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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 06:32
La Porte de l'Enfer - 02

                                                  03

Le petit garçon regarde la télé, pour ne pas gêner il porte un casque, mais le son reste audible à plusieurs mètres. Les images bougent, les couleurs chavirent ; Merveille que cette fenêtre toujours ouverte sur un monde maîtrisable. Il est bien, assis sur la moquette, des jouets à portée de main, un paquet de biscuits à moitié vide, une bouteille de soda encore pleine, la télécommande facile à saisir est une clé magique pour voyager entre des univers peu différents, les publicités, elles, sont identiques, et efficaces. C'est leur raison d'être.

Fluidité dans l’enchaînement des séquences, rythme rapide, haché, produire moins cher, plus vite, l’important est dans la suggestion, l’efficacité des couleurs et de la musique, ainsi l’effet choc arrive-t-il… après une page de pub si bien inscrite dans l’histoire qu’il est parfois difficile de noter la différence.

Parfois il zappe sur un canal d’information, des images "vraies", les morts sont flous, le sang déjà sec, un dessin animé ne dissimule rien, le beau liquide rouge que perd le héros est inépuisable, qu’importe les coups les blessures, il revient de chaque piège, de tous les voyages. Sauf de la réalité, le moins attirant des mondes.

Parfois l’un influe sur l’autre, un enfant veut jouer, son père possède un beau revolver brillant, des balles aussi grandes qu’un doigt, facile à soulever, à pointer, pour s’amuser. Le doigt glisse sur la détente, appuie, juste un peu, le mécanisme sensible prend cette caresse pour une invite, la gâchette actionne le percuteur, l’effet est assourdissant, l’enfant qui tenait l’arme sent le choc dans son bras, son épaule, son corps entier, à la télé c’est pas ça, tout se passe facilement, l’enfant tient un flingue énorme et ne reçoit pas de contrecoup, et puis la victime se relève, reprend son rôle, sauf si elle est méchante, mais là non, c’est un copain qui est par terre avec un trou dans le crâne par lequel fuit un mélange de sang et de cervelle, à la télévision il n’y a pas cette odeur de poudre et de mort, tout est propre, parfait.

Tout est faux.

Faux… Un sifflement, un courant d’air glacé…

Le garçonnet connaît, c’est vieux, sur la moquette il est tranquille, dans sa maison rien ne peut lui arriver, il n’est pas seul, papa travaille dans son bureau, le casque, c’est pour ne pas le déranger. Il travaille tout le temps ! Pas pour le plaisir, c’est pour la maison, pour un tas de chose nécessaire à la vie de famille, maman le lui dit, comme le joli manteau qu’elle vient de s’offrir, mais c’est un exemple au hasard.

C’est pratique un ordinateur, les doigts courent sur les touches, le monde est accessible, comme la télévision, bientôt ce sera mieux, un véritable autre monde, l’ordinateur connaît son destin, il sourit dans son cœur de silicium, l’électronique engloutit un homo sapiens qui fait tout pour cela. Que demander de plus ?

Le paquet de biscuit est vide maintenant, il aurait dû en prendre trois, il faut se lever, c’est pénible, il était si bien, et son corps est si lourd, ses jambes épaisses, son ventre volumineux, son visage bouffi dans lequel brillent deux yeux qui seront bientôt rectangulaires.

En marchant il ne regarde pas les livres de sa mère, comment peut-elle rester assise en regardant des formes noires sur papier blanc. La télévision c’est tellement mieux, ça bouge, ça crie, c’est un appel qu’il entend, qu’il aime. Un vampire rigolard mais lassé de son rôle.

Des tableaux aux murs, formes étranges, abstraites, il paraît que ça vaut de l’argent, comment peut-on payer cher pour de la peinture jetée n’importe comment sur une toile ? Quel gâchis !

Une statue de la liberté trône sur un meuble, il la connaît mais n’a jamais remarqué qu’elle fait face aux arrivants pour leur montrer son derrière quand il sont là. Seul un Français pouvait avoir une idée aussi vicieuse. Heureusement il ignore la perversité, il sait si peu de chose, quand à la France il connaît, une île dans le nord, mais ça ne l’intéresse pas, il s’en bat l’œil et le flanc droit, au travers de sa protection naturelle il ne risque rien.

Le placard, sans lumière sa main se repère, habitude, merveille du dressage basé sur le principe de plaisir, encore que la pulsion de mort ne soit pas loin. Quel imbécile soutint qu'ils étaient antagonistes ?

Manger est une façon de mourir en valant d’autres. Celle-là évite le petit écran, les dessins animés, seulement dans une matérialité à laquelle il doute appartenir.

Aucun bruit, prodige d’un casque sans fil permettant d’entendre son programme chéri n’importe où, même aux toilettes, ainsi échappe-t-il à ce qu’il fait, le progrès est partout.

Hait partout !

Il revient à sa place, le son c’est bien mais l’image c’est mieux, vivement le casque à porter sur les yeux, ce sera le fin du fin.

La fin, plus simplement.

Oui, vivement !

Passant dans le hall il n’entend pas le bruit derrière la porte, ne la voit pas s’ouvrir, ne distingue pas une ombre se glissant dans la maison. Elle connaît les lieux et les habitudes de chacun, même s’il s’en fallut de peu qu’elle n'entre devant l’enfant. Aurait-il tiqué ?

Le bureau paternel, la silhouette marque un temps d’arrêt, bloque sa respiration, ses doigts se referment autour de quelque chose. Main sur la poignée, coordination parfaite, ouvrir, faire un pas en tendant un bras en arrière à demi plié avant de le projeter vers l’avant. La bille d’acier frappe l’homme en plein front.

Il aurait pu crier, son fils n’aurait rien entendu, bientôt il n’entendra plus rien, bientôt il n’y aura plus rien à entendre.

La porte du bureau refermée, l’ombre sourit de satisfaction vaniteuse.

Du sang coule sur le visage le blessé se redresse, au milieu du front il porte une marque qui le désespérerait s’il devait vivre avec.

Le poignard sourit de nouveau, ravi de retrouver l’air libre, avide d’une nouvelle vie à dévorer. L’ombre arrache les vêtements dissimulant le ventre, derrière le voile la bouche murmure quelque mots, évoque des souvenirs, le blessé voudrait parler, s’expliquer, il doit s’agir d’une méprise, ce n’est pas lui. Si ? Alors ce n’était pas de sa faute, il fut contraint il faut le croire, il en a tant besoin.

Tss tss tss ! La lame caresse le ventre avant de s’enfoncer où il faut afin que le sang se perde à l’intérieur. Quelques secondes d’attente, ouvrir l’abdomen, regards indifférents sur les viscères exposés, arrachés à leur nid douillet, dispersés, la victime cherche à hurler alors que sur son visage se lisent l’étonnement et la douleur, l’effarement devant sa lucidité alors qu’elle devrait être morte. A moins que sa vie n’ait jamais été qu’une illusion.

L’ombre laisse un profond silence derrière elle, retraversant le hall elle observe l’enfant, hausse les épaules, et l’enfant se retourne.

Les regards se croisent, l’enfant sourit, c’est un jeu.

Un claquement de porte, le garçon contemple, dépité, son paquet de biscuits vide.

Interrogé il aura gardé un parfait souvenir de la télé, le reste…

Le quoi?

Sa mère crie moins bien que les personnages de ses jeux.


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commentaires

M
c'est bien goretu rends parfaitement la confusion des genres
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L
<br /> Merci, je vois que tu es une amatrice...<br /> <br /> <br />

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