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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 06:06

          Les levers étaient durs par les matins d'hivers,

 

          Je n'avais pas envie d'affronter les frimas,

 

          Mais il le fallait bien, la vie est un combat,

 

          Répétaient mes parents en guise de prière.

 

 

 

          J'ai maudit le patron, la cadence infernale,

 

          Qui me tordait les bras dans un tel tintamarre,

 

          Que penser même était devenu cauchemar,

 

          Le temps me dissolvait, terrifiant cannibale.

 

 

 

          Des amis je me fis, compagnons de labeur,

 

          La camaraderie dans la difficulté,

 

          Trouve ainsi un terrain où pouvoir s'exprimer,

 

          Et l'usine cessa d'être source de peur.

 

 

 

          Ma machine devint une partie de moi.

 

          Je n'avais pas compris que c'était le contraire,

 

          Mon corps et mon esprit se noyaient dans le faire,

 

          J'étais bien, j'étais rien, affirmant : C'est mon choix !

 

 

 

          Un autre matin vint semblant pareil aux autres,

 

          Nous étions plus de cent devant la grille ouverte,

 

          Moutons pressés d'entrer dans la gueule aux dents vertes,

 

          D'accomplir ce destin que je sais être nôtre.

 

 

 

          Le portail ricana, nous nous précipitâmes,

 

          Trouvant les bâtiments, des hangars aux plateaux,

 

          Vidés totalement, plus de presses, de bureaux...

 

          L'absence devant nous semblait rire de nos âmes.



 

 

 

          Nous étions stupéfait avant que la colère,

 

          Soulageant notre effroi ne s'empare de nous,

 

          En vain évidemment, debout ou à genoux,

 

          Devenus superflus, la vie restait derrière !

 

 

 

          Désormais les matins ont un goût de sueur.

 

          Chaque chose a son prix mais je crains que le mien,

 

          Infinitésimal, soit à un poil de rien !

 

          Je suis un numéro dans le flot des chômeurs.


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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 06:16

Le temps (1/2)


Marquer un "temps d'arrêt" peut devenir tragique :

- Avec le temps, "on l'oubliera vite", "il était si plein de vie", "il a fait son temps"… toutes ces conneries que l'on sort aux enterrements ! Notre regretté Raymond Devos demandait à son public :

- Avez-vous déjà observé une minute de silence ?

On vient de l'éternité pour y faire un bref séjour, et, ironie du sort ou petit jeu mesquin du temps, on y retourne illico, pfuittt, le temps d'une "vie"…

Avec ou sans sablier, comme pour le sasser, on "passe" le temps, du temps, son temps en oubliant hélas que le temps, lui, passe réellement ! On passe souvent du temps à ressasser...

On le passe, mais on veut se l'approprier malgré son caractère insaisissable :

On prend le temps, du temps, son temps : à chacun le sien.

Mais il est malin, le temps : il nous échappe tôt ou tard, c'est alors qu'on perd son temps !

Les plus malins en gagnent…

On gagne du temps, et l'on peut carrément gagner sa vie (en attendant de la perdre !) et ça peut prendre du temps (souvent à ne rien faire !). Certains la gagnent bien, tant mieux, d'autres mal, tant pis, mais tout un chacun finit par la perdre !

Justement, beaucoup la perdent en voulant gagner du temps…alors que d'autres la gagnent en en perdant. Jésus, Roi des juifs, ne perdait pas son temps puisqu’il était un Sire concis…

On a souvent la prétention de vouloir rattraper le temps perdu !

Un libraire grenoblois voulut forcer le destin en baptisant son négoce, place Victor Hugo : "Au temps retrouvé". Après sa fermeture, le magasin ne connut jamais de repreneur…

 

On le quantifie depuis la nuit des temps :

- Un bon bout de temps (il n'aurait pas de mauvais bout, le bougre ?).

 

Un adage britannique voudrait que le temps soit de l'argent, ("time is money"). Mais alors, pourquoi tant de vieillards dans la misère ? Combien ont-ils gagné de l'heure ?

 

Comme je le disais plus haut, on lui prête de nombreuses épithètes :

- Bonne année !

- Nous avons peut-être quelques bonnes années devant nous…

- Qui n'a passé une bonne heure épouvantable, quelques petites minutes agréables ?

Un "bon moment" n'a rien à voir avec de "bons moments".

- Il serait grand temps ! Tiens, il n'y a pas de petit temps, seulement quelques courts instants…

Il est en revanche de "grands moments" par opposition à la fameuse expression :

- Je reviens dans un petit moment.

C'est ainsi que l'on peut rencontrer des temps forts.

Mais le temps, c'est également presque rien : en peu de temps, en un rien de temps. C'est tout et rien :

- On a le temps, on a même "tout le temps" !

On s'est jadis battu durant trente ans, et même cent ans. Aujourd'hui, les athlètes s'affrontent dans les stades ou sur les pistes enneigées pour quelques centièmes de secondes. O tempora, O mores, les temps nouveaux ne sauraient ressembler aux temps anciens ? le temps change ! Merci Monsieur Chaplin pour vos "Temps Modernes".


Mais change-t-il vraiment, puisque reviendra toujours le "temps des cerises" ?

 

Le temps ne chôme pas grâce à "l'emploi du temps". Ce veinard de temps trouvera donc toujours un emploi, mais l'on se demande alors comment il devient chômeur tant sont nombreux ceux qui ne savent l'employer !

D'autres qualificatifs peuvent encore prêter à confusion :

- Il travaille à temps complet (le pauvre !)

- Elle travaille à temps partiel (quelle chanceuse !)

Meurtriers dans l'âme, il nous arrive si souvent de vouloir tuer le temps : c'est ainsi que l'on créé des temps morts… et certains chassent pour tuer le temps !

Le temps danse. En Albion , le temps "go" ! On l'immortalise par la photo, le cinéma (l'heure "tourne"), chez les marchands de CD : temps-dis-que …

 

Ceux qui nous promettent l'Éternité n'ont jamais songé à ces voyages intercontinentaux où les fuseaux horaires nous font gagner X heures à l'aller et en perdre autant au retour :

Si l'on peut gagner huit heures en traversant tel océan et en reperdre huit autres en revenant au point de départ, en "temps réel" on gagnera un "temps fou" puisqu'il sera toujours la même heure !

Louons vite un avion, aménageons-y un charmant loft : notre temps sera figé pour toujours et le "tour" sera joué ! La belle éternité que voilà : Lamartine en eut jadis l’intuition en interpellant si joliment l'éternité :


                                                    Jacques APPAR 

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 06:10

Les humains cherchent depuis toujours à se positionner dans l'infini.




L'infini, c'est tout ou rien, voilà tout !

Ils ont voulu concrétiser l'angoissant concept d'éternité en imaginant la notion de temps, laquelle, sans début ni fin, nous parait inconcevable.

Quelle heure est-il donc ?

A quoi bon "demander" l'heure, puisqu'au moment même où l'on vous répond, ça n'est déjà plus l'heure ! Évidemment, il se passe encore plus de temps lorsque vous êtes en droit de rétorquer :

- Au moment où vous me l'avez demandé, il était… heure !

Peut-être vaudrait-il mieux que vous formuliez votre requête de la manière suivante :

- Quelle heure sera-t-il quand vous me la donnerez (mais faites vite !) ou tout simplement quel leurre est-il ? …

 

C'est ainsi que des gens très futés, ayant compris notre incapacité à vivre dans le présent, font payer bien cher leur anticipation sur l'avenir. Ils se disent "voyants" !

Dès l'enfance, on nous apprend à décomposer le temps :

- J'ai eu tout le temps, si j'avais eu le temps, j'aurai toujours le temps, encore eût-il fallu que j'eusse le temps, quand bien-même j'aurais eu le temps…

Sans cesse à la recherche d'une définition, on a donné au temps d'incroyables épithètes et synonymes.

Il fallait bien que cette éternité fût matérialisée par une chronologie…

Sans jamais parvenir à connaître ce qu'il y eut avant, on a déterminé des âges.

- Quel âge a Pierre ?

- L'âge de pierre… ?

- Mais non, Pierre, avec un grand P ! (consonance trompeuse !!!)

- L'âge de raison…

- Et son père ,

- L'âge de déraison…

- Et son grand 'père ?

- Il n'a plus d'âge.

On a voulu « classifier » des « ères » :

Primaires, tertiaires, quaternaires. Mais qu'y eut-il avant l'ère primaire ? Ha , ha !!!

De quoi avons-nous l'air ?

 

- Avez-vous vu le temps qu'il fait ?

- Vous en avez mis du temps !

- Quel temps de chien ! (pauvre bête !)

Par "gros temps", il arrive que le temps pète ! Ça doit être ça, l'air du temps !

Et, me « bottant », je m'esclaffe :

- Quel « beau temps » !

En musique, il est pluriel : on compte les temps.

- J'ai trouvé le temps long.

- Vous l'avez bien cherché !

Eh oui, le temps ne parait long que dans l'attente ou l'ennui.

Le temps-dresse son implacable horloge : tant d'heures ! Qui donc fera le temps… plier !

Qui inventa montres et pendules, maudits instruments de démesure nous informant qu'il est grand temps, qu'on n'a plus le temps, qu'il serait encore temps, mais pour combien de temps ? le temps-dû…


Je me rappelle ma petite enfance où un satané réveil au tic-tac insupportable retardait mon sommeil. Sans oublier la grande horloge de ma grand-mère, instrument agaçant qui martelait les heures avec son carillon du plus mauvais goût : "sol-si-la-ré, sol-la-si-sol…si-sol-la-ré, ré-la-si-sol : bing, bing, bing, bing" (Ah Westminster !!!)… Que dire de son rival le "coucou", grotesque illusion de Forêt Noire ?…

Voilà comment on entre dans la vie, bombardé par le rythme lancinant du temps !

J'allais oublier l'horloge "parlante". Référence entre toutes, elle prétend vous donner "l'heure exacte", comme s'il y avait des heures fausses !

- Au troisième top, il sera exactement : pan, pan, pan !

Comme il est périlleux de régler sa montre, pile au bon moment ! le temps passe si vite !

 

Les courses incessantes contre la montre nous stressent : le temps tend !

"Avec le temps, tout s'en va" disait Léo Ferré.


Lorsqu'il m'arrive encore d'examiner mon portrait dans un miroir, je m'esclaffe :

- Tu vois vers quoi le temps t'accule ! Et pourtant, au "bon vieux temps", lorsque j'étais "jeune", on a prétendu que je fus "tentant"…

De nos jours, on essaie de gommer les rides sans pour autant parvenir à effacer le temps.

Eh oui, le temps tale ! (méfiez-vous, Mesdames : le temps perd amants !) . Il est donc indécent de leur demander "comment talez-vous ? "… A moins d’user de chirurgies soi-disant esthétiques, et encore ! Notons à ce sujet l’anecdote de ce plasticien, pour une fois honnête, qui refusa catégoriquement de procéder, pour la dixième fois, à un lifting sur l’une de ses patientes récidiviste :

- Mais, docteur, je vous donnerai un million d’euros s’il le faut !

- Non, Madame, car cette fois vous aurez une barbe… et vous saignerez du nez tous les mois !!!!!!!

On peut répondre naïvement et sans prendre garde à la très fréquente question (dont on n’a rien à f… en général) : « comment allez-vous » ? :

- Oh, tout doucement, le temps passe tellement vite ! Voire :

- J'irai droit au but, je vais complètement de travers !

                                                    Jacques APPAR

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 06:24
La Porte de l'Enfer - 07

                                                  08

Les débris de verre craquent sous leurs pieds, la désolation est immense et n’a épargné aucun quartier, un point positif, même les riches n’ont pas résisté. La catastrophe fait accourir télévisions et journalistes, curieux et spécialistes pour montrer ou expliquer.

Rester là est inutile. Il y a dans les véhicules chargés de cadavres l'évocation d'un passé lointain autant qu'européen, quand six siècle plus tôt des charrettes pliaient sous le poids des victimes de la peste.

Diatek s'interroge sur ces fléaux anciens et leurs vraies origines.

Le spectaculaire est un appât, une façon de mettre une chèvre à un piquet pour faire venir les tigres Il sent cela et appréhende un avenir s’assombrissant sous un ciel de plus en plus clair, il ne manquerait plus que la température parte dans l’autre sens, il ne resterait qu’une ville morte à jamais désertée.

Il le pense au conditionnel pour se rassurer.

La catastrophe sera vite un souvenir, la mémoire met les mauvais dans sa poche avec un mouchoir dessus. Mais certaines sont trouées.

Ils se retrouvent chez le capitaine, lequel a envoyé sa femme dans sa famille, à l’abri. D’un autre côté il n’a pas envie de rester seul, autant garder à d’œil celui par qui le danger peut surgir et/ou disparaître. Il regrette de se l’avouer, il en restera là, mais il sent sa faiblesse dans une situation insaisissable. Diatek seul a les moyens d’apprécier la situation pour la résoudre, lui n’est qu’un capitaine nourri aux hamburgers et tétant la plate mamelle d’une civilisation moribonde.

Autour de la table circulent des alcools forts, autant en profiter. Ils parlent de tout et de rien, surtout de rien, le sujet le plus vaste qui soit. Le monde, les États-Unis, son déclin impossible, pour le capitaine, déjà bien avancé pour les Français, ils sont, par conséquent, d’accords, mais pas question de l’avouer, chacun défendant son camp avec acharnement, où serait le plaisir en constatant qu’il n’y en a qu’un ?

Les mots reviennent sur la ville, ce qu’elle représente, les sourires régressent, les yeux émettent des lueurs d’inquiétude, la lucidité menace, autant se resservir, pas plus haut que le bord.

- Le danger vient par où on ne l'attendait pas, notre ligne Maginot le prouva, la réalité frappe et vous détournez le regard.

- C’est notre problème.

- Faites-en un pendentif, reproduisez-le sur vos dollars, le pognon est votre vrai dieu, le Veau d’Or est d’un papier épais et verdâtre. Votre flambeau ne parvient pas même à éclairer les murs de votre caverne. Le monde est ainsi et c’est vous qui l’incarnez le mieux, si j’ose dire.

- Nous sommes des primitifs, je sais.

- une leçon apprise mais pas comprise n'apprend rien. Je te souhaite la malchance de survivre à celle qui nous sera donnée.

- C’est gentil. Nous reconstruirons ce qui fut abattu

- Pourrez-vous relever les esprits mis à bas et retenir ceux suivant celui qui les mènera vers le gouffre.

- Et ça t’embête ?

- Non, au contraire.

La sonnerie du four mit fin, opportunément à une conversation menaçante, l’odeur était agréable, ça changeait !

                                        * * *

Dans le parc immense patrouillent une dizaine de chiens féroces, ils sont là afin que le propriétaire de la superbe maison ne soit jamais dérangé, un personnel moins canin, en apparence, fait disparaître les restes des repas non prévus.

Demeure superbe, hauts plafonds, parquets brillants, lambris nourris à la cire, décor quasiment vide. Tranquillité, dépouillement sont les désirs du maître des lieux, jamais deux sans trois dit le proverbe mais du dernier il parle rarement.

Cette vie lui plaît. Un univers fluctuant, l’absence d’obligations visuelles lui permet de voir les meubles qu’il désire, les tapisseries qui lui plaisent, ainsi sort-il de son cadre réel pour arpenter tel ou tel palais antique, caresser une colonne adoucie par les siècles, observer une plaine devenue bidonville. Il ne vécut pas toujours ainsi mais gagna les moyens de modeler sa vie sur ses rêves. Poussé par l’obligation de réussite il utilisa les moyens adéquats, fit preuve d’une promptitude rare pour saisir une bonne affaire, une caractéristique rassemblant certaines personnes même hors du cadre professionnel. Une partie du toit est un dôme de verre sous lequel il s’assied, se recule, observe l’univers, espère que son esprit, attiré par les grands espaces, oubliera sa réalité. Sa déception est à chaque fois immense, son besoin de se distraire, lui, aussi impérieux.

Tuer est sa troisième passion !

Fou ? Ce mot a-t-il une signification ? S'interrogeant il conclut qu’il pouvait l’être mais, ce terme désignant un comportement différent du normal, ce terme lui plut. Il la cultiva. Un cadavre nourrit fort bien le sol. En premier lieu celui du délire.

Le chien traverse la clairière en courant, ses muscles frémissent de joie, ses babines se retroussent. Il a senti un intrus, le souvenir du sang agite sa mémoire et accroît le flot d’hormones circulant dans son corps, sans s’expliquer cela, à quoi bon, l'animal n’est pas idiot au point de tout réduire à ce qu’il peut comprendre. Il sait, cela suffit.

Une silhouette devant lui, il accélère, grogne de satisfaction avant de tourner autour de l’homme en gémissant de plaisir, prêt à tout pour quémander une attention, oublieux déjà de son désir mortel.

L’arrivant le caresse entre les oreilles, il adore ça, une main secoue son museau, regard contre regard, complicité de fauves.

Les autres canidés arrivent, tous heureux, prêt à suivre cet homme qui leur ressemble tant.

                                        * * *

Allongé sur une natte l’homme paraît dormir, il n’en est rien, il voyage, retrouve des décors aimés, des souvenirs qui tordent son visage, un tic agite sa paupière gauche, le reste de son corps demeure immobile, pas de gaspillage, ses forces sont précieuses, il entend les gérer, espère les faire durer.

En vain.

Il perçoit d’autres bruits, des sons interdits, le piétinement de pattes, sortir de sa torpeur est pénible, est-ce vraiment nécessaire ?

Il sent les chiens avant de les découvrir, leur odeur est insupportable, lui qui apprécie les fragrances de charognes ne supporte pas celles de la vie. Ouvrir les yeux, hurler après ces infects animaux qui n’ont rien à faire là, et s’en prendre à l’imbécile qui les fit entrer alors que c’est interdit sous peine de renvoi immédiat.

Dans le meilleur des cas.

La lumière le blesse, sa main cherche l’appareil d’appel. Il était là… Il… n’y est plus. Autour de lui les chiens sont rassemblés, goguenards devant cette chose qui hurla des ordres si longtemps, s’étonnant eux-même de l’avoir accepté. Comment peut-on être si… Si humain !

La forme debout le fait sursauter, ce visage, ce regard… Les canidés se rapprochent, ils sentent la peur, le corps qui ne peut retenir ses fluides, l’appétit leur vient alors que s’éloigne leur nouvel ami. Tout va bien, il leur a promis de laisser la porte du domaine ouverte.

Enfin un homme de parole.

                                        * * *

- Résultats !

Wool jette sur le bureau quelques papiers couverts de caractères inquiétants crachés par une imprimante laser dernier cri.

Dernier cri ! Qui l’entendre s'en saura l’auteur. Non ?

- Il s’est mordu en premier, pas de trace de lien, de drogue, difficile de pousser plus loin les analyses pour savoir quelles hormones circulaient en lui à cet instant, une espèce de transe mystique, extatique. Il avait oublié son existence, faible personnalité.

- Pas sûr, le sacrifice alors n’eût rien valu.

- La chance est là, l’empreinte dentaire permit l’identification, heureusement qu’il y eut cet incident, puisque le conducteur ne peut rien nous révéler le passager est plus coulant.

- Parfait, nous y allons, la circulation est réduite, ce sera vite fait.

- Les voitures particulières sont limitées aux services nécessaires, j’ai encore l’impression l'espoir de me réveiller, tout sera comme avant.

- Fait attention que ce ne soit pas pire.

L’américain ne répondit pas, une pensée pourrait briser le cauchemar.

Trajet rapide, plaisir de circuler sans sirène, sous le regard atone des gens à leurs fenêtres, heureux du soleil, du beau temps, voulant s’en remplir pour oublier les heures passées et ne pas penser à celles qui pouvaient venir. L’esprit parfois prépare le terrain de la conscience, il se fait si calme que la tempête s’inscrit déjà dans cette absence.

A la place du mort Diatek ferme les yeux, il est calme, une image douce l'emporte, cherchant le rocher idéal pour le briser.

- Monsieur est servi !

Le policier français sort de sa torpeur, pour un peu il aurait piqué un petit roupillon, autant profiter des occasions. Alors qu’il descend de la voiture il lève les yeux vers le soleil, laisse les rayons pénétrer en lui, voudrait se laver, la ville lui semble copier le Mont des Oliviers… C’est le moment de prier, la traverse de bois invisible sur ses épaules n’en est pas moins lourde, lourde… Pas assez pour qu’il ose plier.

Allons, le temps n’est pas à la contemplation, le monde est un décor, il le sait mais lui même n’est qu’un pantin, il est à sa place.

Un frisson, fermer les yeux repousser l’émotion. La lumière existe qui peut l’aider à supporter ses ombres, à chercher le dernier recoin de son âme pour en expulser le démon fragile qui s’y dissimule. L'éclat d’un regard, d’un amour qui en se révélant lui fit voir son monde, la fange dans laquelle il s’ébattait, la souffrance qu’il adorait s’y engloutir. Il n’a pas compris qu’en aimant il ne pouvait plus céder, condamné à rester debout, à marcher vers un but "impossible".

Elle l’avait dit.

Raison de plus de lui prouver que rien ne mérite ce qualificatif.

La peur tisse sa toile pour le retenir, murmure à son oreille des mots qu’il ne sait plus croire, agite des images violentes, des désirs de crimes, des émotions terrifiantes qui ne le font plus ciller. La vie est plus forte que tout ça.

- Qu’est-ce qui est dommage ?

Diatek dubitatif regarda son grand collègue américain.

- Oui, tu as dit dommage.

- Moi j’ai dit dommage ? Une réponse, une conclusion personnelle.

Ayant dit il passa le premier pour dissimuler son émotion, derrière lui ses suivants se regardèrent. Morton fit une moue indiquant que mieux valait ne rien rajouter, personnelle avait-il dit.

Tomber donne l’illusion de la liberté, plus de contrainte, l’esprit en fait à sa guise, le malheur est que, parfois, il s’éveille et voit disparaître la lumière du jour, reste l’obscurité moqueuse de l’abîme et l’impression qu’il n’en connaîtra jamais le fond.

Diatek l’espère, dans le regard du fou se lit parfois la vraie délivrance.

Un long couloir, des murs très peu abîmés, ils ont été repeints il y a peu, l’escalier est raide, les boîtes aux lettres branlantes mais capables de donner l’indication que les trois hommes recherchent.

Portes fermées, présences attentives. Où les pas vont-il s’arrêter ?

Pour la forme le poing du capitaine frappe le battant, il sait que personne n'ouvrira, si c’était le cas il risquerait une crise cardiaque.

Par curiosité il tourne le loquet, le battant s’ouvre sans rien dire, voilà quelqu’un qui n’avait rien à cacher ou savait qu’il ne reviendrait plus.

Un studio banal, la moquette avait connu des jours meilleurs, jadis, tapisseries décolorées, l’évidence que le locataire savait devoir rester dans son logement peu de temps.

Un lit, un coin cuisine, rien de personnel.

Si ! Diatek le découvre en se penchant sous le lit une grande feuille de dessin roulé, à trois ils la posent sur le sol, regardent.

Rien ne les surprend, c’est sous-entendu par leurs fonctions, pourtant le dessin est singulier, surtout en sachant qui en est l’auteur.

Des silhouettes nues, debout, le talent de l’artiste ne put suffire à leur donner un visage, reste le sens, chacun tient dans sa main une petite forme humaine et s’apprête visiblement à la porter à sa bouche.

- Du sang !

- Pardon ?

- Regardez l’encre, on dirait bien du sang.

- C’est vrai, pourquoi ?

- Il savait ce qui l’attendait, une représentation magique, ne pouvant la dessiner clairement il choisit son sang pour exprimer son destin.

Leur pression relâchée le dessin s’enroula à nouveau avec un petit bruit comme un rire très ancien. Le froid qui les réunit ne venait pas de l’extérieur, il remontait de loin, de trop loin.

En repartant ils durent se plaquer contre le mur du couloir pour laisser passer des enfants décidés à jouer malgré tout, la force de la vie, l’énergie qui peut construire un lendemain digne de ce nom.

Diatek regarda disparaître dans l’escalier ce qu'il ne fut jamais. Sentant son regard une enfant se retourna, le temps d'un battement de cœur leurs regards se croisèrent, le choc lui donna envie de hurler.

La réalité supportable est la plus violente, sous le coup il s’arrêta, reprit le dessin, en déplia une partie.

- Que se passe-t-il ?

- Le décor, le fond.

- Un mur de pierre quelconque, non ?

- Le commissaire hocha la tête, en bas les enfants sortaient en criant.


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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 06:20
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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 06:11

 

Né en 1904 à Yesan dans la province de Ch'ungch'Ŏngnam-do il entame ses études en 1923 sous la férule de Hae Kang (Kim Kyu-chun) respectant le style coréen classique. La trentaine voit sa personnalité s'affirmer, il se tourne vers la nature et une façon de travailler plus réalise, en 1935 il part étudier l'art occidental à Tokyo où il découvre les oeuvres impressionnistes symbolistes et fauves. En 1939 sa première exposition personnelle a lieu à Séoul et une belle carrière s'ouvre à lui aussi bien en Corée qu'à l'étranger. En 1943 il participe à l'exposition Amis de la peinture japonaise.



À la fin de la seconde guerre mondiale il devient directeur des études d'Art Oriental à l'université Hong-ik dans la capitale coréenne et opte pour un style plus abstrait, il fonde l'Académie de peinture Go-Am à Séoul. La fin
de la guerre de Corée le voit quitter son pays pour la France en 1958, alors berceau de l'art Informel où se retrouvent Hartung, Michaux, Riopelle, Serpan...

En 1959 son œuvre est exposé à la Galerie Municipale à Bonn, il décide alors de rester en Europe et de mieux connaître l'art occidental. Il s'installe à Paris (Montmartre) et y vivra jusqu'à sa mort le 10 janvier 1989.

 

 

         
En 1970 il participe à l'Exposition Universelle d'Osaka.

Il laisse plus de 10 000 œuvres, témoins de la fertilité et de la puissance de son inspiration, formant un pont entre l'Asie et l'Occident.

Son emprisonnement de 3 ans au temps de la dictature laissa une cicatrice profonde dans sa vie et une sensation de solitude qu'il parviendra à transcender en créant en France l'Académie Orientale de peinture qui comprendra plusieurs milliers d'élèves, certains devenus professeurs à leur tour. Son fils unique Lee Yung-se devint peintre à son tour.

Son œuvre exprima dans un premier temps les joies et les tristesses de la vie quotidienne puis la déconstruction de la calligraphie qu'il apprit durant ses études, créant les "lettres abstraites" en déconstruisant les caractères asiatiques avant d'explorer le mouvement en laissant courir son pinceau dans des compositions de personnages pleins d'énergie et de grâce.
Une de ses dernières toiles représente un groupe d'amis dansant et semblant inviter le spectateur à se joindre à eux.



 

Alors ?

« Ma vie en prison, de ne pas pouvoir travailler était comme la mort en tant qu'un peintre. Mais grâce à cette période je me suis révélé. J'ai enfin ouvert mes yeux si tard. Cette nouvelle vision m'a rajeunie. Tous les éléments plastiques se trouvent dans la calligraphie. Le mouvement de ligne, la composition d'espace et la touche d'encre sur l'espace vide sont des points essentiels et fondamentaux pour l'art moderne. »



L'inauguration de son musée à DAEJON

Comme le rapporte son épouse, Park In-Kyung, elle-même artiste, Lee Ung-no n’a d’ailleurs jamais cessé de penser qu’un tableau a beau être déchiré, le temps a beau l’éparpiller morceau par morceau, s’il en reste, ne serait-ce qu’une infime partie, capable de dévoiler l’esprit de ce que fut cette œuvre, alors cette partie est à elle seule une véritable œuvre d’art. Ainsi ne doit-on négliger aucun endroit d’une toile.


                       

photo Kim Min-suk

Exposition : Lee Ung-No ; Écritures coréennes

Galerie Thessa Herold

7 rue de Thorigny

75003 Paris

Du 29 09 2009 au 07 11 2009

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 05:40

 

Cette musique qui s'éloigne, ce rythme qui ralentit, un...


Souvenir d'un battement, celui de mon cœur il me semble. Il résonne dans ma tête comme un écho qui s'efface et que je ne regrette pas. Le devrais-je ? Une petite voix me dit que oui mais ce n'est pas le cas. Je sais ce que je laisse derrière moi de tristesse, de sincère affliction comme de larmes de crocodiles cachant des sourires, odontologiquement parfaits, à la pensée de l'argent fait sur mon dos. J'ai suivi aussi longtemps que je pus un chemin que je n'avais pas...


Choisir est-il seulement possible ? L'on me poussa sur cette voie devant les projecteurs et les objectifs afin que je m'y agite mais si j'ai vieilli je n'ai pas grandi et n'eus pour reflet que ce que les autres voulaient que je sois, dès lors je ne fis que me chercher, une quête impossible, c'est le vide qui me servait de scène. Enfant, adulte, écartelé entre l'envie et la peur, l'instinct et la réflexion. Je voulais être moi et rester celui que je devais être... Il n'y a pas si loin de King à Thing !


La cime de la gloire est si haute que le vertige ressenti ne peut être compris que par qui l'atteignit également, la peur d'en descendre et cette étrange pulsion de céder à l'appel des abysses. Qui peut mieux admirer le gouffre que celui qui a atteint le sommet de la montagne et y découvrit qu'il n'y a plus d'ambition possible et que la compagne souriante attendant qui y parvient est l'angoisse de devoir en redescendre.


Il n'est plus temps d'en vouloir à qui que ce soit. Savaient-ils ce qu'ils faisaient ? Aujourd'hui oui, ceux qui sont prêt à vendre mes os un par un afin de transmuter la charogne, leur digestion sera difficile.


Un jour chacun se trouvera cette place et devra faire le bilan de son existence, la mienne fut aussi loin que possible de la normalité et sans doute ne fis-je pas que de bonnes choses, poussé que je fus par une force de vie qui me tint plus longtemps que j'aurais pu le penser si j'avais été capable de comprendre mon existence, il n'est plus question de cela désormais et si je peux avoir la vision de mon passé c'est qu'il est trop tard, j'aurais voulu garder ma vie d'enfant en devenant adulte, mais le temps est implacable et quelque place que l'on occupe dans la société humaine pour lui nous ne sommes que des pantins, plus ou moins distrayants !




Et maintenant, ces derniers mots enfuis vers quoi vais-je aller ? Nulle part peut-être, la crainte incite à croire mais ici tout est différent, je vais avancer, d'un seul pas peut-être. Qui sait ce qui m'attend désormais, quelle balance estimera mes actes et de quel côté elle penchera, je le découvrirai alors qu'il me sera impossible de l'exprimer, et ce sera mieux ainsi.


Je voulais dormir pour rêver, peut-être pour oublier que je faisais semblant de vivre depuis longtemps. À moins que ce que je crus réel n'ait été qu'hallucination et que vais-je m'éveiller à la vie ? Si j'avais un regret ce serait de ne pouvoir faire une chanson de cet instant. Mais je sais qui en percevrait les droits alors...

 

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 06:22
La Porte de l'Enfer - 06

                                                 07

La ville cicatrise, un pays entier participe. L’optimisme est de rigueur, ce qui n’était jamais arrivé ne se reproduira plus. Un tel concours de circonstances relève de la malchance.

Trois hommes marchent dans les rues silencieuses et quasi désertes maintenant. L’émotion les entoure, des millions de gens traumatisés pour longtemps, certitudes brisées, prêt à entendre un appel qui n’attendait que cela. Le policier français le comprend en circulant, le meilleur moyen d’être entendu est de parler au bon moment, quand détresse et incompréhension sont les compagnes de chaque instant et que vacille le monde du passé. Alors un murmure domine, les mots font mouches et dans la nuit brille un sourire de satisfaction.

Le ciel est bleu, le vent doux, le décor joue l’irréel. Les morgues sont pleines, des équipes circulent dans tous les immeubles en quête de victimes à découvrir, de corps dévorés par le froid, un linceul s’est… Non, il allait penser une bêtise, le linceul n’a pas été jeté sur la ville, il a été retiré. Ce qui est dessous apparaît, plus que la mort, l’Enfer palpite et trace son chemin vers la réalité. Diatek secoue la tête, des mots, mais comment évoquer ce que nul ne connut, n’imagina, sinon en croyant délirer. Le meilleur moyen de dissimuler une vérité est encore de la crier, de l’imposer dans toutes les oreilles, avec juste ce qu’il faut d’outrances, de traits grossis pour qu’elle semble un mensonge, alors elle s’installe, alors elle croît jusqu’à régner.

Le serf a autant besoin de son seigneur que l’inverse.

Comprendre ? Il est là pour lire derrière les faits une signification qui lui crève les yeux mais que sa lâcheté lui interdit de comprendre. Sûr qu’il est de se jeer à genoux, prêt à invoquer n’importe quoi.

Débris de verre, traces de sang, papiers, argent que les badauds regardent, sachant enfin qu’il n’a de valeur que refusé.

- Je t’entends penser Diatek.

- Normal, j'ai un cerveau surpuissant.

- Je suis curieux de savoir ce qui circule dans ta tête.

- C’est nouveau.

- Le temps de me faire à la situation, se réfugier dans le giron de la peur n’est pas la solution, sinon pour celui qui refuse d’ouvrir les yeux. Ce n’est pas mon cas ! Je ne prétends pas pouvoir comprendre, ni le souhaiter, cependant j’ai envie d’en savoir davantage.

- Mon vocabulaire suffit-il ? C’est une chose de ressentir des affects, une autre de savoir les partager. Partager… Est-ce le mot ? J’emploie un terme, tu lui donnes ton sens et nos idées divergent. Partager les mêmes significations demande de la pratique. Mes paroles sont peu claires même pour moi mais j'exprime au mieux ce que je ressens.

- Si je ne comprends pas c’est sans importance. Vous les français vous aimez parler, votre langue est votre monde.

- L’univers de l’esprit, de la pensée. Nous vivons dans une société prétendument évoluée qui confond progrès technique et intelligence. Il n’en est rien, si les découvertes se succèdent c’est pour éluder l’important en repeignant les murs de notre caverne pour la croire palais de verre et d’acier. Nos esprits frémissent devant l'inconnu. Les chiens se mettent sur le dos en signe de soumission nos âmes en font autant sanssavoir devant quoi. Tu me diras que cette déclaration n’a rien à faire dans ce cadre, pourtant si, ce qui gêne c’est la peur de nous voir petits, tremblants et ridicules. Le vraisemblable est une île perdue sur l’océan sans limite du possible. Tu vois ce qui se passe quand il se fâche ? C’est bien d’explorer l’univers, beau de porter nos regards au loin… Dans quel but sinon nous éviter.

- Après tant de morts tes paroles trouveraient un écho.

- Mes pensées m’appartiennent, à chacun de puiser en soi la force de comprendre, ou le besoin de le refuser. Je déplore ces victimes mais l’important est ailleurs. Tu as mis le doigt sur un point capital, secouer l’opinion pour en pousser une partie dans une direction prévue, celle de l’abattoir.

- Que veux-tu dire par là ?

- Il y a eu des sectes prêtes au sacrifice, plus ou moins volontaire, de ses membres. Qu’arriverait-il si demain l’affaire dont nous nous occupons était révélée ? Le mouton effrayés s'interroge et prie.

- Une démonstration, un complot ?

- Non ! N’importe quel manipulateur sait utiliser les événements du quotidien pour alimenter ses arguments. La foule sombre vite dans la régression. Souviens-toi de ce film, des morts s’animant pour dévorer des vivants, transpose-le à l'échelle d'un pays.

- J’aime mon pays.

- Tu te hérisses, prêt à écouter le manipulateur.

- Tu es diabolique.

- Peut-être.

- Tu en sais trop sur ce cauchemar.

- La loi de la jungle nous contrôle, l’électronique remplacent les lianes mais les prédateurs demeurent, mieux vaut les connaître.

- Comme toi ! Ton but est-il personnel ou pas ?

- Les deux sont indissociables ! Je suis une pièce sur l'échiquier.

- Mais de quel côté ?

Diatek resta dubitatif, son ami pouvait avoir raison, tout se passait comme suivant un programme établi depuis longtemps. Il mettait ses pieds dans des empreintes déjà tracées, suivait des chemins ouverts par d’autres, son espoir fut de penser qu’au dernier moment il pourrait jouer un autre coup que celui attendu.

Ce qui ne changerait pas forcément les choses.

- Bien vu, le libre-arbitre n'est-il pas une illusion ? Une question en suspend, trop près de certains événements il se peut que leur sens m’échappe. Tu es là, Morton également, vous pourrez m’aider.

Les deux interpellés opinèrent, hésitant !

On les comprend.

Comprendre ? Diatek le veut et le craint, un rendez-vous pris sans lui demander son avis, sans qu’il puisse se décommander, le repousser, un peu, essayer de gagner du temps pour s’endurcir, ensuite…

S’il mérite de vaincre cela sera, dans le cas contraire…

Pourquoi a-t-il peur d’être le plus fort ?

D’obéir ainsi à une volonté… Etrangère ?

                                        * * *

Deux hommes courent derrière une balle, la seule différence avec des chiens est dans la raquette que chacun tient dans une main. De bon matin une partie de squash réveille le corps désireux se complaire dans la fabrication de graisse. Ahanements, cris, jurons, tout y passe, éclats de rires, murmures de satisfaction quand le point réussi est joli, car cela arrive, surtout pour l’œil de qui le marque.

Ils sont seuls à occuper l’installation, ainsi peuvent-ils faire ce qu’ils veulent, et pas seulement jouer à la baballe.

Les cris parfois se muent en gémissements, en supplications, en appels à des coups plus violents, à des pénétrations plus profondes, à des assauts qui les laisseront repus, épuisés, heureux.

Le gaz dans la balle s’échauffe faisant circuler celle-ci de plus en plus rapidement, ils ont l’habitude, savent s’entretenir, limitant leurs excès et en assumant les conséquences, ils pensent maîtriser leurs désirs alors que la chaîne n’en est que plus lourde.

La partie dure jusqu’à ce que l’un des deux renonce, quand la victoire est trop loin inutile de courir, eux ne savent pas se battre sur chaque point, ils aiment que tout aille vite et bien, sitôt qu’un obstacle se dresse sur leurs chemins ils ne savent plus que faire. Heureusement cela arrive rarement, en plus ils ont de la chance.

Fini, repos, les corps sont en sueurs, les cœurs en folie, ils aiment cette sensation, mélant la chaleur et désir, le plaisir les attend.

Les douches, bain bouillonnant et un ensemble de relaxation plus vaste que celui réservé aux sports. L’un se dirige vers le jacuzzi l’autre prend la direction des toilettes, quelques mètres, peu de chose. Assez pour que surgisse une forme sombre.

Le sportif pousse un cri, une douleur terrible lui cisaille les reins, une envie de pisser trop retenue ne peut produire cela, une hernie, n’importe quoi, il passe en revue les risques courus, sauf un, le bon.

Si ce terme peut être utilisé en la circonstance, l’assassin doit le penser avec ironie puisque sa cagoule dissimule mal son sourire.

Sa victime tombe à genoux, ne sentant plus ses jambes, à peine capable de penser, si personne ne vient l’aider il va rester paralysé, ou pire, mourir, seul, l’homme en noir à un autre rendez-vous.

                                        * * *

Après le douche brûlante, les tourbillons massent son grand corps musclé, du moins est-ce ainsi qu’il veut se voir, ce n’est pas faux. Il se laisse porter par les sensations, imagine déjà le plaisir qu’il va éprouver pas plus tard que bientôt.

Il entend quelqu’un, il sourit sans ouvrir les yeux, la main qui le caresse est douce, puissante, très puissante. Elle serre, pour un peu il aurait mal, mais la pression se relâche, il pourrait jouir en restant ainsi, souriant. Sa bouche s’ouvre pour une promesse qui n’a pas le temps d’en sortir tant la douleur est brutale. Partant du bas ventre jusque dans le plus infime de ses nerfs. Son corps s’embrase sans cependant qu’il perde conscience. Interdit !

Il ouvre les yeux, l’image est floue, le poste est déréglé, c’est que le récepteur est sur le point de disjoncter. Ce visage lui est connu, une main se rapproche tenant quelque chose qu’il reconnaît : son sexe. Le bain est rouge, "mon sang !" pense-t-il avant de disparaître.

L’assassin rejette ce qu’il tenait à la main, même un chacal affamé n’en voudrait pas. Le temps d’une douche, froide, il a encore du pain sur la planche et le couteau pour le débiter.

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 06:17
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 06:08

Un sacré repas (1/2)

Voyez, ô combien nous sommes loin du petit préambule où je formulais l’envie d’un « regard propre à me donner du baume au cœur » !

 

L’opérée : Et votre petit-fils X... ?

- Il va bien, il dirige une entreprise de 90 salariés...

- Bravo, il a bien réussi !

Je me demandai s’il s’agirait alors de réussite ou de calamité...

C'est donc bien une famille très "respectable".


Ce qui est extraordinaire en ces lieux, c'est le fait que vous puissiez tout savoir, en un quart d’heure, sur la vie d’inconnus que vous ne reverrez sans doute plus, et je suis en général plus gêné qu'eux de leur étalage... La veille, au même endroit, un couple parlait de façon très intime de personnalités politiques connues, balançant carrément des noms à la cantonade, ce qui, bien sûr, ne cachait pas leur intention de se donner quelque importance. Je me suis demandé ce qu'aurait pu dire la presse si un journaliste avait occupé ma place ce jour-là !

 

Elle : Et votre nièce ?

Lui : Elle a vendu sa propriété, elle avait trop d’enfants...Le partage eût été compliqué.

Tiens, les notaires ne savent plus faire une division, hors mis celle, classique, des successeurs après lecture testamentaire... ?

Lui : Comme elle a bien fait ! Il ne faut jamais se démunir de son vivant, sans quoi l’on ne voit plus personne !

Je compris soudain le pourquoi de toutes les « munitions » de la créature d’en face.

 

Je commandai un café « court » qui fut... long à venir ! Je me demande pourquoi l’on ne réclame pas tout, addition comprise, dès le départ, un peu comme dans les cafeterias, ce qui d’ailleurs ne change rien, puisqu’il faut faire la queue à l’arrivée... Il serait de tout façon dommage de ne pas profiter de ces dialogues à la Ionesco, capables à la fois de vous faire rire et de vous plonger dans la pire morosité, face à cette tragique anticipation sur votre futur.

 

Je me rendis à l'église St Louis pour y répéter, à l'orgue, ce que je devais jouer le lendemain, aux cultes des … incultes du Dimanche. Combien j’aurais dû m’abstenir de préparer une sortie : un Prélude de J.S. Bach dont le thème ascendant, dans la même tonalité, devait donner une insolente et magistrale réplique à celui, également ascendant, mais dans le sens du mauvais goût, du chant final. Des tables avaient été dressées dans l’église pour un apéritif qui devait ponctuer chacune des trois messes...

Jadis la messe baignait dans une atmosphère mystique. Le mystère de la Foi a malheureusement suivi le chemin de la science : on veut tout expliquer, tout vulgariser, tout mettre à la portée des esprits, même les plus vulnérables... L’Eucharistie devrait demeurer un symbole. Voilà que le « sacrifice de l’Agneau » s’enchaîne avec l’ apéro. Après la Sainte Communion : le Pastis !... Saint Zano, priez pour nous !. Les amuse-gueules succèdent aux hosties. Le chanoine « Kir » doit se gausser dans sa tombe !!!

- Allez voir à la table d’à côté si le...Kir y est (eleison !) ...

Je regrette néanmoins d’avoir échappé à une autre matière à satire, en ne souhaitant pas me mêler aux ouailles. Il est vrai que celles-ci ne pouvaient avoir été gavées d’une seule et malheureuse hostie, à en observer leur acharnement sur les chips  « corpus Christi »... C’est cela gaver les... ouailles !

 

Quelque temps auparavant, une messe avait été conclue par une invitation lancée aux fidèles (jadis on chantait « deo gratias » ) à se retrouver (à la cure, il ne faut pas exagérer !) autour d'une « spaghetti-party » (sic !!!). La publicité de « Panzani » et son pittoresque curé ont fait leur chemin : ça doit être aussi cela, « Vatican II »...

 

Bien que cette ...Cène (très new look) se rapproche plus de Cucugnan que de Léonard de Vinci, j’allais oublier que les textes du jour incitaient à « donner à manger à ceux qui ont faim ».

Mais les évangiles donnent bonne conscience aux prêtres, rarement maigrichons, et aux consommateurs, pardon! aux fidèles, car ils ne précisent pas qu’il faille nourrir « ceux qui crèvent de faim »... S’il s’agit des boulimiques, ceux-là mangent... sans fin. Quant’aux anorexiques, c’est peine perdue !

 

Cas particulier, mais non moins négligeable : faut-il gratifier de quelque nourriture « celles qui ont feint », misogynie très catholique mise à part ? Je parle des simulatrices du plaisir, vous voyez : celles qui sont, en quelque sorte restées sur leur... faim !

Avoir faim, c’est déjà très dur à... avaler , mais, rester sur sa faim, c’est assez insupportable !

Ces saintes lectures sont après tout bien imprécises ! On pourrait être singulièrement tenté de les mettre au « goût » du jour ! Personnellement, je suis davantage tenté par le pastiche que par le Pastis post communionem !

Vous verrez qu’en ces saints lieux, on offrira un jour, peut-être proche, le « Méchoui » (et pas forcément de Haendel...). Mais ils pourront peut-être aussi se transformer en restaurants, et là : j’irai encore chercher sourire et anecdotes... toutes « confessions » confondues !

 

A moins que, d’ici-là, nous ne soyons morts de rire, ou de...

 

                                         F I N

                                                                                                                         Jacques APPAR 
                                                                                                                                 

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