gauche pour former un cercle. Des massifs de fleurs, quelques arbustes, et, visiblement le parc fut construit autour de lui, un chêne superbe à l’ombre duquel un banc se fait tentateur. Ce calme appelle le recueillement, offre à l’esprit dans un décor idéal le moyen de se couper du monde, de ses contraintes, pour se pencher sur lui-même.

Le reste du monde semble si loin, interdit en ce lieu de paix, de calme.

Celui précédant la tempête.

J’ai beau regarder le ciel, aucun nuage laissant présager un orage, un léger souffle d’air mais le soleil n’est pas trop chaud, probablement sommes-nous au printemps. Je préfère l’ombre et la fraîcheur qu’elle engendre.

Le gravier crisse sous mes semelles. J’inspecte les lieux, gazon parfaitement tondu, fleurs idéalement agencées, l’endroit est assez important pour être entretenu comme il convient.

Machinalement je lève le bras gauche en portant mon regard vers le poignet. Rien, aucun moyen de connaître l’heure, dans la pièce d’où je viens il n’y en avait pas non plus. Il n’y en a plus. Je me souviens, une haute horloge, un large coffre de bois dominant les visiteurs, rythmant le temps d’un tic tac implacable, leur rappelant que rien ne peut entraver son cours, qu’ils le veuillent ou non il passe, les emporte, et lentement les effrite.

Le professeur l’aimait beaucoup ! Le maître des lieux, siégeant derrière son bureau, l’observant parfois, complice. Je me revois, assis devant lui, laissant errer mon regard sur les murs avant de l’arrêter sur le coffre en bois magnifiquement sculpté de la sentinelle du temps, incarnation de la patience en même temps que d’un défi impossible à relever.

L’éclat doré du balancier avait quelque chose d’hypnotique et de rassurant, ainsi le visiteur pensait-il n’être pas seul dans un endroit à part cela impressionnant. Je fis l’effort de résister pour faire face au professeur qui m’observait sans que sur son visage transparaisse la moindre émotion, à peine une once de curiosité dans son regard.

Si ce souvenir est si prégnant c’est que je n’avais pas eu l’opportunité de le rencontrer dans son antre auparavant. Nous nous rencontrions ailleurs, dans… comment dire, un endroit blanc, totalement blanc, les murs, le sol, la porte, la lumière froide et tranchante, pesante comme une menace. Et ça en était une !

Ici c’est une chambre, dans un asile ce serait une cellule.

Je me souviens de la douceur des murs, parfois je me laissais aller à donner des coups de tête. Ainsi, horloge moi aussi, je marquai le temps, le bloquant afin qu’il ne m’agressât pas davantage.

C’était…Ça n’est plus.

Ses yeux observaient ma contemplation. "Elle est magnifique !" Dis-je sans réfléchir que j’aurais dû me taire pour ne pas lui donner l’avantage. C’était ce qu’il voulait, dans ma cel… dans ma chambre, il n’obtenait de moi que quelques grognements, parfois un haussement d’épaules, de rares onomatopées, rien de significatif. Son bureau était une extension de son être, comme un nid, y être admis était une preuve de confiance que peu de patients avaient eus.

- Elle vous plait ?

- Beaucoup, elle semble garder un temple dont nous ne pouvons que contempler l’entrée sans y être admis, tentant d’observer l’intérieur, percevant ombres et formes que notre imagination reprend et modèle suivant nos croyances, nos capacités et nos goûts.

- Une belle mécanique n’est-ce pas, comme nous.

- Supérieure, incapable de s’interroger, là, présente et totalement en cette présence. C’est le symbole qui importe plus que la réalisation. Quelques rouages, mécanismes parfaitement agencés, un coffre en bois, cercueil de nos illusions de maîtriser un jour le temps. Pouvoir le mesurer est en devenir esclave. Sans montre, sans horloge, sans rien pour nous indiquer qu’il est là et nous entraîne nous serions plus heureux. Un symbole, le temps existe sans horloge, sans mouvement des aiguilles qui le rend perceptible pour nous, mais chacune de nos cellules en connaît l'effet dévastateur.

Son regard se fit souriant.

- Je parle beaucoup n’est-ce pas ? Vous le souhaitiez, supputiez que me laisser dans ma chambre me gênerait pour m’exprimer. Vous aviez raison, la preuve. Comment parler dans un cadre aussi hostile, dans un endroit où je vis, si ce terme veut dire quelque chose, depuis si longtemps, depuis… Je n'ai pas d'horloge mais le temps est mon seul, et implacable, compagnon. Et pourtant avoir la preuve, humaine, qu’il existe me manquait. Ce que je dis est-il intéressant professeur où n’est-ce qu’un flot d’inepties que je retenais depuis longtemps, enfin libéré il s’écoule de moi comme le sang d’une blessure incicatrisable. Parfois j’écoutais mon cœur, il me berçait la nuit, m'interdisant de penser en focalisant mon attention sur lui, oubliant le reste, devenant ce muscle, effaçant une angoisse que les médicaments n’éteindront jamais. Combien de fois êtes-vous venu professeur ? Vous l’avez noté, dix, cent… Était-ce ma dernière chance avant que vous ne me déclariez irrécupérable, avant que je ne sois condamné à perpétuité à vos produits, à ces murs, à ce piège dans laquelle la nuit ne vient jamais, là encore pour m’empêcher de différencier le jour de la nuit. Je ne sais pas quand nous sommes, où nous sommes, si même être veut encore dire quelque chose. Suis-je un sujet intéressant ou un pauvre type scellant sa condamnation pour inintérêt total ?

- Vous êtes loin d’être un pauvre type. Rassuré ? Quoique je pense que vous cherchez plutôt à être entendu.

- Entendu ? A quel titre ? Qu’ai-je à dire ?

- Chacun possède en soi une source d’intérêt pour les autres.

- Vous avez fait métier d’y puiser.

- Seulement chez ceux en qui elle n’est plus endiguée.

- Jolie formule, endiguée… Afin d’éviter que l’esprit ne soit noyé.

- Cette formule vaut la mienne.

- Si un jour vous la replacez, n’omettez pas de me citer, ayez une pensée pour moi, surtout si j’ai fini par être submergé.

- Désirez-vous l’être ?

- C’est la question. Si je suis là c’est que cela fut proche de m’arriver, que je fus arraché aux flots tumultueux avant qu’il soit trop tard, reste à savoir si je peux remonter sur la berge ou s’il est écrit que je doive être entraîné par le courant.

- Nous sommes là pour connaître les données de l’alternative.

- Cela semble si simple, dit ainsi. La situation est pourtant pénible, je me sens papillon sous l’œil de l’entomologiste, désirez-vous m’ajouter à votre collection ? Combien en avez-vous déjà, des centaines, des milliers ? Je suis proie devant la mire du chasseur, pantin entre des mains que je ne comprends pas. J’ai envie de lever les yeux, de dire non ! De saisir mes fils pour tirer dessus et prouver au grand manipulateur que je peux tenir debout sans eux, sans lui, sans rien, sinon ma propre volonté. Être entendu, mais de qui ?

- De vous-même.

- De moi-même ? C’est vrai, m’entendre, me connaître… Pantin ai-je dit. Mais j’ai déjà tiré sur les fils et c’est tenir debout qui m’étonne. Pouvoir résister au désir de me laisser tomber. Je l’ai voulu pourtant, et puis non, non ! Maintenant j’ai envie de comprendre. J’ai désiré ressembler à cette horloge, cœur pour balancier, rythmer le temps, coquille vide d’âme, il faut croire que je n’ai pu y parvenir.

- Vous le déplorez ?

- Pas encore, mais bientôt, viendra le temps des regrets.

- Se connaître est parfois déplaisant, parfois captivant.

- Encore faut-il en valoir la peine. Vous penserez que je pratique l’auto dénigrement, vous aurez raison, je me connais.

- Vous hésitez.

- En le disant je me suis demandé si c’était aussi vrai que cela. Je crois me connaître, mais en fait non, je sais à peine qui je suis, il reste tant de zones d’ombres en moi, tant de taches… Je regarde derrière moi et ne vois que des traces éparses. Qui suis-je ? D’où viens-je ? Dans quel état j’erre ? Questions fondamentales, autant d’abîmes s’ouvrant sous mes pieds, attirants autant que prometteurs.

- L’individu gagne parfois à oser s’y regarder.

- Encore faut-il le vouloir, le…


Je me souviens de cette première rencontre, le bureau, l’horloge, celle que je n’ai pas vue tout à l’heure, ma discussion avec le prof. Aujourd’hui je ne sais pas combien de fois il vint me voir, les questions que je me posais à la fin de notre entretien déambulent dans mon esprit et je suis là pour leur apporter réponse, pour regarder l’abîme, m’y trouver ou m’y perdre, mais cela vaut mieux que rester à ne savoir que faire, ne pouvant m'égarer définitivement. J’en fus si près, dans ma chambre… Je sens encore les liens me retenant au lit, sensations au niveau des poignets, des chevilles, du ventre, je ne pouvais me lever, je ne pouvais… mais qu’aurais-je fait alors ? Je me serais précipité sur la porte, tentant en vain de l’ouvrir, aurais hurlé une fois de plus. Ils seraient venus alors, silhouettes blanches, visages impersonnels, yeux en gouffres d’indifférence, aiguilles prêtes à mordre, à m’injecter du silence. En surface, mais en moi, tout au fond, sans que rien ne se manifestât extérieurement je continuai à hurler.

La fatigue me tomba dessus comme une bouche prédatrice se refermant, comme une fenêtre emportant avec elle la lumière, la lucidité, l’aptitude à être présent. Je devine que je ne me suis pas écroulé, que je suis resté là, incapable de m’exprimer, de bouger. Je ne me souviens pas même des actes basiques de la vie. Mais cette rencontre ne fut que la première d’une série expliquant ma présence solitaire en ce lieu.

- Est-ce encore à moi de parler ?

- C’est à celui qui en a le plus besoin.

- Je me souviens des questions, mais vous avez les réponses. De nos jours, alors que tout un chacun est fiché, prisonnier de dizaines de références, qu’il peut à peine faire quelque chose sans laisser une trace je doute que vous en ignoriez beaucoup de ma vie. Vous me direz que c’est ce qui manque le plus important, que cette espèce d’amnésie dont je souffre n’est que la protection autour de cette connaissance, que c’est elle que vous voulez, l’abîme est ouvert, je suis l’appât pour vous y attirez.

- L’appât, l’abîme, et celui qui peut en profiter le plus.

- Vraiment ?

- Je vous l’assure. Je ne suis pas là pour mentir quelle importance pour moi ? La vérité est plus utile.

- Plus violente, dangereuse.

- L’un va-t-il sans l’autre ?

- Sans doute pas, aidez-moi.

- Nous pourrions commencer par chercher ce que vous faisiez avant de vous retrouver dans cet endroit.

- Nous ? Un pluriel pour le moins singulier.

- Vous pourriez commencer par-là.

- Avant ? Chercher son passé c’est espérer de le modifier.

- Résistez à cette tentation ! Vous êtes devant une pelote de phrases, tirez sur le bon fil, toutes viendront les unes après les autres.

- Une autre image s’impose depuis quelques temps.

- C’est déjà quelque chose.

- Une machine à écrire, un placard en guise de bureau. Je passe ma vie dans cet endroit confiné, j’imagine des histoires pour le plaisir ou par nécessité personnelle. Je ne me vois pas essayant de les vendre, de gagner ma vie ainsi, non que ce soit dégradant, j’ai simplement autre chose à faire.

- Simplement ?

- Le terme est mal choisi. J’ai, d’abord, autre chose à faire. Puiser dans mon passé des réponses. L’imaginaire, par lui je regardais ailleurs, dépassais les frontières du quotidien, de la banalité, je voyais loin, au-delà, je voyais… en moi d’une certaine façon, au point que je pus m’en rendre compte un jour. J’arpentais les chemins de l’effroi, les seuls menant quelque part. J’écrivais, non par désœuvrement, au contraire, je n’avais pas d’occupation car je devais écrire. Les idées venaient comme autant d’envahisseurs auxquels je cédais par désœuvrement, j’admirais la collection de monstres, de masques, j’étais bien alors que mes doigts couraient sur le clavier, que les pages s’amoncelaient sans que jamais je m’interroge à leur sujet. Des heures, des mois, des années… Les mots aspiraient ma vie, et ce placard ressemblait à une tombe, fermant les yeux je me serais cru dans un cimetière… J’aurais pu écrire l’histoire d’un écrivain prisonnier d’un placard condamné à exprimer les pensées du charnier sur lequel l'immeuble aurait été bâti. A la frontière du vivant, point de rencontre entre les mondes, regardant l’un, l’autre, pouvant des deux côtés garder l’esprit ouvert. Chaque mot était une seconde jetée sur le papier, nul besoin d’horloge alors…

- A quoi pensez-vous ?

- A l’idée de n’être qu’une chose, par analogie avec votre horloge, cœur en balancier, à l’époque je cherchais à être ainsi, actif mais pour ne rien faire, écrivant pour ne pas être, pour combler un abîme sans fond. Œuvre vaine s’il en est. Un monceau de papier, assez pour un bûcher. Je me vois jetant ces pages en tas, ces milliers d’heures passées à écrire, montant dessus, une étincelle, l'embrassement… L’ai-je fait ? Il semble que non. Je l’ai voulu, convaincu d’avoir pris la bonne décision. J’entendais les mots en une cacophonie insoutenable pour me brouiller l’esprit. Ils y sont parvenus. Les ombres de ma chambre me parlaient, télépathes elles renvoyaient mes pensées, déformées ou enfin claires ?

Je me souviens endurant mille griffures, ces oiseaux maléfiques autour de moi, becs d’aciers insatiables.

Souvenir ou imagination ? Esprit croyant en son délire. Récupérer chaque cendre, les mettre dans un sablier, leur rendre ainsi l’utilité de marquer le temps. J’ai tout détruit, me suis relevé, ai regardé autour de moi. Les murs s’effacèrent, plancher et plafond s’estompèrent ; s’ouvrit un univers, béance sans limite, sans dimension, sans contrainte, éternité et infinitude. N’étais-je plus rien ? Enfin moi-même ? Dépouillé des mots qui me vêtaient, spectre s’évanouissant dans une obscurité éternelle. Et puis elles sont venues ! Ces atrocités jetées sur le papier, surgissant de partout et me déchirant. N’avais-je que cela en moi ? J’écrivais toujours plus vite, sans me relire, essayant d’établir un nouveau record chaque jour, jusqu’à plus de cent pages en une journée. Ma vie filait dans une machine à broyer le temps, à faire de mon existence une litanie de traces d’encre. J’étais ouvert, porte, ce qui passait par moi se précipitait sur le papier. N’écrivant plus cela se rua en moi. Ma présence ici s’explique n’est-ce pas ? Est-ce par volonté de vivre que je voulus brûler mon œuvre ou par désir de disparaître ? Par peur ou par défi ? Quand affluèrent ces horreurs sans nom, ai-je crié, souri, pleuré ou ri ?

Vais-je finir ma vie ici professeur ? Le monde extérieur est-il fait pour moi ? Je le connais si peu qu’il m’est plus étranger que ceux que j’imaginais. Un asile est un abri, vous préférez le terme hôpital, il n’en reste pas moins que l’utilité d’un lieu de ce genre est de recueillir ceux qui ne savent où aller, ceux qui ne peuvent plus habiter en eux-même. Des questions sources de questions, pas de réponse. Qu’ai-je fait ? Ai-je inventé ce que je viens de vous raconter ? Ai-je tout consumé pour ensuite péter les plombs et aboutir ici ? C’est tellement simple que je doute que tout soit dit déjà. Le passé est flou, l’album que je feuillette est riche d’images troubles. Je l’ai ouvert au hasard, besoin de comprendre, de m’entendre, de savoir qui je suis, d’arracher le masque de mots qui fut mon image pendant si longtemps que je crus être lui. Folie, je prononce le mot, que d’avoir passé tant d’années dans une penderie reconvertie en bureau. Je ne devrais pas me plaindre de vos chambres. L’espace y est plus grand, plus clair, mieux aéré. Jamais je n’ai su travailler ailleurs, dans un espace trop grand où je redoutais l’invasion de formes bizarres. L’étroitesse du caveau me convenait, rien ne pouvait venir m’y surprendre, aucune créature ne pouvait devenir plus matérielle que l’encre. Je suis là pour continuer, autrement, une œuvre entamée depuis longtemps, ma vie passera sans que j'y mette le point final. Une fin ouverte est un procédé littéraire intéressant. Est-ce du sang qui coule dans mes veines ou de l’encre ? Quel est mon aspect, suis-je un monstre inhumain ou d’une flagrante banalité ? Délire complice, compagnon de jeu, vieille habitude d’enfance dont je ne su me débarrasser en vieillissant. Le temps a fui dans ce bureau, mais pour qui ne file-t-il pas ? Défier le temps, la mort, sur son terrain, un caveau symbolique. Ne faire qu’un avec elle, user jusqu’à la plus infime parcelle de vie subsistant en moi. Tenir, la contraindre à venir m’étreindre. Ouvrir les yeux alors, et le temps d’un souffle, d’un ultime soupir, comprendre en plongeant mon regard dans ses yeux d’absence. Tant d’énergie à libérer, à évacuer, un excellent moyen de combattre le froid l’hiver, fort peu coûteux.

Ai-je effacé ces années ? Vous ne me le direz pas, c’était une question en l’air, je n’espérais pas vous piéger. J’imaginais être brûlé avec mon œuvre, que nos cendres soient mêlées, ainsi l’auteur aurait-il, littéralement, retrouvé son œuvre. Je parle, je suis là pour ça mais à quoi bon ? M’écoutez-vous ou faites-vous semblant, que dis-je d’intéressant que vous ignoriez ? Si une chose peut porter en elle son contraire alors c’est cette idée qui exprime le mieux ce que je fis, écrire pour fuir et pour savoir, anéantir mon œuvre pour m’en sortir et me détruire. Ainsi, entre génie et folie, mort et vie, ai-je pu avancer sur l’étroit chemin de l’évidence.

Mène-t-il quelque part ? Écrirez-vous sur moi professeur, ce serait ironique mais plaisant. Ma vie était un château de cartes, effondré, celui que vous remonterez pourra être plus beau il ne sera jamais le vrai. J’ai voulu annihiler quelque chose en moi, après l’avoir laissé libre. L’affronter et l’éviter. Quel but ai-je atteint ? Je le comprendrai bientôt, alors le vent m’emportera, me disloquera. Aurais-je la paix ou connaîtrais-je un sort pire encore que celui de ce présent ?


Dans l'Ombre des Murs - 2

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 06:35

 

Tous les jours sont pareils,

Les minutes et les heures,

Demain comme la veille,

Noyés dans la torpeur.


La routine m'entraîne,

Actif, c'est nécessaire,

Je ne sens plus mes chaînes,

Avancer et se taire.


Je cours, je cours, je cours,

M'empêchant de penser,

Que demain, sans recours,

Je devrai m'arrêter.


Manger, boire et dormir,

Rythment mon quotidien,

Aussi me reproduire,

C'est mon rôle et j'y tiens.


Devenu grabataire,

Absorbé par le temps,

Abaisser mes paupières...

La suite à mes enfants.


Ce destin semble vain,

Qu'importent les mystères ?

Je poursuis mon chemin,

Heureux d'être un âme s'taire !

 

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 06:30

 

Les peuples font leurs maîtres à leur image.


Un être humain ne s'achète pas, c'est vrai, mais il se paye.


On n’est jamais plus proche de ses racines qu’une fois dans la terre.


La peur ne nécessite pas de compréhension.


Vous êtes un enfant insensible, tellement habitué à jouer avec des allumettes que vous ne vous vous rendez pas compte que vous êtes en train de brûler.


L’instant présent est la rencontre de deux éternités.


Beaucoup de jeunes croient être adultes, ils sont seulement vieux.


Comment renier ce en quoi on ne croit pas ?


Tuer c’est devenir la mort pour ne plus la craindre.


Le pire châtiment est celui que l’on s’inflige.


L’auteur découvre parfois ce dont il est moralement capable.


Bercez vos illusions, vous ne les verrez pas grandir.


L'impossible est la réalité du lendemain.


L’intelligence n’apprécie pas les uniformes.


Être écrivain n’est pas une profession, c’est une obligation.

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 06:26
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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 06:21

 

 

Autre ; Boîte ; Bonheur ; Chaîne (de télé) ; Clé de contact ; Collectionneur ; Désespoir ; École ; Enterrement ; Espace ; Espoir ; Infarctus ; Joie ; Malheur ; Manège ; Monseigneur ; Naître ; Noblesse ; Obéissance ; Ordre ; Pal ; Seppuku ; Solde ; Suicidaire ; Suicide ; Torture ; Vers.

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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 06:16
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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 06:52

 

Je suis maître étalon

Des valeurs du présent.

Partout, sous tant de noms,

Je suis l'omniprésent !


Sans moi rien ne se fait,

Par moi tout est possible,

Je fabrique ou je crée,

Rien n'est inaccessible.


Moyen devenu but,

Rassurant et moqueur,

Devant moi tu es nu,

Je suis mieux que ton cœur.


Heureusement sans âme,

Dispensé d'opinion,

Traversant joies et drames,

Ton meilleur compagnon.

De la gloire à l'infâme,

Avec moi, le pognon

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Présentation

  • : Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
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Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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