Comme cette maison est étrange, l'odeur qui y règne m'évoque tant de choses, de
souvenirs pourtant différents de ce cadre sombre et putride. Je sais ce qu'elle est, qui y vit et quelle sera sa fin, celle de chaque chose, lente et inexorable à l'image de la famille qui y
vécut et qui disparaîtra avec elle.
Cet enfant me ressemble qui court dans les champs de Virginie en slalomant entre les décors tremblotants d'un vieux théâtre où ne jouent plus que des fantômes, il crie, il cherche, mais sa mère n'est plus là pour lui répondre, ne reste que des cendres qu'il voudrait retenir sans le pouvoir et des voix qu'il ne peut comprendre ni couvrir de ses pleurs.
Ce couloir est si long qu'y résonnent sans fin les bruits de bottes que j'espérais porter avant de devoir y renoncer, comment supporter une autorité, un encadrement qui pourtant m'aurait fait tant de bien tout en amenuisant mon œuvre j'en suis sûr. Sans doute n'avais-je qu'un choix limité entre une réussite artistique et une existence longue terne mais... quel mot est-il utilisé d'ordinaire ? Oui, heureuse !
A considérer le passé je peux m'estimer chanceux d'avoir pris le bon chemin et qu'importe
quel malheur je dus inclure à mon encre, elle n'en fut que plus dense et indélébile.
Maintenant je comprends mieux où je me trouve, quels relents d'alcool flottent autour de moi et quel cortège de spectres est là pour m'accompagner au long de cette rue qui ne peut conduire qu'au port où m'attend un grand navire pour m'emmener là-bas, loin, au-delà de nulle part traverser ce grand poème divin qu'est l'univers pour une destination plus Clemmente qu'une Morgue.
Je sais qui je vais croiser, sans masque, quels cris et cliquetis je vais entendre et quels personnages distinguer dans cette pénombre. Probablement un chat noir va-t-il venir se frotter à mes jambes, il me portera bonheur.
De moi resteront de nombreux textes, Poemes et articles, et cette ultime missive qui pour n'être pas volée pourrait se retrouver dans une bouteille.
J'arrive Virginia, j'arrive.
Le Poète suscite avec un glaive nu
Son siècle épouvanté de n’avoir pas connu
Que la Mort triomphait dans cette voix étrange !

