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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 05:20
Héritage - 8 

 

                                                 09


Le silence qui suivit bruissait de questions, de doutes et de curiosités. Morton avait beaucoup étudié, avec ce policier il découvrit que le su est parfois moins important que le ressenti. L’expérimentateur agit sur l’expérience mais que peut-il apprendre de lui même au travers de sa perception des résultats obtenus ? Il découvrit un univers de mystères, en résoudre un en révélait deux, le combat était perdu d’avance, son ami lui affirma que c’était mieux ainsi.

- J’en connais qui verraient dans ta vie une volonté à l’œuvre.

- En regrettant qu’elle ne le fut pas avec eux. Logique chaotique ! Ne me demande pas ce que je veux dire. J'esquisse ma pensée.

- C’est toi qui passas ces épreuves, un chemin riche en découvertes que tant prirent, beaucoup chutèrent au premier obstacle, d'autres au deuxième, et ainsi de suite. Tu as réussi parce qu’il est logique, ton mot, qu'une expérience réussisse si elle est répétée le nombre de fois suffisant, le chaos ignore la lassitude.

- Tes mots sont rassurants, pendant si longtemps j’ai parlé beaucoup sans rien dire que j’ai crains être incompréhensible.

- Un diapason ne crie qu'avec deux tiges.

- J'adopte la comparaison. Des obstacles pour faire le tri.

- Nous nous comprenons.

- Trop bien, c’est inquiétant.

- Avant, timidité ! Être lâches serait fuir le combat hantamé.

- Inquiétant messie vrai. Esprits parallèles, l'un artiste-scientifique, l'autre, l'inverse ; chacun prend et donne, apprend et enseigne.

- La science considérée comme un art et l’art comme une science.

- L’intuition, le rêve, l’approche du délire, l’approche seulement, la science créant la chair manquant au squelette pour incarner le réel. Ce chemin, ces empreintes, un corps, deux jambes, l’équilibre.

- Où conduit ce chemin ?

- Par-delà l’illusion voilant la peur. Où exactement, ça...

- Nous sommes ignorants, avons-nous passé l'effroi, l'image est-elle superflue ? Pouvons-nous supporter l’inconnu ?

- Les mots sont flous, limités par mon vocabulaire, Le test s'affina à force d'échecs. Apprenons !

- C’est fort ce que tu dis, troublant et émotionnellement riche.

- L’émotionnel par l’artistifique ?

- Des capacités, inutilisées génèrent une souffrance, et employées... aussi. La précocité tue, l’enfant souffre, ignore pourquoi et personne ne sait l’aider, sa situation est particulière, ignorée de ses parents et d’un système éducatif normalisateur et meurtrier. Précoce est inutile si c'est pour arriver plus tôt au niveau des autres, tu sus gérer le courant et survivre, maintenant tu peux l'utiliser.

- L'épreuve imposée par mon père lui offrit quelques dérivations opportunes, comme programmées, nous pouvons le dire puisque cela ne s’est pas passé autrement. Quelque impression de choix, de libre-arbitre que nous ayons, nous ne suivons qu’une route, les autres se perdent dans des si, cailloux spectraux jetés sur d'improbables chemins. Intelligent est un qualificatif dont on m'affubla, comme une contrainte, pas un avantage. Kah prononça celui de génie, un terme qui ne saurait s'employer avec être ! Quelqu’un dit qu’il est affaire de patience, de résistance plutôt, à ce courant intérieur, à sa violence, aux visions qu’il charrie. Sais-tu bouger les oreilles ? Non ? L’ayant appris jeune tu saurais le faire, des terminaison nerveuses se forment dans les premières années de la vie, ensuite il est trop tard. La précocité est l’aptitude à encaisser un ampérage plus grand. La question se pose parfois de la différence entre un surdoué et un génie tant celui qui part tôt finit dans la banalité. L'important est d'aller loin, même lentement.

- Je ne fus pas précoce et ne suis pas un génie.

- Je rentrai dans le rang. Le choc de cette nuit de septembre créa une liaison nouvelle, sans cela l’installation aurait sauté quelque part, cela commençait, mon attitude parfois autistique fut une protection avant cette nuit, davantage après, le système avait besoin de s’installer, un arbre ne naît pas en un jour, un arbuste peut aller plus vite et je ne parle pas du brin d’herbe.

- Ainsi peux-tu aller plus loin, c’est le lièvre et la tortue.

- Un lièvre folâtrant, prenant son temps pour une longue course mais passant l’arrivée une seconde avant la tortue pour ne plus s’arrêter.

- Et nous partîmes d’une volonté à l’œuvre, de ta vie.

- Ma vie est la Vie, je suis un essai.

- Le bon ?

- Ça...

- Nous aviserons, parlons du voyage qui nous attend.

- L’avion, la maison, du tourisme.

- Presque.

Morton avait raison, presque !

                                        * * *

Taxi ! Diatek donne le nom de l’aéroport.

- Vous prenez l’avion ? Finit par demander le chauffeur.

- En principe, répondit le policier, en ayant envie de nier pour souligner qu’ils allaient prendre le train.

- Tourisme ?

- Études.

- C’est moins bien.

- On fera les deux en même temps.

- L’idéal. Savoir ça sert mais ce sont pas les études qui aident à vivre.

" C’est l’ignorance " murmura Morton.

- Sûr, ça occupe.

- Pourquoi pas, si vous pouvez. Moi je critique pas, je suis mal placé, taxi, hein, c’est pas un métier facile.

- Je veux bien vous croire.

- Moi j’apprécie la discrétion, faire chier personne, et l’inverse.

- Surtout l’inverse.

- Si vous voulez.

" Le client a toujours raison."

- Remarquez j'me plains pas, j’en vois de toutes les couleurs, si vous saviez ce qu’on charge, ce qu’on décharge "Ce con décharge…" c’est à se taper le cul par terre. Je parle de ce que j’entends mais y’a c'que je vois. Les couples qui se tripotent, ceux qui s’enfilent discrètement, qu'ils le croient. Ça me vaut un pourboire royal. C’est le bon côté, l’autre jour un type a coulé un bronze sur ma moquette, j’ai rien vu, il a baissé son froc discrètement, a posé son affaire, au feu rouge, il s’est barré fissa, je pouvais pas laisser la bagnole au milieu de la route, ce fumier avait bien calculé, un habitué de la chose.

- Un vrai chieur.

- C’est le mot, putain, et le bon. Si je le retrouve celui-là je me sers de sa langue pour me torcher, cela dit sans vouloir vous ennuyer.

- Les gens sont sans gêne parfois.

- Je vous le fais pas dire, z’avez une tête de pas con vous.

- On ne choisit pas.

- C’est sûr, encore que… La plupart seraient content d’être cons s’ils avaient un moment de lucidité. Seriez pas prof par hasard ?

- Non.

- Ça, m’aurait plus, enseigner " En saigner… " faire le savant. La science, un truc comme ça.

- Mon ami ici présent est truc-comme-ça, je ne suis que commissaire.

- Ah bon !

- Y’a pas de mal, je ne m’occupe pas de la circulation.

- Je respecte pas toujours le code, les autres non plus, et puis moi c’est professionnel, les clients sont toujours pressés.

- Pas nous, ça va, je connais bien votre profession.

- Des fois je rencontre des fl… des policiers, on discute, copains quoi.

- Vous avez raison, mieux vaux être du côté du manche, si j’ose dire.

- Je vous approuve, à fond.

- J’en suis certain.

- Et c’était vrai, le manche, à fond, certain !

- sympa de parler, souvent c’est l’inverse, les clients parlent, comme avec une pute, en moins cher et y consomment pas, c’est la voiture, l’isolement, l’inconnu, ça fait confessionnal, comme qui dirait.

- Jolie comparaison.

- Policier aussi ça m’aurait plu, les interrogatoires, le show-biz.

- Les camés, les tueurs qui sifflent, les balles qui rôdent..

- Finalement taxi c’est mieux.

- Oui, hein ?

- Livrés dans les temps.

Diatek ne releva pas, Morton sourit.

Un signe de la main, une amitié mort-née, triste.

Diatek retrouva l’agitation des gens allant et venant, le bruit des annonces, des valises posées au milieu du chemin, un coup de pied, un regard amical au propriétaire, une distraction.

Un minimum d’attente pour le billet, rien à dire.

- Mon premier voyage pour le nouveau monde.

- Beau comme une morgue aux tiroirs béants, la chaleur en plus.

- Et les mouches, j’adore les mouches.

                                        * * *

Plus près du ciel comme pour y trouver une solution, n’importe laquelle pour peu qu’elle fasse vrai. L’ailleurs est impossible, Diatek sait qu'il est interdit de quitter le chemin.

Un voyage vers soi est le plus difficile, le seul nécessaire.

Les hôtesses, jadis… La vie ne s’épargne pas, elle s’utilise ou se perd.

Le plaisir ? il connut, empruntant maintes voies, laissant explorer les siennes à l’occasion, copulant à tour de bras, si cette expression a un sens, auquel cas il a sa place ici !

L’instinct parlait, la fuite dans l’animalité avait sa raison d’être.

Fini ! Une collection complète est fade. Le plaisir est dans la quête.

Son père collectionna les victimes jusqu’à avoir des doubles. Annonce amusante : échange petite fille égorgée contre vieillard brûlé vif.

Hilarant non ?

Non ?

Des morts ? Ses mains tuèrent, souvent, n’hésitant jamais, par besoin d’abord, sûres de leur bon droit ensuite, le plus mauvais des alibis, s’il en est un bon.

Quels plans forma-t-il dans sa jeunesse ? Tuer… L'excitant est d’aller contre soi, de savoure la honte, la culpabilité, de s’entendre hurler de souffrance mais d’agir malgré tout. S’enfoncer dans le dégoût de soi, rassuré de se découvrir le méritant, un processus psychologiquement compliqué mais évident pour celui qui le vit qu’il évite les questions.

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