Comme cette maison est étrange, l'odeur qui y règne m'évoque tant de choses, de
souvenirs pourtant différents de ce cadre sombre et putride. Je sais ce qu'elle est, qui y vit et quelle sera sa fin, celle de chaque chose, lente et inexorable à l'image de la famille qui y
vécut et qui disparaîtra avec elle.
Cet enfant me ressemble qui court dans les champs de Virginie en slalomant entre les décors tremblotants d'un vieux théâtre où ne jouent plus que des fantômes, il crie, il cherche, mais sa mère n'est plus là pour lui répondre, ne reste que des cendres qu'il voudrait retenir sans le pouvoir et des voix qu'il ne peut comprendre ni couvrir de ses pleurs.
Ce couloir est si long qu'y résonnent sans fin les bruits de bottes que j'espérais porter avant de devoir y renoncer, comment supporter une autorité, un encadrement qui pourtant m'aurait fait tant de bien tout en amenuisant mon œuvre j'en suis sûr. Sans doute n'avais-je qu'un choix limité entre une réussite artistique et une existence longue terne mais... quel mot est-il utilisé d'ordinaire ? Oui, heureuse !
A considérer le passé je peux m'estimer chanceux d'avoir pris le bon chemin et qu'importe
quel malheur je dus inclure à mon encre, elle n'en fut que plus dense et indélébile.
Maintenant je comprends mieux où je me trouve, quels relents d'alcool flottent autour de moi et quel cortège de spectres est là pour m'accompagner au long de cette rue qui ne peut conduire qu'au port où m'attend un grand navire pour m'emmener là-bas, loin, au-delà de nulle part traverser ce grand poème divin qu'est l'univers pour une destination plus Clemmente qu'une Morgue.
Je sais qui je vais croiser, sans masque, quels cris et cliquetis je vais entendre et quels personnages distinguer dans cette pénombre. Probablement un chat noir va-t-il venir se frotter à mes jambes, il me portera bonheur.
De moi resteront de nombreux textes, Poemes et articles, et cette ultime missive qui pour n'être pas volée pourrait se retrouver dans une bouteille.
J'arrive Virginia, j'arrive.
14
- Vous progressez sur le bon chemin. C’est une promesse, pas une menace mais libre à vous
de l’interpréter à votre façon.
- Libre ! Je goûte l’ironie de votre propos.
- Tout dépend de la liberté que vous désirez vraiment.
- Laquelle puis-je craindre ? La mort me libérera et si mes molécules servent à autre chose tant mieux. Le néant est la sortie la plus rassurante. A quoi bon continuer un chemin qui conduit à cette fin.
- Ce point de vue ne vous convient pas, il y a en vous une curiosité, une force de vie qui vous effraie tant les deux s’associant vous firent arpenter un chemin dont vous gardez des séquelles.
- Je sortirai d’ici dans un costume en sapin, le crématorium pour destination. Je ferais semblant d’être mort et le vrombissement du feu sera un soulagement. J’espère ouvrir les yeux, pouvoir à la fois comprendre et maîtriser mes hurlements.
- N’avez-vous pas d’autre ambition pour marquer le monde ?
- Le marquer ? Au fer rouge, c’est ce que je peux, par les mots ! Le prendre par surprise et lui ouvrir les yeux sur un possible qu’il refuse.
- Vous avez des idées intéressantes, certes, cela vous demanderait un vrai travail. Couvrir des milliers de pages est facile pour vous, mais vous acharnez sur un concept, le développer, le préciser, voilà un défi qui devrait vous inciter à progresser.
- Comme ici, en tournant en rond.
- Vous jouez sur les mots, signe que vous êtes mal à l’aise, vous avez une défense plus efficace d’ordinaire. Vous savez que j’ai raison.
- Je sais que vous avez votre raison, là encore je joue sur les mots.
- Avoir une meilleure vue est une qualité.
- Je n’ai pas une vue meilleure surtout de près.
- Celle de loin est préférable, elle montre l’avenir.
- L'ignorance vous autorise à dire des bêtises grosses comme vous.
- Dites-moi ce que vous voyez.
- Si j’osais le savoir. Imaginez un oiseau qui ne saurait que marcher, ses ailes le gêneraient sans qu’il s'interroge puisqu’il ignorerait leur utilité. Je suis ainsi. Vous allez me dire que je sais à quoi servent mes ailes ! Oui, depuis peu, ce qui ne m’enseigne pas comment voler.
- Manque d’exemple mais si vraiment vous étiez dans l’ignorance vous n’auriez pas si peur. C’est le savoir qui effraie ! Vous vous êtes déjà envolé sous le coup de la nécessité, retrouver le moyen implique de comprendre cette première impulsion. Le génie est une longue patience, vous le savez maintenant.
- A l’instar d’un puits artésien il jaillit d’autant plus haut qu’il est creusé profond. C’est vrai ! Un puits de lumière, à l’inverse de celui sur lequel je me penchai par le passé. Après tout les ténèbres nourrissent la clarté, sans eux elle ne serait qu’un mot.
- Et vous savez ce que sont les mots, n’est-ce pas ?
- Vous aussi, votre but passe par d’autres vocables, explorateur immobile, phrases pour territoire figurant l'esprit, chemins à suivre en quête de l’inconnu. C’est vous qui désirez révolutionner le monde, apporter un éclairage nouveau sur la psyché humaine. Vous m’avez trouvé en défricheur et me suivez pour vous nourrir de mes restes.
- Juste ! Expédition immobile mais le péril demeure, physique parfois quand la camisole chimique se relâche. Le véritable danger est de se laisser tenter par le discours du patient.
- Et je ne suis comme les autres. N’infirmez pas cette déclaration professeur, vous ruineriez mes espoirs. Je ne suis pas un prédateur comme les autres. Prédateur de prédateur, voilà qui me sied davantage. La chair du loup a plus de saveur que celle du mouton.
- Et celle du berger ?
- Elle est immangeable.
- Vous avez plus de talent que moi.
- Faites avec ! Acceptez vos limites, approchez-vous en, vous distinguerez des ombres étranges, des formes tentatrices.
- Et vous qui pénétrez l’inconnu.
* *
Je comprends, pourquoi me suivre puisque je suis encore discernable en récupérant les pages que je laisse derrière moi. Elles ne serviront pas à m’aider pour un improbable retour. Quel plaisir trouverais-je en une réalité médiocre ? Elles prouveront qu’un esprit emprunta cette voie. J’aime ma situation, me souvenir des idées rencontrées, autres que celles dictées par les conventions sociales et l’éducation. Ne restent des unes et de l'autre que des décombres éparpillés, comme le cimetière des illusions en lesquelles je ne crus pas.
Je voudrais la nuit, des étoiles au firmament, des yeux complices, attentifs. Mais le ciel ne change pas signe que moi non plus.
Pas encore !
Le rêve a une saveur particulière dans mon esprit, tache d’ombre mouvante, insaisissable, agréable de filer entre mes pensées. Trop clair il ne serait plus le guide que j’attendais.
Rêve de mort !
Espoir de renaissance,
Accepter mon sort,
Dévorer l’absence !
Ces mots glissent de moi, agréables par le trouble qu’ils suscitent. Je suis vivant ! Je me voyais chose proche de tomber en poussière, mais non, les bandelettes, ces milliers de pages, résistèrent avant d’être arrachées par le temps s’écoulant autour de moi. Lambeaux de désirs refusés, de terreurs mortes. J’aime cette image d’un carcan de sang coagulé, de ce sang mental si difficile à effacer qui marque l’esprit plus que les doigts mais ne disparaît jamais vraiment.
Mon sang en appelle d’autres, que j’absorbe au passage. Souffrances déposées par des âmes emportées trop loin qui balisent ma route.
J’ai dépassé la dernière mais le chemin continu, lui !
Jusqu’où ? Sinon mes propres limites, mur contre lequel je me briserai, le temps d’une hésitation, avant de réaliser qu’il n’est pas même là. Aide temporaire après un si long périple. L’oasis est étrange mais plus accueillante qu’il y paraît. Ceint de murs… Saint ! Analogie à trouver entre moi et un martyr, aller au bout de soi-même, assumer ses pensées, ses affects. Rien de blasphémateur dans ces paroles, pour une fois et malgré les apparences.
Au milieu de l’arène, les lions de la banalités m’entourant…
Assumant ce que je croiX.
Celle que je porte.
Sol de sable que mes mains ne peuvent retenir, de mots s’associant par le vœux du hasard ou de forces inconnues. Sol de peut-être, silence hanté de cris que je voudrais entendre, regorgeant d'illusions auxquelles je m’accroche pour maintenir un semblant d’équilibre équidistant de tous les possibles.
Ainsi ces phrases si belles qu’elles semblent porteuses de sens, en les savourant je trouverai de la sciure dans ma bouche.
Trouver une pierre, premier outil que l’homme tailla sans imaginer que des millénaires plus tard elle deviendrait une machine complexe. Désir d’innover, d’utiliser son environnement pour répondre à une quête intérieure, comme le fumeur en manque calme son manque en tripotant un trombone. Rien ne change hormis l’apparence. Le plus important à notre époque d’image où l’être devient virtuel. Sur les bancs de l’arène siègent des vêtements vide, qu’ils s’agisse d’un costume coûteux ou d’un ensemble acheté sur un marché, l’intérieur n’est différent qu’en ce qu’il veut montrer sans y croire vraiment.
Vrai ment !
Saisir cette pierre inverser le temps et la rendre à son rôle de caillou, permettant ainsi à l’humain d’assumer son vrai rôle.
Souffler sur mes doigts, dessiner sur le sable des symboles sans signification, chercher jusqu’à me trouver.
Difficile de se laisser être n’est-ce pas ? Mais n’oubliez pas où je suis et vous sourirez de mes délires avant d'admettre que vous êtes le reflet d’un autre rictus, celui de la mort, seule certitude devant nous.
Il manque quelque chose ici : Les odeurs !
Je sais celle que je ne connaîtrai pas : Celle de mon cadavre.
Dommage…
Prendre le temps entre mes mains, le sentir frémir, apprécier son contact, sauvage de n’avoir jamais été compris. J’y suis parvenu, ai su l’aimer pour ce qu’il est.
Le compagnon de la conscience, pas son adversaire.
Lui sait ronger l’inutile en soi. Il est plus qu'un diable tentateur, proposant de tricher avec soi, de le considérer autrement pour le gaspiller et fuir nos responsabilités.
Nul besoin d’univers. Parti d’un point infime il s’étend, l’esprit suit le chemin inverse, dispersé il se densifie, ainsi perdure l’équilibre.
Fermer les yeux, apprécier la nuit, qu’importe si au-dehors elle n’est pas au rendez-vous, m’écouter et m’entendre. Me tendre les pensées, les mêler, former ce chemin qui n’existe qu’utilisé. Suis-je le premier ici, le dernier ? Ces graviers sont les vies qui s’y succédèrent en vain.
La mienne sera-t-elle un gravillon supplémentaire !
Où est la différence, pourquoi celui-ci réussit-il et pas cet autre ? Question difficile puisque que nul ne sortit jamais d’ici.
Je devine le spectre d’un vieil homme tenant un enfant par la main, le premier voulant se prolonger au travers du second, mais une vie tient en elle-même, elle ne se transmet pas, du moins de cette façon. Chacun est unique, qu’il le veuille, l’assume, ou pas.
Je voudrais traverser le bureau, prendre le couloir, avancer jusqu’à la première porte, regarder… Le patient aurait mon visage et les autres aussi. L'image de l’âme qui fait que des semblables existent.
Fouiller les lieux, de pièce en pièce, chercher je ne sais quoi, ne rien trouver, sentir les murs se contracter, y lire en lettres de sang ce que j’écrivis, ces pages se feraient marais, sable m’engloutissant. Jeter mes cris sur les murs, étouffer ma lucidité sous la souffrance, me libérer du joug civilisé, cultu(r)el, refuser la pierre, l’inutile.
Enfant, enfin, dans un bouillonnement émotionnel, naître à moi-même, dépouillé mais réel.
Réunir mes pensées, en chercher la cohérence dans un recueil qui serait l’aboutissement de ma quête, le plus que je puisse être, livré avec une allumette pour ceux qui ne le supporteraient pas.
Qu’ils la frottent, approchent la flamme et immolent leurs esprits par refus de la contradiction, comme si le jour pouvait exister sans la nuit, ou l’inverse. Choisir l’un c’est préférer le néant.
C’est leur choix, leur donner le moyen de le révéler me plait.
Je préfère être sans raison que sans âme !
L’abîme est une porte dont le délire est la clé, c’est trouver la serrure qui est difficile. Je crains qu’il n’y en ait pas, qu’il soit suffisant de désirer que la porte s’ouvre.
Quand à ce qui se trouve de l’autre côté.
* *
- Vous riez ?
- Sans raison professeur, je vous rassure.
- Vous êtes sûr ?
- De rien ! Vos pensionnaires rient souvent pour ne pas hurler, ils seraient amenés à comprendre pourquoi ils le font.
- Ils se soulagent, sur le moment.
- Ou appellent.
- Peut-être aussi.
- J’étais drôle jadis, par besoin plus que par envie.
- Ce n’était pas un soulagement ?
- Si, j’étais adapté aux autres, et réciproquement.
- Une image ?
- Trop d’esprits se limitent à deux dimensions, sans profondeur. Des reflets en adorant d’autres, représentations d’une perfection que la mort seule peut offrir, nier ce que l’on est c’est refuser la vie.
- Pessimiste ?
- Revenu de tout, méprisant ce que je fis. Peut-on se construire en copiant ? Il ne s’agit pas de s’inspirer mais de singer, une allure, des codes, une marque… au fer rouge comme en arbore le bétail !
- Une image vous fut salutaire.
- De laquelle je ne m’inspirais pas.
- C’est vrai !
- N’est-ce pas, Elle fut le pied dans la porte qui fit que mon placard ne se referma jamais tout à fait. Ainsi pus-je m’ouvrir l’âme, en observer l’intérieur sans oublier l’extérieur, jamais.
- Vous voudriez reculer dans le temps ?
- Non, je suis une roue dentée équipée d’un cliquet lui interdisant de reculer. Au mieux, si j’ose dire, je peux tout arrêter. Non, professeur, ne me demandez pas ce que je changerais si… Je ne saurais jamais répondre à cette question. Ce qui fut me plaisait, les contraintes s’équilibrèrent et me permirent de passer au-travers des nécessités sociales ou organiques. Je pus me consacrer à mon travail sans avoir trop de soucis, ce fut ma plus grande chance. Changer quelque chose c’est altérer la suite, le présent serait autre, par conséquent la question d’un retour en arrière ne serait pas posée, il n’arriverait pas et… Nous pouvons parler ainsi longtemps sans rien dire. Qu’importe que les moments de notre vie nous griffent, nous mordent, nous fassent mal, qu’ils laissent leurs empreintes sur nous, ils nous façonnent par les réactions qu’ils engendrent, si nous leur survivons, et la plupart du temps c’est le cas.
- S’arrêter le temps d’un regard.
- Mais pas plus, danger de ne pas repartir. Vous vous êtes arrêté professeur, votre grand-père vous y incité, vous comprenez quelle erreur ce fut. Le mécanisme s’est enrayé, une chance, il aurait pu se disloquer, l’ambition amène à d'ingérables situations et y renoncer donne l’impression d’avoir passé des années à s’échiner en vain.
- C’est vous qui le fîtes.
- Je ne suis pas exempt des tares que je note chez les autres.
- Peut-être ne voyez-vous que celles dont vous êtes porteur.
Dans l'Ombre des Murs - 15 (Fin)
Face aux difficultés que l'on sait j'ai trouvé adéquat d'héberger une SBF non sans avoir examiné son dossier
qui me fut transmis par les RG.
Premier épisode
Quelle idée d’avoir proposé « bibliothèque » ! Tout à coup tu te dessèches, crevant d’ennui sur un banc d’école, rêvant à tes cabanes dans le bosquet aux sources de la Riante. Tu aimes les livres pourtant… La perspective d’un devoir à accomplir a-t-elle réveillé en toi la rébellion enfantine ?
Et pourtant tu aimes les livres et fréquentes « la » bibliothèque municipale.
Le mot imposé « bibliothèque » t’a agacée comme l’aurait fait un acouphène, une piqûre d’insecte, une fuite de robinet !
Jouer sur le mot, faire de l’esprit. Bof !
« Bon d’accord ? On prend ce mot comme déclencheur d’écriture…»
Et sniff ! A nous la poussière !
Bibi t’es toqué, la bibine en teck, la bible high tech, la bible en tchèque, l’habit bio-tech. Bref ça te « gratte » comme disent les gosses à juste titre : tu ne connais point de relation plus intime que celle d’une peau avec une puce. Et quand puce il y a on ne sait plus qui est tu et qui est moi.
De gratter le papier, aucune envie, mais l’obsession de t’y mettre te persécute au coucher, au lever, au petit déj, pendant les balades en montagnitude.
Et pourtant tu fréquentes une bibliothèque fort bien pourvue. Et pourtant tu aimes lire, et pourtant tu dévores des livres. Tu en as souvent trois en chantier que tu laisses bavarder entre eux : cela te repose de les laisser se critiquer ou s’aduler tandis que tu somnoles, que tu ronfles doucettement au tiède d’un fauteuil.
Deuxième épisode
Retour dans le passé
Tu as 13 ans. Ce que tes mère et tantes nomment « livres » ce sont des magazines édités après guerre : Confidences, Nous Deux, Bonnes soirées. Elles se les refilent. Tu les dérobes, les emportes dans ton coin secret ces éducateurs de vie sentimentale absolument cons. Et tu te gaves de feuilletons sucrés et moralisateurs. Tu sors de ces lectures les yeux hagards, les guibolles flageolantes : « T’as encore passé l’après midi à lire, tu ferais mieux de m’aider, dit ta mère. » Tu considères, vaguement honteuse, cette femme si terre à terre, aux ongles mal soignés, aux préoccupations grossières (comment finir le mois !) Ne voit-elle pas en sa fille l’émergence future (l’an prochain) d’une princesse adulée, d’une star du cinéma (Paramount), d’une assistante (faut quand même pas en demander trop!) de grand savant. Hein comment peut-elle l’ignorer ? Seuls les livres te comprennent et ton chien Adam si bien nommé, car il a de fameux crocs.
Au village de Caudry-en-Cambrésis (59), à l’époque, il n’y a pas de bibli. municipale. Il y a bien la bibli. de la paroisse tenue par une célibataire d’âge canonique pourvue d’un sublime jardin où nous pouvons nous égarer avec les abeilles et une Vie de Sainte. La vie des saintes est plus passionnante que celle des saints parce que les premières réagissent mieux aux différents martyrs, qu’elles laissent à leur passion des morceaux d’elles-mêmes. Mais leur vie est quand même insipide. Pas d’amants, de prétendants, d’amoureux. Vouées à des morts précoces, elles aiment un homme qui n’existe que dans le ciel, un homme sans bras vigoureux, sans voiture de course, sans compte en banque. Elles passent leur vie à se faire bouffer par des lions, ou dans le meilleur des cas à astiquer les parquets sous les quolibets des non initiées jusqu’à ce qu’elles choppent la tuberculose. Alors on les aime car elles vont avoir l’auréole.
D’autres mystères essentiels t’intéressaient mais les « livres » des tantes n’étaient guère explicites en la matière et
que dire des leçons « live » du bouc et de la chèvre si dépourvues de poésie ?
Il y avait bien la bibli laïque : cinquante volumes dans l’armoire de la classe de quatrième du cours complémentaire : « Petite Fadette » , « Sans Famille », « En Famille », « Fabiola », « Ben Hur ». Les martyrs ne sont jamais loin même chez Jules Ferry.
Vous vous battiez pour les deux ou trois volumes les plus croustillants. Il y avait une liste d’attente. En juillet vous
recouvriez de papier craft les livres usés ; on vous apprit même à les relier. Refaire un livre était passionnant, requerrait habileté et affection. Les grillons chantaient, vous attendiez les
mois d’ennui des grandes vacances. Peut-être que l’amour ? Ce grand escogriffe aux mollets prometteurs sur son vélo de course et qui ne vous regardait pas.
Troisième épisode
La rencontre survint pourtant et ce ne fut pas dans une bibliothèque. Présidèrent à cet événement un film suivi d’un
larcin.
On projetait au village, sur un drap tendu dans le parc municipal, un film qui mit en émoi toutes les cellules de ton organisme. Cela se passait dans la Tour de Nesle ; une terrible Marguerite de
Bourgogne s’y livrait à des orgies. Ah le beau mot ! Comme il t’a fait rêver, imaginer ! Le héros ? Un magnifique personnage à la Mandrin, à la Robin des bois. Amoureuse folle du personnage, tu
assistas aux trois épisodes de samedi en samedi et morte de chagrin après la disparition de l’élu, tu t’es traînée en état second de la maison au collège, de l’évier au lavoir, de ton lit à ton
lit. C’était donc fini cet enchantement ? Tu ne verrais plus bondir le héros, de chevaux en murailles, de murailles en chevaux, de bras de belles en bras de plus belles, et bientôt dans tes bras
à toi !
Il y avait une librairie à Caudry-en-Cambrésis (59)… Timidement tu as demandé si se vendait un livre dont on avait fait un film récent, Tour de Nesle et compagnie.
- Je dois le commander, te dit le libraire poupin. C’est un très gros roman vous savez. Cher (on n’avait pas encore inventé le pocket book) L’auteur, Mademoiselle, est Michel Zevaco.
Tu as commandé. Tu as volé dans la caisse de la boulangerie maternelle. Une pièce chaque jour pour masquer le larcin. La
transgression est-elle nécessairement l’entrée en liberté ?
Un jeudi tu as réceptionné un gros bouquin qui n’entrait pas dans ton cartable.
Tu es entrée en religion. Tu ne quittais plus ta tour, te nourrissant d’eau, de sang, d’amours pirates.
Quand la lecture fut terminée, que ton amour t’eut quittée, il fut bien inutile d’essayer de réparer la rupture en relisant ici et là un passage. La passion ne fait pas marche arrière, quand bien même s’agirait-il d’une passion de papier.
Épilogue
Bien des années plus tard, te remémorant tes émois de lectrice devenue autonome, tu as constaté, mortifiée, que tu avais oublié le nom du héros volatile, sans avoir perdu pour autant celui de la sanguinaire bourguignonne.
Google a colmaté le trou de mémoire. Ton héros avait le sourire de ton père sur la toile blanche du parc municipal.
L’aventurier intrépide se nommait Buridan. Rien à voir avec Buridan et son âne.
A treize ans tu as englouti les romans de Zevaco et autres auteurs de cap et d’épée. Jamais tu n’as retrouvé le goût du premier roman acheté en douce à Caudry-en-Cambrésis (59).
Alors de désespoir tu as épousé un rat de bibliothèque.
Marie Trèze
Chère amie,
Mon cœur se serre à l'idée que demain vous me prendrez dans vos bras, depuis longtemps nous étions promis l'un à l'autre, enfant déjà je pensais à vous, vous observant à l'occasion sans m'approcher. Peut-être si je l'avais osé nous serions-nous rencontrés plus tôt mais cela aurait pu être l'inverse si votre beauté m'avait effrayé. Il n'en fut rien et ce malgré quelques difficultés dues à des jalousies dont il serait vain de parler ; dans moins de vingt-quatre heures, à tête reposée, cela sera facile.
J'avoue que l'émotion affecte l'expression de mes sentiments, mais cela vous le comprenez n'est-ce pas, je ne serai pas votre premier amant et je doute d'être le dernier.
Dois-je évoquer ma vie quelque peu tortueuse, je pense cela superflu, des institutions qui m'abritèrent durant quelques temps, certaines sympathiques, d'autres moins, toutes voulurent nous séparer, sans méchanceté, considérant que notre union ne pourrait être heureuse, mais moi je sais qu'il en ira autrement, que malgré la brièveté de celle-ci j'en sortirai changé, prêt à affronter sinon une autre existence du moins un avenir différent.
Bien sûr nous ne serons pas seuls sur cette place, en ce petit matin, les voyeurs seront là
pour apprécier notre étreinte. Au moment de notre baiser combien tourneront la tête ?
Ensuite... mais cela est une histoire que nul ne pourrait qu'inventer.
13
Les étrangers, eux aussi sont loin, dans un passé qui ne m’appartient plus. Avoir si souvent parlé de la mort avec le professeur est-ce la preuve que je comprends son sens ou l'expression
délirante d’un contact prolongé dont je conserve des séquelles ?
Les deux probablement. Qui, enfant, la considère comme une amie, une présence, pas une menace. Ombre peut-être, cette projection de moi-même est si proche que je peux la toucher.
J’imagine une ombre blanche, claire projection de la mort.
Belle image n’est-ce pas ?
Le prof avait raison, je suis passé sous la surface, je surplombe un abîme d'où remonte un murmure indéfinissable.
Comment exprimer l’indicible, cette sensation qu’existent des savoirs échappant tant à nos cultures que nous manquons d’images pour les commenter, alors pour ce qui est de les partager…
Poussé par la nécessité j’aurais pu trouver en moi une force inconnue pour m’infliger une douleur salvatrice.
Les mots viennent facilement. Signe d’épuisement ou qu’au contraire j’ai gagné en densité ? Mes paroles prenant sens sont complexes à manipuler même si dans ma façon de l’exprimer cela ne transparaît pas. Je chemine depuis si longtemps. Mon esprit a rapetissé, avec ses petites jambes mentales il parcourt l’étroit sentier longeant le vide de conceptions primitives, frôlant l’antre d’instincts fondamentaux et puissants mais qui ne sortiront plus pour m’affronter.
Je n'ai semé sur ma route que ces pages, lambeaux d’âme, feuilles d’une époque révolue tombant d’un arbre désireux de se dépouiller, pour affronter l’hiver et renaître au printemps.
Une étrange sensation m’envahit, moins de phrases s’écoulent de moi, les sables se font mouvants, chaque pas-pensée me demande un effort comparable au sens qu’il recèle. Un tel sol devrait conserver les traces de mes prédécesseurs mais je n’en vois pas.
Au loin aboient les chiens de berger, les civilisés se regroupent autour du feu audiovisuel, ils écoutent de belles histoires. Heureux les simples en esprit… A condition qu’ils le demeurent !
Qui ai-je à convaincre sinon moi-même ? Les pièces se placent, l’affrontement a commencé dès le big bang. Je suis une conscience portant son regard où l’entraîne sa curiosité, et, visiblement, elle me conduisit plus loin qu’elle aurait due. Il me reste à utiliser le temps, sinon autant m’allonger, rouvrir ma plaie, virtuelle ou non, et arracher de nouveau cet os qui ne me servirait plus. J’aimerais qu’alors un chien s’approche et le ronge, j’aimerais qu’alors des rats, des insectes, une foule d’animaux me dévorent, que chacune de ces petites gueules aux dents acérées emportent un peu de moi, ainsi ma vie nourrissant la leur se justifierait, ainsi aurais-je été utile, cela au moins relève du possible, pour le reste…
Que lirais-je dans la boite noire de mon cerveau : Fou or not fou ?
Vivant, mort, plus l’un après avoir été l’autre, réussir ce que tant voulurent sans penser sincèrement que c’était possible.
Murmure de voix, des spécialistes discourant à mon propos, espérant me faire entrer dans leurs moules préformés. Ce n’est pas que j’y mette de la mauvaise volonté mais pourquoi les arrangerais-je ?
Cette machine de laquelle j’ai rêvé, ce pourrait être le bruit des systèmes de réanimation que j’entendrais, ainsi j’utiliserais des perceptions de l’extérieur pour nourrir mes rêves, pour ne pas rouvrir les yeux, me désespérant d’avoir échoué. Oh je ne visais rien, je ne voulais rien mais dans le fond de mon esprit j’attendais l’impossible.
J’étais mort, pourtant je suis la, refusant de céder, cherchant désespérément comment fuir. Je ne parle pas de revenir au réel, ce mot a si peu de sens, non, je veux dire sortir des contraintes liées à l’organique, trouver une autre solution, une autre disposition pour persévérer sur mon chemin, pour vivre, autrement.
Je me suis retenu de frapper aux murs, inutile d’implorer, mais que faire dans un décor immuable, que je subis en le regrettant sans accéder à un ailleurs indéfinissable. Y parvenir serait-il libératoire, où veulent me conduire les pensées circulant dans mon cerveau, pour ouvrir JE crains de savoir quoi. Je l’ai écris et le professeur le sait. Derrière mes textes fantastiques ou délirants, le premier protégeant le second, se tient une réalité accessible. Par delà un abîme que j’ai traversé ! Reste à ouvrir les yeux. Mon œuvre est quête d’une sortie que la normalité voile. Qu’ai-je fait pour lui échapper ? Enfermement, agression, noyade ? Tant d’années pour une seule question.
Rien qu’une.
Celle qui hantait le fondateur de ce centre. Il interrompit ses recherches par peur de trouver. Il est des savoirs coupables, seule l’ignorance innocente ! Moi-même ne revendique pas cela, je me pare des attributs de la victime mais ils ne sont que des oripeaux de la lâcheté, subir un sort sans l’avoir provoqué mène au renoncement. J’accepte mon sort, je le revendique. Je le cherche encore.
L'hypnose pourrait être cause de mon état, moyen de me vider de ce que la conscience censure, parler pour trouver ma propre thérapie, postulant qu’une maladie est porteuse de sa guérison, qu’un cerveau ayant généré un état pareil doit pouvoir l’arrêter. S’il le veut, s’il peut découvrir pourquoi il le fit.
Il me protège, ce puits, de l'insoutenable rencontre que j'y fis ! L’esprit se ferme, génère des murs protecteurs, enfermant pour soulager, interdisant pour préserver. Est-il temps que s'effondrent ces remparts et que j’affronte la vérité qui me pétrifia ?
Par le chemin fait j’ai appris que je pourrais l’affronter. Derrière ces parois c’est comme une masse d’eau qui va se ruer sur moi, en ne lui résistant pas je peux la vaincre.
Bientôt apparaitront des craquelures dans mes défenses aux travers desquelles je verrai... Et ils céderont ! En un hurlement sans fin le savoir m’emportera, vague immense, force brute, qu’une conscience éveillée peut dompter et utiliser.
La mienne ?
Bulle pleine d’échos, de lumières irisées, de souvenirs, d’ombres, emplie à ras bord de possibles, et moi à l’intérieur. Milieu amniotique ou une cellule unique s’explore pour se développer. Une conscience comme un embryon, à la limite du perceptible, et croissant, évoluant, s’étonnant de sa nature, touchant les limites de ses perceptions. Si je ne perçois rien du dehors c’est qu’il y fait nuit, qu’il n’y a rien encore. Quand cette bulle explosera l’univers naîtra. De moi !
Moi !
Je sais ce que j’entends, c’est ma respiration, je suis dans mon passé protecteur, l’ennemi est là, la mort me frôle, sa main me saisit mais se retire sans me prendre.
Et mon cœur bat, horloge que rien ne paraît devoir arrêter. Je rêve que la lumière existe, pas celle du jour, une autre, promesse de plus tard, d’après ce tunnel que d’aucuns appellent vie. C’est elle que je voudrais atteindre, elle que j’entrevis jadis quand la nuit était totale, quand mon corps n’existait pas encore. J’étais un cerveau se développant, anormalement précoce, sollicité par des circonstances particulières. Là où d’autres n’auraient pas survécu, leur programme formateur désorganisé, le mien s’adapta pour échapper à l’agression. Se modifiant en usant d'aptitudes d’ordinaires étouffées.
Une perception intérieure enregistrée ainsi, difficile de trouver des termes pour l’exprimer, un monstre cérébral installé dans le cerveau, pensée vorace faisant le vide autour d’elle puisque la chasser est impossible. Quand quelque chose ne va pas le système disjoncte.
Pas chez moi.
Le monstre est resté là, cocon…
Cocon ?
Le mot m’a échappé ! Oui, cette pensée vorace il fallait en enfermer les conséquences sans quoi, comme un trou noir, elles auraient tout absorbé. Une construction mentale enfermant ce savoir auquel je fais allusion depuis si longtemps. Reste le besoin de comprendre quitte à n’y pas survivre. Ne rien faire, rester ici, c’est ne pas vivre non plus.
Que trouvera celui qui me disséquera ?
J’espère qu’il fera attention à mon encéphale. Je voudrais qu’il y ait une zone coupée du reste, comme une blessure cicatrisée.
Par le feu.
Brûlure intérieure, autodestruction neuronale pour enfermer une trace mnésique, je ne peux parler de souvenir, à l’époque ma conscience n’était qu’une promesse pas sûre d’être tenue jamais.
Encore maintenant je doute.
Cela je l’imagine, je doute rester vivant alors que mon crane serait découpé et mon cerveau à l’air. Ce serait amusant, un miroir m’aiderait, et, la découverte faite je crierais : Je vous l’avais bien dit !
Improbable ?
Euphémisme !
A vouloir me comprendre je vais y arriver, pénétrer les yeux ouverts, le préconscient, l’immergé de l’iceberg. Je fait référence à l'époque où l’être dans sa réalité biologique se forme, où il perçoit, enregistre, peut être modifié sous l’effet d’un choc, ainsi des aptitudes dirigées dans un sens favorable à la normalité n’auraient pu se développer en faveur d’autres plus étrange, plus intéressantes. Inhabituelles !
Des cubes pour édifier de belles constructions, je livre un témoignage brute, espérant que ces mots me libéreront, sans chercher approbation ou réprobation, je me cherche moi, un point c’est tout ?
Génie, intelligence, folie ? J’ai unis les trois une fois, je m’en souviens, c’est qu’ils s’associent. L’intelligence placée entre les deux autres les maintient à distances, leur permit de se rencontrer de s’associer, ainsi perdure un équilibre instable certes mais permettant d’avancer sans s’enliser dans les marais de la connerie.
Souffler sur ma construction, la regarder s’effondrer, qu’importe, j’en édifierai une autre ou cesserai de jouer.
Vous voudriez être un génie professeur, je le sais. Comme votre aïeul vous disposez d’une grande intelligence, vous pourriez réussir de grandes choses, mais sans ce qu’il faut pour accéder à un stade imposant une innovation sans préparation. Le génie est une sanction onéreuse. J’ai toujours préféré payer moi-même que présenter la facture aux autres. J’ai toujours refusé de demander quoi que ce soit. Demander c’est s’abaisser disais-je, devoir c’est déchoir !
Attitude extrême, hostile à la socialisation, mais qui voit où je me trouve n’en sera pas étonné.
Vanité ? Peut-être, mais pas supérieur pour autant. Ce mot me déplait. Différent, étranger, ces termes sont à ma convenance.
Génie ou fou, deux états que l’on supporte sans les vouloir.
Et moi ?
Finalement je crois que le génie ne se regrette pas, il se déplore par l’exigence continuelle qu’il manifeste, par son appétit insatiable.
Un miroir, génie et folie se font face, sans que l’une ou l’autre puisse déterminer le reflet et l’original.
Un miroir de chaque côté de moi, et hop, voici la solution ! il suffisait d’y penser, à condition d’être un génie, mais l'êtes vous?
Improbable.
Reflets complémentaires ne s’opposant pas mais s’associant.
Une piste de cirque disais-je, mais le monstre n’est pas l’être difforme au centre de la piste, c’est celui qui l’exhibe et se cache à côté de son frère, qui irait le chercher en pleine lumière ?
Qui y penserait ?
Y auriez-vous songé professeur ? Attention à vos pensées, le piège, est là, là aussi, partout !
Piège né de mots faisant leur nid dans mon esprit et me détruire, rongeurs d’âmes fragiles. L’auteur est-il le monstre ou son œuvre, est-ce la marionnette qui vit ou le ventriloque ?
Je me fait l’effet d’être le seul auteur posthume de son vivant.
Le présent n’est plus loin, les murs sont moins hauts, moins épais et impressionnants. Je suis sur la bonne direction.
Je suis… C’est la bonne direction !
Le papier vivant, amusant. Un papier envoûté… L’histoire serait invraisemblable, et pourtant…
La distance entre un ventriloque et un écrivain est ténue, chacun s’exprime par un intermédiaire, de chiffon ou de papier.
Je me voyais écrire, des fils me faisant agir, les mots me donnant vie, je me voyais ouvrant les yeux au dernier moment, tentant de refuser sans le pouvoir. Un sursaut, ruer dans mes fils, avoir le temps de taper "Je suis mort !" comme un avertissement au lecteur. Ce serait une mauvaise histoire, mais avoir le temps d’écrire ces mots me plairait, sentir mon cœur s’arrêter, profiter de mes dernières secondes. Je vais assez vite pour y parvenir.
Ensuite qu’adviendrait-il de mon travail ?
Et de mon cadavre ? Combien de temps resterait-il à pourrir dans mon placard-caveau, à l’abri, il sentirait peu, des années passeraient avant que quelqu’un ne s’inquiète, mes premières vacances, ne les aurais-je pas mérité ?
Trois mots au lieu des trois lettres pour finir, ce serait plus élégant.
Pour une fois.
L’hameçon s’agite au bout de la ligne. L’âme-son, plonge, les gueules se ruent sur elle, mais non, la ligne se tend, elle sort de l’eau.
Je vois le du prédateur se jeter sur moi, s’ouvrir, m’engloutir.
J’aimerais paraître une proie facile, mais celui qui me dévorerait serait incapable de me digérer, je secréterais un poison qui le tuerait, lentement, afin que je puisse le dévorer de l’intérieur.
Amusant non ?
Dévorer ou l’être ? Là est la vraie question, je n’aurais pas de problème de conscience, tant que la question ne posera pas. Au pied du mur je peux juger de ce dont je suis réellement capable.
Pas le pire comme je voulus le croire pour me rassurer.
Pas le meilleur cela m’ennuierait trop.
Alors ?
Les génies comprendront, quand aux autres, qu’ils cherchent !.
Je forme des phrases avant de les mélanger pour recommencer. Comme si je faisais des réussites pour occuper mon esprit qui ne sait s’abstraire des mots, voir même des images pour s’exprimer.
Ne plus parler serait-ce cesser d'être ou avoir découvert la sortie ?
Un adversaire m’aiderait. Le prof était bien quand nous discutions tous les deux ils me servait, m’entraînait, avant qu’il ne me laisse, pouvant parler, écrire dans son bureau, ce que je fais, mélangeant les souvenirs de nos rencontres et les divagations du présent. Sa place est confortable, j’y sens sa curiosité cherchant une solution, celle de son ancêtre, toutes deux à l’image de tant d’autres auparavant. Malédiction de l’humanité insatisfaite de la routine, avide de simplifier sa vie en la ritualisant, pensant avoir répondu à tout, alors qu'une autre partie de soi reste insatisfaite.
Principe de vie, persister à poursuivre sa route quand bien même deviendrait-elle difficile, escarpée, dangereuse. Éboulement appels d’abîmes aux fonds desquels la paix est accessible.
Quel monde du discours puis-je explorer qui me renseigne ?
Mort, folie, machine, accident, suicide, automutilation ? Ces idées vont et viennent, plus ou moins aguicheuses, mais je suis seul spectateur. Qu’une s’exhibe et je pense qu’elle est la solution, et puis une autre vient, fait son numéro, le doute s’installe, je ne sais plus. Aucun soutien n'existe ici, ou ailleurs.
Suis-je dans mon placard, envahis par ma psychose, ce petit animal de compagnie, qui, si l’on n’y prend garde, devient maître de l’esprit comme le pantin s’éveillant quand le ventriloque sommeille.
Comparaison amusante !Suis-je allongé par terre, perdant mon sang, au fond de l’eau glacée attendant la mort, le temps passant si lentement que je caresse l’éternité.
Serais-je plus banalement mort ?
Mort ! Mot-ver rongeant mon esprit, solution à ma mesure.
Embryon ?
Comment pourrais-je générer tant d’images, user de mots que je n’aurais pas appris, peut-être entendu.
Être la conscience, cœur du chaos s’organisant pour enfanter la vie, aspirant à ses mystères pour se nourrir. La vie humaine comme une gestation, le corps comme ventre d’un esprit en quête de lumière.
J’applaudis aux prestations de mes créatures, en m’en méfiant ! Ne pas tourner le dos, jamais !
Cette image de naissance est celle que je préfère, une chance nouvelle, processus à l’œuvre depuis la Création, se copiant, tendant vers l’infini par ce seul mouvement fractal.
Ce processus ira-t-il à son terme en moi ? Je finirai comme les autres, seul, bavant oscillant d’avant en arrière sur mon tabouret. Laisser le plan des chemins que je suivis, qu’un autre les lisant réalise mes erreurs, s’en inspire pour explorer lune autre voie, à lui de la trouver, et si à son tour il échoue, qu’il pense à, qu’un autre ensuite…
Tout autour de moi fut ainsi, je sens leur sollicitude, un semblant d’être subsiste qui sait que je suis là, que j’avance, une marche supplémentaire pour les rejoindre et rythmer le temps avec eux.
Complexe de se comprendre, la conscience utilise forcément une part d’elle-même pour en comprendre une autre et la première reste hors de portée de la pensée. Comment se juger dans sa propre globalité, même l’écriture ne permet pas cela, s‘auto-autopsier.
Tailler dans le marbre du temps, aller au bout de ma tentative quand bien même ne devrait-elle rien donner, quand…
Bien m’aime?
Une ronde enfantine sur ce chemin, tenant mes pensées par la main, chantonnant ces paroles que ma mémoire me refuse, s’arrêter, s’agenouiller, mais qui sera derrière nous, qui posera le mouchoir dans mon dos ? Derrière qui vais-je courir, car il me faudra le faire, peut-être en vain, le tour sera fini, il prendra ma place, tout disparaîtra, je resterai seul, hurlant dans un décor dont j’aurais compris ce qu’il est.
Vous ne pouvez m’aider professeur plus que vous l’avez déjà fait.
Dans l'Ombre des Murs - 14
| Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité. |