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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 16:08

Tagué par Antoni je dois dire 7 choses sur moi :

1 - L'imaginaire est mon plus ancien complice, c'est lui qui m'a poussé, violemment, vers l'écriture.
2 - Non seulement j'aime la Corée mais toute l'Asie, je regarde plus de Dramas que de feuilletons français, leur téléchargement n'étant pas illégal puisqu'ils ne sont (presque) jamais sortis en France. Je dois regarder la télé en une semaine autant qu'un téléspectateur "moyen" en une journée !
3 - Jadis le vélo fut mon sport de prédilection, en pratiquant, c'est (beaucoup) moins vrai aujourd'hui, je connais ma région, la circulation est de pire en pire sans compter les ronds-points.
4 - Si j'avais une devise ce serait : Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas que l'on me fasse. (ou alors sans me faire prendre)
5 - Si je faisais la liste des gens qui comptent pour moi je ne suis pas sûr que j'arriverais ascète !
6 - Je n'ai pas d'allergie, même pas aux cons, heureusement sinon ma vie serait bien compliquée.
7 - J'ai quelques secrets inavouables mais je dois m'arrêter !



La sixième photo de mon dossier PC :

Une capture d'un épisode de Powerful Opponent.




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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 06:16
... Ou rêve ? - 10 
 

                                                  11


Cette fois pas de regret de ces paroles. Une poupée, l’enfant parfait, pas de mots, de comportements déplaisants, pour cela un jouet est l’idéal. L’enfant, même bien dressé peut s’écarter du souhait de ses créateurs. Un jouet ne présente pas ce risque ou alors c’est que ses parents l’auront voulu pour exercer leur pouvoir. On frappe sur plus faible que soi, logique, une des règles de la vie en société. Ce jeu dont les instruments ont la taille d'adultes s’amusant avec des pions plus petits. De vrais enfants crient, pleurent, quelle jouissance de les effrayer pour les rassurer ensuite. Les serrer, fort, qu’ils ne voient pas le sourire déformant la face de leurs géniteurs.

Jeter le gadget qui déplaît est permis, un marmot, la société l’interdit, chacun peut lui servir. La reprogrammation est possible et ceux qui y échappent servent la société en incarnant le mauvais exemple.

Elle aurait voulu dire cela. Elle reste muette, à quoi bon ? Elle connaît ses pensées. Dans quelle poubelle jeter un jouet taille adulte ?

Elle sourit de ses cogitations, se souvient qu'elle n'utilisa jamais les poupées qu’on lui offrit, à quoi bon animer un objet, ça ressemble à ceux qui bougent comme l’automate sur une boite à musique, en moins joli, eux sont DANS la boite.

- Je comprends, t’exprimer te fait du bien. Ce qui en soi est complexe se simplifie d’être verbalisé. Les mots forment une pelote, trouve les premiers, tire dessus, les suivants arrivent et ce qui semblait embrouillé se démêle aisément. Tu as commencé par une courte phrase, la seconde sera plus longue et ainsi de suite. Je te demande seulement de parler et lentement, sûrement, tu te surprendras. C’est toujours ainsi, on cache le plus douloureux, le plus important sous l’apparence. Je te parle sans te considérer comme un jouet ou un bibelot pouvant parler et bouger seul dont on s’occupe pour qu’il brille à l’extérieur mais vide. Ils ne virent pas ce qui s’accumulait en toi qui ne montrais rien. Tant d’émotions à libérer, d’envies à t’avouer sans te briser. Je te souhaite vivante sans en vouloir à des gens incapable de te comprendre. L’exception effraie mais a le pouvoir de pardonner à ceux ignorant ce qu’ils font.

Blablabla… A quoi bon parler pour l’atteindre, elle se sait inaccessible.

- Tu t’es efforcée de ressembler à l’image que l’on voyait de toi mais tu as grandi et cette apparence t’enferme. Tu peux la détruire sans disparaître. Du temps sera nécessaire, une aide sera indispensable, la mienne ou celle de n’importe qui de compétent. Des mots pour des maux, formule connue mais souvent vraie. L’enfance en toi cohabite avec une adulte, le conflit se fait toujours plus âpre. Le temps a beaucoup à t’apporter, il estompera les difficultés du passé.

Ces mots l’atteignent, forent un chemin pour la troubler. Elle ne veut plus entendre, plus d’espionne lisant en elle, même, surtout ! pour découvrir la vérité. Elle ne veut plus de regard, se veut gadget insensible à la curiosité passant sur elle.

Elle sera vide en apparence !

Qu’a-t-elle dit cette grande personne ? Des mots qui l’effleurèrent sans égratigner la surface de diamant de son masque, dur, brillant, mais qui peut se briser s'il est frappé au bon endroit. Personne ne le pourra. Elle ne le veut pas et dissimule l’endroit en question qu’elle connaît bien, tenant en un nom. Elle l'abandonnera, les charognards le déchiquetteront mais le vide qu'ils découvriront les engloutira.

- Tu réfléchis, je te laisse tranquille. Mes paroles feront leur chemin. Tes yeux se dessilleront. Le temps joue pour nous et le résultat sera favorable. Il est temps d’entrer en classe, décor familier auquel tu prêteras peu d’attention. Nous nous retrouverons pendant la récré, fais-moi confiance et tout changera !

Bien entendu, pense l’enfant, mais d’une façon plus personnelle. Si elles avaient le temps… Mais il est trop tard maintenant. Elle va s’enfuir, c’est le meilleur moyen. Elle voudrait ne plus penser, difficile, sauf pour ceux chez qui c’est un talent naturel. Eux ne sont pas des débiles profonds, non, ce sont des débiles creux. Leurs esprits traquent la plus infime trace de réflexion. Un travail à plein temps, histoire qu’il y ait quelque chose de plein chez eux.

Seule, elle sourit, s’ils savaient… Ils l’ont échappé moche.

Elle ne lit pas en eux ce qu’ils pensent d’elle, curieuse, étrange, pas seulement, inquiétante. Voilà le mot sur lequel sans se concerter ils se sont accordés, esprits réunis pour en produire un du niveau d’un pois sauteur. Le sachant elle se dirait qu’ils n’ont pas tort. Son sourire, son expression, son regard sont parfois illuminés d’une lueur venue d’ailleurs, d’un monde où rares sont les invités sont rares.

Différent rime avec inquiétant.

Dans son univers la compréhension est tacite, tout y est possible.

Jamais la classe ne fut plus studieuse qu’en cet après-midi comme si tous désiraient s’accrocher à du concret qui chasse de leurs pensées la perception du gouffre qui faillit les aspirer. Tous, sauf une dont les pensées plongent dans l’abysse en un maelström multicolore qui l’amuse, la fascine, l’entraînant de plus en plus loin.

Il y a longtemps qu’elle sait que tout doit s’achever. L’angoisse du temps disparaît, son être se délite, elle est entraînée où la nature est chamboulée, où les lois se déforment, s’inversent, où rien n’est plus compréhensible parce qu'instable. Son esprit observe ce spectacle, en absorbe les émotions, chaque seconde amène une perception différente, bouleversante. Il n’est pas assez présent pour se laisser entraîner, il a réussi à surpasser le chaos des images pour en saisir une et ne plus voir qu’elle emportée loin, vite, vers le centre de son univers où il est attendu. Vers une lueur que lui seul peut supporter, pour les autres, elle est une bougie dans l’immensité, pour lui, la plus puissante étoile qui soit, et il court, galope vers elle, galope !

Rare sont les âmes en quête de cette lueur, moins encore réussissent à la déceler pour chercher à l’approcher. En fut-il une seulement qui le réussit ? La majorité préfère une fausse lueur apaisante à une espérance inassouvie. Ils ont raison de choisir ce qu’ils peuvent supporter, le néant attire le vide.

Mais, pour qui veux chercher, souvent malgré soi, sans pouvoir reculer quand il comprend ce qui l’attend, le chemin est difficile, voyage sans retour à la destination introuvable. La mort le saisit avant qu’il approche une lumière qui l'anéantirait, alors…

Continuons puisque nous ne pouvons faire autrement, rêvons, cela nous aidera, attendons ce que nous savons mériter.

Récréation, son corps se déplace tel un cheval habitué au trajet. La rambarde à la peinture écaillée, son regarde errant au travers d’un décor qu’il ne perçoit plus. On lui parle, elle n’entend pas, on la secoue, elle ne réagit pas. Elle n’est plus présente que physiquement.

La directrice l'observe, cherche à deviner si elle peut simuler un tel regard non pas vide mais contemplant un spectacle que lui seul peut supporter. Un regard transperçant l’extérieur, contemplant un infini tentateur. Un regard qui l’effraie.

Se serait-elle trompée, renonçant à fuir physiquement cette enfant aurait choisi l'unique voie restant : Effacer le réel.

Ses paroles ont-elles provoquées cela ? L’esprit de l’enfant plutôt que revenir préféra-t-il l’illusion ? Elle la regarde cherchant dans le regard de ciel l’éclat auquel s’accrocher. Étrange et prodigieux spectacle que ce paysage immense où tout n’est que beauté, douceur, dans lequel une enfant chevauche en sachant où et vers qui elle va.

Cœur affolé elle baisse les paupières, l’attrait fut si puissant qu’elle craignit un instant de s'y laisser prendre comme un poisson au leurre dissimulant l’hameçon. Elle se raidit, s’accroche à la barrière, produit un effort pour paraître normale, qu’on ne se doute pas de la violence qu’elle se fit pour revenir à la réalité. Quelle attraction saisit-elle son esprit pour qu’elle ait cette sensation de chute ? Ce regard confirme ses craintes. Elle ne veut plus courir de risque, l’horreur se pare de douceur et se révèle au dernier moment pour être plus destructrice. Elle veut sauver cette âme qu’elle pressent attirée par une puissance nocturne. Seule peut-elle réussir, n’est-il pas nécessaire de chercher d’autres moyens que les mots en espérant qu’il ne soit pas trop tard ?

Mais l’espère-t-elle vraiment ? La mort serait une solution.

Le démon aime la pureté, c’est son masque préféré. Mais quel est le visage de la vérité ? Des influences contradictoires fluctuent en elle, pénètrent son âme pour y semer les germes du doute.

Fuir, l’enfant le fit comme pour lui indiquer la marche à suivre. Mais non, d’autres enfants ont besoin d’elle pour les guider. Qu’une soit offerte en sacrifice, pourquoi pas si nombre sont sauvés ?

Son bureau, l’abri d’une fragile porte de bois, à plat dos elle cherche des pensées rassurantes. Elle va se ressaisir, être forte, se redresser et… Par hasard elle croise son reflet, s’arrête tétanisée, ce visage est le sien mais ce regard… c’est celui de…

Dans la cour l’enfant est immobile au centre de l’attention générale. Son regard parcourt le décor sans exprimer la violence de ses pensées. Les mots qui faillirent l’atteindre, l’oubli qu’elle voulut mais se révéla un piège. Elle y eut oublié ces paroles mais aussi ce qu’elle voulait, le voyage à terminer. Le néant tendit ses filets, en vain !

Curieusement les paroles de la directrice furent une aide, l’image d’un couloir, d’hommes en blancs, de poisons pénétrant son cerveau pour violer son âme la firent trouver la force de réagir. Ces produits en la ramenant dans la réalité l’aurait empêchés d’achever un voyage dont elle sait l’aboutissement proche.

Dans son bureau elle se calme, arrange ses vêtements en se regardant dans le miroir. Le regard qu'elle croise, froid et décidé, lui affirme qu’elle fut ridicule, la faute à cette gamine trop joueuse. Elle sera plus explicite si la petite ne veut pas collaborer. Quand une âme veut se perdre il existe des lieux pour les... aider ! Elle qui sait quel effet cela fait de voir sa propre âme les connaît bien.

C’est pour SON bien après tout !

Sortie des classes, l’enfant ne se soucie pas d’être suivie mais l’adulte reste derrière par peur d’un regard miroir, ignorant qu’un reflet peut s’imposer par d’autres biais.

N’est-ce pas ?

- Ne pas répondre est risqué. Me suis-je trompé ? Cultiver le bizarre te donne une impression fausse de personnalité, est-ce l’unique moyen pour te différencier. Es-tu même vivante ?

- Vivre serait vous ressembler ? Je souhaite que mon existence soit ce que je veux malgré les difficultés et l’adversité plutôt qu’un cumul de conventions. Votre civilisation m'indiffère, vos intérêts sont des instincts masqués sous une vanité étouffante. Je ne veux pas être comme ceux, et celles, qui disent Ma femme, mon mari, mes chaussettes, mon fils… oubliant le plus important : Ma tombe ! L’endroit où ils passeront le plus de temps, le seul dont ils pourraient dire qu’il est à eux. La vie est une suite de concessions mais seule la dernière est à perpétuité. Ils n’y pensent pas, ils pensent le moins possible, ils pourraient comprendre ce qui les attend. Eux qui ne sont pas vivants craignent la mort. Vous avez oublié ce que je vous ai dit ? Trop tard. Vous voulez que je parle, maintenant c’est vous qui êtes muette. Ce n’est pas ainsi que l’on discute, c’est pourtant ainsi qu’ils se parlent, les autres, chacun son tour, bien dans ce qu’il dit, feignant d’écouter son interlocuteur en échange de l’inverse. Regardez la rivière, elle suit son cours sans directrice sur le dos, je n’ai pris ce chemin que pour vous dire cela, amusant, non ? Moi je trouve. Elle est tranquille, les activités humaines ne l’intéressent pas.

- Elle ne vit pas, ne pense pas.

- Qu’en savez-vous ? Elle fait partie d’un tout vivant comme une veine fait partie du corps. Oser le comprendre est difficile. Vous devriez rentrer chez vous, une douche et dodo. Demain sera différent, surtout pour vous ! Encore un mot, faites attention aux cauchemars, certains débordent sur la réalité jusqu’à l’emporter.

La directrice s’arrête, ébahie une fois de plus. Le décor à changé, le ciel est couvert, la nuit est là. L’angoisse ressentie le matin revient et la fait frissonner. Ces arbres l’observent, leurs branches s’abaissent pour la pousser dans l'eau.

Délire ! Courir, rattraper l’enfant qui s’éloigne l’ayant déjà oublié. Ses jambes sont de plomb, le piège se referme sur elle, un effort, partir, vite, laisser tranquille cette enfant et rentrer, vite, vite…

Courir… Et ce rire, ce rire !

Elle est épuisée, la petite avait raison, elle a besoin d’une douche, de sommeil et… Non ! Les cauchemars sont interdits, elle n’en veut plus ! Comment cette enfant pouvait-elle savoir ?

Pas peur, non, pas peur ! elle sera la plus forte, elle se le dit, se le répète, de là à en faire, (Enfer ?) une certitude…

Elle va dormir profondément après la douche et un repas léger. Sa nuit sera longue, demain… Attention, il est des nuits semblant sans fin, des cauchemars empêchant d’en sortir, poussant dans un autre sommeil, celui que l’on poursuit dans sa seule véritable possession.

Le premier est, dit-on, le plus réparateur.

Et le dernier donc !

                                        * * *

De sa chambre elle observe le monde et le découvre pris dans un brouillard encore diffus mais dont elle sait qu’il va s’épaissir, sortant de terre pour le recouvrir d’un linceul impalpable. Déjà elle distingue à peine les feux des voitures passant dans la rue, bientôt elle ne verra plus rien. Elle ferme les yeux, ce brouillard existe-t-il où est-il le fruit de son imagination pour effacer une réalité dont elle s’éloigne à chaque seconde un peu plus. Elle voit passer le cortège de ses souvenirs, spectres heureux de leur libération, agglutinés pour se rassurer dans l’immensité ouverte devant eux. À l'inverse des humains, qu’un seul tente de sortir du lot et mille esprits se ligueront contre lui. Pour être accueilli à nouveau il devra supplier, se traîner à genoux, commettre les pires bassesses jusqu’à ce que ses semblables l’acceptent à nouveau. Il faut pour se sentir bien parmi le troupeau renoncer à la pensée, à la curiosité, à la volonté d’être plus qu’une somme d’habitude, ainsi devient-on un rouage parfait pour l’horloge humaine dont le cadran est sans aiguille et le balancier figé, incapable de choisir entre la vie et la mort.

La brume s’épaissit. Le front contre la vitre la fraîcheur passe en elle. Calme, elle attend qu’il recouvre un monde qu’elle aura fuit à temps.

Elle ne s’étonnerait pas que le verre fonde, larmes opalines coulant sur son visage, tombant sur le sol sans y laisser de trace.

Un reflet dans le verre, visage terne aux yeux de ténèbres qu’elle regarde sans vertige.

Pourquoi bouger ?

Plus de question inutile, elle sait comment s’achèvera la nuit, comment elle quittera cet univers. Son cœur s’accélérera au rythme d’un cheval au galop, sombre comme la nuit, sabots de lumière ne touchant pas le sol. Pas de traces surtout ! Elle seule l'entendra.

Les mains du temps glissent sur elle, doigts façonnant les montagnes, allumant les étoiles avant de les éteindre et laissant leurs empreintes sur les visages.

Soupir, le visage dans la vitre n’est pas le sien mais celui d’un homme s’approchant, il la regarde, sourit et embrasse son front brûlant. Elle regarde les pupilles brillante qui ne voient qu’elle. Une main prend les siennes, L’autre caresse son visage, il est là.

Ce regard l’enveloppe de douceur, ce murmure à son oreille lui dit les mots dont elle ne se lassera jamais.

Il sourit, l’appelle : "Rêve…" ils frémissent ensemble.

                                        * * *

L’eau coule violemment sur elle, frappe sa peau et la fait frissonner, froide comme celle imposée à certains malades. Comme si la folie se dominait ainsi ! Elle est repoussée, enfermée dans un dédale dont il existe toujours une sortie. Elle cherche, cherche… Une fente suffira, une lézarde, minuscule comme une pensée ou un souvenir.

Elle se voit de l’extérieur, silhouette derrière un rideau de douche qu’elle écarte subitement sous le coup d’une angoisse non fondée, souvenir d’un film peut être. Sa peur l’amuse, l’eau gicle sur le carrelage, elle s’en fout. Elle le sait mais en elle une ombre de terreur subsiste. Que risque-t-elle, seule, la porte est close, elle le vérifie dix fois plutôt qu’une, personne ne peut l’atteindre, elle en est sûre. Que fait ce rasoir sur la tablette surplombant le lavabo ? Long, comme il ne s’en fait plus. Souvenir d’un temps, récent, où elle ne pouvait rester seule. Fini maintenant. Elle n’est pas du genre sous le coup de la solitude ou se jeter par la fenêtre pour s’écraser sur le trottoir.

L’image la fait frissonner plus que l’eau froide, elle la chasse, vite.

Souvenir ?

Sa fourchette plane au-dessus de l’assiette, indécise, elle avait faim pourtant en rentrant. Finie, envolée… Par la fenêtre ?

Serait-elle en train de se manger qu’elle aurait davantage d’appétit. Rien à faire, inutile de se forcer, la poubelle va se régaler. Elle observe curieusement cette chose, les ordures qu’elle contient, se demandant si elle y aurait sa place puis sourit. Elle pourrait aussi se réincarner en poubelle, ce serait plus drôle.

Réincarnation ou continuation de sa vie présente ? Il y a si peu de différence entre un sapiens et une poubelle qu’on peut les confondre, surtout l’intérieur de l’esprit.

Elle se secoue, se traite de quelques noms d’oiseaux comme on dit alors qu’ils ne désignent pas de volatiles et va déposer son assiette dans l’évier attendant une bonne volonté nettoyante.

Décor quelconque, quelques livres, pas celui auquel elle pense. Elle n’a pas envie de lire craignant de susciter quelques images pendant son sommeil. Le mieux justement est d’aller se coucher. Dormir, faire la nique au temps. Lui et ses esclaves, montres, horloges, réveils qui empêchent de se détendre, se manifestant dans les moments où l’on voudrait les oublier. Le réveil sur la table de nuit la regarde de ses yeux rouges, une prise à débrancher et ils se fermeront. On peut arrêter l’horloge, écraser sa montre d’un coup de talon, le temps continue sa marche inexorable, il n’a que cela à faire.

Elle soupire dans son lit, se tourne d’un côté, de l’autre. Quel temps de cuisson pour être à point ? Pas moyen de se calmer, de faire le vide, pour une fois !

Que faire sinon attendre en s’exhortant au calme ? Elle se lève, quelques pas dans la chambre avant de passer sur le balcon. L’air frais lui fait du bien. Elle observe les voitures, toutes pressées d’arriver quelque part semble-t-il. Pressées, bientôt comme des citrons libérant un jus rouge et épais !

Si une automobile s’arrêtait, qu’un homme en descende ? Non… Ces pensées sont indignes d’une directrice d’école, d’une femme en pleine maturité.

Digne ? De quoi ? 

                                                                                                                                 ... Ou rêve ? - 12

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 06:04
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 05:37
Encore une salve d'applaudissements pour F. ROLLEY pour ses magnifiques photos.


























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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 05:21

 

- Belle soirée n'est-ce pas mes amis, quoi de meilleur que la tranquillité nocturne après une journée harassante, un excellent repas et la 9ème de Beethoven pour nous tenir compagnie. N'est-ce pas Karl ?

- Tu as raison, cette version de Furtwängler est magnifique, elle nous emporte et nous fait oublier la charge qui pèse sur nous. Pourquoi ensuite ne mettrions-nous pas la 6ème de Tchaïkovsky ?

- La Pathétique... ça me semble une heureuse idée, Josef ?

- Oui ?

- Encore perdu dans tes idées.

- Désolé mais je suis face à des problèmes qui ne veulent pas me sortir de la tête quand bien même je fais tout pour les en chasser.

- L'aide de cet excellent vin semble insuffisante. Tu ne parviens pas à t'extraire de tes recherches.

- C'est trop intéressant, j'ai tant de questions devant moi qu'en résoudre une m'en apporte deux !

- Elles aboutiront un jour et le Nobel viendra couronner ton œuvre.

- Le ciel puisse-t-il t'entendre.

- Je suis certain qu'il le fera.

- C'est vrai que tu faillis devenir prêtre.

- Quand j'y pense... C'était le souhait de mon père ! Les circonstances de la vie me poussèrent sur une voie différente. Je me souviens de la guerre, quand j'étais brancardier, que d'horreurs je vis, et puis la mort de mon père fit que son ambition disparût, ma foi en fut secouée et chercha, puis trouva, un autre terrain pour s'exprimer.

- Nos routes connurent d'étranges bifurcations pour que nous nous retrouvions ici.

- Comme toi qui es à la fois anthropologue et médecin ?

- La curiosité est une vieille amie mais la biologie héréditaire que j'ai étudiée trouve ici un champ d'expérimentation.

- Toi les laboratoires, moi la prison !

- Que tu enduras courageusement. Elle fut source d'enseignements.

- Oh combien ! J'ai beaucoup appris de la psychologie des prisonniers et de la manière de les gérer.

- Ce pourquoi Heinrich te choisit.

- Juste, tu as raison Josef.

- Et ton idée de transformer les chambres à gaz en douches, très intelligent.

- Merci, merci ; un cigare ?

- Avec plaisir Rudolf, comment mieux conclure cette journée ?



Leurs fumées s'élevèrent vers... le Ciel ?


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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 06:14































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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 06:24
... Ou rêve ? - 09 
 

                                                  10


Elle se redresse, se cale contre le dossier, sans cette silhouette dans son dos tout serait parfait.

Un poids sur son épaule, un oiseau la regarde, il penche la tête d’un côté, de l’autre, laisse la main de l’enfant caresser son plumage effleurer son bec, jouer un moment avec lui. Une branche basse frôle son front doucement, elle n’est pas seule, ses amis sont autour d’elle, la réconfortent et rejettent celle qui est responsable de sa peine.

La chasseresse/directrice est surprise en voyant le moineau atterrir en douceur sur l’épaule de son élève, se laisser effleurer, paraissant y prendre goût et en redemander. Elle a sursauté lorsque la branche de l’arbre eut un geste qu’elle crut volontaire. Curieuse enfant, amie, confidente de la nature qui l’écoute et manifeste son amitié de toutes les façons possibles. L’oiseau s’envole, vient vers elle qui recule comme il passe près de son visage en criant. Elle se domine, il s’est posé sur l’épaule de la petite fille parce qu'elle était immobile, la branche fut déplacée par un coup de vent. Il y a une solution à tout, il suffit de la chercher calmement ! C’est le regard ou l’interprétation des faits qui les compliquent jusqu’à l’incompréhensible.

L’enfant n’a pas tourné la tête pour la regarder pourtant elle se sent observée. Personne ! Son esprit cède à une angoisse à laquelle elle n’avait pas prêté attention jusque-là. Diffuse un moment elle se fait violente, présente partout où porte son regard, dans chaque ombre, chaque mouvement, dans chaque bruit émanant d’une nature hostile. Non ! Elle ne va pas laisser le délire l’emporter elle aussi, elle ne se savait pas si impressionnable. Sa volonté va vaincre ces terreurs et pas plus tard que tout de suite. Elle se détend, soulagée d’un poids dont elle ne comprend pas la nature. La nature… Non ! Elle ne va pas recommencer. Bien que l’enfant soit l’amie de celle-ci ce n’est pas une raison pour qu’elle partage son ressentiment et l’exprime de cette façon. Elle débloque, joue tous les rôles, un reste de culpabilité qui s’extériorise. C’est de sa faute si l’enfant s’est enfui !

C’est fini, ce qu’elle fit, et fera, fut et sera pour le bien de l’enfant. Tout est normal, la peur altère la faculté de comprendre l’évidence. Chaque chose tient dans sa case, et si elle ne tient pas il suffit de taper dessus pour l’y faire entrer !

Qu’importe qu’une explication soit fausse si elle est rassurante. Elle est tranquille dans son petit coin, sans penser à qui viendra tirer la chasse. Elle observe l’enfant avec l’œil débordant de certitude, elle est celle qui sait, cette fuite est un aveu. Elle tient absolument à l’aider comme ces gens prêts à tuer quelqu’un pour sauver son âme, qu’ainsi elle accède à la rédemption, comme si la vérité s’inscrivait dans les stèles des cimetières !

Le pire prend bien des apparences mais sa préférée est le désir de faire le bien d’autrui contre leur volonté. Il enfile le vêtement ample de l’hypocrisie qui dissimule les pires desseins et affiche le sourire de la mort seule triomphatrice finalement qui s’amuse des chemins que prennent les humains pour venir vers elle. Ont-ils donc si peur ? Cet effroi est l’unique dieu des hommes. Le mal affiche d’excellentes motivations, certaines justifiées tant il est sournois mais pertinent pour choisir la meilleure façon de s’exprimer, de convaincre, assurant le bourreau qu’il a raison et gagne son paradis ! Être sincère ne veut pas dire avoir raison ! Quelle sincérité naît-elle de la peur ?

Pitoyables créatures qui en un râle comprendront, bouche ouverte sur un cri éternel.

Pauvre directrice échafaudant tout cela comme subissant des pensées étrangères. Délire ! Vite, oublier cette impression. Seule l’intéresse cette petite fille assise, enfant qu’elle devrait laisser en paix plutôt que d’en alimenter le ressentiment. Tout ce qu’elle vient de voir cadre avec la logique, elle comprend l’oiseau, la branche… Événements ne valant pas tant de réflexions. Un volatile ne peut percevoir la peine d’une humaine, un arbre ne peut partager l’émotion d’une enfant, c’est impossible, impossible !

Et pourtant… Les êtres vivants se reconnaissent entre eux, quant à l’instinct est-il inférieur à l’intelligence vu l’emploi que font les humains de celle-ci ? L’oiseau n’est pas une horloge organique, il a une sensibilité pouvant réagir face à un autre être vivant.

- Tu m’as fait courir tu sais. A mon âge... Ça ne fait rien. Je ne sais pas dire ce qu’il faudrait, je ne dispose pas de ton don d’apprivoiser les mots. J’ai tort de chercher à te convaincre, je le reconnais. Tu penses du mal de moi, m’en veux, je comprends - Sûrement pas se dit l’enfant, quant à penser du mal… - Il est temps de parler, vivre dans l’isolement, avec pour compagne de jeux son imagination est mauvais. Je ne cherche pas à t’en persuader, seulement à t’expliquer les choses pour que tu y réfléchisses seule. Tu admettras que j’ai raison, tu le sais déjà, il te reste à le reconnaître et à comprendre que changer d’avis sur soi, sur les autres, n’est pas une marque de faiblesse. C’est être fort que regarder ses erreurs et les surpasser. Tout ce qui est en toi t’empêche de t’exprimer. Tu peux tout me dire, je t’écouterais, te laisserais parler à ton rythme, avec tes mots. Il faut éliminer ce qui t’empêches de regarder dans d’autres directions. Je t’aiderais à faire le premier pas, tu verras à quel point il était aisé. La difficulté est dans l’idée que tu t’en fais. Je te parlerais jusqu’à ce que tu me coupes la parole. Ensuite je te montrerai la route menant vers une vérité que tu mérites de connaître. Je sais que tu n’essaieras pas de t’enfuir, que tu as cédé à une force intérieure trop grande pour toi. Je te fais confiance. Je ferais ce que tu voudras mais je ne sais pas lire en toi - Heureusement ! - il est nécessaire de parler pour se faire comprendre, c’est facile, en quelques mots on peut dire bien des choses. - Oh oui ! - Les classes finissent, tu vas rentrer chez toi, réfléchir, nous nous retrouverons comme si rien ne s’était passé. Personne ne fera de réflexions, elles te toucheraient. C’est une erreur de placer tout le monde dans le même sac - poubelle ? - beaucoup pourraient te comprendre. Il ne s’agit pas pour toi de changer brutalement mais de voir que ton chemin mène à un isolement trop grand pour être viable. Deviens ce que tu es - Justement ! Pas ce que tu hais ! - c’est une ancienne maxime que tu connais peut être et qui dit bien ce qu’elle veut dire. Pas ce que tu crois ou imagines être. Tu es ta pire ennemie, tu le sens, le reconnaître te ferais du mal mais t'y refuser serait une source de douleur plus vive. La difficulté est grande vue de loin, proches nous constatons sa petitesse, sa fragilité. La nature est belle, elle t’apprécie mais elle est un cadre vide qui ne t'apportera rien. Tu es jolie, intelligente, ces dons n’auront de valeur qu’en les utilisant. Tu me fais penser à une Belle au bois dormant qui rêverait en attendant son prince charmant. Dans le réel les princes sont rares et rarement charmants. N’es-tu pas lasse de ton décor, de tes camarades, réels ou fictifs, comme ce personnage romanesque ? Il est emblématique mais pas réel pour autant. Je gage qu’il n’y a pas de photo de toi sur les murs ou les meubles de ta chambre, ton univers te fait oublier qui tu es. Nous avons tout pour devenir amies. J’habite dans cette ville depuis plusieurs années et je n’étais jamais venue dans ce parc bien que le voyant en venant à l’école, je te remercie de me l’avoir fait découvrir et dans des circonstances le chargeant d’émotion. Nous y reviendrons ensemble. Je te suivrai et nous parlerons, de tout, de rien. Ce décor est plus agréable qu’un cabinet de psychologue. Ayant l’apparence d’une petite fille les adultes t’enferment dans cette image, un costume trop petit pour toi. Ce n’est pas parce que je n’ai pas eu d’enfant que je m’intéresse à toi. J'ai des raisons d'avoir choisi ma profession, comme chacun en à, ni plus, ni moins. Je te laisse réfléchir, à tout à l’heure.

Elle s’éloigne, laissant une enfant perdue dans ses pensées, luttant contre elle-même. A quoi bon parler, comment exprimer ce qu’elle ressent, qui la comprendrait ? Une grande personne ne le peut, elle a trop d’idées préconçues… Cette femme n’est pas devenue ce qu’elle est, lâcheté, bâtons mis dans les roues… Non, les circonstances ne justifient pas que l’on trahisse son être à moins que celui-ci n’ait jamais eu la force de s’imposer, que l’être vrai dans l’individu soit trop débile. Cette injonction antique n’est audible que par une minorité d’esprits, les autres la font leur en feignant d’en intégrer un sens pour eux interdit, semblable à un abîme qu’ils n’ont pas moyen de franchir pour se rencontrer. Âmes fantômes inaptes à sortir des limbes pour s’animer. Oui, elle est entourée de créatures semblables à celle du docteur Frankenstein condamnées, comme cette dernière, à finir dans la désolation et l’autodestruction.

Elle respire, tranquille, loin d’une réalité insupportable, toujours en quête de soi. La porte sur l'extérieur est presque close, ce qu’elle aperçoit encore la conforte dans sa certitude que ce monde ne pouvait être sien. Ce battant se ferme un autre s’ouvre sur l’univers qu’elle espéra si longtemps, le sien, le leur.

Dommage qu’elle ne sache pas voler, de là-haut les choses retrouvent une taille relative à leur importance.

Se levant elle doit prendre appui sur le dossier du banc pour laisser passer une sensation de chute dont elle émerge lentement avant de repartir vers l’autre monde.

Le vôtre !

                                                             * * *

La vieille tour, son passage préféré, escalier en colimaçon, peu de lumière par les meurtrières et les nombreuses toiles d’araignées qu’elle évite de détruire au passage, pourtant elle se verrait bien parée d’une robe faite par une arachnide tissant un fil d’argent.

Cette décoration fait remonter un souvenir, un grenier où elle espérait découvrir de nombreux objets comme autant de portes pour rêver. Une échelle de bois, une lourde trappe qu’elle repousse avec difficulté et qui retombe donnant naissance à une forme fantastique qu’en un regard elle devine être le gardien des merveilles qui l’attendent.

Sa déception est immense quand prenant pieds dans les combles elle les découvre vides, pas de vieux coffres en bois remplis de costumes poussiéreux, de vieux meubles aux nombreux tiroirs, de photos jaunies par le temps. Quelques rebuts attendant le brocanteur ou le feu, rien de plus ni de mieux. Pas un recoin, de porte mystérieuse murée pour dissimuler l’inavouable secret qui attiserait sa curiosité. Il lui faut lever la tête pour découvrir la fantastique charpente, solives et poutres entremêlées formant une jungle inaccessible. Trop petite pour l’atteindre et s’y promener elle admire simplement, fait le tour et se fige devant une immense toile d’araignée semblant d’or par la magie du soleil entrant par une petite fenêtre. Elle regarde travailler la créatrice de ce chef d’œuvre, de ce piège si efficace et pourtant si beau. Mouche elle se fut laissée dévorer en y prenant plaisir.

Longuement elle suit l’évolution du prédateur jusqu’à ce qu’une voix résonne pour lui dire qu’il était l’heure de passer à table. Justement !

L’escalier tourne, tourne… Un enfant dans cette tour, il descend trop vite, tombe et se brise une jambe, un autre grimpant dans un arbre pour tenir un pari. Soudain la branche qui le supportait plie, il choie sans un cri et laisse dans les oreilles des spectateurs le bruit de son crane se brisant sur le sol. Elle sourit rétrospectivement, à l’époque cela aurait été mal pris.

Chaque marche serait l’opportunité de regarder un instantané puisé dans une vie plus riche qu’elle l’aurait cru.

Quel rapport avec les araignées ? La société humaine tisse sa toile dans laquelle les prédateurs sont aussi prisonniers que les proies !

Sortir de la tour, retrouver le soleil, descend vers la ville, les rues…

A droite une aire de jeu, au centre un bassin autour duquel elle fut un jour poursuivi par un garçon qu’elle y poussa sous les rires. Il ne s’était pas noyé… dommage !

De l’herbe sur les bas-côtés, des fleurs, elle aime leurs formes, leurs odeurs, en veut à ceux qui les coupent, ces imbéciles offrant ces vies agonisantes avec ce sourire crétin qui les révèle si bien. Symbole leur convenant, eux, encore animés, déjà charognes !

C’est si beau une fleur vivante qu’il faut vivre pour l’apprécier.

Statue équestre, héroïne de la région, cheval de bronze qu’elle imagina souvent s’arrachant à l’immobilité, désarçonnant sa cavalière pour l’emporter, elle, loin, très loin. S’il avait des sabots d’or…

Le trottoir, la route, des voitures se succédant en puant. Elle avance sans se soucier des klaxons lui reprochant de traverser sans laisser aux poubelles métalliques la priorité leur revenant. Avertisseurs péremptoires pour des crétins pressés de rouler vers leur destin comme si l’horloge du temps s’accélérait pour eux.

Horloge ? Nouveau souvenir, une image supplémentaire, ce n’est plus une mémoire mais un album. Une horloge immense, la maison dont le grenier la déçut tant, la salle de séjour, dans un coin une forme étrange l’attire. Jamais encore elle n'avait vu d’horloge aussi était-elle captivée, étonnée aussi. Coffre magnifiquement sculpté, aiguilles de fer et un immense balancer dont le mouvement la fascina avec son disque brillant. Elle s’assied sur le parquet pour le regarder aller et venir, suivant des yeux le mouvement des aiguilles sur la face blanche aux chiffres noirs de ce géant au ventre de verre dont le tic-tac semble le cœur d’une créature qu’elle voudrait vivante.

Il avait été nécessaire de l’arracher à sa contemplation, ce qui attira sur elle quelques remarques sur son aptitude à rester silencieuse, se passionnant pour les choses simples. Elle n’avait pas su si c’était dit comme un compliment ou une insulte. Maintenant elle sait ! Les imbéciles utilisent les injures pour se différencier de ceux qu’ils croient rabaisser alors qu’au-dessous d’eux le vide ricane par avance de leur surprise quand ils découvriront ce qui les attend.

Pauvres choses disparues depuis longtemps alors que le tic tac continuera à marquer le temps. De penser qu’après sa propre disparition le cœur mécanique battra encore ne la dérange pas, au contraire, elle regrette l'absence d'oreille pour l’apprécier.

A l’époque elle imaginait exister depuis l’aube des temps et pouvoir atteindre leur fin. Il n’en était rien, elle n’était qu’une œuvre de l’homme voulant piéger le temps mais n’ayant réussi qu’à en devenir l’esclave. Il est content de n'avoir qu'à obéir. Sa montre est là pour régler sa vie en lui laissant un minimum d’interrogations.

Les images défilent dans sa tête quand elle traverse le pont, ainsi ne distingue-t-elle pas les visages se tournant vers elle, taches pâles sur fond gris, décor des habitudes. L’allée, l'escalier, la porte d’entrée, le reste… Elle suit son programme sans plus penser, absente jusqu’à sa chambre. S’allonge, rabat ses cheveux sur son visage, insuffisant alors elle se tourne et dissimule ses yeux derrière ses bras. Plus de lumière, plus que son cœur, son horloge intérieure dont chaque battement semble double.

                                                             * * *

Les regards lui font regretter d’être parti, elle avait réussi à se fondre dans le décor et voilà qu’elle s’en détachait à nouveau.

Chuchotements, moqueries, tout cela glissait sur elle comme l’eau sur le plumage d’un canard. Les mots dans les orifices buccaux de ces chiares prenaient l’odeur de leurs pensées et choquaient son odorat si fin. Une senteur créée par son esprit qu’elle dut repousser sous peine de s’enfuir à nouveau. Ils n’ont pas d’importance, pas question qu’ils s’installent dans sa tête. Elle se détourne pour ne plus faire attention à une réalité trop présente. Un regret : qu’ils manquent du courage de se moquer ouvertement, elle se serait fait une joie de leur répondre, de leur dire ce qu’elle pensait. Incapable de comprendre ils n’auraient pas changé d’avis à son sujet.

- Ils parlent de toi, laisse les dire, aujourd’hui tu es leur sujet de conversation, demain ce sera un autre. J’ai tort de te dire cela, ils n’ont pas suffisamment d’importance pour que tu leur en veuilles. Allant vers eux ils t’accepteraient, par manque de personnalité ils cherchent des leaders charismatiques, comme toi. Tu ne veux pas essayer ? Dommage, pourquoi craindre de parler si on sait être incompréhensible ? On peut s’expliquer alors que le silence permet à chacun d’imaginer ce qu’il veut, rarement en bien. Trouver les mots justes est malaisé, ainsi en ce moment j’ai des difficultés à choisir ceux qui te feraient réagir positivement. Tu sais que je cherche à t’aider. Si me mépriser peut t'aider j’en assumerais la charge le temps qu’il te faudra pour comprendre que j’agis pour ton bien. Je suis prête à faire ce que tu voudras, jouer si tu veux, les grandes personnes aiment à le faire.

- Avec les enfants comme jouets ?

Les mots sont venus trop rapidement à ses lèvres, comme une nausée incoercible. Si elle les pensait pourquoi les taire, pourquoi ne pas parler du regard des adultes sur les enfants veillant à ce qu’aucun ne sorte du moule avant d’être achevé, prêt à rejoindre ses semblables ? Certains veulent s’échapper, on les rejoint, on les soigne. La différence s’appelle anormalité, c’est une tare, à fortiori si c’est volontaire ou accepté. Raisonnement d’une infini simplicité.

Les enfants aiment jouer et les grandes personnes aussi, toujours avec les mêmes jeux, aussi bien avec les autres gamins qu’avec les grandes personnes, avec tous. Au jeu elle préférait le je.

Elle s’était échappée de la boite, avait brûlé les règles et la notice, oublié les pions, dispersé les cartes, ne voulait plus les voir.

- Tu as raison, peu d’adultes savent qu’un enfant n’est pas un jouet.

- Mais un jouet peut être un enfant !

                                                             ... Ou rêve ? - 11

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 06:22
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 06:19

 

Un seul hêtre vous manque et tout est déboisé,

Le vent s'est amusé à courir sur le monde,

Bousculant gens et biens tel un gosse amusé,

Emportant mille objets en gigantesque ronde.


Tant d'arbres ont abdiqués, révélant leur racines,

Cédant aux hurlements qui griffèrent la planète,

Ce sont nos lendemains que leur voix assassinent,

Animaux et humains en ont perdu la tête.


Le calme est revenu, la forêt traumatisée,

Compte les défunts qui viendront la nourrir,

Retournant à l'humus pour soigner les lésés,

Ainsi n'est-il point vain à son tour de pourrir !


La nature est enfant, pourquoi lui en vouloir ?

Nous sommes ses joujoux alors séchons nos pleurs,

Convainquons-nous qu'il est superflu de savoir.

Dans le temps qui commence le saule seul est rieur !

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 06:17
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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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