Il est des légendes que l'on dit urbaines, ainsi celle que je vais vous conter et qui est, finalement, assez banale, peut-être l'avez vous déjà lue, ou entendue, quelque part.
Un petit magasin, une échoppe, telle qu'on en voyait encore au siècle dernier, du genre ou l'on trouve, en cherchant bien, ce qui n'est pas proposé ailleurs. Le propriétaire est un homme que l'on devine très vieux sans pouvoir lui donner un âge précis. Il semble être là depuis l'ouverture du commerce, il y a quatre siècles.
Impossible direz-vous, n'oubliez pas qu'il s'agit d'un mythe, alors...
Bien sûr il ne se limite pas à ce détail !
À l'heure où je tape ces mots je ne fais que relater ce que l'on me raconta lors d'une soirée dans un lieu, louche, dirais-je pudiquement, que je fréquente parfois. Je n'ai pu, encore, tenter de m'y rendre. Une précision, l'activité principale de ce commerce est la vente d'ingrédients introuvables autre part et destinés à des préparations qu'autrefois l'on taxait de magiques.
Vous souriez j'en suis sûr, pourquoi gaspiller deux pages avec une histoire qui ferait ricaner un gosse... L'ère moderne gorgée de technique ne peut museler le goût du merveilleux et le désir de pouvoir, dans certaines conditions, modifier le cours des événements.
On m'indiqua un quartier éloigné que je croyais connaître, me précisant qu'il surgissait une fois l'an, brièvement. Porte étroite, vitrine poussiéreuse, un intérieur tout en longueur, des murs couverts de rayonnages. Si vous voulez vraiment quelque chose, vous le trouverez.
J'en reviens, J'EN REVIENS !
ELLE existe, je l'ai vue, telle qu'elle m'avait été décrite, froide, inquiétante, sinistre, dangereuse. J'y suis entré, le vieillard m'a accueilli comme s'il m'attendait.
J'ai exprimé mon souhait. Il m'a emmené au fond de son magasin, j'ai hésité devant le choix, l'aspect, l'odeur...
Il m'en a indiqué une en précisant qu'elle serait parfaite pour l'usage que je voulais en faire, d'autres ayant eu la même idée n'avaient pas été déçus.
Restait le prix.
C'était cher.
J'ai accepté. Il m'a dit que la prochaine fois je pourrais me débrouiller autrement, je lui ai dit qu'il n'y en aurait pas. Il a souri.
Je sais pourquoi, je le sais.
Et lui aussi !
Je suis rentré.
Les bougies sont là, inquiétantes. J'en fiche une sur le chandelier, je n'en ai que pour un an. Il me faudra les faire durer, pourtant je ne veux pas attendre, la nuit est propice.
La flamme est verte, grande, mais dégageant un froid pénétrant ainsi qu'une odeur de putréfaction, sans doute à cause de la matière dans laquelle plonge la mèche. Déjà j'ai l'impression d'être loin, ailleurs.
La lumière va diminuer, bientôt je ne verrais que ma feuille, mon stylo, et bien sûr... Déjà des ombres apparaissent, mouvantes, sinistres.
Cette nuit j'écrirai comme jamais encore.
Mais ce sera difficile.
Je n'ai plus qu'une seule main !
Vous la voulez toujours ?


