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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 06:22
La Porte de l'Enfer - 06

                                                 07

La ville cicatrise, un pays entier participe. L’optimisme est de rigueur, ce qui n’était jamais arrivé ne se reproduira plus. Un tel concours de circonstances relève de la malchance.

Trois hommes marchent dans les rues silencieuses et quasi désertes maintenant. L’émotion les entoure, des millions de gens traumatisés pour longtemps, certitudes brisées, prêt à entendre un appel qui n’attendait que cela. Le policier français le comprend en circulant, le meilleur moyen d’être entendu est de parler au bon moment, quand détresse et incompréhension sont les compagnes de chaque instant et que vacille le monde du passé. Alors un murmure domine, les mots font mouches et dans la nuit brille un sourire de satisfaction.

Le ciel est bleu, le vent doux, le décor joue l’irréel. Les morgues sont pleines, des équipes circulent dans tous les immeubles en quête de victimes à découvrir, de corps dévorés par le froid, un linceul s’est… Non, il allait penser une bêtise, le linceul n’a pas été jeté sur la ville, il a été retiré. Ce qui est dessous apparaît, plus que la mort, l’Enfer palpite et trace son chemin vers la réalité. Diatek secoue la tête, des mots, mais comment évoquer ce que nul ne connut, n’imagina, sinon en croyant délirer. Le meilleur moyen de dissimuler une vérité est encore de la crier, de l’imposer dans toutes les oreilles, avec juste ce qu’il faut d’outrances, de traits grossis pour qu’elle semble un mensonge, alors elle s’installe, alors elle croît jusqu’à régner.

Le serf a autant besoin de son seigneur que l’inverse.

Comprendre ? Il est là pour lire derrière les faits une signification qui lui crève les yeux mais que sa lâcheté lui interdit de comprendre. Sûr qu’il est de se jeer à genoux, prêt à invoquer n’importe quoi.

Débris de verre, traces de sang, papiers, argent que les badauds regardent, sachant enfin qu’il n’a de valeur que refusé.

- Je t’entends penser Diatek.

- Normal, j'ai un cerveau surpuissant.

- Je suis curieux de savoir ce qui circule dans ta tête.

- C’est nouveau.

- Le temps de me faire à la situation, se réfugier dans le giron de la peur n’est pas la solution, sinon pour celui qui refuse d’ouvrir les yeux. Ce n’est pas mon cas ! Je ne prétends pas pouvoir comprendre, ni le souhaiter, cependant j’ai envie d’en savoir davantage.

- Mon vocabulaire suffit-il ? C’est une chose de ressentir des affects, une autre de savoir les partager. Partager… Est-ce le mot ? J’emploie un terme, tu lui donnes ton sens et nos idées divergent. Partager les mêmes significations demande de la pratique. Mes paroles sont peu claires même pour moi mais j'exprime au mieux ce que je ressens.

- Si je ne comprends pas c’est sans importance. Vous les français vous aimez parler, votre langue est votre monde.

- L’univers de l’esprit, de la pensée. Nous vivons dans une société prétendument évoluée qui confond progrès technique et intelligence. Il n’en est rien, si les découvertes se succèdent c’est pour éluder l’important en repeignant les murs de notre caverne pour la croire palais de verre et d’acier. Nos esprits frémissent devant l'inconnu. Les chiens se mettent sur le dos en signe de soumission nos âmes en font autant sanssavoir devant quoi. Tu me diras que cette déclaration n’a rien à faire dans ce cadre, pourtant si, ce qui gêne c’est la peur de nous voir petits, tremblants et ridicules. Le vraisemblable est une île perdue sur l’océan sans limite du possible. Tu vois ce qui se passe quand il se fâche ? C’est bien d’explorer l’univers, beau de porter nos regards au loin… Dans quel but sinon nous éviter.

- Après tant de morts tes paroles trouveraient un écho.

- Mes pensées m’appartiennent, à chacun de puiser en soi la force de comprendre, ou le besoin de le refuser. Je déplore ces victimes mais l’important est ailleurs. Tu as mis le doigt sur un point capital, secouer l’opinion pour en pousser une partie dans une direction prévue, celle de l’abattoir.

- Que veux-tu dire par là ?

- Il y a eu des sectes prêtes au sacrifice, plus ou moins volontaire, de ses membres. Qu’arriverait-il si demain l’affaire dont nous nous occupons était révélée ? Le mouton effrayés s'interroge et prie.

- Une démonstration, un complot ?

- Non ! N’importe quel manipulateur sait utiliser les événements du quotidien pour alimenter ses arguments. La foule sombre vite dans la régression. Souviens-toi de ce film, des morts s’animant pour dévorer des vivants, transpose-le à l'échelle d'un pays.

- J’aime mon pays.

- Tu te hérisses, prêt à écouter le manipulateur.

- Tu es diabolique.

- Peut-être.

- Tu en sais trop sur ce cauchemar.

- La loi de la jungle nous contrôle, l’électronique remplacent les lianes mais les prédateurs demeurent, mieux vaut les connaître.

- Comme toi ! Ton but est-il personnel ou pas ?

- Les deux sont indissociables ! Je suis une pièce sur l'échiquier.

- Mais de quel côté ?

Diatek resta dubitatif, son ami pouvait avoir raison, tout se passait comme suivant un programme établi depuis longtemps. Il mettait ses pieds dans des empreintes déjà tracées, suivait des chemins ouverts par d’autres, son espoir fut de penser qu’au dernier moment il pourrait jouer un autre coup que celui attendu.

Ce qui ne changerait pas forcément les choses.

- Bien vu, le libre-arbitre n'est-il pas une illusion ? Une question en suspend, trop près de certains événements il se peut que leur sens m’échappe. Tu es là, Morton également, vous pourrez m’aider.

Les deux interpellés opinèrent, hésitant !

On les comprend.

Comprendre ? Diatek le veut et le craint, un rendez-vous pris sans lui demander son avis, sans qu’il puisse se décommander, le repousser, un peu, essayer de gagner du temps pour s’endurcir, ensuite…

S’il mérite de vaincre cela sera, dans le cas contraire…

Pourquoi a-t-il peur d’être le plus fort ?

D’obéir ainsi à une volonté… Etrangère ?

                                        * * *

Deux hommes courent derrière une balle, la seule différence avec des chiens est dans la raquette que chacun tient dans une main. De bon matin une partie de squash réveille le corps désireux se complaire dans la fabrication de graisse. Ahanements, cris, jurons, tout y passe, éclats de rires, murmures de satisfaction quand le point réussi est joli, car cela arrive, surtout pour l’œil de qui le marque.

Ils sont seuls à occuper l’installation, ainsi peuvent-ils faire ce qu’ils veulent, et pas seulement jouer à la baballe.

Les cris parfois se muent en gémissements, en supplications, en appels à des coups plus violents, à des pénétrations plus profondes, à des assauts qui les laisseront repus, épuisés, heureux.

Le gaz dans la balle s’échauffe faisant circuler celle-ci de plus en plus rapidement, ils ont l’habitude, savent s’entretenir, limitant leurs excès et en assumant les conséquences, ils pensent maîtriser leurs désirs alors que la chaîne n’en est que plus lourde.

La partie dure jusqu’à ce que l’un des deux renonce, quand la victoire est trop loin inutile de courir, eux ne savent pas se battre sur chaque point, ils aiment que tout aille vite et bien, sitôt qu’un obstacle se dresse sur leurs chemins ils ne savent plus que faire. Heureusement cela arrive rarement, en plus ils ont de la chance.

Fini, repos, les corps sont en sueurs, les cœurs en folie, ils aiment cette sensation, mélant la chaleur et désir, le plaisir les attend.

Les douches, bain bouillonnant et un ensemble de relaxation plus vaste que celui réservé aux sports. L’un se dirige vers le jacuzzi l’autre prend la direction des toilettes, quelques mètres, peu de chose. Assez pour que surgisse une forme sombre.

Le sportif pousse un cri, une douleur terrible lui cisaille les reins, une envie de pisser trop retenue ne peut produire cela, une hernie, n’importe quoi, il passe en revue les risques courus, sauf un, le bon.

Si ce terme peut être utilisé en la circonstance, l’assassin doit le penser avec ironie puisque sa cagoule dissimule mal son sourire.

Sa victime tombe à genoux, ne sentant plus ses jambes, à peine capable de penser, si personne ne vient l’aider il va rester paralysé, ou pire, mourir, seul, l’homme en noir à un autre rendez-vous.

                                        * * *

Après le douche brûlante, les tourbillons massent son grand corps musclé, du moins est-ce ainsi qu’il veut se voir, ce n’est pas faux. Il se laisse porter par les sensations, imagine déjà le plaisir qu’il va éprouver pas plus tard que bientôt.

Il entend quelqu’un, il sourit sans ouvrir les yeux, la main qui le caresse est douce, puissante, très puissante. Elle serre, pour un peu il aurait mal, mais la pression se relâche, il pourrait jouir en restant ainsi, souriant. Sa bouche s’ouvre pour une promesse qui n’a pas le temps d’en sortir tant la douleur est brutale. Partant du bas ventre jusque dans le plus infime de ses nerfs. Son corps s’embrase sans cependant qu’il perde conscience. Interdit !

Il ouvre les yeux, l’image est floue, le poste est déréglé, c’est que le récepteur est sur le point de disjoncter. Ce visage lui est connu, une main se rapproche tenant quelque chose qu’il reconnaît : son sexe. Le bain est rouge, "mon sang !" pense-t-il avant de disparaître.

L’assassin rejette ce qu’il tenait à la main, même un chacal affamé n’en voudrait pas. Le temps d’une douche, froide, il a encore du pain sur la planche et le couteau pour le débiter.

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