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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 16:50












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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 06:40














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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 06:10
Dans l'Ombre des Murs - 10 
 

                                                  11


- Les autres malades ?

- Oui ?

- Vous les observez, les interrogez, chacun est un mystère, presque un défi. Je les sens autour de moi comme une protection, les vagues se brisent contrent eux. Je reste dans mes décombres mais la partie principale est intacte, rien ne la déstabilisera. Vous aimez les ruines professeur, les formes que vous y trouvez. Arpenteur de restes, explorateur de vestiges, d’âmes à demi mortes, momifiées par la peur. Combien en avez-vous touché qui tombèrent en poussière ? Vous direz n’y être pour rien, je vous crois, malgré tout vous les examiniez pour les analyser, pas les aider. Conscient, vous, que rien qu’ils avaient atteint le point de non-retour. Vous imaginez une chapelle magnifique, toute de dorures mais la vérité est autre.

- Existe-t-elle seulement ? Joli mot n’est-il pas ; à l’instar de l’horizon elle recule au fur et à mesure que l’on s'avance.

- Le fou seul peut l’atteindre, oublieux de règles pas si impératives que cela. Tout dépend de son monde. Le vôtre n’est pas le mien professeur, nous semblons proches mais sommes si loin que nous ne pouvons que nous voir.

- Et nous entendre.

- Donnons-nous aux mots la même signification ? La différence est subtile, perceptible pourtant, ténue comme un passage.


- Inaccessible pour moi ?

- A vous de voir.

- Vous inversez les rôles.

- Pourquoi vous donnerais-je sans contrepartie ? Par bonté ? Parce que cela m’est utile ? Que vous voulez mon bien ? Expression amusante : Vouloir mon bien ! Vous saisissez l’ironie professeur ? Les mots nous trahissent, nous les utilisons mais que savons-nous d’un sens caché qu’inconsciemment nous préférons. Nos paroles expriment nos vraies, mais coupables, pensées.

- Mais pas vous.

- Il faut admettre que non.

- Vanité.

- Ce qu’il faut pour me rassurer, j’ai besoin de ma dose, je suis déjà à l'asile, si je déprimais où serais-je ?

                                         * *

Que serais-je ? Protégé d’un rempart de folie je laisse aller mon esprit, qu’il trouve, ou se perde ma situation changerait-elle ?

Ils savent que je suis là, j’ai le souvenir de commentaires d’infirmiers, un dialogue d’où il ressort que les patients le sont de plus en plus. Je peux penser que c’est à cause de moi, ce à quoi on me répondrait que j’utilise les faits d’une façon m’arrangeant.

Je le reconnais volontiers !

 

- Vous avez raison, ce serait dramatique. Nous parlons moins.

- Silence indicatif, nous ne gagnerions rien à rabâcher. Si vous pensez que durant mes silences des pensées vous échappent, non. Je m’absente sans disparaître. Je serais en peine de vous dire où je vais, je suppose que des processus mentaux intérieurs s'activent, la partie immergée de l’iceberg. Dommage que dans ces moments aucun espion électronique ne lise mon cerveau, vous feriez des découvertes intéressantes. A moins qu’il y ait des zones inaccessibles, fautes de moyens adéquats pour les explorer. L’explorateur c’est vous.

- Du cerveau, de l’esprit, l’un ne peut aller sans l’autre, comme peuvent s’unir une onde et un corpuscule.

- Fine remarque.

- Dois-je vous dire la vérité ?

- Vous l’avez prise dans un de mes textes.

- Oui, vous vous en souvenez ?

- Je l’ai compris en l’avertissement que vous m’avez adressé. Un roman, une nouvelle ?

- Un commentaire, un livre qui dut vous plaire.

- Je suis ravi que vous citiez les bons auteurs, ils sont rares.

- Ainsi n’avez-vous aucune raison d’être déprimé.

- Je ne le suis plus, heureux ?

- Pourquoi serais-je triste ? La perspective de mourir ici ? La mort en salut, salle d’attente sans personne pour venir m’y chercher.

- Elle vous passionne.

- Je la connais bien, comme la folie, l’une et l’autre en moi se tiennent la main, elles sont les fées qui se penchèrent sur mon berceau. Étranges marraines n’est-ce pas, mais au moins ne m’apportèrent-elles pas des cadeaux inutiles.

- Vous les avez déballés ?

- Elles m’ont dit d’attendre d’être assez grand pour en avoir l’usage, je crois l'avoir fait il y a quelques temps, c’était le bon moment pour en profiter. C’était ce qu’elles voulaient.

- Elles vous portèrent sur les fonds baptismaux ?

- Curieux sacrement ! Celui-ci je ne peux le renier.

- Vous rejetez l’autre ?

- Je ne m’y reconnais pas. J’étais trop petit pour avoir un avis, maintenant... Se conformer aux règles n'est pas les accepter.

- Il y du religieux en vous, ce besoin de transcendance.

- C’est la religion qui utilise ce désir inhérent à l’être vivant. Celui qui entend un appel lève la tête, regarde autour de lui, il veut savoir. Faute de trouver il imagine des solutions apaisantes. Le mot religieux est positif dans son sens de relier des pensées, des aspirations, pas n’importe lesquelles ! Celles, bêlantes, des fantômes ne m’intéressent pas. Sentir des fils nous manipuler incite à imaginer un manipulateur à la dimension de nos rêves.

- Belle image.

- Inadmissible par beaucoup Qu’importe, ce n’est pas à eux que je parle, ils jappent pour courir les voix divergentes finissant par croire en leur baratin. Ils se rassurent, c’est bien ainsi.

- Même leurs exactions ?

- Elles n’ont rien changé. La vie ne modifiera pas ses désirs pour eux, au contraire. Ils sont comme la folie, des tests ! Ils seront surpassés. Leurs églises, où assimilés, leurs asiles de non pensant ne les protégeront pas, ils verront les voûtes se fendre, ils entendront le tonnerre, sentirons le souffle du Jugement Dernier. A l’ultime seconde leurs chants cesseront pour laisser place à la terreur devant l’évidence d’un destin différent de celui qu’ils attendaient.

- Et ces paroles ne sont pas prophétiques ?

- Ce ne sont que des mots, des paroles que le vent emporte.

- Elles pourraient avoir un écho ?

- Savoir que leur auteur fut soumis à la psychiatrie serait un plus.

- Vraiment ?

- Mais oui ! En ce sens que ceux qui les refuseraient mettraient ces paroles sur le compte du délire, ils n’auraient pas forcément tort.

- Mais si c’était le cas ?

- Tant pis. Je ne m’adresse pas à eux pour les agresser ou leur plaire, je ne vise personne, me comprenne qui peut. Les autres peuvent m’ignorer, ils n’ont pas d’importance. Je suis bien ici.

- Avec ces idées vous fonderiez une religion personnelle.

- Le principe me déplait, la crédulité humaine est sans borne.

- La crédulité ?

- La connerie !

- Vous-même avez écrit qu’elle était la seule matière première de plus en plus abondante au fur et à mesure qu’on l’utilisait.

- Je ne m’étonne pas, pour un peu je me féliciterais.

- Vous ne voudriez pas le pouvoir sur des esprits faibles ?

- Pas même sur les forts. Le pouvoir ne m’attire pas, l’argent pas davantage. Non, penser seul, éventuellement donner une chance à mes textes de me dépasser, pourquoi pas, en tirer un profit matériel et personnel, non, pas pour moi.

- C’est bien.

- C’est tranquille ! Je n’ai pas envie de me fatiguer pour les autres, je veux bien écrire, penser, dire, pour le risque que chacun en fasse ce qu’il veut, en plein accord avec lui-même.

- Vos paroles sont empreintes de gravité.

- Vous faites bien de me le faire remarquer, je ne vais pas tarder à devenir chiant. Au long de nos discussions je note l’absence d’humour. Jadis j’étais drôle, j’aimais faire rire, usant parfois de la vulgarité la plus grasse, mais le but a atteindre le justifiait. Le rire, des autres est une protection efficace. C’est de ma faute, c’est moi qui parle, vous me répondez, m’orientez comme vous pouvez. J’ai moins besoin de me cacher qu’autrefois.

- Le raccourci est saisissant entre la religion et l’humour.

- L’inspiration m’emporte. Pourquoi tel mot, telle idée ? Je ne sais pas. Les mots viennent comme ils veulent, je ne cherche pas ailleurs.

- L’humour et la religion marquèrent votre vie.

- Le premier pour survivre à la seconde. Religion… J’aime l’idée d’être le maillon d’une chaîne venant de loin, l’impression d'un savoir accessible dégagé du voile primitif du rite et…

- Oui ?

- Un moment j’eus l’impression d’une présence dans mon dos, je sais que vos infirmiers m’observent pour assurer votre sécurité, personne ne peut nous voir, cet endroit est sans fenêtre. L’ombre d’un souvenir, une émotion en bourrasque giflant mon visage pour me réveiller. Présence ou absence, un vertige l’intérieur, l’impression de chavirer… Je suis près du vide, j’ai envie de m’y précipiter, et puis non, une sensation brise le charme, je sors du rêve et du piège dans lequel il voulait m’entraîner. Ces paroles ne vous étonnent pas, je le lis dans vos yeux, ils confirment ce que vous savez de mon existence ou de mon œuvre, voir des deux. Les images se superposent, je me revois, enfant, face à cette muraille se penchant sur moi, je marche dans le sable, je monte sur le rebord d’un bassin, vide en cette saison.

- Saison ?

- L’hiver ! Peur que l’eau ne gèle ! Je me promène, sans raison mais pas sans but, je suis sorti poussé par l’incapacité à rester dans un appartement où je ne suis pas chez moi, où rodent des présences que je n’aime pas. Je viens souvent dans ce jardin, m’y promène, seul, depuis longtemps. Tout gosse j’aimais y vagabonder sans craindre de mauvaises rencontres… Je n’attends et n’espère personne, pas même cette petite fille à laquelle je pense souvent. Une enfant ? L’image est riche d’une émotion porteuse de sens. Je vous sens attentif à ce que je vais dire. Suis-je sur la bonne piste ? Enfant, enfance ? Explication évidente ! Elle appartient à une époque oubliée dans un désert hanté de mirages. Oui, elle revint souvent dans mes histoires. Ma quête, le besoin de retourner le passé jusqu’à découvrir… Mais découvrir quoi ? J’ai creusé souvent au même endroit, j'y sentais une explication à découvrir. L’enfance comme une source, pas seulement l’origine, la planche d’appel, un point intermédiaire, celui où je peux retourner pour, y étant juché, replonger plus loin. Mes commentaires ne vous satisfont pas professeur ? Avez-vous réglé vos comptes avec votre enfance, avec l’image de ce que vous croyez être en regard de ce temps, de ce grand-père qui vous fit vieillir avant l’âge ? Il est normal de faire des bêtises, normal de se révolter, depuis toujours vous n’avez eu qu’une ambition, et encore, elle n’était pas la vôtre.

- Pourquoi détournez votre attention. Nos enfances furent différentes.

- En êtes-vous si sûr ?

- Oui.

- Surtout moi ? C’est ce que vous alliez dire.

- Vous éludez le sujet ?

- Je me souviens d'une femme avec laquelle j’ai passé mille heures à parler, quand cela devenait risqué je changeais de sujet.

- Parlez moi d’elle.

- Vous avez enquêté sur ma vie, vous la connaissez.

- Ce sont vos souvenirs qui importent.

- Elle est là, si proche des instants où mon masque changeait.

- Changeait ?

- Oui, celui qui parlait, se laissait aller, était-il le vrai ? Nous parlions des heures, personne ne me connut mieux qu’elle, personne… Changer de sujet est une nécessité, un dauphin remonte à la surface avant de retrouver les profondeurs. Je suis un cétacé mental.

- Belle comparaison, une manifestation de votre talent.

- Si vous le dites ! J’apprécie l’analogie. Nager à la surface, en pleines apparences, plonger, chercher les grands fonds, ceux où nulle pensée ne sut aller. Déstabilisant d’y parvenir, avoir une idée, en sourire, tant elle semble impossible, et constater qu’elle est plausible.

- Que trouvez-vous ?

- Un passage, entre les courants en évitant l’ivresse des profondeurs qui incite à s'accrocher à n’importe quoi.

- Tentation qui fut la vôtre ?

- Peu de temps. Je l’ai vu comme ce qu’elle était, un mirage. Je plonge, j’erre, cherchant je ne sais quels vestiges, que trouver en un tel lieu professeur ?

- Vous l’avez dit, je suis un explorateur de ruines mentales.

- Combien plongèrent trop longtemps, leurs cerveaux ne pouvant supporter l’absence de conscience se détériorèrent.

- Vous avez imaginé l’avoir vécu.

- Je cherchais une raison à ces vides, comme un assaut psychique ayant laissé des traces qui ne s’effaceront jamais, des blancs que jamais je ne remplirais. Ils font partie de moi désormais, quelque effort que je fasse je ne trouverais rien, pas de réalité, seulement l’impression de recréer pour combler, inefficace.

- Vous avez dévié.

- Pas sûr, partant de l’enfance, comme nous tous, elle est ce passage obligé dont nul ne fait l’économie. C’est en elle que se produisirent certains événement, que je m'alimentai aux mamelles de la démence, plongeant l’esprit dans le puits de la mort. Difficile d'être plus précis, même pour moi. C'est la folie dont j’ai senti la présence, pas celle que vous définissez dans tant de volumes pleins de mots compliqués, une autre, la vraie peut-être. Celle que vous cherchez. Elle n’est pas un chien professeur et si elle répondait à votre appel vous finiriez dans une de vos chambres, l’ironie vous amuserait-elle ?

- Vous feriez le professeur ? Vous disposez d’une grande expérience.

- Et vous de la compétence, c’est parfois différent. Insuffisant pour aller où vous voudriez. Vous mettez le nez sous la surface, tentez de voir dans cette nuit aqueuse et vous étonnez de n’y point parvenir. Vos éclairages théoriques et culturels sont vains, ils ne peuvent aller loin et moins encore pénétrer les failles les plus profondes de l’être. Imaginez la pression, les pensées vous cernant gênent votre lucidité. Dans un milieu pareil pourriez-vous conservez votre libre arbitre, vos capacités intellectuelles ? Au moment de respirer vous vous précipiteriez vers la surface en oubliant les paliers de décompression.

- Je suis mieux à ma place à la surface.

- Canne à pêche en main. Suis-je une bonne prise ?

- Fort bonne je le reconnais. Heureusement que tout mes patients ne sont pas comme vous, les journées seraient trop courtes.

- Ne m’en veuillez pas, moi je sais respecter ces fameux paliers, chacun est une marche, une étape, vers l’avenir.

                                         * *

L’avenir me fait de moins en moins peur, il excite en moi d’étranges appétits, de savoirs, de pensées, d’user de moi-même.

Encore faudrait-il que je puisse sortir d’ici, sortir…

Dans l'Ombre des Murs - 12

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 06:07
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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 06:57

 


Pathologie mentale quand je suis outrancière,

Je peux guider la vie du matin jusqu'au soir,

Apporter aussi bien bonheur que désespoir,

Je te prends au berceau, te laisse au cimetière.


Traquée par la science et si souvent moquée,

Que je semble affaiblie, proche de disparaître,

C'est l'occasion pour moi de me jouer des traîtres,

D'exploiter le présent et revenir masquée.


Un numéro fait peur, un chat peut terrifier,

Le parapluie ouvert menaçant dans la pièce,

Échelle dans l'entrée anéantit la liesse,

Un miroir est glaçant quand il est fendillé.


Ce jour est-il pour toi un instant d'émotion,

Tu te sens oppressé, vivement minuit une !

C'est vrai, ça paraît con, comme croire en la lune,

Mais qui peut échapper à la superstition ?


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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 06:53
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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 06:32

 

Ils devisaient gaiment, évoquaient le passé,

Tu te souviens du temps, où nous étions vivants.

Soucieux de liberté, plein de rêves d'enfants,

Que n'avons-nous pas fait pour les réaliser ?


Le second opina mais avec précaution,

C'est vrai, nous espérions améliorer la vie,

Et qu'avons-nous créés, et qu'avons-nous commis ?

Nous croyions en l'humain, combien nous nous trompions.


Les deux continuèrent en cessant de parler,

Chacun dans ses pensées, exhumant des images,

D'une époque éloignée aux illusoires messages,

Dont le présent cruel prouve l'inanité.


Nous pourrions revenir, ressortir l'appareil,

Pour passer le balai et assécher la fange.

De voir ces profiteurs l'échafaud me démange,

Mais, j'en suis convaincu, demain serait pareil.


Tu as raison Danton, mais nous étions si fiers,

Vaniteux, emportés, certains d'avoir raison,

La nôtre s'égara, alors disparaissons,

Nos enfants sont perdus, parole de Robespierre.

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 06:28
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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 07:03
Dans l'Ombre des Murs - 9 
 

                                                  10


- Surprise, Une séquelle de mon éducation. Un des symboles dont je fus nourri. J’en dispose, il est communicable, autant l’utiliser. L’idée d’un être en forme d’édifice est plaisante, des salles immenses, vides, des murs richement parés, des couloirs oubliés, des caves profondes, tout cela définit la psyché humaine. L’être intime. Je suis une construction organique, vivante, mais l’amusant est que mes composants les plus infimes eux ne le sont pas. Génie, folie, qui domine, quelle face de ce Janus se tient-elle à ma place ? Je l’écoute en me demandant ce que je suis et ce que je fais là. Souvent je me suis défini, en tant qu’écrivain, comme une porte, un minimum présent, je le pense toujours, ce que je dis corrobore cette opinion. Le JE croyant être moi est la somme des liens entre folie et génie leur permettant de communiquer à distance. Proches ils s’annihileraient comme matière et antimatière ; pensée et anti-pensée.

- Belle idée.

- Vous conservez ce que je dis, vous l'imprimerez. Si je parviens à sortir j’aimerais me lire pour me découvrir, pour puiser plus loin. Ces pensées sont des graines, germes d’envies plus profondes, difficiles à exprimer pour l’instant. Trop d’herbes folles poussent partout, trop de pensées délirantes à arracher, à jeter en tas pour y mettre le feu. Je retombe sur mes pieds, sur le besoin de repousser ce qui me gêne intérieurement. Dans le fatras de mes déclarations se trouvent des paroles méritant d’être retenues. Folie, génie, équilibre… Je me crus sur un pont mais ne suis-je pas, moi, ce pont ?

- Vos paroles sont sensées c'est pourquoi vous les redoutez. Parler en ombrant vos paroles de doute vous évite les responsabilités inhérentes à vos déclarations.

- Tout à fait. Vous êtes plus finaud que je le croyais.

- Si c’était vrai... Vous m’avez amené à le dire, vous aviez besoin de l’entendre, vous hésitez entre deux positions, le délire et l’acceptation de vos réflexions. Vous déciderez du meilleur côté.

- J’ai toujours préféré l’ombre et sa fraîcheur.

- Et la possibilité de vous y dissimuler. Ce fut longtemps utile, dans l’avenir ça ne le sera plus. De temps en temps y revenir comme un fauve retrouve sa tanière et s’y repose, cela serait positif.

- Un tigre dans son gîte y déguste ses proies.

- Il y a de cela en vous. Pas question de proies physiques, vous en avez eu votre content par l’écrit, mais des proies psychiques que vous dégusteriez avec délectation.

- Vous me connaissez de mieux en mieux.

- Vous êtes là pour ça. Je fais miroir. Vous aviez besoin d’un regard sans connotation affective pour vous rencontrer, vous reconnaître.

- C’est un pacte, de nous deux lequel est le Diable ? Je vous laisse prendre ce que vous pouvez et l'expliquer. Je ne sais quel titre aura le texte que vous me consacrerez mais vous le ferez. Chacun s’appuie sur l’autre pour avancer vers une destination propre, les deux étant difficilement comparables.

- Je ne suis pas un génie ni un fou. Et dire que nous sommes parti de votre description d’une église à laquelle vous vous compariez.

- Une église désacralisée, redevenue lieu de vie plutôt que de culte tant ces notions me paraissent opposées. Sans cette petite lumière indiquant la présence d’un pseudo esprit saint, idole que le croyant adopte en modèle, ainsi laisse-t-il son propre esprit sur le parvis où il peut se distraire avec les jongleurs, écouter les mystères, tenter, vainement, d’en saisir le sens. Je préfère m’y retrouver seul et qu’importe l’état des murs, ils dureront aussi longtemps que je le voudrais. Je me souviens d’une église de ce genre, des fouilles mirent au jour une nécropole antérieure. La croyance s’imposant remplace la précédente, les moutons ne sont pas perdus, l’étable est au même endroit ! L’église sur l’emplacement d’un culte pré-chrétien sait-elle qu’à son tour elle sera remplacée ? Vous fréquentez la chapelle de cet hôpital, professeur, vous y passez de temps en temps. Sans vous définir comme croyant quelque chose vous héle mais vous cherchez à l’extérieur ce qui ne s’y trouve pas. Vous aussi désirez vos murs et je parie que votre grand-père avait la même attitude. Ne vous étonnez pas de ne pouvoir avancer, vous êtes chargé de croyances si lourdes que vous ne pouvez plus marcher, à peine piétiner, la peur augmentera le poids que vous désirez porter ?

- Finement observé, cruellement exprimé.

- Simple reflet ! Nous sommes les jouets de forces nous dépassant. L’extérieur est apparence professeur, conventions facilitant la vie, mais derrière ? Votre chapelle n'offre que de fausses réponses.

- Et vos ruines que le vent froid du désespoir.

- Ne rien espérer c’est ne pas redouter l’avenir. Non que je pense que demain sera néant, je verrai ! Ce n’est pas votre philosophie. Nous sommes le produit de nos passés respectif, le mien vous le connaissez, quand au vôtre, vous le connaissez aussi. Moi j’attends.

- Optimiste finalement.

- Pour le moment. Rassurez-vous le soleil va tourner, je vais retrouver l’ombre et le doute me reprendra dans ses bras.

- Jusqu’au jour où vous n’en aurez plus envie.

- Viendra-t-il seulement.

- Il viendra, vous attendra, ce que vous en ferez…

- Personne ne m’attend dehors, je m’en souviendrais. Si quelqu’un m’avait aimé, ou si moi j’avais aimé. A moins que je ne l’ai repoussé instinctivement, certain de mon besoin de solitude pour continuer. Ai-je réussi, ai-je appris ? La leçon est devant moi, je l’ai retenue mais l’ai-je comprise ? De quoi me justifier ? Je n’ai pas le goût du pardon, pour le donner ou le demander.

- Vous êtes seul dans vos décombres.

- Mais j’y suis. Nous bavassons, des hommes intelligents comme nous ne peuvent-ils être plus clairs, plus rapides ?

- L’intelligence calibre un potentiel en réponse à un environnement, la faculté de le dominer, de s’y adapter.

- Je dois avoir un Q.I. inférieur à l’huître.

- Pas sûr, vous avez utilisé votre environnement pour rester sur votre chemin et y avancer. L’usage c’est autre chose ! Vous être intelligent.

- J’ai entendu cela si souvent quand j’étais enfant. Intelligent mais socialement inadaptable. J’ai su m’intégrer sans me perdre, à la lisière du monde. Le quittant j’aurais été récupéré, reformaté. Comment calculer le Q.I. du hamster ? Quand il fait tourner sa roue et mange ce qu’on lui donne il utilise son environnement. La société est une roue immense, nous tournons en courant aussi vite que nous pouvons, agitons nos petites pattes… Pour aller où ? J’en suis tombé, je vois mes ex-semblables continuer de s’agiter, m’étonne d’avoir survécu à la chute et au contexte. J’apprécie ce décor professeur, si cet arbre était un pommier je me serais interrogé.

- C’est un chêne.

- C’est une réponse ! Aucun péché n’est possible sans Ève.

- Vous le regrettez ?

- Non, cela ne changerait rien. Si vous étiez une femme la communication eut été plus difficile par émergence de l’émotionnel.

- Vous manipulez les émotions de vos semblables comme les vôtres.

- Elle aurait été la mère alimentant mon envie de naître.

- Supposition.

- Besoin d’un temps de répit, que se stabilisent mes pensées, de faire le point, au sens photographique du terme.

- C’est moins facile que vous le pensiez, n’est-ce pas ?

- Dire est gratuit, admettre le sens des mots demande davantage de soi. Vous aviez raison, je vous tire mon chapeau.

- Remarque ironique.

- Si peu, je sens une angoisse intérieure, fondée sur rien de visible. Un pressentiment, un souvenir attendant de me sauter au visage. Chercher ne m’aiderait pas, je douterais de ma trouvaille.

- Situation pénible n’est-ce pas ?

- Mais enrichissante, regrets peut-être de n’être pas perdu, d’avoir plongé mon regard dans l’abîme sans croire ses promesses. Je n’ai pas de mérite, elles sont fausses. J’imagine que je suis resté inanimé un moment. L'ouïe fonctionnant permet à la mémoire de conserver des bribes de ce qu’elle perçut. Ai-je entendu quelque chose me concernant, des remarques désobligeantes, des commentaires sur mon état ? Moqueries d’infirmiers me manipulant et me pensant légume définitivement. Enterré vivant en soi professeur, une situation que je ne vous souhaite pas. Je ne parle pas de ce syndrome qui permet de bouger encore une paupière. Être inerte, enterré sous-soi-même, prisonnier d’un esprit paralysé à la suite d’un choc violent. C’est ce qui me fit dire qu’au cœur de la folie la plus coercitive l'âme sait survivre. Je fus là haut, vis une lumière, je traduis un ressenti inexprimable autrement, puisant en moi des ressources inconnues j’ai réussi à me réveiller. Étais-je branché à un moniteur de contrôle, sonna-t-il pour manifester un changement dans la courbe de mon EEG ? Des curieux en blouse blanche autour de moi, heureux de l’autopsie qui s’annonce, à cerveau ouvert, à âme béante. Et vous en scalpel. C’est une promotion.

- Pour revenir d’un pareil voyage il faut une forte motivation.

- Transmettre un message, celui que je tentais d’exprimer dans mon œuvre en m’efforçant d’être le plus clair possible. La transcendance de ma vie, pas seulement un chemin personnel inutilisable par autrui.

- Mais tellement complexe.

- Il faut la mériter. Le souvenir de votre grand-père, de sa quête, vous hante. En rêve il vous encouragea, soutenant que vous étiez dans la bonne direction ? Simple auto-encouragement, pas la manifestation d’un spectre lointain.

- Je sais.

- C’était agréable pourtant. A la lumière de nos rencontres mes textes paraîtront plus clairs, s’il s’avère que je ne sors pas d’ici je serais heureux que vous les utilisiez de la meilleure façon. Je ne demande rien de plus, peut-être un jour, quelque part, se trouvera-t-il quelqu’un capable de les comprendre.

- Je ferais au mieux.

- Je ne vous mets pas en garde contre le danger de comprendre, vous êtes au courant, regardez-moi ! Évitez les idées préconçues et tout deviendra possible. Tout… ou presque.

 

Vivre ? Est-ce se sentir vivant que de se poser la question ? Devant le miroir l’âme ignore ce qu’elle voit, craint ce qu’elle perçoit. Dans l’image ce sont les arcanes d’un passé immémorial qui l’entraînent, chemin de pierres dispersées sur un torrent acide.

Je voulus y plonger, m’y perdre, la douleur m’arracha à la tentation, douleur externe, écho d’une autre, incompréhensible.

Douleur en promesses de plaisirs nouveaux, violents, de délices sans fin, d’un paradis masque du néant.

Toutes ces petites cages autour de moi, niches rappelant les tombeaux précolombien où chaque creux recèle une momie.

Je sais, ce sont des ombres singeant la vie comme si elle valait la souffrance qu’elles endurent. Hamster courant à perdre haleine, entouré d’autres croyant l’avoir choisi. C’est une forme perverse de vampirisme, de domination.

Combien de petites histoires, de rêves fous, d’espoirs, d’envies de faire comme moi ? Sensation de vertige et le cri au dernier moment quand l’esprit constate son erreur, qu’il voulut sans pouvoir, visant une destination inaccessible.

Je devine, cachée, une créature absorbant nos émotions. Sujet d’une nouvelle, et le grand-père ayant appris au cours d’un voyage en une terre secrète, une île probablement, des secrets de maîtrise de la vie éternelle. Ce serait amusant de rédiger cela, plus si c’était vrai.

Une collection de rêves, chacun apportant un plaisir particulier. Un jour la science permettra de plonger dans un cerveau pour lire ses pensées et ses émotions. Cela sera proposé à de riches oisifs en manque de sensations, pensant que la folie est le voyage à la mode.

Tant de formes humaines abritant autant de chaos psychiques, tant de sources encore pures mais, je suis rassuré, plus pour longtemps.

Écrire exprime ce désir, amener l’autre en soi, lui faire partager nos pensées, nos ambitions, nos cauchemars parfois. Là ce serait plus simple, une plongée en direct au cœur de l’inconscient, et puis quoi ? Je me vois attirant les curieux, par les mots ils viendraient dans mon esprit, ouvriraient le leur pour ne pas perdre le mien et seraient heureux de se noyer à ma place, croyant imaginer une mort qui serait réellement leur.

C’est elle qui s’amuserait.

Leurs cris résonnent en moi et pourtant par leurs bouches c’est moi qui hurle, ou l’aurais dû sans le pouvoir ? Leurs échecs me firent avancer. Les pierres sur ce fleuve chlorhydrique sont les âmes perdues d’avoir trop avancé.

Passer par autrui, dévorer leurs errances pour en goûter la substantifique moelle, au cœur d’os si durs que leurs volontés ne purent les briser.

Douter mais avancer, m’arrêter serait disparaître. Éviter les chemins trop fréquentés. Délires en chemin de pierre, murs que moi seul perçoit au travers de mots suintant d’un sang ayant perdu son pouvoir de coagulation.

Transpirer du sang, m’agiter et le répandre, regarder les gouttes éclater sur le sol, les parois, se muer en petits êtres animés d’une volonté propre, s’organisant, dessinant…

Suffit-il de croire pour que son rêve devienne réalité ou est-ce le meilleur moyen de continuer à rêver ?

Je peux tendre les bras, toucher le vide, si mon cerveau m’indiquait autre chose je le croirais. Douter de lui serait tout perdre. L’espoir murmure aux déments qu’ils peuvent arriver quelque part. N’ayant que cela ils le croient.

Le reste est derrière les murs.

Être debout, tournant en rond, assis sur un tabouret vissé au sol, attaché sur un lit ou prostré contre un mur capitonné, bouche obstrué par un bandeau, corps tenu dans une camisole, comment savoir et trouver la différence ? S’il en existe une, et une seule !

Suis-je à ma place ici ? Est-ce moi qui me trompe, cherchant une introuvable solution, un mot de plus sur une page de silence, entendant mes murmures comme venant de voix si différentes de la mienne qu’ils devenaient étrangers. Et ces voix étant l’incarnation de ce que je suis…

Je pourrais courir, m’amuser, retomber en enfance, ce lieu ressemble à un préau, un carrefour d’âme, un delta, et l’océan du rien nous attend !

C’était si facile de laisser glisser les pensées, plus d’effort, l’envie de continuer, se nourrissant d’elle-même, d’une vie dont je n’avais pas l’usage.

Combien de rires éclatèrent-ils dans ces chambres, coururent le long des couloirs, traversant les murs, cherchant à être entendu pour ce qu’ils étaient, des hurlement de douleur, d’une terreur qu’aucun terme ne saurait décrire.

Ils m’entourent, grouillent, je m’en nourris, chacun contenait la goutte d’espoir dont j’avais besoin pour m’abreuver et continuer mon chemin ?

Oui, j’entends ces âmes éperdues. Ici… L’antichambre de l’Enfer, celui qui n’existe qu’en soi, qu’en moi… Quand ? Moi ?

J’aime l’idée d’un esprit tétant la folie, envahi, déformé invisiblement. Donnant à son âme une chance d’accéder à un avenir que la normalité assassine.

J’entends ces murmures, m’ouvre pour les unir, les accepter et qu’à travers moi ces souffrances ne soient plus inutiles.

Vanité professeur ? Délire mégalomaniaque ? J’assume !

Sans y croire mon cerveau tape à la machine sans machine, sans ruban, sans feuille, il continue, recommence, oublie qu’il est une ombre lui-même.

J’ai goûté le lait de la folie, ma conscience mit du temps pour s’y faire. Maintenant elle sait avoir survécu, elle s’explore et sait que l’habitude n’utilise qu’une infime partie de l’être. Infime…

Combien de temps encore ? Quelques gouttes, quelques larmes coulant sur mon visage, quelques souvenirs à demi effacés, des restes rongés par mon appétit. Trop longtemps enfermé dans un placard il était normal que j’en vienne à m’acharner sur la même coquille, sur le même résidu, mais je lui ai toujours trouvé du goût, toujours.

Combien ? Et avant quoi ? Quelle naissance à venir ?

Comprenant ce que je dis j’aurais peur et demanderais à être enfermé, je m’allongerais sagement pour être attaché, j’ouvrirais grand la bouche en quête de médicaments salvateurs. Je le ferais si j’étais sûr d’avoir raison, que derrière cette construction baroque la plus infime réalité s’abritait, attendant d’être assez forte pour jaillir, pour pouvoir, enfin, assouvir sa faim inextinguible.

Comment un esprit soumis à une telle confusion peut-il résister, et pourquoi ?

Suis-je en train de m’enliser dans l’illusoire ? Que suis-je ? Une conscience devant son reflet appréciant sa réalité, son désir d’être, sa peur.

J’ai peur ?

Oui ! Je peux regarder devant moi, chercher à comprendre, imaginer autant qu’entendre les autres…

Combien de cages, d’essais utiles puisque je suis là ?

Est-ce l’image que je me fais de moi-même, est-ce l’impression en creux d’une réalité de laquelle je doute encore ?

Croire en mon délire jusqu’à y entrer.

La folie derrière tant de masques a un seul aspect, elle est la peur de son propre désir, et c’est bien ce que je ressens.

La peur de mon désir…

Plaisant, non ?

Dans l'Ombre des Murs - 11

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 07:00

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