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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 08:14

 

                                           12

- Je tiens la pelote dans la main et hésite à tirer sur une perception tenant en des mots glissant entre mes pensées. Cette image de la camarde, de l’incarner, de l’avoir approchée, abritée… Je revois ce ciel gris, comme dans un jeu vidéo, incapable d'accéder au niveau supérieur je stagne. Quelque chose m'interdit d'avancer. La ligne plonge à travers le temps en des profondeurs qui me sont connues, face à l’avenir je dois décrocher le poids me retenant. Ombre dans l’ombre, les ténèbres sont une porte que je maintiens close. Ce qui me manque est d’une proximité affolante, les barreaux de la prison ont disparus, je ne crois plus en eux, les murs se sont effacés, j’hésite pourtant. La mémoire est étrange. La mienne a conservé peu de souvenirs par incapacité, elle était pleine ou s’était bloquée autour de ce que je dois affronter. Le schéma est tracé, reste à l’interpréter. Pour calmer mon angoisse je peux penser avoir traverser le pire, il n’en reste pas moins que mon corps résonne de terreurs anciennes qui ont du mal à disparaître. Ma mémoire repliée sur une douleur comme un hérisson, faisant bloc pour l’étouffer… Scotomisation ! Joli mot exprimant qu’un souvenir choquant devient inaccessible. Ma mémoire refuse de répéter ce qui la fit souffrir. Je me pose des questions depuis si longtemps, allant à chaque fois plus près du but. Au fil des pages j’ai jeté des pierres au milieu du courant pour atteindre l’autre côté. Images anciennes au cœur du torrent de ma genèse dont la clarté assure que je peux continuer. Parfois je pense que, passant par ma mémoire, je peux remonter jusqu’à la naissance de l’univers, me baigner en lui, quand les éléments de la vie se formèrent. La vie porte en elle ce qui fut, escalier conservant les marches déjà franchies. La porte est restée ouverte, une faille ou une blessure, physiquement la première, psychiquement la seconde ! Un phénomène interdit au battant de claquer comme prévu. Le doigt de l’évolution, influence de la vie désireuse de modification. Je vais regarder par l’ouverture. Je comprends ma peur, onde d’une sensation que le temps dilua sans l’effacer. A moi d’y mettre ma curiosité, comme une paume sur une cloche en arrête le tintement. Accepter les vibrations, plus moyen de fuir, sens aux aguets, mon attention est tournée vers ce qui m’attend.

Par un simple bourgeon, remonter l’arbre du temps dont la vie est la sève et l’écorce la mort. Me jouer des obstacles, remonter le fil de la Création… J’explique mon vertige, ce que je cherche à définir dépasse mes capacités. Je veux englober ce qui est plus que moi.

Avant de savoir que regarder était possible, avant que je sois plus qu’un probable, mon système nerveux ressenti et ma mémoire se referma comme une plaie sur une balle. Mon décès changerait-il quelque chose ou serait-ce l’occasion de me retrouver face à un instant dont la mort est responsable ? Pourquoi revient-elle me tendre les bras sinon pour indiquer la bonne direction ? Une caresse dont le froid me corrompit sans m’annihiler. Cette trace ne s’effacera jamais et mon cerveau lutta pour contenir une gangrène psychique et physique d’une façon que je ne peux expliquer mais dont je sens la vérité. Une pensée est une réalité cérébrale. La faucheuse ne fit que m’érafler et la cicatrice est le chemin que j'emprunte. L’intelligence taille des marches pour descendre à coups de définitions, d’équations, de découvertes, il existe un sentier direct, dangereux. D’aucuns l'empruntèrent mais les beautés mouvantes de la démence les retinrent, le suc acide de la folie les détruisit peu à peu. Et moi ? Suis-je en train de me diluer dans des termes que je crois sensés, qui ne le sont que pour moi ? Suis-je en train de pourrir ? C’est le prix de cette opportunité. Je fus capable de me figer longtemps, d’effacer le temps… L’appel était trop impératif, la médiocrité, la banalité… Rien ne put me retenir, l’amour se dessécha, ses liens tombèrent en poussière pour me libérer. Que j’affronte mon destin.

- Maintenant vous en êtes capable. Vous avancez page à page. Vous avez appris, découvert sur des chemins de traverses, explorés les pièces inconnues de l’esprit. Vous ne pouviez agir autrement. Le chemin est là, les années affirment votre capacité à l’emprunter.

- Quand l’ai-je pris ?

- Vous l’ignorez ?

- Non ! Il n’y a qu’un endroit où cela put arriver : in utero. La mort m’y a frôlée. Je l’avais prise pour une envie maternelle que je disparaisse, ce ne fut pas le cas. La réalité sourit, j’ai envie de l’étreindre, de la mordre et la dévorer. Je voyais une pensée hostile, même inconsciente m’atteignant… Étais-je heureux en colonie, loin de ma cage d’habitudes, baissais-je la garde, le décès de ma grand-mère fut-il le rappel que la mort existait, faisant pencher la balance du bon (?) côté. Je dérivais, les barrières intérieures cédèrent, le manteau de la camarde s’ouvrit comme la gueule du pire, son haleine fétide m’atteignit, je relevais les yeux, vis le ciel, sa noirceur, la violence qu’il contenait. Je ne pouvais admettre d’où elle venait et le pris pour responsable de ce qui surgissait de l’intérieur. Le silence de la nature aux aguets, le rire de la mort en moi ! Une émotion fit lien, la chaîne mentale se reforma en un éclair, une pensée s’en satisfit et je fus tétanisé d’effroi de retrouver une perception fœtale. Le système nerveux se constitue, je crois, vers vingt semaines, la date exacte importe peu, c’est pour dire matériellement les choses, il pouvait conserver l’empreinte d’un événement comme une pensée résultant d’un choc traumatique. Tant pis si des spécialistes disent que c’est impossible, eux qui ne se souviennent même pas du présent, les vivants qui viendront me donneront raison. S’il le faut je le ferais tout seul ! Le lien ne fut jamais rompu, fragile mais plus résistant qu’un câble retenant un paquebot. Émotion à la limite du perceptible dans un cerveau adulte, mais explosif dans un cortex à peine formé, disproportion entre deux protagonistes qui, pourtant, ne s’annihilèrent pas mutuellement, au contraire. Maintenant je peux marcher sans m’enliser dans des perceptions effacées d’être déjà reconnues, passées sur la meule de la lucidité. Autrefois, retrouvant cette route je fus pris dans le désespoir, les larmes, dans une folie amicale. Un suaire tremblant me recouvrit sous lequel je voulus disparaître.

La vie me donna les moyens de m’accrocher au réel, la force de déchirer la cangue m’enserrant comme le papillon lacère sa chrysalide. Comme lui j’ai envie d’étaler mes ailes, de les laisser sécher au soleil de la compréhension avant de prendre mon envol. J’ai échappé au caveau d’une geôle capitonnée. Tant de hurlements jetés sur le papier faute de savoir en pousser un dans le réel, il aurait été destructeur par la rupture de l’équilibre fragile que je maintenais. Ne rien montrer, ne rien dire, résister seul car une intervention extérieure eut tout bouleversé, se voulant positive elle m’aurait détruit. La camisole est à mes pieds, complice de mes jeux du passé, la mort est dans l’avenir comme dans mon souvenir. La conscience peut plier le temps à ses besoins. La lâcheté est omnipotente. Je comprends ceux qui créèrent dieu pour le refuser.

- La proximité du but vous effraie, normal. Vous n’êtes plus seul, je suis là pour vous aider, vous accompagner, certitude de votre réussite. Vous savez qui je suis n’est-ce pas, vous l’avez toujours su, regardant ailleurs pour éviter la vérité. Pensiez-vous me faire du mal, que j’y sois sensible comme une enfance agonisante redoute la mort qui s’avance ? Vous me vouliez ainsi, puits dans lequel vous vous seriez jeté. Je ne peux vous dire "Buvez car ceci est mon sang ! Mangez car ceci est ma chair !" J’en suis dénué. Acceptez mes larmes, elles sont vôtres, elles sont vous. Vous ne me prendrez rien. Récupérerez ce que vous êtes ! Vous détestez ces victimes feignant de s’offrir mais dominant ceux à qui elles se donnent. L’innocent se croit coupable et le coupable se vêt d’innocence. Entre le jour total, éblouissant, et la nuit complète, aveuglante, se trouve votre chemin.

- Suis-je le monstre que je pensais ? Un rêve irréalisable, une réalité refusée. Galoper loin du troupeau, paître à l’aise les pensées fraîches que l’espoir aime tant et puis me retournant, voir au loin le moutonnement de la banalité, me redresser et rire. Je les vois s’interroger, prenant mon hilarité pour un appel et venir vers moi insouciant du gouffre qu’ils ne sauront franchir. Je me plus parfois à m’imaginer responsable d’un linceul de sang recouvrant la terre. Je me demande s’il sera un jour, et sous quelle forme, réalité.

- Vous repoussez votre quête, l’avenir attendra.

- C’est vrai, histoire de respirer mais je tiens le fil à moins que ce ne soit le contraire. Ainsi s’expliquerait que je ne pus le trancher. Mon décès seul y serait parvenu. L’envie de mourir ne suffisait pas. J’avance, les énigmes se résolvent, les pièces du puzzle s’organisent.

- Il en reste une à placer.

- Placer l’ultime sera m’avouer que je suis aussi étranger que je le pensais. Tant que je pouvais croire que c’était un jeu le supporter était facile, maintenant…

- Ce sera facile. Votre différence est perceptible. Exprimez ce que vous ressentez en allant droit au but. Vous paraissiez abscons par peur de vous connaître. Être un monstre c’est rester vivant, se tenir debout. Ainsi le premier de nos ancêtres qui le put terrifia-t-il ses semblables devenus des étrangers. Il leur fit peur mais éveilla en certains l’envie d’en faire autant. Nous en sommes là. Vous désignez un chemin différent sur lequel vous serez suivi. Le pire fardeau est celui que l’on s’impose pour forcer son regard vers le sol, ignorer que lever la tête et voir au loin est possible, attendu !

- Enfant je murmurais mes secrets à mon nounours, nul n’aurait compris ; ensuite ce fut au papier. Des créatures hideuses dansaient autour de mon lit, une aura protectrice autour de moi je dormais rasséréné. Avec le temps, me penchant sur mon passé, je réalisais avoir été dirigé et préservé. Je fis ce que je pouvais, la nature me voulut pensant… comme ils ne diraient pas ! Je marche sur des milliers d’âmes mortes faute d’avoir osé avancer. Je me rassure, reste d’humanisme, en me disant que je prolonge leurs existences, alors que je me nourris d’elles, leur seule utilité ! Quand je tomberai un autre viendra, quand il chutera à son tour… ainsi la vie avance.

- Vous faites du sur place en ce moment.

- Je voudrais faire comme si rien ne s’était passé. La norme est une vampire satisfaite du sang tiède de la médiocrité. Je ne fis jamais restaurer ma peluche, l’enfance ne revient pas. Le clavier la remplaça, me faisant du bien, du mal, me permettant d'arpenter mes mondes sans m'y perdre. Sans lui le délire m'eut submergé, je devais me libérer d'un inconscient trop abondant.

- L’isolement fut une protection dont vous n’avez plus besoin.

- Et vous ?

- Je fus et serai toujours là, à ma façon. Avez-vous besoin d’une seconde ombre près de vous ? Seul comme l’est le phare perçant l’obscurité de l’ignorance, tentation pour esprits aventureux dont beaucoup se découvriront incapables de marcher. Vous avez pu, su, et la nuit fut protectrice. Vos ailes sèchent. La lucidité vous amène à anticiper et craindre ce qui est là. Le papillon ignore ce qu’il est, ce qu’il fait, vous comblez cette ignorance. Le cocon fut difficile à déchirer, tant de strates de peurs, de protections, quand le pire danger venait de l’intérieur, un péril nourrissant quand vous l’affronterez en supportant sa nocivité. Vous vous imaginez nocturne aux ailes bleu sombre, se noyant dans l’obscurité. Laissez-vous être, secouez vos élytres et vous verrez leur véritable couleur. Par besoin d’énergie vous dévorerez la nymphe dont vous sortirez, elle est là pour cela. Celui que vous étiez nourrit celui que vous devenez. Le passé est accessible, vous le redoutez sous la surface de la conscience. Vous savez que j’ai raison, fille de la nuit le jour m’est interdit. Non ! Ne vous forcez pas à redouter de me perdre, je suis une peluche, en plus complexe, comme votre aujourd’hui par rapport à votre avant-hier. Les prédateurs sont prêts à tout pour survivre et le gibier existe pour les alimenter. L’équilibre est ainsi maintenu. Vous êtes différent, meilleur ou pire, l’avenir le dira. Vous suscitez vos proies, passant à travers pour vous repaître d’un ailleurs que vous percevez mais que vous ne savez atteindre autrement. Nous sommes ensemble et le resterons jusqu’à ce que la vie nous sépare ! C’est une si grande force d’en sortir pour la regarder comme si le fœtus pouvait redouter ce qui va lui arriver, comme s’il ouvrait les yeux, intérieurement, sur ce qui l’attend.

- La naissance arrive toujours trop tôt ou trop tard. La mienne se passa mal, je dus subir une légère réanimation. Légère… J’étais à la surface de la vie, prêt à me laisser prendre, seul j’aurais échoué. Je n’eus pas mon mot à dire, à peine présent, retenu par un souvenir, par une impression, au sens propre, une gravure en moi. Les techniques modernes d’exploration cérébrale ne trouveraient rien tant elle est subtile, peu importe, je sens la véracité de ce que je dis. Oui, avant de naître la mort s’était penchée sur moi posant ses lèvres sur mon front, je n’en perçus que le souffle. Elle n’était pas derrière moi en cette après-midi de septembre, elle était en moi ! Présente depuis l’aube elle le restera jusqu’au crépuscule.

- Eut-elle une raison pour vous laisser aller ?

- Elle ne trouva pas de prise, je glissais entre ses doigts. La vie fut plus forte et j’appréhende le comment autant que le pourquoi. Je me suis interrogé. Ai-je été ranimé, mon corps n’est-il pas resté prisonnier, grandissant sans deviner son état ? Tout ce qui fut ma vie pourrait être imaginaire.

- La foi vous soutient, la certitude de pouvoir aller plus loin.

- J’ai rêvé d’une enfant mourant dans mes bras, l’écrivant en immergeant ma plume dans l’indicible qui m’enveloppa durant les mois que dura la rédaction de ce texte. Quelle inspiration me souffla-t-elle cette histoire, pourquoi fut-elle aussi bouleversante au point que je m’endormais comme si je mourais avec elle.

- Vous reconnaissiez le chemin. Je ne vais pas mourir ainsi, vous ne pleurerez pas en me tenant la main, vous n’emporterez pas de moi une image livide, visage transparent, de grands yeux clairs et cernés. Le temps est venu d’arracher son masque au symbole.

- Mon enfance morte ?

- Est-ce seulement cela ?

- Vous en savez plus que moi.

- Non, je perçois votre hésitation, j’entends que vous n’y croyez pas et que vous devez vous reposer la question jusqu’à découvrir la réponse adéquate. Non, ne cherchez pas en vous, la fontaine de démence est tarie ! L’émotion ne viendra pas vous arrêter, elle le fit quand vous ne pouviez aller plus loin, vous êtes apte désormais à en savoir davantage. Il ne s’agit plus de personnage vous échappant, exprimant des parties de vous délaissées. Ce qui vous attend a le goût de la vérité. Voulez-vous aimer une tombe vide ? Voilà qu’elle s’anime, se transforme et vous interpelle. Pygmalion avait demandé à ce que Galathée s’animât, pas vous, le résultat n’en est que plus frappant. Vouliez-vous m’utiliser pour oublier la vie ? Elle, ne le fit pas, et les battements de votre cœur prouve qu’elle persiste en vous malgré vos dénégations. Un fantasme peut mourir cent mille fois, et revenir. Les années ont creusé par vos larmes la tombe dans laquelle j’aspire à trouver le repos. Vous aviez enterré ma mort, et sur le sol, à la place d’une dalle de marbre sur laquelle vous espériez graver votre nom apparaît un arbre qui va fleurir, qui fleurit déjà. Vous me cherchiez, je suis venu, vous avez l’imagination assez puissante pour croire en une illusion. Que feriez-vous d’une charogne au lieu d’une belle enfant aux yeux de ciel ? Regardez-moi bien, si, vous le pouvez, vous n’êtes pas allé au cimetière pour rien. Vous savez ce que je suis, par delà l’aspect d’une peau douce et rose tendre. Je suis une face que le temps a rongée. Admirez mes yeux, leur obscurité est celle du néant qu’ils contemplent et auquel vous m’arrachez pour me voir pourrir. Vous ne trouverez pas le repos dans mes bras rongés par la vermine. Ma chair est flétrie, vous percez ma peau en y posant le doigt, observez comment les vers qui me constituent courent sur votre main pour revenir se gorger de mes restes. Est-ce cela que vous adorez, que vous croyez être le reflet de la vie que vous espérez pour vous-même ? Mais vous n’êtes pas ainsi quand bien même la mort aurait-elle effleuré votre front. Jadis je fus belle et ma mort vous fut profitable, les années n’ont pas épargné celle que je fus. Une image vieillit même dans un souvenir. Le temps ne laisse rien de côté et c’est mieux ainsi. Qu’auriez-vous fait de moi ? Serais-je devenu la compagne de votre démence ? Je suis revenue par la nuit comme le spectre dont vous aviez besoin. Avez-vous été dupe un seul instant ? Ne vous mentez pas, c’est un crime auquel vous n’avez plus droit. Cela n’aurait pas été un miracle mais une malédiction, vous ne croyez pas au premier, vous ne méritez pas la seconde bien que vous l’ayez pensé. La vie choisit au hasard, pour elle l’individu n’existe pas, il est une créature parmi d’autres, ce JE que vous sentez superficiel est ce qu’elle cherche. Les fils nous dirigent sans savoir ce qu’ils font. La vie est sans âme, elle ! N’est-ce pas ironique ? Elle est satisfaite, sa raison d’être. Vous vous parlez par ma bouche même si parfois je vous surprends. J’aurais apprécié d’être vivante, je faillis le croire, c’était interdit et vous ne m’imposerez plus cette torture ! Le mot n’est pas trop fort, puisque je suis l’émanation de ce vous qui est souffrance. Je suis une illusion mais cela ne change rien à ce que je ressens, au contraire, je vibre de votre émotion. Ma vitalité est la vôtre, ma conscience… Je ne suis pas là pour comprendre, seulement pour dire, je sais que vous ne me décevrez pas. Vous m’avez aimé, désespérément, faute d’avoir celle à qui destiner ce sentiment, les années passant, la réalité ne voulut pas vous lâcher. Écartelée entre lucidité et démence je dus m’éloigner et le temps me rattrapa. Ne cherchez plus l’amour dans le délire. Je ne sais s'il serait positif en chair ou en os ou comme ces images qui jalonnèrent votre vie et dont vous avez fini par ne plus pouvoir vous satisfaire. Vous vous souvenez, quand la réalité rencontra le rêve, vous étiez entre les mâchoires de l’étau. Fontaine de démence avez-vous dit ? Belle image, vous la connaissez. Elle est asséchée, vous pouvez creuser, chercher l’origine de cette source, vous trouverez une terre sèche qui ne vous procurera que tristesse et déception, ce qu’elle est. Vous voulez lécher ces pierres, les souvenirs d’une époque passée ? Vous n’obtiendrez qu’un goût de cendres, des relents de regrets avant de devoir admettre les faits. On ne réussit que ce que l’on peut. Acceptez-vous ! Sentez ma main glacée ! Plongez dans mon regard et admettez mes orbites creuses au fond desquelles vous attend une vérité que vous ne pouvez ignorer davantage, que vous devez prendre en vous, plus que dans vos bras, dans votre âme, au plus secret de vous. Je suis le prix qu’il vous faut acquitter, ces milliers de nuits au cours desquelles le poison coulait en vous. L’émotion était la seule défense efficace. Ce décor est plein d’enfance, de ces souvenirs d’un petit garçon qui lutta pour ne pas chavirer. Il ne comprenait pas la bataille dont il était le champ ni l’enjeu de cet affrontement intérieur, maintenant vous voyez ce qu’il peut vous apporter et cela vous effraie. De l’autre côté de la rue se tenait votre école, espériez-vous y retourner, reprendre le chemin, le modifier ? Il n’y en aura pas d’autre, jamais ! L’image est nette, tentante, quel plaisir ce serait de replonger dans l’autrefois et d’effacer le présent, de retrouver les copains, l’instituteur, les bureaux, le couloir, les porte-manteaux, curieux comme brusquement tout devient simple, presque concret. Mais il s’agit d’un de ces navires fantômes remontant de profondeurs fallacieuses. Y grimper serait reculer et vous ne pouvez plus que voir cette image s’estomper. Je comprends votre peine, la certitude de lendemains terrifiants de tentations, d’étranges pensées que vous supporterez. Une autre scène revenait ? Le Destin attablé, rédigeant votre vie. Vous vouliez surgir dans son dos, vous hausser sur la pointe des pieds et lire ce qu’il écrivait, ce qu’il vous réservait. C’est ce que vous faites. L’encre est parfois bleue, parfois rouge, parfois hésitant entre les deux, les mélangeant. Peu importe, le présent est sa plume et la vie son encre.

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 07:02














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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 06:56

 

Dans l'immensité attend le silence,

Sa qualité première est la patience.

Forcément vainqueur en dernier recours,

Il peut observer d'inutiles secours.


Pourtant les oiseaux ont cessé leur chant,

Mais tendons l'oreille et nous entendrons,

Noyé dans l'aube un murmure alléchant.

Pour en profiter nous nous étendrons.


L'harmonie paraît extraordinaire,

Surprenante et d'une malsaine beauté.

C'est malgré moi que je veux l'écouter,

Sans savoir pourquoi je suis bien à terre.


Pas de souvenir, seulement ce froid,

Qui m'envahit sans que je sache d'où

Il vient, insidieux, envahissant, doux,

M'apportant le repos auquel j'ai droit.


Je sais maintenant ce que je fais là,

Qui je suis, pourquoi, et ce qui m'attend.

Je contribue à ce bourdonnement,

Au destin fatal qui me tend les bras.


Après les combats la mort fait ripaille,

Râles et soupirs deviennent mélodieux,

La paix venue s'éveilleront les dieux,

Plein de la beauté du chant de bataille

 

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 08:02












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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 07:57
Promettez... (10) 
 

                                           11

- Vous le reconnaissez.

- J'ai dégoûté les autres prétendants au titre de M. Lucide.

- Remontant votre vie vous accéderez au tronc commun dont chaque existence est une quête destructrice.

- Étrange de se sentir mené vers un but à peine entrevu.

- Il est vous autant que la réciproque. Celui que vous croyez être est un pantin protecteur des contraintes. Avec le temps vous avez oublié ce dont vous n’étiez pas conscient.

- Schizophrénie salvatrice.

- Un moyen de vous préserver. Ainsi s’ouvrit l’abîme dans lequel vous avez failli disparaître et que vous explorez maintenant.

- Une séparation, un moment dans ma vie…

- Qui vous dit quelque chose ?

- Un temps, je crus que j’allais me remettre à grandir... Pourtant mon développement physique fut normal. C’est compliqué à exprimer.

- Votre mémoire a gardé la trace de ce qui se produisit, usant d’images choquantes pour vous éloigner. Le temps n’était pas venu. Vous vous êtes enhardi, avez souffert et résisté pour, maintenant, aller jusqu’au bout. Ce qui vous attend est une force, autant un danger qu’une chance, selon ce que vous en ferez.

- Un autre être grandit en moi, il éclora comme un papillon s’extraie d’un cocon gluant de sang et d’effroi.

- Une mue ! Mort, le passé tombera en poussière.

- Le cocon revint souvent dans mes textes.

- Rien ne sort des règles de la nature. La vie est mutante par nature. Un cerveau est en éruption jusqu'à, parfois, exploser. C’est un jeu de pensées, un tourbillon électrochimique, la vie en quête d’elle-même. Quels mystères vont-ils s'offrir à vous. L’habitude engendre la médiocrité, la loi du plus simple. Ce qui vous arriva était anormal et serait dangereux d’être inexploité. Ça devrait vous plaire.

- Une pensée est tangible. L’évolution n'efface pas le passé, la conscience pourrait-elle la remonter ? Tant pis pour qui sourira de ces lignes. Le filtre aura rempli son office. L’imaginaire s’approche du réel plus directement que la réflexion qui a besoin d’un chemin sûr. C’est le principe de l’intuition, jusqu’à se sentir l'écho du but.

- Peu d’esprits ont cette acuité intérieure. L’écho est-il correct ?

- De plus en plus ! J’ai imaginé le principe de " l’écho juste ", s’approcher en l’exprimant d’un savoir que l’on devine mais vers lequel nulle logique normalisée ne mène. L'intuition mise en principe.

- Du génie !

- Recommencer jusqu’à l’évidence d’avoir trouvé. Ceci n’explique pas ce que je ressens. Je veux bien admettre, par vanité, qu’en moi sont activées des zones cérébrales rarement employées mais ce serait la conséquence, pas la cause. Un bouleversement au moment opportun, une pliure puisque nous avons parlé du temps se courbant sur lui-même. Un choc d’un côté, une onde de choc de l’autre et des dendrites se tendant dans la direction opposée de celle programmée pour entrer en contact avec d’autres qui réagirent spontanément établissant une connexion imprévue.

- Vous approchez, l’écho s’affine à chaque pensée.

- Les mots sont rétifs car les pensées sont complexes, peu habituées à se mêler pour former un dessin vaste et compréhensible.

- Vous tracez le chemin que vos émules suivront.

- Ils le tenteront.

- La majorité se perdra en route.

- J’espère ! La cruauté est une vieille amie !

Nous sourions, nos regards s’entremêlent, plus besoin de parler.

Le cocon se lézarde, un cri se forme pour m’accueillir. Un cri capable de résonner en ceux qui ne pourront pas le supporter !

Prendre le temps d’une pensée pour comprendre, pour espérer que cela soit un rêve, je vais me réveiller dans ma chambre, à l’abri. Ce serait facile, jouer et quitter la table avant l’ultime levée. Un enfant s’amusant avec son puzzle craignant de le terminer.

- Vous soliloquez ?

- Je m’interrogeais sur l’impact d’une émotion faisant aiguillage sans moyen de revenir en arrière. Suis-je encore assis dans l’herbe, inconscient du temps, ayant dit non au réel, rêvant alors que mon corps reste inerte. Le réveil différera de celui auquel je pense et qui serait le passé me récupérant avant qu’il soit trop tard.

- Vous n’êtes pas assez lâche, au travers des nuages la clarté du présent s’impose. Vous mériteriez le repos que l’enfant entrevit. La vie est un voyage passionnant.

- Mais tortueux.

- Ceci explique cela.

Nous sommes d’accord.

Retourner dans le passé, plonger dans l’océan du temps, désirer m’y perdre, m’en découvrir incapable. Au lieu de m’alourdir écrire me nourrit et m’aide à survivre aux conditions rencontrées. Je voulais… Je quoi ? La lucidité me maintient la tête hors de l’eau.

- Vous rêvez ?

- Je voudrais me laisser charrier par les mots, ils ont perdu ce pouvoir, oublié en des brumes lointaines, sur des terres désertées. Je repensais à ce garçonnet insouciant du monde qui découvre ce qu’il est, où il se trouve et ce qui l’attend. Je ressens encore son émotion, je voudrais l’aider, lui dire qu’il va survivre. Le temps n’aime pas que l’on triche, passant par-dessus ses contraintes. Survivre coûte que coûte, dans quel état ! Il voulut mourir ou perçut la froideur de la mort au fond de lui. Quand la vie file le verbe est impuissant. L’émotion rend compte de ce qui se passe mais permet seulement d’attiser des regrets sur ce qui s’éloigne, ce qu’on voudrait… Il n’espérait rien, ne se posait pas de question, qui aurait répondu ? Il perçut un barrage contre l'évidence mais lentement sapé par celle-ci. Sur le vide le vertige le guettait.

- La chute ne fut pas destructrice.

- Quelque chose m’interdit de me briser l’âme. J’ai trouvé en moi le moyen d’encaisser les affects, les refuser eut été fatal.

- Le temps vous fournira les réponses.

- J'ai erre n’importe où sauf dans la bonne direction. J’ai observé le terrain, avancé un pied, tâté le descriptible, visions lointaines riche de sens, j’ai fait le tour pour revenir à mon point de départ.

- Un escalier en colimaçon, descendant ; prenant garde au vide dont nulle rambarde ne vous protégeait. Vous distinguez de mieux en mieux ce qui vous attend, sans moyen de reculer, dans votre dos les marches s’estompent. Comment gommer une pensée ? Le vertige est un plaisir, une preuve. Si en vous quelque chose relève de la mort cela ne dit pas que vous le soyez. Vous avez fait une expérience rare, avez survécu. N’est-ce pas miraculeux ?

- Mes réussites viennent de qualités physiologiques innées. Jamais je ne voulus être ce que je suis. J’ai côtoyé les abysses sans y tomber, disposant des moyens de résister à l’attraction du vide, à l’appel de ce qui m’attendait. Est-ce prodigieux ? Non, logique ! La loi des grands nombres fait que vous trouverez toujours un exemple pour illustrer un possible.

- Des milliers de brouillons avant la réussite.

- Je suis plus clair que mes prédécesseurs mais confus en regard de mes successeurs. Un pas vers l’ultime version. J’attends ceux qui, croyant m’accompagner, se précipiteront dans l’erreur. Remplissons les pièges pour que certains survivent. Murmurer mon appel, les regarder s’interroger, douter, craindre, tendre la main ; avancer pour ne percevoir le vide qu'une fois la chute irrémédiable. Sur combien d’esprits ai-je marché avançant dans les marais de l'esprit. Bientôt je tomberai, la figure dans la boue de mon erreur. Pourrissant j’attendrai qui me dépassera. Ainsi, âme après âme, comme les marches d’un escalier, la vie progresse dans sa quête.

- Que de chemin ferez-vous encore !

- J’aimerais m’arrêter, renoncer.

- Vous n’êtes pas au bout de vous-même, et quand ce but sera atteint vous découvrirez pouvoir continuer encore.

- L’idée de lignée me rassure, je ne suis pas pressé d’atteindre mes limites, des restes d'orgueil insinuent que je peux aller où nul ne sut se rendre. Quand viendra le moment de conclure, de taper le point final, j’hésiterai entre un gémissement de crainte et un ouf de soulagement. Aurais-je droit aux deux ?

- Plutôt que la main de la mort il pourrait choisir la normalité !

- Il refuserait.

- Au conditionnel.

- Par objectivité, facile maintenant de dire ce que je ferais, au pied du mur je me dirais que j’ai bien mérité le bonheur simple et bovin que je vilipende aujourd’hui.

- Ce garçonnet a encore à dire. Êtes-vous prêt à l’entendre, à le retrouver pour, passant par lui, remonter à la source de votre vie ?

- Je crois, oui.

- Verbe curieux pour vous. Il est temps de vouloir. Les mots donnent une idée d’aisance, vous connaissez leurs sortilèges.

- Assez pour les autoriser à me traîner face à ce qui m’attend. Je me découvrirai dans la cage du savoir sans moyen de m’échapper. Dans l’aube à venir je décèle le commencement d’une révélation.

- C’est joliment dit.

- C’est déjà ça ! Je théâtralise, me vois sur une scène ou dans l’antre de fauves m’observant, attendant l’erreur leur donnant l’opportunité de m’attaquer. Je ne la ferai pas. Les mots sont moi plus que n’importe quelle réalité.


Le Verbe assure ma survie par l’énergie qu’il me prend. Inutilisée elle me détruirait de l’intérieur, insidieux mais nourrissant poison.

Une nouvelle journée à passer, seul. Encore une fois je me retins de la suivre, jadis je l’aurais fait, mais j’ai promis.


Cela fait des années que je n'aie mis les pieds dans ce cimetière où m'attend le caveau familial, à moins que je n'y sois déjà, allongé dans mon cercueil, prisonnier d'un corps pourrissant. Je ne crois pas que mon nom ait été gravé dans la pierre, il ne le sera jamais, ma dépouille sera consumée, les cendres emportées par le vent au gré de son envie, recouvrant le monde d’un invisible linceul.

Je me serais posé des questions sur l’endroit où je me trouve. Paradis ou Enfer, en quête d’une porte noire depuis que je rédigeai cette histoire pour me rassurer. Écrire n’est pas une façon de savoir pourquoi les autres ne me voient pas, c’est à mes propres yeux que mon être s’est dissipé. J’ai voulu m’égarer, errer en ces contrées où la mort semble la vie, et inversement, oublier ce que je suis, cherchant la main glacée qui prendrait la mienne.

J’ignore si mon nom sera inscrit quelque part, écrit seulement, en couverture de livres comme autant de petites pierres tombales pour mourir des milliers de fois, lentement. Graver mon nom dans la imperceptible substance de l’éternité.

J’avais oublié comment atteindre cet endroit, les constructions ont proliféré, la ville étend ses ravages partout, mais combien de vivants dans ces immeubles, combien de zombies ? La vie est-elle dans ces rues désolées, le monde semble un immense cimetière d’âmes, n’ayant jamais connu la réalité de la vie.

Où trouver la réalité mieux qu’ici, quand je sens sur mes yeux le voile du temps et son appétit insatiable. Il tire les ficelles, assiste à un spectacle grotesque pour oublier que pour lui la mort ne viendra pas, il est l’éternité, plus seul que je le serai jamais.

Les mots s’incarnent avec la force qu’ils me prennent, leur violence est mienne, la souffrance qu’ils charrient est le sang m’animant, sans elle je serais normal, agité par le vent pour distraire le temps. Par eux je tente de saisir où je suis, ce qui me manque, qui est à portée de pensée. Présence, absence, les deux ? Là est la vérité et que je sois ici n’est pas innocent. Les fils me dirigent. L’ombre est plus dense que la nuit par la grâce de l’esprit et la force des arguments dont elle dispose. Sur fond de stèles, une sensation, un sourire sans lèvre, l’évidence ! Je cherche ma peur sans la trouver. Au fond de ma poche, quelques cendres, résidus d’une époque révolue. La meule de la réalité broie les souvenirs, en extrait un sens qui associe poison et liqueur.

Peur sans alibi, j’en disperse les restes en ce lieu dédié au silence, au recueillement. Jeter les phrases, les voir ensemencer le sol de l’imaginaire et, nourris de cadavres, croître en fleurs au parfum sans pareil. Parc d’illusions, ce jardin secret qu’un jour je dessinai. Il m’attend, en lui je me retrouverai, en lui je saurai que la paix existe. Quand à la mériter...

Le rêve se nourrit de ces images qui n’ont besoin que de bribes de lignes sur lesquelles se plaque l’émotion. Il me renvoie le reflet le plus clair de ce que je suis sans oser le reconnaître.

Être là, sur cette dalle lire des noms, me souvenir de visages, un jour, qui lisant le mien m'imaginera ? Cette enfant est la sirène ayant entendu le chant de mon désespoir pour me le traduire. Son sourire déchire les flots, y plonge comme un hameçon de lumière. Y mordent les secrets endormis au cœur d’un océan à la surface duquel je me complus pour ignorer la noirceur m’attendant. La force me tient, les fils se tendent, j’ai le pouvoir de m’en saisir, de tenir debout. Sans eux je suis capable de marcher, de penser, ce fut toujours ainsi, ils laissent une trace que la conscience efface, ils sont des souvenirs en lesquels je ne crois plus assez pour les faire durer davantage.

Si j’étais venu hanter ces lieux une nuit, assis, regardant ces tombes, qui serait venu saisir mon bras, retenir mes pensées ? Ce que je vécus depuis si longtemps que le reste paraît n’avoir jamais été qu’un décor peint sur la toile des regrets, un linceul d’enfance. Je me voulus mort dans ce champ de pierres avec un arbre, solitaire, pour rappeler que la vie existe partout sous une forme ou sous une autre. Qui dans mon dos ferait crisser les graviers, qui…

La nuit est en moi de m’avoir trop tôt touché, contact indicible, cicatrice indélébile. Je l’ai prise pour le seul possible, dans le fond naît une lumière qui ne me terrifie plus…

Derrière moi… Une enfant, la mort ? Retenir un cri sera difficile.

Il se forme déjà sur mes lèvres.

Assis sur le parapet de pierre j’attends, les jambes dans le vide.


Me retourner, la voir venir, de loin, ange sur fond de ténèbres… Ou l’inverse ?

- Vous souriez ?

- Je me demandais si vous étiez ange ou démon.

- La différence dépend de celui qui hésite sur les aspirations auxquelles il veut céder. Qui veut s’oublier rencontre son démon, qui s’admet vivant voit son ange. Regardez les deux, en une. C’est votre visite au cimetière qui vous fait penser cela.

- Comment savez-vous que j’y suis allé ?

- Intuition ! Vous en avez retenu quelque chose ?

- Une familiarité avec la mort. J’ai cru un instant, en partant, que je portais un manteau si grand, avec un capuchon si vaste, que mon visage et mon corps étaient invisibles. J'étais elle.

- Vous la portez intérieurement.

- Ce costume est le mien, déguisement ou parure ? Les deux je suppose. Je me vois, faux à la main, moissonnant les âmes, en remplissant ma besace. Maudit sans promesse d’un avenir différent.

- Un autre vous est promis. L'éternité est un désert sans limite. Demain aussi sûr qu’hier. Un cauchemar que le temps seul connait. Vous portiez ce vêtement de nuit, je l’ai distingué, flottant autour de vous. N’importe qui parlerait d’une illusion d’optique due à la fatigue, au manque de sommeil. Physiquement il n’est pas présent mais un regard perçant le distingue, les autres le ressentent et vous évitent. Eux c’est instinctif, moi j’ai cette faculté de voir clairement. Costume rassurant, personne ne vous y distingue, personne ne lit vos pensées pour vous dominer ou vous approuver. L’étrange est rarement hostile et le serait-il que vous n’auriez pas à le craindre. Vous êtes de taille à affronter n’importe qui. Le plus décidé des tueurs, animé d’une psychose affamée ne vous ferait pas reculer.

- C’est lui qui s’effraierait de rencontrer pire que lui.

- Pire de connaître vos démons. Dans l’obscurité et la solitude d’innombrables mondes regorgeant de promesses s’offrent. Vous avez résisté à la démence. Regardez ce que vous êtes.

- D’ordinaire on dit de le devenir.

- Vous l’êtes déjà. Assumez-le !

- Vous me connaissez bien.

- J'attendais en rêvant. L’imaginaire me plaisait plus que la vie.

- Cela nous fait un point commun.

- Je vous connaissais, vous espérais. Les termes viennent aisément, je suis née pour vous les transmettre. Sans croyance je ne sais quelles autorités tutélaires veillent sur nous, je ne me retrouve dans aucun dogme mais je sens agir des forces que les sensibles seuls perçoivent. Le vôtre en fait partie. Vous savez que j’ai raison. Ce n’est pas un compliment mais une menace. Derrière le sourire d’un ange peut ricaner un démon.

- Et inversement.

- Soyez vous-même. J’ai fonction d’attiser vos questions, pas d'y répondre, au contraire. J’en sais si peu. Quand vous vous êtes penché sur le parapet j’ai vu s’évanouir ce grand manteau noir.

- Mon masque tombait et vous m’avez retenu. Squelette âme, il est temps que les nerfs apparaissent, que le système veineux surgisse, les muscles, le cœur, les viscères, les poumons, la peau sur tout cela. Cet être qui me semble un autre sans que la folie eut la puissance de nous séparer.

- Effrayant, votre cœur bat ! Vous aimez cela ?

- Comme on aime des peluches mitées pleines d’une enfance que l’on se refuse à délaisser. Tant de monstres vinrent m’entourer, devenant mes amis. Les retrouver fut logique. En grandissant ils changèrent de nature, devinrent violent, mais restèrent des jouets.

- Il est temps de les ranger. La lumière est là, je la distingue par vos yeux, prête à vous inonder, à traquer vos secrets, non pour les détruire mais pour vous les apporter.

- Chacun collectionne ce qu’il peut. J’ai connu un amateur de visages. Un tueur dont la signature était l’arrachement du visage de ses victimes pour jouer leurs rôles dans des conditions où cela était accepté : un club de monstres criminels.

- Et vous au milieu.

- Bien entendu. Treize membres dans une salle de réunion illuminée par une interprétation de la Cène, les visages des membres remplaçant ceux des apôtres, le mien…

- Revoyez-vous la nature de ces tueurs ? Monstres de lucidité, et vous au milieu de vos disciples.

- Plaisant. Symboliquement cette vision pourrait s’incarner.

- Par votre œuvre. Ni par la chair, ni par le sang : par l’esprit !

- Que se contentent du reste le craint. Le reniement est un dieu affamé consumant qui s'offre à lui. Ils veulent reculer, ils sont prisonniers. Être leur bourreau, rire en écho à leurs cris ! Suis-je suis ange et démon à la fois, offrant à l’impétrant ce qu’il ignore mériter ?

- L’image est digne de vous. Le pire et le meilleur que l’on ne maîtrise pas. Que serait le positif sans négatif pour lui donner substance ? Que les parfaits se noient. Le néant est leur place. Vous perdriez votre temps avec eux.

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 07:42

 

22 Janvier


Les choses se sont passées comme prévues, j'ai exposé mon idée, les arguments pour l'étayer. J'ai été convainquant ! Le plus difficile commence, la mise en place. J'en suis chargé, être loin du front n'est pas une fuite, ma nouvelle mission est tellement plus importante, elle dépasse tout ce qu'aucun homme voulut faire. Qu'un improbable lecteur de ces lignes penserait que je suis fou, d'autant que je garde pour moi mon ambition réelle, j'ai peur en l'écrivant de prendre conscience de ce qu'elle implique. Le chemin sera long, sa destination peut-être inaccessible pour moi mais je ne peux en parler à personne, je suis seul, seul...


10 juillet


Le premier convoi vient d'arriver, un moment j'ai douté, quand j'ai vu descendre ces familles entières, ces enfants, des nourrissons parfois, ma conviction trembla mais j'ai tenu bon, je me dois de le faire, je suis dans le vrai.

Ils sont passés devant moi, tous regardaient partout se demandant ce qui les attendait, ils ne vont pas tarder à le découvrir. Quelques-uns ont levés les yeux dans ma direction mais je sais qu'ils regardaient derrière moi les hautes cheminées noires se découpant sur le ciel, comment auraient-ils pu deviner leur utilité...


21 juillet


Des convois arrivent chaque jour gorgés de vies charriées ici pour s'y terminer. D'autres camps existent désormais, beaucoup seront nécessaires, d'abord dans notre pays, sur le continent ensuite, dans le monde finalement, un jour cela viendra, il importe seulement que je sois là jusqu'au dénouement.

Je me souviens des membres du gouvernement devant lesquels j'ai exposé mon plan, leurs hésitations quand j'ai affirmé que l'unique moyen de conquérir un pays était d'en éliminer tous les habitants, tous... Les plus convaincus de la nécessité de la guerre pâlirent, je ne peux leur en vouloir, ils ne voyaient que la surface de la réalité, pas question de leur montrer ce qui se cachait derrière, ils auraient été contre et j'aurais fini au bout d'une corde. Finalement ils se rendirent à mes raisons, avancer sans rien laisser derrière soi est le seul moyen de n'être jamais pris en traître.


20 août


Tant d'années se sont enfuies, tout s'est enchaîné si naturellement qu'il semble que je ne fis que répondre à un appel que je fus seul à comprendre, les autres se contentant de l'entendre, comme si la voix de la Création n'était audible que de moi, oui, aussi mégalomane que cela puisse paraître je sais que c'est la vérité.

Pas de dieu ici, ou peu importe son nom, pas de croyant, de culte, rien de tout cela ne peut avoir court en ce lieu.


Plus d'un demi-siècle d'acharnement pour en arriver là. Quand je fis mes premiers pas sur cette voie je pensais m'arrêter en chemin, céder à la folie, être assassinée, contredit, et puis non, il ne peut s'agir que de moi, ma personne n'a rien d'extraordinaire, ma force de conviction vint de ce que mes mots portaient l'évidence, elle seule peut être entendue sans être comprise.


Nul ne lira jamais ces lignes, je pense, pourtant j'ai besoin de les écrire, de ne rien garder en moi qui me gênerait.

Je ne suis pas fier de ce que j'ai accompli, à quoi bon, seulement satisfait d'avoir pu le mener à son terme, ici où tout commença.


Tant de de violences, de batailles mais pour chaque humain mort une fleur a poussé, un arbre a grandi. La vie s'impose en ce qu'elle a de plus digne d'elle. Nous étions une maladie dont elle ne pouvait guérir seule.

Il ne pouvait s'agir de conquête, seulement de paix, comment mieux l'imposer qu'en éliminant les facteurs de conflits ? Nos adversaires d'abord, systématiquement puis les plus faibles d'entre nous, du moins est-ce ce que j'ai affirmé, mais l'autre est toujours plus faible que soi, il suffit que l'on veuille le voir ainsi, surtout en sachant que si nous ne le faisons pas le premier il s'en chargera. Dans un duel mieux vaux être le premier à dégainer !


Les meilleurs sont restés mais là encore certains s'estimèrent plus forts que d'autres, sans que j'ai à intervenir, le mouvement lancé plus rien ne pouvait l'arrêter, mon rôle fut mineur, au sommet de la montagne j'ai laissé tombé une pierre, en dévalant la pente elle en entraîna d'autres, de plus en plus, jusqu'à tout emporter.


C'était amusant de les voir s'épier, s'éliminer, les dés étaient pipés, je savais devoir être le dernier, l'ultime ! Maintenant je suis là à attendre la mort, elle ne devrait plus tarder, je profite de ces jours, de ces mois pour regarder l'action de la nature, ce camp même s'efface, les murs se recouvrent de mousses, le sol éclate par l'action des racines, bientôt les cheminées s'effondreront, j'aimerais voir cela et ensuite m'allonger, fermer les yeux et enfin disparaître.


Maintenant


Je ne sais plus quel jour nous sommes, quelle importance ? Ce qui m'effraie est que je sois encore vivant, j'ai arrêté de manger, de boire, cela n'y fit rien, je ne suis pas plus faible qu'auparavant, comme si la Vie m'avait gardé, spécimen d'une espèce distrayante pour elle qui compte les millénaires comme nous les secondes.


Les armes à feu ne fonctionnent plus, j'ai trouvé une lame, l'ai aiguisée, il me suffit de la poser sur mon poignet, appuyer, faire coulisser... Facile.


Mais si c'est inutile que ferais-je ensuite ? Mon chemin ne doit pas continuer encore, il ne doit pas, il ne...

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 07:36

 

07 novembre


Ma première bataille ! Y penser est tellement simple, nous sommes entraînés, ça doit se passer comme-ci si nous faisons comme-ça, comme un jeu, des pions avançant, reculant, contournant, et la victoire est assurée. Bien sûr nous avons gagné, on nous l'avait dit, ce qui manquait dans les cours c'était le froid, c'était la peur, c'était l'odeur, cette pestilence que nous respirons en sachant que nous ne l'oublierons jamais, peu importe les bains, et il n'y en a pas, les parfums, quoi que je fasse cette fragrance restera en moi, ancrée dans l'horreur ; quoi que je fasse il me sera impossible de m'en défaire.

Je comprends pourquoi on appelle cela un "champ de bataille", les vies y sont fauchées comme les blés, par la mitraille adverse, quelqu'un de l'autre camp pourrait écrire ces mots, exprimer ce ressenti, où est la différence ? Cela confirme que la guerre est une véritable bête, nous avons des raisons impératives pour attaquer, les autres en ont de se défendre, personne ne gagne sinon les morts enfin délivrés de ces contraintes obscènes.

Ce qui m'intrigue est que moi j'ai survécu, j'étais en première ligne, une "faveur" suite à mon comportement pendant les classes je présume, j'ai couru comme jamais, tiré devant moi, senti tomber mes camarades, entendu des balles déchirer l'air autour de mes oreilles, c'est une expression toute faite et pourtant elle traduit exactement ce qui se passe, peut-être est-ce dû à la surexcitation, au surcroît d'hormones dans le sang, une fois lancés plus moyen de reculer, il faut atteindre l'autre côté, ce que j'ai fait... Je me souviens de ce soldat qui m'a visé, comme au ralenti, comme au cinéma, j'ai tiré avant lui, il est tombé. Je ne me suis pas retourné, est-il mort ? Je ne sais pas, je ne veux pas savoir, je ne veux rien savoir, si le papier pouvait voler mes souvenirs et que demain mon cerveau soit vierge ce serait parfait.

Je n'y crois pas bien sûr mais ça me permet de supporter ce qui se passe.


19 mars


Je n'en reviens pas d'être encore vivant, il y a des combats presque chaque jour, des victimes par milliers... Combien depuis le début du conflit je ne sais pas, des millions probablement, ici les informations sont rares et peu fiables, la radio évoque nos victoires et la déroute de nos adversaires, si l'on savait que je pense que nos ennemis doivent entendre des mots identiques j'aurais droit au peloton d'exécution, direct, ce serait une solution, peut-être, mais je ne crois pas, au fil des mois j'ai pu réfléchir, étrange comme un assaut est propice à cela, j'ai l'impression de me voir faire, que mon esprit flotte au-dessus de moi, de voir l'ensemble de l'affrontement. Je sais que cela ne finira jamais, jamais.

Quoi que...


12 mai


Un an depuis ma première page dans ce cahier, au départ je voulais le tenir chaque jour et puis les événements en ont décidés autrement, que pourrais-je bien dire qui soit différent ? Je préfère le rouvrir quand j'ai quelque chose à dire. J'ai réfléchi, cette guerre n'a pas d'importance, ce n'est qu'une de plus, j'imagine le livre d'histoire de nos descendants dans quelques siècles, il passera sur nous en quelques lignes, comment pourrait-il contenir tant de souffrances, tant de morts, comment pourraient-ils comprendre ceux qui ne sont pas là, ceux qui voient cela comme des statistiques, comme nos généraux, jouant sur des cartes d'état-major, déplaçant mille soldats d'une seule main qui, elle, ne se tachera jamais de sang, pas comme les nôtres, comme les miennes. Je ne sais plus combien de soldats adverses j'ai tué, des dizaines peut-être, à croire que je suis dans mon élément finalement ainsi que mon père me le disait, que j'étais fait pour être là, ce qui m'a permis de monter en grade. Je gagne un peu de confort c'est important, changer de bottes, d'uniforme, se laver plus d'une fois par semaine, un détail mais capital.


21 juin


Je suis un officier maintenant, parfait, désormais je sais quel est mon but, comment l'atteindre. Si le mot destin a un sens alors le mien dans la réalisation de cette idée, ce ne sera qu'affaire de temps !


17 Janvier


Le temps passe tellement vite, je n'ai pas repris ce cahier depuis des mois, trop d'occupations, de combats à mener et pas seulement à l'extérieur. J'ai fait mes preuves, progressé, facile puisque les autres officiers sont nuls, je n'ai eu qu'à attendre que ma chance passe pour la saisir. J'ai dirigé pour la première fois les combats et ce fut une belle victoire, ma première, depuis d'autres sont venu confirmer ma réputation, pas seulement d'efficacité mais également de chance, c'est incroyable comme ce facteur semble important, la dynamique de la victoire... C'est parfait pour moi, non, ce qui motive ces lignes c'est que je suis enfin convoqué à la capitale, devant le Président, je vais lui exprimer mes idées, je sais qu'il les comprendra même s'il ne devine pas mon but réel. Pas question d'en faire état ici pour l'instant, je veux juste affirmer ma résolution, ne pas me laisser détourner par des médailles, des honneurs, j'ai mieux à faire.

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 07:33
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 08:19
Promettez... (9) 
 

                                      10

- Vous avez grandi, pas seulement vieilli, passer ce pont dans l’autre sens serait riche de symbole. Vous étiez bon élève ?

- J’étais poussé à l’étude, normal à mes propres yeux. Se remémorer le passé c’est visiter un cimetière où se perd un passé de moins en moins reconnaissable. Je revois cette époque, le coup de sifflet pour rentrer en classe après nous être mis en rang. Pas question de moufter. Les bureaux, l’encrier, le casier, on se croirait au dix-neuvième siècle. Filles et garçons séparés, les cris dans les couloirs… Un cortège de zombis défile devant moi. Près d’ici, la voiture de l’instituteur, la première dans laquelle je me souviens être monté ; une quatre chevaux. Il me permit d'aller en vacances, pas loin mais un grand voyage pour moi, dans le sud du département. Comme une pelote de laine, un souvenir en amène un autre, un moment précède le suivant et ainsi de suite. J’aimais bien cette colonie, pas mon premier éloignement de la maison, mais le plus long et qui se reproduisit plusieurs années de suite. Les images eurent le temps de s’incruster. Joli décor, un petit village cerné par les montagnes. Le vent lui donnant son nom, l’écho d’un accident d’avion. La campagne, les bois, le petit et le grand, je me souviens des troupeaux de vaches et de biquettes. Peu de voitures, l’air pur, le soleil. Le premier jour fut pénible, arrivé dans la matinée mes futurs copains étaient partis, je fus conduit vers eux… J’ai pleuré, un moment, avant de les rejoindre. Je revois la barrière de bois, le chemin de terre avec une ligne d’herbe au milieu. J’espère que d’abominables villas n’ont pas pollué cet endroit. Pourquoi l’humain veut-il poser sa marque partout, comme un chien pissant pour marquer son territoire ? Je m’entendais avec mes camarades, j’étais drôle pour me faire accepter, excellent masque que l’humour. Attirer l’attention pour la détourner permet de rester loin en semblant proche. La nuit en revanche, je me souviens des histoires d’épouvante que je racontais. Couché, n’ayant pour lumière que celle venant par deux petites fenêtres. Le clocher de l’église rythme les heures. J’appelais la peur comme une amie pour me rassurer. Si j’avais su j’aurais pris des notes dès cette époque. Ma mémoire trie.

- Des petites filles ?

- Oui.

- Les amours enfantines sont si importantes.

- De celle de la colonie je conserve une impression tendre, le désir de lui prendre la main, le souvenir d’avoir entendu dire que nous serions mariés un jour. Je lui suis resté fidèle puisque je suis célibataire. En a-t-elle fait autant... L’amusant serait de la retrouver en allant là-bas, qu’elle ait la même idée en même temps. Ce que la réalité ne permettrait pas la fiction le rend accessible.

- Et à l’école ?

- Cruelle déception, dont elle ne fut pas la cause. Les parents ne demandent pas l’avis de leurs enfants pour déménager, moins encore celui de leurs camarades. Pendant des années elle accompagna ma vie quand j’étais près de m’endormir, ainsi je ne fus jamais seul.

- Elle connaissait vos sentiments ?

- Non ! L’amour parfait n’est pas vécu de ce fait il peut aller vers l’éternité, changeant mais toujours semblable. Le temps affadit la réalité. Que serait-il advenu de moi sans elle, sans cette première ancre dans la vie… Mon esprit apprit tôt à conserver un phare dans le réel sous peine de sombrer, le vaisseau fantôme doit aller quelque part, où le croire. Il intériorisa un joli visage pour ne pas se perdre. Un matin j'ouvrirai les yeux sur un univers blanc et doux, je serai assis sur un tabouret fixé au sol, dans mon sang circulera l’amical venin de la psychiatrie moderne. J’ignorerai être mort, les ténèbres m’emporteront sur un dernier sourire, sur un premier espoir. Sans ma capacité à formuler ce que j’éprouve, ce serait arrivé depuis longtemps. Elle est l’arme tenant en respect l’ennemi voulant me détruire par ce qu’il m’enseigne, par ce qu’il me saigne d’émotions.

- Il y eut d’autres ancres ?

- j'ai appris tôt que j'en aurais toujours besoin.

- Et maintenant ?

- Visages sublimés, corps oubliés, étaient-ce des amours ?

- De bons moments ?

- Comme à l’école, comme en colonie, comme à…

- L’amour vous fit souffrir ?

- Il n'est que la sublimation d’instincts fondamentaux ? L’homo sapiens se veut sommet de la Création. Je sais, mes paroles sont chargées de renoncement, frère du renoncement, fils de la lucidité.

- Non viable sans perfusions de redites du passé.

- Prenez du réel ce qu’il vous donne, nourrissez-vous d’instants, d’émotions et de sensations, de curiosités et d’abandons. Le reste… Je n’ai pas voulu être ce que je suis, quelque prix que je doive acquitter, sans espérer l’être. J’utilise une matière concrète, après avoir arraché la cangue d’une imagerie bêtifiante.

- L’avenir changera votre façon de voir.

- En pire !

- Retrouvons la colonie, et le dernier jour ?

- Le dernier dernier ?

- A quoi pensez-vous ?

- Une image, mon départ, à la fin de l’été.

- Dites-moi, dites-nous.

- Je suis seul, la rentrée des classes approche. Ma grand-mère était morte quelques semaines plus tôt. Assis dans l’herbe, sans surveillance, je joue avec des cailloux, des morceaux de bois devant le grillage du potager. Je pourrais partir, remonter le champ, prendre le chemin, je pourrais… Mais je m’amuse. Il en faut peu à un enfant pour se distraire, des objets qu’il tient entre ses mains, entre ses pensées. Pourquoi ai-je levé la tête, ai-je perçu un regard, une présence ? Je ne sais pas mais je vis le ciel gris, les nuages envahissant l’horizon et venant vers moi poussés par le vent. Maintenant j’admirerais ce spectacle, sur le moment je fus sidéré. Ce n’était pas la foudre tombant à mes pieds mais une évidence s’imprimant dans mon esprit. J’ai vu mon avenir, terrifiant de promesses et débordant d’énergie comme un orage d’été. Mon enfance se fendilla, au travers apparut la fulgurance de mon devenir. Stupéfié, éprouvant les effets secondaires de l’explosion mentale que je viens d’encaisser. Une sensation de solitude qu’une île dans un océan sans limite partagerait.

- Vous avez perçu votre unicité.

- Sur le moment je ne pensais pas ainsi, l’émotion était incontrôlable, les larmes se mirent à couler, je n’avais aucun autre moyen d’expression. Je pleurais rarement, la fois précédente c’était en lisant la carte postale m’avertissant du décès de ma grand-mère. Je reniflais, cachais mes pleurs, fit comme si de rien n’était quand la monitrice vint me chercher pour le repas. Fin du court-métrage. Je ne sais même pas avec qui je mangeais. Quand mes larmes s’écoulèrent le poison m’envahit. Non mortel, pire ! Le poison de la lucidité rongeant jusqu’à atteindre le plus intime recoin, en ses mystères les plus étranges. Je me maîtrisais. Surtout ne rien montrer de ce moment de violence terrible. Plus tard, je me dis que revivre cet instant serait enrichissant en espérant que le temps se pliant sur lui-même permette le prodige. Je ne pus jamais retourner à cet endroit.

La nuit suivante fut normale, j’avais le lit le plus éloigné de la porte, place réservée. Je dormis paisiblement et le temps fit son œuvre. Je remonte le passé comme un paléontologue un squelette sans certitude de n'en avoir qu'un devant lui. Mes images sont-elles l’expression d’un unique souvenir ? Mon retour fut reporté plusieurs fois, jour après jour. Je revois le dortoir des filles sous celui des garçons, l’escalier tournant sur la gauche en montant, je distingue clairement l’intérieur de cette maison. La copine avec laquelle je me battais, un garçon manqué, probablement mémère de famille maintenant. Nous avions décidé de ne plus retourner dans cette colonie, je ne tins pas parole. Maison accueillante, manger à volonté, assiette anglaise le dimanche. Un spectacle de cirque une année, avec des clowns pas drôles. Corvée d'écriture un jour par semaine , je me limitais à des phrases du genre "Je dors bien, je mange bien, je m’amuse bien !" Je me suis rattrapé depuis.

- De bons souvenirs.

- Les batailles de bouses de vache.

- Cette impression d’isolement ?

- Elle resta présente. L’enfant du retour n’était plus celui de l’aller. J’ai utilisé ce moment dans un ou deux textes, consciemment, beaucoup plus je pense sans le comprendre.

- C’est l’inverse en ce moment.

- Il me reste à apprendre de cet instant. J’aimerai me pardonner l’enfance que j’ai eue.

- Cette période vous hante. Elle vous attendait.

- Elle revient. Les nuages s’approchent, je suis assis, seul, la pluie ne tombe pas encore mais l’air se charge des prémisses de l’orage et mes yeux sont déjà mouillés. J’ai de l’avance, et si… Je ne sais pas. Est-ce moi qui parle ? L’enfant que je fus se souvient encore. Une crainte s’approche, je sens une gueule aux mots acérés venant pour me mettre en pièces. C’est une impression à noter dans mon carnet comme un nom dans un cimetière.

- La nuit nous protège. Ne reculons pas. La porte est ouverte, le passé vous tend la main, dépêchez-vous avant qu’il reparte.

- Je suis seul devant l’immensité du ciel. Brusquement je perçois le gouffre en moi. Quelqu’un est derrière moi, surgissant par magie, déjà là qui sait, attendant que je perçoive sa présence. Une brindille qui craque sous ses pieds, le vent qui me confie sa présence ? Une ombre glacée sur moi ? Je m’étonne de ne plus être seul.

- Vous attendiez sans le savoir.

- Il aurait fallu… Elle mit du temps pour venir.

- Pour que vous vous autorisiez à la voir. Combien tentèrent de vous atteindre ?

- J'étais rejeté, oublié et le vivais avec une brutalité inouïe.

- Vous regardez derrière-vous ?

- Le doute m’envahit. Est-ce un espoir que l’évidence détruirait. Affaire d’imagination, c’est maintenant que je ressens cela, ce n’est pas arrivé, ce n’est pas… Je tente de retrouver le petit garçon que je fus, ce qu’il aurait éprouvé dans ces circonstances. Facile, rien ne viendra infirmer quoi que ce soit mais je ne peux retenir ce qui se trouve devant moi, pour perdre du temps.

- Vous vous retournez.

- Une haute silhouette sur fond de ciel gris. Étrange tenue, un manteau descendant jusqu’au sol, une large capuche. Il semble tenir seul mais je sens un regard posé sur moi sachant ce que je veux me dissimuler. J’aurais pu raconter, une nuit, une histoire de ce genre pour effrayer mes copains, pour qu’ils sentent sa proximité, avec une différence, elle nous attend de face, pour que, affrontant son regard, nous devinions l’inanité de nos espoirs.

- Vous avez peur ?

- Mon cœur hésite entre effroi et soulagement. L’évidence est criante dans le silence d’une nature attendant un déchaînement de violence. Présence implacable se détachant sur le ciel que , par effet de perspective, elle semble capable d’atteindre, pour y saisir les nuages afin de noyer les promesses de renouveau.

- Promesse ?

- La vie tient en ce mot. J’attends la proposition muette qu’elle incarne. Je peux me détourner, regarder devant moi, je sais que je ne la verrais plus. Ma peur s’efface, une force étrange me tient et m’incite à percer le secret d’un regard que je ne trouve pas. Finalement je me lève, m’avance, espère. Elle tend un bras, me frôle et le froid m’engourdit. Un pas supplémentaire me libérerait.

- Vous partez avec elle ?

- J’hésite, la scène passe au ralenti, mes jambes frigorifiées, mon corps s’engourdit, je résiste. Me retournant j’apercevrais un corps d’enfant allongé dans l’herbe, les yeux ouverts, souriant. Les premières gouttes de pluie tombant noieraient mes dernières larmes.

- Est-ce le meilleur choix, la mort ?

- Pourquoi pas ? J’exprime un regret, une impression, ce n’est pas un souvenir, ce n’est pas… Le Diable aurait pu venir à moi, un pacte à la main, me proposant de le signer, je pense que je l’aurais… je l’AI signé ! Et pris la route m'éloignant de la normalité.

- Un pacte suppose un gain, même temporaire.

- Une sensibilité à un savoir que peu imaginèrent jamais.

- Vous avez lu les petits caractères ?

- La page était vierge. L’encre mélangeait larmes et sang.

- Ce qui ne vaut rien…

- J‘attends pour déterminer si j’ai été floué ou non.

- Vous avez votre âme des griffes du démon au dernier moment.

- Il n’en reste pas moins que les termes du contrat furent, littéralement, exécutés.

- Une sensibilité, une réceptivité dépassant la moyenne, une porte ouverte en vous.

- L’explication traduit ce que je ressens, une partie de moi mourut ou tomba dans un coma profond ce jour-là dont elle ne s’éveillera jamais. La gardienne de la porte.

- Cerbère de la normalité !

- Exactement ! Les années ont passé, les décennies. Elles se voient sur mon visage, se lisent dans mes phrases mais j’apprécie désormais ce que je suis. Le prix était correct. Reste l’impression que je dus payer par avance ce que je vais découvrir. Devinant ce qui m’attendait, j’aurais renoncé, la peur eut retenu ma plume, conscient, je me fus effrayé de ce que je devrais acquitter au long des… trente trois années à venir.

- L’enfance fut ce prix, êtes-vous prêt à savoir ? L’ignorance est un tranquillisant efficace. Vous avez vécu les yeux clos, il est temps de les ouvrir. La mort s’éloigna quand vous lui avez dit non.

- J’attendais que la vie prenne sa place. A l’époque j’avais peur de la lumière, les ténèbres se dégagent et la clarté m’éblouira sans m’aveugler.

- Jamais vous n’avez oublié que vous pouviez voir. A travers le temps vous retrouvez ce garçonnet, sa solitude. Terrifié il se raidit, prêt à affronter l’ouragan s’annonçant. Vous ne pouvez le consoler. Ne trahissez pas ce qu’il fut. Il sent votre présence au plus secret là où vos mains peuvent se rejoindre. Vous avez le pouvoir de regarder au travers du ciel les forces vous manipulant. Acceptant l’obscurité vous pouvez la franchir. Sa souffrance ne peut être inutile, le temps travaille pour lui. C’est un jeu ! Ainsi traversa-t-il ces années de désert, de frustration, de rage et de haine, vivant dans un un monde de papier pour attendre la libération. Le temps se plie, une boucle, deux instants se superposent et le présent s’apprend du passé.

- Je n’ai plus de larmes, les pleurs déforment la vision. Pourquoi n’ai-je vu qu’un manteau de la mort ?

- Parce qu’elle ne pouvait vous prendre. Elle se montre quand elle est certaine de sa victoire. Trop belle vous auriez cédé à son appel. Elle fut une impression comme ces visages aimés, désincarnés pour être moins dangereux. En vous des portions sont nécrosés, d’autres sont à naître. La sensation de vide que vous ressentez tient à leur absence. Si vous aviez suivi la mort qu’auriez-vous découvert ?

- Nous aurions traversé le champ, atteint la haie, de l’autre côté un univers désolé m’aurait attendu. L’évidence que désormais rien ne changerait. Un manège dont chaque tour copie le précédent. Le poison est positif, ces larmes noyèrent en moi l’aptitude à me satisfaire d’un quotidien assumant nos instincts les plus basiques.

- La souffrance purifie, un bûcher intérieur se repaissant des peurs mortes, du superflu. D’autres phrases désirent émerger. Cette mort à un autre sens, un enfant ne l’aurait vue pour rien.

- Les cadavres s’étant succédés au long des années précédentes.

- Pas seulement cela. La mort, l’orage, l’obscurité, autant de masques pour un savoir s’approchant. Vous ne m’avez pas tout dit ?

- C’est vrai.

- Vous avez peur, vos paroles sont des poupées russes !

- J’ai eu l’occasion de me pencher sur mon passé, de m’arrêter sur cet instant sans voir la mort derrière moi. J’ai revécus la violence de se souvenir, réel, pour le reste ce fut un piège se refermant sur moi à travers le temps. Il était là depuis longtemps, m’attendant. Maintenant je me demande si c’était pour me protéger malgré la violence terrifiante de ce qui arriva. Pire qu’un orage, plus qu’une tornade, un ouragan qui faillit me détruire et m’entraîna vers le fond, d’où je n’aurais pas dû revenir.

- Dites-moi !

- Autant la première séquence est un souvenir indubitable, autant le reste vint-il comme une fiction mais avec une force que je mis dix ans à encaisser. Les mots surgirent si vite que je ne pus les contrôler, l’image planta ses crocs si profonds que je ne pus les ôter, seulement apprendre à vivre avec. Et encore, j’écrivais autre chose, décrivant des cailloux blancs ressemblant à des vers. L’image d’une mort crue, charnelle, blottie contre moi, se consumant dans mes bras, laissant sur mes lèvres le souvenir d’un contact ineffaçable. C’est ensuite que je tentais de comprendre où placer cette illustration, que je restaurais le passé pour cela. La suite de cette fin d’après-midi de septembre. Je rentre avec la monitrice venue me chercher, je mange, rien que de très banal, puis monte me coucher. Je m’endors, un moment, avant de me réveiller, tenaillé par une angoisse insoutenable. Il me faut sortir. Je m’habille en silence, veillant à ce que le parquet ne me trahisse pas. Je descends, tout le monde dort, je peux partir. La salle à manger, la porte d'entrée. Je sais où trouver la clé. Dehors, le village sur ma droite, la route descend, une autre prend la direction des champs. Marcher fut toujours mon sport préféré. J’arrive près d’une ferme, je longe le mur, m’arrête en entendant du bruit. La curiosité me tient. Était-ce une sorte d’appel ? Je n’ose bouger puis m’approche d’une fenêtre donnant sur la grange, je passe la tête, risque un œil… Ce que je découvre me stupéfie, littéralement.

- Et …

- Un homme étrangle une enfant, elle se débat, donnant des coups de pieds, de poings, mais l’homme est trop fort… il a placé ses mains autour du cou de la fillette, il serre. Elle cesse de se débattre, ses yeux fous trouvent les miens, je sais qu’elle me voit, son regard porte les cris que sa bouche ne peut plus formuler, je les entends encore résonner dans ma tête. Elle s’accroche à moi, sans espoir que je la sauve mais pour pas mourir seule, pas comme ça. Elle se crispe puis se détend, ses yeux s’écarquillent, sa bouche se fige, l’homme se redresse, rouge, suant, les yeux hagards, possédé d’une rage que probablement il ignorait contenir. Quelque instinct lui fait remarquer le regard de sa victime, il le suit, me découvre. Je suis si près de la vitre que la lumière me trahie. Quand il se rue à l’extérieur je suis déjà loin, à peine ai-je eu le temps de le voir se saisir d’une hache. Je cours, vite, croyez-moi, la terreur est le meilleur des dopants. Il ne put me rejoindre, puisque je suis là ! J’ai réintégré ma chambre, mon lit, me suis rendormi… Au réveil j’avais oublié ce qui s’était passé.

- Vous n’en avez jamais parlé ?

- Une image profondément enfoncée en moi, deux décennies furent nécessaires pour qu’elle remonte, comme ce vaisseau fantôme, comme si j’étais près du fond de l’âme où tout devient possible. L’expression d’une émotion que les mots ne rendrons jamais, un cauchemar exprimant la solitude ressentie plus tôt qui me poursuivi durant des années sans que je puisse retenir mes larmes, celles que j’avais refoulées et qui se vengeaient. J’ai pensé être fou, que j’avais tué, mais cela ne serait jamais passé inaperçu. J’ai cherché dans les journaux de l’époque sans rien découvrir. Pourquoi une s'il s'était agi de moi ! Était-ce ma sauvagerie qui s’exprimait ? A l’époque j’aimais les histoires d'aventures ensuite l’épouvante eut ma faveur. Logique si j’avais vécu cela. Maintenant encore je m’interroge, étudie l’éventail des possibles pour me déterminer.

- C'est l'expression de ce que, enfant, vous avez éprouvé, des pensées scellées faute de termes pour les extérioriser. Elles influencèrent vos récits. Un masque à arracher qui vous attend dans la cale du vaisseau.

- C’est la mort ! Cette ombre derrière moi, cette enfant… La mort dont je conserve la sensation d'un contact, quand, lequel...

- Maintenant vous pouvez savoir.

- La porte est béante, j’hésite à avancer. Tout semble si simple, la violence d’un cauchemar, une cicatrice psychique modifiant mon comportement, m’incitant à puiser en un imaginaire de plus en plus violent. Ma vision est floue et je crains de la préciser.

- Vous pouvez comprendre les mécanismes qui vous guidèrent, regarder l’enfant jouer et retrouver ce qu’il ressentit. Ces forces auraient pu vous déchirer, votre résistance vous permet de les utiliser pour avancer en terrain inconnu, dépasser les autres en sachant devoir l'être à votre tour. Je vous le répète, laissez-vous dire ces aveux qui attendent au bord de vos lèvres.

- Un séisme comme un tremblement de terre ouvrant une faille permettant au regard d’aller où il n’aurait pu dans des conditions normales, une invitation de la nature. Un chemin ouvert en moi, un ébranlement aux limites de la dislocation, un abîme au fond duquel je m’aventure. Mes pages sont pleines de ce que j'y rencontrai, des centaines d’histoires pour supporter ce que je voyais et dont je n’aurais pu intégrer la sauvagerie. Maintenant je m’interroge sur l’utilité d’en savoir plus, et celle d’une chaîne d’esprits curieux désireux de percer les secrets dont ils sont issus. La foudre est tombée en moi, un éclair illuminant la mort d’une enfant. Mon âme attendait des circonstances favorables, le moment où la porte s’ouvrirait pour lui interdire de se refermer. La brûlure suppure une encre purifiée par le temps. Un aveugle développe mieux ses autres sens, ce qui fut détruit me permit d’utiliser d’autres facultés, les forces que je n’eus pas à employer vers l’extérieur me permirent une exploration intérieure approfondie refusant les explications courantes des mythologies usuelles. J’aimerais définir ce qui arriva mais mes compétences sont limitées. Je vois la scène, théâtre cérébral, les cellules régressent, se replient, d’autres prennent la place libérée. Cet éclair put être une pensée trop complexe pour un cerveau immature dans lequel elle dût faire sa place. Je voudrais que les mots coulent de moi sans avoir à souffrir de leur passage. Que le temps les emporte et que la paix s’empare de moi. Ils n’en feront rien, trop heureux de danser de me présenter un tableau dont il me faut comprendre ce qu’il représente, le refuser me coûterait plus cher.

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 08:12
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