Les levers étaient durs par les matins d'hivers,
Je n'avais pas envie d'affronter les frimas,
Mais il le fallait bien, la vie est un combat,
Répétaient mes parents en guise de prière.
J'ai maudit le patron, la cadence infernale,
Qui me tordait les bras dans un tel tintamarre,
Que penser même était devenu cauchemar,
Le temps me dissolvait, terrifiant cannibale.
Des amis je me fis, compagnons de labeur,
La camaraderie dans la difficulté,
Trouve ainsi un terrain où pouvoir s'exprimer,
Et l'usine cessa d'être source de peur.
Ma machine devint une partie de moi.
Je n'avais pas compris que c'était le contraire,
Mon corps et mon esprit se noyaient dans le faire,
J'étais bien, j'étais rien, affirmant : C'est mon choix !
Un autre matin vint semblant pareil aux autres,
Nous étions plus de cent devant la grille ouverte,
Moutons pressés d'entrer dans la gueule aux dents vertes,
D'accomplir ce destin que je sais être nôtre.
Le portail ricana, nous nous précipitâmes,
Trouvant les bâtiments, des hangars aux plateaux,
Vidés totalement, plus de presses, de bureaux...
L'absence devant nous semblait rire
de nos âmes.
Nous étions stupéfait avant que la colère,
Soulageant notre effroi ne s'empare de nous,
En vain évidemment, debout ou à genoux,
Devenus superflus, la vie restait derrière !
Désormais les matins ont un goût de sueur.
Chaque chose a son prix mais je crains que le mien,
Infinitésimal, soit à un poil de rien !
Je suis un numéro dans le flot des
chômeurs.

