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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 05:48


 

Ils sont là depuis 20 ans, d'où viennent-ils, pourquoi sont-ils là, mystère ! Peut-être est-ce le hasard, et la volonté du scénariste, qui firent que le vaisseau spatial s'arrêta au-dessus de Johannesbourg, aussitôt il fit la une de tous les médias de l'époque, invasion, visite... Finalement des soldats pénètrent dans l'engin (pas si résistant que ça !) et trouvent une population d'extraterrestres à l'aspect étrange et semblant incapables de repartir ou de maîtriser leur propre technologie.



Les étrangers seront débarqués puis parqués dans une espèce de ghetto géré par la MNU, le District 9 est né ! La curiosité va vite faire place au rejet, d'une part par les frais engagés « ils auraient pu l'être ailleurs !» mais aussi par l'attitude des « crevettes » (surnom des aliens à cause de leur apparence) qui ne peuvent s'intégrer et montrent un comportement plus proche de celui du chien errant fouillant les poubelles pour trouver sa pitance que d'un être civilisé.



La tension montant la décision est prise de les éloigner, l'action peut s'engager.


Pour mener cette évacuation les autorités nomment un directeur, Wikus van der Merwe, dont la réputation de benêt n'est plus à faire, aurait-il été choisi pour cette raison, parce qu'il est le gendre d'un dirigeant de la MNU, les deux probablement.

Charge à lui d'aller voir les occupants du District 9 pour leur expliquer qu'ils doivent partir, « volontairement » et « légalement », les apparences étant importantes, leur langue ayant été comprise puis apprise.



Bien sûr rien ne va se passer comme prévu, Wikus, justifiant sa réputation, va faire une bourde aboutissant à sa contamination par de l'ADN étranger qui peu à peu va le changer en « crevette », lui qui les voyaient comme des animaux, malgré l'engin spatial, va découvrir que l'humanisme, et l'intelligence, ne sont pas forcément du côté de son espèce en général, et de ses dirigeants en particulier qui sous couvert d'action humanitaire cherchent à exploiter les armes dont disposent les aliens, sans qu'ils s'en servent, mais qui, étant activées biologiquement, sont inutiles entre les mains des homo-sapiens, d'où l'intérêt que va provoquer Wikus par son changement de métabolisme. Se rapprochant physiquement des aliens il en vient à les considérer au delà de leur comportement et à... Mais en dire plus serait dommage.


Le film démarre comme un reportage sur Wikus et suit son travail et alterne avec des séquences de cinéma « normal » son évolution et l'enjeu qu'il représente, lequel fait vite oublier qu'il fut humain, de là à dire que ceux qui ne demandent qu'à l'utiliser le sont moins que lui il n'y a qu'un pas, que je franchis sans peine !

 

Un vrai scénario, rien à voir avec Independance Day et autres américâneries débordant d'effets spéciaux, mêlant action et réflexion, sans grande surprise il est vrai, qui peut croire qu'une multinationale fabriquant des armes peut être une ONG sincère, que la vie puisse avoir plus d'importance que des milliards de dollars ? Réflexion sur le racisme quotidien qui nous incite d'abord à la méfiance puis au rejet si l'autre reste ce qu'il est ; la culture, les « crevettes » vivent dans des conditions sordides qui ne semblent pas les gêner, rien à voir avec notre vision du confort, et encore moins du confaible !


Dans humanitaire (humaniterre ?) il y a humain, ce terme peut-il donc s'appliquer aux aliens, faudrait-il créer un droit aliénitaire ou considérer qu'homme est une chose et humain une autre, le premier définissant l'aspect, le second les qualités intérieures définies comme telles par notre civilisation ? Facile de dénoncer par le cinéma mais confronté à la situation quelle serait notre réaction, quelle serait la mienne ? Faut-il y être contraint pour pouvoir entrer en contact avec celui qui est trop différent pour simplement concevoir que la compréhension réciproque soit possible ?




Pour tenter un résumé succinct : Vaut-il mieux être un con (ou présumé tel) comme Wikus ou un salaud comme (presque tous) les autres ? Éternelle question du choix, en sachant que celui-ci est rarement possible, mis au pied du mur qui pourrait réfléchir en son âme et conscience et agir autrement que spontanément, qui ?

Vous ?

Menteur !


 

Un film réalisé par Neill Blomkamp et produit par Peter Jackson, sortie française le 16 septembre 2009.

 


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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 05:20

 


Alibiberté ; Bouquetmissaire ; Castroentérite ; Célébriété ; Cocutopiste ; Crèche ; Défeqtion ; Femelléfice ; Flic ; Gigolo ; Humour ; Ilhumaniste ; Immondialisation ; Jugement Dernier ; Maffiavélique ; Messiomane ; Multimerdia ; Pauvreté ; Pass'yfier ; Psychothérapeute ; Ratd'art ; Schizoophrénie ; Schizophrénie ; Zoopitaux.  


 

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 05:18
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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 06:02

 

Bonjour.


Je suis heureuse de vous accueillir pour cette émission qui traitera des tueurs en séries, une de plus dira-t-on, mais non, justement, nous voulons porter un regard différent sur un fait de société. Pas question de voyeurisme, de sensationnalisme comme vous avez pu en voir si souvent sur tant de chaînes, et, je me dois de le reconnaître, aussi, mais rarement, sur la nôtre.

Éloignons-nous de ce besoin de choquer mais rapprochons-nous au plus près de la réalité, pas de commentaires de soi-disant spécialistes, d'anciens policiers heureux de venir parler de leur bouquin, un moyen comme un autre d'améliorer leur ordinaire, mais sommes-nous là pour mettre en valeur ces fonctionnaires qui ne firent jamais que leur métier ?

Je dis non, pas de commentaire sur des interprétations de faits improbables, ce soir, et pour la première fois dans l'histoire de la télévision, nous allons donner la parole à un véritable tueur.

Non, ne vous récriez pas, ne vous effrayez pas, c'est une démarche des plus honorables que de tenter de comprendre quelles pulsions peuvent pousser à des actes horribles et répétés, dans quelle enfance souffrante baignent les racines de l'atroce. Qui sait même, si en lui permettant de s'exprimer par des mots plutôt que des actes, nous ne lui ouvrirons pas la porte de l'avenir en l'accompagnant sur le chemin de la rédemption en lui proposant de se rendre à la police. Ce n'est pas un but, c'est un espoir, utiliser notre média non plus comme un œil glacé de spectateur disant mais comme la main tendue d'un acteur de la vie sociale.

Comment avons-nous pu prendre contact avec lui, vous me permettrez de n'en point parler, il en va ainsi du devoir du journaliste que de protéger ses sources et de respecter ses engagements.

- Ben, êtes-vous là ? Nous l'appellerons ainsi ce soir. Ben, vous m'entendez ?

- Très bien Alice, très bien.

- Vous êtes quelque part, seul, avec un micro HF, nous ne savons pas où exactement.

- C'est vrai, je vous remercie d'avoir respecté cette condition.

- C'était bien le moins n'est-ce pas. Voulez-vous nous parler de vous ?

- De moi, de mon passé vous voulez dire ?

- Tout à fait.

- L'enfance dramatique, père alcoolique et brutal, mère prostituée... C'est ainsi que se présente la jeunesse de nombre de mes semblables, je dois à la vérité de dire que ce ne fut pas mon cas.

- Non ?

- Non, Alice, non, je vous ai dit le contraire lorsque nous nous sommes rencontrés, mais vous savez que nous avons pour don de savoir mentir, nous adapter, et surtout, surtout, de manipuler autrui.

- Ainsi vous dites m'avoir trompée ?

- Je peux avouer cela. Mon enfance fut banale, solitaire soit mais sans abus ni violence, un milieu bourgeois, quelque peu hypocrite comme il se doit mais rien qui ne puisse être tenu pour la cause de ce que je suis devenu.

- Alors je crains Ben que nous ne devions suspendre cette émission.

- Ce serait dommage Alice, dommage, patientez encore quelques minutes et votre audimat va monter.

- L'audimat ?

- Cette mesure de la bêtise sur laquelle votre salaire est indexé !

- Je ne vous permets pas.

- Quelle importance Alice, vous êtes une image sans pouvoir, une belle image j'en conviens, mais ce n'est pas vous qui tenez les ficelles de cette diffusion.

- Je ne...

- Vous cherchez vos mots ? Vous souvenez-vous de notre dernière rencontre, il y a une heure, lorsque vous m'avez donné le micro, je vous ai offert une boisson dont vous me dites qu'elle était amère... Oui ma chère amie, votre auditoire va croître mais vous n'en mangerez pas les fruits, le poison que vous avez absorbé est sans antidote. Vous cherchiez à marquer l'histoire de votre métier, avouez que, grâce à moi, ce sera le cas... Et je vous en remercie, asseyez-vous, votre cœur va s'arrêter, votre agonie sera courte mais en directe, en live, si j'ose dire ! Je gage que ce n'était pas ce que vous attendiez. Un dernier mot encore : Ne vous faites pas incinérer, vous connaissez mes goûts...


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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 05:43
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 06:00

 

                                                  03

Les deux hommes se turent. Non par absence de mots, au contraire, par désir d’en conserver afin de n’être pas vide devant le futur. Chacun affrontant ses pensées, ses idées, ses doutes, les impressions curieuses d’un moment unique. Il semble difficile d’utiliser cette circonstance, cet endroit, pour tirer une leçon personnelle, mais pourquoi pas ? Là où certains pleurent d’autres réfléchissent, rient, attendent, replient leurs esprits dans le minimum d’espace laissant leur corps en avant-garde face à une pénible réalité.

Il y eut des cris, des gémissements quand le train s’ébranla, lentement, si lentement… Attendre n’était pas si pénible. Peut-être était-ce une torture de plus, un simulacre de départ, les portes allaient se rouvrir sur des soldats hilares du bon tour qu’ils venaient de jouer, mais non, cette fois l’inéluctable était en marche, impossible de changer, de tout arrêter, certains eurent cet espoir, fermer les yeux, hurler intérieurement en quête d’un nouveau réveil, cauchemar terminé, corps luisant, cœur battant... Mais dans son lit, entouré de son décor d’habitudes ! Pas de rêve, de cauchemar, sinistre réalité d’un convoi s’ébranlant, emportant sa cargaison de chair pour une destination obscure, loin si loin d’ici.

Regards, Mains jointes, les enfants pleurent, les vieux marmonnent, évoquent des puissances en lesquelles ils ne croient plus assez pour leur donner vie. Quand le doute s’installe dans un cerveau ses forces refluent. La vie s’impose quand recule le délire.

Une mère caresse le front de son enfant, il est malade, fiévreux, elle a tout essayé, promis, elle est jolie, pouvait offrir son corps ; trop de risques. Son fils agonise, elle le regarde, chantonne des mots d’un autre temps qu’il ne comprendra pas. Elle voudrait maudire, que ce train s’arrête, que le temps se fige, que le ciel s’ouvre, alors elle jetterait le cadavre à la face de n’importe quel dieu comme une injure dont il ne se laverait jamais.

Des conciliabules s’ébauchent, ils vont arriver dans un territoire neuf, tout sera à refaire. Ils y arriveront, ayant en eux la force millénaire d’une espérance que rien n’a pu étouffer, pour l’instant ! Ils ne savent pas ce vers quoi ils vont, ils ne savent pas que derrière…

VOUS non plus !

Le soleil passe mal entre les lattes, la chaleur ne connait pas cette frontière. Rester debout est torturant, s’appuyer sur les autres est pénible, reste à puiser en soi la force de voir d'autres promesses au travers des parois de ce cercueil promis à la géhenne.

Les corps se vident, l’odeur devient pénible, mains moites, fronts suants, quelqu’un secoue la porte, sauter, plutôt finir sous les roues qu’attendre. La serrure est moqueuse. S'ils s'étaient révoltés dans la gare combien auraient pu s’enfuir ?

Rêve ! Le destin est un chemin unique, seul le délire montre d’autre un possible dépassé, une sortie que nul n’osât prendre, et pourtant, de quoi l’esprit, se noyant, est-il capable ? Dans les ténèbres, l’infime éclair bleu de l’avenir paraît inaccessible. L’esprit efface l'instant, se focalise sur son objectif, le reste disparaît. Piège, le néant utilise mille visages pour tenter l’âme en errance.

Les yeux d’une mère se ferment sur de grosses larmes, dans ses bras son enfant mort incarne son destin, la vie n’a plus de sens, en eut-elle jamais un, quel pervers l’imagina-t-il, offrant à qui en profite d'en comprendre l'inanité. Seule la mort est certaine.

Un cœur sait-il pourquoi il bat, muscle obéissant, représentant idéal de la vie. Esclave sans vouloir jusqu’à épuisement de ses forces.

Des jeunes se sourient, les yeux dans les yeux, chacun se raccroche à ce qu’il peut et quand un hurlement résonne les autres font mine de n’avoir rien entendu, chacun sait qu’il peut être le prochain à crier.

La jeune mère se déshabille, presse un sein contre la bouche de son bébé, s’il ne bouge plus c’est la fatigue, s’il est froid c’est la faim, dire qu’elle aurait pu se méprendre, oublier son devoir, tout va changer, tout va aller pour le mieux et l’avenir sera radieux. Son bébé est assoiffé, il lui prend la vie qui lui reste, peu importe, elle n’a que faire d’une existence programmée pour n’être qu’un intermédiaire en vue de produire un autre intermédiaire lui-même… Qu’importe la chaleur, la puanteur, ce vieillard à genoux, les yeux fixes, le corps résonnant des soubresauts du convoi. Son enfant est l’espoir, elle le sait.

Le temps passe lentement, à croire qu’il le fait exprès, vite, achever ce voyage pour nulle part ! Moiteur, pestilence, corps faiblissant, les yeux se ferment, la violence s’éteint, reste une masse confuse attendant la décomposition.

Le souffle disparu la boue retrouve son aspect originel.

Ce jeune homme a faim, il ferait n’importe quoi pour s’alimenter, pour oublier son estomac. À quoi bon allaiter un cadavre ? Il s’approche, cherche ses mots sans les trouver, dur de penser, de parler, quelques gestes pour indiquer son désir, il n’est pas le premier à y penser mais le premier à exprimer son désir ? Elle le regarde, comprend, secoue la tête, tout est pour son fils, il n'est pas mort, il dort, la fatigue du voyage, le rythme des rails. L’instinct d’une mère est infaillible, elle ne se laisse pas abuser par les tendres manigances de son rejeton. Le jeune homme se fait pressant, il estime avoir le droit, pourrait le dire si parler lui était permis, mais la douleur est si forte, tout est rouge, brûlant, il ne peut résister à la tentation de s’approprier ce qui lui revient, stupide de nourrir un cadavre à la bouche close, ce bon lait qui dégouline sur le sol, de la vie qui se perd dont il désire profiter.

Personne ne bouge, fatigue, impossible de distraire de l’énergie pour si peu, tenir, bouger un minimum qu’ils se battent s’ils le veulent.

Comment résister à une violence incontrôlée, il saisit le nourrisson, le tient par les pieds pour lui montrer qu’il n’est qu’un pantin inutile et le lâche, son corps s’écrase au sol avec un petit bruit mat.

Elle crie, la folie gagne deux proies et les fait s’affronter, marionnettes au bout de fils invisibles qui se déchirent, se lacèrent et se détruisent. Bref combat d'allumettes trop fragiles, dans un dernier sursaut le jeune homme saisit le crâne de son opposante et le fracasse contre un rebord de fer, il frappe, épuise ses forces pour un inutile triomphe. il lèche ce qu’il peut, hésite devant la blessure de la tête, l’envie est trop forte, quelques heures de vies, quelques heures…

Personne ne bouge, ne juge, ne condamne, il n'y a personne !

Deux regards se croisent, se comprennent.

Le train roule dans la campagne, à l’entendre on jurerait un rire !

                                        * * *

L’ombre marche, de loin elle semble humaine, de près également, pour qui sait lire par-delà l'apparence l’illusion ne tient plus.

Un homme de taille moyenne, un physique solide sans musculature excessive, impressionnant pourtant par sa sérénité, certitude affichée dans chaque geste d’être le plus fort, que nul ne peut se dresser sur son chemin. Un regard pailleté d’orange, troublant, d’abord tranquille comme un lac de montagne, un lieu que l’on aimerait contempler plus longtemps, la curiosité s’impose, s’affiche, le temps se prend pour regarder plus avant et derrière cette surface calme apparaît une profondeur attirante pour l’esprit aventureux, abysse devenant vite un piège d’autant qu’en elle grouillent des formes étranges, des pulsations impossibles, des désirs insoutenables par ce qu’ils disent de qui les découvre. Le curieux savoure cette monstruosité accompagnée d'une ombre protectrice qui lui offre une montagne de satisfactions et un puits de délire où il se perdra. La tentation est là, sentir ce gouffre en soi, pourquoi résister, la vie vaut-elle qu’on refuse ces plaisirs, une excitation incomparable.

L’uniforme noir lui va bien, à croire qu’il a été fait pour lui, à la réflexion il se peut que ce soit le cas, insignes d’argent brillant, bottes de cuir impeccablement cirées, une ombre vêtue d'obscur, présence impressionnante par le seul fait d'être là.

L’ombre semble une force sage, une gueule attendant de mordre.

Il commande les lieux, s’est promené sur l’emplacement avant que les premiers bâtiments sortent de terre, fut présent chaque jour, les ouvriers en étaient stimulés, faire montre de paresse eut été risquer un sort pénible, une ballade dans un endroit discret, une pelle mise dans les mains, une balle en conclusion.

Yeux clos il inspire l’air chargé de particules imperceptibles, chacune lui dévoile un secret, lui livre une vie, de sa naissance à son ultime instant. Un plaisir qu’il épuise avant d’en saisir un autre, mais c’est l’affaire même du camp, son domaine.

L'ENTRÉE !

Les quais sont déserts, quelques soldats, il contemple le soleil descendant comme pour lui ordonner de ne plus revenir, pour que la nuit s’impose sur un monde indigne de la lumière.

Ses bottes martèlent le sol, ses yeux verts ne regardent rien mais voient tout, chacun le sait, dans le camp circule un vieux dicton Les yeux bleus iront aux Cieux, les yeux noirs iront au Purgatoire et les yeux verts iront en Enfer ! Il semble qu’ils l’aient déjà vu et souhaite le revoir, ici, maintenant.

Entendant le cri du train il sourit, personne d’autre n’a cette acuité auditive, personne n’a des sens aussi aiguisés, une vitesse aussi grande, une résistance que rien n’épuise. Il s’est vu qu’un prisonnier tente quelque chose, cela semblait facile, offrir sa vie contre celle du commandant, il n’y a pas à hésiter, le dos est tourné, offert, le prisonnier, rassemble ses forces, tient fermement ses chaînes, il peut frapper mais n’aura qu’une chance, il se précipite... L’air seul est déchiré de son cri alors qu’il tombe à genoux sous les yeux goguenards qui l’observent, s’il n’y avait que la méchanceté, qu’un appétit bestial, mais par delà la profondeur subsiste une braise plus troublante que le reste de ce personnage énigmatique.

Pour l’heure il écoute le convoi qui s’approche comme les pensées des milliers d’êtres que le camp absorbe avec une voracité insatiable.

Parfois il semble hésiter, un souvenir peut-être, d’avant, quand lui aussi jouait dans les rues, s’amusait et riait. Cela lui arriva donc ? Il paraît que non, comme s’il était né ainsi, sang froid alimentant un cerveau pétri d’atrocités, conçu pour définir les pires tourments sans qu’un obstacle soit autorisé à se dresser sur son chemin.

Peut-il se rappeler ?

Si ses pensées étaient lisibles qui y verrait plus que du délire, qui accepterait l’impossible ? Lui-même en vient à douter, à se frotter les yeux, mais non, la réalité est celle-là, son passé ne relève pas de la démence, il lui arriva de le déplorer, une seconde, personne n’est à l’abri du doute, alors son rôle le reprend, il ne peut se dérober, le pacte est passé depuis si longtemps, il est proche de sa réalisation, un temps nouveau va venir, qui ne durera pas mille ans mais plus, beaucoup plus, si longtemps que l’éternité même s’effraierait.

Logique par conséquent que lui aussi se pose des questions face à un gouffre contenant l’infini et mille fois plus de mystères encore.

Le train n’est pas encore là, une pause suffisante pour s’interroger, le murmure de ce qui lui reste d’humanité, un infime trésor, sans prix pourtant. Sans lui ne resterait qu’une coquille vide, forme minérale dénuée d'âme. Les regrets accompagnent sa malédiction.

Parler ? Il ordonne, personne, jamais, ne dialogue avec lui. Il voudrait parfois… mais comment ? Il est trop tard, le destin est inéluctable.

Son existence est-elle plus qu’une coquille charriée par le temps ? Visage lisse, il fait jeune mais son regard montre une expérience qu’une seule vie n’aurait pu lui donner, même la plus excessive. Le portrait de Dorian Gray n’existe pas et pourtant où se trouve les stigmates de ses crimes, son âme est-elle seule à les supporter ?

Il ferme les yeux, ses pensées courent, s’accrochant ici ou là, chien perdu cherchant son maître, un repère, sa route. La sienne remonte si loin, pourquoi s'interrogent-il ainsi, ce n’est pas le moment. Est-ce l'approche de la fin, un reste d’âme cherchant à communiquer. La vie ne put lui être arrachée complètement mais sa propre souffrance est aussi source de satisfaction.

Âme ? Le mot amuserait ceux qui le voient contempler les cadavres passant devant lui, qui connaissent sa maîtrise de la torture, il parvient à maintenir conscient des hommes, des femmes, des enfants dont le corps est en lambeaux, perdant leur sang par mille blessures, et le compte est à peine arrondi. Il détruit mais donne de la force à ses victimes pour en tirer l'ultime plainte. Personne ne sait mieux que lui découper la peau, révéler les viscères palpitants et les offrir à la vue du supplicié, nul ne sait déchirer un corps pour en arracher les os avec une force venant de l’habitude, comment nommer ces êtres dont les bras et les jambes pendent ? Limaces autour desquelles la mort tourne sans les prendre. Dans sa cave il a même fait construire un puits étrange. Des individus y sont jetés, de forts néons illuminant le sol révèlent un charnier, le condamné ne comprends pas, il pense à une torture, suppose qu’il n’est là que pour un moment, mais non, il est là pour y mourir, de faim, de soif, à moins qu’il n’ose voir dans l’amas corrompu une source de vie pour souffrir plus longtemps.

Certains furent fusillés pour avoir protesté contre ce traitement.

Qui lui demanderait ce que signifie ce puits, pourquoi il reste des heures à le contempler, indifférent à la puanteur qui en émane, aux cris d’un supplicié prêt à tout pour sortir de là, promettant de tuer ses parents, ses enfants, qui l’on voudra. Il leur rend service en ne les écoutant pas, regrettant parfois de n’avoir pas eu cette chance.

Le vent court, libre, indifférent, portant l’odeur alentours, imprégnant peaux et vêtements, rien ne peut l'effacer à croire que l’odeur est ailleurs. Comment nettoyer son âme sans s'anéantir ?

Le spectacle qui vient ne sera pas nouveau, maints convois sont déjà arrivés, il a vu des dizaines de milliers d’individus s'extraire des wagons, ceux restant à l’intérieur bénéficiant d’une balle, il a vu des fantômes chercher le salut dans la fuite, des vieillards implorer, des mères se cacher derrière leur enfant. Son regard cherchant toujours plus profond le pire dans l’âme humaine.

Le pire ?

Est-ce seulement cela qu’il cherche ou bien s’en rapprocher est-il le moyen de découvrir autre chose ? Craint-il une révélation balayant ses idées, brûlant et dévastant son passé ? Sur quel bûcher va-t-il monter ? Rien ne consume mieux que les péchés s’amuse-t-il à penser. Alors, les flammes léchant ses pieds il lèverait les yeux pour espérer que rien n’arrive, que cette agonie soit la dernière.

N’a-t-il pas, lui aussi, mérité d’être libre ?

                                        * * *

Le train entre en gare, image d’un vieux film, trace d’un temps en noir et blanc noyé dans un monde en gris et rouge, vermillon toujours brillant, toujours tentant.

Il regarde la bête humaine ralentir en se disant que ces deux mots forment le plus bel exemple de pléonasme qui se puisse trouver. La fumée éclairée par les projecteurs donne au spectacle un côté irréel, truqué. Au contraire, jamais la réalité ne fut plus forte, n’eut plus d’importance, quand bien même ses acteurs ne le comprennent-il pas. Qui sait quelles motivations sont sous-jacentes à ses actes ?

Lui ? C'est un souvenir imprécis, une impression ineffaçable, il préfère s’enfoncer dans les ténèbres pour fuir ce qui… Ce qui l’attend ! Il le sait, ce qu’il fuit ne lui court pas après mais le guette sur son chemin. Inutile de regarder, rien ne sortira des recoins d’ombre qu’il prendra pour des formes, et puis, son attention diminuant, la réalité surgira, le broiera sans un cri, sans un son, si ce n’est, quelque part, le ricanement d’une ombre qu’il comprendra enfin.

Un cortège de damnés de plus magnifiés par la nuit, l’éclairage et la perspective. Reste d’esthétisme niché dans sa contemplation, désir de repousser une impression hors du temps, hors de la réalité, non pour la magnifier mais pour la rendre supportable.

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 05:57

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 06:18
I Love You !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 06:05

 

Il est des légendes que l'on dit urbaines, ainsi celle que je vais vous conter et qui est, finalement, assez banale, peut-être l'avez vous déjà lue, ou entendue, quelque part.

Un petit magasin, une échoppe, telle qu'on en voyait encore au siècle dernier, du genre ou l'on trouve, en cherchant bien, ce qui n'est pas proposé ailleurs. Le propriétaire est un homme que l'on devine très vieux sans pouvoir lui donner un âge précis. Il semble être là depuis l'ouverture du commerce, il y a quatre siècles.

Impossible direz-vous, n'oubliez pas qu'il s'agit d'un mythe, alors...

Bien sûr il ne se limite pas à ce détail !

À l'heure où je tape ces mots je ne fais que relater ce que l'on me raconta lors d'une soirée dans un lieu, louche, dirais-je pudiquement, que je fréquente parfois. Je n'ai pu, encore, tenter de m'y rendre. Une précision, l'activité principale de ce commerce est la vente d'ingrédients introuvables autre part et destinés à des préparations qu'autrefois l'on taxait de magiques.

Vous souriez j'en suis sûr, pourquoi gaspiller deux pages avec une histoire qui ferait ricaner un gosse... L'ère moderne gorgée de technique ne peut museler le goût du merveilleux et le désir de pouvoir, dans certaines conditions, modifier le cours des événements.

On m'indiqua un quartier éloigné que je croyais connaître, me précisant qu'il surgissait une fois l'an, brièvement. Porte étroite, vitrine poussiéreuse, un intérieur tout en longueur, des murs couverts de rayonnages. Si vous voulez vraiment quelque chose, vous le trouverez.

* * *

 


J'en reviens, J'EN REVIENS !


ELLE existe, je l'ai vue, telle qu'elle m'avait été décrite, froide, inquiétante, sinistre, dangereuse. J'y suis entré, le vieillard m'a accueilli comme s'il m'attendait.

J'ai exprimé mon souhait. Il m'a emmené au fond de son magasin, j'ai hésité devant le choix, l'aspect, l'odeur...

Il m'en a indiqué une en précisant qu'elle serait parfaite pour l'usage que je voulais en faire, d'autres ayant eu la même idée n'avaient pas été déçus.

Restait le prix.


C'était cher.

J'ai accepté. Il m'a dit que la prochaine fois je pourrais me débrouiller autrement, je lui ai dit qu'il n'y en aurait pas. Il a souri.

Je sais pourquoi, je le sais.

Et lui aussi !

Je suis rentré.


Les bougies sont là, inquiétantes. J'en fiche une sur le chandelier, je n'en ai que pour un an. Il me faudra les faire durer, pourtant je ne veux pas attendre, la nuit est propice.

La flamme est verte, grande, mais dégageant un froid pénétrant ainsi qu'une odeur de putréfaction, sans doute à cause de la matière dans laquelle plonge la mèche. Déjà j'ai l'impression d'être loin, ailleurs.

La lumière va diminuer, bientôt je ne verrais que ma feuille, mon stylo, et bien sûr... Déjà des ombres apparaissent, mouvantes, sinistres.

Cette nuit j'écrirai comme jamais encore.

Mais ce sera difficile.


Je n'ai plus qu'une seule main !

Vous la voulez toujours ?


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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 05:50
L'Âme de l'Enfer - 01 
 

                                                  02

Ce sont des cris de joie quand arrivent les enfants, les familles se reforment, être ensemble, réunis par l’esprit sinon par les mains, pour affronter un même destin.

Les larmes font sourire les gardiens, certains aboient quelques moqueries, des injures, des gestes se voulant provoquant et qui se heurtent à leur propre stupidité.

Les heures passent lentement, il fait chaud, l’eau manque, la survie pose problème, pas de toilettes, on se soulage où l’on peut, les autres affectent de ne rien voir, chacun sait qu’il subira cela. L’humiliation se nourrit d’un acte pourtant si naturel.

Les nourrissons pleurent, réclament des soins qu’ils ne recevront pas, les vieillards s’affaissent, le sol est dur et l’entassement n’arrange rien. Les suppliques sont vaines, il leur est répondu qu’ils peuvent se débrouiller, bientôt ils seront loin, le pays retrouvera sa propreté. Les mères pleurent, un enfant griffe l’air, déshydraté, la mort s’approche, effleure son front et emporte une petite âme, un frêle butin pour elle qui sait que toutes seront siennes bientôt, bonnes, mauvaises, ces notions lui sont étrangères, elle offrira à chacune ce qu'elle mérite.

Peu fanfaronnent encore quand elle est là, quand ses yeux d’infinis se posent sur l’esprit claironnant que rien ne l’effraie, alors le silence s’impose, le froid gagne et la mort est la dernière à rire, à rire en attendant d’enfin pouvoir cesser.

La foule s’agite, des mains secouent le grillage, des bouches crient, insultent et implorent. À se demander si les deux sont différents.

N’est-ce pas ?

Moquerie et coups de crosses en réponses, les canons se profilent, des doigts effleurent les détentes, beaucoup voudraient agir pour qu’il se passe quelque chose. Épuisant d'attendre. Certains esprits dans cet univers carnassier trouvaient une étrange ressemblance.

Un minimum leur est apporté, qu’ils meurent soit, mais pas ici. Le voyage… Mais qui sait de quoi il sera fait.

Qui ?

Personne ! Les ordres étaient précis, aucune place pour un état d’âme ou un doute. S’en tenir à son devoir, ordres donnés par les autorités supérieures qui seules porteront la responsabilité de ce qui se passe. S'interroge qui dispose d'un reste de conscience flottant sur un flot d’immondices. Bientôt la chasse sera tirée, restera un égout malodorant, plus une trace de lumière, plus une ombre d’hésitation.

Les familles se resserrent, les enfants esquissent des questions, un regard suffit pour qu’ils renoncent. Pourquoi s’interroger quand demain est un doute, quand l’avenir est une gueule avide de nouvelles victimes qu’elle broiera en un magma savoureux.

Parler, dormir appellerait le cauchemar, qu'au moins l'esprit résiste.

Le temps s’étire, s’accroche à chaque geste, à chaque signe, l’ombre se nourrit, elle n’est plus absence du jour mais refus de la lumière.

Fermer les yeux face au mur, tenter d'oublier, ne plus entendre les voix. Laisser filer les vies dans le sablier de l’éternité.

Les conversations refluent, la nuit est claire, les étoiles se sont données rendez-vous pour regarder le triste spectacle d’une vie qui ne se contrôlant plus cède à ses peurs. Pourtant l’espoir subsiste, monstre usant du masque le plus effrayant pour entraîner celui qui n’aura pas cédé à sa première impulsion, qui aura regardé dans le gouffre, compris que derrière les merveilles du moment se profilent un sombre destin, une force nocive attendant une proie de plus.

Combien de ceux qui regardent les étoiles comprennent-ils leur message, que le destin peut s’inverser pour qui l’affronte.

Les murmures se font prières, psalmodies que les gardiens n’osent interrompre. La nuit fait écho pour qui s'y plonge en sachant que la lumière s’y trouve. Un minimum de courage, l’oubli de ses instincts les plus primaires. L'éclat de la conscience est insoutenable.

Les pas résonnent sur le quai de la gare, sol de pierre indifférent à ces voyageurs en partance pour leur ultime voyage.

En jappant pour se rassurer les gardes dirigent le troupeau, ne pas douter, garder en soi la conscience de la nécessité d’agir ainsi, c’est pour le bien du pays et leur avenir, une fois la situation clarifiée tout sera aisé et entre soi le destin sera maîtrisable.

Uniformes froids semblant tenir debouts seuls, un effort est nécessaire pour distinguer à l’intérieur une silhouette, traits lisses, visages absents, esprits pétris d'ordres, aucune lettre sur le front, absence dans les crânes, traces d’une antique boue solidifiée.

Le triste cortège avance pressé par les menaces et les injures, le convoi est là, un train de bestiaux, le nombre de chevaux à loger par wagon est remplacé par la quantité d’individus pouvant y tenir. Le nombre est atteint, dépassé, peu importe les pertes, ceux qui auront la malchance de survivre, découvriront quel sort leur est réservé.

Les corps se pressent, les regards suppliants n’attirent que railleries, regimber est vain mais dire non à une mitraillette semble une sortie possible. Comment oser, la vie est un piège qui semble surpassable, elle montre un demain différent, on s’habitue à tout, une fois connues les règles du jeu on croit possible de les utiliser à son profit Mais est-ce un jeu dont il s’agit, est-ce un signe des temps à venir ?

Le reconnaissez-vous ?

Des coups de crosses, des mains poussant les corps pour en entasser un maximum, la porte de bois et de fer claque en souriant.

Bruits de bottes et ordres se mélangent, le départ se fait attendre, une minute semble une heure et l'angoisse est le sang nourrissant les vampires en uniforme. Le véhicule de bois semble un cercueil qu'une terre impalpable attend avec appétit.

Pourquoi ?

Si je pouvais l’oublier !

Difficile de rester droit alors que les jambes s’alourdissent, les enfants voudraient bouger, les vieux s’allonger, impossible, chacun dispose d’un espace moins que vital, se demandant combien de temps il subira la promiscuité, les exhalaisons diverses, les fourmillements. La chaleur monte, la sueur coule, la dissolution commence. L’enfer s’est installé. Apparence anodine, rien de plus banal qu'un wagon ? Mais une chose, à la bien considérer, sait changer de visage, l’objet amical se fait pernicieux, un piège efficace d'être insoupçonnable : une soif de détruire, revanche de l’inanimé utilisant ses pions.

- Pourquoi attendre, pourquoi ?

- Ils jouent. Ne cédons pas. Ils ne sont que les plus fort, la dignité nous appartient, pleurons sur notre sort mais voilons nos larmes d’un sourire, regardons-les sans haine, ils en seraient trop contents, endurons nos tourments et demain nous offrir un avenir digne.

- Tu crois ce que tu dis ?

- Bien sûr, ils nous détestent, facile. Nous partis ils verront que rien n’a changé et chercheront un coupable. La graine de la haine est fragile, au début, si petite qu’elle demande une attention de tous les instants pour survivre, une fois qu’elle s’est développée difficile de la contrôler. Un regard devient une insulte, un mot se couvre de sous-entendus, la peur s’installe et tire les ficelles, un jour ils se verront, les autres feront miroirs, la haine les emportera tous.

- Serons-nous là pour en profiter ?

- Profiter ? Un mot indigne, ne leur rendons pas ce qu’ils nous font. C’est difficile, imaginer demain aide à supporter ce jour, ne puisons pas en ce poison la force de survivre, laissons leur la bestialité.

- Les circonstances te feront changer d’avis, question de temps.

- Pas question de céder mon âme, de renoncer à ce qui me rend digne d'arpenter le monde des vivants que nos bourreaux ont quittés. Leur chemin mène à la damnation, le présent nous enseigne, nos douleurs sont des étapes vers la résurrection, implorer serait avilissant. La dignité ne se perd ni ne se prend, elle s’abandonne. Parfois il est pénible de se raccrocher à elle, tortionnaire insidieux, mais vient toujours la libération.

- Je me souviens de mes parents, des prières, des lectures, jamais je n’ai pu m’abandonner à une autorité impalpable, où est-elle en ce moment ? Si l’avenir existe par-delà nos vies nous ne le connaîtrons qu’en y accédant, pas en croyant à l’avance qu’il sera ceci ou cela.

- Souvenons-nous de ces paroles, quand nous nous retrouverons, après la guerre… que penserons-nous de ces mots ?

- Peut-être aurons nous échangé nos rôles et serais-je le croyant.

- Il se peut, ces rails nous conduisent vers le fond de l'âme humaine, verrons-nous cette épreuve comme une chance ?

- Certains le prendront comme un test de foi.

- Tu ne penses pas ainsi ?

- A ma façon, le lieu ne porte pas à la réflexion dirait-on, cependant si, le temps se suspend, l’intelligence s'ébroue cherche à s'organiser sentant cela bientôt impossible, utiliser chaque minute, s’économiser. Une seconde gagnée semblera une victoire alors que ce sera une défaite, plus nous nous accrocherons à la vie, plus nous ferons de concessions, plus nous laisserons de parts de nous-mêmes. Viendra le jour ou, nous regardant dans un miroir, nous n'y verrons que l’image de l’asservissement accepté.

- Une phrase me revient : L’homme est un esclave par nature !

- J'ignore qui l’énonça mais elle est frappée du sceau de la vérité, le comprendre puis admettre que vivre ne justifie pas tout, la vie ne justifie pas les moyens. J’aimerais savoir, anticiper, découvrir la pire horreur, soit, mais ensuite un chemin vers une éternelle douceur, les croyances servent à cela. À accepter l’esclavage, à vivre courbé en rêvant éveillés, si peu, d'un autre monde.

- Il y a peu je t’aurais insulté pour ces phrases moquant les croyances de nos pères, maintenant je ne sais plus, le doute est passé en moi.

- Serait-il une chance ?

- Une chance ?

- De t’affronter à toi-même, en considérant ce que tu imaginais être.

- Pour mourir vivant, digne, debout ?

- Pourquoi pas, oui au doute, non au renoncement, à cet instant où le supplicié implore son bourreau, le mieux serait de le remercier.

- Difficile ! Notre situation, de pénible va devenir insupportable, les souffrances, les privations agressent l’esprit et en chassent les résolutions les mieux accrochées.

- Et se révèlent debout ceux que tous pensaient lâches, couchés les fanfarons. Mille avenirs sont envisageables, le vrai dépassera l’imaginaire dans le pire ou le meilleur.

- La peur obscurcit notre vision, curieux mécanisme mental qui fait que l’esprit imagine le pire pour s’y préparer.

- Le démon lit nos peurs et les utilise pour exciter son imagination.

- Sommes-nous marqués d’une malédiction ?

- Ou d’une élection !

- Y a-t-il une différence ?

- Si ressemblance il y a ce n’est pas celle qui viendrait à l’esprit en premier, celle qui renvoie au passé, à nos croyances. Le pire offre l'opportunité de percevoir une porte qui s’ouvre. Ce sera bref, un coup d’œil, mais l’esprit enregistre vite, en un éclair s'impriment des images qu’une vie entière ne lui permettrait pas de comprendre.

- Cette porte est déjà ouverte ?

- Pas encore ! Le sera-t-elle ou est-ce un moyen pour l’instinct de conservation de m’inciter à tenir ? Je ne sais, il serait plaisait de pouvoir se retrouver, de confronter nos découvertes, s’il y en a. La vie est un jeu, c’est ce qui en fait la valeur, l’étrange, une rencontre inédite, un choc que rien ne laissait prévoir.

- Tu vas finir par remercier nos ennemis.

- Presque. Souvent je me suis dit qu’un ennemi valait mieux qu’un ami. Le premier nous motive, le second nous endors. L’autre, quand il nous agresse, nous propose une image de nous-mêmes, fausse en quasi-totalité mais vraie pour lui. Comment nous voit-il, pourquoi, si nous n’étions rien il passerait sans nous voir, la haine n’est pas mépris ou indifférence, au contraire. La proie est-elle innocente ?

- Je ne te suis plus.

- Moi non plus. C’est l’habitude de laisser venir les mots. Pourquoi retenir, dire d’abord, comprendre ensuite, si cela est permis.

- Et cela l’est ?

- Le temps ne s’arrête pas pour permettre la réflexion, difficile de faire une pause. N'est-ce pas ce que les circonstances nous offrent ?

- Pour refuser la réalité ?

- Mérite-t-elle le moindre intérêt ?

- Je sens que oui.

- Est-ce une raison pour lui laisser la bride sur le cou ? S'interroger ouvre le robinet des mots. Ma mémoire ne retient pas tout, déjà d’autres phrases surgissent chassant les premières, le temps est-il un si trouble ennemi que pour le maîtriser il faille l’oublier.

- Par la folie ?

- Le monde est fou ! Cette guerre, ces morts, à quoi servent-ils ? Notre destin, quel intérêt, pour qui ? Tuer le temps ? Nos ennemis repoussent une échéance inévitable. Ce n’est pas à nous qu’ils en veulent mais à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes et dont ils font peser sur nous la culpabilité de ne pas lui ressembler.

- C’est stupide.

- Ils le sont, et pire encore, nombreux, partout, ou presque, ne noircissons pas le tableau.

- Il est déjà assez sombre.

- C’est juste, sombre est le présent, l’avenir…

- N’en parlons pas, nous dirions des bêtises.

- Cela fait du bien, se laisser aller, comme un plat dont on raffole mais que l’on sait ne pouvoir commodément digérer.

- Curieuse comparaison, n’est-ce pas Louis XVI qui se fit servir, avant l’échafaud, un plat qui lui causait de sérieux embarras gastriques ?

- Belle image, ainsi je laisse vagabonder mon esprit hors des limites du quotidien avant que de plus dures contraintes ne s'imposent. L’espoir ne fait pas vivre, il aide à faire semblant.

- C’est le propre de la religion.

- Propre est un curieux terme ici, ça en est une des raisons d’être ; une des raisons d’exister, être étant, lui aussi, un mot mal placé.

- Tu n’aimes pas la religion.

- La religion ? Il n’y en a qu’une ?

- Les autres sont des errements, disons par honnêteté : les religions.

- Dans le fond, ce sont les mêmes besoins qui se retrouvent, quelques détails changent, un petit truc ici, là, peu importe.

- Et eux ?

- Eux ? La religion parfaite, oubliant ses illusions, ses hypocrisies, affirmant sa primauté sur les autres et mettant tout en œuvre pour détruire ou convertir bien que le passé grouille de tentatives d’asservissements masquées par des noms synonymes de civilisation, de lumière, de bêtise par-dessus tout.

- Je m’étonne d’entendre cela sans avoir envie de te frapper.

- Nous passons une frontière, le monde d'hier est mort, l'autre...

- Pourrons-nous poursuivre cette conversation ?

- Profitons de cet état transitoire, venant de nulle part nous y retournons. Les apparences nous sont arrachées, regardons-nous.

- Pour combien de temps ?

- Celui nécessaire? À quoi ? À ce que la haine trouve sa cible, découvre sa source ; à la venue d'un progrès en attente quelque part. Si le temps le veut nous le verrons.

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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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