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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 06:41

 

                                                 05


Répondre à cette question m'éviterait-il de le vivre ?

Ce décor semble un rêve trop parfait pour ne pas être un cauchemar.

Les caméras et les micros ne perdent rien. Quel comportement dois-je adopter ? Me jeter sur le mur, tête la première, grimper à l’arbre, nouer un vêtement à une branche, l’autre extrémité autour de mon cou... J’en aurais le temps mais les produits aiguisent ma lucidité (?) sans alimenter ma rage. L'affrontement viendra après. Suis-je observé ou contrôlé par un ordinateur programmé en fonction de mes paroles, de mes actes, ne laissant rien passer. Pour l'instant.

Ces murs amicaux bornant mon univers extérieur laissent l’intérieur accessible, je me connais, je céderais à la tentation d’observer quelque chose, quelqu’un, n’importe quoi pour gaspiller du temps. L’espace est restreint, comme celui dans lequel j’écrivais, d’abord ma chambre, puis un placard que je remplis de livres jusqu’à avoir juste la place de m’installer devant la machine pour travailler, pour courir sur le papier vers les mondes qui m’attendaient. Un espace trop grand m’aurait incité à me disperser, j’avais besoin d’une enceinte de confinement. Comparaison osée mais précise. Besoin de densité, de me comprimer pour provoquer une réaction utilisable.

J’avance autant sur le chemin que dans mes pensées, cherchant mes souvenirs entre ceux de mes discussions avec le professeur, mélangeant le tout, tissant la corde me permettant d’avancer. Que je ne crois plus en elle et je sombrerais dans la démence.

La réalité se fait incarnation de l’esprit, par une j’explore l’autre, comme je peux, certes, mais efficacement malgré tout… Je regarde mes jambes, mes muscles se réhabituent à fonctionner. Ils prouvent que mon cerveau peut en faire autant, qu’après une longue période d’inactivité il peut fonctionner comme avant. Ou pire, mieux !

Poser les mains contre le mur, en ressentir la minéralité d’où toute vie provient. Rêver qu’ils disparaissent, où que je me retrouve pierre, sans pensée ni interrogation. Le silence coulant autour de moi en un flot ininterrompu. J’écoute, attends ses confidences, je voudrais percevoir un chant mystérieux venant du fond des âges, écho de ce hurlement primordial qui aurait vu la naissance de notre univers. Je sais où je me trouve si ce que je suis reste douteux. Je sais la fraîcheur des murs, ce décor, je me vois d'en-haut, yeux clos, espérant, mieux qu’un miracle, un bouleversement sans fin.

Les remparts les plus hauts sont en moi, j’ai grandi dans leur ombre, imaginant un soleil dont j’entendais parler, un ciel amical et le vent en compagnon de jeu. Mais non, l’univers reste celui des ténèbres. Les mots tissèrent mon espoir d’ailleurs, me laissant croire qu’ainsi j’y accéderais mais je n’eus pas le pouvoir d’entrer en eux, comme à nouveau je ne peux m'abstraire du réel. Croire en mes délires ne me conduirait pas où je souhaite, du reste je ne souhaite rien, si devant moi s’ouvrait le monde que j’imagine il serait invraisemblance et chaos. La réalité doute d’elle-même.

Un pas… Mais non ! Mes oreilles me jouent des tours parfois. Sur le coup j’eus l’impression d’un élève pris en faute. L’habitude d’être surveillé, épié, de devoir faire semblant d’être un enfant comme les autres, le pire sera atteint quand je devrais feindre d’être anormal.

La solitude est le prix à payer par celui qui se veut le dernier, ou le premier. Dois-je admettre que mon destin est scellé à jamais ?

Je suis bien ainsi, loin sans être ailleurs, aux confins du réel, au bord d’un monde : L’autre ! De derrière-moi me parviennent les échos de celui que je vais quitter, pour plonger dans une lumière qui me détruira si je ne la comprends pas.

Est-ce le souhait du professeur ? Que je lui indique un chemin qu’il pourrait suivre ? Je lui ai dit qu’il espérait en un destin au-dessus de ses moyens. C’est la nature humaine qui le veut. Se contenter de ce que l’on a empêche d’avancer, de marcher, de courir, d’aller plus loin. Qui se repaît de ce qu’il a perd l’habitude de vouloir. Je ne l'ai jamais acquise. Par l’imaginaire tout m’était permis, tout m’était possible. Dès-lors qu’avais-je à faire d’un monde qui ne voulait pas de moi, de contraintes entre les quelles je n’appris pas à vivre.

Le monde ne convient qu’aux pantins, pas aux êtres vivants.

Sympathique ce prof, je le comprends mais sa quête est surhumaine. Il est poussé par une curiosité qu’il ne comprend pas, mais quelle importance, la vie se satisfait du désir d’être pas d’être réellement.

Les graviers attaquent mes semelles, je ne dispose que d’une ridicule paire de pantoufles, tel un prisonnier je n'ai ni lacet ni ceinture, seulement un mouchoir. Si je voulais mettre fin à mes jours...

La mort viendra, le monde vivra alors comme si je n’avais jamais existé, moi-même j’ai des doutes à ce sujet, alors…

* *

- Vos pensées vous emportent.

- Trop loin. Comme au réveil les rêves s’évanouissent. Des images, des embryons de pensées indiquant que le cerveau fonctionne. Je ne médis pas professeur, j’exprime ce que je ressens, mes pensées tendues vers des souvenirs introuvables. Me débranchez-vous pour me mettre en veille entre deux rencontres pareilles aux remontées du dauphin avant qu'il ne replonge. Dois-je retrouver une géhenne peuplée de visions bouleversantes et inacceptables que vos médicaments occultent ? Est-ce qu’à trop de lésions cérébrales correspond l'incapacité à exister en dehors de récréations lucides ? Je constate la réalité et avoue qu’elle n’est pas celle que je voulais.

- Ainsi vous savez vouloir ?

- J’ai su rêver, désirer, dessiner sur le vide le monde que j’attendais. Est-ce médiocrité de ma part de ne point y être parvenu, suis-je le génie que j’espérais être ? Incapable de me dominer, prisonnier d’une imagerie de normalité en laquelle je ne peux trouver ma place, trop différent pour avoir encore envie de faire l’effort de feindre. C’est au-dessus de mes moyens. Est-ce grave que j’existe en pointillés si durant mes instants d’être réel mes pensées perforent le cadre de la médiocrité, de la normalité ? Que les autres s’en satisfassent, je n’ai pas, moi, à avaliser leur vision en m’y soumettant.

- C’est pourtant difficile.

- Certes ! Tant d’années d’endoctrinement, de siècles d’habitudes, je suis programmé mais quelque chose en moi fait que j’aspire à fonctionner différemment. L’homo sapiens utilise de plus en plus d’ordinateur pour ne plus s’interroger sur lui ni chercher ce qu’il doit faire, l'esprit noyé dans un logiciel. Je le vois, somnolent, redoutant au réveil la découverte d’une insoutenable réalité. Après tant de millénaires d’illusions, de religions, de dogmes insipides et nauséeux il confie son avenir à la machine. Il n’y parviendra pas, la vie est plus forte, elle se dispensera de ceux qui opteront pour cette (dis)solution.

- Remarquable démonstration.

- Remarquable ? Délire ! Lisant ce que je viens de dire j’imagine ma réaction. Si je tins ce genre de discours publiquement je comprends ma présence ici, aurais-je pu échapper à cette étiquette de "fou" ? La plus difficile à décoller. Même en affichant un comportement normal reste le doute dans le regard de l'autre s’attendant à ce que je pète les plombs. Pourtant je semble normalisé, assassiné spirituellement, douze médicaments dans la peau, dans le cerveau ! Qu’importe, lutter contre l’adversité est valorisant même si elle est imaginaire. Le délire de grandeur se retrouve chez certains aliénés, ils se prennent pour des prophètes ayant un message capital à proclamer. Tel n’est pas mon cas, je ne souhaite pas hurler, tout au plus murmurer, savoir qu’une oreille m’entend me satisfait. Être n’est pas un choix.

- Vous le subissez.

- Je l’endure ! Un poids m’incitant à courber l’esprit ou à croire que j'y suis contraint. Le faix est plus pesant de ne pas exister, l’expression de la peur de se redresser, de se découvrir capable de regarder, de marcher sans entrave dans la direction de son choix, capable de penser… Mais cette qualité est si rare, si rare.

- Vous en disposez ?

- Je ne sais pas, je m’écoute mais dans un tel cadre je doute de la validité de ce que je dis, du cadre, je m’interroge sur ce qui est ou n’est pas. J’ai longtemps fait semblant, seul, face à l’océan de papier je pouvais me laisser être, choisir une différence amicale. Délire mégalomaniaque, auto encensement. Que je ne me prenne pas pour Napoléon vient de ce que je lui suis supérieur.

- De pouvoir le dire.

- Génie avez-vous dit ?

- Les faits le prouvèrent-ils ? Vous avez la réponse, que vous m’ayez convié à vous rencontrer ici m’incite à penser que j’affichai des aptitudes anormales, géniales, ça... Celui-ci se prend pour Napoléon, celui-là pour un génie, une belle paire de cons ! J’étais bien dans mon coin, irresponsable. Je me souviens de ce terme quelqu’un me l’avait au visage pensant m’offusquer, erreur, je le pris pour un compliment, m’empressais de l’accepter, mieux, de le revendiquer.

- Irresponsable ?

- Oui, spectateur, regardant le monde, conscient que quoi que je dise cela ne changerait rien, c’est vrai, n’est-ce pas professeur ?

- Vous attendez en vain une approbation de ma part.

- C’est normal, normal…

- Je pensais que ce mot ne vous convenait pas ?

- Il rode dans mes gènes, j’ai envie de l’en arracher. Les mots ne coûtent rien, les transmuter en faits c’est différent.

- C’est le propre de la transmutation, elle survient par un changement intérieur, elle le traduit, rien de plus.

- Difficile d’accepter son destin, ce mot effraie, chemin tracé duquel on imagine pouvoir sortir avant de réaliser que c'était prévue, que ce que nous prîmes pour la route était un leurre pour nous faire croire à un illusoire libre arbitre. Ce lieu est un observatoire, j’ai tenté de briser ce lien, de rompre avec une obligation, le temps d’admettre que c’était folie de ma part, la folie comme moyen d’échapper au rôle dessiné pour nous. La folie comme promesse et menace, promesse de trancher les fils de la prédestination, menace de se retrouver dans une jungle de pensées où rodent des prédateurs inconcevables.

- Même par vous ?

- Même ! Demain est une ombre de plus et ce qu’elle contient ne me dit rien. Je me voulus médiocre, génie raté… Je devine un sourire, pas le vôtre professeur, celui de la destinée constatant mon incapacité à lui échapper. J’ai tranché mes fils. Elle le voulait, l’attendait, me tendait les ciseaux mentaux pour cela, elle me vit tomber à genoux, lutter pour me redresser, explorant des zones imprévues, pour arriver là où elle m'attendait moqueuse et rassurée.

- Curieux ensemble.

- Moqueuse, c’est sa nature, et ce qu’elle voulait arrive. Rassurée puisqu'elle n’était sûre de rien. Combien avant moi acceptèrent ses promesses fallacieuses, combien croyant s’enfuir s’égarèrent ? Je me rassure en passant inaperçu comme toujours, invisible. Ne pas attirer l’attention, ne rien demander, ne rien devoir, pouvoir m’enfermer, travailler, que nul ne vienne m’arracher à mon œuvre. Combat solitaire, besoin de réunir mes forces pour reconnaître que d’autres ficelles me dirigent. Là, quelque part en moi, s’amusant de mes émotions, se nourrissant de mes angoisses et de mes envies. A qui voulais-je échapper ? A ceux d’un extérieur inoffensif ou à une force dont je discerne maintenant la réalité ? Ma solitude était protectrice. Besoin d’elle, de son contraire. Dans un endroit aussi clos que mon antre j’imaginais ce que je voulais, une masure, un palais, l’image s’imposant était celle d’un ancien château en ruine, quelques pièces habitables seulement mais la perception des siècles passés, des vies s’y étant succédées. Des remparts sur lesquels j’observais le monde, les bois… Château rêvé que la réalité n’aurait su accepter. Pièces immenses dont le maigre éclairage à ma disposition augmentait les dimensions, couloirs sans but, oubliettes gorgés de squelettes, de chaînes, d'instruments de tortures encore couverts de sang. Mon besoin d’émotions suscitait mille scènes atroces, de situations absorbant mon âme. J’ai parlé de fuite, mais courir c’est encore aller quelque part. Ce lieu le meilleur pour que je ne perde pas le fil de mes pensées. Violence, fureur, engagement de mon esprit dans mes mots, par eux je vis des situations que la réalité aurait transformées en pièges. Je ne pouvais aller plus loin, plus vite. Quoi que je crus vouloir ce fut à quelque ordre intérieur que j’obéis. En moi un espoir me dépassait autant qu’il me portait. Sommes-nous limité à ce bureau professeur ou pouvons-nous sortir ? J’aperçois un petit parc privé, je devine que vous aimez y marcher, penser en déambulant est une attitude que j’apprécie. Je fus longtemps un grand promeneur et s’il advint que je le fus moins j’en payais le prix par la suite. Vous aimez être seul, un luxe que vous appréciez à sa juste valeur tant vous êtes occupé. Mon contraire, nous sommes inverses, je suis le négatif, vous le positif… Ou le contraire !

- Sur ce plan, sûrement. Mes instants d’isolement sont rares, j’aime à penser en marchant, sous le soleil ou la pluie, suivant ce sentier qui finalement représente bien ce que nous vivons. Nous tournons en rond et un jour ou l’autre retrouvons notre point de départ.

- C’est vous qui avez décidé d’installer ce promenoir privé ?

- Mon prédécesseur s’en chargeât. C’était la résidence, au siècle dernier, d’une grande famille, et puis le propriétaire dut la vendre, un revers de fortune. Le nouveau proprio en fit un hôpital. Il aimait ce bureau, s’y retrouver dans le calme. Entre les malades et le personnel soignant c’était difficile. Ce parc était son havre de paix.

- Un homme en avance sur son temps. Pour réaliser ce genre de souhait il faut être poussé par la curiosité, il vous ressemblait. J’entends parler de lui pour la première fois mais je gage que vous continuez l’œuvre qu’il entama.

- Vous êtes subtil.

- Vous pourriez être, pas son fils, disons son petit-fils. Et vous l’avez connu. Il vous disait ce qu’il ne pouvait confier à quiconque. Vous avouant son ambition il se soulageait d’une incompréhension réelle ou supposée. Je le vois travaillant sa vie durant, étudiant l’esprit humain en un temps où cela surprenait. Ici il avait du temps pour disséquer l'âme de ses patients préférés. Comprit-il quelle quête il poursuivait ? J’imagine vos dialogues dans ce bureau, dehors peut-être. Est-ce vous qui aviez proposé de sortir, ainsi que je viens de le faire ? Vous prenez, enfin, en partie grâce à moi, la place de ce grand-père tant aimé, tant admiré, si peu compris. Ainsi êtes-vous. Admiré, je ne sais pas, je suppose, incompris, sûrement, et ces conversations font jaser dans votre dos. Je le dis au présent tant j’en suis persuadé. Voilà un homme que j’aurais aimé connaître. Entre vous, votre père, moins doué pour la science, davantage pour les affaires. Il fit prospérer la clinique, la transformant en un lieu réputé, vous permettant d’avoir les moyens de poursuivre les recherches que votre aïeul ne put achever.

- Vous lisez en moi mieux que je ne lis en vous.

- J’ai observé les gens. Si je paraissais indifférent il n’en était rien, j’étais aux aguets, j’écoutais, j’enregistrais. Votre histoire est d’une implacable logique. Cette horloge, votre grand-père la regardait souvent. Tenez, je me laisse aller, quand il mourut…Non ! Elle ne s’arrêtât pas, mais ce fut en la regardant qu’il sentit la mort venir. Il devait être très âgé, je pense qu’il fit un enfant, un fils, sur le tard, tant la science fut une maîtresse exigeante.

- Vous me parliez de sa mort.

- Je le devine là, incapable de renoncer à comprendre mais conscient

d'en être incapable. Il est assis, las de sa vie, de ses efforts, heureux de sa réalisation. Il sait sa fin proche, plusieurs fois déjà il eut de sérieuses alertes. Je le vois, tranquille, s’interrogeant en regardant ces murs, se demandant si en lui ne s’en trouvent pas qu’il découvre trop tard. Vous voulez y parvenir n’est-ce pas ? Mon propre grand-père lui connut la guerre, les tranchées… mais je digresse. Les mots coulent de moi comme d’un robinet j’ai du mal à les retenir. Bref, il marche, se questionne sur la validité de son existence. Il soulagea de nombreux malades mais il sent qu’il ne peut aller plus loin. Il pense à vous, sait avoir dans votre esprit si jeune, encore malléable, planté une graine semblable à celle qui crût en lui, il espère qu’elle prospéra. Ses semaines sont comptées, que valent quelques mois de plus dans ces conditions ? Ses attaques le laissèrent diminué, mais assez lucide pour s’en rendre compte. Il craint de mal finir, d’un assaut de la maladie plus fort que les précédents, il craint le fauteuil roulant, la dépendance, une fin indigne de lui.

- Vous voulez dire qu’il s’est…

- Non, simplement qu’il sollicita la mort par refus d’une vie tenant en lui par un fil. Il s’est assis, a regardé l’horloge sentant la mort venir. Ce fut un choc malgré qu’il l’eut souhaitée. Cette fois elle venait pour l’emporter. Il aurait pu appeler mais au point où il en était il ne lui restait qu’à partir, la faucheuse le comprit. Il garda les yeux ouverts espérant voir quelque chose… Une ombre traversant la lumière, une main prenant la sienne. Il espérait… Il s’est effondré sur le bureau.

- Auriez-vous un don de médium ?

- Sa présence est forte ici. Il vous ressemblait et en vieillissant cette ressemblance s’accroîtra. Je vous souhaite sa mort, plus tard que lui, les progrès de la science font reculer la mort ?

- Vous avez raison, grand-père était ainsi que vous le dites. Nous avons, ici, parlé si souvent. Il me racontait sa vie, ses espoirs, j’aurais voulu tout retenir, tout enregistrer pour pouvoir le réentendre et avoir une chance supplémentaire de le comprendre. Il me reste plus d’émotions que de phrases, de sentiments que de certitudes.

- C’est mieux ainsi. Il ne voulait pas vous faire une leçon que vous auriez apprise par cœur pour en faire un credo répété sans l’avoir compris. Il voulait plus et vous l’avez deviné. Cette époque fut la plus belle de votre vie. Maintenant vous poursuivez son chemin avec l’angoisse d’échouer. Vous espérez qu’avec moi comme guide vous ferez une découverte justifiant l’espoir de votre ancêtre. Le mur est là, noir, terrifiant passage par le côté sombre de l’âme. Impalpable, possible de l’approcher mais il semble reculer, limitant la possibilité d’avancer, pas celle de marcher.

- Ce sont ses mots, marcher sans avancer.

- Les grands esprits se rencontrent. Je n’ai pas entendu de voix me la souffler. Logique, vous tentez de lire à travers moi, espérant que je traverserai la limite pour entrevoir… Quoi, des secrets impensables, peut-être une terre desséchée faute de rêve pour la nourrir.

- Sans ambition l’humain peut se remettre à marcher à quatre pattes. Se projeter dans l’avenir le différencie des autres mammifères, rien d’autre. Je peux me fourvoyer mais sans espoir ne me resterait qu'à regarder l’horloge, espérant en une mort qui ne viendrait pas, alors, déçu, je continuerais à tourner en rond.

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 06:38
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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 06:35

 

D'eau, de lait de sang,

Je nais en ignorant le temps.

Demain n'existe pas,

Je ne vis qu'un instant.


Le vide est mon complice,

Je ne peux que descendre,

Sur les parois je glisse,

Qui pourrait me suspendre ?


Mieux vaut être éphémère,

Qu'éternel et repu,

Seul celui qui se perd,

Pourrait être déçu.


Parfois je disparais,

Sans laisser une trace,

Mais je sais accuser,

Qui voulait que j'm'efface.


Tu découvres ceci,

Pas de peur, vas-y, goûte,

Ne risque pas ta vie,

Seulement une goutte.


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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 06:31
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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 07:38

 

J'aime la nuit, surtout quand elle est douce comme celle-ci. Les nuages cachent la lune mais la pluie s'est arrêtée depuis un moment, dommage, le bruit des gouttes me rappellent mon enfance, dans le silence de ma chambre je m'endormais rasséréné.

Mais je ne suis pas là pour somnoler, j'attends qu'elle se réveille en écoutant le souffle de sa respiration, si régulier qu'il semble ne pas être naturel, ça tombe bien, il ne l'est pas, c'est l'effet du gaz que j'ai diffusé dans leur maison et qui me permit d'y progresser comme chez moi.


Le hasard décide, je les ai croisés dans la rue, elle était si jolie que je me suis retourné sur son passage, admirant les courbes de son corps, imaginant tout ce qu'elle et moi pourrions faire. Je l'ai suivi, elle et celui que j'imaginais être son mari, fier d'avoir à ses bras une femme trop belle pour lui.

Belle maison, un quartier tranquille, pas de voisins à proximité, leur bonheur est tel qu'ils n'imaginent pas sa fragilité. Ça tient à si peu de choses, une mauvaise rencontre et l'édifice patiemment bâti s'effondre en quelques minutes.

Le destin est ironique.


Ni chien, ni enfant, une porte de derrière facile à forcer, quand tout est trop simple le plaisir que j'y trouve se réduit, je suis obligé de me rattraper par la suite.

Sur elle !


Le meilleur moment sera son réveil, les yeux dans le vague, une indéfinissable impression d'anomalité puissante comme une lumière en plein visage. Elle va se tourner vers son mari, tenter de lui parler, de le réveiller, deux choses impossibles, ses cordes vocales sont paralysées et lui est mort, la chimie permet de s'amuser proprement et discrètement. Je lui expliquerai alors ce qu'elle et moi allons connaître.


Inutile que j'en dise plus, qui sait si quand vous vous réveillerez je ne serais pas près de vous...


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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 07:30
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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 07:29

 Dans l'Ombre des Murs - 3


                                 En avance                  

                                                  04


- Il y a du vampire en vous, absorbeur d’émotion autant que désir de contempler l’abîme au travers d’autres regards comme si la folie n’avait pas voulu de vous pendant votre jeunesse. Vous analyser est amusant. Guetteur des ténèbres, accueillant les esprits en venant, attendant celui pouvant vous raconter ce qu’il aura vu là-bas. Les mots ne diront rien, le meilleur des écrivains ne parviendrait pas à rendre l’émotion d’une présence en des lieux où la pensée s’oublie, où le soi est une coquille vide baladée par des forces inconnues. Vous entendez ma voix professeur, elle traverse l’écran entre nous mais comprenez vous ce que je dis ? Vous attendiez une main sortant du miroir, se tendant, pour la saisir, mais vous vous heurteriez à la glace sans la traverser, et vous le savez. Classez vos pensionnaires, tenter d’établir des familles, de deviner l’origine de leurs comportements, de leur démence, ce sera déjà bien.

- L'intelligence peut-elle sans se perdre affronter la folie ?

- Non, n'approchez pas trop, nous pourrions inverser nos places.

- Avez-vous ce pouvoir ?

- Qui sait ce dont je suis capable, sinon vous qui m’observez depuis si longtemps. Je ne sais à quoi je ressemble, passant une main sur mon visage je ne me reconnais pas. Je ne sais même pas mon âge, le temps est-il si dangereux que vous m’empêchiez de le retrouver.

- C’est mieux ainsi, la situation vous protège, vous le savez.

- De la discussion jaillit la lumière, mais je constate que nous parlons beaucoup pour dire peu. Jadis j’écrivais sans prendre le temps de me comprendre. La solitude, le papier, mes mains écrivant malgré moi alors que mon regard parcours la pièce que je peux laisser aller mon esprit. Cette prouesse mentale m’empêcha longtemps de me noyer dans mon œuvre. Ce qui finalement arriva puisque je suis là. Si je découvrais dans quel but… Le temps seul excuse ou justifie un acte par ses conséquences. Le raisonnement est spécieux, facile de jouer sur l’avenir. Me suis-je livré à des actes délictueux ? Si je fus reconnu irresponsable c’était vrai puisque je ne me souviens de rien. Quoi que j'ai fait il me faut le retrouver et l’assumer. La responsabilité est liée à la lucidité. J’ai parlé de rage, de haine, j’aurais pu épuiser le pouvoir calmant des mots… Par l’imagination je peux construire un scénario puis son contraire. Tant de zones d’ombres… Elles me font penser à un échiquier, les pièces bougent, manipulées par une volonté que je ne perçois pas. La mienne ?

- Êtes-vous un pion ou un joueur ? Contre quel adversaire ?

- Moi-même ! Qui serait assez proche pour contrecarrer mes coups, de qui le serais-je assez pour deviner son jeu et l’empêcher de le développer ? Les pions se font face, les fous ont ouvert leurs diagonales, ils se jaugent, quelques coups suffiraient pour que la plupart des pièces disparaissent. L’équilibre conduirait à la nullité. Je ne suis pas là pour un objectif aussi médiocre. Puis-je gagner sans perdre aussi ?

- Par la violence vous ne parviendrez à rien, mieux vaut contrôler ses pulsions, il ne s’agit pas d’enfermer sa haine…

- Entre des murs capitonnés ?

- En soi elle est un poison violent à utiliser sans lui céder.

- Facile à dire par un spectateur. Ai-je pu agir ainsi ?

- Vous n’êtes pas assez exceptionnel pour cela ?

- Je préfère être unique, sans me comparer. Je me voulais pire que le pire mais capable de maîtriser mes sentiments négatifs, qu’ils ne contrôlent pas ma lucidité. Je devine vos pensées professeur ? Le don des mots est un grand pouvoir… Je me devine créature d’un esprit, y prenant le pouvoir, justement… En moi un phénomène comparable ne put-il arriver ? Ces phrases qui dessinaient des mondes devant mes yeux, quelles ambitions les dirigeaient-elles ? Une part de soi peut-elle faire sécession, désirer s’exprimer par elle-même, s’emparant des mots pour envahir l’esprit, le conquérant sans rien oublier ? Sommes-nous maîtres de nos âmes ? Ce JE dont nous sommes si fier peut céder devant une agression venue de si près qu’il ne l’attendait pas. Enfant l’imagination était ma seule amie, je n’ai pas cessé de la solliciter, jamais elle ne me laissa tomber. Elle fut compagne de tant d’instants de joie, de désespoir, d’envols en des cieux impensables et de chutes en des obscurités pétrifiantes. Elle exprima ce qui me gênait et dont j’étais inconscient, ce qui remontait de ce puits sur lequel j’étais toujours incliné. Oui, je fus tétanisé, incapable de reculer, la vie continuait alors que mon regard plongeait dans l’abîme. Il m’était impossible de le comprendre et l’imaginaire projeta devant moi yeux un spectacle acceptable. J’ai rêvé, écris, couru sur ce chemin sans réaliser qu’il me conduisait ici. But ou point de passage ? Cela dépend de vous. Comment me libérer en pensant que je peux récidiver ? Mais comment savoir qui avait raison. Nous verrons où le temps nous déposera. Laissons les mots redéfinir le présent.

- Vous n’avez jamais voulu d’utiliser un autre mode d’expression ?

- J’y ai pensé, mais en musique j’étais d’une nullité totale, en dessin je ne parvenais qu’à copier, en sculpture… Je n’ai jamais essayé. J’aimerais modeler ce que mon esprit conçoit, baisser les paupières et laisser courir mes doigts non plus sur un clavier mais contre la terre, la glaise. En elle, la triturer, l’organiser, oui, ce moyen me serait moins étranger que le dessin ou la peinture. Une lettre pour un geste, une forme pour une phrase, ainsi au lieu d’une histoire c’est une créature physique qui naîtrait sous mes doigts. J’imagine un atelier immense, océan de gravats au milieu duquel surgissent quelques œuvres. La vie produit une quantité de plus en plus grande d’œuvre sans être satisfaite. Un jour elle fera le tri, constatera que la perfection n’a pas de sens, et elle non plus. Je la vois s’interrogeant et découvrant l’inanité de son existence. Simple interprétation. La vie vaut par sa fragilité, ce qui reste ne saurait avoir d’intérêt. L’éternité annule ce qu’elle conserve. Le non-fragile n’a pas vocation à toucher la sensibilité. La vie est dans le verre pas dans la pierre, dans la fleur agitée par le vent pas dans la montagne.

- Êtes-vous proche de la montagne ou de la fleur ?

- Des deux par refus de la satiété amenant à se dire que tout est achevé. J’eus ce désir, parvenir au mot fin, pour constater que ce serait la mienne. Un artiste satisfait n’a plus qu’à mourir.

- Pourquoi ne pas tenter le coup ?

- Oui, pourquoi ? Et à chacune donner un peu de mon sang pour en faire une œuvre personnelle, non pour lui donner un semblant de vie.

- C’est une idée de roman.

- Et les œuvres s’animeraient au cours de la pleine lune.

- Pourquoi pas ?

- Ce serait plaisant en effet.

- La perfection n’est-elle pas le but de l’artiste ?

- Chacun met ce qu’il veut derrière ce mot, l’idéal du jour ne l’est plus demain. L’insatisfaction fait progresser, le contentement sclérose. L’ai-je jamais cherchée. Que vaut une destination accessible, un rêve réalisable ? J’aurais perdu l’envie d’écrire encore. Ai-je réussi ce que je voulais, encore que vouloir soit un terme me convenant mal ? Les millions de caractères tapés parfaitement agencés… Fut un temps où je comptais le nombre de lignes, c’est dire où j’en étais rendu.

- Un moyen de dominer votre travail.

- J’aurais préféré ne plus écrire que constater que je ne savais que me répéter. Que me reste-t-il à terminer ? Dans l’œil du cyclone la paix devient palpable par l’évidence de sa fragilité. Mon chemin se poursuit, mon esprit cédera une fois le but atteint, Il résiste parce qu’il sait avoir encore à faire. Peu de pièces restent sur l’échiquier, le combat fit rage alors que je n’y prêtais pas attention, je faillis être battu, et puis je réussis un de ces coups heureux que seul le hasard permet, et j’ai presque rétabli l’équilibre, à croire que mon adversaire ne souhaite pas triompher. Ces phrases ont-elles un sens pour vous professeur ? Je vous donne les pièces dans le désordre, confiant que je suis en votre capacité à les ordonner. Vous ne me ferez pas part de vos découvertes, pas encore. Serais-je intéressé ? J’ai moyen de me connaître autrement, de l’intérieur. Vous réécouterez nos entretiens, et découvrirez qu’il y a matière à un court article plutôt que la somme que vous pensiez composer, que je suis résumable aisément quand vous désirez le contraire. Je m’adapte, montre à chacun l’aspect qu’il veut sans jamais, ou presque, me montrer. Le temps glisse, happe mes pensées sur son passage, j’ai envie… Mais je feins d’y croire. L’illusion est douce pour qui en a déjà savouré le goût trompeur, un poison pour celui qui croit en elle, je crains que cela n’ait été mon cas. Je note l’absence de calendrier, d’agenda, rien indiquant quand nous sommes, pas même le jour de la semaine, difficile de vivre ainsi professeur, sans rien savoir de choses aussi simples. Voulez-vous renvoyer mon esprit dans le passé, vers nos ancêtres, quand ceux-ci ignoraient le calcul du temps, vivaient un jour après l’autre ? Pourquoi pas, la vie se passe de classement, d’enfermement, je me repère par rapport à elle, pas en fonction d’une segmentation temporelle humaine. De même il y a longtemps que je n’ai vu mon corps ; quelles cicatrices y lirais-je ? Expression d’autres délires, fruit de mon désir d’une écriture plus intime, jusqu’à me prendre pour une feuille de papier. Saisir un rasoir, le regarder courir sur ma peau, le sang, encore, rouge, pour achever mon œuvre. Cela a déjà été fait d’en ajouter à l’encre, dommage, j’aurais aimé proposer cela à un éditeur, il aurait apprécié ! Ce serait facile de relever cette veste de pyjama, d’en retrousser les manches, de chercher les traces des appareils qui me maintinrent en vie quand la tempête intérieure est trop forte user de violence contre soi la repousse comme un pare-feu évitant que tout ne soit incendié ? Vous ne me renseignez pas professeur, j’espérais qu’en énonçant quelques possibles vous cilleriez. Vous vous y attendiez ? Je n’innove pas beaucoup. Vous êtes uns statue vivante maîtrisant ses réactions, m’observant derrière votre regard amical et vos paroles complices. C’est votre métier, comment autopsier un esprit si ce n’est en demandant sa participation au malade ? Sois dit en passant, en posant un calendrier d’une époque différente vous auriez jugé de ma réaction, l’ironie m’eut convenue. Rire est une saine activité. Je fus drôle, autrefois, parfois dans mes textes. Je m'en souviens, les jeux de mots, les blagues… Et puis un jour j’ai cessé de l’être, je ne sais plus pourquoi. Probablement avais-je épuisé mon stock d’humour et devais-je en venir à un travail plus sérieux, ou avais-je compris que ce dernier était le plus intéressant, celui que je devais réaliser ? Sourire détend, en conservant les yeux ouverts, cela permet d’observer l’autre en un moment où ses défenses s’effritent. Je parle trop, je sais que nous n’avons pas d’horaires, il ne s’agit pas d’une consultation normale devant se finir à telle heure, ma place n’est pas retenue pour un autre. Vous n’allez pas me demander un chèque que je ne pourrais pas vous donner de toute façon. Que se passerait-il si, oublieux du temps et des contraintes biologiques, je parlais durant une semaine ? Pourriez-vous tenir aussi longtemps ? Je continuais à écrire alors que la fatigue s’emparait de moi, tête inclinée, paupières baissées, mes doigts vivaient malgré moi, puisant mes ultimes forces, après quoi je sortais du bureau pour m’effondrer sur le lit et laisser mon corps se reposer, avant de reprendre. Je ne pouvais arrêter, écrire revenait à nourrir un vampire intérieur si exigeant que je ne pouvais que l’abreuver en n’ayant plus de vie à moi, de temps pour être, en fuyant sans cesse. N’avez-vous pas de rendez-vous professeur, un dîner avec quelque autorité publique ou une jeune femme ? Et vous restez à m’écouter, notant intérieurement quelques mots par-ci, par-là, les plus intéressants, l’ensemble ne donne pas une opinion valorisante de moi. Pas de question, je serais déçu de la réponse. Je m’agite sous votre microscope, bougeant mes pensées dans tous les sens sans m’accrocher à quoi que ce fut. Sous votre regard tout là haut dans cette espèce de lumière qui m’aveugle, votre œil captivé, le scalpel caressant mes circonvolutions cérébrales, pas de souffrance quand vous me découperez, je perdrais la capacité de parler, de bouger, cherchant dans votre regard une inaccessible réponse. En quoi mon fonctionnement peut-il vous intéresser ? Êtes-vous un insecte vous aussi ? Levez les yeux, cette lumière, ce regard pesant… Ce n’est pas physiquement que vous pénétrerez mon esprit, un autre le fera, que découvrira-t-il ? Le mieux serait que je sois disséqué au point de passage entre la vie et la mort, pourquoi attendre que je sois nécrosé, que mon cerveau ne soit qu’une masse grise et inerte ? Ensuite jetez mon corps aux vers. Une question me vient, qu’arrive-t-il à ces vers se nourrissant de cadavres gorgés de médicaments, ne vont-ils pas évoluer, muter, devenant plus résistants ils pourraient acquérir une forme d’intelligence, ne plus se satisfaire de cadavres… Ils pourraient ainsi que je le pensais, remonter, décider d’envahir le monde. Je les vois s’installer dans un être vivant, pondre des millions d’œufs qui donneront de minuscules créatures qui vivront discrètement, au début. Regardons le spectacle, cet homme qui se dresse, mains sur le ventre, exprimant une douleur soudaine, il veut hurler, déjà trop tard, il s’effondre. Sa femme le regarde, tout est allé si vite, elle veut faire quelque chose mais la douleur s’empare d’elle… puis vient le tour des enfants !

- Belle histoire.

- Je savais qu’elle vous plairait, création ou souvenir ? Les vers sont des personnages fascinant et symboliquement expressifs.

- Mais eux aussi doivent mourir.

- S’entredévorer, rien n’est perdu, que ne le faisons-nous pas nous-même, nous ne prendrions pas de place inutile avec nos nécropoles et ferions des économies. En parlant j’entends les portes se refermer, les verrous glisser dans leurs gâches, vous n’êtes pas près de me laisser sortir n’est-ce pas ? Et pourtant il me serait facile de dire autre chose, ce que vous attendez, je n’ai pas envie de tricher.

- Vous aimeriez sentir ces vers vous rongeant ?

- Intellectuellement, si cela s’avérait possible je dirais non. Leurs ombres sont déjà là, nos cellules meurent, renaissent, ce que nous sommes n’est pas ce que nous fûmes. La mort nous caresse. Je vois ces vers remonter du puits, passant par mes yeux ils envahissent mon esprit, émissaires de la mort. Je sais ! Ils ne sont pas vraiment là, pourtant je sens leur grouillement sous ma peau, je craindrais de les découvrir en regardant. Ils parlent, me disent n’être que délire, qu’à croire en eux comme je le fis c’est moi qu’ils recouvriraient, pas le monde. Suaire gluant sous lequel j’étoufferais si lentement que l’Enfer paraîtrait agréable. Les mots vont et viennent, glissent hors de moi, se répandent, s’éparpillent. Veulent-ils dire quelque chose ? Je ne maîtrise plus mes idées, vos médicaments ne font plus effet, avez-vous testé un nouveau produit sur moi ? Si je peux servir à quelque chose. Le résultat vous satisfait, vos molécules m’atteignent, brisant le vide qui me protège, lézardant lentement mais sûrement la paroi d’oubli derrière laquelle je me dissimule. Ne pas aller trop vite, je ne le supporterai pas. L’absence revient ; camarade aux mains glacées, à l’étreinte indicible. Que suis-je en dehors de ces remontées ? Un fauve ou un légume ? Nous nous retrouverons bientôt, les entractes importent peu, le mot fin n’est pas encore prévu.

* *

Il le sera, au terme de mon séjour ici, dans une ombre dont je sais qu’elle ne sera pas accueillante, et je ne le lui demande pas, à elle j’ai à offrir ce qui me gêne, ces vers avec lesquels je cohabite depuis si longtemps. La laisser me ronger… N’en utilise-t-on pas pour absorber les parties nécrosées d’une plaie ? Ils se nourrissent de ce que nous avons de cadavérique. Qu’ils agissent ainsi en moi, nettoient mon esprit, prenant les pensées défuntes et pourrissantes. J’aime cette idée, avant de retrouver la terre, de m’y glisser, de rejoindre ces éléments qui crurent bon de s’unir pour former la vie. Mourir comme ces éléphants qui sentant leur heure venue s’éloignent pour assumer seul leur inéluctabilité. M’allonger sur le sol, nu, sourire, rester les yeux ouverts jusqu’à ne plus penser, ne plus savoir si la nuit est réelle ou si c’est moi qu’elle envahit. J’aurai peur le temps de reconnaître l’amie venant me délivrer. Confiant en ayant assumé la destinée qui m’était assignée. Les fils se relâcheront, l’oubli sera miséricordieux.

Le ciel reste obstinément bleu, quelques nuages passent parfois, je tourne en rond, j’aimerais un bel orage, des éclairs balayant le ciel, le tonnerre résonnerait et je resterais là, sous la pluie, lisant dans la foudre se déchaînant la signature de la réalité. Je doute de ce que je vois, de ce que je suis, ou crois être, j’ai beau toucher les murs je ne suis certain de rien. Les fleurs sont sans parfum, les insectes refusent d’apparaître, tout cela ressemble au décor d’une belle prison, plus moderne qu’une cage, plus élégante qu’une chambre aux murs matelassés. Moins réelle, qui sait !

Les mots galopent autour de moi, sautent, s’amusent, parfois j’en saisis un, il rit, se glisse en moi pour réveiller un souvenir, une image, je le relâche, le regarde disparaître dans l'air. Réminiscence d’une vie dont je commence à douter comme si mes souvenirs étaient faux, comme si je n’avais existé qu’ici. Le décor a changé, celui-ci, plus réaliste m’aide à m’orienter, à tendre les bras pour transpercer l’illusion. J’ai déjà traversé le miroir, reste à faire l'inverse. Si je trouvais des photos sur le sol, sachant que l’une est la mienne je doute de la retrouver. Ce n’est pas étonnant, je me souviens avoir toujours évité mon reflet. Le problème ne se pose pas ici, il n’y a rien même d’assez lisse dans quoi je puisse m’observer. Revient le souvenir d’une large armoire à glace, je me postais devant, m’observais, puis fermant les yeux je comptais jusqu’à dix. Combien de déceptions eus-je d’avoir encore devant moi le même visage, les mêmes yeux curieux et dépités, j'attendais quelqu’un d’autre. J’étais un espoir s’interrogeant sur lui-même sans pouvoir deviner sa véritable nature. Je voulais arracher ce masque de chair tant il me semblait une prison. Combien d’années ai-je tenu, tentant de réussir dans la réalité à dominer à esprit dans lequel j’étais enkysté. J’étais un fantôme prisonnier d’une âme ignorant ma présence, seulement préoccupée de vivre, de satisfaire les interrogations les plus communes. Arracher la peau, regarder les muscles à nu, les tendons blanchâtres, les gencives luisantes, les yeux désormais incapables de se protéger. Et continuer, ôter les muscles, enlever tout, ne plus avoir qu’une face d’os, représentation de la mort, vérité incontournable, souvenir d’un gouffre que j’aurais pris pour un puits. De fait j’aurais été surpris de trouver un inconnu en rouvrant les yeux, de ne pas retrouver la chambre, les meubles. J’aurais traversé la maison, me heurtant à des murs qui n’auraient pas dû se trouver là. J’usais un espoir dans un désir irréalisable. Encore un enfant j’agissais sans comprendre, sans me deviner, comme plus tard quand en écrivant je voulus dans les mots trouver l'autre pour le tuer. Je ne fis que me rencontrer en sachant qui j’étais et que maintenir ce désir me conduirait à la démence. Ainsi est fait l’échiquier, la folie et la mort jouent entre elles, je suis le trophée de la triomphatrice.

Je cherchais une sortie et je pris l’entrée. Je me souhaitais prisonnier du verre, reflet, j’aurais compris d’exister par intermittence. Reflet du désir de m’échapper, d’entrer dans le miroir, ou par lui, dans une autre vie. J’ai trouvé le chemin. L’imaginaire dépasse le minéral, ainsi en rentrant en moi je pus fuir, courir jusqu’à… La vie me poussait, ainsi, oubliant le réel et ses contraintes s’ouvrirent des mondes sans fins que les mots me permirent de traverser, par eux je traçais un chemin qui m’aida à ne pas m’égarer. Contemplatif je me serais noyé dans un fleuve d’images. Les mots me permirent de survivre, encore dans ce parc, entre ces murs, sous ce ciel moqueur en attendant un bonheur dont je sais qu’il n’existera jamais pour moi.

Je ressemblais à ce qu’attendaient les autres, pour me protéger d'une normalité inquisitrice je lui payais tribut d’un peu de ma vie. Immergé dans l’imaginaire, pousser jusqu'au délire fut aisé.

Trouverais-je une réponse ici ou seulement de nouvelles questions ? Je serais plus tranquille dans un dédale m’interrogeant sur la façon de m’échapper. Ce chemin suscite l'interrogation tant la simplicité aide à s’abstraire du contexte pour plonger en soi. Utiliser son corps pour de ne pas l’oublier en privilégiant un esprit qui finirait par le faire oublier. Je crus qu’écrire à la machine suffirait, mais non.

Vivre c’est faire des tours de manège, chercher une sortie, redouter de la trouver, sachant où elle conduira. C’est rêver qu’il en existe une menant à un improbable ailleurs. Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’échappatoire hormis les mirages de la démence ?

Dans l'Ombre des Murs - 5

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 07:18

 

Je suis lisse et brillant, fait de bronze ou d'argent,

Les pies, les vaniteux sont nombreux devant moi,

Les autres n'osent pas, se regardent en biaisant,

Mais chacun veut se voir qu'il soit gueux ou bien roi.


Certains sont obsédés mais noient leur vérité,

Ils ne voient qu'illusion, leur reflet est mensonge,

Le faux est dans leurs yeux, le pire est évité,

Savoir ce que l'on est est l'acide qui ronge.


Regardes-tu ton front, cherchant la première ride,

Signe du temps qui passe, détruit pour reconstruire,

Ton reflet est moqueur, ta vie est insipide,

Si tu le comprenais tu n'aurais plus qu'à fuir.


Mais pour aller vers quoi, ton ultime reflet,

Celui d'un crane nu, souriant d'enfin savoir,

Que la paix vient souvent d'un ego désenflé,

Oubliant l'illusion et enterrant l'espoir.


Je suis lisse et glacé, tentant et menaçant,

Alors ferme les yeux, apprend ce que je sais,

Deviens ce que tu es, disait-on dans le temps,

Si moi je réfléchis tu pourrais bien penser !

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 07:16
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 07:11

 

Le monde technologique est fou qui croit que son avenir dépend de ce qu’il peut produire alors qu’il dépend de ce qu’il peut comprendre.


Croire tout savoir est le crime du scientifique.


Le plaisir vient dans un hurlement de souffrance touchant à l’extase.


Ne pas être vivant à ses yeux est une sensation indicible.


Le démon se lasse.


Les moutons se prennent pour des loups mais fuient devant l’ombre de la bête qui est en eux.


Il n’y a pas d’ombre dans l’obscurité !


Dieu, prend-moi si tu peux ! Satan prend moi si tu l’oses !


La conscience craint ce qu’elle est et surtout ce qu’elle devra être !


La nature n’est pas morale, la morale est-elle naturelle ?


Vous aurez ma vie sur la conscience.


La valeur d’un dieu se juge à ceux qui croient en lui.


 

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