
J'entends un bruit, lointain, diffus, comme
un souvenir qui s'efface, une brulure qui s'estompe dans une nuit si profonde qu'elle semble ne pas devoir finir. Enfin dois-je dire, je touche à cette rive que j'ai toujours cherché. Des ombres
de mes voyages subsistent, plus profondes que celles de ma jeunesse quand la poésie m'emportait que celle des continents lointains que j'ai voulu découvrir.
Ce n'est pas qu'une saison en enfer qui m'attend mais probablement davantage, peu importe,
il pourrait être l'ailleurs que je convoitais.
Peut-être sera-ce sur un bateau que je vais m'éveiller ou au sommet d'une haute tour, peu
importe, mon vrai but était de dormir et ces mots sont les derniers que j'écrirai,
eux qui furent pourtant les amis de ma jeunesse et m'aidèrent à la supporter plus qu'à la surmonter. Mon âme était emportée, charriée, brinqueballée et à chaque embardé de mon
imaginaire je ressentais une douleur telle que je devais l'exprimer, l'expulser, que ne me suis-je exorcisé plus tôt j'aurais pris une voie différente et peut-être... Mais de ce qui n'advint pas
et seulement l'aurait pu il est vain de parler puisque cela revient à évoquer le néant.
J'ignorai quand je pris le train pour la première fois que j'irais aussi loin, j'emportai
l'espoir dans mes bagages mais quand je les ouvris il avait disparu à sa place des corbeaux s'envolèrent emportant chacun une part de moi.
Nul ne m'appelle, nul ne m'attend, il ne me reste plus rien à voir, probablement est-ce
pour cela que la nuit est si dense, mes sens déréglés s'usèrent plus vite que chez d'autres. A tout prendre j'en suis heureux, à quoi bon avancer si c'est pour aller nulle part, au moins
aurais-je vécu. Le feu que j'ai volé m'aura éclairé puis brûlé, sans doute devait-il en aller ainsi.
Ces phrases disparaîtront avec moi, je doute qu'un vivant les lise jamais, je préfère les
offrir à l'inconnu que les destiner à...

Maintenant je sais que Je est un autre qui n'existe pas.

