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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 06:36

 

Le garçon est souriant il court dans le soleil,

Ses pieds sont tout mouillés de rosée matinale,

Dans ses yeux l'avenir semble plein de merveilles,

Mais, vous me connaissez, cela finira mal !


Son prénom retentit, la voix de sa copine,

Elle aussi est dehors ; l'appel de la nature,

Des enfants est compris comme une vraie comptine,

Source de joie, de jeux, de bonheur sans clôture.


C'est bon de s'amuser, c'est super les vacances,

On peut se défouler, pa'd' prof à supporter !

La fillette est ravie, dans le jardin elle danse,

Tu crois que dans l'av'nir on pourra se marier ?


C'est sûr, dit le gamin, nos parents sont d'accords.

- Alors nous passerons tout notre temps ensemble ?

- C'est écrit clairement dans nos âmes et nos corps,

Le chemin est tout droit, nos destins se ressemblent.


Regarde dans le ciel, des étoiles filantes !

Faut faire un vœu main't'nant, il se réalisera.

Elle lève les yeux, subitement méfiante,

Des étoiles en plein jour cela ne se peut pas.


Pourtant on dirait bien, mille points étincelants,

Tracent dans le ciel bleu de très jolis sillages.

Ça va tomber pas loin, allons voir, c'est marrant.

Main dans la main, heureux... Que n'avons-nous leur âge !


 

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 06:34
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 07:00









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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 06:59
... Ou rêve ? - 01 
 

                                                 02


L’homme, ne l’a pas entendu, elle le voit de profil, dos contre le dossier de pierre, tête inclinée comme s’il observait quelque fascinant spectacle entre ses pieds. A-t-il seulement les yeux ouverts ? Qu'importe, les paupières closes n’empêchent pas de voir, au contraire, ce n’est plus à l’extérieur que l’on regarde.

S'il eut-il comme elle l'envie d’être seul pourquoi choisir ce banc, son banc ? Qui de l’instinct ou du hasard est responsable ?

Elle est troublée par la sensation d’un cousinage qu’elle ressent sans le définir. Comment réagirait-il de se savoir observé ?

Qui est-il, à quoi ou qui pense-t-il ? Aller vers lui, s’asseoir, soulagée de se savoir proche de quelqu’un alors que l’on crut cela impossible. Serait-il heureux de partager avec elle ses mystères ou partirait-il, furieux d’être dérangé ?

Curieuse elle recula derrière la haie. Il n’attendait personne, elle en était persuadée, il était seulement incapable d’être ailleurs. Avait-il devant lui le gouffre de sa vie, un flot d’images floues ? Puisait-il dans son imaginaire des situations insensées ?

S’il avait ouvert l’album de ses souvenirs c’était pour contempler les plus sombres, les plus douloureux, sinon quel besoin de venir en un lieu qu’elle avait marqué de sa propre souffrance comme un animal délimite son territoire pour en interdire l’accès aux autres, ce qui n’était pas son cas, au contraire. Ne pouvait s’y installer qu’un esprit sensible et vivant.

S’asseoir, surmonter sa crainte…Non, elle préfère conserver la curiosité plutôt qu’admettre sa déception. Ainsi l’imaginera-t-elle à sa guise. Et si c’était ce qu’elle avait attendu sans le savoir, si ces nuits avaient eu pour but de trouver un semblable, enfin ?

Non, bien sûr que non, cela n’arriverait jamais, jamais.

Sans le savoir cet homme pouvait devenir le confident idéal. Il avait pris place sur son banc, et, elle en était sûre, à côté de la place qu’elle occupait d’ordinaire ? D’un autre elle l’aurait refusé, de lui c’était différent. C’était leur banc, ils le partageraient sans se rencontrer, elle s’y assiérait en son absence et lui parlerait comme s’il était là. Elle ne serait plus seule, ici ou ailleurs, fermant les yeux elle retrouverait cet endroit et son ami.

Pas question qu’il la voie maintenant pour être certain d’avoir été épié un long moment, le temps que son image s’imprime dans sa mémoire. Il ne lui pardonnerait jamais.

Doucement elle recule, s’éloigne de plus en plus vite.

Comme si, une fois encore, elle fuyait !

Vite retrouver sa chambre, ses murs, la douceur de sa forteresse extérieure faute d’avoir su, encore, en ériger une intérieure.

Son univers, infini ou étroit comme un tombeau, vide dans tous les cas comme elle le réalisa brusquement avant de se mettre au lit, oreiller sur le visage afin que nul n'entende ses pleurs.

* * *

Elle ouvrit les yeux comme appelée dans le réel sans pouvoir résister, cœur battant avant tant de force qu’il lui parut occuper son corps entier. Sans allumer elle cherche à comprendre ce qui avait pu la réveiller. Rien n’avait changé, la lumière du dehors suffisait pour qu’elle distingue son décor. Tout était normal, les ombres même… Les ombres !

Une vague glacée passa sur elle, cette ombre sur le mur, cette silhouette à peine visible est en trop. Elle s’efforce au calme, réfléchit. Elle rêve, voilà l’explication, recyclant ce qu’elle avait vu quelques heures plus tôt. Ayant compris elle se détendit, le songe allait cesser, réveillée elle retrouverait sa chambre et se rendormirait. Elle rêvait peu, du moins n’en conservait pas de souvenirs. Jamais elle n’avait eu de cauchemar la dressant sur le lit, suante, prête à hurler de terreur alors qu’elle lisait beaucoup de livres dans lesquels s’agitaient d’étranges créatures placées en des lieux et situations improbables. Elle raffolait de romans présentant des êtres monstrueux desquels elle se sentait proche.

Elle resta un moment attendant un signe de l’ombre, attendant… Le sommeil coupa le fil de ses pensées.

Au matin, un cri, sa main interrompt la sonnerie en plein vol.

Sa sortie du sommeil la renseignait sur la journée à venir.

Quelques minutes avant de se lever, le temps de se réadapter à un monde qui lui convient si peu. Machinalement elle porte son regard vers le mur, s’attendant à… Le mur est vide. J’ai rêvé ! Son murmure cherche à la convaincre mais n'y réussit qu’à moitié. Elle est sure en revanche d’avoir aperçue une silhouette sur son banc, qu’elle ait cru, ou voulu, la retrouver dans sa chambre n’avait rien d’étonnant. Une rencontre à sens unique mais une rencontre malgré tout.

Elle repousse draps et couvertures. Autant affronter ses obligations. Son corps connaissait sa routine comme ces vieux chevaux font seuls, alors que leur propriétaire somnole, un chemin parcourut mille fois.

Se laver, s’habiller, manger… Habitudes, même converser ne lui interdisait pas de s’imaginer ailleurs, elle devisait dans le réel et se racontait des histoires mentalement. Normale !

Le miroir de la salle de bain lui renvoie une image qu’elle connaît sans être convaincue d’être vraiment ainsi, seul le regard et le gouffre qu’elle distingue derrière chaque pupille lui dit quelque chose, tunnels plongeant en des abysses tentateurs.

Regard sur son corps, les modifications qu’elle sait irréversibles, invasion intérieure dangereuse pour sa tranquillité. Est-ce cela l’avenir ? Être une grande personne, une femme ?

L’avenir est une menace dont rien ne dit qu’elle devienne réalité, pourquoi s’en effrayer avant qu’il soit temps ? Elle sait qu’elle pourrait accepter de grandir, de se laisser façonner par des désirs qui ne seraient pas siens.

Elle penche la tête vers l’avant et brosse énergiquement ses cheveux, son geste matinal préféré, avant de se peigner avec les doigts, contact avec elle-même, une douceur introuvable ailleurs.

Un camarade de classe lui avait un jour tiré brusquement ses cheveux, les trouvant trop long, trop beaux peut-être, il avait rit en voyant le regard glacé qu’elle lui avait jeté. Elle n’avait rien dit mais ses griffes avaient labouré le visage de l’impudent.

Tranquillement elle était allé se laver les mains et nettoyer ses ongles, s’autorisant à sourire dans la solitude des toilettes.

Des reproches ? On lui en avait fait, sa réponse fut la légitime défense et l’affirmation qu’en cas de récidive elle n’hésiterait pas à recommencer et plus violemment s’il le fallait.

Nul n’avait pu douter de sa détermination.

La directrice avait insisté pour qu’elle rencontre un spécialiste, sans dire de quoi, elle avait opiné, quelques larmes, le regard implorant qu’elle savait si bien prendre, des excuses qu’elle inventait, rien de plus facile pour elle que de jouer avec ces adultes si sûrs d’un savoir qui ne pouvait s’appliquer à elle.

Dans la cuisine elle prépare son petit-déjeuner en regardant le ciel. Un oiseau sur la fenêtre l’observe en hochant la tête.

Elle hésite puis prend quelques miettes et s’approche, le volatile recule mais ne s’envole pas, tout juste le sent-elle prêt à s’échapper en cas de menace. Elle ouvre la fenêtre, approche la main, paume largement ouverte, l’oiseau hésite, regarde la main, l’enfant, se tâte mais il a faim et une telle nourriture aussi gentiment offerte ne se refuse pas.

Les petits coups de becs la font sourire, elle se domine pour ne pas bouger et déranger son ami à plumes qui fait vite pour tout dévorer. Un dernier regard, il hésite puis s’envole avant de revenir vers elle pour la remercier à sa façon.

Il sait qu’elle comprend.

Sortir encore, trajet mécanique, poupée de chair suivant les rails invisibles du quotidien dans le décor banal d’une ville terne.

Traversant la place elle regarde sur la gauche, le banc est trop loin pour qu’elle sache, si quelqu’un s'y trouve, si c’est lui. Son souvenir et son imagination s’unissent pour suppléer sa vision.

L’école, son pupitre, rituel, elle n’en veut pas aux autres d’y céder, à quoi bon un effort inutile, mais c’est plus fort qu’elle et tant pis si elle suscite la curiosité du personnel enseignant, elle ne peut devenir qui elle n’est pas.

Qu’importe l’attention, les regards posés sur elle durant la récré. Cet empressement "pour son bien" comme si quelqu’un mieux qu’elle savait ce qui lui convient.

Trop concentrée elle sursaute quand une main se pose sur son épaule et se déplace comme sous l’effet d’une brûlure invisible mais douloureuse.

- Pourquoi refuser le contact, je suis sûre que nous pouvons nous entendre.

Silence ! Que dire qui serait compris ?

- Je ne suis pas votre ennemie, au contraire, quoi que vous le pensiez, nous pourrions nous comprendre, j’ai à apprendre mais vous aussi, il est difficile de rester à l’écart et si cela arrive le prix est élevé. Se sentir différente, étrangère n’implique pas de refuser la communication. Vous pensez avoir raison, que je ne peux saisir qui vous êtes, c’est faux. A se vouloir unique on se retrouve seule sans moyen de changer de comportement.

Se vouloir unique ? Jamais elle ne l’avait voulu, jamais ! Elle acceptait ce qu’elle était et considérait qu’il était de son devoir de respecter sa nature. Une grande personne, cimetière de rêves corrompus, ne peut la comprendre ?

- La beauté et l’intelligence sont des qualités difficiles à porter.

Qu’en savait-elle, elle qui ne disposait ni de l’une ni de l’autre ?

- Aucune parole ne peut percer cette carapace, cette prison ?

Qui peut se vanter de vivre libre, de penser sans murs pour contenir un esprit que les espaces de l’imaginaire terrifient ?

- Je suis prête à vous considérer comme une adulte, à parler d’égale à égale avec vous, mais vous pensez être supérieure à tous y compris moi.

Supérieure ? Elle détestait ce mot, non, elle se savait étrangère mais aucune notion de hiérarchie n’entrait dans son code mental.

- Je peux tout entendre et cela resterait entre nous.

Tout ? Qui le peut, qui se connaît assez pour affirmer cela ? Il est des sensations, des émotions que les mots ne peuvent pas traduire, il faudrait plus que la parole, mieux que la musique ou n’importe quelle forme artistique : un esprit se connectant à un autre et s’ouvrant en totale réciprocité. Qui serait capable de révéler chacun de ses secrets, ce dont il a honte ?

- La vie c’est les autres, la confiance. Sans effort le temps et l'isolement renforceront vos difficultés. La société supporte mal les marginaux, certains parviennent à vivre ainsi, je souhaite que vous disposiez des qualités pour cela, dans le cas contraire…

Des menaces ? Elle ne vivait pas en sauvage et saurait trouver une place et tant pis si elle n’utilisait pas au mieux ses capacités, que les autres en profitent lui importait peu.

Pourquoi aller contre soi et obéir à des codes répugnants pour une fin attendue ?

Un souvenir surgit, une visite subie, mais comment dire non continuellement ? Un cimetière, quelqu’un dont elle ne savait rien, une vague famille mais il semblait important qu’elle aille avec les autres, ce qu’elle fit sans difficulté, ainsi elle monnayait sa tranquillité, acceptant ceci pour refuser cela.

Des tombes, un silence lourd, des noms gravés comme autant de vie effacées du réel avant de disparaître de la pierre, l'antichambre du néant. Le temps ne laisse rien derrière lui, rare sont ceux qui peuvent le défier, et elle n’en faisait pas partie, au contraire. Se fondre en lui, annihiler une personnalité extérieure au profit d’une réalité qu’elle ressentait sans pouvoir la décrire.

Les noms se superposaient, le dernier était récent, la place dessous était une menace autant qu’une promesse, un jour elle sera là, réduite à un nom. Alors la terre l’absorberait, son esprit ne laisserait aucune trace sur un monde indifférent.

Pouvait-elle en parler ? Elle savait que oui et cette certitude lui fit plus de mal qu’elle aurait cru. Se taire serait un entraînement.

Regardant les stèles elle sentit l’émotion l’envahir mais fit effort pour ne rien montrer, cela ne regardait personne, elle devait être forte pour conserver ses secrets.

- Un jour nous nous parlerons, ce sera un soulagement.

Changer de cage est-ce une libération ?

Remontant la grande allée du cimetière elle se prit à penser que la vie pouvait se résumer ainsi.

Retour en classe, les tables blanches alignées comme des tombes, combien de vivants dans la salle, combien ?

Les autres enfants sont morts, elle seule vit ! Elle s’assied, ferme les yeux le temps de retrouver son calme et laisser refluer son envie de toucher ce qui l’entoure pour être sûre de la réalité, pour être sûre, d’être, d’être… D’être ?

Ce froid soudain, ce doute ? Il ne dure pas, elle se rassure, elle est vivante, et les autres aussi. Elle ne va pas s’enfuir, vers quoi, qui ? Qui la comprendrait sans qu’elle ait à parler, qui l’écouterait sans lui donner de leçon, sans lui dire ce qu’elle doit faire ?

Son nom n’est pas prisonnier de la pierre, un jour, plus tard... Si elle le peut elle le refusera. Ne rien laisser, pas une trace, pas un souvenir, rien !

Pourquoi la nuit est-elle si lointaine, pourquoi toujours attendre ?

Mais le temps passe toujours.

                                        * * *

La nuit est enfin là, sa chambre, sa solitude, repas expédié, quelques heures encore à patienter. Pour un peu elle s’assiérait devant son réveil pour suivre la fuite du temps. Mais non, inutile de l’avancer, le temps ne suivrait pas. Elle n’a pas envie de lire, d’écouter de la musique, rien ne retient son intention, chaque seconde est une idée nouvelle amenant la seconde suivante.

Maelström d’images aspirant les minutes, cortège ceinturant le gouffre du temps dans lequel elle voudrait se jeter, se perdre ou se trouver mais s’y chercher.

La fenêtre, regard sur l’ailleurs. Ailleurs des familles regardent la télévision, des gens se parlent, des adultes comprennent, des enfants osent… Derrière ces tentures y a-t-il une petite fille sans interrogation sur elle-même ?

Des questions, épines que les peaux mentales trop calleuse ne sentent pas alors que la sienne ressent la moindre interrogation. Et si elle était normale en le refusant ? Non, impossible ! L’idée la fit sourire, elle, normale ? Jamais !

Allongée, cheveux rabattus sur son visage comme un masque brillant. Elle contemple les images surgissant du passé. Le temps ne passe pas aussi vite qu’elle le souhaite, l’impatience est une nouveauté qu’elle découvre. A ce jour elle n’avait jamais rien attendu, s’angoissant que le temps semble ralentir. D’une main elle détruit le masque, regarde un décor trop connu. Si elle attend que survienne un événement extraordinaire elle est déçue, aucun objet ne se déplace seul, aucun livre ne traverse la pièce pour venir entre ses mains, ouvert aux pages qu’elle préfère. Le désert de l’habitude ne génère aucun mirage, pas la plus petite hallucination quand l’ennui fut venu. Elle soupire, observe le plafond et fronce les sourcils. Qu’est-ce que cette fissure fait là ? Elle voulait contempler l’infini, à la place elle découvre une chose à l’allure de menace annonciatrice de l’écroulement de son univers. Les plus hauts édifices, les mieux construits, les plus puissants sont destinés à s’écrouler. Pour chacun le début de la fin sera annoncé par une minuscule lézarde que personne ne remarquera. Ligne chaotique, prenant une direction pour en changer brusquement, elle n’y reconnaît pas sa vie qui se déroula toujours dans ce décor, sa chambre, les rues, l’école… Erreur ! Un jour elle quitta ses habitudes pour une colonie de vacances, un écart dans son existence. L’été dernier, proche mais l’enfance perçoit les distances autrement. La chose lui avait été annoncé discrètement, tentative parentale de la projeter dans un cadre différent. Elle avait laissé dire, ne souriant pas quand on lui avait dit "Cela te fera du bien !" Que dire d’autre, la vérité ? Qu’elle gênait ? Comme si les enfants ne comprenaient pas ces silences lourds de sous-entendus plus violents que des mots. Elle se ferait des copains, verrait d’autres paysages, la campagne, tout ça. L’air pur la changerait, le soleil… Chacun sait qu’il est différent suivant l’endroit où l’on se situe pour le recevoir ! Elle ne récria pas, pourquoi ne pas s’y intéresser, faire un voyage d’exploration ethnologique ?

Un avant (dé)goût de paradis !

En fait de colonie il s’agissait d’une famille aidée de monitrices qui accueillait des enfants pour les vacances, rien à voir avec ces centres casernes où la joie de vivre est ignorée de l’emploi du temps. Parmi une dizaine d’enfants elle ne se serait pas perdue.

Le voyage fut étrange, elle se sentait expiant une faute inconnue et choisit d’accepter les choses ainsi. Elle prit pourtant la décision de ne pas rester deux mois dans cet endroit. Pourquoi pas un chenil ? Au moins serait-elle proche des autres invités !

Elle fut soulagée quand le voyage s’achevât. Finalement, elle le reconnut difficilement, l’endroit était plaisant. Pour un séjour bref cela irait. La directrice les reçut comme si elle avait été chapitrée. Une grande maison, dortoirs des garçons au premier, des filles en bas, une grande cuisine et des fenêtres donnant sur les montagnes environnantes. Bavardage, présentation des lieux, promesse qu’elle s’entendrait bien avec ses futurs camarades. Elle fit la moue en découvrant des petits lits, en imaginant qu’il serait possible de la voir dormir. La directrice lui dit qu’elle comprenait son angoisse mais que tout serait fait pour qu’elle se sente bien. Elle hocha la tête, son regard exprimait mieux que des mots sa pensée.

Alors qu’autour d’elle sa réaction était attendue elle ne manifesta aucunement sa mauvaise humeur. C’était un jeu, elle avait perdu la première partie, pas la guerre.

Ainsi tout se déroula dans la sérénité la plus totale.

Ses parents partis elle regarda la voiture s’éloigner sans montrer d’émotion, certains bouleversements ne s’affichent pas quand on se refuse soi-même à les admettre.

Des cris, des bruits retinrent son attention, les autres enfants revenaient, des ennemis sans doute. Elle avait besoin d’en vouloir à quelqu’un, pourquoi pas à eux, tous. Les manifestations cessèrent avant qu’ils arrivent à la porte comme s’ils avaient perçu un changement, deviné une présence inamicale.

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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 06:54
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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 06:49

 

Des nuages nombreux obscurcissent les cieux,

Les humains apeurés désormais s'interrogent,

Auraient-ils par hasard mécontenté les dieux,

Agit stupidement, arrêté les horloges ?


Le silence se fit quand les premières gouttes,

En douceur sur le sol se mirent à tomber,

La stupeur s'afficha et estompa le doute,

Ainsi les prédictions disaient la vérité.


Émotions et angoisses, ces insidieux vampires,

Parcourant les chemins envahirent les âmes,

L'effroi était en joie, la peur se mit à rire,

La Camarde reprit et aiguisa sa lame.


La pluie s'accéléra en étouffant les cris,

Crues et inondations élargirent leurs bras,

Ces mots j'en suis certain sont mon dernier écrit,

Et sur l'humanité l'eau jettera un drap.


Nul Arche ne viendra comme un ultime refuge,

Capturer des duos et sauver notre espèce,

Assumons ce destin et passons à la caisse,

La Vie profitera de ce nouveau Déluge.

 

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 06:37
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 06:45

 

Bachroom : Pièce en sous-sol, peu éclairée, accueillant des concerts où chaque auditeur se fait aussi instrumentiste.

Décompresser : Mais où vont-ils ?

Fédécondité : Tendance poussant les plus faibles à se reproduire pour compenser.

Hiérarchier : Pouvoir des échelons intermédiaires d'une société sur ceux d'en-dessous.

Mécontentementeur(se) : Politicien(ne) prompte à faire des promesses impossibles à tenir.

Naintellectuel : Petit cerveau doté d'un grand égo, et souvent d'une chemise blanche...

Potence : Instrument de musique de chanvre.

Proctanalyste : Explorateur de l'esprit passant par la sortie.

Prosetatique : Besoin irrépressible d'écrire chez des écrivains avancés en âge.

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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 06:16
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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 07:11

 

                                                  01


Doucement elle ferme la porte, retenant le pêne avec sa clé. N’entendant aucun bruit elle descend veillant à ce que ses pieds ne produisent aucun écho sur les marches de pierre. L’inutilité de son cérémonial la fait sourire mais ce jeu l’amuse. Quelqu’un venant elle remonterait, par jeu, personne ne rentre jamais à pareille heure, tout est calme, son bon génie est à l’œuvre et elle lui envoie une pensée reconnaissante.

L’épreuve la plus difficile est l’ouverture de la porte donnant sur la rue, en fer forgé, d’autant plus lourde qu’elle la retient pour limiter un gémissement que la nuit s’amuse à amplifier. Elle se souvient combien lors de sa première escapade, paniquée par le grincement, elle était restée tétanisée comme si les fenêtres allaient s’allumer, les croisées s’ouvrir et d’innombrables curieux se précipiter pour l’observer avant de l’interpeller. Rien ne s’était produit et si depuis elle avait pris confiance un fond d’angoisse lui restait qui augmentait son plaisir.

Un claquement, la mâchoire s’est refermée dans son dos, elle regarde, attentive, l’émotion est toujours là et son cœur bat, bat… La dernière marche, le trottoir, un chemin parcouru d’innombrables fois de jour, plus quelques-unes unes de nuit

Le souvenir de sa première sortie nocturne est vif, retrouver les gestes de ces minutes lui procure l’illusion que le temps hésite, se raye comme un disque et ne passe plus vraiment.

Besoin d’être ailleurs, seule, sans murs autour d’elle.

Allongée elle ne parvenait pas à s'endormir, elle se leva, s’approcha de la fenêtre, hésitante sur la nature de son désir.

La nuit était sombre, les nuages bas semblaient gorgés d’une pluie qu’ils ne se décidaient pas à lâcher sur le monde. Elle sourit en les regardant, cela lui arrivait souvent, sans se soucier des questions d’éventuels spectateurs sur une attitude dont l’origine leur était inconnue. Ces cumulus ne l’effrayèrent pas, elle aimait se promener sous la pluie en été, sentir ses vêtements collant à son corps, ses cheveux former une masse informe, en rentrant personne ne lui demanderait rien, personne.

Elle ouvrait la bouche laissant l’eau l’emplir avant de la rejeter, rêvant d'explorer ainsi le fond des mers. Y être la première, l’unique. Souvent elle éclatait de rire, manquant de s’étouffer alors que la pluie l’isolait d’un monde déplaisant. Elle avançait, insouciante des remarques murmurées plus ou moins bas. Que lui importaient ces regards vides qui à son passage s’animaient d’une lueur de curiosité bien vite éteinte ?

Un jour une petite vieille l’avait saisie par l’épaule pour lui dire que son comportement n’était pas sain, qu’elle allait être malade si elle ne l’était pas déjà. Je vais te raccompagner chez toi avait-elle dit d’une voix qui aurait pu être celle d’une hyène.

Sa bouche étant pleine d’eau elle la recracha habilement sur l’ancêtre qui ne s’attendait pas à cette réponse. Il y a des fessées qui se perdent ! Glapit-elle en s’éloignant alors que l’enfant l’avait déjà effacée.

Y repensant elle se dit que les passants avaient dû être intrigués par cette personne âgée parlant seule. Les apparences sont parfois trompeuses.

Ainsi puisait-elle régulièrement dans son album intime une image, représentation d’un instant qu’elle revivait. Quelques secondes passaient, le temps formait une parenthèse, après quoi elle reprenait son activité comme si de rien n’était ni avoir perdu le fil. Elle vivait dans son passé bien qu’il fut court. Le réel lui importait peu ou seulement le temps d’engranger un souvenir de plus qu’elle retrouverait au moment opportun. Elle avait appris à contrôler cette habitude, s’empêchant d’y céder en des circonstances qui eussent éveillé la curiosité d’un entourage déjà intrigué par son comportement habituel.

Elle souriait en se remémorant un passage au tableau. Alors qu’elle devait résoudre un problème inintéressant, son esprit avait ouvert une porte intérieure et son attention y fut attirée sur-le-champ, un moment elle était restée le bras en l’air, les doigts serrés sur la craie, semblant concentrée sur l’équation mais ayant oubliée où elle se trouvait.

Sa situation, ses camarades, la classe, tout s’était estompé. S’imposait un décor flou, mélange de souvenirs vécus, lus, vus, compilation au charme fascinant dont elle eut du mal à sortir quand le professeur lui demanda si elle allait terminer ou non. Elle avait tourné la tête vers lui, ses yeux déchirèrent l’écran, elle sourit, serra les dents pour ne pas rire et termina son exercice. Depuis elle prenait sur elle pour ne pas trop s’immerger dans son monde quand elle pouvait être surprise.

Devait-elle sortir ou regagner son lit pour contempler des images floues et remâcher son désir ?

Les nuages restèrent muets alors que souvent alors que la pluie lui racontait de surprenantes histoires.

Un souvenir s’imposa, alors qu’elle se croyait seule dans une rue et parlait tranquillement elle s’était fait interpeller par un clochard allongé sous une porte cochère. Elle s’arrêta, stupéfaite comme l’est le somnambule sorti de son état brusquement.

- Je t’ai fait peur, excuse-moi, j’ai pas fait exprès.

Elle regarda l’homme qui avait levé la tête vers elle sans bouger. Ne lui trouvant rien d’inquiétant elle se détendit et lui fit face. Elle réagissait immédiatement avec les autres, sachant se faire petite fille souriante et attendrissante ou se renfermant, visage de pierre dans lequel seules vivaient les fenêtres de son regard, lumineux d’une intensité qui se braquait sur son interlocuteur et explorait son âme avec une acuité rapidement insoutenable.

Elle sourit au mendiant qui tenta d’en faire autant avec un résultat moins charmant.

- J’ai parlé sans réfléchir, vous voir souriante sous la pluie m’a surpris.

Elle fut heureuse qu’il en soit venu au vouvoiement.

- Ce n’est pas grave, je rêvais, souvent je me raconte des histoires quand je suis ou crois être seule.

- Personne ne vous écoute ou c’est vous préférez la solitude ? On se ressemble !

Son visage s’illumina.

- Avec qui, et pourquoi si je me trouve bien de soliloquer ?

- De soli… Bien sûr, bien sûr… Vous ne voulez pas vous mettre à l’abri, vous allez choper la crève.

- Je suis déjà trempée, un peu plus n’y changera rien, il fait assez doux pour que rien ne m’arrive, j’ai l’habitude. Ne vous inquiétez pas. La pluie est une amie, c’est souvent à elle que je parle ou aux nuages dont elle est l’expression. Vous interpellez souvent les passants ?

- Souvent oui, mais je compterai sur les doigts d’une main ceux qui me répondent. Les enfants ont peur de moi, leurs parents leur ont dit de se méfier. Je les comprends mais cela me fait du mal quand même. Vous vous êtes calme.

- Toujours et je me sais capable de courir vite et de crier fort.

- Avec mes jambes je ne pourrais pas attraper un escargot.

- Vous devez être bien seul.

- C’est vrai, je n’ai comme amis que mes semblables ou les gens qui aiment s’occuper de plus pauvres qu’eux. Je ne les critique pas, mais chez certains c’est comme s’ils s’obligeaient à quelque chose dont ils n’ont pas envie pour une raison secrète.

- La solitude je connais.

- A votre âge vous devriez avoir plein de copines, de copains.

- Je n’ai rien à dire à mes camarades, pour les adultes je suis une enfant, je préfère parler aux choses plutôt qu’aux gens.

- Si cette compagnie vous convient.

- A quelqu’un d’autre je ne parlerais pas ainsi.

- Nous ne nous connaissons pas, nous reverrons nous jamais ? J’essaie de ne pas dormir deux nuits de suite au même endroit, je voyage, sans aller loin mais en ne restant pas en place.

- Seules les montagnes ne se rencontrent jamais, faisons confiance au hasard pour qu’il nous remette en présence.

Il ne le fit jamais !

Un ami est-ce cela ? Un inconnu à qui nous parlons le supposant sans préjugé, sans raison de nous causer du tort par la suite ?

Elle secoua la tête pour faire danser sa chevelure avant de la saisir et de la faire pendre sur sa poitrine, côté cœur.


Sa décision prise elle s’habilla rapidement pour retrouver une ville qu’elle voulait découvrir sous un nouvel angle.

Sens aux aguets, se voulant fantôme elle fut vite dans la rue et le choc fut important pour elle. Un nouveau monde, si proche et cependant si différent, moins coloré, moins bruyant. N’était cette rumeur lointaine elle aurait pu se croire seule. Elle parcourut du regard les façades, porta son attention sur les fenêtres allumées, cherchant des ombres indiquant qu’on la surveillait. L’idée la fit sourire, qui aurait deviné qu’elle sortirait, et qui, la voyant, lui accorderait de l’importance ?

Personne, les insomniaques se trouvaient devant leur télévision, du rien face à du vide.

Passé le premier coin de rue elle s’immobilisa pour profiter de la situation et savourer une vraie solitude. Quoi qu’elle s'affichât impassible devant les autres elle supportait difficilement les regards. On la disait jolie, devait-elle pour cela être épiée comme une proie par des hommes se croyant irrésistibles ?

Combien de fois avait-elle maîtrisée son émotion pour se laisser aller seule dans sa chambre, tête enfouie dans l'oreiller, pleurant des larmes aussi glacées que son mépris. Elle passait pour être insensible mais était le contraire et affichait une hauteur moqueuse pour se protéger de ce qui pouvait la faire souffrir.

Elle goûtait ses larmes, bonbons écœurants au goût de défaite.

Elle savait pourquoi cet homme l'avait regardé et que cela s’accroîtrait avec les années. Comment imaginer qu’un jour elle prenne plaisir au regard d’un homme, comment ?

Plus tard, dans une vie à venir encore lointaine.

La place s’ouvrait devant elle, îlot central plantée en son centre d’un couronne de drapeaux, le pont enjambant la rivière, elle aurait aimé que ce fut le Styx, le traverser sans espoir de retour.

Elle allait, tirée par des fils qu’elle ressentait à peine.

Ainsi prit-elle l’habitude de ce trajet. Le quai, d’un côté les arbres, la chaussée puis les façades sombres d’immeubles dissimulés par les branches, de l’autre un muret de pierre puis une digue de plusieurs mètres avant la berge et le cours d'eau indifférent. Elle observa l’autre côté, imaginant un autre monde, sachant qu’elle n’en trouverait jamais l’accès, que la réalité serait implacable, déjà elle sentait ses pensées prises dans les sables mouvants des contraintes d’une civilisation déplaisante.

Quand passait une voiture elle s’immobilisait pour se fondre dans le décor, elle détestait ces boîtes de conserves, l’enfermement, alors que dans sa chambre c’était le contraire. La porte restait close, pas question que n’importe qui entre et la surprenne.

Personne n’avait le droit de s’occuper de son univers, elle ne laissait rien au hasard et détestait le désordre. Chaque objet avait sa place, le plus petit bibelot avait son histoire, la moindre image sur le mur lui remémorait un secret protecteur d’une hostilité laissée à l’extérieur. Allongée, regard errant sur les murs, les meubles, souriante aux murmures de chacun.

Être à l’écart des normaux comme elle disait pour signifier qu’elle était différente et se considérait comme telle, sans se voir supérieure, non, seulement étrangère, mal à l’aise avec des individus qu’elle ne comprenait pas et qui le lui rendait bien.

Difficile pour une enfant de fréquenter ses semblables à l’école, ces normaux s’agitant en tous sens mais moins dérangeant que les adultes.

Normaux ! Un mot qu’elle retint alors qu’elle était interrogée par la directrice de son école sur son désir de rester à l’écart. Ils sont normaux ! Formula-t-elle dans son esprit, ces mots ne franchirent pas ses lèvres. Elle murmura seulement qu’elle en avait pas envie, qu’elle aimait la solitude, les divertissements de ses copains l’intéressant peu. La directrice lui répondit que c’était son libre-arbitre mais qu’à son âge la communication était importante pour la formation de sa personnalité.

- Tu es difficile à comprendre tu sais ?

- Je sais, pourquoi le vouloir ? Vous pensez que j’en ai besoin ?

- Peut-être es-tu moins différente que tu le penses.

- Mais plus que vous l’imaginez !

Voix calme, regard limpide mais derrière les iris de l’enfant la grande personne sentit autant un défi qu’une certitude contre laquelle il serait vain d’aller. Elle hocha la tête devant cette enfant qui l’intriguait, trop belle, probablement surdouée, inadaptée à un environnement médiocre, normal ! Elle suivait, répondait sans effort, sans manifester l’envie d’être comprise, vivant en un monde intérieur, probablement complexe, mais suffisant, ce qui l’effrayait davantage.

L’inconnu fascine d’abord qui a le moins de chance (de risques ?) de le comprendre.

* * *

Seule dans la nuit, l’air même était différent, doux, gorgé d’une sérénité qu’elle savourait.

Partie plus tôt elle put aller plus loin, atteindre un vieux jardin public près de la rivière. Sol de graviers, quelques bancs, pour toute verdure des haies et quelques arbres ayant du mal à trouver leur pitance dans un terrain pauvre et un air empuanti par les automobiles. Eux aussi la nuit se sentaient exister et la présence de l’enfant qui passa sur leurs troncs rugueux une main douce fut un réconfort qu’ils ressentaient sans moyen de l’expliquer, sûrs pourtant qu’elle le partageait.

Pour la première fois alors qu’elle regarde le ciel des larmes montent à ses yeux, glissent sur ses joues, une émotion nouvelle comme une vague passant en elle, là-haut, quelque part existe-t-il une réponse à ses interrogation, le moyen de comprendre ce qu’elle est et en quoi sa présence est indispensable ?

Sort-elle pour échapper à un environnement trop amical ou pour simplement s’asseoir, regarder l’obscurité, attendre…


La place est déserte, le pont, en face un jardin public fermé la nuit par une grille qu’elle craint d’escalader. Dommage, ainsi elle pourrait se perdre dans la nature sans s'éloigner vraiment. Elle a toujours aimé cet endroit, les petits chemins, les animaux qu’elle observe sans les déranger. Plus jeune elle aimait y aller seule et quand un homme l’avait suivi elle avait pris cet événement pour un jeu, saisissant la première opportunité pour disparaître aux yeux de l’importun qui, peut-être, se serait risqué à l’aborder.

Seule avec la rivière sombre coulant près d’elle, chargée de rêves, d’espoirs, d’envies irréalistes. L’eau ne cherche pas à savoir, elle est là, souvenir d’un autre temps, d’une vie d’avant la vie. Nul doute que si la directrice lisait en son esprit elle trouverait cette enfant encore plus attirante, ou effrayante.

L’un va souvent avec l’autre, et le renforce.

La ville sommeille. Si le monde pouvait ainsi dormir, elle entrerait dans son rêve pour oublier une réalité déprimante. Une journée copie de la veille, une vie résumée à quelques situations se déplaçant dans le temps sans laisser la vie s’insinuer dans ces blocs de vide que sont les rites sociaux ou culturels. Elle devine son avenir et tempère son envie de hurler secouant son âme d’une ombre de désespoir à côté de laquelle l’obscurité la plus complète semble claire et optimiste.

Continuer sa balade, renter, retrouver son lit, repartir pour une autre journée, prélude à une sortie de moins en moins nouvelle.

Ainsi se comporte une gentille petite fille… Machinalement elle cherche autour de son cou le collier qu’elle crut sentir.

Est-elle sûre que ses escapades soient secrètes ? Les interdire l’inciterait à continuer, la laisser faire, en la connaissant, c’est savoir qu’elle va se lasser et s’arrêter d’elle-même.

Lui ferait-on confiance au point de la laisser seule ainsi ?

Allongée elle pourrait imaginer ce qu’elle voudrait sans risque, difficile de surveiller une pensée. Une pensée…N’être que cela, une pensée sans support organique, capable de faire ce qu’elle veut, sans contrainte. Un souhait, rien que cela… Et pourtant …

Si une lampe venait à croiser son chemin…

Elle se décidera une fois rentrée chez elle, dans le calme d’une cage à ses mesures elle trouvera une réponse à une question mal formulée de peur d’être compréhensible.

Elle ne veut pas pleurer pour cette sensation d’être dans un désert où nul ne viendra. Les autres seraient-ils utiles malgré tout ? Leur présence est gênante, leur absence serait-elle pire ?

Les oiseaux dorment, la vie a disparue, en restent les simulacres humains ! Elle est dehors et ne veut pas se dédire en renonçant mais à quoi bon sortir ? Où qu’elle aille elle se rencontrera sur son chemin comme une ombre dont elle ne pourrait se séparer.

Le jardin est là, quelques pas encore, et les graviers ne cessent de crisser sous ses semelles. Quelques lampadaires font ce qu’ils peuvent ! Pourquoi davantage ? Qui, de nuit, aurait envie de se retrouver là, et aurait-il besoin de lumière ?

Cela lui convient, elle préfère l’ombre et le silence. En avançant elle s’est interrogée sur son comportement si elle rencontrait quelqu’un. Il lui prend parfois l’envie de sortir et de se mêler à la foule comme si ses pseudo congénères la protégeaient de quelque chose. Elle les observe, note un comportement, écoute des bribes de conversation prises au hasard…

Qu’importe ces souvenirs, son comportement, lui manque la gomme mentale qui éliminerait les interrogations douloureuses.

Quelques pas, une haie et ce banc sur lequel lui vinrent ces pleurs qui depuis coulent en elle sans trouver la sortie.

Ce banc... Son banc ! Une silhouette y a pris place !

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