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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 15:19
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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 07:06

 
 

Ou comment Hanna désireuse de mettre en accord son physique et sa voix se soumet à de nombreuses opérations esthétiques qui la transformeront au point de n'être plus reconnue par personne.

Un conte moderne sur le culte des apparences.

 

 

 

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 07:58
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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 07:49

 

 

 

Enfin, mes souffrances trouvent leur terme, étrange que ce soit le mois de février qui ait vu mes yeux se fermer sur un monde qui ne m'apportait plus que douleurs. Je ne m'attendais pas à trouver un lieu de ce genre en guise d'antichambre d'un avenir dont je ne sais rien encore. Est-ce par ironie que je suis là, capable de m'interroger sur moi et cette situation moi qui fit du questionnement ma règle de vie ? Que puis-je savoir de ce lieu, le définir m'aiderait-il à envisager ce qui m'attend, si quelque chose il y a ce dont je ne peux être sûr. J'ai tout autant voulu apprécier ce que je pouvais espérer mais ce point de vue qui est le mien n'est pas éclairant à ce propos, tout au plus ai-je l'impression d'être là comme pour une postface à une oeuvre que je voulus si grande et dont je sais qu'elle est bien en-dessous de l'ambition que j'ai eue.

Est-ce l'occasion d'une vengeance divine m'ayant placé là devant un miroir afin que je comprenne ma petitesse et l'accepte ? Je ne peux penser qu'il s'agisse de cela, la revanche est un sentiment purement humain qu'Il ne saurait ressentir. Je fis ce que je dus, ainsi ai-je vécu avec cette sensation d'accord qui me fit toujours penser arpenter le chemin qu'il me revenait de découvrir sinon de défricher aussi maladroitement que je le fis entre les précipices du scepticisme et du dogmatisme.

Quelle est la valeur de ce que je suis, mon être est-il promis à la dilution définitive ou est-ce une forme d'enfer m'incitant à chercher une introuvable solution ? L'ironie du sort serait grande que je doive trouver une réponse qui n'existe pas.

Jamais je n'ai pensé que la raison pouvait tout expliquer, comment l'élément d'un tout pourrait-il se considérer l'égal de cette totalité ce qui serait sa prétention s'il cherchait à l'englober dans des définitions philosophies ou scientifiques ?


Si je pense avoir une chose à faire ici c'est accepter l'exiguïté de mon esprit même si je reste sans crainte sur ce qui m'attend. Ma vie fut un moment, ayant un commencement, logique qu'elle ait une fin et n'ayant pas de souvenir d'une hypothétique vie précédente pourquoi si suivante il y a en aurais-je de celle-ci ? J'ai voulu définir des mots que je ne fis que réduire à ma petitesse prise dans des idées dont, ici, je ne suis plus sûr qu'elles aient eu d'autres but que contenir mes interrogations.


Si l'âme est immortelle mon être se résume-t-il à elle, n'en fut-il pas simplement l'embryon appelé à se développer dans un ailleurs que je ne peux entrevoir et moins encore définir.


Ce lieu devrait être celui de la contemplation de la finalité mais en aucun cas celui que je suis, encore, ne saurait être en mesure de l'exprimer. Qui sait quel avenir auront ces phrases, aucun il m'est permis de le supposer, mais qu'importe, une pensée exprimée est libérée, sans support physique rien ne dit qu'elle ne puisse être perceptible, compréhensible quitte alors à être réduite en cendres par une intelligence dépassant la mienne. Je sais qu'à vouloir être clair on ne l'est point.

 

 



Quelques citations :

- Si tu te fais ver de terre, ne te surprend pas si on t'écrase du pied.

- Une lecture amusante est aussi utile à la santé que l'exercice du corps.

- Nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes.

- On mesure l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il est capable de supporter.

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 07:37
Promettez... (4)  

                                               05

Quelques centaines de phrases pour dire ce que je comprends à peine. Je… Jeu… L’inspiration m’inquiète, que veut-elle me faire découvrir ? Ces mots sont fiction malgré une émotion aussi intense que celle offerte par le réel.

Pas vraiment un roman. J’anticipai la rencontre d'un auteur et l’incarnation de sa démence. Cela serait-il possible hors du réel ? je désirais entrer dans ce texte comme en cellule. Les pages sont aussi blanches que le rembourrage d’une chambre d’asile.

Cocon, tissant peur et folie pour me protéger du dehors d’où vient le pire. Je me sais enfermé, le ressens si fort que les mots me le disent. Quand mes doigts courent sur le clavier l’inconscient parle. Écrivant manuellement je ne saurais me surprendre comme je le fais sur ma vieille machine mécanique aux touches si molles qu’il me faut taper comme un sourd, ressortant d’une rencontre avec elle plus épuisé qu’après un rendez-vous galant.

Je préfère pourtant les premiers !

Rendez-vous est pris pour un futur texte, peut-être en saurais-je plus alors. Si prochain conte il y a. Je m’interroge sur l’utilité de continuer, sur mon besoin de presser le temps pour en faire couler le jus noir me servant d’encre.

Je regarde ce texte me décrivant en train d’écrire, lisant en même temps. La boucle est bouclée, le miroir devant le miroir renvoie le vide au cœur duquel je me situe.

Ni amour ni folie, ni mort ni peur… De l’encre, du temps jeté sur le papier.

Le cocon se révèle linceul. Des milliers de pages pour un tombeau, pas mal.

Si seulement je savais que mettre le point final à mon œuvre serait une délivrance !

                                              * * *

Si les mots avaient le pouvoir que je leur prête ! Je les fréquente depuis trop longtemps pour oublier qu’ils sont le déguisement de l’absence. La solitude est l’unique compagne que je supporte plus de quarante huit heures. Elle meuble ce décor, extension de moi-même, ma véritable cage, plus que n’importe quelle création mentale.

Écrire combat le froid, la chaleur m’envahit, je puise en moi une énergie inaccessible en d’autres circonstances au point que je me demande d’où elle vient.

J’imagine la vie au dehors, sans abri cherchant un havre pour la nuit avant de recommencer le lendemain. Supporterais-je une telle existence ? Me réduire aux besoins basiques serait-il salutaire, soporifique pour mes pensées. Étrange instinct nous poussant à vouloir vivre un jour de plus, encore un, de poursuivre ce chemin vers nulle part. Quoi que je puisse écrire par ailleurs c’est œuvre d’imagination.

L’hiver est un prédateur efficace et un complice. Quand il vide les rues je me promène seul ayant la ville pour moi. Avec lui en héraut j’imagine le monde devenu mien.

Je suis adapté à mes conditions de vie. Elles sont supportables en regard de ce qu’elles pourraient être ailleurs. Je me passe de vivre dans une serre alors que le gel frappe aux carreaux.

L’environnement fait tant partie de moi que le décrire serait difficile. Je ne le vois plus, je n’y suis pas perturbé par des pensées parasites. Je suis bien ici, je me le dis, le répète. Pour y croire dirait une mauvaise langue, elle n’aurait pas tort. Reclus, à distance d’autrui, même des voisins. M’enfermer se fit spontanément, je ne l’ai pas voulu, les circonstances, mon désir d'éloigner du troupeau et ses conventions, je refusais les contraintes, je m’en suis donné d’autres. Je me réconforte en les pensant miennes. Pourquoi ces questions, pourquoi écrire encore comme si une réponse existait quelque part que je puisse découvrir en ouvrant le robinet de mon subconscient, à moins que ce ne soit l’inconscient, un coup l’un, un coup l’autre, eau bouillante, eau glacée, réunies pour voir. L’équilibre entre isolement et engloutissement est fragile. Je viens de l’écrire : Une foi me tient, insinuant que ces années dans ces conditions ne furent pas inutiles, ce serait trop triste. Je manque d’une sœur Anne. Équilibre dépendant de mes phrases. Étrange à dire mais l’énergie qu’elles me coûtent me nourrit par ailleurs, sans elle je resterais les yeux dans le vague, insouciant de moi-même, de ma survie, mourant ainsi, bêtement, me momifiant, continuant à guetter la fin des temps. Ai-je lu une histoire de ce genre ou l’ai-je écrite un jour, ou une nuit.

L’imagination et la lucidité m’amènent à considérer ma situation, aussi confiant qu’un œuf entre les mâchoires d’un étau. Situation stressante ! Si c'était une balle les mâchoires se desserrant elle tomberait, rebondissant éternellement.

Broyé, cassé, chutant sans fin, l’avenir se goinfre de risques.

J’aime ça.

Équidistant de deux mondes sans que je sache lequel est normal, lequel est le bon, le mien, s’il y en a un ; le pire, pourvoyeur d’illusions disparaissant aussi vite qu’elles naissent de mon imagination. J’ai envie de les connaître, je tends les bras et serre contre moi un souffle glacé empli de rires moqueurs dont je connais la provenance.

La nuit m’interpelle de plus en plus souvent. Est-ce le décor qui me rejette ou moi qui ai du mal à le supporter comme s’il menaçait de m’écraser. Je me vois meuble parmi les autres, la même couleur, raidi par la mort, momie ou près de le devenir, hésitant entre la satisfaction et l’effroi.

Enfant je vivais déjà ici, me cachant dans la penderie devenue mon bureau. Je dus m’y plaire, seul dans l’obscurité, pour y revenir. Je vérifie le pouvoir du verbe retirant de l’oubli un souvenir s’y trouvant depuis longtemps.

Sortir de ce placard, m’éloigner de ce bureau d’écolier donné par un oncle mort. Envie d’en faire du petit bois pour me débarrasser d’un boulet dont je connais la nature. Sur ce bureau trône une machine, elle me regarde, m’attend. Elle n’est pas vivante mais porte la force que je lui abandonne. L’instrument par lequel je transforme ma vie en traces noires. Pourquoi accroître mon œuvre quand le mieux serait de me pencher sur ce que je fis déjà. De quoi nourrir un ver pendant cinq minutes, au plus ! Tant de matière ne peut receler que du vide. Je suis plus dans ces pages que dans la réalité, plus sur le papier que dans n’importe quel regard, y compris le mien quand il s’aventure dans un miroir.

Combien d’années entre ces murs ? Combien damné ! Antre, ces murs ? Cette pièce est un caveau ! Mourir là, comme si le petit garçon qui s’y cachait n’avait pu s’en échapper, son âme prise dans un piège dont seul son corps avait pu s’extraire.

Je ne suis pas mort, c’est à mes propres yeux que je suis un fantôme. Je tente de m’oublier, redoutant le contraire.

Sortir, prendre l’air. Rituel bien au point. J’aime les habitudes lourdes. Je me demande si mon esprit habite ce corps, si l’un a besoin de l’autre pour fonctionner ?

M’habiller, tenue banale, camouflage.

Traverser l’appartement, ouvrir doucement la porte donnant sur le palier, refermer sans bruit, donner deux tours de clefs. L’immeuble inhabité je me comporterais encore ainsi. Je ne crains pas les cambrioleurs, ils seraient déçus de trouver des vieux meubles impossibles à passer par l’escalier depuis qu’un ascenseur y fut installé.

Neuf marches pour atteindre le palier intermédiaire, la fenêtre donne sur une cour étroite, sinistre, un muret surmonté d’une grille aux dents oxydées la sépare en deux. Enfant je l’escaladai pour sortir par l’autre côté. Maintenant c’est interdit, des serrures, des digicodes partout. Les cages sont fermées de l’intérieur.

Treize marches, le hall, quelques pas, une porte vitrée, une autre en fer forgé, si lourde qu’un temps j’eus peine à la pousser. Je la retiens, le pêne claque dans sa gâche. La rue m’accueille en silence.

Je suis attristé, le froid est moins vif qu’annoncé, l’air est presque doux. D’ordinaire cette portion de rue est battue par le vent longeant la montagne. Tant pis pour cette fois, mais que cela ne se reproduise pas à l’avenir, merci !

La rumeur de la ville m’indiffère.

Où vais-je ? N’importe où, nulle part ! D’un mouvement de tête je parcours les façades, combien de vies, de vides derrière ! Prisons pour mammifères cherchant l’abri le plus sûr.

Pourquoi lutter contre le courant qui m’attire ? Renoncer serait si facile.

Combien d’existences n’intéressant pas même ceux qui les subissent ? Combien, cette nuit, vont-ils passer l’arme à gauche sans noter de différence, sans que près d’eux l’on constate leur absence ?

Dernière marche, le trottoir, direction la place, sur la gauche. Quelques pas et la nouvelle perspective me permet de découvrir une fenêtre allumée. La tenture est une paupière trop fine pour dissimuler la lumière d’un plafonnier. Un individu préférant la nuit ou trop souffrant pour trouver un sommeil réparateur.

A gauche l’avenue bordée d’arbres. Perspective captivante que ces branches tentant de griffer le ciel.

La nuit perd un sang que peu goûtent.

Le silence m’escorte, me remettant en mémoire un rêve éveillé. Même décor, même circonstance mais nulle rumeur ne me parvient plus. Silence palpable de tant d’omniprésence. Aucune silhouette, pas une lumière. Je me sens seul et me sais, enfin, le dernier humain sur Terre. Sur le moment la sensation me terrorise, bien vite je l’apprécie. Le temps figé, l’éternité s’ouvre devant moi. Ce songe se réalisant l’angoisse me submergerait, pas tant pour la solitude que pour l’évidence que la mort aussi pourrait m’avoir oublié.

Le pire cauchemar ? Un rêve réalisé !

Je déambule alors que me reviennent ces paroles de Nietzsche : "Seules les pensées que l’on a en marchant valent quelque chose". Un esprit assis se sclérose, étouffe.

La réalité est un compromis, il me plaît de la concevoir autrement, de savoir que c’est imaginaire et le restera.

Il en faudrait peu pour que je crois le miracle réalisé tant les autres sont transparents. Je ne leur en voudrait pas qu'ils me voient ainsi. Nous existons sur deux mondes se frôlant sans s'imbriquer. Nous apercevant si fugacement que nous pensons avoir rêvé.

Je fuis les autres pour m’éviter.

Est-ce la nuit qui est faite pour moi ou l’inverse ? Dans le silence et l’isolement mes illusions gagnent en véracité. Sirènes monstrueuses ou amicales ?

L’un n’excluant pas l’autre !

J’aimerais être emporté, jeté quelque part, les yeux clos je trouverais le repos.

Le temps de le croire.

Ensuite…

Sûr de cela j’aurais cédé à la tentation. Il y a quarante jours que j’erre dans ce désert.

Des gens sortent d’une allée devant moi, la soirée s’est prolongée un peu tard. Je les comprends, il est bon de se défouler, d’oublier les contraintes. De n’avoir que celles que l’on s’impose ne facilite rien.

Partager une mangeoire est convivial mais la vie est-elle dans des mâchoires s’agitant sur le même rythme ?

Le dépit dicte mes paroles, parfois je voudrais… J’aurais envie... Le pont-levis est relevé, les douves grouillent de vies antipathiques. Périlleux de frapper à ma porte, les démarcheurs les plus obstinés s’y sont cassés les dents. Je me connais, prêt à tout vouloir sachant ne rien pouvoir. Tout ! Terme ironique tant son contraire est ma définition la plus fiable. J’en rirais si mes dents n’étaient serrées pour m’empêcher de hurler. Mon cri résonnerait dans les rues, toquerait à chaque fenêtre, s’insinuerait dans tous les appartements, frapperait à des milliers d’oreilles, violant les esprits dans le fol espoir de les réveiller. Tant que dure la nuit je peux espérer dormir. Je geindrai dans ma cage, entre mes murs, eux seuls m’entendront. J’imagine leur sourire alors qu’à genoux j’implorerais je ne sais qui, espérant… je ne sais quoi.

Crier sur le papier à l’avantage d’être inaudible. La rage se diffuse, l’encre absorbe les secrets. Que se referment ces pages et nul regard n’en sera troublé. M’exprimer pour modeler ma peur, façonner ma fureur, les contenir, les étouffant avant de les noyer.

Mon œuvre est à mon image…

Entre deux mondes… Ni mort, ni vivant, surtout pas l’un et l’autre à la fois. Les morts ne savent plus rêver, les vivants pas encore.

Est-ce dans ces rues que je trouverais la réponse ou sur les chemins qu’arpente mon imagination ? Le temps ronge tout, il m’absorbe lentement, presque trop à mon goût.

A la vérité je ne suis pas aussi seul que je le proclame. Près de moi se trouve ma complice, celle que seule l’obscurité totale anéantit. Piégée au sol, enfant de la lumière comme je le suis des ténèbres. De nous deux lequel est vrai, lequel projection ? Enchaînée à mon bon vouloir elle ne peut m’échapper. Effet amusant de la perspective elle s’étire vers le caniveau. A-t-elle appris cela seule ?

Merveille de l’instinct !

Existe-t-il quelque part une aire où les ombres se retrouveraient entre elles, s’amusant de se reconnaître, elles qui savent tout de nous sans moyen de rien dire. Est-ce le monde entier qui leur tient lieu de crèche quand apparaît la lumière ?

Facile de s’approcher de regarder la mienne s’engloutir dans la bouche d’égout pour un baiser du condamné ne manquant pas de saveur. Un dernier sourire, me laisser emporter parmi les ordures. Enfin chez moi ! N’est-ce pas drôle ?

Mon rire est douloureux, si peu naturel, emprisonné il n’ose s’échapper. Rictus, bouche déformée appelant de l’air comme celle au ras du sol. Suis-je vivant de pouvoir me moquer encore de moi, de ma situation ? Humour à l’arrière-goût de lâcheté. Je supporte mon sort, évitant d’en désirer un autre, supposant qu’il serait pire.

Ou pire que pire : meilleur !

Elle singe mes gestes. Qu’un jour l’esprit projette une ombre et… Mais il le fait, ou presque. Il la sème et l’observe se propager en une mer en laquelle il espère se perdre.

L’ombre voile le réel d’un pourpre que la haine conserve brillant.

Elle me suit depuis toujours. Née avec moi elle ouvrit la bouche quand je criai, maintenant j’entends le hurlement qu’elle poussât et voudrais le faire cesser. Les flammes dévorant mon cadavre la feront danser sur les parois réfractaires, je la vois cherchant une issue. Nous nous comprendrons trop tard. Cela ne saurait tarder.

Qu’elle parle, me dise qui je suis. Mais ces termes sont miens et mes rêves emplissent un cimetière entier. Témoin, elle ne peut rien pour, ou contre moi.

Les mots disent, portrait ressemblant, je me reconnais ; n’y manque que la vie, fille de la nuit, du moins la mienne. Elle n’est pas ce génie surgissant d’une lampe magique pour m’octroyer l’énergie que je sais receler mais pas employer. Par crainte qu’elle me détruise dis-je hypocritement, par lâcheté et incapacité dit la vérité à laquelle je n’ai rien demandé.

Et si j’avais raison d’avoir peur ?

Mais pour qui !

Si j’étais un génie qui me ferait sortir de ma lampe, quelle Aladine pour me sortir de ma torpeur noyée de rêves m’emportant vers nulle part ?

Ai-je pour ambition d’être spectateur de ma déchéance, sourire en coin, pensant "si j’avais voulu…", feignant une responsabilité subie ? Vieux j’ânonnerais ces litanies dont j’aurais perdu le sens, pour marquer le temps jusqu’à ce que le silence m’emporte.

Avec des si on coupe du bois disait-on dans ma jeunesse, le bûcher de mes illusions est prêt. Pour l’allumer je dispose d’une ample réserve de papier, l’encre le rend plus inflammable. L’échec rassure, il me permet de tuer le temps faute de le faire de soi.

Si j’étais heureux ainsi !

L’aube déchirant les ténèbres, les yeux obstinément clos je la refuserais, je récolte la vie est que je sème. Qui s’aime récolte l’aspect rance qu’il mérite. Aucune recherche cette nuit, j’attends d’être trouvé, saisi, emporté.

Rien ! Nul ne viendra. A trop observer l’obscurité elle sera seule à m’accueillir.

Oreilles bouchées j’entendrais mieux.

Combien de vies circulèrent-elles ici, d’existences normales ignorant que la nuit tendait ses bras glacés au terme de leur route.

Ma première histoire exprimait cette recherche d’un homme dans une ville déserte. Désireux de comprendre, y parvenant en fin de texte. Un bistrot, des consommateurs qui ne l’entendent pas, au fond, près du bar, une grande porte noire…

L'apercevoir fut suffisant.

Je la cherche encore !

L’encre est insuffisante pour la dessiner mais je la sais accessible pour qui souhaite aller au-delà.

Mourir est grave un moment et puis…


Pensées dans le vague, je sais. Je soliloque. Lignes plongeant dans l’imaginaire, curiosité en hameçon. Tant d’histoires rôdent, vient celle qui veut sans avoir jamais le pouvoir de m'attirer hors d'un quotidien insupportable. Un tas de feuilles subsiste, un squelette auquel seront attachées quelques lambeaux de vie. Ce n’est pas une bibliothèque mais un ossuaire.

Je pensais qu’un récit dépendait de son auteur. Ma machine est fidèle mais elle rend ce que je lui confie.

Qu'apporte le réel ? Suis-je plus libre que je le pense, autant que je le redoute ?

Curieux sentier aboutissant dans un placard, devant un clavier. Voie de papier, un pas pour un conte. Me retournant je m’effraierai du chemin parcouru en tant d’années. Physiquement je n’ai pas bougé et cependant je me suis déplacé sans m’en rendre compte. Pour me perdre ou me trouver, si l’un est différent de l’autre… Je feins de regretter n’être pas mon ombre pour m’effacer sitôt l’extinction de la lumière, au contraire, dans la nuit je me retrouve. C’est en et par elle, que je trouverai la voie de la lumière. Rêve d’obscurité emplissant l’univers, incarnant la totalité de ce qui est, par elle j’approcherai le néant.

Partenaire ou adversaire ? Est-ce lui qui s’amuse de moi comme un marionnettiste avec son pantin quand il le manipule pour son seul divertissement ? Être de chiffon ou de chair, plein de son ou de sang, errant en quête d’une âme qu’il sent inaccessible.

Quels fils se tendant me font toucher un arbre, rugosité de son écorce ; caresser une voiture ? Le froid de sa peau de métal prouve-t-il la matérialité du monde ?

J’imagine un noctambule, un besoin pressant le fait se lever, il passe près d’une fenêtre, jette un regard machinal et me voit. Imaginerait-il ma motivation lui qui ne doute pas d’être concret.

Je le vois hocher la tête, songeant aux méfaits de l’alcool sur un être encore jeune. Il ne sait rien des ravages de la connerie.

Avancer encore, les pensées s’entrechoquent, je suis au spectacle, un feu d’artifice griffant la nuit de la banalité.

Une voiture de police passe lentement, sans tourner la tête je sens le regard des policiers, ils ne viendront pas me contrôler, dommage, l’expérience m’eut apporté un intermède bien venu.

Une séquence d'animation me revient. Un personnage court vers le vide, au-dessus il s’arrête, regarde le spectateur, puis, baissant la tête constate la précarité de sa situation, avant de tomber d’un seul coup pour laisser dans le sol, tout en bas, l’empreinte de son corps les bras en croix. J’observe le ciel en niant le vide sur lequel j’avance, dessinant un pont verbal pour avancer. Le gouffre m’attire, me promet cette paix à laquelle j’aspire, havre où je trouverais le repos, les yeux clos, absent de moi-même.

L’autre berge du ravin est inaccessible. Pas moyen de reculer, reste la chute, j’en fis jadis sur la tête. Jouant sur la table de la cuisine, insouciant du bord, le dépassant, perdant l’équilibre… Les seules larmes qui coulent sur mon visage sont de sang, m'en reste une cicatrice au milieu du front, oeil attendant de s'ouvrir.

S’il ne l’est déjà, sur l’intérieur.

Deux fois à gauche, retour vers le point de départ. Ouvrir ma porte comme un voleur, essayant de passer inaperçu à mes propres yeux. Un petit déjeuner avant de me coucher. Maintenir le décalage, refuser de choir dans le moule de la normalité.

Au loin je distingue le muret blanc tranchant l’horizon comme s’il coupait le temps. Parapet protégeant de la rivière quelques mètres plus bas. Enfant je grimpais dessus, bras écartés pour maintenir mon équilibre. Je n’essaierais plus. J’ai envie de retrouver cet endroit de ma jeunesse. Les souvenirs sont un poison insidieux agissant avec retard. Si j’avais mieux à retrouver qu’une antique machine, que des phrases remâchées cent fois… Mon caractère m’interdit de supporter quelqu’un plusieurs jours de suite. Je ne désire pas vraiment m’oublier car avec l’autre je suis l’autre, étant moi-même seul. Quelques visages surnagent, des corps, d’agréables sensations, parfois si fortes qu’elles me laissèrent tétanisé, cherchant la réalité, tête prise dans l’oubli que je cherchais mais que je voulus domestiquer au point de le vaincre sans me détruire. Drogue aux effets invisibles, plus destructrice qu'une autre. Sur le mur, face à moi, des traces de sang évoquent des souvenirs que je retrouve parfois, en eux j'espère retrouver ma force.

L’encrier est vide, croyant le remplir c’est moi que j’ai épuisé. Le temps les effacera.

Ai-je aimé vraiment ? En suis-je capable ? Tout à l’heure, dans un dernier texte je cherchais à éprouver ce sentiment en inventant un personnage venant vers moi sans s’incruster dans la réalité, m’attirant… Je sais ce que je voulais, croire en lui pour trouver un asile où nous existerions ensemble.

Est-ce par incapacité à aimer ou impossibilité à devenir fou ? La folie est une partenaire agréable, dans les premières étreintes… Mais elle vient si elle veut, l’appeler est rarement efficace.

Le quai n’a pas changé, ces endroits où je posais les pieds il y a longtemps. L’enfant qui regardait couler la rivière n’imaginait pas que longtemps après il repasserait au même endroit. Interrogé sur son avenir il aurait parlé famille, voiture, enfant, maison… Pris dans la mythologie, sociale, il eut cédé aux contraintes culturelles.

Pourquoi suis-je autre maintenant, pourquoi ?

Un chemin de traverse s’est présenté, m’éloignant si lentement de mes semblables que je ne m’en rendis pas compte, et eux, je ne sais pas. Nous nous évitions. Sente caillouteuse, riche de sensations et d’épreuves enrichissantes. Enfant je m’y suis engagé, au point où je suis plus question de reculer. Le vide nous attend.

Je connais le jardin public de l’autre côté de la rivière, trop pour y retourner. J’effleure les pierres, aucune réponse, leur mutisme est une confirmation. Le théâtre est proche, j’y suis allé quelque fois, me mêlant à la foule, l’observant elle plus que le spectacle sur la scène. Si loin l’un de l’autre, à chaque extrémité du réel.

L’enfant prenant cette route n’avait que le rêve pour se nourrir.

Quelques pas encore, le plus vieux pont de la ville, suspendu, interdit depuis longtemps à la circulation automobile. Le tout premier, en bois, avait été édifié à quelques mètres.

Le vent agite les câbles, chant spectral, union des voix de ceux qui prirent ce passage depuis des millénaires. Dans le futur quelqu’un, ici, se posera les mêmes questions. Il pensera à moi, imaginera ma silhouette floue comme un doute. Une ombre parmi les autres, comme j'en suis une pour mes prédécesseurs.

Est-ce moi qui me penche sur le parapet où l’enfant que je fus ? Est-ce lui qui ose, enfin, après trois décennies, après avoir chercher par le verbe une sortie, regarder cette porte noire ?

Hésiter, main sur le loquet, comme un gamin désireux de visiter une chambre interdite depuis toujours, sachant que la mort l’attend. Comme dans la mienne… Ce ne fut pas un hasard, si plus tard, je la peignis couleur de nuit. Le battant s'entrouvre.

Le froid est vif ici, le vent acéré, il court sur l'eau glacée mieux que sur terre. Quelques secondes, le temps d’un regret ou d’une satisfaction. Comment savoir sinon en allant voir.

Aller simple, c’est moins cher.

Les rochers m’attendent, crocs de pierre d’un monstre attendant le sacrifice qui le réveillera, alors, cessant de rêver il engloutira l’univers. Mon univers !

Piège d’écume, tourbillon capable de me briser. Éole hurle ses encouragements dans mes oreilles, pour me réveiller ou m’inciter à sauter. S'il y a une différence ?

Reculer ? Je reviendrais, empli du remord d’avoir laissé filer ma chance. La porte attend ma main pour s’ouvrir. Un petit effort, basculer vers l’avant. Mon poids fera l’affaire, je glisserais dans la nuit avec un bruit discret que personne n’entendrait

Un linceul glacé se refermerait sur moi. Enfin !

Mon corps gonflé les poissons feraient bombance. Emporté vers la mer, retour à la source de la vie. Disloqué mon squelette éparpillerait ses souvenirs.

Amusante perspective, attirance effrayante sans que je trouve en moi la force de choisir. J’aurais dû boire un peu pour m’égarer. Non ! Je veux profiter de ce moment, le vivre au ralenti, que chaque battement de mon cœur raconte une histoire, qu’enfin je sache qui je suis. Quand l’équilibre sera rompu, je me trouverai.

Je nage mal. La mort envahira mes poumons, regarder le ciel, disparaître les yeux ouverts, plonger dans mes rêves, abandonnant au temps un mausolée de papier.

Je peux imaginer un succès posthume, peut-être suis-je l’obstacle majeur à la réussite de mon œuvre. Naître après ma mort serait digne de moi.

La lutte est inégale, je ne peux que gagner.

Glisser, oublier ce qui aurait pu, dû ; admettre que ma vie mérite de s’estomper. Mon corps se noyant dans le réel mon esprit irait à la rencontre du néant.

Un dernier sourire, pied de nez à la vie, à l’avenir. N’ai-je pas trouvé dans ma boîte aux lettres le courrier d’un éditeur. Réponse négative bien sûr. Bien sûr…

Partir sur une question rendra le voyage plus intéressant.

Engagé au-dessus de la rambarde, me pencher, quitter le sol, la gravité fera le reste.

L’acier froid me griffe les paumes, j’oscille entre deux mondes, un souffle, respirer le réel pour la dernière fois, ensuite, promis, je…


Une main se pose sur mon bras…


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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 07:25

 

Sir,

 

Vous m'en voudrez pas de vous appeler ainsi, je sais que le nom sous lequel vous êtes connu n'est pas le bon, forfanterie de journaliste ! Moi je vous ai connu, brièvement il est vrai mais d'une façon... intime, vous comprenez pourquoi je dis cela.

Sur le moment je vous ai pris pour un micheton, dans l'obscurité faut dire que c'est pas facile de savoir à qui on a affaire et puis le quartier ne laissait pas penser que vous vous adressiez à moi pour autre chose que pour une passe rapide histoire de vous soulager, vous savez je comprenais, une femme honnête ne fait pas certaines choses alors il en faut de malhonnêtes pour les supporter. Mes propos peuvent vous choquer, avec le temps je suppose pourtant que l'esprit de l'époque a changé, quoi que, en y réfléchissant rien ne change jamais que le costume, celui qui le porte fait semblant d'apprécier le nouveau mais c'est le plus ancien qui lui va le mieux, dans lequel il est plus à l'aise.

Ne pensez pas que je veuille vous excuser, pas question, et je suis certaine que vous n'en avez rien à faire, j'ai seulement l'opportunité de vous faire part de quelques réflexions et états d'âme, encore que je puisse douter que vous ayez jamais l'opportunité de les lire.

Qui sait, parfois le manège du temps amène à d'improbables rencontres, un peu comme la nôtre.

Mais je me suis égarée, mon manque d'éducation probable. J'évoquais notre premier rencontre, la seule, ma confusion, surtout quand vous m'avez entraîné dans un coin sombre, pour moi c'était la routine, j'étais prête à remonter ma jupe, ou à faire ce que vous vouliez, un de plus ou de moins, vous ne pouviez rien me demander que je n'ai fait cent fois et avec des gentlemen à l'apparence si chic qu'on les aurait cru incapables même de penser à certaines choses. Mais les apparences sont trompeuses et qui s'en soucie trop cache quelque chose de bien différent, de vraiment honteux. Je peux supposer que c'est votre cas maintenant que je sais quel fantasme était le vôtre. Je ne peux imaginer sa cause, depuis combien de temps il vous hantait, le hasard me mit sur votre route au moment où les conditions étaient remplies afin que vous passiez à l'acte.

Sur le moment j'ai pas compris, l'obscurité, et puis le verre de piquette que j'avais dans le nez, fallait bien que je supporte n'est-ce pas ? C'était ma façon de faire pour vivre un jour de plus, gagner de quoi aller à l'hôtel plutôt que dans une salle commune dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle était plus que sale et pire que commune.

Ce jour... Si j'avais su qu'il serait le dernier... Mais je ne sais pas, maintenant il est facile de supposer mais sur ce qui n'est pas arrivé, simple de jacter pour ne rien dire. Je pourrais parler de ce moment unique dont j'aurais pu savourer chaque seconde puisque par lui s'est ouvert un accès à l'immortalité dont, pour parler franchement, je me serais passé. C'est facétie d'écrivain de vouloir me faire penser cela, du reste penser ne fus jamais dans mes moyens et quand je dus m'y résoudre ce fut pour prendre la mauvaise décision, cela pour aboutir dans cette ruelle, avec vous.

Mais je m'égare une fois encore, je disais quoi déjà ? Oui, quand vous m'avez frappé. Ça n'a pas été douloureux tout de suite, il a fallu une seconde, vos autres coups... J'ai perdu conscience, ce qu'ensuite vous avez fait de moi appartient à l'histoire et c'est la raison de ce courrier, je voulais vous remercier, oui, vous remercier puisque grâce à vous la prostitué quelconque que j'étais accéda à la postérité.

N'est-ce pas ironique que mon nom soit connu, ainsi que ceux de mes consœurs en infortune, alors que de vous l'on ne connaît qu'un pseudo que vous n'avez pas choisi, et une silhouette différente de la vôtre, je suis bien placée pour le savoir. Il faudrait une autre intelligence que la mienne pour comprendre pourquoi est-ce telle ou telle apparence qui est retenue alors que la réalité n'y trouve pas son compte ? Je suppose la nature humaine préfère les images simples, comme des contes pour enfant. Vous êtes une espèce d'ogre comme il y en avait dans les histoires que l'on me racontait gamine, j'ignorais alors que le livre refermé je me retrouverais à l'intérieur et qu'il en existait pour adultes.

Puisque je peux vous écrire peut-être me lirez-vous. Qui sait ce qui nous attend, je sais que vos actes répondaient à un besoin incontrôlable, maintenant je peux espérer que vous avez trouvé la paix, de nous deux je crois que le plus à plaindre c'est vous. Ma vie n'aura été que misère mais jamais, j'en suis certaine, elle ne connût les tourments de la vôtre.

Je me souviens mal des leçons de religion que je reçus, si ce fut le cas, je ne ressens pas de haine et cela me suffit, est-ce la clé du Paradis...

Quoi qu'il en soit un jour vous la trouverez aussi, d'ici-là...

 

                    Votre dévouée     

                                                      "Polly"                          

 

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 07:03
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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 07:57

 

Tu me vois dans les yeux clairs d'un enfant,

Crois me trouver dans ceux de l'innocent,

Mais sais-tu au moins qui je suis vraiment,

Moi qui peux unir, qui dit vrai, qui ment.


C'est paradoxal, là est mon talent,

Hors des sens je suis plus qu'un sentiment,

Caché dans la voix d'un maître du chant,

D'un chef de parti, leader horrifiant.


La vérité n'est pas un argument,

Dont j'ai besoin pour montrer le présent.

Un acteur peut m'écrire avec du sang,

Qui mieux que moi a su marquer le temps ?


Tu me mets dans les mots de ta prière,

Mais cesses-tu un instant d'être fier ?

Peignant de vie ton vilain coeur de pierre,

Je peux comprendre ça je ne suis que lisière.


La vitrine, pourquoi regarder derrière ?

Beauté angélique pour meilleure manière,

Maquillée du coeur jusqu'à la paupière,

Dirais-tu de moi que je suis sorcière ?


Des sons plus que des mots, tu dis j'espère,

Mais le mal est souvent maître pervers.

Pour preuve il paraît qu'aurait dit Hitler :

"J'avais raison puisque j'étais sincère !"

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 07:33
Promettez... (3) 
 

                                            04

Cesser le jeu serait facile, arrêter d’écrire, cette activité par laquelle s’impose la vérité que je refusai. Je joue la dupe mais sais mon dessein illusoire ! Le JE d’apparence croyant être moi est si malléable, si fragile, qu’il ne peut retenir les pensées les plus violentes. L’écriture permet de croire en ses rêves, le temps de les consumer en les extériorisant, reste l’obligation d’être face à soi-même et le risque de se découvrir.

- Je ne suis pas que des mots, même si j’existe par eux, ils sont l’aura à travers laquelle vous me percevez. Vous pourriez cesser d’écrire, pas de penser. J’exprime ce que vous ressentez, cette impression d’avoir derrière soi des souvenirs déjà effacés et devant un chemin effrayant. Une renaissance, premiers pas sur une nouvelle route. Vos muscles sont douloureux, ces pensées vous effraient. Vous êtes apte à les maîtriser, réussir vous terrifie davantage que la perspective d’un échec. Je ne suis pas un piège, seulement la promesse que vous attendiez par-delà les mirages et les créations mentales. L’évidence que réussir est permis. L’émotion vous envahit. S’il s’agissait de jeux verbaux vous ne ressentiriez rien. Promesse d’une lumière vous attendant, distante d’un battement de cœur.

Promesse d’avoir le droit de vivre. Oser prendre ce risque. Je devine son sourire en entendant mes pensées. Renier la réalité et ce qu’elle m’offrit, mais je ne peux la prendre dans mes bras, il est trop tard. Je ne sais plus croire en des illusions. A trop connaître le désert j’en sais les roueries et ne parviens plus à réagir comme je le faisais quand je craignais de réaliser où je me trouvais.

- Je suis sans visage et vous ne pouvez m’en donner un. Je suis une partie de vous, vivant d’ombre, sachant que la lumière ne la tuerait pas. L’imagine qui veut stagner entre deux mondes. Vous percevez la force de vos désirs. Je vais vous accompagner puisque de l’extérieur nul amour ne put vous atteindre. Au moment d’aller vers lui vous avez perçu le danger. L’avenir existe maintenant !

- L’avenir ? Pour un fou perdu dans son envie de s’effacer du monde, dessinant un univers où il s’égarerait avec pour compagne un spectre nébuleux. Peur sans visage, presque sans substance. Évoquant un amour d’enfance, à croire qu’il l’aime toujours, prisonnier d’une époque dont il craint de s’évader.

- Vous voudriez que je lui ressemble ? Son visage est loin, vous ne la reconnaîtriez pas si elle passait près de vous. Comment déchirer l’adulte que vous êtes ? La prison du passé ne peut vous contenir. Vous me vouliez nautonière, vous convoyant vers l’Enfer que vous connaissez, hanté d’émotions si violentes qu’elles pourraient vous disloquer.

Le temps ne bégaie pas, reculer est interdit. Vous pensez que la réalité ne vous offrira rien d’intéressant, qu’à côté des propositions du délire son choix est limité ? Faux. Ne vous contentez pas de la conception commune du réel, il est plus que cela et l’imaginaire est le meilleur moyen de le découvrir. Il suffit d’oublier ces antiques définitions dont les autres se satisfont. Vous avez ce pouvoir, sentir la fadeur de termes qui sont les barreaux d’une cage que les médiocres, les normaux, construisent pour eux. La folie ne put vous retenir. Ne me rêvez pas prédatrice de votre raison, annihilation de votre volonté, ce sont elles qui s’expriment, cherchent votre main, veulent vous guider. La démence sait être belle, c’est vrai, mais toujours vous avez conservé le minimum de conscience pour lui résister. Quand elle vous étreignit vous avez fermé les yeux, murmuré… Non ! Vous avez hurlé, jusqu’à ce qu’elle reflue et vous relâche. Cet amour fut parfait le temps que vous sentiez la porte se refermer. Vous avez reculé et vous êtes enfui à la dernière seconde. Ces phrases sont celles que vous attendiez loin des déclarations que vous imaginiez mais celles-là flottaient pour que vous ne distinguiez pas les vraies. Imaginez quelle prison abominable eut été la vôtre !

En des moments de lucidité vous auriez compris, regretté sans pouvoir changer. Extérieurement un dément banal, mais, parfois, dans votre regard, imperceptible pour les autres, vous auriez eu un éclair de compréhension.

Nul n’aurait entendu vos plaintes. L’amour rêvé est le nécrophage de l’individualité, la vôtre est trop puissante pour lui céder. Les hommes en blanc viennent vers vous, relèvent une manche pour vous injecter un produit qu’ils supposent apaisant mais qui vous livre à vos peurs les plus intimes, au plus profond de l’être, là où nulle chimie aller. La folie est une situation recommençant encore et encore, un manège duquel il est interdit de descendre. Vous me voudriez ainsi, atroce perfection pleurant dans vos bras, moderne tunique de Nessus. Réussir est-il si difficile à admettre ? Parvenir à avancer malgré son désir de s’arrêter. Regardez-moi, la vie n’est plus votre ennemie, si jamais elle le fut. Les circonstances, autrefois hostiles, ont changées, vous le savez. La vie est une subtile combinaison entre l’esprit capable d’imaginer les merveilles qui existent et l’instinct le plus primaire afin de résister à leur attraction

N’importe qui eut cédé, se fut perdu. Vous êtes aussi fort que vous le pensez, si c’est la vérité que vous vouliez entendre. Vos craintes sont autant de jouets d’enfants qu’il est temps de replacer dans leur coffre. Regardez-les, usées jusqu’à la corde, proches de tomber en poussière. Vous n’êtes pas fou, vous pouvez le dire, rajouter qu’un dément nie son état, cela n’y changerait rien. Vous n’êtes pas mort. Ai-je l’air d’un ver, êtes-vous pressé de les nourrir ? Quand l’immense majorité comprend du réel la partie émergée vous distinguez davantage sans que ces visions vous disloquent. Grandir vous est possible.

S’exprimant la pensée devient créatrice, ou re-créatrice, car elle nomme ce qui affleure l’existence, attendant d’être appelé pour surgir des profondeurs de la nuit éternelle. Les mots nourrissent l’immortalité. Laissant agir l’inspiration vous découvrez vos pensées. Il ne s’agit pas d’un enfant jouant avec ses cubes mais d’un adulte singeant l’enfant s’amusant avec des cubes.

- Jadis écrire relevait de l’hémorragie. Je m'épuisai pour m'apaiser, maintenant je n’ai plus de force à gaspiller.

- Vous deviez agir ainsi, tant de rage bouillait en vous qu’il était nécessaire qu’elle s’exprimât. Elle s’est diluée sans perdre sa nocivité mais dispose de moins d’énergie pour s’imposer. Prenez le chemin le plus court même s’il est difficile, l’important est que vous progressiez vers votre objectif.

- Écrire pour utiliser la vie. Je voulais me répandre sur des murs de papier sans deviner qu’y apparaîtrait l’avenir que je fuyais. J’ai épuisé mon stock d’inutilité. Ressasser ne me distrait plus. Je ne vais pas m’éveiller dans une cellule capitonnée. Je suis déjà lucide. Mon aptitude à la normalité a agit. Plutôt mort que médiocre, puisque c’est à peine être vivant !

- Les vers pour seuls amis, derniers confidents d’une vérité étouffant d’être inexprimée. Vous savez où vous êtes, les yeux clos la réalité ne s’enfuit pas. Un jour la porte du tombeau se refermera, celle de l’incinérateur, une façon de disparaître dans un rugissement, explosion de violence qui laissera de vous un tas de cendres que le vent dispersera. Je devine qu’alors vous aimeriez être tiré de votre torpeur par le choc sourd de la porte d’acier, un instant de peur, le temps se contracte, quelques minutes peuvent durer des heures. Un déclic, la chaleur, proximité d’un animal étrange, vivant, puissant mais fragile, affamé n’ayant que vous à dévorer. Vous ressentez sa caresse, tendre au début, se faisant insistante avant de se muer en morsures, piège brûlant vous entourant, s’insinuant dans vos ultimes pensées. Vous n’aurez pas mal, il est des instants où douleur est un terme sans signification. Ensuite… Terminer cette phrase.

- La paix ou un autre chemin ? Jouir de l’anéantissement de mon corps. N’en rien perdre, ma peau se volatilisant, mes organes rongés, mes os calcinés. Sentir fondre mes yeux en des larmes de soulagement, s’ouvrir ma bouche pour un premier sourire avant que la chaleur ne fasse éclater mes dents, viole mon crâne et se délecte de mon cerveau. Une main se tendra-t-elle alors ?

- Celle de la vie a pris la vôtre, elle vous guide vers votre destin.

- Elle a le choix pourtant.

- Justement, elle vient vers vous, insouciante des milliers de bouches la suppliant, l’adorant sans pouvoir la comprendre. La différence l’attire, pas la ressemblance. Vous êtes dépouillé des oripeaux de la banalité, ce feu que vous venez de décrire est passé sur vous, en vous, digérant le superflu, laissant nu un esprit face à lui-même. Voilà ce qu’elle cherche, pas le vide d’un regard implorant.

- Une mort loin de ce tunnel conduisant vers la lumière, si douce, promettant… selon les désirs de chacun car alors on est face à soi. Être unique m’a toujours rassuré sans que je sache si c’était vrai et si ce n’était pas une malédiction. Seul, loin du troupeau, l’observant autant avec soulagement qu’espoir de le rejoindre un jour, redoutant de tourner mon regard dans une autre direction pour découvrir une destination possible. J’ai parlé de cette lumière voulant illuminer l’univers, j’aime à me comparer à une lampe supportant une tension élevée, pour un temps réduit, profitant des circonstances pour découvrir ce qui l’entoure avant que la force l’habitant ne la dissolve.

- Qui sait si, pour conserver cette comparaison, vous n’avez pas été une ampoule se contentant d’un courant minimal pour, maintenant, découvrir le bon voltage. Vous redoutiez que cette énergie vous détruise, preuve est faite du contraire. Qu’importe que tant se satisfassent du minimum si le maximum vous suffit à peine. Combien de spermatozoïdes au départ pour un parvenant au but, de planètes pour une portant la vie. L’exception justifie la quantité !

- Comparaison intéressante. J’imagine cette course folle pour un but improbable, l’atteindre, hésiter : continuer ou pas ?

- La masse ne vous a pas exclu, vous êtes parti, question de densité, de pôles différents. Votre intelligence usant des instincts vous guidant. Ils furent si prégnants que vous avez peur de les abandonner, de savoir où vous allez plutôt que réaliser où vous êtes. Vous voudriez être à ce lieu d’interrogation et choisir. Reculer n’est plus autorisé. Des autres vous n’obtiendrez que des satisfactions superficielles, le vrai chemin passe par l’intérieur et ce qu’il vous apportera sera sans comparaison. Rien que le vocabulaire puisse traduire à ceux restés prisonnier de leur toile d’habitudes.

- Est-ce par vanité que j’aime entendre cela ?

- Par vérité ! Un terme que vous utiliseriez difficilement. Vous imaginant cadavre vous me vouliez ainsi. Vous auriez aimé caresser mon corps glacé, embrasser mes lèvres violettes, découvrir mon corps et admirer sur lui l’œuvre de la corruption. Le réel rendant cela difficile vous avez choisi l’imaginaire, espérant lui donner la saveur de la matérialité. Refus de la vie poussé à son paroxysme. Votre maîtrise dessine un cadavre, vous représente l’embrassant, vous enfonçant en lui, physiquement, mentalement… La mort n’est plus attirante maintenant que vous la connaissez mieux.

- Vous vouliez m’amener à regarder mes désirs avant de leur donner une chance de s’imposer ? Décrire une scène de ce genre serait amusant, je le ferai un jour, en sachant qu’il s’agit de jouer avec les mots. Non sans excitation, j’espère, mais en toute lucidité. Je ne me vois pas me lever la nuit pour aller déterrer un cadavre. Qu’en ferais-je ? Traverser la ville à pied avec lui sur le dos serait peu discret. L’imaginer est plus facile. Je pourrais l’exhumer, le violer sur place mais j’aime mon confort et je craindrais de me meurtrir les genoux et les mains sur une dalle de marbre. Ce serait un début, avide de plaisir je retournerais sur les lieux de mon crime. Au lieu de l’embrasser je le mordrais, le dévorerais pour engloutir mon âme. C’est l’unique motivation, il me semble, qui puisse pousser à de tels actes ! Je comprends qu’écrire puisse rendre fou… A moins que ce ne soit une défense, un moyen d’exprimer ses délires, de les exsuder pour résister à la vague destinée à nous engloutir. Vous n’êtes pas le cadavre dont je rêvais pour compagne, qui aurait empli mes narines de ses sinistres effluves. Combien de fois ai-je dit que je portais un masque, qu’il pouvait tomber… C’est arrivé alors que je n’y pensais pas, il a explosé en ces milliers de pages coulant de mes doigts. Vivant mais inhumé en moi-même. La nuit qui vous entoure traduit l’impression que je ressens.

Je me souviens d’une nouvelle de Lovecraft, un personnage s’échappe de sa prison, effectue un long trajet avant de croiser une créature infernale. Il met du temps à comprendre que, dans un miroir, c’est lui qu’il aperçoit. Mon être est nu et je crains de le découvrir. Un individu soucieux de se débarrasser des bandelettes culturelles, des peaux mortes cultuelles, du formol des conventions. Sans air se momifier, se normaliser, reste l’ultime solution. Je n’ai pas choisi, malgré moi j’ai cheminé, titubant sans m’effondrer. J’ai parfois mis les genoux à terre, implorant… 
      Nul ne me répondit jamais.

- Vous trouverez les réponses à vos questions. Je ne vous promets pas un chemin facile, quel intérêt ? Seulement de pouvoir continuer, les yeux ouverts, le sourire aux lèvres.

Les yeux ouverts ! Je voulais… j’attendais… ce qu’elle vient de me dire. Me mentant pour oser l’entendre. J’ai gigoté au bout de la ligne, voulu retirer l’hameçon, je savais qu’il me serait impossible de l’arracher, une main l’enfonçant quand l’autre feignait de l’extraire. Je suis où je devais être, le rendez-vous était pris depuis longtemps. Mes doigts gisent sur le papier, incapable de remuer encore.

Je vois ce que je suis : un cocon et l’être à l’intérieur ! J’aimais cette image, protégé par des milliers de pages. Abri dangereux dans mon désir d’y demeurer. Au fil des années je le renforçai, usant mes forces, pensant m’échapper, voulant rester sur le quai de ma lucidité, alors que disparaissait le navire chargé de mes peurs. Je sais ce que je suis, j’admets mes cicatrices, mais sais qu’elles ne disparaîtront pas. Ce que l’on vécut réclame tribut.

Cette affirmation est plus qu’une projection de ce que je voulais mais la réalité intimement perçue. Ils ont un pouvoir si grand, eux qui pourtant, à l’instar des vampires, ne peuvent entrer sans y être conviés. Ces textes sont les écailles du monstre. Étrange asile qu’un saurien du secondaire mais diablement efficace. Je rêve que d’un coup de pensée magique tout devienne clair. Je savais que j’arriverais au but pour m’y découvrir au moment d’y être afin d’éviter de reculer comme un cheval refuse l’obstacle sur lequel il buta plusieurs fois mais qu’il lui faut passer. Je me méfie du mot foi tant il a été vidé de son sens, bovinisé, par les croyants, je veux exprimer cette certitude intérieure sans la relier à quelque autorité supérieure, extérieure. La crainte est une compagne que je ne peux refuser.

- Pas la plus importante maintenant que tu connais le chemin, maintenant que plus qu’un esprit tu sais avoir une âme. Tu vois ces formes noires sur le papier, sais leur sens perceptible. Qu’importe les écarts, les culs-de-sacs, rien ne fut inutile puisque de chaque événement, de chaque rencontre, tu tira enseignement. La bête est reniement quand l’animal sait qu’il peut comprendre. Ne dis rien, tu me perçois difficilement, mes paroles s’effacent, maintenant tu peux t’approcher. Tu m’attendais et je savais que tu viendrais. Ne crains ni la lumière ni les ténèbres. La vie circule en toi. Je m’efface sans disparaître en un murmure. Un secret que toi seul peut comprendre.

Le bruit du clavier, émotion… Maintenant elle est dans mes bras.


                                   * * *

 

J’espérai un amour parfait, celui que la réalité me refuse, j’ambitionnai la réalisation de mes désirs jusqu’à m’oublier en eux. Si la réalité n’est que convenances j’espérai imposer les miennes. Dépasser les contraintes, pour les supplier de m’enchaîner, me perdre dans une cage occupée par un fantôme oublié. Me sentir différent, incapable de vouloir. J’attendais une prison hallucinogène, Courir vers l’horizon en espérant le rejoindre ! L’amour d’un fantôme, silhouette d’une enfant connue en une autre vie. Je le tiens dans mes bras et comprends ses paroles. Je ne sais plus me mentir.

Dois-je interdire à l’amour de se représenter devant moi ? Comprendre cela est moins douloureux que je le redoutais. J’attendais des larmes, de me rouler sur le sol la gorge pleine de supplications… Mais non, l’évidence s’impose sans que je puisse douter. Cette route déserte existe pour moi seul.

Bien sûr je saurais tricher, accumuler les pages, raconter n’importe quoi, ce ne serait plus du talent, seulement du métier. Des pages vides me rempliraient du constat de ma lâcheté. Ce que je suis attend de s’imposer, l’image du JE va se consumer, m’emplissant d’une tristesse que les mots ne sauront restituer.

Devant moi s’ouvre un chemin plein de questions, de violence intérieure. Mon sang glacé se remettant à circuler se réchauffe doucement il m’envahit pour me rendre à une vie dont je ne sais ce qu’elle me réserve. Alors je ressentirais l’équivalent de ces "fourmis" quand, dans un membre immobilisé, le sang, physique, se remet à circuler. Celui-là est mental mais aussi tangible.

La nuit est amicale. A croître en elle je la pris pour l’unique univers possible. Voyant la lumière comme une image fantasmatique. Terre miracle comme les parents aiment à en décrire à leurs enfants avant que ceux-ci ne perdent leur faculté de s’émerveiller pour se contenter de ce qui les entoure. Chacun a ce qu’il mérite, et encore ! Ainsi l’amour fut-il pour moi des instants de pulsions, de sensations violentes qui me firent mal mais, je le comprends maintenant, me libérèrent du carcan dans lequel je m’enfermai. Croyant en lui je me serais noyé dans les marais de la banalité. La souffrance me fit refuser l’engourdissement et le sommeil que les débiles préfèrent. Mes doigts courent sur le clavier, tissent une nouvelle réalité à moins qu’ils ne détruisent ce linceul-cocon dans lequel je m’enfonçai pour oublier le temps. Comme, enfant, je disparaissais sous les draps pour oublier un monde hostile. Je réagissais en m’enfermant.

Transmuter les douleurs en émotions octroi à l’âme la force de sortir des limites qu’elle crut sienne pour n’avoir connu qu’elles. Il est temps de déchirer l’image de ce que je fus par adaptation aux circonstances et à leur nocivité ; d’accepter celui que je suis. Le risque étant, comme une momie dont on ôterait les bandelettes, qu’au contact de l’air je tombe en poussière. Je serais dispensé de continuer ma route vers ce qui m’attend. Vers…

Pas de guide pour me prendre la main. En moi se trouve le plan, à moi de l’accepter, de le suivre. Je peux souhaiter retrouver d’anciens personnages, ils passeraient devant moi mais ce chemin ne serait qu’un détour alors que je vois autre chose devant moi. Une terreur tentante. Tant de pantins vinrent me distraire, marionnettes agitées par mes phrases, vivant des existences que j’inventai pour éviter la mienne. Ils furent récréatifs mais à travers leurs pantomimes je vis les vérités m’appartenant. Aucun ne viendra en me souriant me dire que la voie est libre, que tout est dégagé, simple et tranquille. Je ne peux rester là, attendre, mais quoi, qui ? Écrire est le moyen que la vie me confie pour la et me connaître.

Et le bonheur dans tout ça ?

Le quoi ?

Satisfaction des besoins fondamentaux, rien de plus. La vie n’est pas cela, ce n’est pas possible, elle n’est pas un cocon vide.

J’aime ce moment grouillant de souvenirs, d’échos d’une voix que j’entendis seul.

La voie est ouverte. Je retrouve le froid... Si mon esprit ne cède pas mon corps, lui, résistera-t-il ? Me reviennent ces moments où il était parcouru de fourmillements comme si mon sang se remettait à circuler. Une douleur intense me parcourait, sensation de chaleur… Avant goût de l’enfer ou de l’incinération ?

Lutter contre moi ne sera pas nouveau.

Cette fois ce sera seulement pire !

 


                                                                          ( F I N )

Promettez... (5)



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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 07:27
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