Dans l'Ombre des Murs - 5
06
- Finalement les rôles s’inversent. Les paroles de votre grand-père vous hantent, vous
voudriez réussir où il échoua pour justifier son espérance. Pensez-vous que ce chemin vous mènera quelque part ?
- C’est celui de la vie. Comme lui je me consacre à mon travail au détriment d’une vie
personnelle qui pourrait être plus riche. Je ne le regrette pas, pas encore si vous voulez. Je tâtonne et si je ne trouve rien j’aurais au moins la satisfaction d’avoir essayé. Auriez-vous la
même impression si la mort vous posait la question ?
- Je ne sais pas. Personne ne m'indiqua ni chemin ni quête à suivre. J’ai avancé, poussé ou
tiré par des forces que je ne contrôle pas, vous avez poursuivi consciemment votre voie. Emprunter un sentier inhabituel est risqué. Si je suis allé trop loin j'espère avoir laissé des traces
qu’un successeur découvrira au détour de ses interrogations. Rassuré de n’être pas le premier, économisant ses forces pour me dépasser.
- Facile d’imaginer une postérité achevant l’œuvre que vous n’auriez pu conduire à son
terme.
- Votre aïeul manipula son héritier, l’orienta pour vivre à travers lui. J’ai perçu sa
présence, plus en vous que dans ces murs, derrière vos yeux que dans les objets lui ayant appartenu. L’horloge l’observait plus que l'inverse. Je les entends, lui posait des questions, attendant
d'improbables réponses., elle, immuable dans sa sérénité, continuant à indiquer l’écoulement d’une force que la pensée ne peut contrôler. Mon absence de JE fut la qualité me permettant d'avancer,
ballotté par des interrogations contradictoires. Le temps mettra en évidence mon échec ou ma réussite. Si je laisse l’exemple d’une vie ratée, d’une œuvre inutile ? Et alors ? Elles
n’affecteraient personne, mais s’il y a une chance que le contraire s’avère alors j’aurais eu raison, quoi qu’il en soit je ne peux rien laisser de négatif.
- Nos point de vue s'affrontent mais pourraient se comprendre.
- Découvrir l'autre permet de s'entrevoir, vous disposez d’un je ayant du mal à exister,
prisonnier d’une ombre tutélaire et directive.
- Un je…
- Oui, des envies personnelles. Assumer un héritage est louable mais vous disposez du droit
de refuser celui qui n’est que dettes. Votre grand-père vous fit un cadeau empoisonné. Belle idée que continuer sa quête, mais le Graal qu’il cherchait, s'il existe, est-il trouvable en dehors de
soi ? Je ne vais pas vous faire un cours mais souvent l’individu extériorise des interrogations qu’il craint de diriger dans la bonne direction pressentant de déplaisantes découvertes. Vous
redoutez la vacuité de votre existence, craignez de comprendre qu’à tourner en rond l’on fait semblant d’avancer. Cet endroit est défavorable à l’existence personnelle, trop de troubles, la folie
est ce mur que vous entendez traverser, vous l'observez, avancez, tendant l'esprit pour l’atteindre, sans y parvenir. Je vous devine allant dans une chambre, la mienne, restant assis, humant
l’air, les yeux clos, palpant les parois, cherchant dans leur douceur des murmures oubliés. Vous n’entendez rien ? C’est qu’il n’y a rien à surprendre. Vous avez pensé demander à ce que l'on
referme derrière vous, sans passer aux actes. Ne le faites pas ! Vous y gagneriez déceptions et frustrations d’une vie qui n’est pas la vôtre. Il ne s’agit pas de trahir mais d’exister en dehors
de fils attachés à un manipulateur spectral n’existant que dans votre esprit. Coupez ces liens et vos pas vous dirigeront vers votre véritable existence.
- Démonstration parfaite, vous n’avez rien perdu de votre aptitude à jouer avec les mots.
Ils sont les filets que vous tendez vers autrui afin de l’amenez à faire ce que vous voulez.
- Les déments sont de grands manipulateurs pour survivre, ils s'abritent à leur façon. Ce
que votre grand-père fit. C'est évident, il vous a parlé d’enfermement, de son désir d’expérimentation comme s'il pouvait défier la démence sur son terrain avec une chance de la vaincre.
J’admets, l’effort fut louable, mais vain. Nous parlons franchement ? Manipulation dites-vous ? Il vous tenait sur ses genoux comme un ventriloque avec son pantin, une main passée derrière le
dos, en l’occurrence son esprit pénétrant, déformant le vôtre. Ces mots vous touchent, vous y aviez pensé, sentant le carcan comme le piège qu’il est et dans lequel vous êtes tombé trop jeune
pour en être conscient. Maintenant vous pouvez briser ce joug.
- Est-ce possible ? Vous-même avez vous jamais eu envie de réussir cet exploit ?
L’arracher, le jeter à terre et partir en l’oubliant. Le prendre en mains, le définir… Vous saviez que réussir briserait l’unité de votre être, vous tomberiez en poudre mentale comme une momie
qu’un souffle d’air frais vient caresser. La belle au bois dormant poussant son dernier soupir dans la bouche du prince charmant penché sur elle. Il est des choses, et vous l’avez mentionné, que
l’on peut penser, définir objectivement, mais sur lesquelles rien n’est possible puisqu’elles font appel aux puissances qui nous construisent, comme s’il fallait se détruire soi-même. Vous et moi
sommes prisonniers de vies contraignantes, de moules interdisant certaines expansions sociales ou mentales mais nous ouvrant parallèlement des gouffres en lesquels nos regards plongent. Le vôtre
plus que le mien, en des profondeurs que je me sais incapable d’atteindre. Vous direz que c’est mieux. Nous ne pouvons aller contre nous-même. Appelons cela destin, définissons une chaîne dont
nous sentons le poids sans pouvoir l’enlever. Que resterait-il de nous ? Un je trop faible pour exister, engoncé au cœur d’une personnalité cocon/nid
protectrice.
- Vous avez raison, cousinage intéressant, chacun apprend de l’autre, exprimant ce qu'il
pense sans oser se l'avouer, progressant sur la voie d’une rencontre avec soi Miroir nécessaire, difficile d’approcher ce reflet, de l’accepter. Avez-vous encore la possibilité de réussir où je
ne peux qu’échouer ? Je n'eus personne pour me façonner. L’enfant que vous étiez sur les genoux d’un vieillard n’eut pas le droit de grandir. Il le peut désormais.
- Pour quoi ? Un bonheur banal, une vie normale. Ai-je envie d’une existence de ce genre ?
Si ma situation est pénible, au moins me laisse-t-elle percevoir la vie avant de la croiser dans le regard de la mort. Une existence de beau au bois dormant rêvant d'une impossible perfection,
s’éveillant au contact de la mort. Est-ce la sensation qu’au dernier moment s’arrache le voile masquant notre lucidité qui fait que mourir est terrifiant ?
- Pourquoi pas, mais pouvons-nous définir la vie ?
- Chacun comprend la sienne sans se croire dans une geôle sociale. Mon grand-père me voulut
à son image mais je lui ressemble. Cela réussit par la communauté de notre patrimoine génétique. La cire de l’hérédité fut sensible à ses pensées quand une autre n’aurait enregistré racontars de
vieillard rattrapé par la sénilité. Je n’ai qu’une vie, pas moyen d’en essayer une autre pour choisir. J'en serais incapable, je me demanderais si une troisième et puis une quatrième, et ainsi de
suite sans être jamais satisfait ni être certain que c’était la bonne. Il est impossible de changer ce qui est, nous le savons.
- Au moins sommes-nous éveillés, allongés sur le lit de l’illusion mais les yeux tournés
vers le réel, tentant de comprendre et nous préparant à survivre à ce que nous verrons.
- Vous exprimez ce que je ressens.
- Discussions à bâtons rompus, loin des sujets prévus. Tant de zones d’ombres subsistent
impossible à résorber comme à éviter. Que serait une vie uniquement faite de cases blanches, sinon l’illusion de l’idéal atteint ? Le drame du fou c’est de n’avoir droit qu’à une seule
couleur.
- Formule heureuse.
- Magique ?
- Riche de sens, simple mais profonde aussi.
- Ignorez-vous que tout flatteur…
- Pas plus que vous.
- Je crains qu’un autre ne mange notre fromage. Qu’importe ce vil plaisir attaché à la
satisfaction de basses pulsions organiques. Êtes-vous obligé de rendre compte de vos travaux avec moi ?
- Si rien ne sort de nos entretiens ce sera plus vite fait, si j’en tire un ouvrage je
devrais faire état de nos échanges et les assumer.
- Sans avoir à le faire pour mes déclarations ?
- Dans certains cas contourner l’ennemi est le meilleur moyen de le prendre de
face.
- Cette formule vous honore.
- Elle est digne de vous.
- Digne… C’est d’avenir que nous parlons. Je m’interroge, lequel de nous est la belle
dormant, lequel le prince ?
- À moins que l’éveil de l’un n'appelle celui de l’autre, qu’une gémellité spontanée nous
fasse ouvrir les yeux simultanément. Seul, l’un n’aurait pu, avec l’autre c’est possible. Nous rêvons ensemble, ou parlons dans un demi-sommeil, espérant être entendus. Le destin a prévu le coup
depuis le début. Chacun est la face cachée de son simili jumeau, sa complétude. N’ayons pas peur des mots. Nous avons une chance de supporter la réalité.
- Une chance pour deux, à partager pour un seul .
- Le temps apportera la réponse quand il sera trop tard. C’est mieux ainsi, nous nous
affronterions poussé par l’instinct, chacun voulant l’emporter, nous précipiterions notre double perte.
- Ce serait dommage professeur. Ne nous regardons pas en chien de faïence, la vie nous
départagera, ni vous ni moi ne sommes sûrs de réussir, l’espérer est le signe de notre humanité. Rêvons, maintenant-nous en vie de cette façon. En chacun se trouvent des coins d’ombre, comme si
un feu était passé en nous, plus violemment en moi. Il couva longtemps, les braises eurent du mal à prospérer en belles flammes rougeoyantes, quand elles le firent ce fut avec un appétit
multiplié par la frustration. Un incendie de forêt semble ne rien laisser derrière lui, de près on s'aperçoit que certaines zones résistèrent. Elles prospéreront par la destruction d’éléments
gênants.
- La destruction ?
- Je radote ! Souvent j'ai évoqué ma propension à la violence dans mes textes. Sous couvert
de fantastique ils mettaient en scène des êtres ou des forces manœuvrés par une rage intérieure incapable de s’extérioriser autrement. J’apprécie l’image du feu en soi, vision d’une terre
condamnée à la stérilité. J’aime l'idée de l’inutile dévoré afin que reste l’important. Dans ce décor il devrait me sauter aux yeux.
- Sont-ils ouverts ? Dans ces bois vous vous dissimuliez autant à vos camarades qu’à
vous-même, et l’incendie détruisit les souvenirs d’un passé auquel vous vous accrochiez.
- Creuser, chercher l’endroit sensible où survit celui que je fus.
- Vous autorisez-vous à voir ?
- Non, les murs sont là, murs de peurs, de lâcheté, du refus d’aller voir plus loin si j’y
suis, murs de terreurs inventées pour les regarder danser. Tant de mots jetés pour croire en eux, temps de vie que j’offris pour ne pas comprendre que je fuyais un passé qui, la vie tournant en
rond, désormais me fait face. Est-ce moi qui parle ainsi ou la folie qui me permet de tenir un discours faussement cohérent alors que dans vos oreilles il est le délire d'un psychotique ? Vous
n’êtes pas là pour me répondre, le feriez-vous que je ne vous croirais pas, pensant que vous me dirigez, que vous… ou son contraire ! En moi est la solution, la foi en un avenir au-delà de
l’apparence que je voulus si fortement que je la pris pour réalité. L’incendie n’est pas entré partout, il a couru sur moi, je l’ai senti venir, j’ai vu ses effets, sa chaleur fut une agréable
sensation, la peur qu’il ne me dissolve en totalité fut moins plaisante mais il n’a pas ce pouvoir. Je suis capable de lui résister, il prend ce que je lui abandonne.
- L’inutile ?
- Le superflu dont je me servis jadis, jouets d’un enfant refusant de grandir. Ainsi furent
les crimes odieux qui me distrayaient lorsque j’étais adolescent. Faut-il pour grandir que je les abandonne ?
- L’ombre est protectrice.
- L’enfermement protège.
- Du dehors ?
- Aussi ! Mais les éléments les plus nocifs sont derrière des remparts intérieurs. Je suis
entre deux parois se rapprochant. Se rejoignant elles me détruiront. Flammes ai-je dit ? Celles dans lesquelles je voyais disparaître mon œuvre. Feu nourri de pulsions, d’envies, d’instinct,
forces qui me tenaient debout. Nourri de ce que j’ignorai être. Le feu crépita longtemps. Qu’à-t-il laissé derrière lui sur ce champs de restes noircis ? J’espère que vous enregistrez, dans ce
fatras pourrait se trouver une remarque intéressante. Belle collection d’âmes que la vôtre professeur, vous choisissez les éléments les plus rares. Dans ce lieu il y a une aura une vitrine. Je
vous vois guidant les visiteurs, vous arrêtant devant une porte, ouvrant l’œilleton large qui ne laisse rien dans l’ombre. Expliquant le cas particulier apparu qui s’approche de vos visiteurs qui
s’effraient, reculent, redoutant une exaction pourtant impossible. La camisole chimique est efficace. Ils regardent, écoutent vos commentaires, vous expliquez le cas, ses particularités, ce qu'il
vous enseigna avant de continuer. Votre grand-père était un chasseur croyant sa liste complète mais découvrant que manque l’élément le plus important, le plus rare. Il se mit à le traquer
refusant d'admettre qu’il était l’ultime élément. Il y a quelque chose de fou dans la hantise de ce qui manque sans se satisfaire de ce qui est présent. Il aimait comprendre comme les Jivaros
aiment réduire les têtes. Le cas enregistré ne représentait plus rien. Il comprit en venant s’asseoir, il cherchait l’incompréhensible, une quête hors de sa portée. Alors il cessa de lutter,
laissant un bilan positif mais regardant son destin comme un pantin regarderait ses fils. Il fut un prédateur ayant compris que l’humain est l’adversaire le plus redoutable, le psychisme le
terrain le plus difficile. Derrière son bureau il pensait à sa proie sans besoin de sa présence, préparant le piège.
- Vous aimez l'idée d'inverser les rôles. Le gibier devenant traqueur.
- Ce mot me définit correctement. Vous avez aimé la chasse.
- Jadis, un matin, guettant des proies que je ne mangerais pas je pris conscience du
ridicule de ma situation. Affligé de mon comportement j’ai brisé mon fusil et n’ai plus recommencé.
- Dès cet instant votre métier fut plus passionnant.
- Vous avez raison, il y a une forme de chasse dans ma profession, et le péril est plus
psychique que physique mais pas moins inquiétant. Je préfère ma position actuelle, la folie est une ennemie fascinante.
- C’est en soi qu’elle devient un adversaire digne d’être affronté, au plus près. Vaincre
est impossible, tel Antée elle retrouve ses forces en touchant le sol. Il convient de lutter intelligemment avec elle, sans confrontation violente. La sauvagerie lui appartient. Le mieux est de
l’aimer plus que de la haïr, ainsi avons-nous une chance de faire durer le combat, sans réelle possibilité qu’il s’achève en notre faveur. Vous avez dit que vous ne mangiez pas vos victimes, mais
ne peut-on, ici, parler de cannibalisme mental ?
- Le concept mérite qu’on s’y attarde, il pourrait être adapté à bien des comportement.
Nous sommes des animaux régis par des lois que nous refusons mais qui n’en sont pas moins puissante, au contraire. Prédateurs, gibiers, la société s’explique ainsi.
- Finalement je préfère un rôle non basé sur de simples réactions au contexte, à la seule
observance de lois archaïques et organiques.
- Vous êtes terriblement lucide sur les comportement humains, bien que vous vous soyez
efforcé de vivre hors de la société.
- C’est l’inverse ! D’avoir compris mes contemporains j’ai préféré m’éloigner, chercher
d’autres aspirations, ces tourbillons psychiques que je voulus connaître de plus près. Tourbillon, joli mot, vortex, tunnel s’ouvrant devant moi, m’attirant, j’ai envie de plonger, de disparaître
d’un monde qui ne fut jamais mien. Physiquement je ne l’ai pas fait, semble-t-il, reste que ce tourbillon est un vieil ami, je comprends son langage, j’entends ses promesses.
- Ce n’est pas tout n'est-ce pas, une image revient et vous intrigue.
- Un pont, une rivière, des tourbillons, le mot est bien fort, quelques remous violents
quand le débit est important. Je l’ai observé souvent, longtemps… Quelque chose se produisit en ce lieu, brutal comme un voile se déchirant ou se resserrant autour de moi. La nuit s’impose comme
elle le fit alors que l’eau m'offrait une paix méritée.
- D’où veniez-vous ?
- De chez moi. Je me vois cessant d’écrire, sortant, ensuite nulle image ne me revient,
nulle vision dont je sois sûr qu’elle vienne de ce temps. L’imagination s'appuie sur ce qui dû, logiquement, se produire. La brume épaisse envahit mon esprit. Je tente de trouver mon chemin,
j’observe l’eau, l’écoute, la désire… Ai-je plongé ? Je l’aurais pu, qui aurait pu me secourir, m’empêchant d’aller vers mon avenir ?
- Le destin.
- Sommes-nous ses pions ? Sauter ! L’imagination est une complice, est-elle une amie ? Une
gardienne m’aidant à délirer pour survivre.
- Vous redoutez ce pont ?
- Oui ! Le brouillard monte de la rivière, il pénètre mes os. J’ai du mal à maîtriser mon
tremblement, je suis là pour plonger, le froid est un ami. Dans l’eau glacée mon agonie sera brève. Je suis partagé entre ce désir et son contraire : Mourir lentement, comprendre ce qui se passe,
et, puisque mourir c’est se refroidir, dans ces eaux glacées je trouverais une mort à laquelle m’acclimater. Je lui lance le défi, la regarder sans baisser les yeux. Vous ne me direz pas ce qui
advint, si j’ai sauté et croisé la mort. J’imagine mon corps se figeant, mon sauveur m’extrayant de mon tombeau liquide. Elle était douce et des mains hostiles m’empêchent de la rejoindre. Mon
cerveau subit de graves lésions, je me souviens d’individus ramenés à la vie alors que leur température corporelle était tombée bien bas. Ce pourrait être mon cas. Au prix de ces cases noires
dans mon esprit. Je vois l’avenir, mon corps se flétrir, mon esprit perdre ses capacités. Le moment venu laissez-moi mourir sans me placer dans une machine. Je veux bien être un cobaye de mon
vivant mais à l’instant de mon agonie laissez-moi partir en paix. Être le repas des vers, vous savez que c’est le destin que j’attends. Nul ne me pleurera. Je suis une ombre du passé qui laissera
derrière elle une trace vite effacée. Restera de moi le cas que vous présenterez, l’utilisation que vous en ferez, ne me trompez pas, ne me grandissez pas non plus. Vos confrères sont-ils là, en
direct ? Y’a-t-il des caméras partout ? Est-ce l’arène nouvelle et moi le martyr livré au lion de la science que vous êtes ? Ce serait agréable, résister puis reconnaître ma défaite. Parler est
un jeu, je laisse couler comme un orpailleur fouillant la rivière, cherchant une pépite, n’en trouvant pas. Ai-je le temps, le mur de l’oubli peut-il se fissurer ? Le brouillard est sournois,
inconsistant, il fait perdre le sens de l’orientation. Je suis perdu, autour de moi une espèce de ouate se referme comme une eau s’infiltrant, noyant mon âme.
Dans l'Ombre des Murs - 7