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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 07:36

 

07 novembre


Ma première bataille ! Y penser est tellement simple, nous sommes entraînés, ça doit se passer comme-ci si nous faisons comme-ça, comme un jeu, des pions avançant, reculant, contournant, et la victoire est assurée. Bien sûr nous avons gagné, on nous l'avait dit, ce qui manquait dans les cours c'était le froid, c'était la peur, c'était l'odeur, cette pestilence que nous respirons en sachant que nous ne l'oublierons jamais, peu importe les bains, et il n'y en a pas, les parfums, quoi que je fasse cette fragrance restera en moi, ancrée dans l'horreur ; quoi que je fasse il me sera impossible de m'en défaire.

Je comprends pourquoi on appelle cela un "champ de bataille", les vies y sont fauchées comme les blés, par la mitraille adverse, quelqu'un de l'autre camp pourrait écrire ces mots, exprimer ce ressenti, où est la différence ? Cela confirme que la guerre est une véritable bête, nous avons des raisons impératives pour attaquer, les autres en ont de se défendre, personne ne gagne sinon les morts enfin délivrés de ces contraintes obscènes.

Ce qui m'intrigue est que moi j'ai survécu, j'étais en première ligne, une "faveur" suite à mon comportement pendant les classes je présume, j'ai couru comme jamais, tiré devant moi, senti tomber mes camarades, entendu des balles déchirer l'air autour de mes oreilles, c'est une expression toute faite et pourtant elle traduit exactement ce qui se passe, peut-être est-ce dû à la surexcitation, au surcroît d'hormones dans le sang, une fois lancés plus moyen de reculer, il faut atteindre l'autre côté, ce que j'ai fait... Je me souviens de ce soldat qui m'a visé, comme au ralenti, comme au cinéma, j'ai tiré avant lui, il est tombé. Je ne me suis pas retourné, est-il mort ? Je ne sais pas, je ne veux pas savoir, je ne veux rien savoir, si le papier pouvait voler mes souvenirs et que demain mon cerveau soit vierge ce serait parfait.

Je n'y crois pas bien sûr mais ça me permet de supporter ce qui se passe.


19 mars


Je n'en reviens pas d'être encore vivant, il y a des combats presque chaque jour, des victimes par milliers... Combien depuis le début du conflit je ne sais pas, des millions probablement, ici les informations sont rares et peu fiables, la radio évoque nos victoires et la déroute de nos adversaires, si l'on savait que je pense que nos ennemis doivent entendre des mots identiques j'aurais droit au peloton d'exécution, direct, ce serait une solution, peut-être, mais je ne crois pas, au fil des mois j'ai pu réfléchir, étrange comme un assaut est propice à cela, j'ai l'impression de me voir faire, que mon esprit flotte au-dessus de moi, de voir l'ensemble de l'affrontement. Je sais que cela ne finira jamais, jamais.

Quoi que...


12 mai


Un an depuis ma première page dans ce cahier, au départ je voulais le tenir chaque jour et puis les événements en ont décidés autrement, que pourrais-je bien dire qui soit différent ? Je préfère le rouvrir quand j'ai quelque chose à dire. J'ai réfléchi, cette guerre n'a pas d'importance, ce n'est qu'une de plus, j'imagine le livre d'histoire de nos descendants dans quelques siècles, il passera sur nous en quelques lignes, comment pourrait-il contenir tant de souffrances, tant de morts, comment pourraient-ils comprendre ceux qui ne sont pas là, ceux qui voient cela comme des statistiques, comme nos généraux, jouant sur des cartes d'état-major, déplaçant mille soldats d'une seule main qui, elle, ne se tachera jamais de sang, pas comme les nôtres, comme les miennes. Je ne sais plus combien de soldats adverses j'ai tué, des dizaines peut-être, à croire que je suis dans mon élément finalement ainsi que mon père me le disait, que j'étais fait pour être là, ce qui m'a permis de monter en grade. Je gagne un peu de confort c'est important, changer de bottes, d'uniforme, se laver plus d'une fois par semaine, un détail mais capital.


21 juin


Je suis un officier maintenant, parfait, désormais je sais quel est mon but, comment l'atteindre. Si le mot destin a un sens alors le mien dans la réalisation de cette idée, ce ne sera qu'affaire de temps !


17 Janvier


Le temps passe tellement vite, je n'ai pas repris ce cahier depuis des mois, trop d'occupations, de combats à mener et pas seulement à l'extérieur. J'ai fait mes preuves, progressé, facile puisque les autres officiers sont nuls, je n'ai eu qu'à attendre que ma chance passe pour la saisir. J'ai dirigé pour la première fois les combats et ce fut une belle victoire, ma première, depuis d'autres sont venu confirmer ma réputation, pas seulement d'efficacité mais également de chance, c'est incroyable comme ce facteur semble important, la dynamique de la victoire... C'est parfait pour moi, non, ce qui motive ces lignes c'est que je suis enfin convoqué à la capitale, devant le Président, je vais lui exprimer mes idées, je sais qu'il les comprendra même s'il ne devine pas mon but réel. Pas question d'en faire état ici pour l'instant, je veux juste affirmer ma résolution, ne pas me laisser détourner par des médailles, des honneurs, j'ai mieux à faire.

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