Un sacré repas
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Voyez, ô combien nous sommes loin du petit préambule où je formulais l’envie d’un « regard propre à me donner du baume au cœur » !
L’opérée : Et votre petit-fils X... ?
- Il va bien, il dirige une entreprise de 90 salariés...
- Bravo, il a bien réussi !
Je me demandai s’il s’agirait alors de réussite ou de calamité...
C'est donc bien une famille très "respectable".
Ce qui est extraordinaire en ces lieux, c'est le fait que vous puissiez tout savoir, en un quart d’heure, sur la vie
d’inconnus que vous ne reverrez sans doute plus, et je suis en général plus gêné qu'eux de leur étalage... La veille, au même endroit, un couple parlait de façon très intime de personnalités
politiques connues, balançant carrément des noms à la cantonade, ce qui, bien sûr, ne cachait pas leur intention de se donner quelque importance. Je me suis demandé ce qu'aurait pu dire la presse
si un journaliste avait occupé ma place ce jour-là !
Elle : Et votre nièce ?
Lui : Elle a vendu sa propriété, elle avait trop d’enfants...Le partage eût été compliqué.
Tiens, les notaires ne savent plus faire une division, hors mis celle, classique, des successeurs après lecture testamentaire... ?
Lui : Comme elle a bien fait ! Il ne faut jamais se démunir de son vivant, sans quoi l’on ne voit plus personne !
Je compris soudain le pourquoi de toutes les « munitions » de la créature d’en face.
Je commandai un café « court » qui fut... long à venir ! Je me demande pourquoi l’on ne réclame pas tout, addition comprise, dès le départ, un peu comme dans les cafeterias, ce qui d’ailleurs ne change rien, puisqu’il faut faire la queue à l’arrivée... Il serait de tout façon dommage de ne pas profiter de ces dialogues à la Ionesco, capables à la fois de vous faire rire et de vous plonger dans la pire morosité, face à cette tragique anticipation sur votre futur.
Je me rendis à l'église St Louis pour y répéter, à l'orgue, ce que je devais jouer le lendemain, aux cultes des … incultes du Dimanche. Combien j’aurais dû m’abstenir de préparer une sortie : un Prélude de J.S. Bach dont le thème ascendant, dans la même tonalité, devait donner une insolente et magistrale réplique à celui, également ascendant, mais dans le sens du mauvais goût, du chant final. Des tables avaient été dressées dans l’église pour un apéritif qui devait ponctuer chacune des trois messes...
Jadis la messe baignait dans une atmosphère mystique. Le mystère de la Foi a malheureusement suivi le chemin de la science : on veut tout expliquer, tout vulgariser, tout mettre à la portée des esprits, même les plus vulnérables... L’Eucharistie devrait demeurer un symbole. Voilà que le « sacrifice de l’Agneau » s’enchaîne avec l’ apéro. Après la Sainte Communion : le Pastis !... Saint Zano, priez pour nous !. Les amuse-gueules succèdent aux hosties. Le chanoine « Kir » doit se gausser dans sa tombe !!!
- Allez voir à la table d’à côté si le...Kir y est (eleison !) ...
Je regrette néanmoins d’avoir échappé à une autre matière à satire, en ne souhaitant pas me mêler aux ouailles. Il est vrai que celles-ci ne pouvaient avoir été gavées d’une seule et malheureuse hostie, à en observer leur acharnement sur les chips « corpus Christi »... C’est cela gaver les... ouailles !
Quelque temps auparavant, une messe avait été conclue par une invitation lancée aux fidèles (jadis on chantait « deo gratias » ) à se retrouver (à la cure, il ne faut pas exagérer !) autour d'une « spaghetti-party » (sic !!!). La publicité de « Panzani » et son pittoresque curé ont fait leur chemin : ça doit être aussi cela, « Vatican II »...
Bien que cette ...Cène (très new look) se rapproche plus de Cucugnan que de Léonard de Vinci, j’allais oublier que les textes du jour incitaient à « donner à manger à ceux qui ont faim ».
Mais les évangiles donnent bonne conscience aux prêtres, rarement maigrichons, et aux consommateurs, pardon! aux fidèles, car ils ne précisent pas qu’il faille nourrir « ceux qui crèvent de faim »... S’il s’agit des boulimiques, ceux-là mangent... sans fin. Quant’aux anorexiques, c’est peine perdue !
Cas particulier, mais non moins négligeable : faut-il gratifier de quelque nourriture « celles qui ont feint », misogynie très catholique mise à part ? Je parle des simulatrices du plaisir, vous voyez : celles qui sont, en quelque sorte restées sur leur... faim !
Avoir faim, c’est déjà très dur à... avaler , mais, rester sur sa faim, c’est assez insupportable !
Ces saintes lectures sont après tout bien imprécises ! On pourrait être singulièrement tenté de les mettre au « goût » du jour ! Personnellement, je suis davantage tenté par le pastiche que par le Pastis post communionem !
Vous verrez qu’en ces saints lieux, on offrira un jour, peut-être proche, le « Méchoui » (et pas forcément de Haendel...). Mais ils pourront peut-être aussi se transformer en restaurants, et là : j’irai encore chercher sourire et anecdotes... toutes « confessions » confondues !
A moins que, d’ici-là, nous ne soyons morts de rire, ou de...
F I N
Jacques APPAR

