Mon loulou,
Je suis bien aise de pouvoir t'écrire, cela faisait des siècles que j'en avais envie mais nul esprit ne m'avait confié sa plume pour cela. Nul doute que cette lettre arrivera devant tes grands yeux et tu la liras avec plaisir.
Combien de petites filles tremblent-elles en pensant à notre rencontre, de désir plus que de craintes, j'en suis certaine mais le reconnaître serait malséant n'est-ce pas, il est des choses que notre corps exprime, que notre esprit ressent mais que notre bouche ne peut exprimer clairement.
J'ai bien fait de ne pas suivre le droit chemin indiqué par ma mère, je suis convaincue que si elle le fit ce ne fut pas sans regret et que dans son inconscient, comme l'on ne disait pas à son époque, elle espérait pour moi des découvertes qui la faisaient frémir.
Te souviens-tu de notre première rencontre dans ces bois touffus desquels tu surgis pour m'interroger et que par mes réponses je t'indiquais le chemin de mon aïeule... Probablement elle aussi fut-elle heureuse de ta visite, qu'au moins une fois dans sa vie elle te connaisse, aujourd'hui l'âge n'est plus l'obstacle qu'il était de son temps.
Aujourd'hui tu n'es plus effrayant, au contraire et bien des jeunes filles sont heureuses de te rencontrer à maintes reprises avant que l'âge venant elles ne doivent rentrer dans le rang d'une banalité à laquelle j'échappe par la magie des mots qui me laissent vivre et revivre sans fin des instants bouleversants.
Nous sommes destinés à ne jamais nous séparer et ce que nous représentons est évocateur pour n'importe qui lisant ces lignes, que ce soit à ta place ou à la mienne.
Tes grandes dents me manquent, il est des morsures si douces que l'on en aime les cicatrices...
A très bientôt donc.
Ton Chaperon

