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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 07:06
Dans l'Ombre des Murs - 7 
 

                                                  08


Est-ce le message de ces murs ? Je les ai touchés, leur ai parlé. Ils représentent ma peur d'un monde hostile. Je suis dans une cage et heureux d’y être malgré ce que je dis, craignant d’en sortir, de me découvrir inutile dans un monde qui ne m’attend plus.

Dormir sur le sol, à l’abri de ces amis près desquels je vis depuis si longtemps. Eux sont réels, eux... Je suis un animal accédant à la lucidité. J’imagine que parmi nos ancêtres il s’en trouva un pour deviner l’atrocité du chemin se présentant, criant pour le refuser, incarnant cette peur dans un désir apocalyptique inconscient qu'ainsi même il obéissait à l'ordre de la vie.

Redevenir minéral, dormir enfin d’un sommeil sans rêve.

L’âme est un piège, une porte sur l’Enfer. Est maudit qui y a accès. Géhenne véritable, pas cette vision ridicule de démons en sabots, à la queue fourchue, précipitant dans des cuves d’huile bouillante les damnés prisonniers de leurs mauvaises actions, celui guettant qui goûta au fruit de la connaissance, à sa pulpe de lucidité. Le Paradis est le drogue de l’oubli, la plante faisant dormir les yeux ouverts.

Je comprends pourquoi quand je fus traité de Diable je le pris pour un compliment. L’est qui touche à la conscience et risque de ne pas supporter ce contact.

Diable tentateur, prometteur, frappant à la porte de sa cellule, maudissant qui ne croit plus assez en lui pour ouvrir.

J’ai frappé à cet huis mais je suis heureux qu'il soit resté clos. Je me serais précipité. Heureux de courir mon esprit n’aurait plus accepté de s’arrêter, n’aurait pas compris de le devoir. L’inflation l’aurait dilaté hors des limites du raisonnable. Heureux fut-il d’être obéi, heureux ces mots qui se tarirent. Par leur absence, la porte resta fermée et mes hurlements heurtant les cloisons me revinrent, compréhensibles.

Le pire est de réussir. Que faire une fois atteint le bout du chemin, se sachant capable de marcher sans destination accessible. Les pièces du puzzle se mettent en place, l’image finale sera ce dont je suis porteur, ces promesses qui me dépassent. Je suis un bourgeon sur l’arbre de l’éternité, un possible dont rien ne dit qu’il s'incarnera.

Être clair m'est difficile, je cherche mes mots, feins de les choisir, me répétant, guettant au travers de ce fouillis une sortie accessible.

Je suis sur le vide, seule position pour attirer le troupeau, je sais ce qui se trouve en dessous et que j’aurais pu, dû, y tomber. J’ai fermé les yeux en l'espérant mais spontanément je fis appel à des capacités que j’ignorais posséder. La sur-conscience qui me dirige sut les employer. Je vois le gouffre, entend ses serments, il sait que, le voulant, je ne pourrais plus y disparaître.

Y précipiter mes pseudo-semblables, les laisser couler autour de moi, flot d’inutiles se perdant à jamais, ensuite relever les yeux, regarder, tendre les bras à qui resterait.

Ils m’imploreraient, me supplieraient, me prieraient… Une prière c’est l’âme s’interdisant de chercher en elle du secours.

Ils me haïssent de ne pas tomber avec eux. Encore que…

Au contraire, heureux de ce qu’ils verraient comme le Paradis, celui où le soi s’efface. Rester debout, yeux ouverts, lucide face au monde. Voilà l’insoutenable. Le plus intéressant est de se laisser dissoudre pour croire en d'infantiles royaumes où un père omnipotent prendrait les décisions. Être l’ombre d’un possible dans une nécropole d’âmes perdues dans un océan sans limite.

Et moi ?

Un rôle si important peut-il m’échoir quand cette pensée ressemble au délire d’un faux prophète ? Le mot est joli, lourd d’une réalité que ne comprennent pas ceux qui s’en vêtent. Je le crains, sur mes frêles épaules il m’engloutirait.

Je souris, imaginant mes ouailles se croyant en route pour la Terre Promise, en fait ce serait du gouffre annoncé dont ils hériteraient. Ils me remercieraient de les avoir conduit. A quoi bon s’installer dans un désert si c’est pour ne trouver d’unité que dans les difficultés ? je propose une solution définitive à toutes les interrogations.

L’absence !

Je sens la rage qui m’habitait, l’animal en moi luttant contre les contraintes, une chance qu’il ait conservé ses crocs, ses griffes. J’ai voulu me vider dans mes textes. J’ignorai qu’ainsi je me trouverai.

Je me voyais écrire pour un jour taper le mot FIN, l'ayant tapé j'ai dû commencer une nouvelle histoire.

Le sang fait une belle encre quand il est frais, en moi il a perdu la vie qui lui donnait son éclat, qu’il m’en reste assez pour dessiner mon nom sur une tombe, sur la couverture d’un livre, j’aurais voulu… Le réel s’est enfui, j’ai fait au mieux pour ne pas m'égarer.

Je tourne autour du pot pour ne pas voir. Proche je change de sujet. La danse des murs, Le jeu consiste à les traverser, symboliquement. Ils disent ma peur de vivre, de me trouver. Je quitterai cet endroit ayant accepté intérieurement d’être ce que je suis et seulement cela. Ce serait pas si mal si j’en juge par mes efforts pour m’aveugler.

La solution est en moi, bien qu’à la différence du professeur je n’eus jamais envie de la chercher. Elle me serait utile pourtant.

Pour moi ? Je pensais aux autres, à la différence entre un individu et un objet. Question de psychopathe !

J’aimais ce mot par ce qu’il sous entendait d’individu noyé dans ses peurs et sa démence, se voyant tout puissant, sans doute. J’en fus proche dans mes meilleures années, mes idées filaient, les pages s’accumulaient, j’avais perdu tout recul sur moi-même. Être plus qu’un prophète, quasiment un dieu n’ayant qu’à vouloir pour obtenir.

Je ne suis jamais parvenu à ce niveau d’aliénation. C’eut été claquer la porte derrière moi sans possibilité de la voir se rouvrir. Non que je sois libre mais j’ai pu m’aventurer hors des contraintes-berceaux entre lesquelles je tins assez longtemps pour grandir, regarder, puis accepter ma situation. Je fais mes premiers pas d’âme. Je tâtonne, cherche, hésite, je ne sais que faire mais je trouverai. Je tombe, recommence, dans quelques temps la clarté se fera, mon cerveau aura réussi les connexions adéquates. Alors je saurais marcher, alors je songerai qu’il est possible de courir !

Schizophrène est aussi un joli mot. Un esprit se scindant, s’ouvrant, une forme de naissance. Folie sage-femme, j’aime !

Mon cœur s’accélère, lui se souvient, ces moments d’émotion intense, la peur se mélangeant au désir, l’envie irrépressible me submergeant tant que je ne me rends plus compte que je cède. Je saisis l'utilité du pont, je voulais sauter, physiquement, psychiquement j’avais disparu depuis longtemps dans un tourbillon dépassant les profondeurs imaginables, fracassant les limites concevables.

J’étais, non ! Je n’étais pas, je n'étais plus, absence secouée de courants intérieurs incontrôlables.

J’aimerais que la pluie tombe, que le vent se fasse tempête, mais le soleil reste bien qu’il y ait plus d’ombre que de lumière. Dans cette pénombre l’esprit, à l’aise pour fonctionner, puise en lui-même des savoirs qu’il ignorait receler. Je peux douter de mes sens, les murs semblent tangibles pourtant, mais un esprit sait se mentir, agir sur ses zones de perceptions. Le corps est une extension du cerveau pour garder un contact avec l’univers physique, pas le plus important, le plus simple, comme un berceau.

Un berceau ?

Oui, corps-couffin, corps-couveuse. Il m’aida à vivre, à grandir, un jour je le quitterai, sans le détruire. Ma mort sera différente. Ce paradis imaginé, cette faculté intégrée à notre personnalité la plus intime que nous percevons sans la définir. L’enfer c’est l’impossibilité de dépasser la barrière du concret. Avons-nous une chance ainsi que l’affirment certaines théories ? Pourquoi pas, mais elles sont d’accord pour une libération finale, pour estimer que la suite de réincarnations doit déboucher sur… Qui y fut et en revint pour en parler ? Le couloir, la lumière, le possible en devenir, l’espoir de la vie, son futur que nul ne put entrevoir. Nul…

J’aime cette image, la mort murmurant à mon oreille les secrets qu’elle tait d’habitude. Une réalité que j’exprime à ma façon, avec des mots, des analogies. Ces mots s’adressent à ceux tentés par ce chemin, peut-être la vérité que cherche le prof, après son grand-père, comme tant d’autres, depuis des siècles.

Idée folle professeur ? Vous entendez mes paroles ? Est-ce le but de votre quête ? Lucidement, comment vous libérerez de la réalité, de la matérialité au point de l’oublier, au point de passer le pont, d’aller ailleurs, pensez-vous, vraiment, en être capable ?

Et moi ? Je l’espère ou le redoute ?

La folie en couveuse, en intermédiaire. C’est elle Charon, pourquoi ne pourrait-il être féminin, guidant l’âme par-dessus le fleuve des peurs, des délires et des terreurs.

Un pont ! J’use d’images symbolisant des concepts imprécis. J’ai pris celui-ci puisant dans mon enfance l’élément convenable.

Un pont ? Un passage sur le flot de la démence, et moi en sortant ! J’y suis tombé tôt, manquant m’y dissoudre, en réchappant par hasard puisque miracle est un mot inquiétant. Qui cède au courant ne trouve rien sinon un châtiment au prorata de son défi à la Création.

Un pont sur lequel j’ai pris pieds, joues humides de larmes de terreur, tremblant d’une folie me tenant la main. Je me souviens, la noirceur du fond, l’envie de remonter à la surface. Je le sais maintenant, la solution est mauvaise, au contraire, il importe de creuser, d’utiliser ses ultimes forces pour cela. Sortie il y a, mais de l’autre côté. Ainsi peut-on échapper à l’attraction du trou noir en l’utilisant pour foncer au travers. J’ai creusé, me suis cassé les ongles, arraché la peau, mes os servirent de pioches, rien ne pouvait m’arrêter, j'agissais sans comprendre, spontanément. Entrevoyant la réalité de ma situation j'aurais reculé devant le chemin à parcourir. J’ai laissé filer le temps, pris dans ma tâche, rien ne devait m’importuner ni s’interposer.

Cela vous rassure professeur de penser que je continue mon délire, croyant en sortir j’y replonge. La folie rend le monde de l’autre impossible, alors qu’il est, pour le spectateur, seulement inaccessible.

Vous sentiez ce monde, le désirez, avez pu le toucher au travers d’esprits qui luttèrent, s’enhardissant au plus près du pire mais la démence fut la plus forte, ils chutèrent de la barque ou se jetèrent du pont. La noyade semble l'unique échappatoire. Immersion totale, un baptême dans la démence.

Un baptême, une immersion ?

Je fus plongé tôt dans ce flot, il se révéla nourricier mais mon âme en souffrit, l’alimentation inhabituelle sollicita en elle des souvenirs que les millénaires n’avaient pas effacés. Ce "lait" me convint, venu plus tard je l’eus régurgité. Pour l’admettre il est nécessaire qu’il soit l’aliment premier.

Les choses deviennent… J’allais dire : plus claires, disons cohérentes. Je sais, un dément tient un discours inattaquable et lui démontrer qu’il se trompe est impossible. Vous échafauderez pourtant un discours théorique que vous réciterez pour vous convaincre que j’ai tort, que je fuis une réalité si banale que je lui ai substitué un possible aux dimensions de l’éternité où l'individualité aurait disparue, où je serais composant d’un tout avec lequel je ne ferais qu’un.

Mon cœur se souvient de cette époque d’avant ma conscience. Il se souvient de ce qu’il fit, de ce qu’il ressentit.

Folie en berceau, en nourrice, autant de représentations de la même idée, une part de moi se nourrissant d’ailleurs. Si mon corps avait besoin d’aliments basiques mon âme téta goulûment autre chose, aspirant le maximum pour croître, pour dilater cet esprit, socialement admissible, culturellement formaté. J’ai brisé après avoir feint de l’accepter une armure de médiocrité trop fragile pour me retenir. Reste ces murs et derrière eux un destin que j’entrevois désormais.

J’ai creusé, je me souviens, la souffrance, les larmes. Les émotions me chahutèrent, un cyclone qui aurait pu me disloquer. Je revois l’enfant que je fus, se croyant non-vivant par l’absence renvoyée par son entourage.

Éclaboussures de sang, le mien, et si je commis tant d’atrocités dans l’irréel ce fut pour calmer ma douleur la pensant l’écho de celle infligée à mes victimes.

J’ai tant tué, j’ai sacrifié !

Joli mot, excuse de tant de crimes perpétrés par qui dissout sa vie en prenant celles des autres. Les miens furent imaginaires, immolations à une idole insatiable, forçant le poignard dans ma poitrine en quête d’un cœur qu’il voulait arrêter, ambition dépassant ses moyens. J’ai senti l'acier me pénétrant, le sang coulant sur ma poitrine, un choc, résistance, une côte, je dois continuer mais les forces me manquent, je cille, m’effondre…Au réveil je regarde, tâtonne, rien, ni blessure ni couteau, j’ai cru si fort en cet acte qu’il impressionna la réalité, le commettant je n’eus pas souffert davantage.

Folie professeur ? Amie, celle qui me mit dans la main une arme virtuelle, qui me fit commettre des crimes de papier en y croyant si fort que j'en fus dispensé dans la réalité.

Je voulais frapper encore… En corps, oublier l’âme, être tangible.

Atrocité ?

Inciter une mère à tuer son époux pour sauver ses enfants, la regarder pleurer devant le cadavre, et tuer ses enfants malgré tout, partir en la laissant seule sachant l’appel de la mort irrépressible.

J’ai fait pire que tuer ses enfant, je les ai mis en pièces comme on découpe un poulet, en les maintenant en vie le plus longtemps possible, comme seul l’imaginaire le permet. Il ne s’agit pas, à l’instar de Sade, de perpétrer des crimes vrais mais d’éprouver le désir de tuer, de ressentir la jouissance de l'acte. Si j’y avais pris du plaisir me serais-je contenté de les écrire ? J’aurais voulu le vivre, ne serait-ce, aurais-je cru au début, que pour établir une comparaison.

Impossible ? Je vous entends professeur ! Vrai, céder à cette pulsion eut été vouloir remonter à la surface. Au contraire je creusais pour passer dans le monde de l’inversion des valeurs, des réalités, où l’esprit perçoit derrière les apparences les fils qui les maintiennent, où l’âme devine des secrets qu’elle se craint capable d'apprécier.

Par les mots je me suis enfoncé en moi, j’ai trouvé un cadavre puis un autre, ces illusions que vous voulez obligatoires, illusions sociales de devoirs reposant sur la certitude qu'ils sont inévitables. Une vache a-t-elle conscience de son étable, de sa vie ? Vous rêvez d’autres champs mais la barrière vous fait peur, simple barrière de bois où fils de fer barbelés , rien de risqué, vous pourriez passer au travers, il vous suffit d’accepter d’en être capable, ce n’est pas si difficile.

Pour qui la comparaison est-elle désobligeante ?

Je suis une vache moi-même ? C’est ce que vous murmurez et le train du délire passe devant moi, si long qu’il semble sans fin, je suis dans ce convoi professeur, c’est vous le spectateur.

Je passe du coq à la vache… Les mots fuient, hémorragie spirituelle.

Atrocités, crimes, creuser, m’enliser sans ouvrir les yeux, seul je pouvais y parvenir, dans mon placard, courbé sur ma machine regardant les mots surgir devant moi, les comprenant à peine.

Seul…

Tant d'horreurs professeur. Que devais-je fuir ? Finalement incapable de trier mes pages j’aurais voulu tout anéantir, conservant un savoir qui tiendrait en peu de pages. J’ai produit beaucoup mais l’important tiendrait en un mince volume. J’espère parvenir à l’écrire, à réduire mon œuvre en ses éléments fondateurs, effacer le décor inutile.

Dénuder l’âme, effacer les illusions, les peurs, admirer les murs nus, comme ceux qui m’entourent. Haut, droit glacés, les pièces sont si vastes que je pourrais croire qu’un seule contient l’univers. Une fois admis ce qu’elle est, compris son utilité, il est permis d’en sortir, une fois sa peur vaincue on peut trouver la porte, l’ouvrir, arpenter cette vaste maison, mais attention aux salles pièges, il y en a beaucoup, plaines de gens bêlant de vaines prières devant des parois couvertes de représentation de ce qu’ils ne seront jamais. Le croyant n’idolâtre que l’image de ce qu’il voudrait être. Comment être déçu sinon en entendant l’inutile murmure de ces implorations, en réalisant ce qu’il recèle de petites envies, ce qu’il traduit de grandes peurs.

Vous vouliez entendre cela professeur, ces murs sont différents des vôtres, je veux dire de ceux de vos si hospitalières chambres. La douceur est un décor singeant ce que vous croyez être bien, anéantissant la réalité.

Laissez le dément aller au bout de lui-même ? S’il se tue et bien il aura assumé son destin, prouvé qu’il ne pouvait pas aller plus loin. Vos produits atténuent son état, en apparence, en le réduisant à quelques instincts fondamentaux. Souffrant il aura une chance de transcender sa folie, même si, d’y avoir cédé, prouve qu’il ne peut traverser un pont sur lequel il ne sait pas être. Pas moyen de le découvrir professeur, le voir ne suffit pas, vous y êtes déjà, non ?

Je vous sens déçu, dommage, consolez-vous, c’est moi qui suis fou, vous vous souvenez ? Ma cohérence est l’habitude de raconter des histoires, pas de vrai début et une fin n’en étant pas une, ainsi voyez ce que vous voulez, vous avez les moyens de continuer à vous satisfaire d’une question que vous savez insoluble.

Prendrez-vous un couteau ? Dans votre main, et votre poitrine il serait vrai. Votre cœur serait mécontent d’être ainsi percé.

Comment ? Vous voulez affronter la mort, vérifier qu’à travers elle s'ouvre l’avenir ? C’est vous qui êtes fou ! Fou de croire mes paroles, quand bien même elles seraient vraies, puisqu'elles vous disent que vous ne pouvez avancer, et si j’ai tort il n’y à pas d'ailleurs à trouver.

La confiant à votre petit-fils tout recommencerait.

En vain professeur. Ne portez pas un fardeau qui ne vous appartient pas, posez-le, en vous retournant vous le verrez tomber en poussière. Ce ne serait pas trahir, seulement accepter d’être vous-même. Le plus difficile n’est-ce pas ? Sur ce plan nous nous ressemblons, chacun cherche ce qu’il est, le sent proche et craint de l’attraper par peur de se voir différent de ce qu’il crut.

L’air est pur ici, j’aimerai qu’il fasse plus froid, voir ma respiration se condenser, ainsi penserais-je être vivant.



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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 07:01
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 06:41

 

Trois amis cheminaient, devisant gentiment,

Échangeant des idées, et parfois esclaffant,

Comparant leurs effets, pouvoirs et performances,

Espérant des demains fournisseurs d'espérances.

les humains sont curieux s'exclama le premier,

Connaissant notre action et sachant nous doser,

ils nous emploient autant pour soigner que tuer,

nous aidons les vivants, emplissons les charniers.

Le deuxième reprit Nous les faisons dormir,

Aidons à les sauver quand il faut opérer,

Mais beaucoup nous emploi jusqu'au dernier soupir,

Moi j'aidais les anciens quand ils allaient chasser.

C'est moi - dit le dernier - qui commis l'effroyable.

Dans de grands bâtiments mélangeant tous les âges,

J'ai vu l'homo sapiens devenu pis que diable,

Abreuvant l'avenir de sang et de carnage.



Quel cocktail ferions-nous, Associant la strychnine,

Un peu de curaçao, curare et grenadine.

Pour assurer au goût un impact plus sûr,

Nous le relèverons de beaucoup de cyanure.

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 06:37
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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 06:30

 

Je suis froid mais si doux,

Caressant et discret,

Révélant les secrets,

Explorant les dessous.


Tu me vois t'effleurer,

Et tu ne ressens rien,

Quand le rouge apparaît,

C'est souvent pour ton bien.


Je suis froid et serein,

Sauveur de tant de vies,

Pénétrant cœurs et reins,

Cerveaux comme vessies.


Au détour du destin,

Nous pourrions nous croiser,

Tu serais le festin,

Pouvant me rassasier.


J'opère et j'autopsie,

Répondant à l'appel,

Cousin du bistouri,

Appelle-moi scalpel,

Je suis froid, toi aussi !

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 06:24
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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 15:08









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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 11:04
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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 06:30
Dans l'ombre des Murs - 6 
 

                                                  07


- L’image est jolie.

- Vous connaissez les faits.

- Ils montrent sans expliquer, disent en cachant, révélant l’apparence. L’iceberg a un tiers hors de l’eau, l’acte c’est moins encore. Derrière se trouvent les motivations. Êtes-vous réel, pure imagination ? J’ai sauté, le temps s’écoule autrement, j'agonise entre deux mondes, une situation digne de moi. Je suis un enfant, les mots sont des cubes, j’échafaude une situation, elle ne me convient pas alors je détruis tout pour en édifier une nouvelle, qui me plaira un moment avant que… Et le cycle se reproduit. La mort serait cet état de doute continuel. l’Enfer m’étant destiné vous seriez le diable en personne.

- En ai-je l’air ?

- Baudelaire disait que la plus grande force du diable était de faire croire qu’il n’existait pas.

- Cela ne fait pas de moi Satan.

- Ce rôle me revient.

- Vous vous sentez mort ?

- Je ne me suis jamais posé la question aussi franchement. Enfant la mort était hors de ma conscience. Je fonctionnais mais vivais-je pour autant ? Seul, sans regard m’atteignant, comment exister ? L’enfance colle à mes semelles. Je suis enfermé, coupable d’un acte signant mon anormalité, une agression contre moi ou autrui.

- Coupable... L’est-on de sa vie, des circonstances nous poussant à l'inéluctable du fait de ce que nous vécûmes ?

- Dissoudre la culpabilité ! La psychiatrie excuse sans expliquer.

- Le temps pourrait lui donner raison.

- Ou tort ! Combien de vos patients finirent-ils en taule ?

- Ceux méritant d’y être. Vous avez raison pour certains, mais la folie peut pousser un être à des actes qu’il ne maîtrise pas.

- A quoi me poussa-t-elle ?

- J’aimerais que vous me le disiez.

- Ma mémoire défaille, coupable ou innocent, un mélange des deux peut-être, pour conserver une case de chaque couleur. Quelque part cela me plairait d’être un monstre, un de ces tueurs en série que le cinéma utilise, entouré d’autres criminels dont aucun ne serait pire que moi. C’est plaisant à imaginer. A vivre…

- Cet hôpital ne fut et ne sera jamais une prison. Trop facile pour les autorités qui évitent leurs responsabilités en classant déments qui ne le serait pas. Vous avez envie d’avoir commis des crimes atroces ?

- Ce serait une vie peuplée de visions terrifiantes qu’aucun traitement ne pourrait endiguer. Je joue avec mes mots cubes sans rien édifier. Je suis un instant qui s’enfuit déjà, le temps fuit entre mes pensées. A quoi m’accrocher ? Des questions acérées, des images douteuses, il me reste des impressions dont chacune s’effriterais si je l’observais de plus près. La vie organique n’est pas un avantage professeur.

- Vous regrettez le minéral ?

- Cet arbre au centre du parc, voilà l’exemple de mon idéal. Nous sommes incapable de comprendre un végétal et pourtant ce qu’il montre révèle la vie qui est en lui, cette force à laquelle nous ne pouvons accéder.

- Être une plante est mal vu.

- Mais nous pouvons fonctionner ainsi, limité à nos besoins vitaux. Est-ce une qualité de pouvoir agir comme nous le faisons ? C’est une force, d’accord mais si individuellement l’arbre est faible devant nous, le monde végétal pourrait être une forme de vie où l’individu n’aurait pas de sens, où la conscience toucherait à l’immortalité du fait de pouvoir se reproduire à l’identique. Une durée de vie supérieure à l’humain, cent fois pour certains. Arbre… Je suis là pour parler n’est-ce pas ? Dire ce qui me passe par la tête, désirer devenir plante, m’enterrer à demi, ne plus bouger. J’aurais été déclaré humain par erreur, la nature parfois se trompe de sexe, peut-elle se tromper de règne ? Ayant eu ce comportement ma présence ici s’expliquerait.

- Vous savez qu’un de vos condisciple est atteint de cette affection avec cette particularité de ne pas fixer la chlorophylle ! Il vit dans le noir, se nourrit d’eau et d’engrais.

- Amusant.

- C’est une façon de voir. Moi qui le rencontre régulièrement je vous assure qu’il est prisonnier d’une psychose gravissime. Imaginer est une chose, vivre, et endurer, est bien différent.

- Cela ne peut venir que d'un vice de construction, il a conservé des traces d’existences pré-humaines. La chaîne nous amenant au présent est longue, complexe, parfois un maillon coince, colle au précédent, et provoque un mélange imprévu se traduisant par le comportement que vous décrivez. Je ne me moque pas, c’était par jeu que je me voyais m’enterrer. Je ne le ferais jamais, trop fatigant ! Quelle erreur se produisit-elle dans mon évolution, quelles esquilles du passé sont-elles remontées vers moi, empreintes qui, perdurant, finirent par affleurer à ma conscience. La folie vient de quelque part professeur, je ne vous l’apprends pas mais vous le répète avec plaisir. Se limiter aux parents c’est faire fausse route, c’est oublier cette suite de formes que prit la vie et dont nous ne sommes que le maintenant. Vous ne ferez rien de cette piste ? Ce n’est pas grave pour moi mais je sais qu’elle est bonne, qu’elle est une solution.

* *

Ou une dissolution par volonté d’associer des éléments incompatibles.

Nous restâmes silencieux longtemps, chacun perdu dans ses pensées, moi cherchant à percer le brouillard m’entourant, lui à comprendre ce que je venais de dire pour tenter de le réfuter en cherchant dans son éducation s’il en trouvait l’écho. Il m’observait et cela m’arrangeait. A trop de solitude correspond la difficulté à se sentir vivant. A l’époque où je vivais en famille elle était déjà là, comme si l’on me regardait sans me voir, en me voulant différent de celui que j’étais. Pas de question mais la perception de cette incohérence me formatait d’une façon particulière. J’ai cherché, espéré, un regard porté sur moi sans jamais le rencontrer dans les yeux des femmes que j’ai croisées. Finalement toutes voulurent me façonner selon leur désir.

L’imagination fut ma porte de sortie sur un monde où j’existais, la réalité ne m’admettait pas, la réprobation m’entourait, le refus, voilà le terme exact, j’était présent en apparence mais devant accepter le moule. Je n’en veux pas à ceux qui m’imposèrent cela, ils n’étaient pas conscient de leurs pensées, de leurs motivations, ils obéissaient à des contraintes difficilement compréhensibles de l’intérieur. C’est maintenant qu’il m’est permis de réaliser ce qu’ils firent.

L’imaginaire scinda ma personnalité, une partie consacrée à la communication, l’autre abritant mon vrai moi. Dans ces conditions j’avais devant les yeux l’entrée de l’asile psychiatrique et ne la voyait pas. Pourtant on m’en parlait, du fait de la proximité géographique d’un établissement spécialisé. L’ironie du sort serait que j’y sois sans le savoir. Je rêvais, maintenant deux personnalités jusqu’à ce que je doive en privilégier une. L’étrangère, la vraie ? Contraint de rester au contact de la vie sociale je me serais perdu, séparé définitivement.


- Vous êtes bien pensif ?

- Je tourne en rond. Le réel, l’imaginé, comment différencier l’un de l’autre sinon en fraisant appel à des références imposées ? Les échos de nos paroles roulent en moi, se superposent, je voudrais retenir nos propos, en saisir le sens profond mais c’est difficile. Comme quand j’écrivais je me laisse emporter, le présent compte et encore suis-je spectateur de ce que je dis. Je m’écoute difficilement, les phrases se forment en moi, ma bouche les prononce mais sont-elles miennes ? Elles passent, courant dans lequel je tente de pêcher une idée nourrissante, mais je reste insatisfait, espérant en un avenir inaccessible. Je devrais m’allonger sur un divan et vous prononcer quelques mots qui me feraient réagir, par analogie. Méthode inutile, je me souviens que je fus toujours dans cette position, j’aimais faire face à… Ennemi est un mot trop fort, ami ne saurait convenir, disons : à mon partenaire psychiatrique. En face de moi, comme le papier sur lequel l’encre inscrivait les mots que je savais miens, et le regrettant.

- J’ai l’air d’une feuille ?

- Pour ce qui est de la couleur un peu. Vous restez trop enfermé, ce n’est pas sain, le corps a besoin de lumière, de soleil, d’exister, il n’est pas l’emballage de l’individu. Il en fait partie. Et pourtant… Je ne vivais qu’en écrivant, enfermé, nourrissant le chariot de ma machine, bouche avide jamais repue. Une feuille de plus, malgré ma fatigue j’en rajoutais une puis une autre, puis… Puits sur lequel j’étais penché, aspiré, vision faussement blanche mais marquée d’obscurité, l’encre projetée par mes peurs, mon refus d’ouvrir les yeux. Je sais pourquoi je ne parvenais pas à suivre, je courrais, je fuyais, je souhaitais m’arrêter et quand cela arrivait je me sentais mal à l’aise, en moi bouillonnaient des forces qui se formaient comme autant de monstres qui, restant à l’intérieur m’eussent dévoré.

- L’image est parlante.

- Criante, hurlante, vous n’entendez pas professeur, vous n’entendez rien ? Est-ce trop loin pour vous, devrais-je hurler réellement ? L’ai-je fait, frappant à la porte, griffant les murs, tombant à genoux, front contre la douceur d’une paroi matelassée, cherchant à contrôler la violence circulant dans mon âme, finissant par pleurer, par implorer une paix que je ne voulais pas. Le piège ! Attendre, lutter encore mais je subissais, j’endurais, prisonnier d’une croix imposée par qui ou quoi ? Tant de mots, d’instants figés par la parole qui déjà font partie du passé puisqu’un autre se présente. Parler moins, réfléchir, entendre mes paroles, les canaliser pour en augmenter la force. A se disperser on se gaspille sans rien faire de bien. Y’a-t-il une logique dans mes divagations ? Le souhait d’atteindre un but ? Je m’attends au bout du chemin mais plus j’avance plus ma destination recule. Je tends les bras, les pensées, espère m’atteindre et serre dans mes mains l’ombre que le brouillard avait créé pour me tromper. Le chaos paraît échapper à toutes règles. Faux ! Il porte un espoir perceptible. Je crus me disperser, ce fut le moyen de redistribuer des cartes battues depuis longtemps. Une nouvelle donne fut faite, à moi de l'utiliser. Ne pas lutter contre ces pressions internes. Si une forme d’organisation manipule le chaos tenter de la décrypter eut été un obstacle incontournable. L’abîme de la démence m’eut absorbé, comme tant de vos patients je geindrais dans un coin, allant de droite à gauche pour me donner l’illusion du passage du temps.

- Vous disséquez votre cas avec beaucoup de lucidité. Tant prennent ce qu’ils croient pour ce qu’ils sont.

- Je suis votre patient, je ne suis pas censé comprendre ce que je dis, ni même tenir un discours cohérent. A quoi bon sinon par souci de la normalité. Je ne l’ai pas, ce qui me tient c’est savoi pourquoi je n’ai pas cédé. Je me souviens d’une nuit profonde venant vers moi, m’entourant, pénétrant mon esprit avec l’ambition de ne laisser qu'une apparence, vide, coquille à peine capable de souscrire aux exigences de la nature. Elle voulut me laminer, me détruire, me… Tous les synonymes que vous trouverez s’appliqueraient. Elle est passé mais le jour n’est pas là. Entre chien et loup ? Non, c’est le soir, entre loup et chien ! Je fus rongé par un feu intérieur intense qui m’a débarrassé d’un lourd héritage, reste à ouvrir les yeux.

- Le plus difficile.

- Est-ce même possible ?

- Vous portez la réponse en vous. Je vous donne quelques indications, je suis votre miroir, être le regard qui vous manqua. Voilà mon rôle.

- A combien avez-vous été totalement inutile ?

- Plus que je voudrais. Je m’occupe de cas complexes, me contentant de dépressifs mon taux de réussite serait centuplé, quel intérêt ? Je ne fais pas ce métier pour m’ennuyer.

- Il est des cas inespérés. Comment remodeler un esprit ? La thérapie génique modifie le corps sans inverser le temps. Un jour vous pourrez reculer l’être, en modifier la structure génétique, le contexte évolutif, éducatif, alors vous guérirez tout le monde, mais vous ferez des individus si proches de la perfection qu’ils ne mériteront plus le nom d’êtres. Ils seront les images d'un impossible idéal.

- Il n’y a pas de solution ?

- Chacun porte la sienne par l’utilité pour lui-même qu’il génère. Quand l’effondrement est total il ne reste aucun moyen d’accès.

- Mais vous ?

- Ai-je exhibé tous les symptômes d’une psychose définitive ? Quelles ressources ai-je utilisé ? Avais-je prévu ce qui arriverait, trouvé le moyen de me protéger, non en résistant mais en accompagnant. Je comprends que mon cas sollicite votre intérêt mais pour qu’il soit utile à d’autres il faudrait que vous formiez le malade ?

- Vous savez que c’est impossible.

- Qu'apprendre d'expériences connues ? Combien d’esprits avez-vous disséqués en cherchant une solution, et combien le furent par vos prédécesseurs ? Vos expériences sont fragiles, vous intervenez trop tard, vous ne pouvez reculer dans le temps, l’anamnèse apporte des réponses parcellaires. Quelle partie de ma vie avez-vous reconstitué ? Suffisamment pour me comprendre ? J’en doute, moi-même j'ai oublié ce que je fis et connus. Pourquoi me charger de souvenirs inutiles puisque d’eux je n’ai rien à apprendre. Vous ne pouvez remonter en-deça de de ma vie. Mon expérience ne suffit pas, pour le reste vous ne trouverez que des réponses partielles. Suffisante pour certains, mais pas aussi instructives que vous le voudriez, que le voulut votre grand-père. Vous avez un parc profitons-en. Jeune j’aimais marcher des heures, réfléchissant ainsi. Attitude qu’eurent bien des penseurs. Ce qui n’indique pas que j’en sois un mais l’analogie me plait. Vous mettez les pieds dans les empreintes fantomatiques mais présentes spirituellement de votre aïeul.

- Bonne idée mais ce n’est rien d’extraordinaire.

- Pour vous. Je ne sais depuis combien de temps je suis enfermé, l’air du dehors est un trésor que vous n’apprécierai jamais. Je me voulais dense, contracté jusqu’à ne rien laisser sourdre de moi, aucune lueur, pas la plus petite pensée. Je pensais qu’un tel voyage était à sens unique, mais on dirait que non, que je suis proche d’une réalité que je comprendrais peut-être comme un film avec une fin surprenante, une histoire conçue pour égarer le spectateur me plairait. Combien d’heures ai-je passé à vagabonder mentalement, sans penser à rien de précis. Une image remonte des abysses. Un soir d’automne, j’erre en cherchant je ne sais quoi, ou qui. Les rues sont vides, je ne peux aller plus loin ni adresser la parole à quiconque. Je rentre, dans l’appartement d’abord, dans mon placard ensuite où je m’interroge sur la cruauté du destin. Des mots tissent un décor racontant une vie qui paraît avoir été la mienne, paraît seulement puisque je ne suis sûr de rien. Ballet des caractères sur le papier, les pages s’accumulent, le temps transmuté en histoires disant le désespoir que je percevais, ce qui paraissait être moi. Moi ? Marchons professeur, tournons en rond sans nous interroger plus avant, sans regarder le bout du chemin.

- Nous savons ce qu’il est, d’ici-là que de découvertes, de rencontres.

- Un tunnel, une lumière…

* *

Je me tus, mains dans le dos, regard en quête de pensées intérieures fugaces. Le temps c'est ce chemin. Avancer et recommencer.

Chaos, confusion, tout devient possible, la vérité est multiforme. Cortège de fantômes, ballet spectral m’accompagnant pour nulle part.

Derrière ces murs trouverais-je mon placard-bureau ? Montant sur le faite du mur je me pencherais sur mon épaule, verrais les mots expliquant que je monte sur mon épaule, regarde un texte disant que je… La boucle se refermerait, j’aurais devant moi, une éternité de démence à vouloir briser un cercle que rien ne saurait plus rompe.

Démence pour ambition, avenir assuré, nourri, logé, blanchi, ce que je fus si longtemps !

Image du tour, de la case départ, une chance de la retrouver, de la comprendre, d’avoir cette fois les yeux ouverts sur le cri libérateur de tant d’angoisses accumulées. J’ai voulu hurler, cela m’arrivait parfois, pour me vider d’une pression intérieure devenue intolérable.

Ouvrir les yeux, apprendre le décor, naître enfin de moi-même. Folie-accoucheuse libérant l’esprit de ce qu’il fut formaté pour croire être. Formulation compliquée ? Précise malgré tout. La folie en sage-vie, allant prendre l’âme au cœur des habitudes comportementales et sociales, au cœur de l’appris, du contraint. Combien en prit-elle dans ses mains attentionnées, combien la virent et n’y survécurent pas ?

La démence s’interrogeant par elle-même, une conscience sur ses limites, de qui suis-je le héraut ? Les réponses alternent au gré des mots. Saisir au passage plus qu’une masse de brouillard sur laquelle ma main se referme en restant vide.

Ouvrir les yeux sur une vérité dont je soutiendrais le regard, ambition d’une vie, la mienne, s’utiliser pour comprendre. C’est ce que le prof ou son grand-père ne comprirent jamais, ce n’est pas par l’étude des autres que l’on apprend, c’est en s’autopsyant directement.

Méthode risquée mais ce qui est sans danger laisse dans la bouche une impression d'absence.

Lire dans les murs la vérité qu’ils murmurent, leur utilité. Oui, pas d’animosité, une complicité dissimulée sous un aspect antipathique, un jeu mental. Ne pas céder à la représentation que l’on a d’une chose, savoir dépasser ses à-priori et ne pas reculer. La lucidité appelle la compréhension.

Sans chercher au travers de quels yeux je peux regarder l’inverse me tente. Quel regard attend de plonger en moi. Paupières ! Belle incarnation, celles de l’espoir sur les yeux de l’avenir, me relevant j’admirerais un destin prodigieux, un futur...

Je glisse sur la pente fatale de la mégalomanie, me prendre pour un messager, un porteur de lumière ! Je le serais si ce rôle n’était déjà pris. Apporter la vraie clarté, pas celle rassurant en éliminant les zones d’ombres, au contraire, celle qui inquiète en les avivant. La lumière aveuglant qui la verrait sans la mériter.

Je me vois prophète prêchant dans une étendue emplie d’âmes égarées. Ils viendraient à moi ces moutons apeurés par un loup virtuel, ils viendraient à moi et seraient heureux de me suivre, ils viendraient à moi pour abandonner les interrogations angoissantes auxquelles ils ne sauraient plus échapper, sans deviner que l’avenir vers lequel je les guide est leur abîme intérieur.

Sur lui ils avanceraient avant d’ouvrir les yeux, de réaliser qu’ils ne croient pas en leur destin et la peur du vide les ferait tomber dans celui-ci.

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 06:26
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